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jeudi 12 mars 2026

« Ici, tant pis pour ceux qui meurent » : à Fos-sur-Mer, les malades passent après les industries

« Ici, tant pis 

pour ceux qui meurent » : 

à Fos-sur-Mer, 

les malades passent 

après les industries

 

 
Des pêcheurs de loisir devant une raffinerie​, à Fos-sur-Mer, le 24 février 2026.
 

Municipales — À Fos-sur-Mer, les habitants encerclés d’usines continuent de tomber malades. Ils sont « les sacrifiés de la pollution », mais ce sujet est quasiment absent de la campagne électorale. « Surtout, il ne faut pas vexer les industries. »

Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), reportage

À l’entrée de la ville, tandis qu’un panneau nous souhaite la bienvenue à Fos-sur-Mer — cet « écrin de vie » —, de fines poussières recouvrent les bords de la route sur laquelle des camions défilent en direction des usines. Ici, les Fosséens et Fosséennes sont deux fois plus touchés qu’ailleurs par des cancers et des maladies chroniques comme l’asthme et le diabète. La présence de polluants (plomb, furanes, polychlorobiphényles) dans l’organisme des habitants a maintes fois été mise en évidence scientifiquement. Les pollutions ne s’arrêtent pas aux frontières de la ville, les communes autour de l’étang de Berre, en particulier celles situées à l’ouest, sont concernées.

Sur la route qui longe l’étang, le soleil, vif en cette fin février, se reflète dans cette immense lagune d’eau salée. Quelques minutes après avoir franchi la ville de Martigues, les cheminées se dessinent au loin. Apparaissent ensuite les pylônes électriques, torchères, cuves pour les aciéries, raffineries, usines chimiques et pétrochimiques. 

À Fos-sur-Mer, les usines sont partout. © Maïté Baldi / Reporterre

Située à 50 km à l’ouest de Marseille, la zone industrielle et portuaire de Fos-sur-Mer est l’une des plus grandes du pays. Sur 10 000 hectares, elle abrite près de 400 installations — notamment le géant de l’acier ArcelorMittal —, dont 58 sites sont classés Seveso. La zone est aussi gigantesque que polluante : elle rejette environ 10 millions de tonnes d’équivalent CO2 chaque année, soit le quart des émissions de CO2 de l’industrie française. [1]

40 000 personnes travaillent dans cette zone industrielle et portuaire, dont 9 000 Fosséens et Fosséennes, soit près de 58 % des électeurs inscrits sur les listes électorales. Alors forcément, on s’attend à ce que ce sujet occupe toutes les discussions entourant les élections municipales. Et pourtant.

« On vit dans une soupe toxique »

Le sujet est peu abordé dans la campagne, presque comme s’il était tabou. Dans leur programme, les quatre candidats évoquent la santé et l’environnement, la plupart proposent par exemple la création d’un nouveau centre médical avec plus de spécialistes ou de préserver les étangs à l’est de la ville des industries. Seul l’un d’eux, Jean Fayolle, candidat centriste, en parle. Il souhaite notamment lancer une « véritable étude épidémiologique pour connaître précisément les risques induits par la pollution ».

À côté, sur la ligne de départ, la gauche est divisée : Rémi Esnault, directeur de cabinet du maire sortant qui ne se représente pas, mène la liste divers gauche face à une liste dissidente, menée par Jean-Michel Leroy, conseiller municipal auparavant dans la majorité. La droite et l’extrême droite sont unies sous la candidature de Philippe Maurizot, ex-Les Républicains qui bénéficie du soutien du Rassemblement national.

Des enfants près de l’usine d’Imerys. © Maïté Baldi / Reporterre

Des subventions stoppées ou en sursis

Fin février, cinq associations, dont Respire et le collectif Cistude, ont interpellé l’ensemble des candidats des communes du pourtour de l’étang de Berre afin qu’ils se positionnent clairement sur ces enjeux sanitaires. Si les activités industrielles de Fos-sur-Mer sont un enjeu d’intérêt national, la mairie dispose de leviers en matière de prévention sanitaire.

Dans leur plaidoyer, les associations formulent dix-neuf propositions. Parmi elles figurent un plan de lutte contre les torchages abusifs, le renfort de la lutte contre les dégazages, la création d’un registre départemental des cancers, ou encore le développement de la formation des professionnels à la santé environnementale, pour améliorer la détection et la prévention des maladies liées aux pollutions.

Contacté, Rémi Esnault ne compte pas répondre à l’interpellation des associations, estimant que la démarche n’est « pas totalement sincère », l’une d’elles soutenant l’un de ses adversaires. Sur la pollution, il assure qu’il ne souhaite pas en faire un « joujou électoral » et que « ce sujet doit dépasser les postures politiciennes ». 

Le cimetière de Fos-sur-Mer surplombe la ville. © Maïté Baldi / Reporterre

À part ça ? Le candidat promet, s’il est élu, de rétablir la subvention municipale de 200 000 euros à l’Institut Écocitoyen de Fos-sur-Mer que le maire actuel, René Raimondi, a supprimée cet automne pour des « raisons budgétaires ». Créé en 2010, sous l’impulsion de ce même maire, l’institut propose une démarche scientifique associant des chercheurs et des citoyens afin d’étudier l’impact des pollutions sur la qualité de l’air et la santé.

Toujours à gauche, Jean-Michel Leroy promet aussi de rétablir ce soutien, voire de l’augmenter. Et explique avoir concentré son programme sur l’environnement autour de la préservation des étangs, « parce qu’un programme doit rester digeste, on ne peut pas tout y mettre », mais que la pollution fait bien évidemment partie des sujets à traiter. Philippe Maurizot, le candidat de droite et d’extrême droite, n’a pas répondu à nos sollicitations.

« Surtout, il ne faut pas vexer les industries »

Et il ne faut pas compter sur les acteurs suivant de près ces pollutions pour imposer ce sujet dans la campagne électorale. Plusieurs ont confié à Reporterre avoir peur de se mettre les futurs élus à dos. Le directeur de l’Institut Écocitoyen, Philippe Chamaret, explique qu’« il n’a pas vocation à participer à l’interpellation politique durant la campagne ». Ayant déjà perdu ses subventions municipales, il souhaite seulement que le futur maire les rétablisse. Sans cela, « la plateforme de suivi des particules ultrafines risque de ne plus fonctionner correctement », prévient-il.

Aussi, « une grande partie du temps de l’équipe est désormais consacrée à chercher des financements et la subvention de la métropole reste insuffisante ». Il remarque pourtant l’intérêt croissant de la population sur ces sujets : « On n’a jamais eu autant de participants aux ateliers de travail que ces deux dernières années. » Pour lui, le suivi scientifique est essentiel, d’autant plus avec l’arrivée d’industries décarbonées sur le territoire.

« Ici, on ne mord pas la main qui nous nourrit »

Même son de cloche du côté de Daniel Moutet. Le président de l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF), qui se bat depuis vingt-cinq ans contre la pollution et scrute inlassablement les fumées des usines, ne veut pas mettre en danger les subventions de son association.

Lorsqu’on le rencontre dans le local de la structure avec d’autres membres, le septuagénaire aux yeux bleus vifs commence par faire défiler sur son ordinateur des photos prises ces dernières semaines.

« L’autre jour, il y a encore eu un nuage noir à la sortie de l’aciérie, visible plusieurs minutes. Même si la situation s’est beaucoup améliorée grâce aux systèmes de filtration par rapport à il y a quelques années, il y a toujours des rejets de polluants toxiques, dont certains cancérogènes comme les particules fines, le benzène ou le plomb, au-delà des seuils légaux », soupire cet ancien conducteur d’engins au grand port maritime de Marseille. Son objectif, insiste-t-il, « n’est pas de mettre les usines à l’arrêt, mais qu’elles respectent les valeurs limites d’émission fixées par la réglementation ».

Daniel Moutet​, président de l’ADPLGF, qui se bat depuis vingt-cinq ans contre la pollution. © Maïté Baldi / Reporterre

Il ne compte toutefois pas sur les élus locaux pour cela : « Les différents maires autour de l’étang de Berre ne se sont jamais mis en travers de l’industrie. C’est normal que les candidats n’en parlent pas : surtout il ne faut pas vexer les industries, ici on ne mord pas la main qui nous nourrit ! Mieux vaut parler des nouveaux emplois. »

« Les sacrifiés de la pollution »

Asthme, diabète, cancer… Autour de la table, tous ou presque souffrent de maladies. Linda Grassi a découvert en 2019, à l’âge de 39 ans, qu’elle avait un cancer du sein.

Sans antécédents familiaux, elle se souvient que son oncologue lui avait parlé d’un « cocktail de vie » pour lui expliquer l’origine de son cancer. Les bras croisés, elle lève les yeux au ciel : « Moi je me suis fait ma propre opinion, j’habite à Fos. » Dans sa rue, les cas s’accumulent : cancer du sein chez une voisine, cancer de la thyroïde chez une autre. « Ici, personne n’est vraiment en bonne santé, on est les sacrifiés de la pollution. »

Linda Grassi​ : «  Ici, personne n’est vraiment en bonne santé, on est les sacrifiés de la pollution.  » © Maïté Baldi / Reporterre

Linda Grassi fait partie des 250 riverains, ainsi que 7 associations dont l’ADPLGF et un syndicat, ayant déposé plainte contre ArcelorMittal en 2019 pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui », afin de dénoncer les rejets de polluants toxiques dépassant les seuils légaux et des falsifications de données de rejet. Six ans plus tard, le groupe sidérurgique a été mis en examen par le pôle environnemental du tribunal de Marseille.

Las, celle qui est aujourd’hui en rémission commence à perdre patience. « La solution ne peut que venir du gouvernement. Déjà, si tous les maires du pourtour s’unissaient contre les rejets de polluants qui ne sont pas aux normes, ça enverrait un signal. Mais ici, chacun reste dans son coin et on est une ville riche, tant pis pour ceux qui meurent. »

C’est pour faire avancer les choses que le docteur Patrick Courtin s’est spécialisé en médecine environnementale, notamment sur la recherche des effets sanitaires de la pollution. « Sans données solides, rien ne bougera, l’intérêt de l’industrie primera toujours », affirme l’ancien chef de service de réanimation et d’anesthésie du Centre hospitalier de Martigues. Pendant des années, en réanimation, il a vu défiler des malades en fin de vie. « Beaucoup me demandaient s’il y avait un lien avec les usines, je me suis dit qu’il fallait aller chercher des réponses et, au fur et à mesure, j’ai compris que l’on vivait dans une soupe toxique », se souvient-il en remuant son café.

Pour le docteur Patrick Courtin, «  sans données solides, rien ne bougera  »​. © Maïté Baldi / Reporterre

Le septuagénaire structure désormais un programme de recherche sur le cancer du pancréas autour de l’étang de Berre. « Le nombre de cas explose et on ne peut plus réduire cette maladie aux comportements individuels, les preuves avec la pollution chimique existent dans la littérature scientifique internationale, il faut davantage les documenter ici. »

Ces données sont précieuses pour les habitants qui, à l’instar de Linda Grassi, refusent de déménager. Comme beaucoup d’habitants de Fos, son fils et son mari travaillent pour les raffineries. De son côté, elle a toujours vécu autour de l’étang de Berre. « Pourquoi ce serait à nous de s’en aller ? »



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Source : https://reporterre.net/Ici-tant-pis-pour-ceux-qui-meurent-a-Fos-sur-Mer-les-malades-passent-apres-les-industries?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

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