Eau, biodiversité :
le grand recul écolo se poursuit
mercredi 08 avril 2026 |
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EDITO |
Eau, biodiversité : le grand recul écolo se poursuit |
Par Amélie Poinssot |
On aimerait bien vous raconter de bonnes nouvelles. Mais en cette période de Macronie finissante et de repli conservateur européen, force est de constater qu’elles sont rares. Le projet de loi dit « d’urgence agricole », déposé ce mercredi 8 avril en conseil des ministres, est à cette image. Troisième texte défendu en moins de deux ans pour répondre à la colère du monde agricole, il détricote, une fois de plus, le droit de l’environnement. Dans la suite des lois précédentes, il a pour objectif de faciliter encore davantage la construction de nouveaux bâtiments d’élevage, jusque-là régis par le régime des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Cette fois-ci, écrit Lucie Delaporte, le texteouvre la voie à un nouveau statut juridique beaucoup moins contraignant, qui pourrait permettre de se passer des études d’impact et des enquêtes environnementales là où elles sont encore obligatoires, et favoriser ainsi le développement de l’élevage intensif. de la loi « Duplomb » qui n’avait pas pu passer l’an dernier : il instaure un « principe de proportion » dans la compensation aujourd’hui en vigueur lorsque ces zones essentielles à la préservation de la biodiversité sont atteintes, notamment pour des projets de stockage d’eau. En clair, si les zones humides sont déjà dégradées, elles pourront allégrement être détruites et il deviendra inutile de les compenser. Mais c’est aussi la gouvernance locale de l’eau qui est mise à mal. Si le texte est voté en l’état, écrit Mickaël Correia, le ministre de l’écologie pourra, en vue de l’aménagement de futures mégabassines ou autres réserves hydriques, autoriser des préfets à déroger au schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage), outil jusqu’ici élaboré par différents acteurs locaux d’un même bassin – élu·es, services de l’État, associations, riverain·es, etc. Et les réunions publiques organisées dans le cadre de ces projets et des demandes d’autorisation pour les prélèvements en eau seront supprimées. Cerise sur le gâteau, le texte porté par la ministre de l’agriculture Annie Genevard s’attaque enfin à une question écologique majeure : le statut des espèces protégées. Par la voie d’un article dans cette loi « d’urgence agricole » et de deux arrêtés déjà publiés, le gouvernement libéralise les tirs sur le loup, dont l’état de conservation n’est à ce jour pas assuré. La ministre de la transition écologique Monique Barbut a multiplié les concessions sur le sujet et beaucoup craignent aujourd’hui que ce ne soit une porte ouverte à la remise en cause de la préservation de deux autres animaux menacés : l’ours et le lynx. Le débat, annoncé pour fin mai à l’Assemblée Nationale, promet d’être tendu. Mais il pourrait aussi être l’occasion d’entendre, enfin, une
discussion parlementaire sur l’effondrement de la biodiversité. Il est
encore temps d’éviter des décisions politiques qui ne feront qu’aggraver
le problème. Et de mettre fin au silence inquiétant sur ce sujet. |
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