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dimanche 14 avril 2019

L’étrange zèle des forces de l’ordre pour rechercher et interpeller les « décrocheurs » des portraits de Macron

L’étrange zèle 

des forces de l’ordre 

pour rechercher et interpeller 

les « décrocheurs » 

des portraits de Macron

 

par




Une vingtaine de militants écologistes qui ont osé décrocher des portraits du président de la République un peu partout en France sont poursuivis pour « vol en réunion ». Même des journalistes et des youtubeurs qui couvraient ces actions symboliques contre le réchauffement climatique ont été interpellés ou convoqués par les forces de l’ordre. Un zèle particulièrement « insolite » selon des magistrats qui rappellent que policiers et tribunaux ont d’autres priorités que de juger en urgence des faits d’une « d’une gravité très modérée ».

Toute action de désobéissance civile va t-elle désormais être systématiquement poursuivie en justice ? Suite au décrochage de 32 portraits d’Emmanuel Macron dans des mairies depuis le 21 février, le mouvement écologiste « Action non violente COP21 », à l’initiative de ces actions, dénombre à ce jour 43 personnes auditionnées, 19 perquisitions, 24 gardes à vue et 20 personnes en attente d’un procès. Ces dernières sont poursuivies pour « vol en réunion », un délit passible de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Une répression qui, selon ANV COP21, vise à les « faire taire ». Pour rappel, ces actions non violentes intitulées « Sortons Macron », menées à visage découvert, visent à dénoncer l’inaction du gouvernement face au dérèglement climatique et l’urgence sociale, en laissant symboliquement des murs de mairies vides de portrait présidentiel (notre précédent article).

Un nouveau cap dans la répression judiciaire a été franchi avec la poursuite de youtubeurs et journalistes couvrant ces actions militantes au motif qu’ils en seraient non les témoins, mais des acteurs. Le 21 mars, le vidéaste Vincent Verzat, youtubeur de la chaîne « Partager c’est sympa », s’est ainsi retrouvé en garde à vue après avoir filmé une action et publié une vidéo. Vincent Verzat est convoqué avec trois autres activistes au tribunal le 11 septembre prochain pour « vol en réunion ».

Liberté d’informer ?


Le 2 avril, c’est un journaliste d’un média local, Le Maine Libre, qui a reçu une convocation de la gendarmerie du Mans pour une audition dans le cadre d’une enquête. Il est « soupçonné d’avoir commis ou tenté de commettre l’infraction de vol en réunion », rapporte le Syndicat national des journalistes (SNJ). Un correspondant local de Ouest France est également convoqué par la gendarmerie pour le même motif, et une reporter de la télévision locale viàLMtv devrait se voir remettre bientôt une convocation. Tous trois ont couvert une opération de décrochage de portrait le 23 mars à la mairie de Rouillon, dans la Sarthe.

Interrogé, le parquet du Mans souhaite « mener des investigations dans le calme ». « Mais pourquoi donc s’en prendre à un journaliste qui exerçait sa mission d’information ? » s’insurge le SNJ. « Je vous le concède, ce n’est pas l’affaire du siècle », a répondu le parquet qui a depuis « rectifié » le motif de la convocation. C’est finalement en qualité de « témoins » que ces journalistes seront auditionnés. Reste que selon le procureur, l’objet de ces auditions est bien de « savoir s’ils ont participé ou non au sens pénal » à l’opération.

Mobilisation du bureau de lutte... antiterroriste !


Le journal Le Monde a récemment confirmé l’existence d’une circulaire interne envoyée par la direction générale de la gendarmerie nationale, début mars, concernant le décrochage des portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies. La circulaire incite « à recueillir les plaintes des maires ou, à défaut, celles des préfets en substitution, de manière à conforter la réponse pénale des parquets ».

Lorsque les faits sont revendiqués au nom de l’association ANV-COP21, précise la circulaire, il faut « vérifier que les mis en cause sont membres ou sympathisants de cette association » et « prendre attache avec le BLAT [bureau de la lutte antiterroriste] afin de déterminer les modalités à mettre en œuvre pour rechercher la responsabilité morale de cette association ». Le Service central de renseignement criminel (SCRC) est également mobilisé pour analyser chaque semaine les comptes rendus de police judiciaire « faisant apparaître les termes “portrait président” et/ou “ANV-COP21” ». « Mettre le service antiterroriste sur le coup, n’est-ce pas un peu disproportionné ? », interroge ANV COP21.

Un « zèle » qui interpelle des magistrats


Si la gendarmerie nationale assure qu’il s’agit d’une « procédure courante » et d’un « message assez habituel », Vincent Charmoillaux, du Syndicat de la magistrature s’étonne du « zèle de la gendarmerie à traiter ces procédures », ce qui nuit à d’autres enquêtes. « Au quotidien, la gendarmerie qui ne déborde pas de moyens, est souvent obligée de choisir parmi les priorités au détriment de dossiers parfois graves », souligne t-il auprès de Basta !. Alors que « les faits semblent quand même d’une gravité très modérée », le choix des poursuites pénales quasi systématique lui parait « insolite ». « La justice ne manque pas non plus de travail et n’a déjà pas forcément le temps de traiter tous les faits graves qui lui sont soumis », rappelle t-il.

D’autres actions non violentes visant l’inaction climatique du gouvernement font également l’objet de répressions. Le 16 mars, sept militants ont été interpellés dont six placés en garde à vue pour avoir recouvert d’un liquide noir la façade vitrée de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) à Bordeaux. Cette action menée par Attac 33 et ANV COP 21 Gironde, dans le cadre de la campagne nationale « Fin du monde, fin du mois, même combat » dénonce l’utilisation faite par la CDC de l’épargne populaire et des fonds de retraite pour financer l’extraction d’énergie fossile (notre article). Une action similaire a également été menée à Nantes pour dénoncer les pratiques de la banque HSBC et a conduit un militant, Thomas, à être placé en garde à vue le 21 mars.

« La police enferme les lanceurs d’alerte alors que le gouvernement cautionne la destruction du climat » s’indignent les organisations. Les procès des 20 militants ayant décroché les portraits d’Emmanuel Macron, prévus à Bourg-en-Bresse le 28 mai, à Strasbourg le 26 juin, à Lyon le 2 septembre et à Paris le 11 septembre, pourraient devenir les procès de l’inaction du gouvernement en matière climatique. La réponse apportée par le ministre de la Transition écologue et solidaire, François de Rugy, aux deux millions de personnes soutenant le recours de l’Affaire du siècle, est jugée largement insuffisante.

Sophie Chapelle

Photo : © Clément Tissot / opération Sortons Macron, le 21 février 2019 à Paris.

Source : https://www.bastamag.net/L-etrange-zele-des-forces-de-l-ordre-pour-rechercher-et-interpeller-les

samedi 13 avril 2019

1 - Raid chinois sur le chêne français

Aujourd'hui trois articles sur la forêt

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Raid chinois sur le chêne français

Par Laurent Martinet, publié le 07/06/2018 

 




Le chêne est l'essence la plus répandue de la forêt française, et recouvre 10% du territoire.
Getty Images/iStockphoto

Les scieries de chêne françaises ont peur de mettre la clé sous la porte, car la Chine s'accapare leur matière première. 


Bois de Quincy, à une dizaine de kilomètres de Vierzon, dans le Cher. Compas forestier en main, Victor Steenwinckel se baisse pour mesurer la circonférence d'un chêne récemment abattu. Ce solide quadra exploite cette parcelle broussailleuse pour Unisylva, une coopérative qui gère les biens de 12 000 propriétaires privés à travers la France. "Cet arbre, il sera découpé dans le Loiret par une scierie qui travaille pour Leroy-Merlin", explique-t-il sans prêter gare aux nombreux et voraces moustiques alentour. En voilà toujours un que les Chinois n'auront pas, serait-on tenté de dire ! En 2017, une grume - tronc entier et non écorcé - sur quatre est partie à l'étranger, et dans 70% des cas pour prendre la direction de la Chine. La tendance s'accélère encore en 2018, alerte la Fédération nationale du bois (FNB).

Ce chêne abattu dans le bois de Quincy sera transformé en France contrairement à nombre de ses congénères qui partiront vers la Chine. Laurent Martinet/L'Express


Quel succès pour cet arbre qui couvre 10% du territoire français ! La balance commerciale de la filière chêne est d'ailleurs excédentaire, alors que la filière bois, dans son ensemble, perd de l'argent. Le problème, c'est que les industriels français qui transforment ce bois noble ne trouvent plus rien à se mettre sous la scie. Il en manque actuellement 400 000 mètres cube dans les scieries, estime la FNB.

"Malgré un carnet de commande plein, faute de matière première nous ne travaillons plus le vendredi", se désole depuis la Haute-Saône Valérie Deschaseaux, qui fabrique des traverses de chemin de fer pour toute l'Europe. Du chiffre d'affaires en moins, et des angoisses en plus. Notamment celle de mettre la clé sous la porte, comme la SETB, une petite scierie dans la Meuse qui a dû fermer boutique faute de matériau. Toute la filière, soit quelque 500 scieries représentant 26 000 emplois directs, craint de subir le même sort.

Les Chinois font flamber les prix


La raison de la pénurie ? "Les Chinois, qui lors des ventes aux enchères organisées pour vendre le bois des forêts privées surenchérissent systématiquement, enrage Jean-Bernard Bahier, un scieur de l'Eure. A un moment on ne peut plus suivre". Ce qui contribue d'ailleurs à la flambée du cours du chêne : rien qu'en 2017, il a augmenté de 38% pour atteindre en moyenne 170 euros au mètre cube, selon les chiffres de la FNB. En quatre ans son prix a carrément doublé. Si les Chinois ne regardent pas à la dépense, c'est qu'en 2014 Pékin a interdit le bûcheronnage dans ses forêts du nord-ouest, dont les ressources sont épuisées. En 2016, elle a même élargi cette interdiction à tout le pays. Les industriels du bois locaux sont donc obligés de se fournir à l'étranger pour répondre à la forte demande intérieure.

Comment faire dans ces conditions pour que la majorité des chênes français ne finissent pas dans des cargos, direction l'empire du Milieu ? Pour les scieurs, la solution est toute trouvée : appliquer aux forêts privées le label UE, qui interdit depuis 2015 à l'ONF de vendre des grumes de chêne non-transformées à l'extérieur de l'Union européenne. Voire carrément privilégier les scieries hexagonales lors des ventes. "En Allemagne, les entreprises locales sont servies les premières. Qu'est-ce qui empêche la France de faire de même ?", maugrée le député PS de Meurthe-et-Moselle Dominique Potier.

Pas question de renoncer à cette manne

 

Mais les forestiers privés sont du genre durs de la feuille. "Depuis 10 ans, on leur a littéralement donné notre bois", vitupère Antoine d'Amecourt, président de Fransylva, la fédération qui regroupe leurs syndicats. De fait, le marché du chêne sort d'une longue crise, avec des prix qui se sont effondrés après la crise financière de 2008. La hausse actuelle ne lui a finalement fait retrouver que son cours des années 1980, tandis que dans l'intervalle, les coûts d'entretien de la forêt grandissaient aussi régulièrement que les arbres. "80% de notre chiffre d'affaires passe en réinvestissement et il faut trois générations pour produire un chêne", poursuit le représentant des propriétaires.

Pas question donc pour eux de se priver des tarifs alléchants proposés par les acheteurs chinois. "Au lieu d'essayer systématiquement de faire baisser le cours du chêne, les scieurs français feraient mieux d'essayer de se mettre au niveau de la concurrence", lâche David Caillouel, un exploitant forestier qui, déçu par les velléités protectionnistes de la FNB, a fait sécession pour fonder en 2016 le syndicat de la filière bois (SFB), fort de 217 adhérents et de 80% du chiffre d'affaires des exploitants forestiers. Pour eux, si les transformateurs français ne peuvent pas suivre, c'est qu'ils n'ont pas assez investi pour améliorer la rentabilité de leurs scieries.

Des critiques qui mettent hors de lui Samuel Deschaumes, scieur depuis quatre générations, établi dans le Cher, tout près de la forêt de Tronçais. Des investissements ? "Je n'arrête pas d'en faire, regardez autour de vous". Dans un des immenses hangars de sa société, les grumes écorcées sont scannées l'une après l'autre au laser avant de passer et de repasser sous la scie, commandée depuis une cabine de pilotage en surplomb. Les planches débitées seront transformées sur place en lames de parquet ou en plans de travail pour les cuisines.


Dans la scierie de Samuel Deschaumes, des grumes de différentes tailles sont débitées en planches. Laurent Martinet/L'Express

La scierie va jusqu'à vernir ses productions, qui sont vendues en direct sur internet. Son entreprise vivote pourtant à 60% de ses capacités depuis plus d'un an. Le cours du chêne ? "Nous ne voulons pas qu'il soit moins cher, nous voulons qu'il soit à son prix de marché", proteste-t-il. Selon lui, les surenchères de la Chine ont pour but d'étrangler les scieries françaises en les privant de leurs ressources, au bénéfice de ses propres entreprises de transformation du bois.



Source : https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/raid-chinois-sur-le-chene-francais_2014847.html?fbclid=IwAR1PuCqsjAqiOtwXkh1FtZ0dbST8oMJlezH_1jRqQV2lOpM8qngjNlWY8BE

2 - L’exploitation de la forêt est entrée dans la démesure

Aujourd'hui trois articles sur la forêt 


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L’exploitation de la forêt est entrée dans la démesure

19 septembre 2018 / Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre) 

Dans « Le Temps des forêts » — film dont Reporterre est partenaire —, François-Xavier Drouet décrit le double visage de l’exploitation forestière française, du spectacle accablant de la gestion industrielle grâce à des machines démesurées, à la sylviculture « qui ne soit pas hors sol » d’hommes et de femmes attachés à remettre un peu de « raison » sous le couvert forestier.

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On dénonce à longueur de colonnes, ici même, l’agriculture dite « moderne », l’agroalimentaire et leurs dérives folles. On dénonce peu en revanche la forêt et son exploitation. La presse n’en parle pas. Et les télés, y compris les mieux disposées, ignorent le sujet. C’est pourtant un thème tout aussi passionnant, qui a beaucoup à voir avec la globalisation des échanges. Grâce au travail de François-Xavier Drouet, le réalisateur du Temps des forêts, une partie du voile est levé avec, au bout du compte, un joli film, captivant et bien troussé, engagé, avec un propos très net sans être caricatural. Les images parlent d’elles-mêmes, et le film est une réussite (cela dit indépendamment du fait que Reporterre en soit partenaire).

Le documentaire nous promène du Morvan au massif des Landes de Gascogne, dans la forêt des Vosges ou l’est de la France, dans toutes ces régions où l’arbre est roi. C’est son exploitation qui est le propos du film. En parlent librement ceux qui en vivent : les propriétaires, les bûcherons, les conducteurs d’engins forestiers, les patrons de scieries, les fonctionnaires de l’ONF chargés du vaste patrimoine forestier de l’État… Et les défenseurs d’une exploitation « raisonnable » de la forêt.


Car « raisonnable », l’exploitation actuelle de la forêt ne l’est plus. Les travers qui accablent l’agriculture se retrouvent dans le monde forestier comme décalqués. Ce sont les deux faces d’un phénomène unique. De la même façon que l’on désherbe les champs avec force pesticides, on maltraite le couvert forestier à coup de glyphosate. De la même façon que les variétés de céréales cultivées se réduisent comme peau de chagrin, les essences d’arbres cultivées elles aussi se comptent sur les doigts de la main. Ici, le pin triomphe. Là, ce sera le douglas. Tous alignés, tirés au cordeau, à la façon d’un champ de maïs. Malheur au chêne ou au bouleau que le hasard a fait germer dans une plantation industrielle de douglas. Il est condamné d’avance. Des images choquantes montrent des chênes splendides, en pleine force de l’âge, couchés le long des sentiers forestiers et promis à finir dans un poêle sous forme de plaquette forestière. C’est un beau gâchis que ne soupçonnent sans doute pas les adeptes de ce type de plaquettes de bois.


C’est un défilé de machines monstrueuses, démesurées


D’autres images, tout aussi spectaculaires, s’arrêtent sur l’exploitation d’une parcelle forestière. C’est un défilé de machines monstrueuses, démesurées. Certaines coûtent un demi-million d’euros. Les premières à intervenir dans la forêt sont les abatteuses. En quelques secondes, elles ont abattu, ébranché, tronçonné et déposé sur le sol un arbre adulte. Elles font en une journée le travail d’une centaine de bûcherons. D’autres engins, à la puissance phénoménale, se chargeront de broyer et de transformer tout aussi rapidement les souches en copeaux de bois. Viennent derrière les camions chargés de transporter les grumes en bordure de route. Ce sont des monstres d’une trentaine de tonnes. Visiblement, les sols gorgés d’eau des Vosges, tels que nous les montre François-Xavier Drouet, auront beaucoup de mal à se remettre de leur passage. Ensuite, pour les grumes, ce sera le chemin de la scierie. Celle sur laquelle s’attarde le réalisateur fait en une journée autant de travail qu’une petite scierie en une année.


À ces images extravagantes, le réalisateur oppose d’autres images, plus rafraichissantes (celles d’un bûcheron travaillant à l’ancienne, d’une propriétaire adepte d’une régénération naturelle des sols) et des propos bienveillants tenus par tous ceux qui défendent une sylviculture qui ne serait pas hors sol. Deux mondes s’opposent. La caméra de François-Xavier Drouet les a saisis au plus près.


Le Temps des forêts
, documentaire de François-Xavier Drouet, 2018, 1 h 43. Actuellement au cinéma.





Lien vers la bande annonce :  https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=QT560lu9GXo


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Lire aussi : Forêt


Source : Jean-Pierre Tuquoi pour Reporterre
Photos : © Atelier documentaire

Source : https://reporterre.net/L-exploitation-de-la-foret-est-entree-dans-la-demesure

3 - ONF : la dérive vers la privatisation inquiète les forestiers.

Aujourd'hui trois articles sur la forêt 


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ONF : 

la dérive vers la privatisation 

inquiète les forestiers.







Arrêt des recrutements de fonctionnaires, diminution des effectifs, évolution vers des profils spécialisés… Les agents de l’ONF craignent que leur établissement ne soit plus le garant d’une forêt pérenne et durable.


En septembre dernier, des agents de l’Office national des forêts (ONF) ont organisé, depuis quatre grandes villes de France, des marches qui ont convergé vers la forêt domaniale de Tronçais (1), dans l’Allier. Réunis par centaines le 25 octobre 2018, sous les chênes pluricentenaires, ils ont dénoncé la privatisation en cours au sein de l’ONF qui « préfigure la disparition de ce service public et une politique forestière au rabais. » Les évolutions à l’ONF « menacent de tirer vers le bas toutes les garanties de gestion durable en forêt publique comme en forêt privée », alerte le manifeste de Tronçais, signé par 70 % du personnel de l’Office et un grand nombre d’associations environnementales. Cet acte fort traduit l’immense inquiétude, partagée par une majorité de techniciens forestiers territoriaux de l’ONF, autrefois appelés gardes forestiers.

« On ne pourra pas résister au marché »


À l’ONF, établissement public à caractère industriel et commercial (PIC), les techniciens forestiers territoriaux avaient tous, jusqu’à un passé récent, un statut de fonctionnaire, contrairement à d’autres salariés – ouvriers forestiers, cadres… – qui relevaient de statuts de droit privé. Hors, depuis deux ans, des salariés de droit privé ont été recrutés sur des postes de techniciens forestiers territoriaux, « un fait sans précédent depuis la création de l’ONF en 1964 » et contraire aux textes de lois et décrets, dénonce l’intersyndicale de l’ONF (2). Depuis 2018, plus aucun concours de recrutement de fonctionnaires n’a été organisé. L’intersyndicale fait valoir que cette évolution du statut de l’ONF, voulue par la direction, s’opère « en l’absence de tout débat parlementaire ou public sur les conséquences de telles décisions ».

"C’est très grave. Si on n’est plus fonctionnaires, donc plus protégés, on ne pourra pas résister au marché. Si notre hiérarchie nous impose des objectifs de coupes qui ne correspondent pas à nos critères de développement durable, on ne pourra pas s’y opposer. Et le marché a besoin de bois, notamment pour les centrales à biomasse et les énergies renouvelables." Un agent ONF

À L’ONF, les prévisions de coupes et de travaux pour chaque forêt sont inscrites dans un document de gestion durable, qui a une durée de vingt ans. « Ce cadre-là nous prémunit contre toute surexploitation de la forêt. Je ne partage pas cette inquiétude », précise Benoit Loussier, directeur de l’agence départementale des Alpes-de-Haute-Provence de l’ONF. Pourtant, quand les agents qui élaborent les documents de gestion durable ne seront plus fonctionnaires, ils devront prévoir des niveaux de prélèvements correspondant aux ordres donnés, qui seront ceux du marché. De plus, dans certaines régions de France, des directions ont déjà demandé à leurs agents de couper plus de bois, dépassant ainsi les objectifs de développement durable. Les forestiers ont dit non. Mais jusqu’à quand cela sera-t-il possible ? Qu’en sera-t-il des nouvelles générations, non protégées par le statut de fonctionnaire ?




300 postes supprimés en 2018


Il est à noter que le contrat d’objectif 2016-2020 prévoit de récolter 15 millions de m³ de bois en 2020, soit une augmentation de la production de bois de 2 millions de m3 par rapport à 2017.
« Aujourd’hui, il nous semble qu’on privilégie les recettes et l’industrialisation de la forêt plutôt que la gestion durable », déplore Gérard Philip, délégué syndical Unsa. Il y voit une conséquence de la situation déficitaire dans laquelle se trouve l’ONF, qui cumule une dette estimée à 300  millions d’euros. Le prix du bois, dont la vente devait permettre à l’ONF de s’autogérer lors de sa création, a chuté. Il est au même prix qu’il y a trente ans, en euros constants. Pour équilibrer son budget, la direction générale a réduit la masse salariale. Entre 2002 et 2018, l’Office a perdu plus de 20 % de personnel. Trois cents postes ont été supprimés en 2018 et autant vont l’être cette année. Ces restrictions ont fait naître une grande souffrance parmi les forestiers, qui disent n’avoir pas le temps de faire correctement leur travail.

"La charge augmente malgré l’informatisation. On doit faire des choix, et parfois la surveillance des coupes passe à la trappe."

Les agents, souvent des amoureux de la forêt, se battent pour la gérer en respectant les rôles que lui impose le Code forestier : produire du bois, promouvoir l’écologie et accueillir le public. Sur leur parcelle, ces agents assurent des tâches multiples dans les forêts domaniales (État) et les forêts de collectivités qui sont pour l’essentiel des forêts communales. Ils interviennent à toutes les étapes de la sylviculture, du semis à la vente du bois en passant par les éclaircissements, le marquage des arbres, les coupes, la surveillance des chantiers d’exploitation, les tâches administratives… Ils gèrent la biodiversité, l’eau, la chasse, les aires de pique-nique… Ils exercent des missions de police, sont sollicités pour remplir des missions d’intérêt général (restauration des terrains de montagne, prévention des incendies…), et des activités concurrentielles (entretien de végétation pour le réseau ferré, élagage d’arbres dans les communes…).




























« Peur de la spécialisation »

"La multifonction est le ciment, le pilier de notre métier. Je vais voir une coupe et je peux faire autre chose aussi : gérer l’eau, le pâturage, la chasse. Si on me dit que je ne fais plus que de la coupe, ce n’est pas possible. On a une grande peur de la spécialisation. La direction générale ne veut plus qu’on ait le triage, c’est-à-dire la gestion globale d’une forêt."
Gérard Philip, ce délégué syndical redoute que cette spécialisation en cours à l’ONF aboutisse à des licenciements : « Si on spécialise des gens, on peut supprimer plus de monde. Si la spécialité ne plaît plus, la personne dégage. » Il estime que cette évolution va nuire aussi à la gestion des forêts communales qui souffrent déjà des conséquences de la réduction des effectifs à l’ONF. « Un maire aime bien avoir son garde forestier. Si on lui envoie le spécialiste bois, ou le spécialiste coupe, il ne va plus rien comprendre. »










Benoit Loussier justifie cette évolution par le besoin de développer des compétences pointues dans différents domaines, notamment dans la commercialisation du bois.

"Aujourd’hui, l’ONF développe une stratégie d’exploitation en bois façonnés (3). On fait exploiter nous-mêmes les bois, et ensuite on approvisionne nos clients avec les produits dont ils ont besoin. C’est l’évolution normale de toutes les entreprises".

Alors, l’ONF, une entreprise comme les autres ?

Nicole Gellot

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1 – Importante chênaie plantée par Colbert pour la construction de bateaux.
2 – Dans un document intitulé L’ONF : situation critique, du 18/04/2018.
3 – L’arbre est débité en grume (tronc coupé ébranché revêtu de son écorce) ou en billon (rondin découpé dans une grume). À l’heure actuelle, l’ONF vend en grande majorité les bois sur pieds.



jeudi 11 avril 2019

Fillols - 16 avril - Film documentaire - "Prenez garde à la peinture... et à Francis Picabia !"

Le Foyer laïque de Fillols et la bibliothèque Omnibus ont le plaisir de vous inviter

LE MARDI 16 AVRIL
à 20H30
salle des fêtes de Fillols

à la présentation publique de

« PRENEZ GARDE À LA PEINTURE… ET À FRANCIS PICABIA ! »
UN FILM DOCUMENTAIRE DE RÉMY RICORDEAU
(2018 / 100mn)

EN PRÉSENCE DU RÉALISATEUR
 
Après être venu l’an passé nous présenter deux documentaires sur l’art Brut, Rémy Ricordeau revient à Fillols pour une rencontre autour de son dernier film : un portrait détonnant de l’artiste Francis Picabia. Voici la présentation qu’en faisait récemment le centre Pom-Pompidou :

« Après avoir, avec son ami Marcel Duchamp, décrété la mort de l’art, Francis Picabia est devenu une référence incontournable aux yeux de ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’art moderne et son rapport à la liberté. « Notre tête est ronde pour permettre à la pensée de changer de direction » affirmait-il. Il convient de prendre son humour au sérieux : la cohérence de sa démarche réside en effet dans son insatiable curiosité et son goût immodéré de la vitesse et du jeu, cette soif de vivre désespérée qui ne s’est accommodée d’aucun conformisme ni d’aucune autre règle que celle du désir de tout expérimenter.

Peintre polygraphe et iconoclaste, par ailleurs écrivain, poète et amateur d’automobiles, la vie dans tous ses excès était à ses yeux préférable à son oeuvre; et le jeu des passions à la morbidité des dogmatismes. Ce film se propose ainsi de retracer la vie de Francis Picabia en soulignant l’importance de sa singularité dans l’histoire intellectuelle et artistique du XXème siècle »