Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan. Mais pas que. Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
Il est souvent affirmé que la FNSEA, principal syndicat agricole français, fait la politique agricole en France. Mais comment s’y prend-elle? Le média d’enquête breton Splann! livre une partie de l’explication dans une nouvelle enquête, publiée le 23 mai.
Grâce à des données publiques, les enquêteurs ont pu faire la cartographie des mandats de quatre figures clés du syndicat. «Ils siègent partout, écrit Splann!.
Dans les instances de santé publique, de qualité de l’air,
d’environnement, de gestion de parc naturel, de gestion des risques
industriels, mais aussi dans la presse agricole ou l’événementiel. Une
domination qui étouffe la démocratie syndicale.»
Ainsi, le patron de la FNSEA, le céréalier Arnaud Rousseau,
cumule pas moins de vingt-deux mandats, constate l’enquête de nos
confrères. Syndicaux, bien sûr. À la chambre d’agriculture
d’Île-de-France, également. Mais aussi comme élu local en tant que maire
de Trocy-en-Multien (Seine-et-Marne). Ou encore, ce n’est pas
négligeable, comme président d’Avril, quatrième groupe agroalimentaire
français. Splann! a compilé tous ses mandats dans une grande infographie à retrouver ici.
Le N°2 de la FNSEA, Jérôme Despey,
viticulteur dans l’Hérault, est en plus de ses mandats syndicaux membre
de l’équipe de direction de sa cave coopérative, vice-président de
l’Institut français de la vigne et du vin. Il a aussi un poste clé pour
la viticulture à France Agrimer et au conseil d’administration de
Pressagrimed, qui édite des journaux professionnels agricoles, et est
également président de la société qui organise le Salon de
l’agriculture. «La FNSEA a un pied dans une bonne partie de la presse agricole et des rendez-vous professionnels et grands publics du secteur», note Splann!.
Le média d’enquête a aussi dénombré jusque dix-huit mandats pour Thierry Coué, patron de la FNSEA
en Bretagne. Il représente son syndicat dans de nombreuses instances et
comités : à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), au
Conseil économique social et environnemental (Cese), au Conseil national
de l’air, au Conseil supérieur de la prévention des risques
technologiques, au Comité régional nitrate. « Le
point commun de toutes ces instances : leur pouvoir d’influence dans
l’encadrement des secteurs agricole, environnemental et sanitaire », écrit Splann !. Il a aussi été président du magazine de la chambre d’agriculture de Bretagne Terra, et est administrateur d’un autre salon agricole important, le Space (Salon international de l’élevage).
Enfin, autre homme fort de la péninsule, André Sergent, éleveur intensif
de porcs, est président de la chambre d’agriculture de Bretagne depuis
2019, après avoir géré celle du Finistère. La Cour de discipline
budgétaire et financière l’a d’ailleurs sanctionné pour sa gestion
illégale des comptes de la chambre d’agriculture du Finistère, signale
Splann!. André Sergent est très
présent dans les instances de lobbying de la filière porc : il siège à
l’Institut de la filière porcine et au comité régional porcin.
Ces élus syndicaux sont censés représenter tous les agriculteurs. Or,
leurs mandats leur permettent de défendre une vision productiviste de
l’agriculture, correspondant d’ailleurs à leurs pratiques dans leurs
exploitations, observent nos confrères. Et ce, alors que la FNSEA (via sa liste d’alliance avec les Jeunes agriculteurs), aux dernières élections professionnelles, a certes recueilli 55% des suffrages exprimés. Mais l’abstention étant importante, cela ne correspond qu’à un quart des agriculteurs.
Début mai, l'Autorité de
sûreté nucléaire (ASN) a donné son feu vert pour la mise en service du
réacteur EPR de Flamanville. Ce dernier pourra donc effectuer son
premier chargement de combustible, amorçant ainsi son fonctionnement.
Cependant, un nouveau problème semble se profiler à l'horizon...
En effet, le couvercle du réacteur est défectueux et devra être remplacé à la fin du premier cycle de fonctionnement, d'ici fin 2025.
Il s'agit d'une décision d'EDF de ne pas remplacer le couvercle avant
le démarrage du réacteur, afin de ne pas retarder davantage le chantier
colossal que représente ce premier EPR en France.
Pour rappel, le coût initial du projet de l’EPR de Flamanville était
estimé à 3 milliards d'euros (base 2003). Cette somme a été multipliée
par plus de quatre en 20 ans et avoisine maintenant les 12,4 milliards d'euros, auxquels s'ajoutent 6,7 milliards d'euros de coûts supplémentaires.
Cette inflation des coûts est largement due aux retards du chantier.
Le premier béton a été coulé le 3 décembre 2007, avec une mise en
service initiale prévue en 2012. Après de nombreux retards, sa mise en
service est désormais prévue pour 2024.
La décision d'EDF de précipiter la mise en service du réacteur entraînera la production de déchets radioactifs supplémentaires.
En effet, le couvercle de la cuve sera contaminé et devra être envoyé
au centre de stockage de l'Aube. Nous manquons actuellement
d'informations sur la taille, le coût ou la durée de ce nouveau
chantier. De plus,la radioactivité du couvercle représente un risque pour les travailleurs exposés aux rayonnements ionisants, selon l'ASN.
Agir pour l'Environnement demande ainsi à EDF de retarder la mise en
service du réacteur de Flamanville, afin de prendre le temps de
remplacer le couvercle défectueux avant qu'il ne devienne radioactif. Il
est inacceptable qu'EDF et le gouvernement mettent en danger la santé
des travailleurs et permettent la pollution de notre environnement au
nom de choix politiques, faute de pouvoir se permettre un nouveau
retard !
Alors que les Pyrénées-Orientales souffrent d’une
sécheresse intense, le gouvernement veut notamment détourner l’eau du
Rhône jusqu’à Perpignan. Des habitants, eux, réclament une gestion plus
citoyenne de l’eau.
«Ce que vous vivez, c’est ce qui nous attend.»
Le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu était en
déplacement à Perpignan, le 22 mai. Dans les Pyrénées-Orientales, la
situation est rude. Après deux années de sécheresse consécutives,
les nappes ne se sont pas rechargées, les cours d’eau sont secs, les
forêts roussies au sortir de l’hiver et douze communes sont déjà privées
d’eau potable, de manière totale ou partielle.
Le gouvernement entend donc répondre à la crise, et «faire du territoire des Pyrénées-Orientales un démonstrateur des solutions et des processus d’adaptation»,
a précisé le ministre. Autrement dit : pour avoir une idée de la
manière dont la France va réagir aux tensions sur l’eau dans les années à
venir, il faut s’intéresser à ce qui se passe dans les
Pyrénées-Orientales.
Si le ministre a mentionné «la mobilisation des acteurs du territoire» pour faire des économies d’eau, l’essentiel des annonces a porté sur des financements d’infrastructures, à hauteur «au minimum»
de 10 millions d’euros, financés au moins pour moitié par l’État par
l’intermédiaire de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse. L’État
s’apprête aussi à investir par le biais du ministère de l’Agriculture,
la Caisse des dépôts prévoyant de mettre en place des «aquaprêts» permettant d’emprunter sur soixante ans pour des projets liés à la gestion de l’eau.
Nouveau mégaprojet
Si le ministre a commencé par parler chiffres, c’est que les projets
retenus sont globalement coûteux. D’abord, trois installations pour
faire de la réutilisation des eaux usées (Reut) à Argelès-sur-Mer,
Saint-Cyprien et Canet-en-Roussillon : «C’est pas la solution miracle, sauf que quand on est au bord de la mer, on n’a aucun intérêt à rejeter [l’eau] dans la mer.»
Les quatre autres mesures portent sur l’amélioration des
infrastructures d’acheminement d’eau, notamment en traquant les fuites
et en installant une «télégestion à la parcelle».
Mais le gros des annonces concerne surtout un mégaprojet dont les études de faisabilité seront rendues «au plus tard fin 2025»,
a annoncé le ministre : la création d’un nouveau réseau de canaux en
extension d’Aqua Domitia, le vaste système de tuyauterie qui achemine
l’eau du Rhône jusqu’à Montpellier. Il s’agit cette fois d’un projet
allant «jusqu’à un demi-milliard d’euros de travaux» : de quoi comprendre des «évolutions tarifaires» à venir sur le prix de l’eau dans le département.
Christophe Béchu a enfin regretté la multitude de «petits syndicats» qui gèrent l’eau dans le département, qui constituent selon lui un «facteur de fragilité», et préfère miser sur la «mutualisation».
« Nous, on veut gérer notre eau »
Les propositions étaient toutes autres, quelques jours plus tôt, lors de «palabres pour une assemblée populaire de l’eau»
organisées dans le village de Fillols. Une centaine d’habitants étaient
réunis par le collectif des Brulls, pour faire un point sur les années
écoulées et réfléchir aux «moyens de s’organiser», avec un point commun : «Nous, on veut gérer notre eau», résume Annie [*], une participante.
Face aux arrêtés préfectoraux imposant des restrictions d’eau, perçus comme des «décisions infantilisantes venues d’en haut»,
peste François, certains reconnaissent s’être organisés au niveau d’un
village pour y déroger collectivement, afin notamment de continuer
d’arroser des jardins partagés. Et de pointer du doigt le modèle
d’agriculture intensive qui mise sur l’irrigation et le stockage de
l’eau, mais aussi des aménagements du territoire qui accélèrent la
bétonisation des terres au profit du tourisme.
«Cela fait cinquante ans que
le territoire est aménagé pour le tourisme et les résidences
secondaires de retraités qui viennent profiter du soleil, pointe Stéphane, du collectif des Brulls. Alors la solidarité avec les habitants du territoire, je dis oui; mais en se demandant : “Une solidarité pour quoi, avec quelle logique?”»
En marge de la visite de Christophe Béchu, Jean Henric, le président
des Jeunes agriculteurs, syndicat agricole classé à droite, se
félicitait d’avoir «évité la guerre de l’eau»
l’été dernier. Mais la sécheresse dans le département met en exergue
des lignes de fracture qui ne feront que s’intensifier à mesure que
l’eau s’amenuisera.
Oyé oyé artistes, artisans et acteurs culturels et agriculturels
locaux, si le cœur vous en dit, ce sont les derniers jours pour venir
déposer vos œuvres, ouvrages et autres fruits de votre labeur dont vous
souhaiteriez faire don. Merci à ceux qui ont déjà généreusement joué le
jeu... Et pour les retardataires, il reste encore des tickets de loterie, disponibles au comptoir !
MERCREDI
JEUDI
Ce
jeudi à l'heure de l'apéro, un homme-orchestre viendra nous régaler de
sa passion. Une bonne façon de venir découvrir l'AMAP en savourant un
des breuvages locaux au passage...
vendredi
Le
fameux dernier vendredi : Hop ! On se retrousse les manches et on
s'anime ensemble pour prendre soin de notre intérieur, qui est aussi le
vôtre ! Toutes les fourmis sont bienvenues... Pensez à nous avertir de
votre présence ;) MERCI
N’importe quel sauveur de peuple vous le dira, si
vous voulez sauver le peuple il faut que le peuple soit en danger. Plus
le danger sera grand, plus vous aurez vos chances de sauveur. Peu
importe que le peuple vous aime, il peut même vous détester, mais si
vous lui faites croire que vous êtes l’unique bouclier contre le mal, il
se rangera derrière vous. C’est ce que fait le pouvoir en France avec
le Front national depuis une bonne quarantaine d’années.
D’un groupuscule facho qui végétait dans un coin, des malins ont
fabriqué un affreux épouvantail. Et, comme prévu, le bon peuple apeuré
s’est rangé tout gentil derrière les malins en question. Sauf que peu à
peu le bon peuple en a eu marre de ces malins qui le traitaient moins
qu’un chien et pour se défendre il a commencé à aller voir du côté de
l’épouvantail. Et l’épouvantail s’est fait tout gentil, tout propre sur
lui, et à son tour il a joué le sauveur du peuple. Le grand danger qu’il
a inventé c’est l’immigré qui vient manger le pain des Français. Et
voilà l’épouvantail de l’épouvantail. Et aujourd’hui le bon peuple est
en train de se ranger tout gentil derrière ces nouveaux malins qui vont
le traiter moins qu’un chien.
Et il faut vite dire au bon peuple qu’il va à nouveau tomber dans un piège :
Le Rassemblement National a voté :
– Contre l’augmentation du SMIC à 1500 Euros,
– Contre l’indexation des salaires sur l’inflation,
– Contre le blocage des prix des produits de première nécessité,
– Contre la gratuité des cantines et des fournitures scolaires pour les plus modestes,
– Contre le recrutement des sapeurs-pompiers, contre la revalorisation de leurs salaires,
– Contre la garantie d’autonomie à 1063 euros,
– Contre la taxation des yachts et des jets privés,
– Contre le rétablissement de l’ISF (Impôt Sur la Fortune),
– Contre une taxe sur les revenus supérieurs à 3 millions d’euros,
– Contre la hausse des moyens pour lutter contre la fraude fiscale,
– Contre les taxes sur les superprofits,
...etc...
Faites circuler ces chiffres et ces infos, ça circule mais pas assez !
Mais attention, ça ne veut pas dire qu’il faudrait reprendre du Macron, ou même quelque chose d’approchant !
En 1969, entre deux candidats qui se livraient un faux duel, on disait partout : « c’est bonnet blanc et blanc bonnet ».
Aujourd’hui, entre RN et Renaissance, c’est la même chose : entre les
jumeaux Attal et Bardella, c’est benêt blanc et blanc benêt.
Heureusement pour vous aider à échapper à tout ça, on est là ! On est là !
Cette semaine, voilà une petite idée de ce que peuvent être les
Caldoches, une grande idée sur ce que fut l’Anarchie, des idées fortes
pour les enfants en situation de handicap et de fausses bonnes idées sur
la programmation des Jeux Paralympiques, et encore plein d’autres idées
dans les archives de Là-bas et dans les films de tante Zoé, gratos pour
ces bienheureux que sont nos abonnées et és chéries et is...
Excusez-moi, je vous quitte, il y a le rouge-gorge qui est revenu au
coin de la table et qui attend que je fasse encore une photo de lui.
Daniel Mermet
P.S. Encore des milliers et des milliers de messages d’abonnés qui ne
savent pas comment nous remercier pour le bonheur qu’ils éprouvent
grâce aux abonnements qu’ils ont simplement offerts, des amitiés nouvelles, des amours tendres ou torrides « alors que ça coûte si peu, merci Là-bas ! ». Impossible de répondre à toutes et tous. En plus et par ailleurs, vous pouvez entrer dans la grande famille Là-bas en faisant un simple don défiscalisé. Voilà comment : si vous donnez 100 €, vous déduisez 66 € de votre impôt et il vous en coûtera seulement 34 €.
Une AMG nous fait observer que cette remise fiscale, c’est si vous
payez des impôts, ce qui n’est pas son cas. Pour tout ça et le reste
vous pouvez joindre Leïla qui peut vous aider, il suffit de lui passer
un coup de fil au 01 86 95 25 02, elle vous répondra du lundi au
vendredi.
Jeux paralympiques : « il ne manque rien, sauf vous ! », et en effet vous manquez
Le Ciné Là-bas de mai| De beaux films gratos pour nos abonnés adorés…
Ce mois-ci, avec le Ciné Là-bas, on traverse le temps et l’espace :
–BEIGNETS DE TOMATES VERTES, escale en Alabama, au Whistle Stop Café, pour faire connaissance avec Idgie et Ruth,
–CAPITAINES D’AVRIL, de Maria de Medeiros, retour sur la révolution des oeillets, au Portugal, il y a tout juste 50 ans,
–EVOLUTION, un film d’animation canadien
sur la naissance (et l’étrange évolution) de l’humanité, pour les
petits (et les grands) lardons : https://la-bas.org/la-cinematheque-de-la-bas/le-cine-la-bas-de-mai-de-beaux-films-gratos-pour-nos-abonnes-adores
La réutilisation des eaux usées pour l’irrigation a
le vent en poupe. Mais plusieurs associations écologistes estiment que
la démarche a plusieurs défauts et n’incite pas à un changement de
modèle.
Murviel-lès-Montpellier (Hérault), reportage
Les feuilles de vigne miroitent sous le zénith, et les futures
grappes, encore vertes, bourgeonnent entre les sarments. La récolte
s’annonce bonne. Aux pieds des ceps, un discret tuyau apporte l’or bleu,
goutte à goutte, au vignoble. «Cette eau provient directement de la station d’épuration, indique Nassim Ait Mouheb, pointant du doigt une lagune en contrebas. Ici, il n’y a pas d’eau à puiser, alors on essaye de réutiliser celle qui vient d’être épurée.»
Depuis cinq ans, ce chercheur à l’Institut national de recherche
agronomique (Inrae) mène une expérimentation ambitieuse : montrer
qu’irriguer avec les eaux usées est sans risque pour la santé et
bénéfique pour l’agriculture et l’environnement.
Face aux sécheresses et aux pénuries d’eau récurrentes, la réutilisation des eaux usées traitées — alias «reut»
pour les spécialistes — a le vent en poupe. L’idée paraît ingénieuse :
récupérer l’eau qui sort des stations d’épuration pour arroser les
champs ou les espaces verts. Il ne s’agit donc pas de brancher les
tuyaux de nos toilettes directement dans notre jardin!
À Murviel-lès-Montpellier, «les eaux grises des habitants sont d’abord dégrillées [filtrées à travers des grilles qui retiennent les matières solides] puis filtrées sur des lits de graviers plantés de roseaux»,
explique Florence Voillet, chargée de la station pour la métropole de
Montpellier. Un traitement à base de chlorure ferrique est aussi
effectué afin d’éliminer le phosphore. C’est seulement ensuite que l’eau
peut être récupérée pour l’irrigation.
«Les eaux usées constituent une ressource qui peut satisfaire les usages agricoles»
Sur le papier, la pratique a tout pour séduire : économie d’eau
potable, fertilisation des cultures sans engrais — puisque l’eau traitée
est plus riche en azote et en phosphore que l’eau claire. «Dans l’Hérault, on manque d’eau, notamment en période estivale, observe Nassim Ait Mouheb. Les eaux usées constituent une ressource qui peut satisfaire les usages agricoles.»
En France, les premiers projets ont d’ailleurs vu le jour dans les
années 1980 afin d’arroser des cultures dans des régions sans accès à
l’eau : sur les îles de Noirmoutier (Vendée) et de Porquerolles (Var),
ainsi que dans la plaine de Limagne, près de Clermont-Ferrand
(Puy-de-Dôme). Le potentiel, selon le Centre d’études sur l’environnement et l’aménagement (Cerema), serait important : 1,6 milliard de mètres cubes par an.
Pourtant, la «reut»
est restée jusqu’à présent marginale. Le Cerema recensait, en 2017,
128 cas, dont 63 seulement en fonctionnement… sur près de 20 000
stations d’épuration urbaine en France. Soit moins de 1% du volume d’eau traitée à l’échelle nationale [1]. Dans l’Hérault, on dénombrait cinq projets actifs en 2021, mais une quinzaine était en cours de réalisation ou à l’étude.
La pratique peine encore à se développer, malgré les discours
volontaristes des pouvoirs publics. Pour Thierry Uso, la raison en est
toute simple : «La “reut”, ce n’est pas la panacée.»
Le militant écologiste, membre d’Eau secours 34, suit le dossier depuis
des années… et demeure très sceptique quant à l’intérêt de l’irrigation
par des eaux usées. «Environ deux tiers des projets ne sont pas viables économiquement, estime-t-il. Il
faut bien souvent des kilomètres de tuyaux pour apporter l’eau des
stations vers les parcelles agricoles, avec de la pression, donc de
l’énergie. Et puis, les eaux usées sont généralement trop salées, par
nos urines, pour les cultures, et demandent donc un traitement
supplémentaire, qui peut être coûteux.»
D’après le Cerema, en 2017, 37 projets avaient été abandonnés ou
avortés. En cause : la rentabilité du projet, son acceptabilité sociale
— plusieurs projets soutenaient l’implantation ou l’agrandissement de
golfs, dénoncés comme anti-écologiques — ou le non-respect de la réglementation.
Golfs arrosés et fleuves à sec
Outre l’aspect économique, M. Uso fait état de problèmes environnementaux. «Sans les eaux des stations d’épuration, comme celle de Murviel, la Mosson [un des principaux cours d’eau de la métropole montpelliéraine] serait à sec tout l’été, explique-t-il. Les
eaux usées ne peuvent donc pas toutes aller à l’irrigation, il faut en
conserver une part importante à rejeter directement dans le milieu
naturel» [2].
Autre crainte : que la «reut» ne serve de prétexte aux irrigants pour poursuivre dans le modèle agricole intensif. «En Occitanie, les projets concernent majoritairement l’irrigation de la vigne et l’arrosage de golfs, regrette ainsi Thierry Uso. En Hautes-Pyrénées, un projet financé par la région et l’agence de l’eau va permettre d’irriguer le maïs par aspersion.»
Ainsi, la plupart des associations écolos ne débordent pas
d’enthousiasme vis-à-vis de la réutilisation des eaux usées traitées : «La priorité est de chercher des solutions pour consommer moins d’eau, souligne France Nature Environnement. L’utilisation
de ces eaux ne doit pas se faire dans le cadre de cultures inadaptées
aux conditions climatiques et à la ressource en eau disponible tel que
le maïs grain, plante tropicale très gourmande en eau.»
L’ONG a listé les prérequis pour que la «reut»
soit une alternative intéressante et non une fausse solution : qualité
sanitaire et chimique de l’eau, suivi et contrôle de la pratique,
concertation avec tous les acteurs concernés, et à «condition
que tout prélèvement d’eaux usées traitées soit accompagné de la
réduction correspondante des prélèvements dans les cours d’eau, les
retenues et les nappes».
À Murviel-lès-Montpellier, les chercheurs tentent de lever les
obstacles. Dans une petite cabane, à deux pas de la station, des filtres
et membranes en tous genres purifient l’eau, sous l’œil attentif de
Nassim Ait Mouheb : «On imagine la station du futur», sourit-il. Élimination des pathogènes et des résidus médicamenteux… «Les premiers résultats sont encourageants», assure le chercheur, qui défend la «reut» : «Jusqu’ici, en France, on avait de l’eau en abondance, dit-il. Mais
ce ne sera bientôt plus le cas. Il faut développer toutes les
techniques alternatives pour récupérer l’eau, dans les meilleures
conditions possibles.»
Au-delà de l’irrigation, quels autres usages ?
Jusqu’à récemment la réglementation française n’autorisait la
réutilisation des eaux usées que pour l’irrigation de cultures ou
d’espaces verts. En France, 60% des projets de «reut» visent l’irrigation agricole, et 26% l’arrosage de golfs. Or, sur le terrain «les projets plus rentables et les plus intéressants sont des projets multi-usages»,
explique Thierry Uso. En clair, réutiliser les eaux épurées non
seulement pour arroser champs et jardins, mais aussi pour nettoyer les
voiries, curer les réseaux d’eau, soutenir le débit des cours d’eau en
été…
Par ailleurs certains secteurs, comme l’industrie agroalimentaire, poussent pour avoir accès à la «reut». «C’est une manne financière potentielle pour les grosses entreprises de l’eau, comme Veolia ou Suez, explique aussi M. Uso. Elles ont tout intérêt à voir la pratique se développer, et à se positionner comme opérateur de “reut” auprès des collectivités.» Un décret, paru en mars 2022, vient encadrer ces nouveaux usages.
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Florence Voillet est responsable de la station d’épuration de Murviel-lès-Montpellier.
C’est ici que sont compactés et stockés les déchets ultimes.
La couche de boue résultant du traitement des eaux usées à travers les plantations de roseaux.
Lit de séchage où l’on stocke les boues.
Lit de séchage où l’on stocke les boues.
Ouvrage assurant l’alternance du filtre.
André Sauvêtre, chercheur à l’école des Mines d’Alès, pilote une
expérimentation pour évaluer la présence de certaines substances dans
l’eau, comme des résidus d’antibiotiques.
L’intérieur d’une cuve où arrive l’eau qui a été filtrée par la station.
Nassim Ait Mouheb, chercheur à l’Inrae.
André Sauvêtre, chercheur à l’école des Mines d’Alès, devant les bacs de son expérimentation.
Des vignes irriguées par les eaux traitées de la station d’épuration.