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lundi 26 octobre 2020

Liberté d'expression à l'école : "Pour mes élèves, Charlie Hebdo, c'est l'extrême droite"

 

Illustration : une manifestante brandit la une de Charlie Hebdo à la manifestation en hommage à Samuel Paty, à Paris, le 18 octobre 2020.
Estelle Ruiz / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

 

Paroles de profs

 

Liberté d'expression à l'école : 

"Pour mes élèves, 

Charlie Hebdo, 

c'est l'extrême droite"

 

Par et

Publié le

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L’assassinat du professeur Samuel Paty bouleverse le corps enseignant. Après le sentiment de révolte, il y a cette peur de se frotter aux sujets interdits : religion, caricatures et liberté d’expression.

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Gaël J., s’excuse, il ne « devrai[t] pas ». Il ne devrait pas utiliser ce vocabulaire martial. C’est évident, un enseignant ne devrait pas dire ça, surtout pas en début de carrière. Professeur d’histoire et géographie dans un collège de l’académie d’Amiens (Somme), ce trentenaire en reconversion s’excuse. Une, deux, trois fois. Puis lâche ces mots offensifs : « La mort de Samuel Paty, collègue de 47 ans, c’est une perte en première ligne, au front. Subitement, on comprend qu’on fait un métier dangereux. Avant-hier, je n’y pensais pas, et aujourd’hui, ça me saute à la figure : nous sommes des cibles potentielles. »

Au fond de lui, il le savait sans vraiment le formaliser. Simplement, ce drame le ramène brusquement à sa mission, à son quotidien, et à ces cours parfois piégeux, pollués bien souvent par les outrances. Le terrain le plus miné ? Les heures d’éducation morale et civique dont les professeurs d’histoire et géographie ont la charge, celles-ci mêmes qui ont valu à Samuel Paty une condamnation à mort.

Un élève : "Si on dépasse les limites, il y aura des attentats"

Parmi les thèmes à aborder par les professeurs avec les classes de quatrième : la liberté d’expression. Il raconte : « Naïvement, l’année dernière, pour mon tout premier cours sur ce sujet, j’ai décidé de mettre les pieds dans le plat et abordé le sujet des caricatures de Mahomet. Malheureusement, ça ne s’est pas vraiment passé comme je l’imaginais. » Lui espérait les voir débattre, discuter, échanger, s’ouvrir à d’autres opinions, « penser les libertés au pluriel ». Avant de tomber de très haut. « Quel que soit le profil des élèves, il y a tout de suite eu un consensus pour dire qu’on ne peut pas toucher aux religions. Ça m’a frappé. À partir de là, on se dit qu’il y a du boulot… »

Le professeur décide alors de constituer différents petits groupes qui devront, au terme de cette séquence de quatre heures, proposer un exposé oral sur un sujet de leur choix. L’un d’eux choisit les attentats de 2015. « Ils se sont portés là-dessus parce que ça les a marqués, ils étaient de très jeunes adolescents au moment des faits. »

Lorsqu’ils se présentent au tableau, le professeur ne connaît pas le contenu de l’exposé. Il sait simplement que les discussions ont été riches et le travail plutôt studieux. Une élève prend la parole, autour le silence se fait : « Depuis plusieurs années, la liberté d’expression est menacée parce que certains journalistes manquent de respect aux religions et ne prennent pas en compte les lois… Si on dépasse les limites, il y aura des attentats. » Dans la salle, tous acquiescent. Au milieu, le professeur est dépité. « On avait pourtant fait un large rappel de ce que permettait la loi, jure-t-il. Pour eux, la loi, c’est quelque chose d’abstrait. Ils ne se basent pas sur des textes, mais sur leur distinction personnelle du bien et du mal. »

"Face à une vidéo de drapeaux français brûlés au Pakistan, la plupart des élèves ont applaudi."

Jordi Sutra, enseignant de la même matière dans un collège du Val-de-Marne qu’il décrit comme « sensible », fait lui aussi un récit particulièrement terrifiant de ces cours où certains élèves vont jusqu’à « défendre les terroristes », parfois même dès la classe de sixième. Depuis qu’il est en poste, il utilise les caricatures de Mahomet comme support pour illustrer la question de la liberté de la presse. « Au fil des années, j’ai vu la situation se dégrader », confie-t-il. Jusqu’à entendre des élèves lui promettre de possibles « problèmes » à venir s’il s’obstine à brandir certains dessins. « Il y a parfois des débats stimulants, mais la déconstruction des représentations est un travail de plus en plus difficile à mener. »

Ce constat, Jean-Baptiste Jorda le fait également. Professeur de français en lycée professionnel dans le département de la Seine-Saint-Denis, il est tenu de construire des séquences autour de l’information. Libre à lui de choisir l’objet d’étude de son choix. Cette année, il a proposé à ses élèves de seconde de se pencher sur les journaux satiriques et leur liberté éditoriale. Pour éviter que les séances dérapent, le professeur a fait le choix de ne pas montrer les caricatures mais plutôt de les décrire avec des mots. Dont cette fameuse une de Charlie Hebdo montrant Mahomet en pleurs, dépité d’être « aimé par des cons ». « Ils ont explosé, se souvient-il. Ils ont immédiatement insulté le journal, certains ont même expliqué vouloir que le blasphème soit interdit par la loi… Et quand je tentais de leur opposer des arguments, ils essayaient de me faire dire certaines choses pour me piéger. Je ne maîtrisais plus rien. » Pour les ramener à la raison et engager une autre discussion, le professeur Jorda dégaine une vidéo de drapeaux français brûlés au Pakistan en septembre 2020 en réaction à la republication des caricatures par l’hebdomadaire, pour leur montrer « où l’intolérance peut mener ». « Je pensais les faire réfléchir, mais la plupart des élèves se sont levés et ont applaudi. » Stupeur.

"Pour eux, Charlie, c’est l’extrême droite"

Après cette séance, le professeur s’est longtemps interrogé sur l’utilité de sa démarche sans vraiment trouver de réponses. Parler de liberté d’expression à des élèves sûrs de leur position et parfois menaçants, c’est « une perte de temps » en plus de présenter un « danger » pour sa personne ? « Après ce qui est arrivé à Conflans-Sainte-Honorine, je n’ai pas dormi de la nuit, explique-t-il. Ça a réveillé certaines inquiétudes. »

Quoi qu’il en soit, il ne parvient toujours pas à expliquer ce dialogue fermé. Il identifie simplement quelques symptômes. « Leur grand argument, c’est le prétendu double standard qu’ils présentent en comparant des choses incomparables, détaille-t-il. Par exemple, ils ne comprennent pas que la critique du prophète des musulmans puisse être autorisée alors que douter de la Shoah ne l’est pas… Pour beaucoup, Charlie est le symbole de ce qu’ils voient comme une persécution des musulmans et qu’ils nomment “islamophobie”. » Il précise : « Ils ont une vision politique très confuse. Pour eux, Charlie, c’est l’extrême droite. Alors, pour lutter contre eux, tous les moyens sont légitimes. L’insulte comme la violence. Les reprendre sur cette question-là, c’est se ranger du côté des “racistes”. »

"À croire que nous sommes en poste davantage pour préserver les élèves du discours républicain plutôt que pour leur exposer."

Agnès, 42 ans, professeur d’histoire et géographie dans la région de Toulouse, abonde : « Tous les combats de Charlie sont assimilés à l’extrême droite… Dont un en particulier : la laïcité. » La faute, selon elle, à certains discours médiatiques, notamment à gauche, et qui circulent sur les réseaux sociaux par fragments. « La laïcité, comme l’ensemble des principes républicains, devrait être exposée et définie clairement par l’ensemble du personnel enseignant. Nous devrions déclarer une mobilisation générale avec du temps et des moyens dédiés. Mais aujourd’hui, sur cette question, nous sommes clairement désarmés. Nous partons au combat à poil ! » En cause, le manque de préparation à ces sujets au moment de leur formation à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspe). Gaël reprend : « On nous dit seulement que ce sont des questions “socialement vives” et à aborder avec précaution. Moi, j’attendais plutôt qu’on nous donne concrètement des clés pour répondre aux questions d’élèves sur des sujets inflammables avec des publics potentiellement éruptifs. »

Une attente que partage sa collègue Agnès : « C’est à croire que nous sommes en poste davantage pour préserver les élèves du discours républicain plutôt que pour leur exposer. » Le rapport rédigé par l’inspection générale de l’Éducation nationale et publié ce mardi 13 octobre faisant le point sur « l’application du principe de laïcité dans les établissements scolaires publics » pointe justement cet aspect-là. Conséquence logique, selon le document, « le principe de laïcité, la connaissance de ses racines historiques et juridiques et de sa signification, ainsi que ses règles d’application et sa portée restaient très lacunaires chez beaucoup d’enseignants ». Les quatre inspecteurs d’académie qui tiennent la plume ajoutent : « Pour un certain nombre d’enseignants, la conception de la laïcité et de son sens [est] davantage affaire de positionnement personnel, idéologique et politique, que de droit. »

Entre insultes à la République et propos homophobes

Une vision des choses partagées par Jean-Baptiste Jorda : « Beaucoup de collègues tentent de nous dissuader d’aborder ces questions. Quelques fois par frilosité, d’autres fois par idéologie. C’est le cas notamment chez certains syndicalistes, auprès desquels nous sommes censés trouver un soutien, un appui… Quand vous rapportez à votre syndicat que votre classe était au bord de l’émeute, entre insultes à la République et propos homophobes, et qu’on vous répond que vous n’auriez pas dû offenser leur croyance, que voulez-vous faire ? Nous ne sommes pas tous des héros. Alors, on abandonne. » Tous n’abandonnent pas.

D’autres, comme Samuel Paty, tentent de jouer leur rôle malgré le manque de soutien et les pressions. Ils organisent des conférences, des débats, des expositions autour des valeurs républicaines et de la modeste place que doit occuper la religion dans l’espace public. « La mort de l’un des nôtres nous prouve bien que nous sommes toujours des hussards, note Ahmed, professeur d’histoire dans le Val-d’Oise. Sous la IIIe République, les instituteurs avaient pour mission de protéger l’école de la superstition, de l’Église. Nous en sommes toujours là aujourd’hui ! »

"Nous ne sommes pas rassurés par notre hiérarchie si prompte à nous sanctionner."

Emmanuelle de Riberolles, professeure de français dans un collège de Picardie, souscrit à cette vision. « Ce rôle, on ne le tient plus, cela fait beaucoup trop d’années que l’on se soumet à toutes les croyances, déplore-t-elle. Pendant le ramadan, on ne fait plus l’appel, le vendredi, c’est du poisson à la cantine… Comment ne pas croire, ensuite, que la religion est au-dessus de tout et que la loi, c’est elle qui la fait ? »

Ce drame a réveillé une révolte, une rage pure à l’encontre de toutes les lâchetés portées par « ceux qui ne veulent pas voir » et qui poussent l’école à reculer, au quotidien, face aux croyances. Cette fièvre les pousse dans le dos. Tous ou presque nous le disent : à la rentrée, ils se saisiront des caricatures de Mahomet en classe pour les brandir et « résister ». Ils sont nombreux à vouloir nous l’affirmer haut et fort, à visage découvert, comme un acte militant. C’est oublier que, parfois, la fièvre redescend bien vite.

« La peur est très forte depuis vendredi, et nous ne sommes pas rassurés, que ce soit par l’atmosphère ambiante ou par notre hiérarchie si prompte à nous sanctionner. Si vous pouvez ne pas citer mon nom, finalement… », nous intime une professeure interrogée quelques heures auparavant. « Si l’ensemble de la communauté éducative s’engage, nous pouvons combattre sans crainte, souligne Gaël J. Mais aujourd’hui, quand on s’inscrit dans cette démarche, on est seuls. On pose nous-mêmes une cible sur notre dos. » Il souffle, harassé : « On ne devrait pas partir au combat nu et avec un couteau suisse. Les bonnes intentions ne peuvent pas tout. » Gaël ne devrait pas dire ça, mais il le dit. Pour quelle réaction collective ?

 

Source : https://www.marianne.net/societe/education/liberte-dexpression-a-lecole-pour-mes-eleves-charlie-hebdo-cest-lextreme-droite

dimanche 25 octobre 2020

Une PAC paysanne pour réussir la transition agroécologique

 

Une PAC paysanne 

pour réussir 

la transition agroécologique

 
 
Par Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne

Un nouveau projet pour la politique agricole commune va être adopté par le Parlement européen. Il reste insuffisant pour assurer la souveraineté alimentaire de l'Europe, développer l'agroécologie et soutenir les paysans.

 

 

Tribune. Le Parlement européen doit adopter ces prochains jours un projet pour la prochaine politique agricole commune (PAC), outil majeur d’orientation de nos systèmes agricoles et alimentaires. Il s’agit de la première étape du processus qui conduira à la PAC post 2020. Le texte discuté n’est pas à la hauteur des enjeux et pire encore, à quelques jours du vote, les trois principaux partis viennent de s’entendre pour que rien ne change sur le fond !

La crise que nous traversons révèle pourtant le besoin d’une réponse politique forte face aux urgences écologiques et sociales. L’agriculture et l’alimentation, qui sont au carrefour des défis qui s’imposent à nous, devraient être au cœur des projets du « monde d’après ».

Souveraineté alimentaire

La future PAC doit tout d’abord s’occuper de nourrir tout le monde. L’explosion de la précarité causée par le Covid nous impose de revoir notre système alimentaire. Une situation où des paysan·ne·s sans revenu essaient de vendre des produits toujours moins chers à des consommateurs qui n’ont plus les moyens de les acheter, est une impasse. Une PAC qui a pour seul objectif « des prix bas » ne fait qu’aggraver les choses. Nous demandons au contraire de refonder la PAC sur un véritable projet de démocratie alimentaire. Pour exemple, les productions de fruits et légumes, pourtant essentielles pour l’alimentation de nos concitoyens·nnes, restent complètement absentes des politiques publiques dont la PAC fait partie.


La PAC est en outre un outil majeur pour construire notre souveraineté alimentaire. Mais plutôt que les pousser dans des impasses, elle doit protéger les paysan·ne·s et, en premier lieu, leur revenu. Les exemples des filières laitière et sucrière témoignent des problèmes provoqués par les dérégulations successives, aux conséquences dramatiques sur les prix. L’insuffisance d’harmonisation fiscale, sociale et environnementale européenne met les paysan·ne·s en compétition. Cette situation doit cesser : une harmonisation de ces normes par le haut, s’impose. Des mécanismes de régulation de marchés et de maîtrise des volumes doivent donc être remis en place. La poursuite des signatures d’accords de libre-échange est de plus une insupportable provocation, elles doivent cesser.

Un million de paysan·ne·s

« Relocaliser nos productions », tout le monde en parle, mais ça suppose d’avoir des paysan·ne·s nombreux sur tous les territoires. Or la PAC, dont le budget est majoritairement distribué en fonction de la taille des fermes, est la principale raison de la diminution du nombre de paysan·ne·s et du non-renouvellement des générations. Alors que la moitié des agriculteurs partira à la retraite d’ici dix ans, face aux vagues de suppressions d’emplois, l’agriculture et l’alimentation constituent un potentiel réservoir d’emplois qui doit être saisi. La Confédération paysanne fixe l’objectif d’un million de paysan·ne·s en France dans dix ans. Pour l’atteindre, orientons les soutiens vers les actifs plutôt que vers les hectares !

Ensuite, la PAC continue d’encourager un modèle agricole contraire à l’agroécologie paysanne, pourtant à même d’apporter des réponses aux défis auxquels notre système alimentaire est confronté. Les objectifs fixés par le « Green Deal », en matière de réduction d’utilisation de pesticides, d’engrais azotés et d’augmentation de la part d’agriculture biologique constituent des étapes importantes. Objectifs portés d’ailleurs par la Convention citoyenne pour le climat. Sans une PAC qui décline ces objectifs - ce qui n’est absolument pas le cas aujourd’hui - il nous sera impossible de relever ces défis.

Occasion historique

Enfin, nous sommes particulièrement inquiets de la dérive « technologiste » que pourrait prendre la PAC, via le soutien à l’agriculture de précision et la digitalisation. Si demain, les paysan·ne·s auront besoin de nouvelles techniques et formes d’organisations, ces innovations doivent d’abord renforcer leur autonomie et valoriser leurs savoir-faire, non leur créer de nouvelles dépendances.

Malheureusement, la PAC que le Parlement européen s’apprête à voter a toutes les chances d’être très éloignée d’une politique agricole et alimentaire commune (PAAC) dont les quelques propositions ci-dessus esquissent les grandes lignes, et que nous portons au côté du collectif citoyen de la plateforme pour une Autre PAC. Elle risque de demeurer une politique de rente inacceptable, inefficace d’un point de vue social, alimentaire et écologique.

Voilà pourquoi, nous en appelons à tous les député·e·s européen·ne·s qui s’apprêtent à voter. L’occasion est historique, les circonstances l’exigent et les défis à relever urgents : c’est maintenant que les choix politiques qui s’imposent doivent être pris, soyons plus ambitieux !

Nicolas Girod porte-parole de la Confédération paysanne
 
 
Source : https://www.liberation.fr/debats/2020/10/19/une-pac-paysanne-pour-reussir-la-transition-agroecologique_1802564?fbclid=IwAR37b44UxdtnTSky8F5w3rs3rowtJ0P57KB5Tonofdu
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samedi 24 octobre 2020

Un village du Gers rafle le prix national des Cantines rebelles pour sa restauration 100 % bio

 

Un village du Gers 

rafle le prix national 

des Cantines rebelles 

pour sa restauration 100 % bio

 

 Publié le

La cantine 100% bio de Lagraulet-du-Gers est récompensée par le prix national des Cantines rebelles. Le maire du village, Nicolas Méliet, a reçu le prix ce mercredi matin à la mairie de Paris.

 

Le concours national des Cantines rebelles consacre la commune de Lagraulet, dans le Gers, lauréate dans la catégorie des petites communes. Ce prix national a été décroché ce mercredi matin et remis à la mairie de Paris.

Ce concours a été initié voilà cinq ans par l’association Un Plus Bio qui depuis près de vingt ans interroge l’évolution des approches et des métiers de la restauration collective avec, pour finalité, de changer notre alimentation pour aller vers plus de bio et de local.

"Beaucoup de volonté, sans moyens importants"

« C’est une très jolie nouvelle, commente Nicolas Méliet, le maire de Lagraulet. Elle confirme notre engagement pour le bio depuis de nombreuses années déjà. Nous démontrons qu’avec beaucoup de volonté et sans des moyens importants, on peut offrir une restauration de qualité, avec des produits bio et locaux dès le plus jeune âge. Je suis heureux pour ce prix qui récompense certes notre commune, mais qui est un formidable exemple pour notre communauté de communes, pour le Gers et notre Région. »

Ce prix, Lagraulet le décroche dans la catégorie des petites communes pour servir quelque 40 repas 100% bio à ses écoliers. Première cantine 100% bio d’Occitanie, tous ces repas sont préparés sur place avec des produits bio et locaux.

Nicolas Méliet a reçu ce matin, en présence de Laurent Mariotte, Pascal Légitimus et Georgiana Viou le prix national de la cinquième édition du concours « des cantines rebelles ». Mairie de Lagraulet - Mairie de Lagraulet

 

Création d'une ferme municipale bio

L’engagement de la commune armagnacaise est ainsi remarqué au niveau national. Il faut dire que Lagraulet va plus loin que beaucoup de collectivités engagées sur le chemin du manger bio avec, notamment, la création d’une ferme bio qui permet une production de produits bio et locaux en régie municipale. « C’est effectivement une étape supplémentaire, analyse Nicolas Méliet, qui nous permet de répondre à nos besoins pour notre école, aux personnes retraitées du village qui souhaitent profiter de cette restauration, mais aussi aux villages voisins qui pourront s’approvisionner dans notre ferme. »

La commune a lancé, via le site Un Plus Bio, un appel pour le recrutement d’un cuisinier qui s’engagerait à son tour dans cette philosophie de la restauration bio : plus de vingt candidatures sont arrivées sur le bureau de la mairie. Une cuisinière expérimentée a été recrutée par la commune, pour le plus grand bonheur des enfants de l’école.

Gaetane Rohr


Source :  https://www.ladepeche.fr/2020/10/14/un-village-du-gers-rafle-le-prix-national-des-cantines-rebelles-pour-sa-restauration-100-bio-9139085.php?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&Echobox=1602689534&fbclid=IwAR36f85X9L_d_atlVBc88oA-BKOBfutEOjQbrV-KP38o3YURbnDciHqUa2k#xtor=%5B%5BDDM-32%5D%5D

vendredi 23 octobre 2020

Trente-huitième jour : les eaux noires

 

Trente-huitième jour : 

les eaux noires

 

38e jour. Le procès s'est déroulé sans le chroniqueur de Charlie

 

 

Miguel Martinez. Par François Boucq.

 

Ça devait arriver. Hier matin, après trente-sept jours d’audience et trente-sept chroniques écrites chaque nuit de 4h30 à 7h du matin, je n’ai pas trouvé la force d’aller au procès. L’épuisement, l’horreur de la décapitation de Samuel Paty qui persiste, le discernement qui faiblit, la saturation des ténèbres qui essaient de vaincre notre esprit, et cette épaisseur qui nous enveloppe quand il y a trop de crime et plus assez de lumière : tout cela s’est jeté soudain sur moi.

Nous sommes tous absolument seuls avec ce procès : même s’il donne en miroir sur la France entière, même s’il en réfléchit les divisions, les déchirements, les tourments ; même si certains jours, à force d’intelligence, il nous ouvre à une communauté de paroles qui se contredisent et parfois miraculeusement s’accordent, il renvoie chacun de nous à la solitude de la nuit. Dans l’insomnie viennent les démons, c’est-à-dire tout ce que la politique ne parvient pas à régler, et les attentats qui s’accumulent déversent leur noirceur dans nos âmes pour les pourrir. 

Une lectrice de Charlie Hebdo m’a écrit pour me dire que le nom de l’un des accusés, Karasular, voulait dire en turc « les eaux noires ». Nous veillons toute la journée sur ce procès, nous écoutons la parole des accusés, des avocats, des témoins et de la cour, nous tendons l’oreille vers ce qui nous échappe ; et lorsque nous rentrons chez nous, le soir, la fatigue prend le dessus et répand dans notre sommeil ces eaux noires que l’esprit a absorbées au contact du mal. Écrire ce texte, chaque nuit, c’est se dresser contre une telle crue ; c’est lui opposer la lumière des mots qu’on transmet : c’est de l’âme pour l’âme — de la mienne à la vôtre. 

 


 Il se passe quelque chose d’effrayant, de vraiment terrible dans ces ténèbres que le procès remue. Il y a certes la comédie des mensonges quotidiens, ces frères humains qui se débattent pour sauver leur peau, qui se sont fait avoir et essaient de nous avoir. Mais il y a aussi dans ces ténèbres un autre remuement, celui d’où les morts font signe, et rien n’est plus juste à mes yeux que d’être capable de les écouter dans la nuit, d’être disponible à leurs volontés.  

 


 

 Hier, c’était l’interrogatoire de Miguel Martinez, le comparse d’Abdelaziz Abbad, dont je vous ai parlé le jour d’avant. Mes camarades de Charlie, François Boucq et Agathe André, y étaient ; ils m’ont raconté. J’ai compris que Miguel Martinez, cet Ardennais qui tenait un garage et à qui l’on reproche d’avoir recherché des armes avec Abbad, n’était finalement que très peu impliqué, et qu’il n’était pas un terroriste. Abbad lui avait financé son garage, et il avait ainsi une dette, qu’il a essayé de rembourser en aidant son associé quand celui-ci a été dans la difficulté (il a trempé dans le trafic d’armes censé apporter de l’argent à Abbad lorsque celui-ci était en fuite, sans un sou, après le meurtre de Jaouel Rondeau). Même chose pour sa soi-disant radicalisation : depuis le début de ce procès — depuis quatre ans qu’il est en prison —, on le regarde, parce qu’il ose ne pas cacher son amour de l’Islam, comme un musulman radical. Mais s’il aime sa religion, il déteste le crime : c’est un modéré passionné. On lui imputait une ridicule obsession pour le crime après qu’a circulé la rumeur de son rire face à une vidéo de « décapitation » : en vérité, cette vidéo ne contenait aucun acte de barbarie, c’était son beau-père, témoin hier à la barre, qui avait inventé cette histoire pour lui nuire. Son avocate, Me Pugliese, a démontré que la vidéo, mettant en scène des coups de pelle, était en réalité extraite d’un film de fiction d’Albert Dupontel qui a fait rire Miguel Martinez, comme il a fait rire un million de spectateurs.      

 



 

 

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 Source : https://charliehebdo.fr/2020/10/proces-attentats/trente-huitieme-jour-les-eaux-noires/?fbclid=IwAR0qeq6EIH1buI-FeODrlSBMZW11fdBE8x9WhaG7v___7geVxknWV-5j-L8

Maison de la forêt de Sivens - Dimanche 25 octobre - Journée de commémoration et de lutte

Maison de la forêt de Sivens : 

Dimanche 25 octobre 

Journée de commémoration 

et de lutte

 

Nous vous transférons l'invitation des  "habitant.e.s d'ici et d'ailleurs" à nous rendre dimanche 25 octobre pour commémorer, dans la lutte, le sixième anniversaire du décès de Remi.

 




 

Source : https://www.collectif-testet.org/actualite-419-maison-de-la-foret-de-sivens-dimanche-25-octobre-journee-de-commemoration-et-de-lutte.html

 

jeudi 22 octobre 2020

Pékin 2022, le nouvel égarement de l’olympisme

 

Pékin 2022, 

le nouvel égarement de l’olympisme

 

Tribune

Par Vincent Brossel, militant à Reporters sans frontières en 2008 , Marie Holzman, Solidarité Chine et Noël Mamère, écologiste

 

Les minorités tibétaine et ouïghoure sont confrontées à un durcissement de la répression de la part du Parti communiste chinois. Photo Shiho FUKADA. PANOS-REA

 

Pourquoi attribuer à la Chine de nouveaux Jeux, alors que depuis ceux de 2008, la surveillance et la répression des citoyens, organisées par Xi Jinping, se sont accentuées et généralisées ?

 

Tribune. En 2008, le Comité international olympique (CIO) avait vigoureusement défendu que l’attribution des Jeux olympiques (JO) d’été à Pékin permettrait à la Chine de s’ouvrir au monde. Douze ans plus tard, le bilan est plus que mitigé. Et pourtant, le CIO a attribué les Jeux d’hiver de 2022 à la Chine…


Les JO de 2008 n’ont empêché ni la répression des minorités tibétaine et ouïghoure ni le durcissement politique du régime du Parti communiste chinois, avec l’avènement du président à vie Xi Jinping. A écouter les responsables du CIO, à l’époque, la liberté d’expression et la liberté de la presse allaient émerger grâce aux JO. Résultat, l’Internet chinois est toujours aussi censuré et contrôlé qu’avant 2008. Les journalistes étrangers menacés et les dissidents condamnés à de lourdes peines. Sans parler de la surveillance de masse grâce aux technologies très poussées de vidéosurveillance qui s’apparentent maintenant à un contrôle social et politique orwellien. Et rappelons que l’intellectuel chinois Liu Xiaobo, Nobel de la paix, a été arrêté juste après la tenue des JO de Pékin pour avoir corédigé la «Charte 08» afin de réclamer des changements constitutionnels. Il est mort en 2017 des suites d’années d’emprisonnement terribles. Triste héritage pour les JO de Pékin.

En revanche, le gouvernement communiste a grandement profité de l’événement : ayant dépensé des sommes d’argent colossales, il a réussi à impressionner une grande partie du monde par ses défilés gigantesques, des cérémonies somptueuses et des feux d’artifice incomparables. La dictature en a tiré une légitimité nouvelle qui a conforté le régime et lui a permis de s’affirmer toujours plus sur la scène internationale. C’était nourrir le dragon pour mieux se faire dévorer…

Plus grave encore, le Parti communiste chinois mène depuis une dizaine d’années une politique de destruction systématique du peuple ouïghour qui parle une langue turcophone et pratique un islam sunnite. Les preuves se sont accumulées ces derniers mois sur une politique concentrationnaire. Un véritable nettoyage ethnique et religieux qui touche 10 millions d’hommes et de femmes ouïghours, dont le seul crime est d’appartenir à une minorité musulmane rebelle à la dictature communiste, et à la domination des Hans sur les autres peuples de Chine continentale. Les Tibétains subissent d’ailleurs le même sort pour avoir osé se rebeller avant les JO de 2008.

Le CIO se vante de «mettre le sport au service de l’humanité et de promouvoir ainsi la paix» et de s’opposer à «toute utilisation abusive politique ou commerciale du sport et des athlètes». Les choix du CIO dans l’attribution des Jeux olympiques à certaines villes, et donc au pays hôte, sont pourtant bien discutables au regard de ces généreuses intentions.

On est bien loin des valeurs du baron de Coubertin, et des voix se font déjà entendre pour pointer du doigt ce nouvel égarement de l’olympisme. L’échec de l’ouverture de la Chine en 2008 et le durcissement du régime de Pékin auraient dû faire réfléchir les instances olympiques. Rien n’y fait, les intérêts financiers et le cynisme des décideurs du CIO sont toujours les deux critères de décision au bord du lac Léman, bien loin des dossiers techniques présentés par les villes.


Le CIO place, de nouveau, les sports, les fédérations et l’opinion publique dans un cruel dilemme : faire du sport dans un contexte inacceptable. Les interrogations légitimes de sportives et sportifs déjà exprimées à Pékin et à Sotchi vont se multiplier, et le mouvement olympique sera bien en mal de justifier, une fois encore, ce choix en faveur d’une dictature qu’il faut bien maintenant qualifier de totalitaire.

Il reste encore deux ans au CIO pour revenir à la raison et demander aux autorités de Pékin de faire cesser la répression politique et sociale, et plus particulièrement celle engagée d’une main de fer contre la minorité ouïghoure.


Si les conditions n’étaient pas remplies sur ce sujet, et on peut craindre que Xi Jinping n’ait pas l’intention d’infléchir ces répressions, il sera alors de la responsabilité des Etats, des fédérations et des athlètes d’appeler au boycott des JO d’hiver de Pékin 2022.

 

Vincent Brossel militant à Reporters sans frontières en 2008 , Marie Holzman Solidarité Chine , Noël Mamère écologiste 
 
 
Source : https://www.liberation.fr/debats/2020/10/15/pekin-2022-le-nouvel-egarement-de-l-olympisme_1802476?xtor=EREC-25&actId=ebwp0YMB8s1_OGEGSsDRkNUcvuQDVN7a57ET3fWtrS90SVGouFRqw1jk3aySqrmQ&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=505093