Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan. Mais pas que. Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
Le regard doux, il explique patiemment à la caméra le sens de son
projet d’agroforesterie sur l’île des Pins, dans la province Sud de la
Nouvelle-Calédonie. Il s’agit d’une technique qui permet d’utiliser le
pouvoir régénérant de l’arbre pour développer des cultures sur des sols
peu productifs, détaille-t-il dans un reportage que lui consacrait la
chaîne Nouvelle-Calédonie La 1ère, il y a un an.
Christian
Vama est connu sur le « Caillou » pour promouvoir l’agroforesterie, une
manière de cultiver particulièrement développée au Brésil et qui permet
de retrouver, avec une haute qualité écologique, les voies d’une
autosuffisance alimentaire pour les Calédonien·nes. Un projet éminemment
politique dans un territoire désormais extrêmement dépendant de
l’importation pour son alimentation. Passionné par les différents
types d’agriculture, il fait partie de cette jeunesse kanak, attachée à
son identité, qui s’est formée à l’étranger avant de revenir au pays
pour le faire bénéficier de son savoir.
C’est par un voyage en Hongrie, grâce au service volontaire à
l’étranger, qu’il découvre la face cachée de l’agro-industrie dans des
énormes fermes-usines. « Les vaches ressemblaient à des zombies, tout était géré par ordinateur, la terre n'avait plus la couleur de la terre »,
rapportera-t-il. Il se convainc qu’il faudra faire dans son pays
exactement le contraire. Il s’initie donc parallèlement à la
permaculture et entreprend des formations en Nouvelle-Calédonie.
Alors que le gouvernement français veut imposer au forceps le dégel du
corps électoral, qui signifie la mise en minorité des Kanak sur leur
terre, Christian Vama s’engage dans la CCAT (Cellule de coordination des
actions de terrain), organisation indépendantiste en pointe dans la
mobilisation contre cette réforme. Accusé comme onze autres
leaders kanak d’avoir fomenté les émeutes de mai dernier sur l’archipel,
il est envoyé en métropole, à Bourges (Cher), en détention préventive à
17 000 kilomètres de chez lui. La France a choisi de faire de celui qui
avait entrepris, avec détermination, de réparer les ravages de la
colonisation sur l’écosystème calédonien, un prisonnier politique. Alors que l’ONU vient de nous rappeler que son obstination à vouloir dégeler le corps électoral « porte gravement atteinte à leurs droits humains et à l'intégrité du processus global de décolonisation », nous ne l’oublions pas.
Face aux sécheresses récurrentes, l’Occitanie
détourne une partie de l’eau du Rhône pour arroser ses terres et
abreuver ses habitants. Cette solution, promue comme «sécurisée» et «durable», n’est pas la panacée.
Dans le Languedoc, les pluies printanières n’ont pas permis
d’inverser la tendance : la région s’assèche. Il manque déjà en
Occitanie, selon l’Agence de l’eau, 81 millions de m3 d’eau — soit cinq fois la consommation annuelle de la ville de Montpellier — «pour satisfaire les usages et préserver la vie biologique». Pourtant, le territoire poursuit son développement : l’urbanisation s’étend; les parcs à thème et autres infrastructures de loisirs sortent de terres; l’irrigation des vignes, interdite sous conditions depuis 2006, se déploie. Comme si de rien n’était.
Comment expliquer cette contradiction? Une
partie de la réponse s’écoule à la frontière orientale de la région :
le Rhône, détourné depuis plus de cinquante ans pour arroser les
départements languedociens. Aujourd’hui, les trois quarts de l’eau des
différents usages en Occitanie proviennent du grand fleuve voisin. Une
ressource vantée comme «sécurisée», «renouvelable» et «durable»par les pouvoirs publics.
Baptisée sur son tronçon le plus récent «Aqua Domitia», cette «autoroute de l’eau»,
qui achemine sur plusieurs centaines de kilomètres de tuyaux la
précieuse ressource rhodanienne, est ainsi brandie telle une panacée à
nos maux climatiques. Les vignes crèvent de la sécheresse? Aqua Domitia. Les touristes pourraient manquer d’eau dans leur camping? Aqua Domitia. Les Pyrénées-Orientales n’ont plus une goutte dans leurs rivières?
Aqua Domitia. Au risque d’aggraver le syndrome de l’autruche des
habitants et des autorités. Et d’engager l’ensemble du territoire dans
une impasse.
Circulez, il n’y a rien à voir! Pour la société BRL, concessionnaire du réseau hydraulique régional, la disponibilité de l’eau n’est pas un problème. «54 milliards de m³ d’eau sont rejetés chaque année à la mer. Et BRL ne prélève que 0,25% du débit du Rhône»,
assure Jean-François Blanchet, directeur général du groupe qui gère
notamment l’achat d’eau du Rhône et son acheminement. Mais la question
est moins le prélèvement annuel moyen que les pompages effectués l’été.
Changement climatique oblige, le débit estival du Rhône pourrait en effet baisser de 20% d’ici à 2055, selon une étude de 2023 commandée par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et réalisée par BRL
Ingénierie, une filiale du groupe. Certaines années, les prélèvements
globaux sur le Rhône entre les différents territoires pourraient ainsi
représenter jusqu’à 30% du débit. Toujours pas de quoi inquiéter Jean-Michel Blanchet : «Le Rhône reste une ressource sûre puisqu’en 2055, le prélèvement de BRL n’atteindra pas les 5% du débit estival au niveau de la prise d’eau en aval du fleuve», pointe-t-il, actant au passage (entre 0,25 et 5%) une pression vingt fois supérieure sur la ressource.
Les effets seront «gigantesques»
Plus préoccupant encore, les conclusions de l’étude de BRL Ingénierie sont jugées «optimistes» par le conseil scientifique de l’Agence de l’eau, dans un avis rendu en avril dernier, en particulier sur la capacité du Rhône à satisfaire les demandes croissantes. «Quand l’État [a confié] à BRL
la concession de prendre de l’eau dans le Rhône pour l’amener dans le
Languedoc, il [profitait] d’un fleuve avec un fort débit estival grâce
au relargage des glaciers alpins. Aujourd’hui, la situation s’inverse,
avec un déficit d’eau en été»,
pointe Marielle Montginoul, chercheuse à l’Inrae (Institut national de
recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) au sein
de l’unité G-Eau.
Outre la quantité d’eau, l’avis du conseil scientifique pointe aussi
les effets écologiques d’une baisse d’eau du Rhône. Parmi les risques,
la salinisation du delta de Camargue. Si le Rhône n’apporte plus d’eau
douce à la Méditerranée, elle se salinise en effet progressivement. Pour
Simon Popy, président de France Nature Environnement dans le
Languedoc-Roussillon, les effets d’une baisse conséquente du débit
rhodanien seront «gigantesques» : «La
baisse des alluvions amenés par le Rhône est responsable de la
disparition des plages du Languedoc. Et les fleuves comptent pour un
tiers de l’apport d’eau douce de la Méditerranée qui, si elle se
salinise, verrait son écosystème entièrement transformé.»
Pas de l’eau pour tous
Un Rhône pas si abondant que ça… et une demande exponentielle. Après des décennies de sous-utilisation, l’eau de BRL connaît aujourd’hui un engouement considérable. D’après un rapport
de la Cour régionale des comptes, elle permet d’alimenter 66 000
hectares de terres agricoles — des vignes et des arbres fruitiers
principalement —, et près de 500 000 personnes en été. Et la demande ne
tarit pas. Il est «indispensable que l’accès à l’eau soit possible pour un plus grand nombre d’exploitations agricoles», affirmait fin 2023 Denis Carretier, président de la chambre régionale d’agriculture Occitanie.
Et rien ne semble pouvoir étancher la soif des départements
méditerranéens. La Région Occitanie a mis à l’étude un nouveau tronçon
d’Aqua Domitia, pour alimenter les Pyrénées-Orientales. «Déjà, sur le futur tracé, des collectivités affichent leur appétit, comme la commune d’Agde pour des projets touristiques», note Simon Popy.
Seulement voilà : il n’y aura pas d’eau pour tout le monde. «Ce n’est pas un problème de ressource, croit Jean-François Blanchet. Par contre, il y a un problème de saturation de la desserte dans certains territoires.»
En clair, il n’y a pas assez de tuyaux, et ceux-ci ne sont souvent pas
assez gros. Or construire de nouvelles infrastructures coûte cher et
prend du temps : il a fallu 220 millions d’euros et dix années pour
créer les 140 km de tuyaux reliant Montpellier au Minervois audois; soit plus de 1,5 million d’euros par kilomètre.
Résultat, dans certaines zones, les nouvelles demandes sont gelées, et BRL commence à appliquer des critères de sélection : «On classe prioritairement les projets avec un potentiel de production alimentaire»,
indique Jean-François Blanchet. De son côté, le département de
l’Hérault mise sur des bassines pour récupérer l’eau du Rhône l’hiver et
la redistribuer l’été aux zones plus reculées. Un projet pointé par
Thierry Uso, d’Eau Secours 34, comme «inadapté» — avec l’évaporation, les retenues perdent énormément d’eau. «Il y a 200 000 hectares de vignes dans le Languedoc-Roussillon, on ne pourra pas tout irriguer», clarifie Jean-François Blanchet. Aujourd’hui, 30 000 hectares de vignes sont irrigués.
Aussi, «Aqua Domitia génère des iniquités»,
selon Véronique Dubois, présidente du syndicat de la nappe astienne à
Béziers. Entre ceux déjà raccordés et les autres, en particulier ceux
qui sont trop loin des réseaux pour pouvoir se brancher. «Il n’y a pas encore de conflit, mais ça demande beaucoup de pédagogie pour expliquer la situation, dit Laurie Schneider, chargée du dossier à la chambre d’agriculture de l’Aude. Pour certains agriculteurs, c’est la survie de leur exploitation et des troupeaux qui est en jeu; donc oui, on a des situations compliquées.»
Celles-ci risquent même de devenir de plus en plus inégalitaires, prédisait le chercheur Thierry Ruf dans un article paru en 2015 : «On se dirige vers un service limité à quelques milliers d’hectares, écrivait-il, un nombre mineur de viticulteurs bénéficiant d’une subvention majeure prélevée sur les ressources fiscales générales.» Les infrastructures de BRL tout comme la mise en place de systèmes d’irrigation sont en effet soutenues par des fonds publics.
Des ressources locales toujours mal en point
Pourtant, rien à faire : pour nombre d’acteurs, le Rhône, c’est la
(sur)vie. L’eau a permis de sauver des exploitations de la déroute, et
de soulager certaines nappes et rivières, trop pompées. Grâce à Aqua
Domitia, les prélèvements dans les ressources locales ont ainsi été
réduits de 8 millions m³ en 2023. Un sauvetage in extremis pour la nappe astienne si on en croit Véronique Dubois : «Aqua Domitia nous a permis de substituer les prélèvements agricoles dans la nappe de 100 000 m³ en 2023!»
Objectif écologique rempli? Pas si simple. Simon Popy rappelle ainsi que certains cours d’eau sont toujours trop bas en été : «Le
fleuve Hérault à Agde a un débit d’étiage deux fois inférieur au débit
minimal. L’arrivée d’Aqua Domitia est allée à de nouveaux usages, en
particulier agricoles, avant de restaurer les débits de tous les cours
d’eau.» Pour Thierry Uso, l’autoroute de l’eau relève donc d’une «mal-adaptation» : «Une fuite en avant de l’agriculture qui veut toujours plus d’eau.»
Quid de la sobriété?
Ainsi, l’accès au Rhône pourrait empêcher la nécessaire mutation
écologique des économies locales. Comme les mégabassines dans d’autres
régions, il permettrait d’éluder la question de la sobriété hydrique. «Le
problème n’est pas seulement de satisfaire, mais aussi de maîtriser la
demande en eau, en limitant les pertes, les usages superflus et le
gaspillage, précise le sociologue Jean-Louis Couture. Or Aqua Domitia, c’est avant tout une politique de l’offre.»
Une idée démentie par Jean-François Blanchet : «La mère des batailles, ce sont les économies d’eau, insiste-t-il. Car non, on ne fera pas indéfiniment des tuyaux et des ouvrages plus grands. L’adaptation au changement climatique ne se fera pas seulement par l’extension du réseau hydrique.» Et le directeur général de préciser que BRL refuse parfois d’arroser des projets trop gourmands en eau ou «pas indispensables», comme récemment un projet de golf dans l’Hérault.
Pour Simon Popy, «certains élus ou représentants agricoles nient encore la gravité des sécheresses à venir». Autrement dit, «ils ne considèrent toujours pas l’eau comme une ressource finie». À l’instar de Gérard Bertrand, PDG du groupe viticole éponyme, qui insistait dans un livre blanc dédié au sujet : «Notre région a beaucoup d’atouts, il ne faudrait pas que l’eau soit un facteur limitant.»
«Une fuite en avant de l’agriculture, qui veut toujours plus d’eau»
Un aveuglement encouragé — malgré lui — par BRL? Le raccordement à l’autoroute de l’eau serait en tout cas une solution de facilité, une «paresse intellectuelle», selon Thierry Ruf. D’autant que les tarifs appliqués par BRL«ne sont pas incitatifs pour maîtriser les consommations d’eau», note la Cour régionale des comptes. En effet, «le prix du m3 est plus élevé pour de faibles consommations que pour des consommations plus importantes».
Pour l’économiste Marielle Montginoul, «on assiste à une sécurisation de l’accès à la ressource plus qu’à une réflexion sur un nouveau modèle plus économe en eau». Une «course en avant, sans se poser les bonnes questions, comme le choix du type de cultures qu’on irrigue.» On se retrouve ainsi à arroser des vignes, en pleine crise de surproduction du vin — l’an dernier, près de 3 millions d’hectolitres sont partis à la distillation.
L’impasse qui se profile n’a rien de surprenant, selon l’hydrologue Thierry Ruf : «De nombreuses régions ont expérimenté les transferts interbassins, comme celui organisé dans les années 1970-1980 dans la région de Marrakech [Maroc], écrivait-il en 2015. Tous
ces transferts ont été justifiés par les mêmes arguments : la
sécurisation et l’anticipation des demandes. Tous ont atteint le
contraire trente ans après.»
Pour le chercheur, d’autres solutions — moins coûteuses, plus
écologiques — ont été laissées de côté, notamment la récupération des
eaux de pluie et l’infiltration.
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Nous avons eu tort.
Quand nous avons créé Reporterre en 2013, nous pensions que la question écologique manquait de couverture médiatique.
Nous nous disions qu’il suffirait que la population et les décideurs
politiques soient informés, que les journaux et télévisions s’emparent
du sujet, pour que les choses bougent.
Nous savons aujourd’hui que nous avions tort.
En France et dans le monde, l’écrasante majorité des médias est désormais aux mains des ultra-riches.
Les rapports du GIEC sont commentés entre deux publicités pour des SUV.
Des climatosceptiques sont au pouvoir dans de nombreuses démocraties.
Nous savons aujourd’hui que l’urgence écologique n’a pas besoin de presse : elle a besoin d’une presse indépendante de toute pression économique.
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Les
macronistes sont des forcenés : récapitulatif des attaques prises
durant l’été, par un gouvernement qui n’est plus censé gouverner
« Quand l’extrême droite prend le pouvoir, elle ne le rend pas ». Cette
expression, nous l’avons souvent entendue à propos d’une possible
victoire de Marine Le Pen. Sauf qu’actuellement, c’est bien Macron, le
« centriste », le « modéré », le « barrage aux extrêmes », qui fait comme si
les élections, qu’il a perdu après les avoir lui-même convoquées,
n’avaient jamais eu lieu.
Le 8 juillet, après la défaite majeure de son camp aux législatives,
le Premier Ministre Gabriel Attal présentait sa démission. Macron la
refuse et maintient le gouvernement tel quel depuis 6 semaines, en
totale violation des règles de la République. Comme s’il n’y avait
jamais eu d’élections. Pire, alors que l’immense majorité de la
population a montré, à plusieurs reprises, dans les urnes et dans la
rue, son rejet clair des politiques néolibérales, Macron règne comme s’il avait remporté le scrutin.
Il continue son travail de destruction à marche forcée depuis le début de l’été. Récapitulons :
Le 11 juillet, trois jours après la démission théorique du
gouvernement, le Ministre de l’Économie Bruno Le Maire propose de
supprimer 5 milliards d’euros supplémentaires dans les dépenses
publiques. «Ma responsabilité est d’éviter que les dépenses ne dérivent
en 2024», expliquait celui qui, en principe, ne devrait même plus être
ministre et qui a contribué à creuser la dette massivement en faisant des cadeaux aux patronat. Cette annonce d’un nouveau plan d’austérité fait suite aux 10 milliards d’euros « d’économies »
qu’il avait déjà réalisées au début de l’année, en ponctionnant le
budget de l’enseignement, la recherche, l’écologie et la santé.
Le 16 juillet, Gérald Darmanin continue de piétiner les
« institutions républicaines » qu’il prétend défendre, en signant
discrètement, malgré la défaite électorale de son camp, plusieurs décrets d’application de l’infâme loi immigration. Des mesures racistes inspirées du programme du Front National.
Le 25 juillet, Macron invite à l’Élysée des grands patrons
internationaux venus pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques,
notamment Elon Musk et Bernard Arnault. « Selon une conseillère
élyséenne, Emmanuel Macron a voulu “rassurer” les patrons inquiets après
des élections législatives désastreuses, en se portant garant que ses
réformes structurelles (baisse de la fiscalité sur le capital et les
plus riches, flexibilisation du marché du travail, chômage, retraites…)
ne seraient pas remises en cause » explique Mediapart. Le président
français affirme donc clairement aux patrons du monde qu’il n’a aucune
intention de respecter son propre peuple et qu’il sert avant tout leurs
intérêt.
Le 9 juillet, la ministre de l’Éducation assure sur France Info que
les « groupes de besoins » seront appliqués dans les collèges dès la
rentrée, quelle que soit la composition du futur gouvernement.
Concrètement, il s’agit de séparer les élèves en fonction de leurs
notes, empêchant toute mixité dans les classes. Une mesure vivement critiquée
par les syndicats enseignants, les partis de gauche et des chercheurs
qui expliquent qu’une telle organisation sera stigmatisante pour les
élèves de classes populaires.
Le 31 juillet, au cœur de l’été et alors que tous les regards sont rivés vers les épreuves sportives, le gouvernement décide de licencier d’un seul coup 500 professionnels de la Protection Judiciaire de la Jeunesse,
pour réaliser entre «1,6 et 1,8 million d’euros d’économie », autant
dire rien à l’échelle du budget de l’État. Lina, éducatrice spécialisée,
dit dans Libération : « Je suis partie en congé et à mon retour, la
semaine dernière, j’ai appris qu’il me restait vingt jours pour dire au
revoir aux gamins que j’accompagne depuis des mois ».
Le 5 août : Macron prépare un budget 2025 avec « 2 milliards d’euros
en moins pour les hôpitaux », explique Marine Tondelier. La responsable
des Écologistes révèle que le gouvernement démissionnaire prépare « en
catimini » un budget 2025 avec de nombreuses économies, « les remontées
que l’on a des fonctionnaires participant à certaines des réunions […]
on nous parle de 2 milliards d’euros en moins pour les hôpitaux en
2025 ». Les hôpitaux sont pourtant déjà au bord de la rupture, et certains services ont déjà basculé dans la maltraitance, augmentant les mauvaises prises en charge et la mortalité.
Le 16 août : la presse révèle que il y aura, à la rentrée prochaine,
1.510 postes d’internes en moins dans les hôpitaux. Il n’y aura que
7.974 postes pour les nouveaux internes en septembre, contre 9.484 en
2023. La médecine générale perd 18% de ses postes. À la rentrée, la
totalité des CHU vont perdre des internes. Le gouvernement répond qu’en
cas de sous-effectif, des médecins venus de l’étranger, moins coûteux et
parfois moins bien formés, seront embauchés.
Macron s’est imposé par le chantage électoral en 2017, il s’est
maintenu à coup d’état d’urgence, de 49.3 et de répression sanguinaire, y
compris lorsqu’il était minoritaire à l’Assemblée. Il règne désormais
sans même faire semblant de prendre en compte les résultat d’un vote.
C’est un phénomène inédit depuis la seconde guerre mondiale.
Ce président est un forcené. Et un forcené, ça se déloge.
L’EPR de Flamanville (Manche) va-t-il enfin entrer en service? Début juillet, le patron d’EDF annonçait un lancement «imminent». Voici les étapes restantes nécessaires au démarrage du réacteur le plus attendu de France.
L’EPR n’en finit plus de démarrer. Le
6 juillet, on a cru que l’épopée allait enfin prendre fin. Ce jour-là,
lors des 24ᵉ Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, Luc Rémont, le PDG d’EDF lui-même, annonçait un lancement «imminent». «Nos équipes travaillent jour et nuit [...] pour que la divergence ait lieu rapidement», a insisté le patron d’EDF.
Ce terme d’origine mathématique désigne l’amorce de la réaction en
chaîne au sein de la cuve du réacteur : un neutron casse le noyau d’un
atome d’uranium 235, ce qui libère trois neutrons qui vont à leur tour
casser d’autres noyaux atomiques. Ces fissions en chaîne libèrent une
énergie phénoménale sous forme de chaleur, laquelle sert à produire de
la vapeur. Cette vapeur va ensuite entraîner des turbines qui produisent
de l’électricité. Cette opération doit intervenir après des semaines,
voire des mois, d’essais et de tests divers.
Chargement du combustible, fermeture de la cuve, couplage...
«Imminent», alors? En matière atomique, l’imminence appartient au temps long. D’après les éléments glanés auprès d’EDF, l’EPR«poursuit son démarrage».
Il ne s’agit pas d’une usine que l’on met en route en appuyant sur un
simple interrupteur, mais d’un long processus qui compte quatre phases.
D’abord, la préparation du chargement du réacteur, le chargement du
combustible et la fermeture de la cuve. Cette étape s’est déroulée en
mai et juin derniers.
Ensuite la préparation de la phase de divergence, en cours. «Elle compte de nombreux essais et contrôles de matériels», signale EDF. Au début de l’été, les ingénieurs terminaient les «essais à chaud»,
c’est-à-dire en conditions réelles de fonctionnement — avec une eau
sous pression à 150 bars et avoisinant les 300 °C. Si la divergence est
bien prévue «dans l’été»,
elle n’est pas encore dans les tuyaux. Il faut encore que l’exploitant
fasse une demande d’autorisation de divergence auprès de l’ASN.
Or à ce jour, l’autorité de sûreté assure n’avoir rien reçu : «La balle est dans leur camp. Quand l’exploitant est prêt, il dépose sa demande que l’on instruit dans la foulée.»
Ensuite, il faudra coupler l’EPR au réseau électrique français, autrement dit faire monter le réacteur à 25% puis 60% de sa puissance nominale. «C’est à partir de cette étape que l’EPR de Flamanville produira de l’électricité distribuée sur le réseau électrique français, explique EDF. C’est
une phase délicate durant laquelle tous les matériels de la salle des
machines nécessaires à la production de vapeur vont être mis en service.
C’est également durant cette phase que les protections automatiques du
réacteur seront testées à plusieurs reprises.»
Pour finir, place à la phase de démarrage, soit la montée vers les 100%
de puissance nucléaire du réacteur. Cette phase dure encore plusieurs
semaines durant lesquelles les ingénieurs connectent et reconnectent l’EPR au réseau électrique «à six reprises, afin de tester les matériels à pleine puissance». EDF assure que le couplage aura lieu dans l’été mais ne donne aucune date précise.
Un chantier marqué par les problèmes
L’émotion doit être très forte dans cette salle de contrôle-commande
après tant de péripéties. Voilà vingt-huit ans — une génération — que
des ingénieurs français n’avaient pas lancé un réacteur flambant neuf
sur le territoire. Le dernier était la deuxième tranche de Civaux en
1996. Certes, chaque année, un certain nombre de réacteurs sont mis à
l’arrêt pour un déchargement-rechargement de combustible et ces
opérations sont courantes. Mais cette fois-ci, les ingénieurs manipulent
le premier EPR à domicile, d’une puissance inégalée sur le territoire.
Il aura fallu pas moins de vingt-et-un ans entre le moment où le Parlement français a validé la construction de cet EPR
en 2003 et le jour où il fournira de l’électricité à près de 3 millions
de foyers. Durant la construction, le chantier a accumulé retards et
mésaventures, principalement dus à une filière nucléaire de plus en plus
désaxée. Le réacteur en phase de lancement devait être visité en mai
par le président Macron, avant que celui-ci ne soit mobilisé par les
émeutes en Nouvelle-Calédonie. Aucune nouvelle visite n’est programmée à
ce jour.
Deux exploitations agricoles font le pari de
cultiver des bananes dans l’Hexagone, vers Perpignan. La production,
encore petite, pourrait se développer avec le réchauffement climatique.
Les larges feuilles d’un bananier lèchent le toit de la serre.
Presque cachées derrière, de petites grappes bien vertes attendent leur
heure. Autant de bananes miniatures qui mettront quelques mois à mûrir.
Nous ne sommes ni en Guadeloupe, ni en Martinique, ni aux Canaries ou au
Costa Rica, mais à quelques kilomètres de Perpignan. C’est ici que deux
agriculteurs ont décidé de se lancer dans la culture de la banane made in Hexagone. Même si, avec un peu plus de 1,5 tonne produite l’an dernier, ils ne pourront pas remplacer les 700 000 tonnes consommées dans notre pays. Cette expérimentation reste confidentielle, faute au climat : le bananier ne supporte pas le froid.
Le voyage commence à Torreilles, dans la plaine du Roussillon. Au
loin, on aperçoit le sommet du Canigou, encore saupoudré de quelques
flocons. Linda Blandin et Frédéric Morlot sont les premiers à s’être
lancés dans la culture de bananes, il y a vingt ans. Pousser la porte de
leurs onze serres photovoltaïques, c’est voyager sous les tropiques.
Bananier, gingembre mangue, goyavier fraise, curcuma longa, moringa —
une feuille au goût de petit pois acide... Près de 56 familles de
plantes sont cultivées en agriculture biologique, labellisées Ecocert.
Frédéric Morlot s’approche d’un arbre, se glisse sous de larges
feuilles au vert flamboyant et attrape une babafigue, la fleur du
bananier. Ses lourds pétales violets sont encore refermés. Au-dessus,
les «mains» peuvent posséder jusqu’à vingt «doigts».
Soit autant de petites bananes qui sont encore bien vertes. Celles que
nous présente Frédéric sont minuscules : elles mettront plusieurs mois à
mûrir au chaud dans la serre.
Un secret bien gardé
Le couple a vécu plusieurs années à La Réunion comme pépiniériste et
infirmière. À leur retour dans l’Hexagone, ils ont expérimenté
différentes techniques pour acclimater ce fruit dans la région. «J’ai
fait des recherches dans les bibliothèques et parlé avec des
agriculteurs pour trouver des bananiers qui puissent survivre au nord du
bassin méditerranéen», explique Frédéric Morlot. Quelle variété a-t-il déniché lors de sa quête?
Mystère. Comme pour les coins à champignons, l’agriculteur préfère
garder ses découvertes pour lui. Il a sans doute pioché parmi l’une des
1 500 espèces existantes, totalement inconnues des consommatrices et
consommateurs. Car en France, la Cavendish domine le marché.
Cette variété cultivée de façon intensive est aujourd’hui décimée par une maladie : la fusariose TR4.
Ce champignon infecte les bananiers par les racines et entraîne un
flétrissement mortel. Cette maladie se propage facilement et touche
actuellement dix-neuf pays de production. Pour sauver les plantations,
les chercheurs tentent de créer une nouvelle espèce plus résistante. Un
comble lorsqu’on sait que la Cavendish est née en 1947 pour remplacer la
Gros Michel, anéantie par un autre champignon.
«La banane est le fruit le plus aimé en France. C’est aussi celui qui pose le plus de problèmes écologiques», rappelle Linda Blandin. Le chlordécone épandu sur les cultures a ravagé les Antilles et continue de faire des dégâts. L’insecticide est loin d’être le seul souci. Travail des enfants, semaines de 68 heures pour des salaires dérisoires, harcèlement verbal et sexuel, accidents du travail... Si l’empreinte carbone
de ce fruit tropical reste raisonnable s’il est transporté par bateau,
sa production a des conséquences sociales et environnementales
désastreuses dans de nombreux pays.
De quoi inciter les agriculteurs à se lancer en France hexagonale avec des pratiques plus respectueuses? «Ce type de diversification reste marginal, explique Éric Hostalnou, de la chambre d’agriculture de Perpignan. C’est intéressant pour un producteur isolé, mais pas vraiment reproductible à grande échelle. Il faudrait beaucoup de serres.»
En effet, le bananier meurt dès que les températures descendent sous 0 °C. «S’il
ne gèle pas en hiver, ça pourrait être possible. Mais si l’on passe
d’un extrême à l’autre comme aujourd’hui, avec des étés très chauds et
des hivers froids, ce sera compliqué», poursuit Linda Blandin, dont les serres ne sont pas chauffées.
Quant aux besoins en eau, ils ne sont pas plus importants que pour d’autres espèces. «Nous
sommes dans un système fermé, les plantes vivent en osmose avec un fort
taux d’humidité. Il n’y a pas de vent, les plantes ne s’assèchent pas.
On a même réduit de 50% notre consommation d’eau l’année dernière», assure Frédéric Morlot.
Le couple récolte entre 30 et 50 grappes (ou régimes) de bananes par
an, pesant entre 4 et 10 kilos chacune. Une production vendue
directement sur leur exploitation baptisée Les Arts verts, ainsi que
dans certains magasins bio. Le prix : entre 13 et 15 euros le kilo.
Bien plus onéreux que les bananes d’Outre-mer, largement subventionnées. «Même
[avec notre] prix, ce n’est pas rentable. À cause des réglementations
en bio, nous avons beaucoup de charges à payer et la plante demande de
l’entretien. Et surtout, nous ne vendons pas les mêmes variétés, comme
la Frécinette, elles valent plus cher»,
assure Frédéric Morlot. Le couple arrive à s’en sortir grâce à leur
polyculture : goyaviers, fruits de la passion, épices ou manioc.
Bientôt, une nouvelle serre en verre de 1,5 hectare et de 7,2 mètres de
hauteur offrira à leurs bananiers l’espace nécessaire pour déployer
leurs larges feuillages.
Cultivées en musique
À une vingtaine de kilomètres, l’exploitation de Didier Salgado,
second producteur de bananes de la région, se trouve dans un
environnement moins bucolique, à Pollestres. Les terres qui bordent sa
ferme au sud, autrefois recouvertes de vignes, sont devenues une zone
commerciale «qui a du mal à vivre»,
remarque-t-il. Depuis ses champs, on aperçoit des cheminées aujourd’hui
rouillées. Il y a dix ans, elles chauffaient ses serres, avant sa
conversion en bio et en culture au sol. «Ce n’est pas cette musique que je mets le matin, c’est plutôt du classique pour aider les plantes à se défendre.»Aujourd’hui, des moutons broutent les adventices et ses plantes luttent contre les parasites en musique. Des haut-parleurs sont installés le long des parois de la serre et une radio diffuse Céline Dion.
Didier Salgado s’est lancé dans l’agrume en 2021. «En
hiver, si je peux vendre des bananes, des avocats et des mangues en
plus des pommes, cela permettra de me différencier des autres.» Lui a choisi de cultiver la Cavendish. «Au début, je pensais qu’avec le réchauffement climatique, je pourrais les planter dehors. Sauf qu’il a fait -7 °C l’hiver dernier, j’ai donc tout mis à l’intérieur.»
Ses bananiers sont installés tout au fond de la serre, derrière de
longues lignes de légumes plus classiques : tomates, courgettes et
aubergines. «C’est ça qui me fait vivre»,
précise l’agriculteur. Pour l’aider à se lancer, il a passé une journée
avec un technicien de la Compagnie fruitière de Perpignan, l’une des
entreprises important le plus de bananes en France. C’est également chez
eux qu’il fait mûrir ses fruits, faute de réussir à le faire sur pied —
contrairement à Linda Blandin et Frédéric Morlot.
L’année dernière, Didier Salgado a produit 30 régimes d’une trentaine
de kilos chacun. Des fruits dégustés par les écoliers de la région, les
clients de certains magasins locaux et de sa boutique en vente directe.
Leur prix : 5 euros le kilo, la célèbre Cavendish étant moins chère que
d’autres variétés. Un tarif qui reste élevé, tant «les gens sont habitués à acheter des bananes à 1 euro», remarque Catherine, la vendeuse de la boutique située en face de la ferme.
Elle range les premiers cageots de la production : pêches, abricots,
tomates et courgettes. Pour les fruits exotiques, il faudra attendre. «Les clients demandent souvent des bananes et des avocats. Surtout depuis qu’ils ont lu l’article dans L’Indépendant [qui leur est consacré]», sourit Catherine. Elle a beau leur expliquer que ce n’est pas encore la saison, certains restent incrédules. «Ils sont habitués à trouver de tout, n’importe quand et n’importe où», soupire-t-elle.
Quelques centaines de mètres plus loin, dans la zone commerciale de
la Devèze, le magasin bio vend des avocats sur ses étals. Leur
provenance : Pérou. Leur prix : 2 euros pièce. Quant aux bananes, elles
sont originaires d’Afrique du Sud et sont vendues 1,99 le kilo. La
production made in France est encore loin d’avoir la banane.
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Nous avons eu tort.
Quand nous avons créé Reporterre en 2013, nous pensions que la question écologique manquait de couverture médiatique.
Nous nous disions qu’il suffirait que la population et les décideurs
politiques soient informés, que les journaux et télévisions s’emparent
du sujet, pour que les choses bougent.
Nous savons aujourd’hui que nous avions tort.
En France et dans le monde, l’écrasante majorité des médias est désormais aux mains des ultra-riches.
Les rapports du GIEC sont commentés entre deux publicités pour des SUV.
Des climatosceptiques sont au pouvoir dans de nombreuses démocraties.
Nous savons aujourd’hui que l’urgence écologique n’a pas besoin de presse :elle a besoin d’une presse indépendante de toute pression économique.
Chez Reporterre, nous faisons le choix depuis 11 ans d’un journalisme en accès libre et sans publicité.
Notre structure à but non lucratif, sans actionnaire ni propriétaire
milliardaire, nous permet d’enquêter librement. Personne ne modifie ce
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l’écologie. Merci.
"Il
y a déjà 7 jours, j'allume mon téléphone et découvre avec stupeur
l'information suivante : Alerte aux violences à Sainte Soline ! Ce n'est
pas du tout le sujet ?! Mais voilà le résultat des investigations de
Mme Géraldine Woessner journaliste au Point, après renseignement cet
hebdomadaire appartient à Mr. François Pinault... Comment un homme aussi
habile en affaire peut-il laisser écrire des choses aussi immondes ?!
De la désinformation programmée dans toute sa splendeur..! Pas de
chance, Mme Woessner, ni voyou, ni casseur, je suis un agriculteur, pas
plus néo-rural qu'alternatif ou activiste comme vous aimez cataloguer
les acteurs de la protection et du partage de l'eau, élément
indispensable et primordial à la VIE sur terre !
Non,
je suis bien un paysan, nous sommes installés depuis 6 générations au
nord de la Charente-Maritime. Sans cesse pionnier à toutes les époques
(du progrès) si l'on peut dire ! Mon grand-père transformait son négoce
de céréales, engrais et graines fourragères en Coopérative Entente
Agricole, CEA, elle est connue cette coopérative ici dans le Mellois,
mon père semait les premiers maïs hybride américains et construisait en
1953 des modèles de poulailler pouvant accueillir 500 poules pondeuses,
ma mère présidente de GCDA comptant 80 adhérentes encourageait les
femmes dans les fermes, décorée du mérite agricole, vente directe, ferme
auberge, gîtes crées par mes parents... L'enseignement agricole
conventionnel allait me conduire à agrandir la surface de cette ferme
familiale et à utiliser des palettes entières de produits toxiques, des
tonnes d'engrais chimiques...
En
1990, je faisais 83 qx/hec de blé en moyenne sur 70 hectares, ce sera la
plus belle récolte de ma carrière. Mais après avoir payé tous les
intrants utilisés, remboursé les emprunts, payé la MSA, il ne restait
pas grand chose... Je réflechissais...
Tout
ce travail pour si peu à la fin ! Et les traitements, étaient
insupportables, à heures précises, éviter la pluie, le vent et ses
odeurs si néfastes et désagréables qui me brulait les yeux... J'ai bien
essayé de donner une orientation plus extensive à la ferme en
introduisant un troupeau de vaches mais ce n'était pas bon pour la
rentabilité. Heureusement, la vente directe faisait de la plus-value.
Puis, l'agriculture biologique, marginale jusque là commence à faire
parler d'elle, 2 jeunes agriculteurs de Migné, des voisins à considérer,
capables de s'intéresser à autre chose qu'à eux-mêmes mettent leurs
fermes en bio. Ce fût un dilemne pour moi, j'avais la
hantise de bouffer la ferme de mes ancêtres mais je me fatiguais à
trimer pour si peu et j'ai fini par franchir le pas en 2009.
C'est
la meilleure chose que j'ai pu faire ! Aujourd'hui, j'ai un fils
extraordinaire qui gère notre ferme familiale d'une main de maître, bien
sur en 2024, les résultats ne seront pas aussi bons que l'année
dernière, pluie abondante et 20% de baisse des prix... Mais qui peut se
vanter que tout peut aller toujours à merveille à part les menteurs !
Au
fil de la semaine, voilà notre président de région Alain Rousset qui
s'en mêle, un homme que j'ai toujours apprécié et soutenu quand j'étais
élu sauf quand il se sépara des écologistes bien sur ! Puis les élus des
Deux-Sèvres qui défilent ! Tout ce beau monde au secours du système...
Au mépris de l'équité, de la santé et d'un bel avenir pour leurs
électeurs !!
Guy Moquet, un terroriste pour certains, dans la dernière lettre à sa mère, quelques heures avant d'être fusillé écrivait : - J'aurais voulu vivre ! Rémi Fraisse aurait, aussi, voulu vivre...
Mais
quelle vie leur auriez-vous offert, mesdames et messieurs les élus
politiques pourfendeurs de la défense de l'eau, de la vie !
Une société au service de Deere company, CMA/CGM, AGCO, Louis Dreyfus company, Cargill, Monsanto ?... Des
fleuves et des rivières à sec, de l'air irrespirable, des ciels sans
hirondelles, de l'eau potable toxique, des hôpitaux débordant de
cancéreux ?
Non, mesdames et
messieurs, ni ici, ni à Sainte Soline je n'ai vu de voyous, des casseurs
ou des terroristes ! J'ai vu des jeunes sans espoir prêt à payer de
leur vie pour pouvoir croire qu'un autre monde est possible. Quand bien
même ces réserves artificielles d'eau se construiraient pour le caprice
et le bénéfice de quelques privilégiés, les rivières continueront d'être
à sec invariablement, les problèmes de pollution et de perte de
biodiversité s'amplifieront...
Rappelez-vous bien tout cela ! Car il est bon de choisir son camp quand il le faut ! Elles
ne serviront pas bien longtemps ces bassines, baisse des cours et
économiquement plus rentable, dérèglement climatique. Elles seront vite
laissées à l'abandon, imagine un instant le paysage de nos enfants dans
quelques centaines d'années, éoliennes en ruine s'écrasant sur elle-même
et trou géant colonisé par la nature reprenant ses droits...
L'agonie
de cette agriculture dévastatrice est lancée, elle va être longue et
douloureuse, sous perfusion pour prolonger une activité économique
artificielle profitant à quelques uns.
Les paysans devenus exploitants agricoles sont ainsi les exploités du système.
Une
fois de plus, l'argent public, mon argent, notre argent aura été
gaspillé sans aucun souci de l'intérêt général et d'un bien commun,
l'eau."