Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

BLOG EN COURS D'ACTUALISATION...
...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...

lundi 27 avril 2026

« C’est une aberration » : pour les besoins de l’IA, les data centers veulent tourner au gaz fossile

« C’est une aberration » : 

pour les besoins de l’IA

les data centers veulent tourner 

au gaz fossile

 
 
Par Erwan Manac’h
13 avril 2026  
 
 

Les constructeurs des centres de données géants, nécessaires au développement de l’intelligence artificielle, demandent à être raccordés au réseau de gaz français. « Aberrant », selon GRDF. Et écologiquement catastrophique.

Des centres de données branchés sur le réseau de gaz ? En France, ce scénario pourrait paraître absurde : l’électricité y est disponible en abondance. Pourtant, des entreprises portant ces projets de data centers, des usines abritant des serveurs informatiques nécessaires au fonctionnement de l’intelligence artificielle, envisagent bel et bien de se tourner vers cette énergie fossile pour gagner du temps. Et émettre au passage des millions de tonnes de CO₂ dans l’atmosphère.

C’est la directrice du réseau français de distribution de gaz (GRDF), Laurence Poirier-Dietz, qui l’a partagé à une poignée de journalistes le 1ᵉʳ avril. « Nous sommes régulièrement sollicités par des opérateurs de data centers. Ils viennent vers nous pour explorer des solutions de raccordement au réseau gazier. Parce que les délais annoncés sur le réseau électrique — parfois cinq à sept ans — ne sont pas compatibles avec leurs calendriers. Il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. »

La responsable ne parle pas ici d’une alimentation ponctuelle, pour faire du gaz une énergie de secours en cas de coupure d’électricité, comme c’est envisagé par de nombreux centres de données, mais bel et bien d’un fonctionnement en continu grâce au gaz. Une gabegie climatique et une absurdité énergétique, quand on sait que les centres de données nouvelle génération ont une consommation électrique équivalente à celle de grandes métropoles.

Une coûteuse aberration

« C’est une aberration, poursuit Laurence Poirier-Dietz. Ces usages reposeraient sur des cycles combinés gaz [soit des centrales fabriquant de l’électricité grâce à la combustion de gaz] dont le rendement est d’environ 50 %. » Autrement dit, pour produire une quantité donnée d’électricité avec cette méthode, il faut brûler deux fois cette quantité sous forme de gaz.

« Ce serait un contresens, d’autant plus que le prix du gaz est bien moins attractif que celui de l’électricité », dit à Reporterre Lorraine de Montenay, experte en sobriété numérique pour GreenIT et co-autrice d’un rapport sur les centres de données pour l’Ademe.

Tout ceci ne semble toutefois pas de nature à refroidir les géants de la tech, à l’heure où Google, Amazon, Meta et Microsoft prévoient un total de 650 milliards de dollars (550 milliards d’euros) d’investissements pour surfer sur l’explosion de l’IA.

Pas de « refus de vente »

Les demandes de raccordement sont des informations confidentielles. GRDF ne communique ni le volume de gaz demandé, ni l’emplacement des projets de centres de données qui ont formulé ces demandes. Aucun raccordement n’est prévu à court terme, rassure l’opérateur public, mais le scénario n’est plus écarté dans les années à venir, alors que la France prévoit d’ouvrir une soixantaine de ces mégacentres de données.

Lire aussi : Data centers : une carte exclusive des sites en projet

Une chose est sûre, ce n’est pas GRDF qui pourra refuser d’ouvrir les robinets. L’opérateur n’a pas le droit de refuser de fournir en gaz, aussi absurde que puisse être la demande. « En tant qu’entreprise de service public, nous avons l’obligation de répondre à l’ensemble de nos clients et ne pouvons pas procéder à un refus de vente », dit Laurence Poirier-Dietz.

Un centre de Google pollue autant que San Francisco

Selon une estimation de Reporterre, au regard de la consommation électrique moyenne des 352 centres de données d’ancienne génération existants en France (28 000 mégawattheures (Mwh)), faire fonctionner un tel équipement uniquement au gaz rejetterait, au minimum, 15 000 tonnes de CO₂ dans l’atmosphère par an, soit l’équivalent de l’empreinte carbone de 1 600 Français. [1]

Le risque réel est largement supérieur à cette estimation, puisque les usines à serveurs de nouvelle génération, calibrées pour l’intelligence artificielle générative, atteignent une taille jamais égalée. Le dernier projet connu, qui a passé fin 2025 l’étape du débat public, lorgne sur une emprise de 70 hectares, en Seine-et-Marne, et nécessitera une capacité électrique de 1,4 GW à lui tout seul, soit l’équivalent de trois réacteurs nucléaires.

Au Texas (États-Unis), où Google s’apprête à brancher un gigantesque centre de données sur le gaz, l’émission de CO₂ anticipée grimpe à 4,5 millions de tonnes par an. C’est plus que la ville entière de San Francisco, rapportait The Guardian le 2 avril.

La demande devient insoutenable pour le réseau électrique

Depuis un peu plus d’un an, la France fait tout pour devenir un eldorado de centres de données. Elle cherche ainsi à s’attirer une industrie florissante et à régler un épineux problème de souveraineté sur nos données numériques et les applications liées à l’IA. Ces technologies sont en effet largement hébergées aux États-Unis et répondent ainsi aux lois étasuniennes.

Jusqu’à aujourd’hui, cette course folle est présentée comme neutre pour le climat, car ces centres sont censés fonctionner à l’électricité, abondante et largement décarbonée en France « grâce » au nucléaire et aux énergies renouvelables.

Lire aussi : 10 infos clés pour survivre aux débats de Noël sur l’intelligence artificielle

Mais la demande explose à un niveau insoutenable, pour le réseau électrique. Les demandes de raccordement au réseau reçues par RTE, le gestionnaire du réseau, représentent trois fois la consommation électrique totale de l’industrie française. Impossible, pour l’opérateur public, de suivre. D’où l’idée pour les promoteurs des centres de données, au moins transitoirement, de faire turbiner des générateurs au gaz.

C’est aussi ce que semble préparer la Commission européenne, à travers un projet de réforme omnibus allégeant les obligations de reporting environnemental des centres de données et facilitant l’utilisation de petites centrales au gaz d’appoint. « Cela laisse penser à une évolution qui pourrait pousser des acteurs à adopter le gaz comme source d’énergie, en France », dit à Reporterre, Benoit Petit, expert du coût environnemental du numérique et co-auteur d’un rapport de l’Ademe sur les centres de données.

Aux États-Unis, une situation déjà critique

Ailleurs dans le monde, la course à l’intelligence artificielle a déjà largement dérapé en une relance des énergies fossiles. Des centrales au charbon sont maintenues en activité pour alimenter les centres de données et le gaz est appelé en renfort. « En Irlande ou aux États-Unis, par exemple, les porteurs de projet sont incités à produire leur propre électricité pour ne pas trop solliciter le réseau qui est bien plus limitant qu’en France. La solution la plus rapide sont des turbines à gaz et il y a de nombreux investissements dans le nucléaire, notamment des petits réacteurs SMR dédiés », dit à Reporterre Thomas Hemmerdinger, directeur du département énergie et climat de l’Institut Paris région.

Aux États-Unis, le gaz apparaît comme l’unique moyen de disposer rapidement d’électricité. Plus d’un tiers de la capacité gazière du pays est déjà consacré aux centres de données [2] et au moins 80 centrales électriques au gaz sont en projet d’ici à 2030 [3].

Meta, la maison mère de Facebook, prévoit la construction d’un centre de données de 2 GW, en Louisiane, alimenté au gaz. 2 GW, c’est aussi la puissance des turbines à gaz que compte installer Elon Musk grâce à une récente levée de fonds à 20 milliards de dollars. Tout comme Microsoft qui vient de signer un accord avec Chevron pour la construction d’une centrale électrique au gaz de 2,5 GW dans l’ouest du Texas.

Lire aussi : Derrière la course à l’IA, des puces très chères et peu écologiques

Au Royaume-Uni, également, le régulateur de l’énergie alertait en novembre 2025 sur l’explosion des demandes de connexion au réseau énergétique, en grande partie liée aux projets de centres de données. Cela fragilise le réseau électrique et risque d’entraîner une hausse de la demande en gaz.

 __________________________

  __________________________

Source : https://reporterre.net/C-est-une-aberration-pour-les-besoins-de-l-IA-les-data-centers-veulent-tourner-au-gaz?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_hebdomadaire

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire