Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

BLOG EN COURS D'ACTUALISATION...
...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...

mardi 7 avril 2026

Défaire l’idéologie raciste


In Extremis

Se désintoxiquer du racisme, 

raconter des imaginaires 

pour s’en libérer
 
lundi 06 avril 2026

Deux fois par mois, retrouvez ici une sélection d’articles de Mediapart et des contenus inédits pour se désintoxiquer du racisme. Ce numéro vous a été transféré par un·e ami·e ? Vous pouvez vous inscrire directement ici.
L'édito

Défaire l’idéologie raciste



 
Par Sabrina Kassa, responsable éditoriale aux questions raciales à Mediapart

Après l’indéniable succès du rassemblement contre le racisme, samedi 4 avril à Saint-Denis, Bally Bagayoko a lancé un appel à une manifestation à Paris, le 3 mai, ayant « vocation à se déployer sur l'ensemble des territoires de l'Hexagone ».

Un sursaut national est en effet capital pour endiguer le torrent de haine négrophobe que le maire insoumis a subi depuis son élection. Hélas, ce n’est pas le seul. Quatre député·es noir·es – Danièle Obono, Nadège Abomangoli, Aly Diouara (depuis élu maire de La Courneuve) et Carlos Martens Bilongo – ont reçu par courrier, en fin de semaine dernière, une page détournée de la BD Tintin au Congo avec la légende : « Échappés du zoo de Beauval ». « Une telle attaque raciste négrophobe est absolument inacceptable », a dénoncé le parti LFI, qui a appelé à une condamnation unanime de la part de l’ensemble de la classe politique.

Il serait temps, en effet, qu’elle se réveille. Alors qu’un racisme décomplexé s’est répandu jusqu’à la nausée, dévoilant le présent d’un passé infâme, seule l’indignation du « peuple vivant » a sauvé la face.

Quant au « cercle de la raison » qui vocalise sur les médias mainstream, il a bien trop souvent euphémisé la gravité des injures, ou fait une fixette sur le terme « racisé », passant ainsi à côté de l’enjeu principal : comment défaire le racisme, au-delà des discours.


Le racisme, c’est quoi ? Ce sont des insultes qui visent à dégrader l’autre et à lui faire peur, ce sont des préjugés qui lui obstruent sa liberté, en l’empêchant de faire des études, à habiter là où il ou elle veut, à exercer son métier, à être soigné·e correctement… Mais ce n’est pas que ça. Le racisme, c’est aussi une affaire de normes et de règles forgées par une histoire longue, parfois explicites, mais le plus souvent pernicieuses. La preuve ? Rares sont celles et ceux qui s’offusquent de voir des personnes racisées occuper des postes de vigile, ou de « femme de ménage », mais un torrent d’émotions violentes surgit dès qu’elles deviennent maire d’une grande ville populaire, ou l’emblème de la chanson française, comme Aya Nakamura.

Personnes « racisées »… Ah ! le vilain mot des « racialistes » ! À en croire nombre de chroniques et de tribunes, ce sont celles et ceux qui l’emploient qui créent le racisme. Alors, pour ne pas s’abîmer dans une querelle de mots qui fleure surtout le statu quo et la confiscation du débat, je vous propose de revenir sur le sens donné par Colette Guillaumin, la sociologue française qui a théorisé ce terme, en 1972, dans L’Idéologie raciste. Genèse et langage actuel.

Ce mot « racisé » sert à décrire les processus culturels et sociaux susceptibles d'assigner une personne à un groupe minoritaire en fonction de ce que des groupes majoritaires perçoivent d'elle (couleur de peau, religion…) « En effet, ces groupes sont soumis à des limitations de droits légaux ou coutumiers, à des contraintes qui ne sont pas imposées au racisant et dépendent de celui-ci. » En clair, être « racisé·e », c’est être considéré·e négativement par le groupe majoritaire, et subir un traitement défavorable. C’est un adjectif qui permet de décrire des conditions de vie.


Certain·es militant·es, ou personnes averties, l’utilisent désormais comme substantif. « Je parle en tant que Racisé ! » Voilà le danger selon les garant·es de l’universalisme abstrait, qui préfèrent bien souvent limiter le racisme à un problème moral – que l’on réglerait en faisant de la pédagogie et en rétablissant les bonnes manières – ou à une question principalement sociale, mettant ainsi sous le tapis la nécessité de défaire profondément les structures qui rendent possibles les inégalités raciales. Sans parler de réparation – diantre ! – en faveur de personnes racisées, à l’instar du Brésil qui, depuis 2012, a mis en place des quotas raciaux dans les universités. Mais pas de panique, nous n’y sommes pas encore, le terme même n’a pas droit de cité !

Bally Bagayoko dit qu’il n’est pas à l’aise avec ce terme et préfère celui d’« héritier de l’immigration », qu’il considère comme plus valorisant, ce que l’on peut absolument entendre, surtout pour un édile sous le feu des critiques, qui veut rassembler autour de lui. Mais il est profondément malhonnête d’instrumentaliser la préférence linguistique du maire insoumis de Saint-Denis pour décrédibiliser les universitaires, les militant·es et les rares politiques qui s’appuient sur ce vocabulaire scientifique pour dénoncer et penser l’injustice qui prospère.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire