La
communauté d’agglomérations Cap Atlantique (15 communes réparties
entre la Loire-Atlantique et le Morbihan) publie sur son site
intranet, accessible à tous ses salariés, un dossier d’information
sur « les 10 points clés » et les « 10 idées
reçues »
sur Notre-Dame-des-Landes.
C’est en réalité la version en ligne de la brochure réalisée
par le syndicat mixte aéroportuaire chargé de faire construire le
nouveau site. Son contenu est 100 % favorable au chantier.
Le
26 juin, les électeurs de Loire-Atlantique pourront répondre à la
question : « Êtes-vous favorable au projet de
transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de
Notre-Dame-des-Landes ? » Une ordonnance et deux
décrets organisent la consultation mais c’est la première de ce
type à se tenir en France et son cadre légal n’en fixe pas toutes
les modalités : pas de prise en charge publique des dépenses
de campagne, pas de panneau d’affichage. « La consultation
est partiellement placée sous le contrôle du code électoral,
explique Thomas Dubreuil, avocat des opposants au nouvel aéroport,
le problème, c’est que les pouvoirs publics sont porteurs du
projet et donc intéressés à ce que le oui l’emporte. Cela crée
une situation délicate pour l’information des
citoyens. »
Françoise Verchère, co-présidente du
collectif des élus opposés au projet d’aéroport, dénonce les
« conditions hallucinantes » de la campagne qui
précède la consultation. Sollicitée par Mediapart, la préfecture
n’a pas répondu à nos questions sur le sujet. Mais le sous-préfet
en charge du dossier de l’aéroport, Stéphan de Ribou,
indique qu’en cas de problèmes de ce type, des recours juridiques
a posteriori sont possibles. Quant à Cap Atlantique, elle n’a
pas répondu à nos questions.
Le cabinet de Bruno Retailleau, président (Les
Républicains) de la région Pays de la Loire, indique que la
collectivité « ne peut s’immiscer
dans le débat » car soumise au code
électoral mais qu’elle appellera les électeurs à voter et que
les élus peuvent s’exprimer à titre individuel dans les médias.
Ainsi, lorsque les opposants mettent en ligne la
vidéo d’une chanson « Notre
Dame des oiseaux de fer »
chantée par des personnalités du rock français, dont l’ancien
leader de Noir désir, le président du département, le socialiste
Philippe Grosvalet, tweete : « Cantat
chante contre l’aéroport… mais pas contre les violences faites
aux femmes ». Un rappel de la
condamnation du chanteur pour l’homicide de sa compagne, Marie
Trintignan, et une attaque indirecte contre le camp des opposants à
l’aéroport.

Seuls
les temps de parole médiatique sont officiellement encadrés.
L’équité – et non l’égalité – est recommandée
par le CSA aux médias locaux, qui leur a envoyé ses
recommandations : la surveillance concerne les prises de parole
en rapport avec la campagne mais aussi le temps de parole des
formations politiques dont la position est connue sur le sujet, comme
dans une campagne électorale traditionnelle. Ce mardi 7 juin au soir
doit se tenir le premier – et pour l’instant le seul –
débat contradictoire de la campagne sur la chaîne d’info Télé
Nantes.
De
son côté, Maurice Perrion, président de l’AMF 44, explique que
la structure est une association loi 1901 et qu’il a appelé les
maires à se prononcer « en tant que citoyens ».
Des individus qui se sont publiquement exprimés en tant qu’élus,
lui fait remarquer Mediapart. « Mais toutes les
délibérations prises par la préfecture, le département, la région
sont favorables à la construction d’un aéroport à
Notre-Dame-des-Landes », répond-il. Quant à l’affiche
« les maires disent oui à l’aéroport » que
l’on voit en photo dans Presse Océan, il assure qu’il
n’en a été tiré qu’un seul exemplaire, à ses propres frais,
et qu’elle n’a été sortie que pour décorer le cadre de la
conférence de presse. Toute l’ambiguïté de la situation
institutionnelle éclate dans ce dialogue de sourds.
Notre-Dame-des-Landes:
l'impartialité du débat public est mise en cause
Christian Leyrit, le président de la Commission
nationale du débat public, chargée d’informer les citoyens sur le
projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, a collaboré pendant
dix ans avec le paysagiste recruté par Vinci pour son aérogare. Il
nie tout conflit d’intérêts, alors qu'il présente ce jeudi une
synthèse des débats.
En apparence, toutes les conditions sont réunies
pour informer au mieux les électeurs appelés aux urnes le 26 juin,
afin qu’ils se prononcent sur l’opportunité de construire un
aéroport à Notre-Dame-des-Landes. En conformité avec l’ordonnance
prise par le gouvernement, la Commission
nationale du débat public (CNDP) doit publier sur son site
internet un document de synthèse récapitulant les motifs du projet
et ses impacts sur l’environnement à partir du 9 juin, deux jours
avant la date butoir. C’est le seul dossier d’information fourni
par l’État aux électeurs pour leur permettre de choisir s’ils
répondront par « oui »
ou par « non »
à la question : « Êtes-vous
favorable au projet de transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique
sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? »
Chaque mairie de Loire-Atlantique, seul département dont les
habitants sont consultés, doit mettre un ordinateur à disposition
de ses administrés. Une version imprimée sur papier pourrait aussi
leur être fournie, notamment à destination des personnes âgées.
Dans cette campagne très particulière, sans comptes de
campagne, sans affichage ni tractage pris en charge par les pouvoirs
publics, où chaque camp se débrouille par ses propres moyens pour
déposer des argumentaires dans les boîtes aux lettres du canton et
organiser des réunions publiques, le dossier d’information du
public revêt une importance particulière. La CNDP a pour mission
officielle de veiller au respect de la participation la plus large
possible à l’élaboration de certains projets d’aménagement.
« Le public est très attaché à la
neutralité, à l’impartialité, et à la transparence dans la
conduite des procédures », explique sa
charte de déontologie.
Mais l’actuel président de la
Commission est-il aussi impartial qu’il devrait l’être ?
Ingénieur des Ponts, ancien préfet, Christian Leyrit, 67 ans, a
occupé le poste de directeur des routes au ministère de
l’équipement entre 1989 et 1999. Pendant cette décennie, il a
régulièrement fait travailler un paysagiste et plasticien de renom,
couronné par plusieurs récompenses internationales, Bernard Lassus.
Cet homme est aussi le paysagiste du projet d’aéroport à
Notre-Dame-des-Landes. Il a co-conçu la plateforme aéroportuaire
qui a valu à Vinci de
remporter la concession en 2010. Avec l’architecte Jacques
Ferrier, son nom est le seul cité dans les documents diffusés par
le groupe de BTP. On le retrouve ici dans un
communiqué de presse annonçant l’obtention de la concession.
Ou encore dans la
notice sur le futur aéroport du Grand Ouest réalisée par
Nantes métropole, l’agglomération membre du syndicat mixte
aéroportuaire du Grand Ouest.
La
dimension paysagère est capitale dans le projet d’aérogare, car
elle fonde en partie l’argumentaire du constructeur sur son respect
de l’environnement naturel dans lequel il veut construire. Lors
d’une rencontre en 2012 au Conseil général de l’environnement
et du développement durable (CGEDD) – dont le vice-président est
alors Christian Leyrit –, Bernard Lassus explique : « Le
terrain de Notre-Dame-des-Landes est chahuté. Le champ visuel
est en permanence occupé et obturé par des écrans de haies. En
revanche, la piste est vaste et grande. Il nous faut donc étudier
les problèmes de terrassement. Nous ferons une double pente par
rapport à la piste : la piste sera horizontale et le bocage
restera mouvementé, comme il l’est actuellement. »
Il ajoute : « J’ai formulé un
certain nombre de propositions, notamment que le système de haies
puisse être reproduit dans les parkings. Nous avons prévu un
certain nombre de haies. Celles-ci sont susceptibles
d’accueillir des oiseaux. Or les oiseaux sont préjudiciables à
l’aéroport. D’une certaine manière, il nous faut sauver les
haies, tout en évitant les oiseaux. Pour cela, j’ai proposé de
construire des haies artificielles et de ne choisir que des plantes
dont les oiseaux ne sont pas friands. » Loin
d’être cantonné à un rôle strictement décoratif, le
« paysage »
conçu par Bernard Lassus a une influence directe sur l’apparence,
l’organisation et le fonctionnement du projet d’aérogare. Lors
du même colloque, Bernard Lassus ne s’en cache pas : « Le
rôle du paysagiste va donc jusqu’à la gestion économique.
J’espère bien que nous trouverons une solution pour l’aéroport
de Nantes. »
C’est ce même homme dont Christian
Leyrit déclare en 2012 (voir ici) : « Dans
mes anciennes fonctions de directeur des routes, j’ai établi avec
lui un compagnonnage de près de dix ans. Bernard Lassus s’est
montré un conseiller particulièrement efficace. Il a permis à
toute une génération d’ingénieurs travaillant sur les
infrastructures d’avoir un regard différent. »
En
1997, la direction des routes du ministère de l’équipement, tenue
alors par Christian Leyrit, lui remet le « Ruban
d’or », une récompense officielle,
pour sa réalisation d’une aire de repos de 7 hectares, les
« Carrières de Crazannes ».
Quatre ans plus tôt, il avait déjà reçu un « Ruban
d’or » de l’administration dirigée
par son ami Leyrit pour deux aires de repos de 65 hectares à
Nîmes-Caissargues. À partir de 1990, un an après l’entrée en
fonctions de Christian Leyrit à la direction des routes, Bernard
Lassus devient officiellement « Conseil
en paysage auprès des directeurs des routes ».
Il joue aussi le rôle d’« expert en
paysage de la mission d’évaluation pour le viaduc de Millau »
et est membre du jury de la grande œuvre, en partie conçue par
Christian Leyrit.
Les
deux hommes s’entendent si bien qu’ils signent un
livre ensemble en 1994 : Autoroute et
paysage, un ouvrage collectif réunissant les
interventions d’un colloque « pour une
meilleure perception et une meilleure compréhension par le grand
public de l’élément autoroutier et son impact sur
l’environnement ». Pour Bernard
Lassus, toujours devant le CGEDD en 2012 : « Le
fond de l’action paysagère, c’est le terrassement. Christian
Leyrit a joué un grand rôle dans le domaine du paysage et le
développement paysager. Je souhaite qu’un jour, l’on s’intéresse
à ce que la direction des routes et le ministère ont fait pour le
paysage. Je tiens à le rappeler. »
Compte tenu de ce compagnonnage de dix ans, et des
liens professionnels privilégiés tissés entre ces deux hommes, au
point qu’ils parlent l’un de l’autre en des termes très
élogieux, Christian Leyrit était-il la meilleure personne pour
présider le processus d’information du public au sujet de
Notre-Dame-des-Landes ? Peut-il garantir « la
neutralité » et « l’impartialité »
réclamées par sa propre institution ? Il n’a en tout cas pas
fait preuve de toute la transparence que demande sa charte de
déontologie, n’ayant à aucun moment signalé cette longue
collaboration avec le co-concepteur du projet d’aérogare.
Joint
par Mediapart, Christian Leyrit répond d’abord ne pas être en
conflit d’intérêts au sens de la
loi relative à la transparence de la vie publique, selon
laquelle : « Constitue un conflit
d'intérêts toute situation d'interférence entre un intérêt
public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à
influencer ou à paraître influencer l'exercice indépendant,
impartial et objectif d'une fonction. »
Le président de la CNDP explique : « Je
n’ai jamais eu le moindre intérêt dans le cabinet de Bernard
Lassus. On a fait un livre, on a collaboré il y a vingt ans, il vit
sa vie. » Et ajoute : « Cela
fait 17 ans que je n’ai jamais eu le moindre contact avec lui. »
Il y a au moins eu ce
colloque au CGEDD, « Paysage global et territoires »,
le 7 mars 2012, à la Grande Arche de La Défense, où ils se sont
rendu hommage l’un à l’autre, lui indique Mediapart. Christian
Leyrit reconnaît alors : « Est-ce que l’ai rencontré
depuis dix-sept ans ? Peut-être deux, trois fois. Mais en quoi
ceci me lie à quelqu’un qui a fait des plans pour Vinci ? »
Ce compagnonnage de dix ans pourrait-il ébrécher son impartialité,
même inconsciemment ? « Franchement, soyons sérieux,
nous répond-il. Dans toute cette mission sur Notre-Dame-des-landes,
je n’ai pas pensé une seule fois à Bernard Lassus. Suis-je
impartial ? Évidemment ! Je fais la chasse aux conflits
d’intérêts. » Il ajoute enfin que la CNDP est une
instance collégiale : « Je n’en suis qu’un
élément. »
À Nantes et dans les villages proches
de la zone concernée par le projet d’aéroport, la polarisation de
l’opinion publique est à son comble. Pour consulter les électeurs,
le gouvernement a choisi des modalités contestées par des opposants
au projet, qui ont déposé des recours devant le juge local et
devant le Conseil d’État. Les antagonismes entre les deux camps
sont tels qu’aucun débat public contradictoire n’a pu être
organisé – seule une émission de Télé Nantes a pu réunir
partisans et opposants au projet, le 7 juin. Dans ces conditions,
difficile de comprendre que la CNDP, et le cabinet de Manuel Valls
qui l’a mandatée, n’aient pas été plus vigilants sur les
garanties visibles de son impartialité.
Vendredi
10 juin
Le
« dossier d’information » officiel sur
Notre-Dame-des-Landes a été publié
La Commission nationale du débat
public a publié, jeudi 9 juin, le dossier d’information censé
éclairer les électeurs concernés par la consultation sur le projet
d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le 26 juin. Ce dossier,
disponible uniquement sur internet, ne fait que mettre en parallèle
les arguments des deux camps.
La Commission nationale du débat
public (CNDP) a publié jeudi 9 juin le dossier d’information
officiel pour la consultation du 26 juin sur le projet
d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Préparé en urgence, entre
le 2 et le 19 mai, ce document est supposé éclairer le public
et lui donner toutes les clefs nécessaires à la compréhension des
enjeux du projet, contesté depuis son lancement dans les années 70.
En fait
d’éclairages, le document, accessible au public sous la forme d’un
site web, n’est qu’une compilation des avis accumulés par
les deux camps en présence après des années de controverse.
Télécharger
le dossier : Dossier de la CNDP sur le projet
d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Juin 2016
- La liste en a été
énumérée lors de la présentation du document par Christian
Leyrit, président de la CNDP, à la presse, jeudi 9 juin, peu
avant sa mise en ligne publique. Une longue liste à la Prévert :
collectivités locales, élus, tout ce que la région peut compter
d’officiels en tous genres, les responsables associatifs, les
syndicats agricoles et, bien sûr, Aéroport du Grand Ouest, le
concessionnaire filiale de Vinci. Pour les études indépendantes et
incontestables tant attendues, il faudra repasser. La commission
regrette elle-même, à plusieurs reprises dans le document de
synthèse remis à la presse, l’absence d’expertises ou de
contre-expertises. Sans pour autant avoir cherché à procéder à
leur mise en œuvre.
La Commission n’a pas eu accès au contrat de
concession
 |
Christian Leyrit
présente le dossier d’information à Paris
|
Pour l’analyse des données
existantes, même carence, parfois jusqu’à l’invraisemblable. Le
président de la CNDP, Christian Leyrit, nous a ainsi assuré, ne pas
avoir eu accès aux annexes du contrat de concession du nouvel
aéroport : « Nous avons demandé l’accès aux
annexes ; on nous a répondu que c’était très compliqué
[à comprendre, NDLR] », a-t-il fini par lâcher, visiblement
gêné. Les annexes donc, « pas vraiment refusées »
mais pas transmises non plus ? « Secret des affaires. »
Les conditions de l’approbation du document par la CNDP, combien de
votes pour, combien de votes contre ? « Secret des
délibérations. »
L’Association citoyenne
intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport
de Notre-Dame-des-Landes (Acipa), la principale association
d’opposition au projet, avait cette fois-ci décliné l’invitation
du CNDP : « Nous avons pris part au
débat public de 2003, puis à l’enquête publique de 2007 ainsi
qu’à l’enquête loi sur l’eau de 2012. A chaque fois, nous
avons étudié le dossier, pointé ses insuffisances et ses
incohérences, proposé des alternatives. En vain »,
écrivait-elle, sur
son site, le 9 mai.
Forte de ce refus, la CNDP en a sans
doute tiré les conditions qui s’imposait. Y a-t-il eu des
entretiens avec les gens de la ZAD, demandent les journalistes à
M. Leyrit ? Non. « Qui représente les gens de la
ZAD ? », répond-il. La commission s’est-elle sur la
ZAD ? Non. A-t-elle rencontré les agriculteurs de l’association
COPAIN, qui regroupe une partie des paysans installés dans la zone,
alors ? Toujours non. « COPAIN est très proche de la
Confédération paysanne, que nous avons rencontrée », se
justifie le directeur de la CNDP. Qui a pourtant rencontré et les
Jeunes agriculteurs (JA), très proches de la FNSEA, et celle-ci.
Le "dossier
d’information" présenté par la
Commission présente aussi des oublis surprenants, aussi, comme celui
du document de la Dreal, « égaré »
pendant plus d’un an au sein de la préfecture de Loire-Atlantique
et [révélé en février par Le
Canard enchaîné ; celui-ci
assurait que le maintien de l’aéroport actuel de Nantes serait
bénéfique à la réserve naturelle de Grandlieu, contrairement à
ce qu’avait affirmé le premier ministre Manuel Valls. « Ce
n’est pas une note officielle, mais une note interne qui n’a pas
été validée par le directeur de la Dreal des Pays de la Loire »,
prétend Christian Leyrit.
En fin de compte, le dossier
d’information présente seize pages A4 d’opinions et de
conditionnels, une superficie à peu près équilibrée entre
les partisans et les opposants au projet. Un débat grossièrement
synthétisé en six points « pour » et si points
« contre », sur lesquels se focaliseront les regards du
public ; un public qui n’ira sans doute pas, dans sa majorité,
se plonger dans le reste du document, assez technique. Du moins pour
ceux qui en prendront connaissance. Car, ultime particularité de
cette consultation sans participation publique aux frais de campagne,
ni affichage, ce document d’information ne sera disponible qu’en
ligne. Grand prince, la CNDP a tout de même prévu la mise à
disposition d’un ordinateur dans chaque mairie pour permettre à
ceux qui ne bénéficieraient pas d’un ordinateur ou d’un
smartphone de venir le consulter.
Bien
présentes sur le terrain, les grandes collectivités locales, toutes
favorables au projet, ont cependant commencé leur campagne. Avec
leurs gros moyens.
► VOTATION CITOYENNE
#NDDL :
> Le 26 juin 2016,
seuls les habitants du département de Loire-Atlantique vont être
consultés sur le projet d'aéroport Notre Dames des Landes.
Nous autres, citoyens français,
estimons également légitime d'être consultés.
> Une initiative de l’association Agir pour
l’Environnement (très impliquée contre les GPII) soutenue par
plusieurs associations opposées au projet (ACIPA, CEDPA, ADECA)
Infos
du 13 au 19 juin
Photo
du Tracto Parad’
sur la zad du samedi 11 juin à la smala,
la
magnifique maison des enfants
La
consultation sur Notre-Dame-des-Landes aura-t-elle lieu ?
Le
Conseil d’Etat hésite
Le
Conseil d’État a annoncé lundi 13 juin reporter sa décision
concernant la consultation locale organisée au sujet de l’aéroport
de Notre-Dame-des-Landes dans le département de Loire-Atlantique. Le
Conseil fait suite à une requête déposée le 3 juin par deux
associations opposées au projet. L’Acipa,
le Cédpa ont
fait valoir comme argument le manque d’informations sur un projet
réévalué à plusieurs reprises.
Le juge des référés du Conseil
d’État renvoie à une formation collégiale l’examen de la
demande de suspension de la consultation des électeurs sur
l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
La demande
de suspension de l’exécution du décret sera examinée
prochainement par une formation collégiale du Conseil d’État qui
rendra sa décision avant le 26 juin.
Contre la
loi travail, contre le transfert de Nantes Atlantique :
communiqué suite à l’action commune devant l’aéroport de
Nantes Atlantique
"Ce matin, mardi 14 juin, dès 4 h, plus
d’une centaine de syndicalistes, d’opposant-e-s à la loi travail
et au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes se sont
mobilisé-e-s à l’aéroport de Nantes Atlantique. Les
revendications portaient autant sur le retrait de la loi travail que
sur le refus du transfert de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.
Cette action participe au mouvement social de grande
ampleur exigeant le retrait de la loi travail loi qui organise le
nivellement par le bas des droits des salarié-e-s par la
précarisation. Mais elle marque aussi l’opposition au transfert de
l’aéroport de Nantes Atlantique, qui serait néfaste
économiquement et écologiquement, mais aussi socialement :
trajet supplémentaire ou obligation de déménager avec les
problèmes de logement, d’école et les conséquences sur la vie
sociale que cela implique ; incertitude sur l’emploi en raison
de la sous-traitance accrue et de l’automatisation. Tout cela alors
que l’aéroport actuel n’a pas atteint ses limites et doit être
aménagé.
Lorsque les militant.e.s de la CGT AGO, soutenu.e.s
par des syndicalistes de diverses branches, des opposant.e.s à la
loi travail, des opposant-e-s à l’aéroport de
Notre-Dame-des-Landes et plusieurs tracteurs, sont arrivées sur la
zone aéroportuaire, plusieurs centaines de gendarmes étaient déjà
sur les lieux. Malgré les pressions policières et les tentatives
d’intimidation, les militant-e-s ont réussi à s’installer
autour de plusieurs rond-points pour diffuser des tracts jusqu’en
milieu de journée.
CGT AGO
Contre la loi, contre le travail, contre
le transfert !
Solidarité avec les salarié.e.s de Nantes
Atlantique en lutte !
L’inventaire
naturaliste de Notre-Dame-des-Landes
Les Naturalistes en lutte publient les
résultats de trois années d’inventaires et d’études à
Notre-Dame-des-Landes. Ce numéro spécial de Penn ar Bed est
un nouveau témoignage de ce que peut être, de ce que doit être,
une « science citoyenne ». C’est d’ailleurs,
depuis 1953, ce qu’incarne cette revue.
Ce numéro exceptionnel de 140 pages a été
rédigé par 26 auteurs, il est illustré de 84 photographies
et 23 dessins originaux. Il peut être acheté en envoyant un
chèque de 18 euros (frais de port inclus) à Bretagne
Vivante, BP 62132, 29221 Brest Cedex 2.
NB. Bien
qu’ayant fait l’objet d’un second tirage, le premier numéro
spécial « Notre-Dame-des-Landes »
de Penn ar Bed,
principalement consacré à la critique des mesures compensatoires,
est devenu introuvable. C’est pourquoi il peut désormais être
téléchargé sur le site des Naturalistes
en lutte.
Samedi
18 juin
Dimanche
19 juin
Infos
du 20 au 26 juin
Notre-Dame-des-Landes:
la consultation aura bien lieu
Il y aura bien une
consultation sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes
dimanche 26 juin. Saisi par des collectifs opposés à la
construction du nouvel aérogare dans le bocage de Loire-Atlantique,
le
Conseil d’État a
rejeté
lundi 20 juin le recours demandant l’annulation du vote.
Plusieurs associations d’opposants au projet d’aéroport
(Acipa, Cédépa, Attac 44, des agriculteurs expulsés) avaient
déposé un recours contre le
décret du 23 avril dernier organisant la consultation locale. Ils
lui adressent trois principaux reproches : remettre en cause un
projet déjà décidé par l’État, solliciter les électeurs sur
une question biaisée, limiter le périmètre du vote au département
de Loire-Atlantique. Mais le Conseil d’État juge que la
consultation annoncée par François Hollande le 11 février dernier,
quelques jours après une manifestation massive contre le projet, est
légale et que les conditions sont réunies pour assurer la sincérité
du scrutin.
Il peut paraître contradictoire que des
collectifs défavorables à la construction du nouvel aérogare
reprochent à l’État de solliciter l’avis des citoyens sur ce
projet d’équipement déclaré d’utilité publique en 2008. Pour
leur avocat, Erwan Lemoigne, c’est dans l’intention de montrer
que « ce n’est pas une consultation
démocratique. Elle est bidon
quel qu’en soit le résultat ».
Pour ces opposants, la question posée aux électeurs est
incomplète. Il leur sera demandé : « Êtes-vous
favorable au projet de transfert de l’aéroport de Nantes
Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? »
Mais de quel aéroport parle-t-on ? La version maximaliste,
dotée de deux pistes de 3 600 mètres de long, consacrée par
la déclaration d'utilité publique de 2008, ou celle revue
à la baisse en mars 2016 par les experts du Conseil général
de l'environnement et du développement durable (CGEDD), qui
proposent de ne construire qu’une seule piste de 2 900
mètres ?
L’usage de la plateforme aéroportuaire et son
impact sur l’écosystème seraient différents dans l’un ou
l’autre cas. Manuel Valls considère que c’est le projet de 2008
qui est soumis au vote, mais la ministre de l’environnement,
Ségolène Royal, défend l’option réduite. Les requérants
critiquent aussi l’usage du terme « transfert »
car, même si le nouvel aérogare est construit, l’actuel site de
Nantes Atlantique devrait être en partie conservé afin qu’Airbus,
qui possède une usine mitoyenne, puisse continuer à en utiliser la
piste.
Lors de la séance du 20 juin, le rapporteur public,
Xavier de Lesquen, a fermé la porte à toutes ces interrogations. Le
terme de « transfert » ne pose pas problème selon
lui car la question concerne les vols commerciaux « sans
ambiguïté ». Sur le libellé de la consultation, il
reconnaît que la formulation aurait pu être plus précise :
« Êtes-vous favorable à la réalisation de l’aéroport
tel que prévu par la déclaration d’utilité publique de 2008 ? »
Mais il considère aussi que « la formulation retenue ménage
la possibilité de modifications dans le sens de l’étude de mars
2016 », laissant la place à « une forme
d’intelligence collective ».
Sur le fond, il
considère que la décision de consulter les électeurs peut être
prise tant que toutes les autorisations n’ont pas été délivrées.
Or le permis de construire de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes
n’a toujours pas été remis, et la dérogation à la protection du
campagnol amphibie et de son habitat n’a pas encore été publiée.
À ses yeux, la déclaration d’utilité publique est une étape
essentielle mais ne déclenche pas l’engagement des travaux. Dans
son jugement, le Conseil d’État considère que la loi ne
conditionne pas la légalité de la consultation des électeurs « à
ce que la délivrance d’une autorisation de l’État soit encore
nécessaire à la réalisation du projet ». Par
ailleurs, l’objet du vote est sans ambiguïté aux yeux des juges :
car « le gouvernement n’a ni décidé, ni manifesté la
volonté de modifier ce projet, ni annoncé une consultation des
électeurs portant sur un projet distinct ». Quant à
l’aire de la consultation, il est cohérent qu’elle soit limitée
à celle des enquêtes publiques, soit le périmètre de la
préfecture de Loire-Atlantique.
En séance, une des
avocates des requérants, Me
Corlay, a insisté sur le caractère « extrêmement
tardif » de la consultation dans le
processus de décision. « L’État a
déjà engagé près de 40 millions d’euros dans ce projet (en
études et achats de parcelles – ndlr).
Y a-t-il encore une décision à prendre ? »
Sur le sens de la question posée aux électeurs, elle a répondu au
rapporteur public : « Intelligence
collective ? Mais à quel projet doit-on répondre ? »
À l’issue de la séance, Me
Erwan Lemoigne critique le « rapport
orienté » du rapporteur public :
« À aucun moment le rapporteur public
n’a évoqué la possibilité que le projet d’aéroport soit
infirmé. Or organiser une consultation, ce n’est pas chercher à
valider une volonté politique. »
Mercredi
22 juin, le Conseil d’État est saisi de deux autres recours
concernant l’ordonnance
du 21 avril dernier, dans le cadre de la loi Macron, qui permet à
l’État de consulter localement les citoyens sur des projets
susceptibles d’avoir une incidence sur l’environnement. Ce sera
alors la dernière étape de la bataille juridique des opposants
contre les conditions d’organisation de la consultation avant le
vote du 26 juin.
Consultation
sur Notre-Dame-des-Landes : l’information officielle est
mensongère
François
Hollande avait annoncé la mise à disposition des citoyens de
Loire-Atlantique des informations « les plus objectives
possibles, préparées par une commission indépendante »,
pour préparer la consultation du 26 juin. Las, la Commission
nationale du débat public a rendu un document « trompeur »,
« déséquilibré » et « incomplet »,
selon l’auteur de cette tribune.
 |
- Ivan
Fouquet.
|
- Deux
colonnes, une douzaine d’arguments avec en tête « 26 juin
Faites votre choix ! ».
Le dernier d’entre eux, dans la colonne Non, indique :
« Projet
conduit de manière peu transparente. Difficulté d’accéder aux
informations pour les citoyens, insuffisance d’expertises
indépendantes. »
-
Les auteurs de ce
site officiel
informant les électeurs sur le projet d’aéroport de
Notre-Dame-des-Landes ont-ils voulu participer, eux aussi, au manque
de transparence ? Ont-ils cherché à rendre l’information
difficile d’accès pour les citoyens ? Ont-ils voulu sacrifier
leur indépendance, pourtant clamée par le chef de l’État le
25 avril dernier ? « Je
veillerai à ce que les informations transmises aux électeurs soient
les plus objectives possibles, préparées par une commission
indépendante, la Commission nationale du débat public,
préparant un dossier dans la transparence et dans le respect de
toutes les sensibilités et de toutes les opinions »,
avait déclaré François Hollande lors de son discours d’ouverture
de la 4e Conférence environnementale.
Au
lendemain de cette déclaration, le président de la Commission
nationale du débat public (CNDP), Christian Leyrit, avait pris les
choses à cœur. Il a auditionné des dizaines de représentants de
différentes organisations, favorables ou défavorables au projet
d’aéroport, afin de « rédiger un document le plus
objectif possible », selon ses termes.
L’Acipa [1],
association historique de la lutte contre l’aéroport, refuse
l’invitation, appréhendant une « énième
manipulation »,
une « mascarade
de “démocratie participative” ».
L’Atelier
citoyen n’est pas convié. Pourtant, l’association a réuni
entre 2014 et fin 2015 des dizaines de spécialistes, pilotes,
ingénieurs, contrôleurs aériens, architectes, urbanistes,
thermiciens, aux côtés de citoyens et usagers… pour proposer des
alternatives au projet d’aéroport, notamment dans le réaménagement
de l’aéroport existant de Nantes-Atlantique.
 |
- Un
des projets d’agrandissement de l’aéroport existant portés par
l’Atelier citoyen, qui n’a pas été entendu par la Commission
nationale du débat public.
|
La
neutralité et l’objectivité du document
officiel sont mal engagées. Christian Leyrit, ingénieur des
Ponts, des eaux et des forêts et ancien préfet, n’a pas reconnu
un quelconque conflit d’intérêt lorsque Mediapart
dévoila sa collaboration de dix ans avec le paysagiste Bernard
Lassus, recruté par Vinci pour l’aéroport.
Bien
sûr, s’il avait été ami avec Françoise Verchère [2]
ou s’il avait écrit un ouvrage avec Julien Durand [3]
sur le Larzac, les lobbyistes proaéroport, le Medef, la chambre de
commerce nantaise, les responsables politiques du Parti socialiste et
du parti Les Républicains auraient dénoncé « un
conflit d’intérêt majeur »
et auraient exigé sa démission immédiate.
Le
document d’information a été mis en ligne le 9 juin et lors
de la conférence de presse de lancement, M. Leyrit s’est
félicité qu’il n’ait été relu ni par les proaéroports, ni
par les anti. Peut-être aurait-il été préférable qu’il le
soit. En effet, le document est largement déséquilibré, il
comporte des erreurs, déforme des citations et affiche des données
surestimées que le récent
rapport du Conseil général de l’environnement et du
développement durable (CGEDD) a invalidées.
Un
document trompeur
Le
document en ligne distribue les citations, et use largement du
conditionnel. « Selon
la CCI », « Selon la DGAC », « Selon le
CGEDD »…
« Nous
avons donné les points de vue de la DGAC
[la Direction générale de l’aviation civile], des
opposants et du CGEDD. L’objectivité, c’est présenter tous les
points de vue »,
se défend la CNDP. Il s’agit cependant d’un document
d’information, non d’un document de points de vue. Les
affirmations de la DGAC : « 80.450
Nantais impactés par le bruit en 2050 » ; « allongement
de la piste à 3.600 m », « la fermeture de
l’aéroport pour au moins 3 mois »
sont bien des données que le
rapport du CGEDD remet en cause. Les experts du CGEDD expliquent
que la DGAC a surestimé ses prévisions de trafic, ils considèrent
que ni le prolongement de la piste à 3.600 mètres ni son
élargissement ne sont nécessaires. Il est donc abusif de reprendre
ces données.
Certaines
citations réinventent la réalité. Ainsi, la CNDP laisse entendre
que si deux pistes sont prévues à NDDL, c’est « à la
demande des élus de la communauté de communes Erdre et Gesvres ».
C’est précisément ces deux pistes que le CGEDD conteste en
affirmant que le projet de Notre-Dame-des-Landes est surdimensionné.
Selon les experts, la nécessité des deux pistes est un « argument
d’autorité » de la DGAC.
Enfin,
la CNDP va jusqu’à déformer une citation de la DGAC, dont le
rapport de 2013 indiquait : « Il conviendrait d’étudier
finement les impacts du développement du trafic et de la baisse de
l’altitude de survol du lac de Grand-Lieu sur les oiseaux
migrateurs fréquentant ce site Natura 2000. » Cette
citation devient : « L’aménagement impacterait ainsi
plusieurs hectares de zones humides et le site Natura
2000 du lac de Grand-Lieu. »
Citation
déformée et scandaleuse étant donné que, dans une note de 2014,
la Dreal (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement
et du logement) des Pays de la Loire a levé les craintes de la DGAC
en confirmant que l’« impact
sera cependant très minime en comparaison de ceux issus de
l’urbanisation prévisible des zones humides aujourd’hui
préservées »
(voir ici).
 |
- Le
lac de Grand-Lieu, au sud de Nantes, un des sujets de la polémique.
|
Pour
ces projets d’urbanisation, la CNDP parle de « densification »,
alors que les projets connus concernent la construction de
lotissements sur des terrains encore naturels et protégés par le
plan d’exposition au bruit (PEB) à proximité du lac. En 60 ans,
les zones pavillonnaires se sont multipliées à Saint-Aignan de
Grand-Lieu en dehors des zones contraintes par le PEB. Les pavillons
de lotissements procèdent plus du mitage que de la densification.
Un
document déséquilibré
Le
document pointe les erreurs passées des opposants sur les pronostics
de trafic passagers, ou sur la prise en compte des exigences de
sûreté pour les passagers, les personnels et les entreprises. Il ne
mentionne nulle part les surestimations de la DGAC sur le trafic
aérien : elle avait prévu 75.000 mouvements d’avions en
2010, alors qu’on en a compté, en 2015, moins de 50.000. Ces
premières contre-vérités ont pourtant permis à la DGAC de fonder
tout son argumentaire en faveur du transfert : la saturation,
les nuisances liées au bruit.
Autre
déséquilibre évident sur les coûts annoncés : d’une part,
le document annonce le coût hors taxe de la construction de
l’aéroport prévu pour un trafic de 4 millions de passagers,
avec une aérogare plus petite que celle de l’aéroport existant.
De l’autre, il présente le coût TTC de la rénovation de
l’aéroport existant à l’échéance de 9 millions de
passagers selon l’estimation de la DGAC. Plus loin, dans les
petites lignes, il présente l’estimation par le CGEDD d’un coût
inférieur pour cette même rénovation, et s’étonne :
« Cette estimation est très inférieure à celle de la
direction générale de l’aviation civile (DGAC) au même
horizon », avant de rappeler en caractère gras celle de la
DGAC. L’estimation de la DGAC avait été reconnue comme largement
surévaluée par les opposants comme par le CGEDD, car comportant de
nombreuses aberrations, comme celle, souvent citée, de la
démolition/reconstruction d’un chenil de 3 chiens pour 602.000 €
HT.
Un
document incomplet
La
rédaction d’un document exhaustif sur un tel dossier est
difficile. Il semble pourtant que certaines données aient été
oubliées.
Ainsi
cette phrase importante en conclusion du rapport du CGEDD n’apparait
pas dans le document : « L’agrandissement et la
rénovation des installations actuelles de Nantes-Atlantique
permettraient d’accompagner la croissance du trafic. »
Il
oublie également que le départ de l’aéroport fragiliserait les
entreprises et les 8.300 emplois présents sur la zone
d’activité existante. La présence de l’aéroport a permis le
développement et l’implantation d’une zone économique très
dynamique pour la métropole nantaise. Les conséquences du départ
de l’aéroport ne sont nulle part évoquées.
Enfin,
face à tous les bienfaits que le projet d’aéroport est censé
avoir sur le territoire, le document élude rapidement les questions
d’étalement urbain, d’artificialisation des sols, d’accentuation
des déplacements automobiles et des embouteillages, des émissions
de CO2 et de dépense énergétique. Globalement le document
n’explique pas pourquoi la construction de cet aéroport va à
l’encontre des principes même de développement durable.
Complément
d’information :
Les exemples sont encore nombreux, ils ont fait l’objet d’une
lettre ouverte de l’Atelier citoyen à
M. Leyrit, le 14 juin dernier.
Mardi
21 juin
Pour
ou contre l’aéroport: l’impossible compromis
Occultée par les attentats, la mobilisation contre
la loi sur le travail et l’Euro de foot, la campagne pour ou contre
l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est invisible à l’échelle
nationale. Dimanche 26 juin, plus de 900 000 électeurs de
Loire-Atlantique sont appelés à se prononcer en faveur ou en
défaveur du projet d’aérogare voulu par le gouvernement. Pour la
première fois, des militants de base du « oui »
apparaissent au grand jour.
Loire-Atlantique, envoyée spéciale. - Une
question depuis le fond de la salle. Puis une autre. Et encore une.
Ne pas lâcher le micro. Occuper l’espace par les prises de parole.
Ils sont deux militants du « non » dans une réunion du
« oui ». Ils se battent pied à pied contre les arguments
déroulés par les partisans de la construction d’un aéroport à
Notre-Dame-des-Landes. Santé, emploi, finances, sécurité : à
chaque sujet abordé par les orateurs, ils lèvent la main et leur
opposent les points clés de leur programme. C’est de l’obstruction
participative en mode ping-pong. Autour d’eux, dans la salle
municipale Jacqueline-Auriol de Bouaye, 6 500 habitants, au sud
de Nantes, la plupart des 70 personnes regardent sans réagir. Un
homme s’impatiente, bras croisés : « Mais à quoi ça
sert ? »
À l’extérieur, c’est la guerre sur les panneaux
d’affichage : les slogans des uns sont arrachés par les
autres. L’affiche des socialistes, avec sa photo d’enfant glissé
dans un avion en carton et son slogan « Social Écologie »,
suscite moqueries et détournements. « On en prend plein la
figure sur beaucoup de choses. Pour la campagne pour l’aéroport,
on est plutôt bien accueillis, on ne se fait pas envoyer balader
lors des porte-à-porte », relativise Dominique Duclos,
conseiller communautaire PS à Nantes Métropole et élu municipal à
Bouguenais, commune qui accueille l’actuel aérogare de Nantes
Atlantique. Mais « c’est compliqué de mobiliser les
militants. Le climat actuel au PS n’est pas à la sérénité ».
Il croit à la victoire du oui, grâce à la « majorité
silencieuse » : « On ne va pas convaincre les
non mais il faut convaincre les oui d’aller voter. »
Drôle de campagne où socialistes et Républicains (LR) se
retrouvent du même côté mais où la gauche est scindée en deux
camps irréconciliables.
Recouverte par l’onde de choc de l’attentat
d’Orlando, en Floride, et de l’assassinat des deux policiers
français, occultée par la vigueur de la mobilisation contre la loi
sur le travail, la campagne pour ou contre l’aéroport de
Notre-Dame-des-Landes est invisible à l’échelle nationale.
Dimanche 26 juin, plus de 900 000 électeurs de Loire-Atlantique
sont appelés à se prononcer en faveur ou en défaveur du projet
d’aérogare voulu par le gouvernement mais contesté par plusieurs
dizaines de milliers de manifestants à deux reprises en début
d’année. Dans ce département bastion du parti socialiste, des
centaines de personnes se mobilisent pour emporter le scrutin.
Réunions publiques, tractages sur les marchés, « boîtages »,
campagne participative d’appels téléphoniques, animations et
vidéos en ligne : loin des cabinets ministériels et des
studios de télé d’info continue, c’est une bataille politique
de proximité, frontale et passionnée qui se livre. Des militants
aguerris y côtoient des débutants, des élus locaux partagent
l’estrade avec des riverains et des experts. On y parle urbanisme,
agriculture, climat et emplois. Pour la première fois, des militants
de base du oui apparaissent au grand jour.
« Ah ! Vous entendez ? On va
arrêter de parler pour que vous entendiez mieux. » Durant
quelques secondes, l’air se remplit du vrombissement d’un avion.
Il est près de 11 h 30, jeudi 9 juin, en bordure du marché
Zola, dans un quartier populaire de l’ouest de Nantes. Guillaume
Dalmard, 38 ans, marin, n’a pas encore enfilé sa chasuble bleue de
militant des Ailes pour l’Ouest, une association favorable à la
construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. « Je
me suis engagé car je ne comprends pas pourquoi le processus légal
n’arrive pas à aboutir. » Conçu dans les années 1960,
lancé dans les années 1970, oublié dans les années 1980, relancé
sous le gouvernement Jospin, le projet d’aéroport du Grand Ouest a
fait l’objet d’un débat public en 2003 et d’une déclaration
publique en 2008. Le groupe Vinci en a obtenu la concession en 2010.
Plusieurs dizaines de recours déposés par les opposants ont été
rejetés par la justice au fil des ans. « Ce sont les
décisions de justice qui m’ont fait entrer dans le sujet,
poursuit-il. On n’arrive pas à aller au bout. Je tracte sur ce
marché car j’habite ici. On voit des gens. On leur dit :
Prenez votre destin en mains. Notre action n’est pas politique. Ma
vision du problème, c’est que s’y joue l’aménagement du
territoire des deux prochaines générations. »
Le 11 février dernier, quelques jours après une
manifestation de plusieurs dizaines de milliers de personnes à
Nantes contre le projet d’aéroport, François Hollande annonce
l’organisation d’un référendum local. C’est finalement une
consultation, non décisionnaire, que le gouvernement décide
d’organiser le 26 juin, dans le seul département de
Loire-Atlantique. « Quand on a appris la consultation, les
bras nous en sont tombés, explique Dominique Boschet, président
de l’Association contre le survol de la ville de Nantes (Acsan).
L’État est porteur du projet. Cette campagne ne devrait pas
avoir besoin d’exister. La consultation, l’enquête publique, les
échanges, les réunions publiques : tout a déjà eu lieu de
2003 à 2008. » Mardi 21 juin, à l'Assemblée nationale,
lors des questions au gouvernement Manuel Valls a été très clair :
« Si le non l'emporte, le projet sera abandonné. Si le
oui l'emporte dimanche, le projet sera engagé. »
« Quand on a appris qu’il y avait ce vote,
on s’est dit : mais c’est pas vrai, ils changent les règles
du jeu. » Institutrice retraitée, Solange habite
Saint-Aignan-Grandlieu, petite ville qui s’étend dans l’axe de
la piste de l’actuel aéroport. Elle vit depuis 1976 dans le bruit
des décollages et atterrissages des avions et depuis quarante ans
s’entend promettre que l’aérogare va déménager. Sa fille
Élisabeth, orthophoniste, est revenue s’installer dans la commune.
Elle s’inquiète, études scientifiques à l’appui, des effets
des nuisances sonores sur la santé des enfants et leur apprentissage
de la lecture. « Je ne me suis pas pressée de prendre ma
décision pour le oui. Il ne m’a pas suffi d’être gênée. Quand
vous avez toujours connu un endroit, on ne se rend pas compte de
l’impact que l'environnement a sur vous. Je n’aurais jamais cru
que le bruit des avions avait des impacts cardiovasculaires. Nous ne
sommes pas qu’un symbole. C’est très concret, ce que nous
vivons. » Toutes deux ont participé à la création du
Collectif citoyen engagé pour le transfert de l’aéroport
(Coceta), au printemps dernier.
« Les militants du oui ont du
mal à s'afficher »
« Pendant de nombreuses années, il y a eu
une chape de plomb, une pression sur les personnes favorables à
l’aéroport, analyse Dominique Boschet, président de l’Acsan,
créée en 2003, lors du débat public sur le projet d’aéroport.
Les gens de Saint-Aignan ne voulaient pas se mobiliser. Ils
avaient peur. On a fait une première réunion avec eux : ils
ont applaudi mais n’ont pas parlé. Depuis, ils ont pris confiance
en eux. Ils ne voulaient pas apparaître à la télé. Les
autocollants “oui”, on commence à les voir sur les voitures.
Mais les militants du oui ont encore du mal à s’afficher. Le
problème, c’est l’isolement. Ils sont nombreux à être pour
l’aéroport mais ils ne savent pas ce que pense leur voisin. Il n’y
a pas eu de collectif suffisant. On n’a pas su communiquer. »
Pour Élisabeth, du Coceta de Saint-Aignan : « On
ne s’est pas mobilisés plus tôt car on a laissé faire la
démocratie. Ce n’est pas facile de monter une réunion quand on ne
veut pas particulièrement faire de la politique. On ne le fait pas
par plaisir mais par nécessité. » Bottes au pied, elle
invite, avec sa mère et un troisième membre du Coceta, Jocelyne, à
venir admirer le lac de Grand-Lieu, immense étendue d’eau bordée
de joncs, de fleurs et de prairies que survolent les avions. « Nous
ne sommes pas des bétonneurs. Nous aussi, nous sommes écolos mais
la différence avec Notre-Dame-des-Landes, c’est qu’ici il y a
une population. » D’après leurs calculs, 8 400
élèves subissent les nuisances sonores de Nantes Atlantique.
Comme ces trois habitantes, le maire de
Saint-Aignan-Grandlieu, Jean-Claude Lemasson, également
vice-président de Nantes Métropole, rêve d’une commune libérée
des avions. Chef d’entreprise, ingénieur spécialisé en
construction à faible impact, il est élu depuis 2008. Il en veut à
Mediapart pour
un article sur la visite de la Commission nationale du débat public
(voir ici) : « Tout ceci
concourt à discréditer le travail des élus locaux. »
Il reçoit malgré tout dans une salle de réunion de sa mairie vide
d’employés en fin de journée. Aux murs, la carte du plan
d’exposition au bruit de sa ville de 3 700 habitants. Dix
jours plus tôt, il a organisé une opération ville morte pour
simuler la disparition de sa commune si l’aéroport reste à son
actuel emplacement. Pourquoi cette image de deuil alors qu’ils
profitent des recettes fiscales de la zone aéroportuaire ? Le
potentiel financier par habitant atteint 1 697 euros à
Saint-Aignan, contre 591 euros en moyenne dans le département, selon
le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET).
Coincé entre le lac de Grand-Lieu et l’aéroport, le
bourg est condamné à subir toujours plus de nuisances si le trafic
aérien poursuit son essor dans les prochaines années, répond
l’édile qui insiste sur l’enjeu de « survie »
de sa ville. À cause de la loi Littoral qui protège les abords du
lac et limite la constructibilité de la zone, la commune ne peut pas
se développer vers des zones moins exposées aux nuisances sonores.
« Il y a des problèmes réels à Nantes
Atlantique et à Notre-Dame-des-Landes. Il faut arrêter de
stigmatiser les uns et les autres. C’est devenu irrationnel. Quand
on construit quelque chose, que ce soit une crèche ou un aéroport,
forcément on casse un peu et on modifie la biodiversité. La
question est : quel est le meilleur compromis ? Je pense
que c’est le transfert de l’aéroport. Mais je me bats aussi pour
une idée : si Nantes et sa grande région n’ont pas un grand
aéroport, on n’existe plus. »
La considérable œuvre de contre-expertise accomplie
par les opposants depuis quinze ans laisse de marbre Dominique
Boschet, le président de l’Acsan : « Notre
manière de fonctionner, c’est de nous appuyer sur les documents
officiels : le contrat de concession, la déclaration d’utilité
publique. On ne se prend pas pour des experts. Si je passe sur un
pont, je préfère qu’il soit fait par un ingénieur des Ponts et
Chaussées plutôt que par un citoyen. »
Dans le camp d’en face, l’argumentaire est hyperrodé
depuis quinze ans que des opposants battent la campagne. La première
association contre l’aéroport, l’Adeca, qui réunit des paysans
de la zone d’aménagement différée dessinée par l’État pour y
implanter le site aéroportuaire, remonte aux années 1970. Les
collectifs et militants se méfient de la consultation, perçue comme
un piège voire une mascarade en
raison de ses conditions de réalisation (voir ici). Ils ont
malgré tout écarté le boycott et décidé d’appeler les
électeurs à voter non. Depuis la fin du mois de
mai, ils ont organisé 25 réunions publiques, quasiment une par
jour, et distribué 470 000 tracts. L’Acipa, le collectif
historique de riverains opposants, s’est allié au réseau 350.org
pour lancer un
appel contre l’aéroport. Mercredi 22 juin, une vingtaine de
personnalités signataires (Cécile Duflot, Eva Joly, Noël Mamère,
le journaliste Fabrice Nicolino, le réalisateur Jean-Paul Jaud)
doivent donner une conférence de presse depuis l’un des lieux
emblématiques de la ZAD, La Vache Rit. « La
campagne du non, on essaie qu’elle ne s’appuie pas juste sur les
arguments contre l’aéroport mais aussi sur les luttes gagnantes
sur notre territoire : la sauvegarde des marais salants de
Guérande, les roselières de Loire contre l’extension du port
de Saint-Nazaire, ou contre la centrale nucléaire du Canet »,
explique Geneviève Coiffard, militante d’Attac, enseignante
retraitée dévouée à la cause depuis de nombreuses années. Contre
la loi sur le travail, des militants de la CGT d’AGO, la filiale du
groupe Vinci concessionnaire de l’aéroport, ont tenu des barrages
avec des occupants de la ZAD. En soutien des riverains et des
paysans, ces derniers ont écarté l’idée de bloquer et saboter
les bureaux de vote. Lors du week-end de la consultation, les 25 et
26 juin, ils appellent les volontaires à venir les aider à avancer
leurs propres travaux en cours et, avec une pointe d'humour, à
« refaire un dôme »...
« C’est la première fois de
ma vie que je tracte »
Mercredi 8 juin, vers 18 heures, plusieurs
dizaines d’habitants font leurs courses sur la dalle du quartier
Bottière-Chénaie, au nord-est de Nantes. Les immeubles sont sortis
de terre il y a une dizaine d’années et côtoient des pavillons
plus anciens. Une ligne de tram passe tout près, des parents
circulent à vélo, des enfants à trottinette. Un groupe distribue
des tracts pour le non à l’aéroport. « C’est la
première fois de ma vie que je tracte », explique Pierre,
56 ans, employé dans une collectivité territoriale : « Je
n’ai jamais milité. Je ne suis pas allé aux réunions sur la ZAD.
Je suis un ouvrier de la 11e heure. Mais il
y a une consultation, un cadre pour s’exprimer. Je trouve ma place.
Je suis un opposant et je suis un militant sage, trop peut-être. » À
ses yeux, « l’aéroport est un équipement complètement
inutile, au milieu de nulle part, non raccordé aux transports en
commun. Je me mobilise pour la défense de l’environnement. Projet
surdimensionné, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est un
équipement d’un autre âge. Je me demande si dans trente ans il y
aura encore des avions. »
Il est rejoint par Bertrand Caron, militant du parti
de gauche et de Sud Rail, cheminot en lutte contre la loi El Khomri.
« C’est ma 9e journée de grève.
Je suis contre l’aéroport pour des raisons écologiques. Ça ne
crée pas d’emplois et c’est une gabegie financière. On
phagocyte une partie des financements. Si le mode ferroviaire, c’est
l’avenir, il est absurde de créer un nouvel aéroport. » Il
regarde autour de lui : « Ici c’est plutôt un
territoire favorable au non. C’est un nouveau quartier. Après, les
gens agrègent un peu différentes aigreurs : contre l’aéroport,
contre le gouvernement. » Non loin, Séverine Misset,
chercheuse, constate : « J’ai vu peu d’indécis, ça
m’a surprise. Des gens qui posent des questions et cherchent à en
savoir plus, il n’y en a pas tant que ça. »
Assis
sur un banc auprès de son enfant, un homme en t-shirt vert hésite
pourtant : « Je ne sais pas quoi voter mais je veux
aller voter. C’est important quand on demande son avis à la
population. » Sur Notre-Dame-des-Landes, il se demande « si
c’est vraiment utile en période d’économie de dépenser de
l’argent public pour ça. Il ne faut pas faire de dépenses pour
rien ». Sur la ZAD, il a « de mauvais échos. Des
copains habitaient à côté, il y avait des checkpoints. Une
mauvaise ambiance ». Et le bruit des avions ? « Ici
on les entend mais ce n’est pas une fréquence de fous. Avant
d’être ici, on habitait sous le couloir aérien de
Charles-de-Gaulle. En comparaison, ici, ce n’est pas si gênant. »
Julien, vendeur de galettes bio, a collé une affiche « Non
à l’aéroport » sur son frigo, en évidence derrière sa
vitrine. « Les gens veulent être à la ville mais ils ne
veulent pas le bruit. C’est comme avec les bars… Mais ce n’est
pas à la campagne qu’il faut construire un aéroport. Les villes
sont faites pour ça. » Son voisin, vendeur de légumes,
l’assure : « S’il y a plein de gens contre, il doit
bien y avoir une raison. La ZAD ? J’aime beaucoup cet aspect.
Il y a plein de choses qui déconnent dans ce monde. On peut vivre
autrement sans être dans une démarche capitaliste. C’est une
lutte contre ce qu’on essaie de nous imposer. »
À
Nantes, la coordination des tractages est en partie assurée par un
couple de retraités, Ellen et Michel Berjon. Danoise de naissance,
elle a travaillé comme bibliothécaire à l’université. Vendéen
d’origine, il a enseigné en lycée agricole. Tous deux sont
membres de longue date de l’Acipa. Dans la véranda de leur maison
agrémentée d’un vaste jardin devenu potager, ils ont étendu une
carte de la ville, morcelée en îlots de 5 000 habitants :
les zones à ratisser par les militants. Dans les boîtes aux
lettres, chacun est invité à glisser un tract et une bande dessinée
explicative. Des cartons d’affiches « Non à l’aéroport »
s’empilent derrière eux. Au total, une centaine de personnes sont
mobilisées pour passer au peigne fin 55 îlots. « On a une
sensibilité écolo depuis toujours, explique Ellen. On dit
non à l’aéroport et à son monde : la fuite en avant, le
toujours plus, il faudrait cinq planètes pour que tout le monde ait
notre niveau de vie. C’est un ensemble : on est toujours à
vélo, par exemple. Si on ne met pas ses idées en pratique, ça ne
sert pas à grand-chose. » Récemment, ils ont pris l’avion
pour aller à Copenhague : « Habituellement, on prenait
le train de nuit mais la desserte a disparu. Ça faisait des années
qu’on n’avait pas pris l’avion. » La ZAD ? « On
y va mais assez peu. Il faut prendre la voiture. Ayant été jeunes
en 68, on a de la sympathie pour ces jeunes qui ont envie de vivre
autre chose. »
Dans le mouvement des
antiaéroport, les Nantais se font rares. « C’est dur à
Nantes, explique Ellen. Il y a une campagne d’intoxication
sur le risque à cause du survol de la ville par les avions. Et il y
a la question du bruit. » Mais pour Michel, « les
zadistes portent un espoir pour nous. Dans cette catastrophe qui
s’annonce, je les vois comme des expérimentateurs d’une autre
manière de vivre. Ils arrivent à vivre et à faire la fête sans
argent. Le “non-marché”, “à prix libre”, est un exemple
pour les jeunes générations. Ils ne sont pas dans la consommation à
fond ».
Parti contre l’aéroport à la fin des
années 2000, le mouvement autour de Notre-Dame-des-Landes prend de
plus en plus la forme d’une mobilisation pour la ZAD. Occupés
depuis la fin 2008, les 1 600 hectares réservés par l’État
pour y construire l’aérogare et sa plateforme sont devenus le
symbole de la résistance aux « grands projets inutiles »,
comme le barrage de Sivens ou la ligne de train à grande vitesse
Lyon-Turin. Une utopie à ciel ouvert, à la périphérie de l’une
des capitales françaises de la modernité urbanistique. Ses
habitants ont popularisé un slogan : « Contre
l’aéroport et son monde ».
Cette expression de
révolte, comment le président des Ailes pour l’Ouest, la
principale association en faveur de la construction du site, ancien
concessionnaire automobile et ex-président de la chambre de
commerce, la comprend-il ? « C’est contre l’économie,
le développement économique, le voyage, la mobilité des personnes,
répond Alain Mustière. C’est comme la ZAD. On met tout sous
cloche et on ne fait rien. Ni route, ni chemin de fer. Aucun
investissement. » Et que pense-t-il de ce qu’il se passe
sur la « zone à défendre », sans doute le plus
grand squat d’Europe ? « Je vois des gens qui vivent
entre eux. Ils occupent des terrains qui ne leur appartiennent pas.
C’est leur droit. Dans toutes les générations, on a vu des gens
qui voulaient vivre en marge de la société. Mais la ZAD, c’est
aussi la violence. La ZAD est le bras armé des gens opposés à
l’aéroport. »
Oui contre non : la bataille
est frontale et le compromis impossible. L’issue du scrutin
dépendra de la capacité de mobilisation de chaque camp. D’après
les animateurs de la campagne téléphonique du non, le poids des
indécis semble important et pourrait annoncer une faible
participation. C’est le paradoxe de cette controverse à la fois
technique et politique : partisans et opposants au projet
d’aéroport sont si convaincus de leur fait que cette polarisation
laisse peu d’espace à celles et ceux qui ne se sont pas encore
fait leur opinion.
Jeudi
23 juin
►On
peut lire sur le net :
Notre-Dame-des-Landes : « Si
le non l’emporte, le projet sera abandonné »,
assure Valls, tout en déclarant que « Quel
que soit le résultat, les personnes qui occupent illégalement des
propriétés devront partir »
à lire la suite et voire les vidéos sur :
►Reçu :
Bonsoir, J’ai réalisé une petite vidéo animalière à NDDL
pendant le printemps, et j’aimerai la montrer le plus possible avant le
référendum (en espérant faire changer d’avis quelques personnes
qui pensaient voter oui à l’aéroport).
Est-il possible pour
vous de la partager ? Je vous remercie ! Et à très vite
sur le terrain !
https://youtu.be/stEBEaD6_LI
Consultation
sur Notre-Dame-des-Landes : les derniers jours d’une campagne
acharnée
Dimanche 26 juin, les électeurs de
la Loire-Atlantique sont invités à se prononcer pour ou contre « le
transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à
Notre-Dame-des-Landes ». Opposants et
partisans s’organisent, partout en France, pour mener campagne en
dépit des critiques qui pleuvent sur le bienfondé de la
consultation.
Paris et Nantes,
correspondance
C’est le paradoxe d’une
consultation que personne ne souhaite, mais que chacun veut gagner.
Encore une fois, il faut défendre ses arguments, mobiliser, par-delà
la fatigue, son propre camp.
Julien Bayou, porte-parole d’Europe
Écologie-Les Verts (EELV), est instigateur, avec Flore Blondel,
d’une campagne
téléphonique pour le non. Soutenue par EELV, le WWF,
Greenpeace, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et France nature
environnement (FNE), l’initiative
a permis à des volontaires de toute la France, pendant un mois,
d’appeler des habitants de Loire-Atlantique pour les encourager à
aller voter le 26 juin. Seuls les inscrits sur les listes
électorales du département sont en effet autorisés à voter. « On
ne cherche pas à convaincre ceux qui sont pour le projet. On cherche
avant tout à mobiliser les personnes persuadées de l’inutilité
de l’aéroport », explique Flore.
« Si on arrive à l’emporter, ce sera
un signal fort. L’État sera obligé d’en prendre compte pour la
suite », estime-t-elle. Plus de 80
personnes ont participé à l’action, et plus de 7.000 appels
ont été effectués.
 |
- Campagne
téléphonique en faveur du non, à Paris.
|
Autre terrain de
bataille : les sondages. « La
Bretagne et les Pays de la Loire sont directement concernés par ce
projet, notamment parce qu’ils participent à son financement »,
ajoute Julien Bayou. Le choix du périmètre du scrutin, limité à
la Loire-Atlantique, est très critiqué, car il influencerait son
issue. Selon un sondage national commandé par FNE et publié
mercredi 22 juin, 60 %
des personnes interrogées seraient opposées au projet
d’aéroport [1].
« Plus on s’éloigne de la
Loire-Atlantique, plus on s’aperçoit que les défenseurs du projet
sont moins nombreux. Nous sommes persuadés que le gouvernement
savait qu’une consultation à une plus grande échelle, même au
niveau régional, donnerait moins de chance au projet »,
analyse Denez L’Hostis, le président de FNE. Un sondage donnait en
mars 58 %
des personnes interrogées en Loire-Atlantique en faveur du projet.
Le Conseil d’État a rejeté, lundi 20 juin, les recours
demandant l’annulation de la consultation.
Sur
le terrain, la bataille des affiches
Une consultation
citoyenne en ligne doit également permettre à tous de
s’exprimer, au-delà des limites du département. Organisée par
l’ONG Agir pour l’environnement avec l’Acipa, la principale
association opposée projet, l’Adeca (les paysans) et le Cédpa
(les élus), son résultat est attendu pour samedi. « Le
projet nous a été présenté comme l’aéroport du
“Grand Ouest”, de portée internationale.
La délimitation de la consultation est paradoxale par rapport au
discours de l’État », note Stéphane
Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’environnement.
Sur le terrain, c’est la bataille des
affiches. Du moins, là où cela est possible : aucun espace
officiel ni financement public n’est prévu pour cette campagne.
Les panneaux d’affichage libre de l’agglomération nantaise sont
donc très convoités, aussi bien par les organisateurs de concert
que par les militants des deux bords. Des organisations anarchistes
et des partisans du projet utilisent aussi les palissades qui
recouvrent les banques du centre de Nantes depuis le début du
mouvement de contestation de la loi El Khomri. Des affiches du
département et de la région sont aussi présentes sur certains
abribus et « sucettes »
publicitaires pour inciter les électeurs à voter, sans donner
de consigne (la loi le leur interdit).
Du côté du non, l’Acipa mène de
front un
important travail d’information, fondé sur ses propres
expertises et sur celles de l’Atelier
citoyen, et une campagne citoyenne. Des réunions publiques sont
organisées, depuis le mois de mai, quasi quotidiennement.
Les militants ont distribué 440.000
tracts dans tout le département. « On veut surtout
démontrer notre motivation. Il y a encore beaucoup de gens à
convaincre », explique Agnès Belaud, de l’Acipa. Plus de
500 personnes ont participé à ces opérations de
sensibilisation.
« Beaucoup n’ont pas été
informés des alternatives au projet. L’idée de la rénovation de
l’aéroport existant — ce que les experts officiels de Ségolène
Royal ont d’ailleurs jugé plus approprié — suscite une forte
adhésion », explique Geneviève Coiffard-Grosdoy,
représentante d’Attac 44 et coordinatrice du dossier pour
Attac France. Elle affirme avoir vu des gens changer d’avis quand
ils se sont penchés sur le dossier. « Quand on se pose des
questions, on s’intéresse aux arguments. Et à ce niveau-là, nous
n’avons rien à craindre », affirme-t-elle.
Coups
d’éclat
Sur le plan politique, EELV, le Parti
de gauche, le Modem et le Front national, soutiennent le non. En
revanche, le Parti socialiste milite, avec le parti Les Républicains,
en faveur du oui. Et le Parti communiste s’est aussi décidé pour
le projet d’aéroport, démentant ses velléités écologiques.
Aymeric Seassau, secrétaire départemental du PCF et adjoint au
maire de Nantes, précise que « le oui a remporté 92 %
des votes lors du dernier congrès départemental du PCF. Nous ne
sommes pas contre ce référendum car nous estimons normal que les
premiers concernés par le projet soient les premiers à
s’exprimer ». Paradoxalement, il estime que la décision
aurait dû appartenir à l’État. Mais dans la campagne,
l’implication des partis politiques, pour ou contre, reste très
discrète.
 |
- Campagne en
faveur du oui sur Twitter.
|
Des Ailes pour l’Ouest, la principale
association favorable au projet, s’appuie davantage sur ses réseaux
institutionnels et sur les réseaux sociaux que sur la rue, qu’elle
ne maîtrise pas. Outre des affiches antizadistes, quelques réunions
publiques ont aussi été organisées à son initiative. L’essentiel
de sa visibilité repose sur la presse locale et la communication des
élus. Ce qui n’en est pas moins efficace, et qui n’empêche en
rien les coups d’éclat. Ainsi, le 21 juin, lors de la fête
de la musique, le logo Des Ailes pour l’Ouest était projeté sur
la tour de Bretagne, dans le centre-ville de Nantes. À peu près au
même moment, le logo de l’Acipa apparaissait sur le château des
Ducs de Bretagne.
 |
- Le logo de
l’Acipa sur le château des ducs de Bretagne, à Nantes.
|
« Le fond de l’affaire de
Notre-Dame-des-Landes, c’est des gens qui veulent se faire du
pognon »
Ce dimanche 26 juin doit se tenir,
en Loire-Atlantique, la consultation sur le projet d’aéroport à
Notre-Dame-des-Landes. Pourtant, ce processus, en apparence
respectueux de la parole des citoyens, n’est mis en place que pour
les manipuler, explique Françoise Verchère à Reporterre.
Reporterre
— Es-tu désabusée par ces processus de débats publics et de
commissions d’expertise, formellement démocratiques mais qui
masquent des décisions déjà prises ?
Françoise
Verchère — Désabusée, oui, sans
doute. Quand j’étais maire de Bouguenais, j’ai pratiqué ces
procédures. Naïvement, je pensais qu’on faisait quelque chose de
bien. On avait une haute opinion de l’intérêt général.
Mais je n’avais pas vu les éventuels travers. En revanche, je me
souviens d’avoir fait machine arrière en revenant sur une décision
publique, d’ailleurs sans pression populaire ni contestation. On
avait acheté les terrains pour bétonner un espace et on a failli
céder à la demande des grandes surfaces, Ikea, Leclerc... La
déclaration d’utilité publique était faite, les expropriations
aussi.
Tout
change avec l’expérience de Notre-Dame-des-Landes : dans ton
livre, tu écris « tromperie sur la marchandise »…
Oui. Là,
j’ai pu décortiquer ces processus, d’abord la Commission du
débat public en 2003 puis les commissions mises en place par Jean
Marc Ayrault en 2013 [après l’échec des
expulsions lors de l’opération César]. A
ce moment, j’y croyais encore. La désillusion est arrivée en
travaillant avec la commission présidée par Alain Richard [1],
qui a produit un fort travail d’analyse dans le but de rénover les
débats publics, pour finir par une ordonnance décidant de la
consultation à Notre-Dame-des-Landes. La rénovation par ordonnance
du débat public montre que c’est une démocratie
de façade...
Est-ce
spécifique à Notre-Dame-des-Landes ?
Tout est fait pour aboutir au projet
décidé à l’avance. Le débat ne porte que sur les modalités de
réalisation du projet, surtout pas sur le fait d’en questionner
l’utilité. L’illusion démocratique ne s’attache de fait qu’à
des petites décisions marginales, l’emplacement d’un équipement
modifié de 3 centimètres ou la couleur de la peinture. Sur la
méthode des compensations des dégâts sur l’environnement
proposée à Notre-Dame-des-Landes, l’avis
défavorable de la commission scientifique nommée par le Premier
ministre a abouti à quoi ? À rien. Cet avis, on s’en fout...
J’ai déjà connu ça, avec un certain traité constitutionnel
européen... Ou quand le Giec [Groupe
intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat]
dit quelque chose sur le climat, ce qui n’empêche pas de continuer
comme avant, comme si de rien n’était...
Les
discours des porteurs de projet et du pouvoir invoquent pourtant
l’État de droit et le respect de la légalité. Le maître mot de
leur communication, c’est : « Toutes les procédures ont
été respectées. »
Pour que l’État de droit soit
respecté, il faut qu’il soit respectable. Or, l’État a une
lourde responsabilité dans l’hypocrisie en truquant la vérité
des procédures. Il vaudrait mieux qu’on nous dise : « On
va faire ça, on va réaliser cet équipement, ce projet, et il n’y
a pas à discuter. » Cela aurait au moins le mérite de la
clarté.
 |
- « L’État
ne comprend que le rapport de force », à Nantes, en janvier
2016.
|
Quel
piège ces procédures de débat tendent-elles ?
Il est très compliqué de dire d’emblée : « Je
ne joue pas le jeu. » Une partie de l’opinion publique ne
comprend pas qu’on ne veuille pas donner notre avis alors qu’on
nous le demande. Si on n’obéit pas et qu’on ne participe pas, on
sera taxé d’opposant systématique, ou accusé d’encourager le
fait que chacun puisse faire ce qu’il veut, en ne suivant que des
intérêts particuliers.
Fille d’une institutrice et d’un
ouvrier de la sidérurgie, j’ai été élevée dans le respect de
l’ordre, de la règle et du travail.
Culturellement, je suis plutôt une obéissante. Mais je fais un
cheminement. À vingt ans, j’étais plutôt du côté de
Créon,
qui applique la loi presque aveuglément. À soixante, mon
modèle c’est plutôt Antigone,
qui refuse et s’oppose. Après avoir passé toute ma vie
d’enseignante et d’élue à rechercher l’intérêt général,
je suis aujourd’hui révoltée comme jamais je ne l’ai été.
Et pourtant, dans un premier
temps, tu as cru à la capacité de te faire entendre…
Oui, j’ai
fait partie des crédules, j’ai pensé que les règles du jeu
étaient honnêtes, avant de me rendre compte que les dés sont
totalement pipés. Mes amis zadistes me chambrent gentiment en me
disant : « Françoise, t’es
mignonne, mais qu’est-ce que t’as obtenu avec toutes tes
lettres ? »
Et
quand on joue le jeu, quel est le piège ?
Au départ, on croit que la procédure
a des défauts et qu’il suffira de les signaler pour qu’ils
soient corrigés, de bonne foi. Mais rien n’est corrigé parce que
ce n’est pas fait pour ça. Quand on produit une contre-expertise,
comme sur l’étude des coûts/bénéfices confiée
au cabinet néerlandais CE Delft, on nous rétorque que nos
experts ne sont pas les bons, ou n’ont pas été payés assez cher
et donc que ces éléments n’ont aucune validité. Et l’État
n’en tient aucun compte.
Dernièrement,
je suis allée rencontrer Christian Leyrit, le président de la
Commission nationale du débat public, chargé d’établir une
présentation synthétique du projet de Notre-Dame-des-Landes
avant la consultation du 26 juin. Je lui ai dit qu’il n’allait
pas donner crédit à la thèse comme quoi l’actuel aéroport
souffre du survol des avions au-dessus des oiseaux de la réserve
naturelle du lac de Grand-Lieu. Que tous les scientifiques sont
d’accord pour dire que c’est le contraire, que les avions passent
haut et ne gênent pas les oiseaux, et que l’urbanisation qui
serait induite par le transfert de l’aéroport menacerait bien plus
la réserve naturelle. Et qu’est-ce que ça a donné dans son
rapport ? Il a repris cette prétendue menace avec en
commentaire : « Selon certains
naturalistes, le survol du lac ne pose pas de problème. »
Ça me rend folle de voir utiliser des arguments qui n’en sont pas.
La
manipulation ne serait donc pas une bavure, mais l’esprit même de
ces consultations ?
La
démocratie participative est un alibi. En réalité, le pouvoir ne
se partage pas. C’est aussi simple que ça. Au-delà des batailles
de chiffres, qui risquent de noyer le poisson, le fond de l’affaire,
c’est quoi ? Rien à voir avec des notions d’intérêt
général ou d’utilité publique qu’on met en avant. C’est
juste l’histoire de gens qui veulent se faire du pognon. Mais
l’adversaire se drape dans les mots en se réappropriant ceux de
ses opposants. Il nous parle d’aéroport haute
qualité environnementale, de transition énergétique ou de
bien-être des habitants. Ce genre de retournement a le don de me
rendre dingue.
Et cette consultation
sortie du chapeau de Manuel Valls, c’est dans la même veine ?
C’est une
réponse de Valls à Ségolène Royal, qui prônait une remise à
plat du dossier en demandant deux études indépendantes, sur
l’exposition au bruit des alentours et sur une comparaison des
coûts entre le maintien et le réaménagement de l’actuel aéroport
et la construction à Notre-Dame-des-Landes. Si ces études sont
menées, elles vont dynamiter les données fournies par la Direction
générale de l’aviation civile pour légitimer
Notre-Dame-des-Landes. La consultation, c’est l’entourloupe qui
arrive pile pour court-circuiter ces études.
Ta
dénonciation de ces consultations factices ne porte-t-elle pas le
risque d’être interprétée comme un refus des formes
démocratiques ?
Au fond, je continue à penser que ça
devrait fonctionner. Que les défauts constatés doivent conduire à
une analyse rationnelle et qu’on doit trouver des solutions pour
les éviter. Mais j’ai de sérieux doutes. J’ai été jacobine en
croyant aux vertus de l’égalité, le même enseignement partout
dans toute la France, les mêmes droits. J’ai cru au pouvoir
régulateur de l’État. Mais je me rends compte qu’on a les deux
défauts à la fois, celui du roi et celui des vassaux. Le
technocratisme centralisé et la féodalité. Ce qui donne, dans
cette région [Pays de la Loire], une féodalité des réseaux
d’élus qui doivent tout à Jean-Marc Ayrault. En gros, il est
temps de refaire la révolution...
Reporterre
Notre-Dame-des-Landes,
la fabrication d’un mensonge d’État,
par Françoise Verchère, éditions
Tim Buctu, 130 p., 10 €.
►Lire
aussi :
Vendredi
24 juin
Un
nouvel aéroport: des effets contestés sur l'emploi
Les partisans du nouvel aéroport promettent des
milliers de créations d’emplois. Ces projections sont contredites
par la réalité des chantiers de BTP et les gains de productivité
du concessionnaire Vinci.
La construction d’un
aéroport à Notre-Dame-des-Landes pourrait-elle créer des emplois ?
C’est l’un des sujets de la campagne qui s’achève en
Loire-Atlantique avec la consultation, ce dimanche 26 juin, de ses
plus de 900 000 électeurs : « Êtes-vous
favorable au projet de transfert de l’aéroport de
Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ?
Autour de l’actuel
aéroport de Nantes-Atlantique, une zone d’activité s’est
développée : le domaine d’activité aéroportuaire (dite
« D2A »). Au total, le site fournit 2 160 emplois
– soit 1 840 équivalents temps plein : employés de
compagnies aériennes, sécurité, hôtellerie, commerce, douanes,
gestion de la plateforme, fret… Selon la chambre de commerce et
d’industrie (CCI) de Nantes-Saint-Nazaire, qui possède 15 %
du capital d’Aéroport du Grand Ouest (AGO), concessionnaire du
projet, ces 2 000 emplois seraient transférés à
Notre-Dame-des-Landes. Les partisans du projet prévoient trois
sources de création d’emplois : le chantier, l’activité
générée par la future hausse du trafic aérien, l’installation
d’entreprises sur le site délaissé par l’actuel aérogare.
- Construction du site à Notre-Dame-des-Landes
Selon l’association des Ailes pour l’Ouest, qui
milite pour le nouvel aéroport, sa construction représente 5,4
millions d’heures de travail et 3 500 emplois nouveaux. Vinci,
pour sa part, annonce 3 000 emplois créés. Mais ce chiffre
semble très élevé si on le compare aux deux plus grands chantiers
de BTP en cours en France, analysés
par la socioéconomiste Jacqueline Lorthiois : l’EPR de
Flamanville (300 000 m3
de béton, 40 000 tonnes d’acier et de béton armé) employait
3 200 ouvriers en 2011 (dont un millier d’étrangers) et la
ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux (350 km de voies, 19 viaducs,
50 millions de m3
de déblais) fait appel de son côté à 4 500 employés
directs, dont 3 200 fournis par Vinci. Si bien qu’en réalité,
seuls 1 300 emplois directs ont été créés le long du
parcours. Pour les opposants au transfert, le chantier de
Notre-Dame-des-Landes ne créerait pas plus de 700 emplois
temporaires pendant quatre ans, correspondant à 4,5 millions
d’heures de travail. Ces emplois disparaissent une fois le chantier
terminé.
- Emplois créés par la hausse du trafic
Pour les porteurs du projet d’aéroport, 800 à
1 000 emplois seraient créés par million de passagers
supplémentaires à Notre-Dame-des-Landes, destiné à accueillir
beaucoup plus de trafic d’ici 2050, selon la direction générale
de l’aviation civile. Au total, 2 500 emplois seraient ainsi
créés d’ici 2020 pour 5 millions de passagers et près de 1 000
emplois supplémentaires à horizon 2025 par rapport à 2012.
Ces
chiffres proviennent de l’étude des aéroports internationaux qui
servent notamment au transit des passagers. Ce ne serait pas le cas
du nouvel aéroport nantais. À Nantes-Atlantique aujourd’hui, on
décompte 550 emplois (équivalents temps plein) par million de
passagers, analyse l’Atelier
citoyen, regroupant des experts opposés au projet. Surtout, le
nouvel aérogare est conçu pour fonctionner avec moins d’emplois.
Il comportera moins de passerelles d’embarquement, moins de
guichets d’enregistrement…, décrit l’Atelier citoyen. Dans
l’étude financière de Vinci, on voit que la part des dépenses
salariales dans le chiffre d’affaires baisse de 19 % entre
2011 et 2017 (à Nantes-Atlantique) à 11 % entre 2018 et 2065 à
Notre-Dame-des-Landes. Les frais de personnel par million de
passagers sont estimés à 2,3 millions en 2011 et 1,5 million en
2030. La création d’emplois par million de passagers pourrait
passer de 510 à 340. « C’est le
reflet de l’impact d’un aéroport plus moderne, qui a besoin de
moins de personnel pour le faire fonctionner »,
explique Jean-Marie Ravier, membre de l’Atelier citoyen.
Autre risque pour l’emploi : la taxe
d’aéroport. Elle pourrait être élevée à
Notre-Dame-des-Landes, pour rembourser les dépenses de construction.
C’est exactement ce que veulent éviter les compagnies low cost,
qui fuient les aérogares plus taxées que les autres afin de
maintenir leurs prix de billets bas. Or ce sont ces compagnies qui
créent l’activité sur l’actuel aéroport, avec 43 % du
trafic en 2014. « Avec la construction de
Notre-Dame-des-Landes, le concessionnaire sera confronté au poids
énorme de la dette, plusieurs centaines de millions d’euros, qui
l’obligera à fortement augmenter la taxe aéroportuaire. Quelle
sera l’attitude des compagnies low cost ? Il y a un
grand risque qu’elles réduisent leur trafic avec
Notre-Dame-des-Landes », explique Yves Gonnord, ancien PDG
du groupe Fleury Michon et figure du capitalisme vendéen, dans une
tribune expliquant son opposition au projet d’aérogare.
- Emplois sur le site délaissé par l’aérogare
Pour les partisans de l’aéroport, c’est le plus
grand réservoir de création d’emplois : les 80 hectares
« libérés » par la fermeture de l’actuel aéroport
permettraient de doubler le nombre d’emplois sur le site, soit
5 000 nouveaux emplois industriels et 1 000 nouveaux
emplois de chercheurs dans les nouveaux matériaux et l’aéronautique,
selon les estimations de la CCI. Pour Dominique Duclos, conseilleur
municipal (PS) de Bouguenais, la commune de l’actuel aéroport,
« au départ, j’étais contre le transfert, c’est le
sujet de l’emploi qui m’a fait changer d’avis. On a besoin de
foncier pour les entreprises, plutôt que de le bloquer avec des
zones de parking, qui créent très peu d’emplois, comme c’est
actuellement le cas. C’est une politique de grappe ». En
novembre 2014, Christophe Clergeau, alors premier vice-président
(PS) de la région Pays de la Loire, avait annoncé l’implantation
à Bouguenais du siège mondial de General Electric pour les énergies
marines. En réalité, suite à sa fusion avec Alstom, le groupe
exploite un centre de recherche et de développement à Nantes, qui
pourrait à terme employer jusqu’à 350 salariés. Contacté par
Mediapart, General Electric dit aujourd’hui ne posséder que des
bureaux en centre-ville de Nantes et n’avoir aucun projet
d’installation sur la zone d’activité de l’actuel aéroport.
Le plus gros employeur du secteur est Airbus, qui
emploie environ 2 000 personnes dans son usine de fabrication de
structures centrales des avions. Le groupe utilise l’actuel
aéroport pour faire le transport de ses pièces et souhaite
continuer à en utiliser la piste, même en cas de fermeture du site.
C’est la raison pour laquelle les opposants considèrent que s’il
est construit, l’équipement de Notre-Dame-des-Landes ne sera pas
un transfert mais bien une construction supplémentaire. Selon
l’Atelier citoyen : « Le départ de l’aéroport
pourrait être une opportunité à première vue pour dégager des
espaces très importants qui permettraient à des entreprises de
s’installer. Mais cette idée est erronée puisque la piste, qui
restera pour Airbus, ne permet pas de construire à proximité de
celle-ci. En revanche, la zone D2A est essentiellement constituée de
parkings. Elle pourrait facilement être densifiée pour accueillir
plus d’entreprises. » Autour d’Airbus se sont installés
plusieurs entreprises et centres de recherche : Daher
(équipementier aéronautique), Technocampus, l’institut de
recherche technologique Jules-Verne.
La construction du nouvel aéroport mettrait fin aux
activités agricoles qui se sont développées depuis 40 ans sur
l’espace réservé à l’époque pour l’aéroport, la zone
d’aménagement différé, ce qui pourrait détruire en cinq ans 500
emplois, selon l’Atelier citoyen.
Que vont devenir les
salariés de l’actuelle zone d’activité aéroportuaire ?
Pour la CGT AGO : « Nous sommes complètement oubliés
dans le débat. Personne ne nous a posé la question du transfert »,
alors que 70 % d’entre eux résident dans le sud de la Loire
(selon le plan de déplacement de l’aéroport), donc loin du site
de Notre-Dame-des-Landes, non desservi par les transports en commun.
Depuis la reprise de l’actuel aéroport par Vinci Airports, dans le
cadre de la concession de Notre-Dame-des-Landes, « nos
conditions de travail se dégradent, selon le syndicat. Les
low costs se développent, il faut travailler deux fois plus
vite. Il y a beaucoup de turn over ». Le syndicat
s’est prononcé pour le maintien de l’aéroport à
Nantes-Atlantique.
Samedi
25 juin
Notre-Dame-des-Landes
est un site écologique unique.
Ce court documentaire présente les
spécificités de la biodiversité exceptionnelle de la zone humide
de Notre-Dame-des-Landes à travers les témoignages de plusieurs
opposants. De splendides images accompagnent cet argumentaire
environnemental en faveur de la préservation du site.
Pourquoi est-il
est important de défendre la zone humide de Notre-Dame-des-Landes ?
Pourquoi depuis des années, des militants luttent pour sa
préservation ? Ce court documentaire met en lumière les
spécificités de la biodiversité exceptionnelle du site. Les
arguments écologiques brandis par les partisans de l’aéroport
sont spécieux. Il suffit de s’intéresser à la biodiversité du
site et à la vie qui y grouille pour se rendre compte du désastre
écologique que représenterait la destruction de la zone humide,
qui, contrairement à une infrastructure, est irréversible.
Le documentaire
a été réalisé par Léo Leibovici et produit par Lizzie Brocheré
en partenariat avec l’Association Yemanja (regroupement de
créateurs, producteurs et diffuseurs de projets visant à promouvoir
la sauvegarde de l’environnement)
Léo Leibovici, réalisateur de documentaires
animaliers et environnementaux, a débuté ce film courant mars 2016.
Comme pour beaucoup de ses tournages, patience et persévérance sont
de mise. Au total, des mois de travail sur la zone à défendre
(ZAD). Pourtant, il n’a filmé qu’une infime partie des espèces
présentes. « J’aimerais continuer à
y travailler, il y a largement de quoi tourner un documentaire
animalier de 90 minutes. J’ai vraiment du mal à comprendre
pourquoi on s’obstine à vouloir installer cet aéroport, compte
tenu de la perte environnementale que cela occasionnerait ».
Habitué à réaliser des
films engagés, Léo compte poursuivre sa collaboration avec les
zadistes et les Naturalistes
en lutte afin de diffuser « une
prise de conscience qui touche la corde sensible grâce à l’image.
La lutte des zadistes est complémentaire du travail minutieux de
recherche des naturalistes en lutte. Les images sont un vecteur de
sensibilisation qui apporte une meilleure compréhension de leurs
actions et permettent une visualisation authentique de ce qu’est la
zone. »
Dimanche
26 juin
Un
vote local pour une bataille d’intérêt général
La Loire-Atlantique vote ce dimanche pour ou contre
le projet controversé d’aéroport. Mais l’enjeu du scrutin n’est
pas local ; la question ne concerne pas qu’un problème
d’aéroport et ne se limite pas à un sujet d’environnement.
C’est une bataille qui concerne tous les citoyens.
Dimanche 26 juin, les électeurs de Loire-Atlantique
(967 500 personnes inscrites sur les listes électorales) sont
appelés à dire oui ou non au projet d’aéroport de
Notre-Dame-des-Landes. C’est la première fois en France que des
citoyens peuvent se prononcer sur un projet d’infrastructure
affectant l’environnement, alors même que l’État l’a déclaré
d’utilité publique.
Cette consultation historique présente bien des
défauts. Son périmètre est trop restreint et prive de parole les
habitants des collectivités locales qui doivent le payer. La
question (« Êtes-vous favorable au projet de transfert de
l’aéroport de Nantes Atlantique sur la commune de
Notre-Dame-des-Landes ? ») est trop simpliste et ne
propose pas d’alternative. L’information du public fut
insuffisante – combien coûterait l’abandon du projet ?
Comment l’État peut-il prétendre qu’améliorer l’actuel
aéroport coûte plus cher qu’en construire un nouveau ? –
et partiale.
Mais ce référendum light, sans pouvoir de
décision, est plus important que sa faible visibilité nationale
peut le laisser croire. En réalité, l’enjeu du scrutin n’est
pas local ; la question ne concerne pas qu’un problème
d’aéroport et ne se limite pas à un sujet d’environnement.
C’est une bataille d’intérêt général.
Elle pose une question essentielle mais totalement
absente du monde politique traditionnel : quel rapport
construisons-nous avec notre milieu de vie ? Habiter un
territoire, est-ce le soumettre aux règles de l’utilité
économique ou respecter ses fonctions naturelles (libre
circulation de l’eau et des espèces qui y vivent, absorption de
CO2, résilience des sols face aux risques
d’inondation…) ? Quel air souhaitons-nous respirer, quelle
eau voulons-nous boire ? Quand cesserons-nous de considérer les
prairies, les forêts et les champs comme des espaces vides et sans
valeur ?
Chaque année, le développement de projets
d’activité commerciale, d’infrastructures de transport et de
logements détruit entre 50 000 et 100 000 hectares de
terres et d’espaces agricoles en France. Les sols artificialisés,
c’est-à-dire qui ont perdu leur état naturel, recouvrent 9,3 %
du territoire (en métropole). Ils ont augmenté de près de 70 %
en 30 ans, soit beaucoup plus vite que la population. L’équivalent
d’un département disparaît tous les dix ans sous le béton. Plus
d’un hectare sur deux est consommé par l’habitat individuel.
Cette destruction du territoire est aussi une bombe
climatique. Le bétonnage du territoire français émet chaque année
100 millions de tonnes de CO2. Cela représente 20 %
de toutes les émissions de gaz carbonique du pays. C’est
gigantesque. C’est presque autant que tous les rejets annuels des
transports en France.
Le mouvement de Notre-Dame-des-Landes est peut-être
l’un des premiers véritables mouvements sociaux contre les
dérèglements climatiques dans notre pays, après la mobilisation
contre les gaz de schiste. Il alerte sur la catastrophe que
représente la destruction irréversible de terres protégées depuis
40 ans des impacts de l’agriculture productiviste.
Qui décide de l’usage des territoires, et au
service de quels intérêts ? Les préfets sont les autorités
décisionnaires de l’aménagement du pays et le relais du soutien
politique à ces projets. Ils signent les avis des autorités
environnementales et délivrent les autorisations de travaux. L’État
est juge et partie dans le dossier de Notre-Dame-des-Landes et a été
pris en flagrant délit de connivence : Bernard Hagelsteen,
ancien préfet de Loire-Atlantique et de la région Pays de la Loire
de 2007 à 2009, travaille
aujourd’hui pour Vinci. Loïc Rocard, conseiller
de Manuel Valls pour l’énergie et le transport, a été
directeur des projets lignes à grande vitesse de Vinci. Nicolas
Notebaert, directeur de Vinci Concessions, récemment promu membre du
comité exécutif de Vinci, fut membre du cabinet de Jean-Claude
Gayssot, ministre communiste de Lionel Jospin, qui relança le projet
de Notre-Dame-des-Landes.
Selon André Vallini, secrétaire d’État à la
réforme territoriale, « pour que la France reste la France,
nous devons continuer à construire des aéroports, des barrages, des
autoroutes, des lignes de TGV, des équipements de
tourisme ». Intérêts des grands groupes de BTP et
identité nationale se confondent pour le gouvernement. Tout est
bouclé et tout se tient.
Mais ce système de décision date d’un autre
temps. À l’heure du dérèglement climatique, toute nouvelle
source importante de gaz à effet de serre réchauffe la planète de
tous. On ne peut plus viser le rayonnement d’une région sans lien
avec le reste du monde. Le bouleversement du système du climat,
l’appauvrissement de la biodiversité, les pollutions massives des
sols et de l’eau obligent à repenser les besoins de notre société.
Pour les exécutifs locaux des Pays de la Loire, leur
région a davantage besoin d’un nouvel aéroport que de 1 600
hectares de zone humide. Mais pour les dizaines de pilotes,
architectes, comptables, naturalistes, historiens, agriculteurs qui
ont nourri une contre-expertise incroyablement riche, c’est
l’arbitrage inverse qui correspond à la réalité du monde actuel.
Ils peinent à être pris au sérieux par les décideurs, qui de leur
côté, ne rendent pas publics tous leurs modes de calcul.
L’administration prétend détenir le monopole de la légitimité
de l’expertise. C’est contestable sur le fond et cela porte
atteinte au fonctionnement démocratique.
La lutte contre l’aéroport fabrique un
imaginaire, champêtre et radical, incarné par ces cabanes
juchées au sommet des arbres que les autorités ont voulu démolir à
coup de pelleteuses dans la ZAD occupée par des opposants depuis
2009. « Contre l’aéroport et son monde », mais
surtout, pour autre chose : la vie à la campagne, loin de la
course au profit et de l’enfer du marché du travail, sans chef,
sans loyer à débourser, mais en collectivité, en partageant ses
ressources et ses savoirs.
Quand les occupants rebaptisent la ZAD en « zone
d’autonomie définitive », c’est pour moitié un vœu
pieux, mais pour moitié aussi, une réalité. Ils s’installent
dans les champs et les forêts pour y vivre, quelques mois ou
quelques années. Les « constructions illégales » que
veut détruire la préfecture ne sont pas des fortifications
d’opérette. Ce sont des chambres, une cuisine, une salle de
réunion, un bar, une infirmerie, un studio de radio. Des gens s’y
côtoient tous les jours, travaillent, se disputent, se découvrent,
s’apprécient, s’entraident.
Notre-Dame-des-Landes:
les drôles de lacunes « On ne
prépare pas l’avenir en construisant des cabanes »,
avait déclaré en 2012 l’ancien président (socialiste) de la
région des Pays de la Loire, Jacques Auxiette, grand défenseur du
projet d’aéroport. Pourtant, à bien des égards, c’est un
laboratoire des idées de la gauche qui s’élabore dans le
fourmillement du plus grand squat à ciel ouvert d'Europe. Quels
horizons d’émancipation dans un monde sans croissance où la
plupart des responsables politiques, même progressistes, semblent si
dépendants des marchés financiers ? La dévalorisation du
matérialisme et du consumérisme, l’autonomie, le « faire
soi-même », le ralentissement du rythme de vie. La démocratie
délibérative et l’action directe. Le refus du rapport d’autorité.
L’hospitalité et la convivialité. La dépersonnalisation du
pouvoir, même symbolique, que pratiquent les porte-parole des
occupants qui choisissent de tous se faire appeler « Camille »,
nom transgenre, pour piéger le star system.
Pour toutes ces raisons,
la bataille pour ou contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes
dépasse l’échelle locale et le dossier technique. Elle nous
concerne tous, citoyens désireux d’agir en sujets politiques pour
une société où les besoins particuliers des uns ne comptent pas
davantage que la protection des intérêts de tous.
Dimanche
26 juin
la
déclaration commune du mouvement anti-aéroport lue à la Vache Rit
ce
dimanche soir suite aux résultats de la consultation.
« Comme l’avait démontré les différentes
composantes du mouvement, le cadre, le processus et le contenu de
cette consultation étaient fondamentalement biaisés. Celle-ci était
basée sur une série de mensonges d’Etat et radicalement
inéquitable. Il ne s’agissait pour nous que d’une étape dans la
longue lutte pour un avenir sans aéroport à Notre Dame des Landes.
Cette lutte se poursuit dès ce soir. Nous savons que
les attaques du gouvernement et des pro-aéroport vont se renforcer.
De notre coté, nous n’allons pas cesser pour autant d’habiter,
cultiver et protéger ce bocage. Il continuera à être défendu avec
la plus grande énergie parce qu’il est porteur d’espoirs
aujourd’hui indéracinables face à la destruction du vivant et à
la marchandisation du monde. Nous appelons tous les soutiens et
comités partout en France et au-delà à se mobiliser et à
redoubler de vigilance dans les semaines et mois à venir. Il n’y
aura pas d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes.
Nous appelons en ce sens, et dans un premier temps, à
converger massivement à Notre Dame des Landes pour le rassemblement
estival anti-aéroport, les 9 et 10 juillet"
►et rendez-vous demain
(mardi 28 juin) à 20h30 à la Vache Rit pour une AG du mouvement
extraordinaire
sur
la ZAD, parce que la lutte continue, contre l’aéroport et son
monde, c’était un we de chantiers :
des
centaines de personnes se sont relayées sur une dizaine de
chantier : ça a débroussaillé, jardiné, construit un hangar,
des cabanes, un dôme, cuisiné, le tout au son de Radio Klaxon. Et
après un passage à la Vache Rit, la soirée s’est poursuivie en
musique comme la veille, au pied de la nouvelle (bientôt prête)
salle de réunion :
* d’autres photos de ce we à
voir ici
* un reportage
sur les différents chantiers du we
►à
Lyon,
les ponts affichaient leur soutien dès
vendredi soir :
Infos
du 27 au 30 juin
Lundi
27 juin
►Soutien
à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes lundi 27 juin 2016, par
Solidarité sans frontières
Partout dans un monde, que les entreprises
financières et multinationales polluent et détruisent
systématiquement, des mouvements de résistance apparaissent pour
défendre ce qui subsiste de vie et de biodiversité contre la
violence mafieuse du profit, contre la dictature de l’argent qui
propage la barbarie, sans même avoir besoin, le plus souvent, de
prétextes religieux ou idéologiques. suite du texte ici
Aujourd’hui, des tas de messages de soutien plein
de détermination à continuer, et quelques articles et délires
créatifs chouettes autour de ce week-end. Ça fait chaud au coeur !
►Une
lucarne -,
sur les débuts du projet et l’argumentation qui n’a absolument
pas changé en 40 ans. Et une conversation
avec SylvieThébaud du Limimbout
Notre-Dame-des-Landes: un Oui
teinté de Non
Avec plus de 55 % des votes, la majorité
exprimée en faveur du projet d’aéroport est confortable mais
des poches inattendues de résistance apparaissent. À l’issue de
la consultation, deux camps irréconciliables se font face.
À peine une demi-heure après l’annonce par la
préfecture de Loire-Atlantique de la victoire du « oui »
à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes avec 55,2 % des voix,
Manuel Valls annonçait le commencement des travaux dès l’automne
et l’évacuation prochaine des occupants de la ZAD : « Le
gouvernement fera appliquer le verdict des urnes. Les travaux
préparatoires à la réalisation du nouvel aéroport s’engageront
dès l’automne prochain. » Quant aux
« personnes qui occupent illégalement
le site du nouvel aéroport », elles
« devront partir d’ici le début des
travaux. L’autorité de l’État et les lois de la République
s’appliqueront à Notre-Dame-des-Landes comme partout ailleurs dans
le pays ». Sur sa page Facebook,
Johanna Rolland, la maire de Nantes, célébrait un « oui
en clarté » : « La
volonté démocratique qui vient de s’exprimer doit permettre la
réalisation de ce transfert dans la sérénité, la sécurité et le
respect de l’état de droit. L’État doit maintenant mener à
bien ce projet essentiel pour l’accessibilité de l’Ouest, pour
le développement économique et pour l'emploi. »
Le président (LR) de la Région Pays-de-la-Loire, Bruno
Retailleau, se réjouissait de « la
victoire du civisme et du bon sens. Les habitants ont dit oui à
l’emploi, ils ont aussi dit non aux casseurs de la ZAD. Ce soir,
c’est la défaite de la violence et de la décroissance ».
À ses yeux : « Les habitants ont
eu la détermination que François Hollande a été incapable
d’avoir. François Hollande n’a pas eu le courage de décider,
qu’il ait au moins le courage d’agir. »
Mais le scrutin révèle un paysage politique
éclaté en Loire-Atlantique. Si la majorité des voix exprimées en
faveur du projet est confortable, et la participation supérieure aux
prévisions autour de 51 %, leur répartition géographique fait
apparaître des poches inattendues de résistance au projet
d’aéroport. À Nantes, bastion PS, dont l’ancien maire Jean-Marc
Ayrault est l’un des plus fervents promoteurs du nouveau site
aéroportuaire, le oui ne l’emporte qu’avec 100 voix d’avance
(41 906 votes contre 41 806). C’est une grosse surprise et une
gifle pour les socialistes qui n’ont cessé de justifier le projet
au nom du développement de Nantes et du bien-être de ses habitants.
À Rezé, importante commune PS (30 000 habitants), située sous le
trajet des avions empruntant l’actuel aéroport de Nantes
Atlantique, dont le maire Gérard Allard est aussi vice-président de
Nantes Métropole chargé du développement économique des
territoires, le non l’emporte avec plus de 53 % des voix. À
La Chapelle-sur-Erdre (16 000 habitants), ville dirigée par Fabrice
Roussel, premier fédéral du PS en Loire-Atlantique, le non gagne à
plus de 51 %. À Bouguenais, commune qui accueille l’actuel
aérogare et en subit les nuisances sonores, le oui l’emporte de
justesse, avec 50,6 % des voix (À
ce sujet, écouter l’analyse du politiste Goulven Boudic lors
de notre live du 26 juin). En revanche à
Saint-Aignan-de-Grandlieu, construite en bout de piste de l'aéroport
de Nantes Atlantique, le oui est très largement majoritaire.
Sans
surprise, les villages impactés par le projet d’aéroport ont voté
massivement contre le projet : à 73,6 % à
Notre-Dame-des-landes, à 60,3 % à Fay-de-Bretagne, à 66,6 %
à Grandchamp-des-Fontaines, à 69,4 % à Vigneux-de-Bretagne.
Ainsi, les habitants directement menacés par le projet le refusent,
tandis qu’une partie de ceux qui sont dérangés par l’actuel
aérogare ne le rejettent pas. Au total, 268 981 personnes se
déclarent favorables à la construction du nouveau site. Elles sont
majoritaires. Mais 218 537 autres s’y refusent. Cela représente
une forte minorité d’opposants. À l’issue de la consultation,
deux camps irréconciliables se font face.
Dans ce contexte de polarisation politique,
quelles pistes de sortie de crise ? La situation semble en
partie bloquée. La ZAD, cette zone de 1 800 hectares réservée
pour le chantier de l’aéroport il y a quarante ans et aujourd’hui
occupée par 200 à 300 opposants, sera-t-elle évacuée de force ?
Lundi matin, au lendemain du scrutin,
Ségolène Royal a laissé entendre sur RTL que le gouvernement y
travaille d’ores et déjà : « Ça
a été promis par le premier ministre. Je pense que ceux qui ont
voté oui l’attendent. Je crois que les discussions entre le
premier ministre et le ministre de l’intérieur ont commencé pour
savoir comment procéder ».
La ministre de l’environnement a aussi déclaré
qu’« il y a eu une consultation
démocratique, maintenant la procédure doit se poursuivre »,
sans préciser de quoi elle parlait exactement : la construction
de l’aéroport validé par la déclaration d’utilité publique en
2008 (avec deux pistes), celui de moindre envergure (une seule piste)
qu’elle appelait de ses vœux au printemps, ou l’épuisement de
la procédure de l’Union européenne contre la France (concernant
le non-respect de la loi sur l’eau notamment). Elle a annoncé la
publication d’une ordonnance sur la participation du public aux
décisions qui ont un impact sur l'environnement, et son envoi au
Conseil d’État. Il s’agit en réalité du
texte adopté par le Conseil national de la transition écologique
(CNTE) le 16 février dernier, organisant plus généralement
l’accès à l’information du public et le débat en amont de la
décision des projets d’aménagement. L’ordonnance créant
spécifiquement la possibilité de consulter les citoyens sur les
projets ayant un impact sur l’environnement a déjà été publiée
– et fait l’objet de recours sur le fond devant le Conseil d’État
par France nature environnement et Attac.
Les écologistes apparaissent divisés sur le sens à
accorder au résultat de la consultation. Nicolas Hulot, dont la
fondation a défendu le principe d’une consultation des électeurs
mais sur un périmètre plus large que la seule Loire-Atlantique, a
déclaré sur Europe 1 lundi midi : « On
ne peut pas demander d’aller voter et après, si le résultat ne
nous plaît pas, ne pas en tenir compte. Je prends acte. Je suis
profondément attristé par ce que je vois, cette espèce de rouleau
compresseur d’artificialisation des sols, de destruction de la
biodiversité, ne s’arrête jamais »
mais « en ce qui me concerne, je
m’incline ».
Le
député François de Rugy, ex-EELV, va dans le même sens :
« Le oui majoritaire à l'échelle
départementale est un fait politique qui ne peut être ignoré. Nous
aurions préféré l'inverse, mais nul ne peut ignorer ce résultat
qui, du point de vue de ses promoteurs, notamment l'État, ouvre la
voie à la poursuite du projet d'aéroport. »
« Il
faut que tout le monde reste très calme parce que j'ai entendu ce
matin des déclarations très véhémentes sur le sujet et ce n'est
pas par la violence qu'on règlera la situation,
a déclaré de son côté Emmanuelle Cosse, ministre EELV du
logement,
avant d’ajouter qu'il fallait que « les
choses rentrent dans l'ordre au fur et à mesure » et
qu’« en effet, il y a un moment où se
posera la question du maintien des zadistes dans la zone ».
Mais, pour Cécile Duflot,
députée et potentielle future candidate à la présidentielle de
2017, « pour nous, ça ne change rien
sur le fond » : « ce
dispositif a été choisi pour aboutir à ce résultat. Ce n'est pas
un aéroport pour les habitants de Loire-Atlantique. C'est un
aéroport pour tout le grand Ouest. Les régions Bretagne et Pays de
la Loire vont payer pour ce projet ». À
la question « Est-ce que cet aéroport
doit se faire ? » que lui a posée le
journaliste Patrick Cohen sur France Inter lundi matin, elle a
répondu : « Je pense que non. »
France nature
environnement, l’une des ONG qui ont le plus travaillé sur les
enjeux de la démocratie environnementale et qui portent le deuil de
Rémi Fraisse, ce jeune homme tué par les gendarmes lors d’un
rassemblement contre le barrage de Sivens fin 2014, considère
qu’« étant donné le périmètre incohérent et la
partialité de l'information délivrée par la CNDP et certaines
collectivités pro-bétonnage à l’attention des citoyens, il est
difficile d’affirmer que ce vote légitime un projet qui continue
d’être rejeté sur le plan national ». Dans un sondage
publié la semaine dernière, 60 % des personnes interrogées
dans toute la France se prononçaient contre le projet d’aéroport.
« Le bricolage du code de l’environnement engagé pour
pouvoir organiser cette consultation est regrettable, mal pensé,
médiocrement mis en œuvre et parfaitement néfaste pour la
protection de la nature et de l'environnement, indispensable aux
générations actuelles et futures », précise le réseau
d’associations dans un communiqué.
Tous les collectifs
d’opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes
s’étaient prononcés contre l’idée d’une consultation de type
référendaire, par crainte qu’une question binaire n’aggrave la
polarisation des opinions sans dégager de solution. Mais cette
critique est bien difficile à faire entendre alors qu’ils ont
accepté de faire campagne et n'ont pas choisi de la boycotter.
Depuis la ZAD dimanche soir, le mouvement contre l’aéroport a
publié une déclaration commune expliquant que « le cadre,
le processus et le contenu de cette consultation étaient
fondamentalement biaisés. Celle-ci était basée sur une série de
mensonges d'État et radicalement inéquitable. Il ne s'agissait pour
nous que d'une étape dans la longue lutte pour un avenir sans
aéroport à Notre-Dame-des-Landes ». Ils annoncent :
« De notre côté, nous n'allons pas cesser pour autant
d'habiter, cultiver et protéger ce bocage. Il continuera à être
défendu avec la plus grande énergie parce qu'il est porteur
d'espoirs aujourd'hui indéracinables face à la destruction du
vivant et à la marchandisation du monde. Nous appelons tous les
soutiens et comités partout en France et au-delà à se mobiliser et
à redoubler de vigilance dans les semaines et mois à venir. Il n'y
aura pas d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. » Face à
cette détermination militante, nul ne sait si le oui teinté de non
à l’aéroport suffira au gouvernement pour justifier une
évacuation de force de la ZAD, au risque de causer un ou plusieurs
morts et de nombreux blessés.
A la ZAD de Notre-Dame-des-Landes:
«On va rester»
À la ZAD de Notre-Dame-des-Landes comme autour, la
consultation départementale, qui a donné à plus de 55 % le
« oui » au déplacement de l'aéroport, n'a que peu
d'effet. Habitants des communes voisines et habitants de la zone à
défendre restent déterminés. Ce week-end, une nouvelle structure
est d'ailleurs sortie de terre, seul « refaire un dôme »
ayant remporté tous les suffrages.
Notre-Dame-des-Landes, de notre envoyé spécial.-
À 20 h 30, dimanche 26 juin, le lieu appelé La Vache rit, à la ZAD
(zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes, se remplit peu à peu
des habitants des villages environnants, à l’appel des zadistes et
de l’Acipa, l’une des principales associations opposées à
l’aéroport. On discute de la famille, du boulot, et évidemment de
la consultation qui a eu lieu toute la journée dans le département
de la Loire-Atlantique. Un écran situé au fond du hangar qui sert
de salle des fêtes diffuse une télévision locale où des panneaux
de résultats apparaissent régulièrement.
Les
premières remontées des dépouillements donnent une victoire du
« oui » au transfert de l’aéroport actuel de Nantes
Atlantique vers la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Mais les résultats
arrivent au compte-gouttes, si bien que la communication à
destination des journalistes est reportée.
Lorsqu’une commune s’affiche sur l’écran et
que la majorité va au « non », elle est applaudie à
tout rompre. En particulier lorsqu’il s’agit d’une commune
voisine (lire
ici l'analyse du scrutin par Jade Lindgaard). L’apparition sur
l’écran de Bruno Retailleau, le chef de file des Républicains au
Sénat et président du conseil régional des Pays de la Loire, fait
bondir même les anciens de leur siège. Hué copieusement. Tout
comme Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes et soutien actif du
nouvel aéroport, ou Manuel Valls, actuel premier ministre et surtout
ministre de l’intérieur au moment de l’opération César, fin
2012, qui avait tenté, sans succès, d’évacuer la ZAD.
Combattives mais pas résignées, déçues mais pas
étonnées. Les personnes présentes à La Vache rit font preuve de
détermination quand on les interroge. Une dame juge « trop
facile, ce référendum sur mesure ». Un monsieur explique
qu’ils sont « fortiches », les politiques, « qui
veulent refaire voter quand le résultat ne leur plaît pas, comme en
2005 ou maintenant avec le Brexit, mais qui par contre s’accrochent
à un résultat qui va dans leur sens alors que là, pour le coup, ça
ne représente pas grand-chose ».
Les
mêmes arguments reviennent : le choix du périmètre de la
consultation, le département, considéré comme plus favorable au
oui, la question elle-même, les conditions de la campagne
d’information. Vers 21 h 20, Dominique Fresneau, de l’Acipa, et
Camille, une des habitantes de la ZAD, prennent la parole pour une
courte allocution lue à deux voix. Ils y dénoncent « le
cadre, le processus et le contenu de cette consultation »,
qui « étaient fondamentalement biaisés » car
« basés sur une série de mensonges d’État et
radicalement inéquitables ». Mais, rappellent-ils, « il
ne s’agissait pour nous que d’une étape dans la longue lutte
pour un avenir sans aéroport », et « cette lutte
se poursuit dès ce soir ».
La salle entame un long « On va gagner, on
va gagner ! » qui donne décidément à cette soirée
électorale de défaite un goût de victoire. « Nous
appelons tous les soutiens et comités partout en France à redoubler
de vigilance dans les semaines et mois à venir »,
enchaînent les deux représentants. « Résistance,
résistance ! » répond la foule de plus en plus
enthousiaste. « Il n’y aura pas d’aéroport à
Notre-Dame-des-Landes », concluent Dominique Fresneau et
Camille. « On lâche rien, on lâche rien ! »
chantent les habitants.
 |
Les
personnes présentes à La Vache rit entonnent un « Résistance,
résistance ! » pendant la conférence de presse © Yann Levy
|
Fin du
discours, les journalistes sont invités à faire leurs interviews à
l’extérieur, le bar est sorti, les gobelets sérigraphiés « non
à l'aéroport » sont distribués.
Pour Julien Maillard, originaire des environs, « le
résultat de ce soir ne va strictement rien changer ». Ce
trentenaire est tout de même « agréablement surpris par
les résultats dans les communes alentour ». Mais pour lui,
le « foutage de gueule démocratique va continuer ».
Un autre Camille, habitant de la ZAD, explique un peu plus tard :
« Le premier ministre a dit que, quel que soit le résultat
du référendum, ils veulent démonter la ZAD. Nous, on va continuer
ce qui se construit ici. »
Cette première partie de soirée électorale touche
à sa fin, mais une seconde a déjà commencé ailleurs sur la ZAD :
au Gourbi. Plus qu’une soirée électorale, c’est plutôt une
crémaillère, même si le chantier n’est pas totalement terminé.
En pied de nez au référendum qui devait sceller dans un sens ou un
autre l’avenir de la ZAD, ses habitants avaient en effet appelé
tout le week-end à « refaire un dôme ».
Dès samedi après-midi, le dôme proprement dit, une
structure métallique d’environ 10 mètres de diamètre, avec des
murs progressivement recouverts de paille et d’argile durant le
week-end, était le principal chantier en cours. Il est construit là
où se trouvait la maison d’un certain monsieur Gourbil, d’où le
nom. La maison avait été rasée. À la place, une vaste cabane a
été érigée à la fin 2015, avant d’être à son tour incendiée
quelques jours plus tard. « C’est là pour durer,
c’est là pour montrer qu’on va rester », dit un des
« travailleurs » sur le chantier, sous un joli soleil
d’été. Un autre : « Qu’est-ce qu’ils
veulent ? Une guerre civile ? Moi, je ne suis pas pour mais
il y a un moment où bon… »
 |
Sur le
chantier du dôme au Gourbi samedi après-midi © Yann Levy
|
Pour
ce week-end de travail, la cantine annonce avoir servi 350 repas
samedi midi. Le même nombre environ le soir, alors que les ouvriers
du Gourbi entament les trois-huit pour terminer le dôme avant
dimanche soir. Tout le monde met la main à la pâte, certains une
demi-heure, d’autres plusieurs heures. D'autres chantiers sont en
cours sur la ZAD. Un champ de courges doit être paillé, une serre
doit être réparée, un mur d'escalade doit être terminé… les
volontaires peuvent se présenter au lieu-dit La Wardine, où les
différents postes sont répartis.
«On
a décidé de vivre ici, on veut que ça dure»
Au petit matin,
dimanche, le chantier du Gourbi est délaissé une demi-heure tout au
plus, « le temps de regarder le lever de soleil ».
Pour cette journée aux urnes, la quasi-totalité des habitants de la
ZAD reste disponible, n’ayant tout simplement pas le droit – ni
l'envie pour la plupart – de voter.
Plus tard dans
la matinée, à Notre-Dame-des-Landes, le maire Jean-Paul Naud se
tient devant la mairie, à deviser avec quelques-uns de ses
administrés. Costume, moustache, et sourire au lèvres, même s’il
ne se fait pas trop d’illusions sur le résultat. Ce qui est sûr,
c’est que ça vote beaucoup dans sa commune. « Depuis
8 heures ce matin, il y a vraiment beaucoup de monde, plus de
participation que d’habitude. » Dans le bureau de vote
situé juste à côté de la mairie, dans une école, l’ambiance
est bonne. Un couple de personnes âgées arrive. L’homme demande à
une jeune femme qui sort s’il y a beaucoup de monde à
l’intérieur. « Oh oui », répond-elle
avant de filer déjeuner avec ses deux enfants sous le bras.
La
commune a toujours été majoritairement contre l’aéroport, maire
compris. Le non ici a fait son plus gros score : 73,57 %
avec une participation à 75 %.
Direction Saint-Aignan-Grandlieu, à une trentaine de
kilomètres. La commune est elle aussi directement concernée par la
consultation, puisque c’est ici que se trouve l’actuel aéroport
de Nantes Atlantique. Là encore, la participation en début
d’après-midi est bonne. André, technicien chez Airbus, sort d’un
des bureaux de vote en discutant. D’abord un peu réticent – « je
n’ai pas trop le temps de vous parler » –, il
finit par expliquer pourquoi il a voté oui au transfert, « car
c’est mieux, même au niveau écologique, pas seulement au niveau
économique ». « Il faut bien que cette commune,
ici, puisse se développer aussi. »
En
approchant d’un autre bureau, un avion surgit avec vacarme de
derrière le bâtiment, très bas, il va se poser quelques kilomètres
plus loin. Ici, les assesseurs soulignent le nombre important de
procurations : « C’est même plus que pour la
présidentielle. » Une dame pressée sort du bureau. Elle,
elle en a « marre des nuisances sonores ». Un
homme, la cinquantaine, estime quant à lui que cette consultation
montre « que le gouvernement ne prend pas ses
responsabilités. C’est bien que le citoyen donne son avis mais la
justice a déjà tranché, et le gouvernement n’en a rien fait ».
Un couple à présent sort. Pour la dame, c’est « important
pour le développement économique de la région que le nouvel
aéroport se fasse ». Son mari, qui « a bossé
la question », estime que « même si Nantes
Atlantique s’agrandit, ça ne tiendra pas longtemps au vu de
l’augmentation prévue du trafic ». Résultat, dans la
commune, un « oui au transfert » massif – 71,7 %.
Retour au Gourbi, où les habitants de la ZAD ont
convié les journalistes sur le lieu du « refaire un dôme ».
La plupart des travailleurs présents vaquent normalement à leurs
occupations, d’autres, plus méfiants à l’égard des médias,
arborent des cagoules cousues main et sur place pour une précédente
occasion.
 |
Sur le
chantier du dôme dimanche après-midi © Yann Levy
|
Camille,
la vingtaine, est arrivée depuis une semaine sur la ZAD et a
participé à la préparation du chantier dôme. Elle a pour projet
de monter un atelier de poterie ici. En attendant, elle faisait
partie de l’équipe qui a passé toute la nuit sur place
– « c’était trop bien, les gens étaient tous très
motivés ». La ZAD ? Elle « y trouve
quelque chose de nouveau, une autre organisation relationnelle, une
autre organisation du rapport au travail », elle y
voit « une communauté en lutte contre un projet
gouvernemental pas accepté par la population locale ».
La consultation en cours la laisse de
marbre. « L’ambiguïté de la question, l’ambiguïté
du périmètre, l’ambiguïté de vouloir régler en un dimanche un
problème vieux de quarante ans, tout est ambigu, dit-elle. De
toute façon, les gens vont rester, on a décidé de vivre ici, on
veut que ça dure. »
Dimanche soir, dans la nuit, un concert de hip-hop se
tient sur la scène qui a été construite à côté du dôme pour
soutenir les travailleurs. Des gens dansent pendant que d’autres
continuent inlassablement de poser le meilleur terre-paille sur la
structure métallique. Réagissant aux résultats, le premier
ministre Manuel Valls a déclaré que les occupants illégaux du
terrain devraient « partir » d’ici au
début des travaux à l’automne. La maire PS de Nantes, Johanna
Rolland, a appuyé ce choix : « Il doit y avoir
évacuation de la ZAD. »
« Mais nous, on
s’en fout, on n'est pas des occupants, on est des habitants »,
lui répond une zadiste interrogée lundi matin. L’évacuation, si
elle a lieu, devrait intervenir d’ici à l’automne. Au vu du
fiasco de l’opération César de 2012, les moyens à mobiliser
devraient être très importants. Au vu des personnes interrogées ce
week-end, habitants de la ZAD comme soutiens, la résistance devrait
l’être tout autant. Des forces qui pourront se compter les 9 et 10
juillet pour le rassemblement estival des anti-aéroport, baptisé
« Semailles de démocratie ».
A
Notre-Dame-des-Landes, une détermination intacte
pour sauver la
nature et un monde différent
Ce
week-end, habitants et sympathisants de Notre-Dame-des-Landes ont
travaillé à rénover corps de ferme et cabanes et à édifier
centre d’accueil, chalet et bergerie. Un moment fort et convivial
qui a dopé les enthousiasmes et affirmé la détermination des
opposants à l’aéroport à voir les saisons se succéder dans le
bocage.
Notre-Dame-des-Landes
(Loire-Atlantique), reportage
Ce
week-end de chantiers et de cantine sur la Zad aura eu des airs
d’insouciance feinte. Pour beaucoup de zadistes qui ne votent pas
parce qu’ils contestent au procédé le caractère démocratique
qu’on lui confère, l’important était de continuer à se
projeter dans l’avenir, sans tenir compte de l’enjeu de la
consultation. La réponse tenait en un jeu de mot : « Refaire
un dôme. »
D’autres
portaient un petit espoir de voir une participation faible au vote
profiter aux partisans du non. Militants associatifs et politiques,
ils ont mené campagne sans compter leur temps, diffusé des tracts
sur les marchés, tenu des réunions publiques, collé et recollé
des affiches, mais aussi donné des coups de mains aux chantiers de
débroussaillage et de construction ce week-end. Sans oser se
l’avouer trop fort, pour eux, c’est un peu une claque. La fatigue
et le désappointement marquent les visages à l’heure des
résultats définitifs. 51,08 % de participation, 55,17 %
de oui. Les partisans de l’aéroport et le gouvernement ont marqué
des points. « Après la déclaration d’utilité publique,
les recours rejetés, ça en a rajoute une couche, et va falloir
encore plus batailler », dit un paysan. Mais vote ou pas
vote, la détermination des opposants est intacte, peut-être même
renforcée par l’épreuve.
L’agitation
euphorique d’un chantier collectif
Reste
que ces différences de choix tactiques ne formeront pas de
dissension entre les composantes du mouvement anti-aéroport. Depuis
quatre mois, ils ont déminé le terrain. Personne ne reprochera aux
autres leurs options, d’autant que tous s’accordent à
reconnaître que ce référendum s’est mis en place comme une
embrouille de plus. Qu’ils aient joué le jeu du vote et de la
campagne, cru pouvoir infléchir un scénario trop bien ficelé, ou
boycotté le scrutin en plaçant leur énergie ailleurs, ils n’auront
pas de mal à dépasser les retombées du référendum. L’énergie
est placée dans les corps de ferme, les serres, les hangars retapés,
prêts à voir pousser des saisons de légumes et des troupeaux de
mouton.
La
toponymie zadienne mêle les noms anciens des lieux-dits et des
dénominations inventées par des occupants. Bellevue, Le Liminbout,
Les Fosses-noires, Saint-Jean-du-Tertre sont sur les cartes depuis
des lustres. Cent-noms, La Wardine, la Casba, Puiplu (parce qu’en
arrivant dans la forêt, on voit la cabane dans les arbres, « puis
plus ») sont des créations du mouvement d’occupation.
Comme Le Gourbi, maison détruite à l’automne 2012 par l’opération
César, rebâtie au printemps suivant en cabane collective de
réunion, rénovée l’été 2015, et détruite par un incendie
malveillant et inexpliqué fin novembre dernier. Mais le zadiste,
têtu, ne se laisse pas abattre par quelques cendres.
Tout
ce week-end, ce lieu-dit Le Gourbi a connu l’agitation euphorique
d’un chantier collectif alliant les structures métalliques
triangulées d’un dôme à une isolation en terre-paille ocre. La
confection de ce torchis a mobilisé des dizaines de piétineurs
foulant le jus de glaise, barbouillés de barbotine. Jusqu’à un
type hilare en costume sautant à pieds joints dans le bassin de
préparation de cette soupe d’argile orangée.
L’assise est préparée depuis une semaine.
Alimentées en crêpes, dansant toute la nuit sur les rythmes du rap
et du punk de Radio Klaxon, la radio pirate de la Zad, les équipes
de fouleurs et de patouilleurs de parois se sont relayées pour
bourrer le grillage de paille trempée. Cet argile ocre, beige en
séchant sur la peau et les T-shirts, aura été la marque de
l’investissement dans l’avenir. « Tous ces gens qui
normalement refusent le travail, il a fallu les arrêter, les 3x8, ça
les grise », dit Amélie. « Le lever du jour,
c’était génial », dit Lucille, en se roulant une
cigarette tordue. Cette nuit de boue a dopé les enthousiasmes. Le
lendemain, nouvelle magie, un arc-en ciel surgit au milieu du ciel,
vers 19 h, dans une brèche des nuages bleutés. « C’est
sûrement une promo pour le centre LGBT des anges », lance
quelqu’un.
Ce
dôme géodésique servira de centre de réunion. Et risque d’en
recevoir quelques-unes, si la menace d’évacuation, ravivée par la
sanction de la vox populi de ce référendum limité à la
Loire-Atlantique remet la pression.
« Valls
et Hollande vont éviter de se pourrir la campagne présidentielle »
À Puiplu, à l’orée de la forêt de Rohanne,
c’est l’embase d’un chalet de huit mètres sur six qui
prend forme sur pilotis sur un terrain de ronces débroussaillé. Un
projet mené par les comités de soutien de Lille et de Rouen réunis.
La Zad vit de ces jumelages permanents. « En débroussaillant
les abords, on a retrouvé des buttes de permaculture laissées en
friche par nos prédécesseurs », dit Benjamin, un
décamètre à la main. Dans la forêt voisine, une équipe de
Rouennais refait le toit de cette grosse cabane coincée entre les
troncs de châtaigniers. « La loi travail nous a pas mal
mobilisés, mais on revient vivre sur la Zad. Quant à l’évacuation
annoncée pour l’automne prochain, on n’y croit pas trop. Valls
et Hollande vont plutôt éviter de se pourrir la campagne
présidentielle et refileront la responsabilité à leurs
successeurs... », dit un occupant en rameutant du monde
pour la monter, la fichue poutre, jusqu’au toit effondré par un
orage récent.
À
La Rolandière, une équipe de sept personnes a rameuté des
piqueteurs de murs et des arracheurs de clous. Les uns émiettent les
enduits pour faire respirer les murs, les autres désossent des
palettes pour garnir les murs de lambris après isolation par des
épaisseurs de paille. Dès cet été s’y s’ouvre un lieu
d’accueil des nouveaux venus souvent perdus entre les dizaines de
lieux occupés, maisons, lieux collectifs, marché hebdomadaire :
« Ce sera aussi un lieu convivial de transmission de la
lutte contre l’aéroport et d’autres luttes, on pourra boire un
thé, trouver une carte de la Zad », dit Isa. S’ouvrir
aux autres est un impératif de résistance.
Comme
au Larzac, la bergerie, symbole de résistance
Michel et ses grosses bacchantes
blanches n’iront même pas voir les résultats du vote. « Je
pars en vacances une semaine dans le Morbihan. Je regarderai même
pas la télé. Ça ne change rien. Je verrai ça à mon retour... »
La péripétie de ce vote pour un oui pour un non n’affecte pas les
militants, qui n’en attendaient rien. Avant, après, le rapport de
force demeure. Michel s’affaire au chantier d’un joli symbole, le
hangar d’un paysan, opposant historique, qui retrouve une nouvelle
vie.
C’est celui de Michel
Tarin, paysan engagé dès les années 1970 contre l’aéroport
et parallèlement contre l’extension du camp militaire du Larzac.
Il a été parmi les membres fondateurs de la Confédération
paysanne, et est décédé en août 2015. Il avait fait don de son
hangar asymétrique, démonté chez lui, remonté aux Rosiers, où il
servira de bergerie. La boucle est bouclée : comme au Larzac,
la bergerie, symbole de résistance, inscrit l’élevage et
l’agriculture dans la durée des saisons. En attendant, ça cogne,
ça scie et ça visse à qui mieux mieux. Tronçonneuse, meuleuse,
visseuses et perceuses parachèvent le montage, à un jet de motte de
terre de la maison détruite par la police en novembre 2012. En ces
contrées insoumises, reconstruire, bâtir l’avenir est un projet
incessant.
Notre-Dame-des-Landes : « Le
référendum était pipé »
Dimanche 26 juin, le projet
d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a remporté plus de 55 % d’avis favorables lors d’une consultation organisée en
Loire-Atlantique. Les opposants dénoncent un scrutin manipulé et
rappellent que les recours juridiques contre le projet ne sont pas
épuisés. Ils sont déterminés à poursuivre leur combat, malgré
la menace d’expulsion qui pèse sur la Zad.
La Vache Rit (Zad de
Notre-Dame-des-Landes), et Paris
Les résultats définitifs de la
consultation sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes,
qui s’est déroulée dimanche 26 juin en
Loire-Atlantique, sont tombés aux alentours de 23 h. 55,17 %
des votants se sont dits favorables au « projet de transfert
de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de
Notre-Dame-des-Landes ». Le taux de participation dépasse
les 50 %.
Ce résultat
cache d’importantes disparités. A Notre-Dame-des-Landes, 73,6 %
des votants ont glissé un bulletin « non » dans
l’urne. De même que dans les communes alentours, comme à
Grandchamps-des-Fontaines (66,57 %), Casson (63,53 %) ou
Vigneux-de-Bretagne (69,42 %). À Nantes, le « oui »
l’a emporté de justesse avec seulement cent voix d’avance.
A
la Vache-Rit, on dénonce une consultation « illégitime »
« Il y a tout à la Zad, même
des soirées électorales ! » Dans
le hangar de la Vache-Rit, le QG des opposants, la retransmission
d’une émission télé en direct a quelque chose d’incongru. Le
brouhaha des zadistes, paysans et opposants rameutés par l’annonce
des résultats couvre les commentaires des pro et anti-aéroport sur
le plateau d’invités de la télévision.
Les mines sont soucieuses, quand
d’autres rappellent que toute le monde a admis depuis des mois que
l’issue de ce référendum ne change rien sur le terrain. Mais
certains avaient le secret espoir que la consultation voie le Non
l’emporter et que le gouvernement abandonne ainsi le projet. « On
ne va pas faire des commentaires et des analyses sur le chiffre,
encore moins commencer à détailler commune par commune. Cette
consultation qui est plutôt un sondage grandeur nature est
illégitime, un point c’est tout, dit un paysan. On
pouvait s’y attendre. Ce n’est qu’un étape qui nous ramène à
la situation d’avant ce "sondage" ».
Autour, les conversations vont bon
train :
« Ce
qui m’impressionne c’est le taux de participation : 51 %,
j’aurais pas cru autant, dit un autre paysan.
- N’empêche
que il y a des résultats paradoxaux, les communes impactées, autour
de Notre-Dame-des-Landes et autour du site de l’actuel aéroport
n’ont pas un vote inverse mais disent plutôt non à
Notre-Dame-des-Landes, lâche un barbu hirsute.
- Oui, mais
les résultats par commune, c’est de l’anecdote, d’intérêt
purement local.
L’objectif de ce vote c’était de chercher une
légitimité. C’est bien joué. Et après on entend les
pro-aéroport demander d’être "beau joueur",
rétorque une trentenaire avec un beau coup de soleil sur le front.
-
Mais non, finalement c’est peut être une bonne nouvelle : si
le non l’avait emporté, l’abandon du projet aurait rendu très
difficile la mobilisation unanime pour défendre la Zad, on aurait
manqué de soutiens. Là c’est clair, on revient au rapport de
force tel qu’il est en place depuis des mois, tente un barbu à
lunettes rondes.
- Bonne nouvelle, bonne nouvelle, c’est vite
dit : ça n’aurait pas été mal d’arracher une victoire, un
retrait du projet, comme exemple pour d’autres luttes contre des
grands projets inutiles », insiste un paysan.
Un
mélange de déception, de détermination et de cohésion
Les visages disent un mélange de
déception pour ceux qui ont voulu croire en une issue des urnes, et
une détermination évidente, voire une nécessité de la cohésion
pour des jours de résistance. Chacun a sa théorie sur les scénarios
probables : intervention policière à l’automne ou surtout
pas en cette période de début de campagne des présidentielles. Le
bâton merdeux à refiler au prochains locataires de l’Élysée et
de Matignon.
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- Dominique
Fresneau, de l’ACIPA : « Le processus et le contenu
- de
cette consultation étaient fondamentalement biaisés »
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Une déclaration commune au mouvement
est lue à deux voix par Mathilde la zadiste et Dominique Fresneau le
président de l’Acipa : « Comme
l’avaient démontré les différentes composantes du mouvement, le
cadre, le processus et le contenu de cette consultation étaient
fondamentalement biaisés. Celle-ci était basée sur une série de
mensonges d’État et radicalement inéquitable. Il ne s’agissait
pour nous que d’une étape dans la longue lutte pour un avenir sans
aéroport à Notre Dame des Landes.
Cette lutte se poursuit dès
ce soir. Nous savons que les attaques du gouvernement et des
pro-aéroport vont se renforcer. De notre côté, nous n’allons pas
cesser pour autant d’habiter, de cultiver et de protéger ce
bocage. Il continuera à être défendu avec la plus grande énergie
parce qu’il est porteur d’espoirs aujourd’hui indéracinables
face à la destruction du vivant et à la marchandisation du monde.
Nous appelons tous les soutiens et comités partout en France et
au-delà à se mobiliser et à redoubler de vigilance dans les
semaines et mois à venir. Il n’y aura pas d’aéroport à
Notre-Dame-des-Landes ». Avant
d’appeler à converger massivement à Notre-Dame-des-Landes pour le
rassemblement estival anti-aéroport, les 9 et 10 juillet.
« L’agglomération
nantaise ne réclame pas à corps et à cris le départ de
l’aéroport de Nantes-Atlantique »
Jointe par téléphone, Françoise
Verchère, membre du Collectif d’élus doutant de la pertinence
de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Cédpa)
tire « des enseignements très
intéressants » du résultat de la
consultation : « Les communes
situées à proximité du projet d’aéroport ont voté non. Mais
dans d’autres communes, à qui on a dit qu’il n’était pas
possible de garder l’aéroport de Nantes-Atlantique, le résultat
est moins clair. Saint-Sébastien-sur-Loire a voté non et à
Bouguenais, ma commune, très impactée par le bruit des avions, le
score est serré. L’agglomération nantaise est loin de demander le
départ de l’aéroport à corps et à cris. Cette consultation ne
règle rien. »
Yves Riou, membre du collectif des
Naturalistes
en lutte, se dit « déçu mais pas
étonné » par la victoire du « oui ».
« Le référendum était pipé,
assure-t-il. Le périmètre a été défini à
partir de sondages favorables au projet. Les moyens des partisans et
des opposants n’étaient pas équivalents. Des structures comme Des
ailes pour l’Ouest avaient derrière eux une partie du patronat du
BTP. Nous, nous avons fait campagne avec l’argent des militants. »
Quant au document
officiel d’information, « il ne
reprenait pas les arguments des militants et était plus
proche des pro que des anti-aéroports »,
accuse M. Riou.
Guy Bourlès, de la Ligue de protection
des oiseaux (LPO), conteste lui aussi le bien-fondé de la
consultation : « Il y a déjà eu un débat public en
2003, puis une enquête publique en 2006. Elle a recueilli de
nombreux avis défavorables, mais on est passé outre. Et là, dix
ans après, on demande de nouveau leur avis aux habitants ? Ces
consultations n’ont pas de grand sens démocratique et ne
permettent pas un choix éclairé formé sur la base d’information
sûres. »
Des
recours juridiques toujours en suspens
Les opposants vont poursuivre leur
combat « de la même façon, avec des recours juridiques et
des mobilisations de terrain », assure M. Bourlès.
Les recours sur la loi sur l’eau et sur les espèces protégées
sont toujours à la Cour administrative d’appel, qui pourrait
trancher « en septembre ou octobre ». Une fois ces
recours nationaux épuisés, les recours au niveau européen
prendront le relais. Enfin, le projet doit faire l’objet d’une
« évaluation environnementale globale » qui doit
être validée en octobre, conformément au schéma de cohérence
territoriale (Scot) de Nantes-Saint-Nazaire. « On est au
milieu du gué », conclut l’opposant.
Pour François
de Beaulieu, des Naturalistes en lutte, le résultat de la
consultation « n’enlève rien au fait
que ce projet est un mauvais projet, et qu’il tombera pour cette
raison ». Par exemple, les mesures
compensatoires prévues sont « infaisables » :
« Pour compenser la destruction de zones
humides et d’espèces protégées, les promoteurs doivent créer
des prairies permanentes sur des terres agricoles dans le cadre de
contrats avec des agriculteurs, explique-t-il.
Ces mesures doivent être engagées avant le
début des travaux, sinon le chantier ne peut pas démarrer. Mais les
promoteurs sont incapables de trouver des paysans prêts à signer
ces contrats, soit parce qu’ils sont opposés au projet, soit parce
que ce n’est pas compatible avec l’organisation de leurs
exploitations ! »
 |
- La compensation
de la destruction de zone humide : une tâche impossible
|
Autre point
épineux du dossier, la biodiversité. Le préfet de Loire-Atlantique
a préparé un arrêté de dérogation permettant la destruction du
campagnol amphibie. Mais entre-temps, les Naturalistes en lutte ont
découvert à Notre-Dame-des-Landes d’autres espèces protégées,
comme le
triton de Blasius et la cicendie. « Le
préfet va devoir prendre des arrêtés pour ces espèces, que nous
attaquerons », prévient M. de
Beaulieu.
Pour
les partisans du projet, un « résultat incontestable »
 |
- Des
ailes pour l’ouest : « Maintenant, il faut que les
choses se fassent »
|
-
Des menaces balayées par les partisans
du projet d’aéroport. « Ce résultat est incontestable,
il n’est pas possible de continuer à s’opposer comme si la
consultation n’avait pas existé, estime Pascal Bolo, premier
adjoint à la maire de Nantes. Le territoire a gagné,
l’agglomération et le grand Ouest vont pouvoir continuer à
grandir avec une infrastructure moderne, correctement dimensionnée
et conforme aux exigences de la COP21 ».
« Je n’ai jamais entendu
parler de ces recours sur la loi sur l’eau et les espèces
protégées, ni au niveau européen, déclare André Taméza, de
l’association Des ailes pour l’Ouest. Le projet a déjà fait
l’objet de 155 ou 156 recours qui ont tous été rejetés en
appel. Il a été jugé comme conforme. Maintenant, il faut que les
choses se fassent. » Le partisan du nouvel aéroport espère
que le chantier « s’engage en novembre prochain ».
Reste la
question de l’évacuation de la Zad. « Il faut une
approche républicaine des choses. Les élus écologistes et les
députés européens qui apportent leur soutien aux zadistes doivent
appliquer la loi, juge M. Taméza. Il faut qu’ils leur
demandent de rentrer chez eux, même si ce n’est pas facile. C’est
à ceux qui ont allumé la mèche de l’éteindre. »
L’évacuation
de la Zad ? « Bon courage ! »
Pascal Bolo se montre plus prudent.
« Il n’y aura pas de début des travaux avant l’évacuation
de la Zad, et l’on sait que cette évacuation va être compliquée,
redoute-t-il. C’est pour cela que nous ne sommes pas dans une
posture où nous posons un ultimatum au gouvernement. Il serait
déraisonnable d’expulser la Zad dès la semaine prochaine. Mais
j’espère quand même que l’attente ne va pas durer trop
longtemps, parce qu’on donnerait l’impression aux gens de les
avoir fait se déplacer pour voter et qu’ensuite il ne se passe
rien. »
« On
ne chasse pas comme ça des centaines de personnes et des centaines
d’animaux domestiques soutenus par des milliers de personnes,
avertit de son côté François de Beaulieu. Nous verrons si
l’exécutif arrive à évacuer les lieux, compte tenu de la
résistance qui lui sera opposée et de l’absence de légitimité
juridique du projet, tant que tous les recours ne seront pas
épuisés. » Guy Bourlès l’affirme : « Localement,
tout le monde est prêt pour cette échéance. Il va y avoir de la
tension. Ségolène Royal l’a dit à Manuel Valls : bon
courage ! »
Mercredi
29 juin
L’aéroport
de Notre-Dame-des-Landes peut-il se faire alors que les habitants de
l’ouest sont très divisés à son propos ?
François de Rugy est
député (SER) de Loire-Atlantique.
Notre-Dame-des-Landes : un non
de gauche
Qui a voté oui, et qui a voté non à la
consultation du 26 juin sur le projet d’aéroport à
Notre-Dame-des-Landes? L’analyse de la cartographie du vote révèle
un non marqué à gauche, et un oui plutôt de droite.
Qui a voté oui, et qui a voté non à la
consultation du 26 juin sur le projet d’aéroport à
Notre-Dame-des-Landes ? L’analyse de la cartographie du vote
révèle quelques surprises : le non est marqué à gauche, le
oui est plutôt de droite et l’abstention apparaît forte en
pourcentage des électeurs inscrits.
Chercheur
spécialiste en géographie et sociologie électorales à
l'Université de Nantes, Jean Rivière a étudié la
cartographie des votes des 212 communes de Loire-Atlantique et des
200 bureaux de vote à Nantes, en les comparant avec les résultats
des élections régionales de 2015 et en les mettant en relation avec
des variables du recensement de la population de l’Insee (âge,
niveau de diplôme, catégorie socioprofessionnelle…).
-
L'universitaire a travaillé à partir des
pourcentages d’électeurs inscrits et non des voix exprimées, afin
de prendre pleinement en compte l’abstention et ses effets sur la
géographie des résultats. Il en ressort les principaux points
suivants.
- Une abstention forte, surtout dans les
quartiers populaires urbains
Si l’on regarde l’ensemble du département,
l’abstention est forte autour de la ville de Saint-Nazaire et sur
tout le littoral, où vit en partie une population de personnes âgées
et retraitées. À Nantes et comme à chaque scrutin, l’abstention
est plus élevée dans les quartiers populaires, caractérisés par
la présence de grands ensembles et d’habitat social. Moins les
habitants sont diplômés, plus ils se sont abstenus.
Même si le taux de participation, à 51,08 %,
peut sembler important compte tenu des conditions de la campagne
(dossier d’information accessible uniquement sur internet, pas de
financement public d’affichage…), au total, près de la moitié
des électeurs se sont abstenus. Cette réalité électorale
relativise l’image d’une population scindée en deux camps
nettement démarqués.
- La carte du oui correspond à l’électorat
des droites aux élections régionales
La carte du oui est plus nette que celle du non. Sur
l’ensemble du département, les zones de vote en faveur de
l’aéroport sont localisées dans les périphéries rurales, et
notamment dans toute la partie nord, autour de la ville de
Châteaubriant. Une extension du projet de tram-train entre cette
commune et le site aéroportuaire de Notre-Dame-des-Landes est à
l’étude, mais n'est pas intégrée au budget du projet. Cette
hypothèse d’aménagement a peut-être joué sur le choix des
électeurs. Le projet d’aéroport ne suscite pas d'adhésion
massive dans la plupart des communes de Nantes-Métropole. À
Bouguenais, commune de l’actuel aéroport, le oui passe ainsi de
justesse.
À Nantes, le vote oui est celui des beaux
quartiers du centre-ouest mais aussi du nord-est (notons une forte
corrélation avec le vote pour la liste du candidat des Républicains,
Bruno Retailleau, mais aussi secondairement avec le vote pour la
liste Front national aux régionales) et où se concentrent les
populations de plus de 55 ans, les cadres et les propriétaires. Pour
ces électeurs, le rejet de l’occupation de la ZAD par des
militants anti-aéroport a pu jouer dans leur choix de bulletin.
- Le non est très marqué dans les espaces
favorables à la gauche
Au niveau départemental, les zones de vote non sont
concentrées autour du site retenu pour y construire le futur
aéroport. À Nantes, le vote non provient des bureaux marqués à
gauche proches du sud et de l'île de Nantes. Il correspond presque
exactement à la carte des votes pour EELV aux dernières régionales,
mais aussi dans une moindre mesure à celle des votes pour le PS et
le PCF. Le non correspond largement à la carte du vote pour la liste
de Christophe Clergeau au second tour, le candidat socialiste défait
aux régionales. Il est plus fort dans les quartiers où se
concentrent les classes moyennes voire supérieures (professions
intermédiaires, cadres, diplômés universitaires) et des habitants
plutôt jeunes (18-24 ans et 35-49 ans).
À Rezé, au sud de Nantes
et sous le passage des avions, le non l’emporte largement dans
certains bureaux de vote, comme à Trentemoult, quartier en voie de
gentrification. Il semble ainsi que la question de l’aéroport ne
marque pas tant une rupture à l'intérieur de la gauche qu’une
scission entre les électeurs des différentes composantes de la
gauche et la position des élites du parti socialiste.
Jeudi
30 juin
►Information
concernant le procès en appel de Grégoire :
Le procès en appel prévu le 29 juin a de nouveau été reporté au
31 août. Le triste motif serait la grande braderie des magasins du
centre-ville de Rennes ce même jour. Les vacances judiciaires n’ont
pas permis de trouver une date plus tôt. Il avait fait une nouvelle
demande de mise en liberté qui sera quand même étudiée le 29
juin. Lui sera en visioconférence de la prison de Vezin. On vous
tiendra au courant des résultats
de cette demande.
►communiqué
de COPAIN suite à la consultation :
Jeudi
30 juin
Exercice
de pensée :
l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes pour les
nuls
La consultation sur le transfert de la
nuisance de l’aéroport de Nantes vers une zone rurale pose
question à l’auteur de cette tribune. Qui a voulu illustrer
« notre difficulté à penser autrement » en reformulant
les termes du vote « à la manière d’exercices d’instruction
civique de CM2 ».
On peut s’interroger sur la valeur
d’une consultation qui ne vise pas à décider d’une question de
société ou d’intérêt général (pour ou contre les OGM ?
pour ou contre le droit de mourir ?) mais du transfert d’une
nuisance depuis une agglomération qui la génère vers une zone
rurale, minoritaire et peu concernée.
Vous,
lecteurs de Reporterre, vous y voyez un aveuglement
technico-économique et la poursuite de modes de vie du passé. Pour
autant, comment tout changer quand il est si facile de continuer les
affaires comme avant plutôt que de donner raison aux critiques des
dégâts du « progrès » ?
Le
lecteur me pardonnera mes simplifications et mes raccourcis
Pour illustrer notre difficulté à
penser autrement, j’ai essayé de poser la question de la
consultation sur Notre-Dame-des-Landes à la manière d’exercices
d’instruction civique de CM2. Le lecteur me pardonnera mes
simplifications et mes raccourcis, ils visent à l’aider à
convaincre autour de lui qu’entre la défense des grenouilles et
l’absolutisme des Don Quichotte de la croissance, la modernité
n’est peut être pas là où on l’imagine. Voici donc mes petits
exercices.
1. Le fabricant de chaussettes qui
employait vos parents a délocalisé au Bangladesh. Ce n’est pas
grave, vous pouvez commander vos chaussettes via internet et les
recevoir en 24 heures. Êtes-vous d’accord pour augmenter les
capacités de l’aéroport voisin pour que vous puissiez commander
plus de chaussettes et les recevoir encore plus vite ? Qu’en
disent vos parents ?
3. On projette de construire à
côté de chez vous un grand centre commercial où vous pourrez
acheter des fruits et légumes en provenance du monde entier, toute
l’année, moins chers. Pour construire le centre commercial, il
faut raser la ferme du vieux Mathieu, où vous achetiez vos pommes
de terre, votre lait, vos œufs, vos poulets. Bien sûr, tout cela
coûte à la puissance publique, mais il est facile de s’endetter.
Vous pensez à l’avenir de vos enfants et de vos petits-enfants.
Préférez-vous qu’ils vivent à côté d’une ferme ou qu’on
remplace la ferme par un centre commercial ? Expliquez.
4. Considérez-vous comme juste
que les citadins d’une grande ville votent pour dire s’ils sont
d’accord pour déverser les boues de leurs stations d’épuration
dans les champs des paysans 30 km plus loin ? Il s’agit
d’une procédure démocratique, les paysans pourront voter.
Décharge publique et traitement des boues se feront selon des
objectifs de haute qualité environnementale. Et les grenouilles
seront transportées, euh... au Bangladesh, tiens. Pour les
riverains les plus proches, des bougies purificatrices de l’air
seront distribuées gratuitement.
5. Paul habite près d’un
aéroport. Lors de sa construction, on lui a proposé d’insonoriser
gratuitement son logement. Parfois, ça sent bien un peu le
kérosène, mais Paul est content parce que, grâce à l’aéroport,
il peut partir respirer l’air pur et écouter le vent dans les
arbres de contrées lointaines. L’année dernière, il est parti
aux Maldives. Sa femme a trouvé un emploi à l’aéroport.
Voulez-vous vous aussi un aéroport près de chez vous, pour plus de
développement, plus d’emplois et des vacances de rêve au calme
et à l’air pur ?
- Parfois,
ça sent bien un peu le kérosène, mais Paul est content :
- grâce à l’aéroport, il peut partir respirer l’air pur de
contrées lointaines.
6. Présentant mardi 28 juin la feuille de route
de la Conférence environnementale 2016, Ségolène Royal rappelait
les trois priorités de la France : « Honorer les
engagements pris par la France lors de la COP21 ; favoriser
l’engagement de tous les acteurs de la société dans la
transition écologique et plus particulièrement celui des
territoires ; préserver les milieux afin d’améliorer le
cadre de vie et la santé de tous. » Et de citer des
actions emblématiques : « Reconquérir la
biodiversité, développer les initiatives en matière d’agriculture
urbaine et périurbaine », « limiter l’exposition des
populations aux substances chimiques. » Dites si les
priorités de la France sont compatibles avec la construction de
l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
ET
AILLEURS
Infos
du 1er au 5 juin
Jeudi
2 juin
Appel
de la ZAD d’Agen
Ce
1er Juin 2016, la violence est encore du coté de l’Etat sur la ZAD
d’Agen : destructions d’habitats, arrestations et tabassages
(voir vidéo), passage en force pour les travaux (LGV, Technopole).
Demain, la
population se mobilise de nouveau contre la confiscation de nos vies.
Nous ne lacherons
rien : nous sommes résolus et armés d’arguments et de rêves
increvables, nous nous considérons en situation de "cas de
force majeure" et en état de "légitime défense" ; nous
sommes légalement et éthiquement tenuEs de mettre fin à la
destruction et l’exploitation criminelles et génocidaires des
écosystèmes.
Nous appellons
toutes les personnes concernées par la sauvegarde de notre
bien-commun, l’écosystème, à s’organiser et se mobiliser en
soutien. Sur place et partout des actions sont possibles. Nous
croyons plus en l’auto-organisation qu’aux manifestations
revendicatrices alors nous vous invitons à faire de ce 2 juin 2016
une journée mémorable et à nous rejoindre après la manif pour
ancrer la résistance sur le terrain, à faire des actions et
blocages décentraliséEs partout où c’est possible et notamment
sur les sites des Grands Projets Inutiles et Imposés, des usines
polluantes (usines et sites "seveso", nucléaire, biologie
de synthése, OGM), toutes les entreprises collaboratrices de
l’écocide et les prisons qui nous enferment.
Nous
appellons également à être présentEs vendredi 3 Juin 13h au
tribunal d’Agen soutenir Joseph contre l’expulsion qui peut-être
immédiate... Nous avons le pouvoir, nous sommes le pouvoir !
Des
occupanntEs et militantEs de la ZAD
Les entreprises
collaboratrices sont : BNP Paribas, Chambre d’industrie et de
commerce lot et garonne, CCI sud-ouest, agglo-agen, Sud management,
EDF, Conseil Superieur des experts comptables, Credit Coopératif,
Crédit Agricole, pôle emploi, IFTS, BPO ouest, cluster eau et
climat
Samedi
4
juin
Après l’évacuation de la
Zad d’Agen,
la ville veut lancer la bétonisation du site
Un projet de technopole lié à la LGV
sud-ouest veut détruire des terres agricoles près d’Agen. La
police a évacué la Zad et les travaux pourraient commencer
prochainement.
Bordeaux, correspondance
Mardi dernier 31 mai, sur ordre de
la préfète du Lot-et-Garonne, pas moins de 500 gendarmes ont
procédé à l’expulsion de la dizaine de personnes qui se
trouvaient sur la zad d’Agen. Depuis, des engins de chantier ont
commencé à raser maisons et arbres. « Ils
ont appliqué les méthodes de l’anti-terrorisme à des petits gars
qui ne sont pas là pour la castagne »
dit à Reporterre
Joseph Bonotto, l’agriculteur retraité opposé au projet (un
technopole, zone d’activité pour entreprises) et qui avait appelé
à l’occupation
de la zone fin 2014.
Depuis, les zadistes ont pu se replier
temporairement sur le « commun », une zone située
sur les terres de Joseph Bonotto, avant de se disperser
progressivement. Ce dernier, tout en saluant l’engagement de
certains occupants, reconnaît la défaite sur le terrain : « Au
fil du temps beaucoup de zadistes sont partis à gauche et à droite,
et l’ambition de départ ne s’est pas réalisée, alors que les
conditions étaient réunies », explique-t-il. « C’est
regrettable. Eux n’ont sans doute pas fait ce qu’il fallait, et
la population locale n’a pas suffisamment adhéré. »
De son côté, l’agriculteur était
convoqué vendredi 3 juin au tribunal d’instance d’Agen dans
le cadre de la procédure qui doit fixer ses indemnités
d’expropriation.
 |
- Dès
l’évacuation opérée, les maisons ont commencé à être
détruites
|
En 2014,
alors que le projet de TAG était lancé et sa DUP prise, la justice
administrative avait ordonné l’expropriation de Bonotto sur une
partie de ses terres (10 hectares). Il restait simplement à fixer le
montant de l’indemnité versée en dédommagement. Or avant que
cette seconde décision ne soit prise, la DUP du projet a été
annulée, fin décembre dernier. Une situation inédite, qui avait
amené l’avocat de M. Bonotto à déposer une demande de
question prioritaire de constitutionnalité. Refusée par la juge.
C’est une intervention du ministère du logement (responsable des
questions d’expropriation) qui semble avoir permis de temporiser la
situation. Dans un courrier envoyé aux opposants, celui-ci explique
avoir demandé au préfet du Lot-et-Garonne de ne pas procéder à
l’expropriation de Joseph Bonotto tant qu’il n’existe plus de
DUP.
Suite à
l’audience d’hier, la fixation de l’indemnité d’expropriation
a été mise en délibéré au 9 août. Ce qui laisse
éventuellement le temps de savoir si l’annulation de la DUP est
confirmée en appel, ou si l’agglomération agenaise lance une
nouvelle procédure d’enquête publique. Mais l’agglo semble bien
décidée à lancer les travaux, et ce dès la semaine prochaine.
L’absence de DUP et donc de permis de construire empêche
simplement la construction de bâti : « Tous ces
terrains lui appartiennent, elle peut commencer les travaux de
voirie. On ne retrouvera jamais les terres », regrette
M. Bonotto.
Infos
du 6 au 12 juin
Lundi
6 juin
►A
Bure, 200 000 pas contre les déchets nucléaires :
►ZAD
d'Agen :
Attaque
de la ZAD d’Agen à 100 contre 1
500 militaires (GM) ont envahis la ZAD d’Agen à
l’aube du 31 mai avec un hélico, une brigade cynophile, toute une
colonne d’engins destructeurs, d’agents complices, de pompiers
pour leurs éventuels bobos, une préfète, un colonel et une
procureure à poigne escortés de journaleux à leur solde (la
présence de journalistes sur le site est interdit par arrêté
préfectoral). 500 "gens d’armes" pour arracher quelques
pieds de cannabis, ramasser quelques boules de pétanque, un masque
et trois perceuses exhibés comme armes à leur conférence de presse
qui se voulait la grande mise en accusation des zadistes et qui se
révéla totalement pitoyable ! Ils avaient convoqué la presse
dès potron-minet pour montrer la force de l’Etat contre les
horribles zadistes mais cette bataille s’est transformée en une
gigantesque pitrerie pour l’armada bleue ! (voir la vidéo de
la conférence de presse de la procureure)
Les occupantEs et militantEs de la ZAD d’Agen ont
besoin de monde, d’eau de nourriture et de soutien pour continuer
la lutte !
Merci aussi de visionner et diffuser largement leur
vidéo :
https://youtu.be/EERwUNpFqwM
qui montre entre autre une violente arrestation, le second jour de
l’intervention sur la ZAD d’Agen.
Infos
du 13 au 19 juin
Lundi
13 juin
►Villenave
d'Ornon (33) :
Dimanche
19 juin
►Bure :
Aujourd’hui
à Bure (lieu choisi par les autorités pour construire un centre
d’enfouissement de déchets nucléaires), après un grand
pique-nique convivial, dans une ambiance joyeuse, les doubles
clôtures commençant à ceinturer le bois ont été enlevées, des
barricades ont été construites sur le chemin d’accès pour les
travaux.
Un
grand préau en bois a été érigé sur la plate-forme installée
par l’Andra, débarrassée de ses grilles. La plateforme chantier a
été détruite et celle-ci est occupé par encore 200 personnes
(20h30) qui ont monté un préau/présidio pour lancer une
occupation de la foret.
Voir le communiqué
et le flash info
Infos : vmc.camp
Infos sur le projet CIGEO : burestop.eu ; pandor.at ;
burezonelibre.noblogs.org
Les
opposants antinucléaires occupent une forêt
pour bloquer les
travaux de CIGEO
Habitants,
paysans et opposants au nucléaire ont commencé dimanche 19 juin
une occupation de la forêt de Mandres. L’Agence des déchets
radioactifs y avait commencé des travaux sans autorisation.
Bure
(Meuse), reportage
A
la lisière de la forêt de Mandres-en-Barrois, en Meuse, une
barricade a été érigée. Entre les branchages, un slogan tagué :
« On entend à nouveau le chant des oiseaux ».
Quelques personnes montent la garde et observent les gendarmes à
cinq cent mètres. Le climat est tendu mais la jubilation se lit sur
les visages.
« Nous
avons temporairement libéré le bois communal ». Un
campement a été monté avec une cabane baptisée « La
salle à Mandres » et des plateformes perchées dans les
arbres. Dimanche 19 juin, deux cent personnes, opposants au
nucléaire, habitants, associations et collectifs ont décidé de
reprendre cette forêt des mains de l’ANDRA (Agence nationale pour
la gestion des déchets radioactifs). Depuis deux semaines, elle y
avait commencé ses travaux. Arbres arrachés, ornières creusées
par les machines, barbelés en bordure de chemins : la forêt
ressemblait à un champ de bataille.
La
forêt est un commun
« Le
bruit des arbres qui craquaient sous les assauts des abbatteuses nous
était insupportables, raconte une habitante. Nous ne
pouvions imaginer que la forêt devienne, comme le souhaite l’ANDRA,
’la zone des puits’ ». Un espace qui servirait à
ventiler les galeries souterraines, où seraient stockés les déchets
radioactifs du projet CIGEO, toujours sans existence légale.
Un
lien fort unit les habitants à leur forêt, grande de 300 hectares
et vieille de plus de trois siècles. Sous la canopée des grands
chênes, « on fait nos affouages pour nous chauffer, on
flâne, on chasse, on se promène, on cueille. Elle fait partie de
notre vie », dit Anthony. « Le bois appartient à
toutes et à toutes », ajoute sa compagne, Fanny. Entre
souvenirs et usages collectifs, la forêt reste un commun. A
préserver.
Mais
à plusieurs reprises, l’ANDRA a menacé cette parcelle. En 2013,
elle a agité ses millions et ses promesses d’emploi. « L’ANDRA
nous disait qu’elle allait donner du travail aux cinq prochaines
générations », témoigne un ancien élu. Lors d’une
consultation, la majorité des habitants de Mandres a quand même
voté non. Eté 2015, l’agence est revenue à la charge. « A
six heures du matin, le nouveau conseil municipal a adopté l’échange
du bois à 7 voix contre 4 ». Aux alentours, l’ANDRA
s’est constituée un empire foncier – près de 2.000 hectares de
forêts- pratique pour favoriser les échanges amiables.
Des
associations et des collectifs se sont mobilisés pour dénoncer
cette discrète sratégie. Des réunions publiques ont été tenues
et un recours administratif déposé pour faire annuler la
délibération. Mais le recours n’est pas suspensif et n’empêche
pas le début des travaux. Chez les opposants, « on
n’est pas dupe. Ce n’est pas uniquement devant les tribunaux
qu’on enterrera un projet aussi vital et stratégique pour l’Etat
et sa filière nucléaire ».
L’occupation et le blocage physique semblaient également
nécessaires.
« Un
acte de sabotage collectif et joyeux »
Depuis
dimanche après-midi, une troupe hétéroclite a pris possession de
la forêt. On retrouve des jeunes et des moins jeunes, la
Confédération paysanne, l’association Bure stop, « Des
habitants d’ici et d’ailleurs ». L’ambiance de la
journée était chaleureuse mais déterminée.
Au
cours de la manifestation, on improvise des chansons entonnées à
multiples voix :
« Promenons
nous dans les bois
tandis que l’Andra n’y est pas »
En
même temps que l’on distribue des outils : scies, pinces,
tenailles, perceuses... Certains se camouflent avec des masques
d’animaux, faits maison, d’autres restent à visage découvert.
« Les
petits renards, les hiboux, les coucous
Aujourd’hui, on occupe
tout »
Arrivés
dans la forêt, les opposants démontent les grilles et enlèvent les
barbelés. Les vigiles fuient. Un gendarme débarque : « Tant
que vous ne vous attaquez pas aux personnes on ne chargera pas ».
Les opposants le prennent au mot et s’intéressent aux matériels.
S’en suit « un acte de sabotage collectif, assumé et
joyeux » selon les dires d’un opposant. Chacun voit dans
ce geste « une portée politique » légitime face
« à l’arrogance de l’Andra et au vol du territoire ».
D’après une autre manifestante, « en occupant
concrètement la forêt, on reprend la main sur un projet refusé
depuis plus de 20 ans. On tente d’avoir une prise sur un ennemi
qui, partout ailleurs, s’est rendu insaisissable ».
« Pour
un été d’urgence »
Pour
passer la nuit, des agriculteurs bloquent l’accès avec leurs
tracteurs. Des tentes sont installées pour la cinquantaine de
personnes restant dormir. Une cantine nourrit la troupe. « Le
pique-nique se veut interminable », affirme un opposant,
« au-delà d’une action ponctuelle, notre occupation est
un appel à converger largement vers Bure dès maintenant. Elle
marque le prélude d’un été mouvementé ».
Le
lieu ne revendique pas une nouvelle Zad (zone à défendre). Le mot
ne parle pas ici. Les occupants s’inscrivent dans l’histoire de
la lutte locale, en lien avec le combat des habitants. L’occupation
en est d’ailleurs le prolongement : « Sous les
piliers de la cabane que nous venons de construire, il y a,
sédimentée, l’épaisseur de 30 ans de lutte contre la
colonisation du territoire par l’Andra », déclare un
opposant. Pour l’instant l’occupation reste précaire,
l’expulsion possible à tout moment, mais les opposants gardent
espoir : « Plus qu’un coup d’éclat, on espère
relancer la mobilisation contre le projet de poubelle nucléaire.
Pour que la résistance sorte du bois !".
Infos
du 20 au 26 juin
Jeudi
23 juin
Dimanche
26 juin
Contre
Cigéo, fête de la libération du bois de Mandres-en-Barrois (Meuse)
Depuis le dimanche 19 juin, le bois
communal de Mandres-en-barrois a été libéré de l’emprise de
l’Andra. Les barbelés sont tombés, les vigiles ont déguerpi. La
forêt est de nouveau ouverte et accueillante. Alors que l’Andra
souhaitait privatiser ce lieu et transformer les futaies d’hêtres
en « zone des puits » pour la poubelle nucléaire CIGEO,
la forêt a retrouvé son usage collectif. Elle appartient à tous et
à toutes.
Sur l’ancienne plateforme de stockage
des engins de déforestation, un grand préau a été construit en
bois massif qui se veut lieu de rencontre et de passage. Comme une
invitation à se réapproprier un territoire, autour d’une ballade
ou d’un café partagé au milieu des grands charmes.
« Promenons nous dans le
bois Lejuc
Pendant que l’Andra n’y est plus »
Venez profiter de ces lieux, promenades,
cueillettes, affouages, mais aussi constater l’ampleur des travaux
débutés par l’Andra dans l’illégalité. Des hectares ravagés,
des ornières béantes, des arbres arrachés.
Et Dimanche
26 juin, à partir de 13 heure,
grand pique nique pour fêter la libération du bois et la première
semaine d’occupation ! Un programme plus complet est à
venir ! Venez nombreux-euses !
Infos :
vmc.camp / Téléphone :
07 58 65 48 89
Plus d’infos sur le projet
CIGEO : burestop.eu/pandor.at/burezonelibre.noblogs.org
Infos
du 27 au 30 juin
Mardi
28 juin
►URGENT :
La situation commence à être tendue à Bure,
des keufs et l’huissier sont venu nous notifier notre expulsabilité
ce matin 28 juin
à 9h30, on se prépare à une évacuation peut-être demain matin 29
juin. On va balancer dans la journée des appels à réoccupation et
à harcèlement du chantier en cas d’expulsion qui seront visibles à
partir de cet article :
http://vmc.camp/2016/06/28/menaces-dexpulsion-sur-la-zone-appel-a-soutien-immediat/
et l’article en question à publier qui fait le point sur
la première semaine :
http://vmc.camp/2016/06/27/bure-premiere-semaine-doccupation/
Mercredi
29 juin
Près
de Bure, les opposants au nucléaire occupent la forêt
que veut
détruire l’Andra
Après une première semaine
d’occupation, les opposants anti-nucléaires au projet Cigeo de
l’Andra défendent la forêt de Mandres-en-Barrois. Ils habitent
des cabanes, construisent des barricades et font pousser des potagers
malgré la menace d’une expulsion imminente. Le lieu se veut un
point de ralliement du mouvement contre la poubelle nucléaire.
Mandres-en-Barrois (Meuse),
reportage
Mardi 28 juin, huitième jour
d’occupation, il est 9 heures. La brume matinale se lève entre les
champs de céréales. Une fourgonnette de gendarmerie s’approche de
la lisière du bois Lejuc, à Mandres-en-Barrois. Un huissier descend
de la voiture un document à la main pour apporter « l’ordonnance
d’expulsion immédiate ». Puis repart.
Dans la forêt, la quarantaine
d’occupants s’organise et relance les réseaux. « S’ils
nous expulsent, on reviendra encore plus déterminé ! »
disent-ils. Un tract est rédigé pour appeler au blocage des
chantiers dès le lendemain de l’expulsion et à une manifestation
de réoccupation samedi
2 juillet. « Ils nous
trouveront toujours face à eux sur le terrain ».

Deux jours auparavant, l’atmosphère
était différente. Les opposants au projet de poubelle nucléaire
CIGEO venaient de fêter la première semaine d’occupation du bois
Lejuc avec un pique-nique convivial, un concert, une ballade et de
multiples chantiers. Rassemblant près de cent cinquante personnes,
associations, habitants, collectifs, la journée avait donné des
ailes. Des cuistots préparaient des frites-maisons tandis qu’un
maraîcher du coin apportait de nombreux plants de potimarrons, de
choux, et de tomates. La terre forestière retournée faisait un
excellent terreau pour le tout nouveau potager. Certains voulaient
aussi construire une éolienne, d’autres commençaient des cabanes
dans les arbres. La vie collective s’organisait peu à peu, son
autonomie aussi.
« Quelque
chose d’inédit dans la lutte contre la poubelle nucléaire »
Mais l’ordre d’expulsion, mardi
matin, est venu rappeler la précarité de la situation. Les
occupants s’attellent désormais à renforcer les barricades,
faites des barbelés que l’Andra (Agence nationale pour la gestion
des déchets radioactifs) avait érigé le long de la forêt. Les
occupants sont décidés à résister aux assauts des forces de
l’ordre même s’ils ressentent une certaine vulnérabilité.
« Toute la semaine, on a alterné entre un sentiment
d’extrême fragilité – à cause de la pluie, des flics - et un
sentiment de puissance. Enfin on bloquait les travaux, nous habitons
en lieu et place du projet CIGEO » dit une occupante.
Un militant historique, Claude Kaiser,
témoigne : « Avec cette occupation, il y a quelque
chose d’inédit dans la lutte contre la poubelle nucléaire. Voir
l’énergie qui se dégage de cette mobilisation, ça nous donne du
baume au cœur ! En même temps, il y a urgence. »
Depuis un mois, l’Andra avance à grand pas, dans l’irrégularité
et le conflit d’intérêt.
La loi visant à donner une existence
légale à Cigeo (Centre industriel de gestion des déchets
radioactifs) va être examinée à l’Assemblée Nationale le
11 juillet. L’Andra n’a même pas attendu le vote de la loi
pour commencer ses travaux préparatoires au projet d’enfouissement
de déchets nucléaires.

Lorsque les occupants ont libéré le
bois de Mandres-en-Barrois, ils ont découvert, avec stupéfaction,
l’étendue de la déforestation et ont décidé de
porter plainte. Selon leur avocat, Maitre Etienne Ambroselli,
« les travaux ont débuté sans aucune
autorisation préalable de la Préfecture ».
La double clôture, la vaste plate-forme grillagée ainsi que le
stockage de matériaux de forage ne sont pas des équipement liés à
la gestion de la forêt : « Ces
travaux sont en violation du plan de gestion du bois Leduc établi
par l’Office national des forêts jusqu’en 2018 et des
engagements pris jusqu’au 31 décembre 2019 en raison des
subventions obtenues pour la reconstitution des parcelles du bois
sinistrées par la tempête de 1999 »,
affirme-t-il.
« Le lobby nucléaire, mis en
difficulté sur d’autres projets comme l’EPR, a besoin d’aller
vite sur ce dossier pour rassurer ses actionnaires »
analyse un militant. Quitte à s’asseoir sur des règles juridiques
élémentaires. Mais sur place, habitants et occupants refusent la
résignation et ne veulent « rien lâcher ». Ils
ont vécu disent-ils, « une semaine exaltante ».
Des habitants de Mandres-en-Barrois ont dormi sur les barricades en
prenant leur tour de garde. Ceux qui restaient chez eux faisaient la
vigie en cas d’arrivée des camions de CRS. Des paysans de la
Confédération paysanne ont fourni matériel de construction et
nourriture tandis qu’un agriculteur du coin bloque l’accès avec
ses tracteurs. Claudine, 75 ans, habitante de Mandres-en-Barrois a
défié le barrage de police, qui contrôle chaque jour les identités
et note les plaques d’immatriculation, pour venir déjeuner avec
« les squatteurs ». Autour d’un grand repas
collectif, elle a partagé ses meilleurs coins à champignons. « Les
avriots poussent entre les taillis d’hêtres et de charmes, mais
pour les trompettes il faudra attendre septembre »,
dit-elle.
Selon les opposants à Cigeo, la forêt
est plus libérée qu’occupée. Dans un tract, ils écrivent
qu’elle « a retrouvé son usage collectif ».
Elle appartient à tous et à toutes. Cette semaine, les affouagistes
sont venus récupérer leurs bois. Ludovic et Amélie étaient
d’abord méfiants : « Les occupants masqués, cela
fait peur ». Une fois dans les bois, les foulards tombent
et des militants viennent les aider.
Sur l’ancienne plate-forme de
stockage des engins de déforestation, un grand préau a été
construit en bois massif « qui se veut lieu de rencontre et
de passage ».
Pour Régine, militante historique,
membre de l’association Mirabel, « au milieu des bois,
nous avons recréé un ’couarail’. Ce mot désigne, dans le
patois lorrain, le lien social. Les habitants s’y retrouvaient à
la veillée pour bavarder à bâtons rompus, tout en cassant les
noix, en travaillant la laine ou le cuir » .
Un équilibre doit être trouvé entre
l’ouverture de la forêt aux habitants, aux promeneurs et sa
fermeture aux « chiens de garde de l’Andra »,
vigiles, huissiers, ou police. « Pour éviter les craintes
ou les préjugés, nous cherchons à améliorer l’esthétique du
lieu », assure Michelle. Des arbres ont été plantés, des
tables de banquet construites. A l’entrée de la zone, un grand
panneau de « Bienvenue » a été affiché avec une
citation d’Henri David Thoreau, « Je rêve d’un peuple
qui commencerait par brûler les clôtures et laisserait croître les
forêts ».
Pour Michel, un occupant de la forêt,
« se relier avec l’extérieur est essentiel. Nous ne
sommes pas une bande isolée comme cherche à le caricaturer l’Andra.
Notre action est le prolongement d’années de lutte sur le
terrain ».
Les associations historiques, Bure
Stop, Mirabel, Sortir du nucléaire, ont d’ailleurs lu dimanche
26 juin au cours de la fête une
lettre de soutien où ils actent la complémentarité des moyens
d’actions et leur pleine et entière solidarité. « Il
n’y a pas d’un côté le manifestant masqué sur la barricade et
de l’autre côté le citoyen pétitionnaire devant son écran, mais
la construction d’un mouvement ouvert à tous ceux qui refusent la
résignation devant un projet imposé d’en haut et la perte de ce
qui fait la vie des populations au quotidien ».
Pour
l’instant, le mouvement est encore en gestation. Mais nul doute que
l’occupation du bois Lejuc sert de catalyseur. Cette forêt libérée
pourrait devenir le point de ralliement pour tous celles et ceux qui
sont opposés à « la poubelle nucléaire CIGEO et à son
monde ».
Jeudi
30 juin
A la sauvette,
les députés nous
engagent pour plusieurs millénaires