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BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
« Quand je suis entré dans la fonction publique en 2008, je vivais de
mon salaire avec mes 3 enfants, témoigne une quinquagénaire.
Aujourd’hui, je n’en ai plus qu’un à charge et je suis à découvert le 15
du mois ».
Texte : Eloi Boye 22 septembre 2025
Depuis le 10 septembre, certains habitants de la Creuse,
délaissés par les pouvoirs publics, tentent pacifiquement de faire
entendre leur colère. Dans le département le plus pauvre de
Nouvelle-Aquitaine, les habitants dénoncent la dégradation générale du
niveau de vie et le manque de démocratie.
Le délitement des services publics
Au matin du 18 septembre, plus d’un
millier de personnes se sont rassemblées à Guéret, préfecture de la
Creuse, pour la journée nationale de mobilisation intersyndicale. Les
manifestants, venus des quatre coins du département, agitent des
drapeaux de la Confédération générale
du travail (CGT), de la Confédération Paysanne, du Nouveau Parti
anticapitaliste (NPA) ou de Force Ouvrière (FO).
D’autres, arborent des pancartes colorées qui exposent leurs revendications : « Re-démocratisation, Macron Démission », « Macron explosion », « un monde meilleur pour nos enfants ».
En Creuse, le sentiment de dégradation du
niveau de vie est caractérisé notamment par le délitement des services
publics. La population pointe particulièrement la dégradation des
services de santé, dans un département où la population est
vieillissante, malgré l’arrivée régulière de jeunes néoruraux.
« Si tu es blessé et que tu dois aller aux urgences, l’hôpital d’Aubusson, il faut fuir ! »témoigne ainsi un trentenaire vivant au sud du département. « Promets-moi de ne jamais m’y emmener ! » plaisante une autre habitante à propos du même hôpital qui traîne une réputation de délabrement.
Ainsi, la manifestation débute au pied du centre hospitalier de Guéret. Devant la foule, une représentante CGT dénonce un « abandon de l’État » et une gestion de l’hôpital suivant une « logique comptable déshumanisée ». Elle fustige un « management maltraitant », tant pour les patients que pour les salariés de l’hôpital.
Plusieurs fonctionnaires creusois témoignent d’un « ras-le-bol » face à la dégradation de leur situation : « Quand je suis entré dans la fonction publique en 2008, je vivais de mon salaire avec mes 3 enfants, témoigne une quinquagénaire. Aujourd’hui, je n’en ai plus qu’un à charge et je suis à découvert le 15 du mois ».
Des habitants dénoncent également la
suppression des petites lignes de train, à l’image de la ligne Felletin –
Guéret, fermée depuis le 1er septembre 2025. En mars 2025, des
habitants avaient « fêté »
la fermeture de cette ligne pour dénoncer l’enclavement du territoire.
Ils avaient transformé, le temps d’un trajet, le train en « tiers-lieu mobile du chômage » : « plus de chômage, moins de train : célébrons la fin de la petite ligne » ironisaient-ils.
D’autres pointent la suppression d’arrêts de bus, renforçant leur isolement dans ce territoire peu densément peuplé.
« On n’a plus de transports en commun ! déplore Madeleine, septuagénaire vivant dans le centre de la Creuse. Pourtant,
plusieurs personnes le prenaient. Maintenant, on doit faire plusieurs
kilomètres à pied ou en voiture pour aller à l’arrêt. »
« Je paie des impôts pour rien. Cite-moi un service qui fonctionne ! renchérit une autre habitante.
On est en train de perdre tout ce que nos aînés ont gagné. On doit même
travailler 15 ou 20 heures par semaine pour toucher le RSA : c’est du
travail dissimulé ! »
« Une logique qui défend les puissants »
De nombreux habitants soulignent l’ironie
du contraste entre le manque d’investissements de l’État en ce qui
concerne la santé, l’éducation ou les diverses infrastructures
publiques, mais l’envoi de nombreux membres des forces de l’ordre sur
les lieux de luttes sociales.
« Hier, les gendarmes étaient sur tous les ronds-points, raconte un habitant de Felletin, petite ville située au pied du plateau de Millevaches. À
Ussel, des hélicoptères de gendarmerie étaient déployés, et dans
certains lieux, il y avait plus de policiers que de manifestants. »
Les représentants syndicaux et les habitants pointent l’inégalité sociale croissante à l’échelle nationale.« L’hôpital est détruit par une logique qui défend les puissants » constate une représentante CGT du centre hospitalier de Guéret.
Son constat est partagé par Olivier
Thouret, représentant de la Confédération Paysanne de Creuse, seul
syndicat agricole présent à la manifestation :
« De l’argent, il y en a, affirme-t-il. Qui
a eu le plus accès au “quoi qu’il en coûte” pendant le Covid ? Ce sont
les entreprises. Sans que l’on sache ce qu’est devenu l’argent. Et
aujourd’hui, on ne demande rien aux entreprises du CAC 40 qui ont touché
ces subventions. Nous, agriculteurs, avons énormément de subventions
avec la PAC, mais par contre on est contrôlés, et je trouve ça tout à
fait normal. Il faut que le contrôle s’exerce aussi sur les entreprises.
Est-ce que cet argent a servi à la relance et à employer des salariés,
ou juste à créer des dividendes ?»
Pour ce paysan qui produit du fromage de
chèvre, des œufs et élève des vaches à viande, les restrictions
budgétaires voulues par les gouvernements successifs creusent également
les inégalités alimentaires :
« Des aides ont été supprimées, notamment les aides au maintien à l’agriculture biologique, déplore-t-il. La
conséquence directe, c’est qu’on doit augmenter le prix de nos produits
si on veut continuer à vivre de notre production. Comme les salaires
n’augmentent pas, les smicards ne peuvent plus avoir accès à une
augmentation de qualité ! »
Olivier Thouret, représentant de la Confédération Paysanne de Creuse
Entre colère et lassitude
Malgré cette mobilisation de 1000 – selon
la préfecture – à 2000 personnes – selon les syndicats -, certains
témoignent d’un sentiment de lassitude et regrettent une certaine forme
de résignation sein de la population.
« Je suis le gilet jaune solitaire du rond-point, affirme Antoine avec amertume. Je suis resté assis 3 journées d’affilée avec une pancarte. Mais il n’y a pas assez de gens motivés pour se rassembler, affirme cet habitant de la petite ville de Bourganeuf.
Les syndicats auraient dû se mobiliser le 10. Là, ils ont freiné dès le
début. Ça manque de partage entre gens motivés, et ça manque de gens
motivés tout court ».
Pourtant, une colère sourde existe depuis des années en Creuse, dirigée notamment vers le personnel politique national. « J’ai fait assez d’efforts ! Mais eux, c’est quand qu’ils font des efforts ? peste une quinquagénaire excédée. Quand les politiques s’aligneront sur le salaire médian, ils pourront l’ouvrir ! »
Lors de l’élection législative de 2024, le député macroniste
Jean-Baptiste Moreau avait été éliminé dès le premier tour dans l’unique
circonscription du département. Le scrutin a débouché sur l’élection de
Bartolomé LENOIR, le candidat de l’union de l’extrême-droite face à la
députée sortante Catherine Couturier (LFI) et à Valérie Simonet (divers
droite).
Eloi Boye
___________________
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être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI.
Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction
aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son
appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci,
et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l’armée israélienne.
Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à
Nusseirat. Un mois et demi après l’annonce du cessez-le-feu de
janvier 2025 — rompu par Israël le 18 mars —, Rami est rentré chez lui
avec Sabah, Walid et le nouveau-né Ramzi. Pour ce journal de bord, Rami a
reçu le prix de la presse écrite et le prix Ouest-France au Prix Bayeux
pour les correspondants de guerre. Cet espace lui est dédié depuis le
28 février 2024.
Gaza-ville, le 11 septembre 2025. Les photographies de la famille et de la jeunesse de Rami Abou Jamous.
J’ai voulu partager ces objets, ces souvenirs avec les lecteurs d’Orient XXI. Pour qu’après leur destruction matérielle, ils continuent d’exister dans leur mémoire. — Rami Abou Jamous
Jeudi 11 septembre 2025.
Cela fait presque une semaine que l’armée d’occupation nous ordonne
de quitter la ville de Gaza. Elle a commencé à l’encercler. Les
habitants se concentrent dans l’Ouest de la ville. C’est le résultat de
la nouvelle stratégie israélienne : le déplacement par le bombardement.
Comme les habitants ne répondaient généralement pas aux ordres
d’évacuation répétés, l’armée leur donne un quart d’heure, 20 à
30 minutes dans le meilleur des cas, pour quitter leur logement. Puis le
bâtiment est détruit. Dans le nord de la ville, dans le quartier de
Cheikh Radwan, dans l’est à Chajaya et à Zeitoun, et dans le quartier de
Sabra dans le sud, l’armée détruit les tours une à une (chez nous, dès
qu’un bâtiment compte plus de neuf étages, on dit que c’est une tour).
Cette stratégie fonctionne. Ceux qui habitent dans des immeubles de
plusieurs étages savent qu’ils sont en sursis. Ils commencent maintenant
à déménager sans attendre les ordres, pour ne pas tout perdre. Ils
fuient vers l’ouest, vers la mer. Mais les destructions ont aussi
commencé là-bas aussi. Des dizaines de tours ont déjà été ciblées. Une
tour détruite, c’est 40 ou 50 familles qui se retrouvent dans la rue,
soit entre 300 et 400 personnes. Ceux qui n’ont pas anticipé leur départ
emportent juste un sac ou deux. C’est vraiment la panique.
Être prêt pour partir
J’habite une de ces tours. Mes voisins me demandent : «Alors Rami, qu’est-ce que tu vas faire? Qu’est-ce qu’on fait?»
D’habitude, je n’aime pas donner de conseil sur ce genre de décisions,
je ne peux pas en assumer les conséquences. J’ai répondu simplement pour
moi-même : «Moi, je reste
jusqu’à la dernière minute. Je prépare une valise et des habits, ça peut
dégénérer à n’importe quel moment. Il faut donc être prêt pour partir.
Il ne faut rien oublier d’important».
Je conseille quand même à ceux qui ont décidé d’aller au sud parce
qu’ils y ont trouvé une place de prendre le maximum de choses avec eux.
Nous avons vécu cette expérience, quand nous étions partis vers Rafah.
Nous étions partis sans vêtements ni chaussures de rechange, sans rien
du tout, et nous avons dû recommencer à zéro. Et encore, à l’époque, on
pouvait encore acheter des choses sur les marchés. Aujourd’hui, on n’y
trouve plus rien, ni vêtements, ni matelas, ni tentes. Je leur dis : «Si
vous avez là-bas un endroit où entreposer vos biens, je vous conseille
d’y aller maintenant, parce que nous savons très bien que notre tour
peut être bombardée à n’importe quel moment».
Certains ont trouvé une autre solution. Par exemple, des amis ont vendu
sur place leurs armoires, leurs chaises et leurs tables pour en faire
du bois à brûler. Vu la rareté du bois, ils ont pu en tirer une somme
non négligeable. Une chambre à coucher d’une valeur de 7 000 shekels est
partie à 1 000 shekels (250 euros).
« Je préfère tout perdre en une seule fois »
Pour ma part, j’ai dit à Sabah qu’on allait préparer quelques sacs
avec l’essentiel pour les enfants, surtout des vêtements d’hiver. Enfin,
ce qu’on a. On pourra utiliser les anciens habits de Walid pour Ramzi,
mais il n’y en a pas pour Walid, qui grandit très vite. Sabah m’a dit : «Et nous, pourquoi on ne fait pas ce que tu conseilles à tout le monde?
Pourquoi tu ne déménages pas au moins les meubles des chambres dans un
entrepôt au sud, et comme ça on pourra les récupérer plus tard, après la
guerre?»
Je lui ai dit que si les Israéliens réussissent à nous faire quitter la
ville, cela veut dire que leur projet va aller jusqu’au bout, et que
cela signifiera à terme la déportation vers un pays étranger. Donc ça ne
servirait à rien de déménager des meubles. J’ai ajouté : «Il faudra être légers. Et puis je préfère tout perdre en une seule fois.»
Pourquoi cette décision? Parce que c’est si dur de choisir. Que prendre? Que laisser?
Pour nous Palestiniens, une maison ce n’est pas seulement du béton et
des meubles, c’est notre histoire, c’est notre mémoire, c’est notre
famille. Les maisons, ici, sont familiales. On trouve les parents au
premier étage, et chacun des fils adultes a son appartement avec sa
famille. Dans ces maisons, les enfants naissent, grandissent,
réussissent leurs études, se marient, ont à leur tour des enfants.
Détruire ces maisons, cela fait partie de la stratégie des Israéliens
pour nous déraciner. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Dès qu’un
Palestinien est accusé d’une attaque militaire ou de quoi que ce soit
d’autre, on démolit immédiatement sa maison.
C’est comme la destruction des oliviers. Pour nous, ils sont comme
des enfants. Ils grandissent avec nous, génération après génération.
Certains sont plus âgés que l’État d’Israël. Les Israéliens savent tout
cela. Ils connaissent notre attachement à la terre. C’est pourquoi ils
s’attaquent aux maisons et aux oliviers.
Cette fois il n’y aura pas de retour
Je n’emporterai pas non plus mes souvenirs. Jusqu’ici, je les
entreposais moitié dans l’appartement, moitié dans la boutique de
parfums que j’avais ouverte avec ma mère, en 2017, à l’époque où j’avais
arrêté mon travail de journaliste-fixeur à cause des problèmes que j’ai
eus avec le Hamas. Parce qu’avec toutes ces guerres, et pas seulement
la dernière, il fallait toujours être prêt à partir rapidement, mais en
pensant revenir. En répartissant les objets en deux lieux différents,
j’étais à peu près sûr d’en sauver au moins la moitié.
Mais cette fois il n’y aura pas de retour. Je sais que tout sera
détruit. J’ai déballé mes souvenirs et je les ai montrés à Sabah. Des
souvenirs de mon enfance. Des diplômes de l’Université arabe de
Beyrouth. Les photos de mes parents le jour de leurs fiançailles et de
leur mariage. Leur acte de mariage. Le petit vase en cristal qu’on
offrait aux invités de la cérémonie, rempli de bonbons. Des photos de
nos anniversaires, mes frères et moi. Des photos de notre jeunesse. Nous
en écoliers. Les souvenirs de notre vie en Tunisie. Des souvenirs de
mes études en France, à Montpellier. Des cassettes vidéo en format VHS.
Tous les souvenirs de mon père, l’un des fondateurs de l’agence de
presse palestinienne Wafa. La montre offerte par le président du Yémen,
et des reliques de l’histoire : son enregistreur à mini-cassettes, avec
des enregistrements de discours de Yasser Arafat. Des papiers à en-tête
de Wafa. Et le fax de l’agence : une machine à rouleau datant de 1985,
sur laquelle Wafa envoyait et recevait des articles et des communiqués.
Il reste même un rouleau de papier, aujourd’hui noirci.
Je conseille quand même à ceux qui ont décidé d’aller au sud parce
qu’ils y ont trouvé une place de prendre le maximum de choses avec eux.
Nous avons vécu cette expérience, quand nous étions partis vers Rafah.
Nous étions partis sans vêtements ni chaussures de rechange, sans rien
du tout, et nous avons dû recommencer à zéro. Et encore, à l’époque, on
pouvait encore acheter des choses sur les marchés. Aujourd’hui, on n’y
trouve plus rien, ni vêtements, ni matelas, ni tentes. Je leur dis : «Si
vous avez là-bas un endroit où entreposer vos biens, je vous conseille
d’y aller maintenant, parce que nous savons très bien que notre tour
peut être bombardée à n’importe quel moment».
Certains ont trouvé une autre solution. Par exemple, des amis ont vendu
sur place leurs armoires, leurs chaises et leurs tables pour en faire
du bois à brûler. Vu la rareté du bois, ils ont pu en tirer une somme
non négligeable. Une chambre à coucher d’une valeur de 7 000 shekels est
partie à 1 000 shekels (250 euros).
« Je préfère tout perdre en une seule fois »
Pour ma part, j’ai dit à Sabah qu’on allait préparer quelques sacs
avec l’essentiel pour les enfants, surtout des vêtements d’hiver. Enfin,
ce qu’on a. On pourra utiliser les anciens habits de Walid pour Ramzi,
mais il n’y en a pas pour Walid, qui grandit très vite. Sabah m’a dit : «Et nous, pourquoi on ne fait pas ce que tu conseilles à tout le monde?
Pourquoi tu ne déménages pas au moins les meubles des chambres dans un
entrepôt au sud, et comme ça on pourra les récupérer plus tard, après la
guerre?»
Je lui ai dit que si les Israéliens réussissent à nous faire quitter la
ville, cela veut dire que leur projet va aller jusqu’au bout, et que
cela signifiera à terme la déportation vers un pays étranger. Donc ça ne
servirait à rien de déménager des meubles. J’ai ajouté : «Il faudra être légers. Et puis je préfère tout perdre en une seule fois.»
Pourquoi cette décision? Parce que c’est si dur de choisir. Que prendre? Que laisser?
Pour nous Palestiniens, une maison ce n’est pas seulement du béton et
des meubles, c’est notre histoire, c’est notre mémoire, c’est notre
famille. Les maisons, ici, sont familiales. On trouve les parents au
premier étage, et chacun des fils adultes a son appartement avec sa
famille. Dans ces maisons, les enfants naissent, grandissent,
réussissent leurs études, se marient, ont à leur tour des enfants.
Détruire ces maisons, cela fait partie de la stratégie des Israéliens
pour nous déraciner. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Dès qu’un
Palestinien est accusé d’une attaque militaire ou de quoi que ce soit
d’autre, on démolit immédiatement sa maison.
C’est comme la destruction des oliviers. Pour nous, ils sont comme
des enfants. Ils grandissent avec nous, génération après génération.
Certains sont plus âgés que l’État d’Israël. Les Israéliens savent tout
cela. Ils connaissent notre attachement à la terre. C’est pourquoi ils
s’attaquent aux maisons et aux oliviers.
Cette fois il n’y aura pas de retour
Je n’emporterai pas non plus mes souvenirs. Jusqu’ici, je les
entreposais moitié dans l’appartement, moitié dans la boutique de
parfums que j’avais ouverte avec ma mère, en 2017, à l’époque où j’avais
arrêté mon travail de journaliste-fixeur à cause des problèmes que j’ai
eus avec le Hamas. Parce qu’avec toutes ces guerres, et pas seulement
la dernière, il fallait toujours être prêt à partir rapidement, mais en
pensant revenir. En répartissant les objets en deux lieux différents,
j’étais à peu près sûr d’en sauver au moins la moitié.
Mais cette fois il n’y aura pas de retour. Je sais que tout sera
détruit. J’ai déballé mes souvenirs et je les ai montrés à Sabah. Des
souvenirs de mon enfance. Des diplômes de l’Université arabe de
Beyrouth. Les photos de mes parents le jour de leurs fiançailles et de
leur mariage. Leur acte de mariage. Le petit vase en cristal qu’on
offrait aux invités de la cérémonie, rempli de bonbons. Des photos de
nos anniversaires, mes frères et moi. Des photos de notre jeunesse. Nous
en écoliers. Les souvenirs de notre vie en Tunisie. Des souvenirs de
mes études en France, à Montpellier. Des cassettes vidéo en format VHS.
Tous les souvenirs de mon père, l’un des fondateurs de l’agence de
presse palestinienne Wafa. La montre offerte par le président du Yémen,
et des reliques de l’histoire : son enregistreur à mini-cassettes, avec
des enregistrements de discours de Yasser Arafat. Des papiers à en-tête
de Wafa. Et le fax de l’agence : une machine à rouleau datant de 1985,
sur laquelle Wafa envoyait et recevait des articles et des communiqués.
Il reste même un rouleau de papier, aujourd’hui noirci.
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