Les arbres laissés avec leur port naturel, c'est autre chose. Un platane non taillé développe une couronne de 15 à 20 mètres de diamètre qui ombrage 200 m² au sol en été. Le même platane étêté chaque année produit des rejets verticaux sans structure, qui cassent au premier coup de vent et obligent à intervenir en urgence — plus cher que la taille elle-même.
La taille en têtard forcé est le geste le plus coûteux et le plus destructeur de l'arboriculture urbaine. Chaque coupe rase sur le tronc ouvre une plaie que l'arbre ne referme jamais complètement. Les champignons lignivores — polypores, armillaire — pénètrent par ces ouvertures et décomposent le bois de cœur de l'intérieur. Un arbre étêté dix années de suite est souvent creux à vingt ans — et c'est cet arbre affaibli que la mairie déclare « dangereux » pour justifier l'abattage. La taille a créé le danger qu'elle prétendait prévenir.
Un arbre avec son port naturel vit deux à trois fois plus longtemps qu'un arbre étêté. Il produit plus de biomasse foliaire, absorbe plus de CO2, intercepte plus d'eau de pluie et abrite plus de cavités de nidification pour les mésanges, les sittelles, les chouettes et les chauves-souris. Chaque étêtage supprime les branches maîtresses où ces espèces nichaient — le couple de mésanges bleues qui occupait la cavité d'un vieux platane ne retrouvera pas de site équivalent dans un arbre recépé.
Plusieurs villes françaises sont passées à la taille douce — suppression uniquement du bois mort et des branches interférentes, respect de la structure de l'arbre, interventions espacées de trois à cinq ans au lieu de chaque année. Le résultat : des arbres plus beaux, plus sains, plus sûrs et un budget d'entretien divisé par deux à trois sur dix ans.
L'étêtage, c'est une habitude. L'arbre libre, c'est un patrimoine qui grandit au lieu de mourir à chaque passage de la tronçonneuse.

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