Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
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Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

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mardi 7 juillet 2026

Paysan en détresse incendie Pyrénées orientales : cagnotte en ligne

https://www.cotizup.com/@marie-7/paysan-en-detresse-incendie-pyrenees-orientales




Bonjour, 


Quelqu’un a mis en place une cagnotte pour m’aider que je dois diffuser.
Et j'avoue que c’est difficile d’en arriver là..🥲

🙏 J'ai besoin de toi pour participer à cette cagnotte : Paysan en détresse incendie Pyrénées orientales

Chaque don compte. Et si tu ne peux pas donner, merci de PARTAGER autour de toi.

💚 1 partage = 1 don de plus grâce à toi.

👉 https://www.cotizup.com/@marie-7/paysan-en-detresse-incendie-pyrenees-orientales




lundi 6 juillet 2026

Le Mondial de canicule

Dans les Pyrénées Orientales nous attendons toujours l'orage et la pluie alors qu'une cramicule assomme à nouveau le département.
"Qui aurait pu prédire ?" 


jeudi 2 juillet 2026

Nouveaux pesticides interdits chez BASF

Nouveaux pesticides interdits 

chez BASF

 

NOUVELLE INSPECTION CITOYENNE 

SUR LE SITE CHIMIQUE DE BASF À GENAY (69)


EN TOUTE IMPUNITE, 

BASF CONTINUE A PRODUIRE DES PESTICIDES 

INTERDITS EN FRANCE

 

Communiqué de presse – 30 juin 2026

 




1) CMR : Cancérigène, Mutagène er Reprotoxique

 

Source : https://faucheurs-volontaires.fr/nouveaux-pesticides-interdits-chez-basf.htm 

mardi 23 juin 2026

Stop à la mégabassine du Roc d'Aude ! - Manifestation dimanche 28 juin 11h Les Angles - Rendez-vous covoiturage

Le bus 560 de la compagnie LIO est possible :
il part de la gare de Prades à 9h19 (changement à Mont Louis)
        de la cité de Villefranche à 9h25 (idem)

 2 autres rendez-vous possibles pour du covoiturage :
- Au niveau de la maison bleue à 9h45
- An niveau du parking en terre de Villefranche à 9h50

Venez nombreux et nombreuses

 
"La commune des Angles a entrepris le creusement d'un lac d'altitude, entre Mont Llaret et Roc d'Aude, destiné à la production de neige de culture. Sans étude d'impact. Sans enquête publique. Dans une logique de fait accompli lamentable.

Contre cette méga-bassine dont les impacts sur l'environnement sont d'ores et déjà délétères, collectifs citoyens et associations écologistes appellent à une manifestation, ce dimanche 28 juin à 11h, aux Angles, au niveau des télécabines.

Pour dire non à cette nouvelle atteinte à la nature. Pour stopper cette folie. Pour exiger du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, dont la charte interdit la consommation de nouveaux espaces par les domaines skiables, le respect des valeurs qu'il s'est lui-même donné."




A Prades, 
rdv covoit' 9h30, 
allée de la Plaine Saint-Martin, 
parking piscine municipale.



Mountain Wilderness
Bien vivre aux Angles
Bien vivre en Pyrénées catalanes
FRENE 66
Association Charles Flahault
Ligue de Protection des Oiseaux (LPO)
Groupe Ornithologique du Roussillon
Fédération Aude Claire
GPRENC (Grup Pirinenc Excursionista Nord Català)
Société mycologique et botanique de Catalogne Nord (SMBCN)
Association pour la protection du patrimoine artistique et historique du Roussillon (ASPAHR)
ASPAS Association de protection des animaux sauvages
Comité de conservation de la nature des Pyrénées-Orientales - Banyuls-sur-Mer
En commun 66
Alternatiba 66
Collectif els Brulls
Le jardin des herbes folles
Les Petits ruisseaux
Viure


lundi 23 février 2026

Crues : « On a détruit tout ce qui permettait d’absorber la pluie »

Crues : 
« On a détruit tout 
ce qui permettait 
d’absorber la pluie »


Par Lorène Lavocat
19 février 2026

Des employés municipaux traversent une route inondée par la Garonne en crue à La Réole (Gironde), le 17 février 2026.

 

Rues bétonnées, haies arrachées, rivières rectifiées... Nos pratiques ont appauvri les sols, aggravant davantage les crues dans l’ouest de la France, explique l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges.

Après le passage de la tempête Nils, toute la moitié ouest de la France était encore en vigilance pluies et inondations le 18 février. Si ces crues sont des aléas naturels, « certaines pratiques et activités humaines aggravent fortement la situation », explique l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges.

Dans son livre Eaux vives, paru le 4 février (éd. Actes Sud), elle résume : « En accélérant les flux d’eau en surface, en surexploitant l’eau douce et en l’évacuant rapidement vers la mer, nous nous rendons vulnérables aux sécheresses comme aux pluies intensifiées par le changement climatique. »


Reporterre — Une grande partie de la France connaît des crues et des inondations exceptionnelles. Comment expliquez-vous ces phénomènes ?

Charlène Descollonges — Nous assistons à un phénomène de crues généralisées, qui touchent plusieurs bassins versants, essentiellement sur la partie ouest de la France. Les inondations sont dues à un aléa naturel — des cumuls de précipitation importants sur un temps très court — intensifié par le changement climatique, et à des vulnérabilités — des constructions en zone inondable, par exemple.

Mais entre les deux, il existe tout un tas de facteurs aggravants : des sols agricoles drainés, des villes imperméables, des haies arrachées, des rivières rectifiées, transformées en autoroute à eau. En gros, tout ce qui permettait de ralentir et d’infiltrer l’eau a été détruit ou dégradé. Sur la carte de Vigicrues, les tronçons en rouge sont en aval des bassins versants, ce qui veut bien dire que l’eau qui tombe en amont n’est pas retenue, tout se concentre dans les cuvettes, dans les exutoires, et déborde.

Dans votre livre, vous expliquez que « les crues violentes et les sécheresses sont les deux faces d’une même pièce : celle de cycles de l’eau dégradés ». Qu’entendez-vous par là ?

On a perturbé le cycle de l’eau bleue, en rectifiant les rivières, en détruisant des zones humides. Résultat, il y a une accélération, on évacue très vite l’eau des territoires vers la mer — et quand il y en a trop, elle déborde en aval.

« On a détruit la capacité des milieux à absorber et à recycler la pluie »

On a également altéré le cycle de l’eau verte, cette eau essentielle, contenue dans les premiers mètres du sol, qui est évapotranspirée par les végétaux. Avec nos sols appauvris, nos forêts uniformes, nos villes imperméables, on a détruit la capacité des milieux à absorber et à recycler la pluie.

Quelles activités humaines participent à cette dégradation des cycles de l’eau ?

Depuis l’après-guerre, les pratiques agricoles intensives ont engendré une perte de la capacité d’absorption et de stockage des sols. On a asséché les zones humides, arraché des haies et converti les prairies humides pour faire de grandes cultures. Par-dessus, le surlabour et les produits chimiques ont appauvri les sols en espèces vivantes. Sans matière organique, ils ne sont plus capables de retenir l’eau.

« Nous avons développé un rapport de contrôle vis-à-vis de l’eau »

La sylviculture industrielle a produit les mêmes effets. Dans les forêts cultivées de manière intensive, l’eau de pluie est évacuée par des fossés, pour avoir une humidité et une croissance des arbres homogènes. On peut aussi s’interroger sur les conséquences des monocultures de résineux sur le cycle de l’eau.

Autre problème, les rivières en France ont été fortement artificialisées, d’abord pour le trafic fluvial. Endiguement, mise à grand gabarit, canalisation... Les barrages, hydrauliques ou hydroélectriques, induisent également une surévaporation de l’eau.

Lire aussi : Mares, haies, fossés… Face aux inondations, ils tentent de guider l’eau

En amont, les petits chevelus — ces ruisseaux en tête de bassin — ont bien souvent été comblés ou curés comme des fossés. On a supprimé des méandres et des zones humides qui sont des éponges naturelles. Enfin, l’étalement urbain, le développement d’infrastructures ont totalement imperméabilisé les sols.

Vous pointez également le rapport de domination et d’hypercontrôle que nous entretenons sur l’eau douce. Qu’entendez-vous par là ?

Nous avons développé un rapport de peur vis-à-vis de l’eau — peur de manquer ou d’en avoir trop — et donc un rapport de contrôle. C’est une vision très technique, héritée des ingénieurs, notamment ceux des ponts et chaussées, formés depuis des décennies à drainer, canaliser, irriguer. Il faudrait qu’on retrouve un rapport de respect et de soin pour les hydrosystèmes, passer d’un paradigme de contrôle à un paradigme de confiance et de libération.

On en est encore loin, semble-t-il. Aujourd’hui, face aux crues, on entend surtout parler de curage, de bassins de rétention, de digues…

C’est une fuite en avant. Tant qu’on n’aura pas pris la mesure de l’altération des cycles de l’eau, on risque de persévérer dans l’hypercontrôle hydraulique, avec un coût économique énorme. Construire des digues, canaliser des rivières, entretenir ces ouvrages… c’est extrêmement cher ! Ce faisant, on occulte les causes réelles des inondations, et on ne tient pas du tout compte des effets à venir du changement climatique.

Vous prônez plutôt la diffusion de l’hydrologie régénérative : de quoi s’agit-il ?

L’hydrologie régénérative est la science de la régénération des cycles de l’eau, bien que la notion fasse encore débat parmi les scientifiques [cette science est en phase d’émergence et doit faire l’objet d’études approfondies par un travail de recherches académiques]. Il s’agit d’un ensemble de pratiques, de principes — ralentir, infiltrer, stocker l’eau dans les sols — qui permettent de conserver l’eau dans les territoires. On cherche à réactiver des processus naturels qui permettent de régénérer les hydrosystèmes, en s’alliant avec les autres vivants.

« Il s’agit de cultiver l’eau »

À l’inverse de ce que j’ai décrit plus haut, on va chercher à cultiver l’eau, comme le fait la vie terrienne depuis des centaines de millions d’années. Des forêts diversifiées, des rivières libres, des paysages agricoles multispécifiques et agroforestiers, de l’hydraulique douce, des villes éponges.

Concrètement, en quoi peut-elle apporter des solutions aux extrêmes hydriques que nous traversons ?

Il ne s’agit pas d’une méthode miracle. On ne propose pas de creuser des mares partout ni de recréer des méandres à la pelle mécanique. L’idée est plutôt de partir du territoire, de privilégier le low tech à des méthodes interventionnistes, et de favoriser la participation citoyenne. L’objectif, c’est de viser l’autonomie des milieux naturels et des habitants.

Lire aussi : Cette paysanne qui voulait « cultiver l’eau »

Par exemple, autour de Valence, des agriculteurs travaillent à concevoir des agrosystèmes qui ralentissent et répartissent l’eau de pluie. Cela passe par des ouvrages d’hydraulique douce comme des baissières ou des mares, mais également par des pratiques agroécologiques pour nourrir les sols, et par l’agroforesterie. Autrement dit, il s’agit de cultiver l’eau.

À quelques semaines des élections municipales, que peuvent les communes pour régénérer les cycles de l’eau ?

Elles peuvent beaucoup ! Il existe déjà une dynamique forte en faveur des villes éponges. Cela consiste à désartificialiser, à désimperméabiliser là où on peut — dans les parkings, les cours d’école —, à créer des jardins de pluie, des noues [sortes de fossés végétalisés], des toitures végétalisées… Tout ce qui permet d’infiltrer l’eau à la parcelle plutôt que de l’envoyer vers les égouts. À la campagne aussi, les bourgs ruraux peuvent le faire.

Quelles sont les marges de manœuvre des citoyens face aux inondations et aux sécheresses ?

Quand on a la chance d’avoir un jardin, on peut faire plein de choses : planter des arbres, faire une mare, récupérer l’eau de pluie... Je recommande à ce propos le livre de Samuel Bonvoisin [Cultiver l’eau douce, éd. Ulmer]. Et dans tous les cas, en ville ou à la campagne, on peut s’engager, car les citoyens ont un énorme pouvoir pour impulser des projets sur leur territoire.

Encore une fois, l’hydrologie régénérative n’est pas une baguette magique ni une liste de techniques à dérouler. C’est une approche globale, à l’échelle d’un bassin versant. Si on se limite à quelques jardins ou parcelles agricoles, cela ne restaurera pas les cycles de l’eau. On a besoin de dynamiques collectives pour pousser ce changement, rendre la terre à l’eau.

Mon espoir, c’est que cela peut aller très vite. Autour de Valence, où nous travaillons avec l’association Pour une hydrologie régénérative (Puhr), un seul élu a finalement réussi à embarquer une dizaine d’agriculteurs, avec le soutien de la chambre d’agriculture. Le projet se fait désormais à l’échelle du bassin… C’est très encourageant !

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Source : https://reporterre.net/Crues-On-a-detruit-tout-ce-qui-permettait-d-absorber-la-pluie 

mardi 27 janvier 2026

Mercosur, ultra-riches et saumons : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

 

Mercosur, ultra-riches 

et saumons : 

les 10 bonnes nouvelles de la semaine

 


 

Vous n’avez pas eu le temps de lire l’actu ? 
Voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine.


1. Mercosur : le Parlement européen engage un bras de fer juridique contre l’accord

Le Parlement européen repousse la ratification de l’accord UE-Mercosur et saisit la Cour de justice de l’Union européenne. Cette démarche vise à contester la compatibilité du traité avec le droit européen et retarde son adoption. (Toute l’Europe)

 

2. Fiscalité : des centaines d’ultra-riches réclament une hausse des impôts

Près de 400 millionnaires et milliardaires demandent publiquement une augmentation de la fiscalité sur les plus riches. Ils estiment que la sous-imposition actuelle favorise les inégalités et la concentration des richesses. (Journal de Montréal)

 

3. A69 : la justice contraint le concessionnaire à quitter des terres illégalement occupées

Atosca doit se retirer de 42 parcelles occupées sans droit sur le tracé de l’autoroute A69, dans le Tarn. Cette décision constitue une avancée juridique pour les opposants au projet.(La Relève et La Peste)

 

4. Indonésie : retrait de 28 permis après des inondations liées à la déforestation

Les autorités indonésiennes révoquent 28 permis accordés à des entreprises forestières. Ces retraits interviennent après de graves inondations dans des zones fortement déboisées.
(Reporterre)

 

5. Fermes à saumons : la contestation citoyenne progresse jusqu’à l’Assemblée

Une coalition de 27 ONG appelle à un moratoire de dix ans sur les fermes à saumons industrielles. Elles se mobilisent sur le littoral atlantique et interpellent des députés à Paris. Les projets d’aquaculture intensive sont directement mis en cause.(Vert)

 

6. Énergie : le charbon recule en Chine et en Inde

La production d’électricité à partir du charbon diminue drastiquement en Chine et en Inde, une première depuis les années 70. Cette baisse s’inscrit dans une tendance observée sur le long terme.
(The Guardian)

 

7. Santé : la pollution de l’air par les microplastiques revue à la baisse

Les concentrations de microplastiques dans l’air sont inférieures aux estimations précédentes selon de nouvelles mesures. Ces données révisent à la baisse l’ampleur du phénomène étudié. (Vert)

 

8. Mobilités : des routes rurales transformées en itinéraires cyclables

Des collectivités transforment ou projettent de transformer des routes secondaires peu fréquentées en itinéraires cyclables dans les zones rurales françaises. Plusieurs expérimentations sont déjà en cours. (Reporterre)

 

9. Recherche : une piste prometteuse pour ralentir Alzheimer

Des chercheurs identifient une piste thérapeutique susceptible de freiner la progression de la maladie d’Alzheimer. Les résultats reposent sur des travaux expérimentaux récents.
(Futura-Sciences)



10. Biodiversité : le kakapo se reproduit à nouveau après quatre ans

Le kakapo, perroquet en danger critique d’extinction, se reproduit de nouveau en Nouvelle-Zélande pour la première fois depuis quatre ans. Plusieurs naissances sont enregistrées grâce aux programmes de conservation.
(Ouest-France)

–  Mauricette Baelen

 

  

Source : https://mrmondialisation.org/mercosur-ultra-riches-et-saumons-les-10-bonnes-nouvelles-de-la-semaine/?fbclid=IwY2xjawPi6LtleHRuA2FlbQIxMABicmlkETFHUVIyaVhnM3A0akQ0Z0Z4c3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHpxvgHDN5dbXcKH2qE8sWcWtU7qWDM3gRGul5YToCFZW0J910j64n9eH1ZgF_aem_3wUnbeT1-ZhtF21oEm3O5Q

lundi 26 janvier 2026

Chlordécone, ce scandale qui n’en finit pas

Chlordécone, 

ce scandale qui n’en finit pas

 

16 janvier 2026

 


Exposée au chlordécone de 1996 à 2011, Danielle Sainte-Rose a été diagnostiquée en 2013 pour une forme de cancer au niveau de la moelle épinière.
 

 

Malgré l’existence d’un fonds d’indemnisation dédié aux victimes des pesticides, les ouvriers agricoles exposés au chlordécone durant des décennies aux Antilles peinent toujours à se faire reconnaître. 

Guadeloupe, correspondance

Du haut de ses 60 ans, Danielle Sainte-Rose n’a rien oublié du travail harassant dans les bananeraies en Martinique : « Je travaillais dans une exploitation au Lamentin, à Vert Pré. Elle a fermé depuis. Ma mère y était ouvrière agricole. C’est elle qui m’a fait entrer là-bas. Au départ, c’était un petit boulot pour gagner de l’argent. Finalement, j’y suis restée de 1996 à 2011. » Les journées sous le soleil plombant de l’île se ressemblent toutes. Compter les bananes. Poser les gaines photosélectives sur le fruit. Ajouter de l’engrais chimique. Couper les feuilles au moment de la récolte. Le tout, sans aucune protection fournie par l’employeur.

Toutes ces années, sans qu’elle en ait conscience, Danielle Sainte-Rose a été exposée au chlordécone. Le pesticide est utilisé aux Antilles depuis 1972 afin de lutter contre le charançon du bananier, l’un des principaux ravageurs des bananiers. Il faut attendre 1993 pour que la France en interdise la vente et l’usage, après épuisement des stocks des exploitants. Les États-Unis l’avaient pourtant déjà proscrit pour sa toxicité en 1977.

« Ça a commencé par des douleurs dans le dos »

« C’était bien du chlordécone qui était utilisé. Je passais devant les bidons tous les jours en allant travailler et le nom du produit était dessus. On en utilisait encore dans les années 2000, avant que je ne parte. Parfois c’était les ouvriers agricoles qui en répandaient dans les champs et parfois il était directement projeté par hélicoptère, au-dessus de nos têtes, alors que nous ramassions les bananes. Nos chapeaux en étaient recouverts. Ma mère en ramenait même à la maison, sans savoir la dangerosité du produit, pour le jardin », affirme l’ancienne ouvrière agricole.

« Tout le monde savait »

Depuis, la mère de la sexagénaire est morte d’un lymphome, un cancer du sang, que Danielle Sainte-Rose lie à son exposition au chlordécone. De son côté, elle a été diagnostiquée en 2013 d’une forme de cancer au niveau de la moelle épinière, un myélome. « Ça a commencé par des douleurs dans le dos. Puis dans les os. Je ne pouvais plus me déplacer. J’ai vu plusieurs spécialistes. J’ai dû faire une chimio et une greffe de moelle osseuse. Aujourd’hui, je suis en rémission », explique Danielle Sainte-Rose.

Ce n’est que dix ans plus tard, lorsque le scandale du chlordécone fait la Une des grands médias nationaux, qu’au détour d’une réunion publique organisée par le Coaadep, le Collectif des ouvriers agricoles et leurs ayants droit empoisonnés par les pesticides, et en présence d’un médecin de l’Agence régionale de santé (ARS) en Martinique qu’elle comprend que le chlordécone est responsable de sa maladie.

Lire aussi : « On est oubliées » : les femmes antillaises, victimes invisibles du chlordécone

« L’association m’a aidée à déposer un dossier au Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP). Il a été retenu en février 2024. Je perçois depuis une pension de 883 euros tous les mois. Cela n’enlève pas ma colère, car tout le monde savait que c’était dangereux, à commencer par l’État, déplore celle dont le myélome a été reconnu comme maladie professionnelle. Si l’on peut nous indemniser sur le temps de vie qu’il nous reste sur Terre, c’est déjà ça. Mais je ne comprends pas pourquoi plus de monde n’est pas concerné. »

Moins de 100 dossiers par an

Moins d’une centaine de dossiers en provenance de la Martinique et de la Guadeloupe ont été déposés en 2024, et presque autant en 2023, selon le rapport d’activité 2024 du Fonds d’indemnisation.

« Il faut rappeler qu’on part de loin, prévient Edwige Duclay, chargée de la coordination du plan chlordécone IV. Le fonds a été mis en place en 2020 et tient compte de l’ensemble des victimes de pesticides. Pas uniquement celles du chlordécone. Pour les Antilles, en 2021, nous n’avions que cinq dossiers déposés. Aujourd’hui, pour les deux territoires, entre 2021 et 2025, on dénombre 302 dossiers déposés. 224 accords et déjà 183 personnes qui sont indemnisées. » L’indemnisation est plafonnée à 1 500 euros par mois et varie en fonction de la maladie.

Lire aussi : Chlordécone : « On a l’impression que la vie des personnes noires est moins importante que celle des personnes blanches »

Des chiffres à mettre en rapport avec les résultats de l’étude Kannari, réalisée en 2013 par Santé publique France, la seule grande enquête sur le sujet publiée à ce jour. Cette dernière avait alors démontré que le pesticide était détecté dans le sang de plus de 90 % de la population martiniquaise et guadeloupéenne.

« Avoir du chlordécone dans le sang ne veut pas dire que l’on va tomber malade. On parle de surexposition lorsque les personnes ont une chlordéconémie supérieure à 0,4 microgramme par litre (µg/L) », précise Edwige Duclay. Reste qu’en 2021, à l’issue d’une vaste campagne de test, sur les quelque 40 000 chlordéconémies réalisées en Martinique et en Guadeloupe, près de 15 % d’entre elles (soit 6 000 personnes) indiquaient des seuils de contamination supérieurs à 0,4 µg/L, explique Edwige Duclay.

Environ 1 000 personnes avaient manifesté en 2022 en Martinique pour lutter contre l’éventuel non-lieu dans l’enquête sur l’empoisonnement des Antilles au chlordécone et exiger justice et réparation. © Fanny Fontan / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Depuis 2022, les ARS ont mis en place un accompagnement dédié pour celles et ceux qui seraient dans cette situation. « Des associations comme Phyto-Victimes, présente en Martinique et en Guadeloupe, peuvent alors aider les victimes à constituer des dossiers pour obtenir une indemnisation », précise Edwige Duclay, qui rappelle que les enfants des travailleurs agricoles peuvent aussi formuler une demande « s’il est démontré que les causes du décès [d’un parent] sont dues à une maladie professionnelle liée à l’exposition prolongée à des pesticides comme le chlordécone »

Une communication erratique

Un rappel nécessaire, tant le manque d’information est l’une des premières raisons du faible nombre de dossiers en provenance de la Guadeloupe et de la Martinique. Quelques flyers et affiches existent dans les cabinets de certains médecins, notamment en Martinique, mais rien de plus. Pas d’affichages dans les rues, ni de campagnes télé et radio.

Les associations dénoncent aussi les conditions d’accès au fonds d’indemnisation. Seules les personnes atteintes d’un cancer de la prostate, de la maladie de Parkinson ou d’un lymphome non hodgkinien et ayant travaillé dans l’agriculture aux Antilles sont en droit de solliciter le FIVP.

« Les cancers de la prostate reconnus comme maladie professionnelle par les caisses générales de Sécurité sociale ne concernent que 7 % des ouvriers agricoles aux Antilles. Quant aux indemnités pour les troubles neurodéveloppementaux (TND) chez l’enfant, la réparation ne concerne que ceux dont les mères étaient ouvrières agricoles. Or, 92 % des femmes avec une chlordéconémie positive pendant la grossesse ont par la suite des enfants souffrant de TND. Peu d’entre elles sont des ouvrières agricoles », assure le docteur Josiane Jos-Pelage, présidente de l’Association médicale de sauvegarde de l’environnement et de la santé (Amses).

« Nous sommes débordés »

De plus, la recherche n’a pas encore tout dit des maladies liées à ce pesticide particulièrement toxique. Comme le rappelle Dominique Théophile, sénateur guadeloupéen, lors de la présentation d’un projet de loi dont il est l’auteur visant à mieux indemniser les victimes du chlordécone, « des études de l’Anses et de l’Inserm soulignent les effets néfastes du chlordécone sur le système nerveux, la reproduction, le système hormonal et le fonctionnement de certains organes ».

Le texte en discussion au Sénat en avril visait à élargir le périmètre du fonds à « toute personne souffrant d’une maladie résultant d’une exposition au chlordécone, due aux autorisations de commercialisation et d’épandage délivrées par la République française », qu’elle soit ou non ouvrière agricole. Mais la commission de l’aménagement du territoire en a décidé autrement en rejetant la proposition, considérant « qu’il est nécessaire d’attendre un enrichissement éventuel des données scientifiques pour élargir le champ des pathologies indemnisables ».

Des associations comme le Coaadep tentent de trouver d’autres voies de passage. « En mars 2025, la cour administrative d’appel de Paris a précisé que l’État devait apporter réparation pour préjudice moral d’anxiété envers les personnes durablement exposées à cette pollution. Nous avons pu permettre l’indemnisation de deux ex-ouvriers agricoles de cette manière et nous comptons poursuivre en ce sens. Nous avons déjà 50 dossiers similaires que l’on va tenter de défendre », précise Yvon Sérénus, président du Coaadep.

Reste à savoir si l’indemnisation est la solution la plus adaptée. « Vu le nombre de cas de cancers et de troubles neurodéveloppementaux aux Antilles, le mieux aurait été une mise à disposition gratuite de tous les moyens de rééducation, de psychomotricité, d’orthophonie ou de psychologie, surtout pour les enfants de 3 à 4 ans, estime Josiane Jos-Pelage. Il faut parfois attendre plus d’un an pour un rendez-vous dans un centre d’action médicosociale. Nous sommes débordés. Combler cette carence serait plus utile que d’offrir des rentes individuelles au cas par cas. »

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Source : https://reporterre.net/Chlordecone-ce-scandale-qui-n-en-finit-pas

lundi 5 janvier 2026

Nappes qui remontent, barrage vide : où est passée l’eau des dernières pluies dans les Pyrénées-Orientales ?

Nappes qui remontent, 

barrage vide : 

où est passée l’eau 

des dernières pluies 

dans les Pyrénées-Orientales ?

 

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    Du 25 au 27 décembre 2025, plus de 100 mm de pluie sont tombés sur la plaine du Roussillon. Il n’était pas tombé autant d’eau en si peu de temps depuis plusieurs années, marquées par la sécheresse. Dans un contexte de déficit et de crises à répétition, à quel point cette manne nous offre-t-elle un répit ?

    « La réaction des nappes phréatiques a été assez rapide, et elle est encore en cours » se réjouit Hichem Tachrift, directeur du Syndicat des Nappes de la Plaine du Roussillon. « C’est un évènement salvateur. » Nous sommes loin d’avoir pris de l’avance, mais les volumes ont rattrapé notre retard. « C’est déjà très bien » assure le directeur. « Sans les nappes de la plaine du Roussillon, le territoire serait vraiment en danger, car les cours d’eau sont relativement petits. »

    Une charge à retardement

    Même les nappes profondes, celles dites du Pliocène, ont vu leurs niveaux remonter. C’est particulièrement le cas pour celles de la vallée de l’Agly, grâce à la pression du karst, les eaux souterraines des Corbières. Ce n’est pas que l’eau du karst descend nécessairement jusqu’à la nappe, mais elle appuie sur des terrains où l’eau était emprisonnée. « Le karst influence beaucoup le Pliocène. » Au point qu’on sort du niveau de crise sur la vallée et qu’on devrait en sortir dans les prochains jours côté Salanque. Sur le Vallespir, ce sont les nappes quaternaires, plus superficielles, qui sont remontées, et on attend une réaction prochaine des nappes profondes. La vallée de la Têt retrouve aussi des niveaux conformes aux années normales.

    Le secteur qui reste en difficulté, car il souffrait des niveaux les plus bas jamais enregistrés, est celui des Aspres et du Réart. « C’est le plus problématique. Ce secteur met du temps à réagir, en général plusieurs semaines. Pour l’instant, on observe une réaction sur la partie amont, du côté de Terrats. C’est plutôt de bon augure. »

    L’ensemble des conséquences des pluies au niveau souterrain devrait en effet s’étaler sur des semaines, voire des mois.

    Selon Hichem Tachrift, le répit donné par ces pluies devrait courir jusqu’au mois de juin environ. L’été sera en revanche une période clé. « Si on a une année normale, ça se passera bien. Si par contre il ne pleut plus une goutte d’ici l’été, on aura du mal. »

    Les nappes pourraient être nos mégabassines insoupçonnées

    En attendant, le Syndicat des nappes continue des expérimentations. « Nous militons pour un stockage souterrain ». L’idée serait d’injecter volontairement de l’eau dans ces nappes pour mieux les recharger. « Cela nous paraît le plus pertinent dans la mesure où il n’y a pas besoin de foncier, il n’y a pas d’impact, pas d’entretien. » Certains territoires ont opté pour de vraies infrastructures, semblables à des puits d’injection, mais qu’il faut entretenir à cause du colmatage. Le procédé serait différent en Roussillon. Il s’agirait de repérer des points où l’eau s’infiltre plus rapidement de manière naturelle, et d’y diriger des lâchers. Des repérages ont ainsi été faits du côté de Saint-Génis-des-Fontaines et de Palau-del-Vidre pour la vallée du Tech, et du côté de Bouleternère pour la vallée de la Têt. « On mesure ce qu’on injecte et on fait un suivi de la nappe, pour définir un protocole. »

    Pourquoi le barrage de Vinça reste vide après les pluies ?

    Sur les réseaux sociaux, bien des commentaires ont circulé suite au constat d’un niveau très bas dans la retenue de Vinça, juste après l’épisode torrentiel. Beaucoup déploraient le fait qu’on ne conserve pas cette eau si précieuse. La situation est en réalité parfaitement normale, comme l’a expliqué l’association Energ’éthiques 66. Le barrage de Vinça a une fonction d’écrêtement des crues en automne. Il commence à se vider à la fin de l’été pour être au plus bas sur les trois derniers mois de l’année. Toute l’eau n’est pas perdue en réalité, puisqu’elle arrive en partie au lac de Villeneuve-de-la-Raho. Ce niveau bas permet d’absorber une éventuelle crue centennale, plus probable à cette période, et d’épargner alors les villages en aval. Si le barrage de Vinça était plein à ce moment, une montée des eaux provoquerait des inondations. À partir du 1er janvier, il sera rempli progressivement jusqu’à l’été, en comptant sur la fonte des neiges et les pluies de printemps. En été, ce stock d’eau servira à soutenir le débit de la rivière, comme le fait le barrage des Bouillouses pour la partie amont.

     

    Comprendre ces histoires de millimètres de pluie

    Un millimètre de pluie représente un litre d’eau sur un mètre carré. C’est comme si vous posiez une bouteille sur chaque grande dalle d’une terrasse. 100 millimètres, c’est donc 100 bouteilles par dalle, ça commence à compter ! S’il n’est pas mentionné que ce sont des millimètres par heure, il s’agit d’un volume moyen cumulé sur l’ensemble de l’épisode pluvieux. Mais il peut y avoir des pics horaires, par endroits, de plusieurs dizaines de millimètres.

    Source : https://madeinperpignan.com/nappes-barrage-vide-eau-pluies-pyrenees-orientales/?fbclid=IwY2xjawPHVG9leHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeSQp-M7cnQ6OkcLAVn1RJZtmjoTbDKXOPyqMzREx2yYnmy89nlrjxwAozckg_aem_QR7fabkC73P_yt0eSATf9Q

    vendredi 2 janvier 2026

    Dermatose nodulaire : l’alliance avec la Coordination rurale crée le malaise à la Confédération paysanne

     

    Dermatose nodulaire : 

    l’alliance avec 

    la Coordination rurale 

    crée le malaise 

    à la Confédération paysanne

     

    31 décembre 2025

     

    Une manifestation d'agriculteurs à Alençon (Orne), le 19 décembre 2025.

    Les barrages contre le protocole sanitaire en cas de dermatose nodulaire ont réuni des agriculteurs membres de deux syndicats opposés, la Coordination rurale et la Confédération paysanne. Chez cette dernière, l’alliance fait débat.

    La cause défendue rassemble de nombreux agriculteurs, mais les alliances nouées sur le terrain laissent chez certains comme un goût amer. Dans les Landes, l’Ariège, le Jura, la Corrèze, la Haute-Loire, la Creuse, l’Aude, l’Aveyron, les Hautes-Alpes... la lutte contre le protocole sanitaire d’abattage total des troupeaux de bovins lorsqu’un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est détecté a mobilisé des centaines d’agriculteurs. Sur les barrages se sont retrouvés les membres de deux syndicats agricoles aux lignes souvent diamétralement opposées.

    D’un côté, la Confédération paysanne, classée à gauche, qui prône un modèle d’agriculture écologique, mobilisée contre les mégabassines et la loi Duplomb. De l’autre, la Coordination rurale (CR), chantre de la contestation des mesures écologiques dont la proximité idéologique avec l’extrême droite est bien documentée, qui défend une vision identitaire des paysans et un positionnement anti-État.

    Pas d’alliance nationale

    « Nos différences restent immenses, c’est d’ailleurs pour cela que nous n’appelons pas à une alliance nationale. Il n’y aura aucune alliance au-delà des blocages de fermes et de routes à l’échelle départementale, détaille Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne. Mais la colère est si grande chez les éleveurs que nous sommes obligés de dépasser nos clivages. Des membres des FDSEA [antennes départementales de la FNSEA, le syndicat majoritaire défendant une ligne productiviste] et des personnes non syndiquées rejoignent également les mobilisations. »

    « Clarifier notre ligne pour rappeler 
    que ce rapprochement reste ponctuel »

    Chacune des sections départementales de la Confédération paysanne, indépendantes du national, a décidé elle-même de faire front commun, ou non, avec la Coordination rurale. Une ligne de crête pas évidente à tenir, au niveau national, pour le syndicat. Les rapprochements entre les deux organisations se font essentiellement selon les affinités de chacun sur le terrain.

    « De toute façon, il y a des chambres qui sont cogérées par la CR et la Confédération paysanne, comme en Ardèche et en Corse, résume un salarié de la Coordination rurale. Donc localement, si les gens s’entendent bien, il peut tout à fait y avoir des actions communes. »

    Dans les boucles de messageries internes, certaines sections locales, notamment celles régulièrement visées par des attaques de la CR, ont partagé leur gêne : elles craignent qu’une telle alliance leur fasse perdre des adhérents. Visiblement mal à l’aise, plusieurs d’entre elles n’ont pas souhaité répondre à Reporterre, renvoyant vers le national.

    Impératif de visibilité

    La présence de membres des FDSEA dans les manifestations souligne l’importance de l’ancrage territorial des mobilisations. Elle détonne d’autant plus qu’à l’origine, c’est le rejet de la FNSEA et de son soutien à la stratégie gouvernementale d’abattage total des troupeaux qui a renforcé ces alliances locales entre la Coordination rurale et la Confédération paysanne.

    D’autant que, puisque de moins en moins d’agriculteurs votent pour élire leurs représentants, les syndicats ne peuvent pas se permettre de déserter les mobilisations. « Il ne faut pas oublier que 30 % des agriculteurs ne se reconnaissent dans aucune organisation syndicale », souligne Samuel Ouahab, doctorant en sociologie spécialiste des politiques publiques agricoles à l’université de Toulouse, qui se rend régulièrement sur les barrages.

    « La Confédération paysanne 
    est complètement tiraillée »

    « Nous ne sommes pas acculés, mais l’embarras que suscite ces actions va nous obliger à clarifier notre ligne pour rappeler que ce rapprochement reste quelque chose de ponctuel », insiste, sous couvert d’anonymat, une porte-parole de la Confédération paysanne du sud de la France. Dans son département, les deux syndicats ont bloqué l’entrée d’une ville côte à côte et ont distribué des tracts floqués des deux logos. « Ici, les membres de la CR ne sont pas autant des ultras que dans le Sud-Ouest, c’est aussi pour cela que nous avons accepté de nous mobiliser avec eux », précise la syndicaliste.

    Des alliés embarrassés

    Dans la crise que traversent actuellement les éleveurs, les appels, actions et prises de paroles communes de sections locales ont créé un certain malaise chez des alliés de la Confédération paysanne. À commencer par des militants écologistes, régulièrement menacés, voire agressés, par des membres de la Coordination rurale.

    « La Confédération paysanne est complètement tiraillée : certes, les deux syndicats portent un combat commun, mais en s’affichant avec la CR, le risque est de générer des incompréhensions avec ses alliés historiques. Ce flou n’est vraisemblablement pas la bonne stratégie », regrette Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci, qui fait partie de ces alliés.

    À peine élu, en novembre, le président de la CR, Bertrand Venteau, promettait de les « combattre ». « Les écolos, la décroissance, veulent nous crever, nous devons leur faire la peau », lançait-il sous un tonnerre d’applaudissements. En janvier 2022, un membre de la Coordination rurale avait tenté de pousser l’un des porte-parole de Bassines non merci par-dessus une balustrade lors d’un rassemblement sur un pont routier à Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres), rapporte Mediapart.

    Mi-décembre, les éleveurs et éleveuses membres des Soulèvements de la Terre, fer de lance des contestations écologiques en France, publiaient un communiqué appelant à « rejoindre et renforcer les blocages et actions organisés par [leurs] camarades de la Confédération paysanne ». « La gravité et l’urgence de la situation nous fera peut-être nous tenir aussi aux côtés des adhérentes de la Coordination rurale », soulignait le texte.

    « Il ne faut pas banaliser les alliances avec la CR »

    « Ce qui nous réunit sur ces points de blocage, c’est avant tout la nécessité de ne pas laisser crever l’élevage paysan à cause de normes biosécuritaires hors-sol pensées pour protéger les intérêts des dirigeants de la FNSEA », explique à Reporterre Nao, représentante des Soulèvements de la Terre.

    La militante refuse pour autant de « banaliser les alliances avec la CR » : « Nous condamnons fermement la xénophobie émanant de certains de ses membres, ainsi que les attaques contre les militants écologistes, que les dirigeants de la CR voudraient faire passer pour responsables de la détresse agricole. Être présent dans cette lutte avec un tas d’autres paysans, c’est aussi ne pas laisser la place libre à une instrumentalisation de cette détresse par l’extrême droite. »

    Liens assumés avec l’extrême droite

    Les liens entre la Coordination rurale et l’extrême droite contrarient en effet de nombreuses associations écologistes et antiracistes. Dans les années 2010, le président de la Coordination rurale du Gard, Richard Roudier, fondait, en parallèle de sa casquette de syndicaliste, la Ligue du Midi, un groupuscule identitaire violent investi dans la campagne présidentielle d’Éric Zemmour en 2022.

    À quelques mois des élections européennes, en 2024, la direction du syndicat déjeunait avec Jordan Bardella durant le Salon de l’agriculture, juste après avoir rencontré Marion Maréchal, ainsi qu’Éric Coquerel (La France insoumise), Xavier Bertrand (Les Républicains), ou encore la macroniste Yaël Braun-Pivet. En août 2024, la vice-présidente de la CR, Sophie Lenaerts, participait à l’université d’été du groupuscule royaliste l’Action française.

    Interrogé par Reporterre sur ces accointances idéologiques, Bertrand Vanteau, président de la CR, assume : « Tant que le Rassemblement national essaiera de défendre nos positions, nous continuerons de nouer le dialogue. »

    Preuve d’une alliance à géométrie variable, l’atmosphère reste encore inflammable dans certains départements. Dans la nuit du 17 au 18 décembre, des personnes se revendiquant de la CR de la Vienne ont déversé trois bennes de déchets, plus de 100 pneus et du lisier, bloquant l’accès aux bureaux de Vienne Nature, Poitou-Charentes Nature et France Nature Environnement Nouvelle-Aquitaine.

    Lire aussi : La Coordination rurale dégrade les locaux d’associations écologistes

    La veille, lors d’un rassemblement de la Coordination rurale, une soixantaine de tracteurs et 200 personnes avaient déversé des centaines de mètres cubes de déchets, dégradant la mairie de Melle (Deux-Sèvres), des commerces ainsi que la permanence de la députée écologiste Delphine Batho. Un monument édifié en l’honneur des personnes blessées par la répression policière survenue à Sainte-Soline en 2023 a été également dégradé.

    Un rapprochement « plus spontané que délibéré »

    Le 11 décembre, le député écologiste Benoît Biteau, également éleveur de bovins, était en discussion avec le préfet de l’Ariège pour éviter une intervention musclée des forces de police à contre des éleveurs bloquant une exploitation dont le troupeau était menacé d’abattage, lorsque des membres de la Coordination rurale sont venus dégrader sa permanence, ainsi que les locaux de différentes organisations de défense de la nature (OFB, LPO, FNE).

    « De l’autre côté, les mouvements antibassines ne sont pas innocents et on assume totalement de les combattre », rétorque Bertrand Venteau, le président de la CR, à Reporterre.

    « Toutes ces scènes renvoient aux images les plus sombres de l’histoire, lors desquelles le fascisme s’organisait… Elles rappellent les méthodes des “Chemises noires” de Mussolini ou des “Chemises vertes”, créées par Henri Dorgères », souligne Julien Le Guet, porte-parole de Bassines non merci. Le militant fait ici référence aux Comités de défense paysanne, sortes de sections d’assaut fascistes françaises des années 1930 appelant à fermer les frontières, à cibler les fonctionnaires et à défaire les grèves d’ouvriers agricoles.

    « Parler d’alliance entre la Conf’ et la CR,  
    c’est peut-être un peu fort »

    « La Confédération paysanne doit réaffirmer clairement sa pensée antifasciste et antiraciste, ne serait-ce que pour clarifier sa position auprès des agriculteurs, de moins en moins syndiqués, qui ont du mal à s’y retrouver », conclut Julien Le Guet.

    « Parler d’alliance entre la Conf’ et la CR, c’est peut-être un peu fort. Ce n’est pas délibéré, mais davantage spontané. C’est simplement que, en soutien aux éleveurs, on a ces deux syndicats qui portent une vision convergente et proposent des solutions alternatives à celles de la FNSEA », nuance Benoît Biteau, qui avait participé au Convoi de l’eau en 2023, cette mobilisation contre les bassines entre Sainte-Soline et Orléans.

    Pas les premières actions communes

    Ce n’est pourtant pas la première fois que les deux syndicats affichent une stratégie commune. En avril 2024, la Coordination rurale, la Confédération paysanne et le Mouvement de défense exploitants familiaux (Modef) — également classé à gauche — signaient une lettre ouverte, appelant Emmanuel Macron à garantir des « prix rémunérateurs » pour les agriculteurs. Les organisations soulignaient « leurs différences » tout en affirmant vouloir envoyer un « signal fort » dans un « contexte de crise et face aux enjeux historiques ».

    Présent dans les cortèges d’agriculteurs en janvier 2024 et en décembre, Samuel Legris, doctorant en sociologie à l’université de Pau, dresse un parallèle entre ces mobilisations conjointes et celles observées lors des mouvements des Gilets jaunes et contre le pass sanitaire.

    « On assiste à un rapprochement, dans la mobilisation, d’acteurs aux divergences idéologiques, qui composent comme ils le peuvent, résume-t-il. Lors d’un rassemblement organisé récemment à Pau, on pouvait voir flotter un drapeau français avec la croix de Lorraine [un symbole repéré dans de nombreuses manifestations d’extrême droite] à côté d’un drapeau du syndicat Sud Solidaires agricoles. » À la différence que des heurts ont parfois pu éclater entre manifestants au sein des cortèges de Gilets jaunes, sur fond de dissensions politiques.  

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    Source : https://reporterre.net/Dermatose-nodulaire-l-alliance-avec-la-Coordination-rurale-cree-le-malaise-a-la?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne