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lundi 24 juillet 2017

Les 15 raisons de refuser le compteur Linky d’Erdf-Enedis.

Les 15 raisons de refuser 
le compteur Linky d’Erdf-Enedis.



  Augmentation des factures


Comment le compteur Linky va augmenter votre facture d’électricité ?

La puissance maximale de votre abonnement est calibrée par tranche de 3kVA (3, 6, 9, 12 et 15 kVA pour les particuliers). Votre compteur électrique actuel (électromécanique à roue dentée ou électronique) a une marge de tolérance au dépassement de puissance d’environ 10%.

Vous pouvez par exemple, avec un abonnement de 6 kWh, consommer jusqu’à 6,6 kWh sans aucun problème. Votre compteur encaisse la surcharge sans broncher.

Avec le Linky: plus de tolérance ! (1 à 2%). Il est donc à craindre qu’au moindre dépassement de puissance, Erdf-Enedis vous propose (vous impose ?) de passer au forfait de la tranche supérieure. Les réponses évasives et contradictoires des communicants d’Erdf-Enedis à ce sujet laissent craindre le pire. L’UFC-Que Choisir estime que 37% des clients… soit 10 millions d’abonnés… devront souscrire un abonnement supérieur.




Aucun avantage pour le consommateur


Pourquoi le consommateur ne gagne rien en acceptant le Linky ?

Vous souhaitez connaitre votre consommation en temps réel ? Regardez votre compteur…

La vitesse de rotation de la roue dentée pour le compteur électromécanique ou le clignotement de la led pour le compteur électronique vous informent sur votre consommation électrique en temps réel. Ce n’est pas très précis, me direz-vous.

Et avec le compteur Linky ? … et ben c’est pareil ! Son cadran de 50 caractères à 7 segments (le top de ce qu’on faisait dans les années 70 !) ne vous en dira pas plus.
Bah, il est ou le progrès alors ? 

Que les plus exigeants technophiles se rassurent. Un tas d’accessoires connectés (comme un afficheur déporté) et de services optionnels vous seront proposés (et surtout facturés).

Quelle joie de s’équiper d’appareils électriques supplémentaires… pour essayer de faire des économies d’énergie !




Risque d’incendie très élevé


Des compteurs Linky ont déclenché des incendies dans les zones pilotes (Lyon et l’Indre-et-Loire)

Bernard Lassus (responsable Linky d’Erdf-Enedis) a reconnu en janvier 2016 que 8 incendies ont été causés par le Linky en France pendant la phase d’expérimentation.

En 2014 au Canada, après le déclenchement de 8 incendies en deux mois, la Région canadienne du Saskatchewan a ordonné le retrait de 100 000 compteurs intelligents, un an seulement après le début de leur installation.

En France, Bernard lassus tempère : » Les problèmes d’incendie ne concernent que 8 cas sur 300 000 compteurs déjà installés… »

Même si l’on garde les chiffres de 8 pour 300 000 de Mr Lassus, ça veut dire quoi ? Qu’on va devoir supporter 933 incendies provoqués par ce compteur « intelligent »… tous les ans ! (35 000 000/300 000) x 8

On sait déjà que ces compteurs seront posés par des électriciens de sociétés sous-traitantes d’Erdf-Enedis… intérimaires ou CDD… contraints et pressés de poser au minimum 7 compteurs par jour.

Dans ces conditions, on peut craindre le pire…



Discours bidon sur les économies d’énergies


C’est Erdf-Enedis qui va faire des économies, sur le dos du consommateur !
Comme quoi, il ne suffit pas de peindre un truc en vert pour qu’il soit écologique.

Le compteur Linky est formidable, il vous informe de votre consommation en temps réel… le lendemain.

On l’apprend de la bouche de Philippe Monloubou (président du directoire d’Erdf-Enedis) dans cette vidéo. Il ne cache pas non plus qu’Erdf-Enedis s’oriente vers un marché du Big Data.(Un business model à la facebook : le produit… c’est vous !)

Ce sont moins les économies d’énergie que la formidable opportunité de se lancer dans un business très lucratif en revendant vos données de consommation à qui veut, qui sont intéressantes. Et nombreux sont ceux qui paieraient cher pour ce précieux sésame.


Piratage aisé



Aucun système informatique n’est inviolable (Pas une journée ne se passe sans qu’un état, une entreprise, une banque ou une administration n’en fasse les frais). Le seul moyen de protéger l’accès à un système est de compliquer au maximum la tâche des pirates. Cela a des conséquences directes sur les performances. Plus un cryptage est puissant, plus il est plus gourmand en ressources.

On peut donc tabler sur une protection « à minima » du réseau Linky. Dans la balance du risque et du bénéfice, on sait les choix qui ont été fait (chiffrement AES 128 bits).

Un virus introduit par des (gentils) hackers qui diviserait par 1000 la facture de chaque français ferait la une des journaux et rire jaune Erdf-Enedis. Mais ce ne serait rien comparé à une attaque d’envergure orchestrée par un état ennemi ou un groupe terroriste qui plongerait la France dans un black-out de plusieurs semaines. Les conséquences seraient beaucoup plus dramatiques.



Coupure du courant à distance


Comme ces militaires américains qui pilotent un drone depuis leur canapé et tuent des gens à l’autre bout du monde.

Les techniciens d’Erdf-Enedis pourront vous couper le jus à distance, d’un simple clic (et les hackers aussi !).

Terminé la belle époque ou on pouvait encore discuter et prouver notre bonne foi en montrant les factures payées au technicien venu couper le compteur.

Avec le Linky, c’est fini. Vous rentrez chez vous après 3 semaines de vacances bien méritées et vous retrouvez votre appartement dans le noir. Une odeur nauséabonde s’échappe du congélateur et vos poissons rouges sont mort dans leur bel aquarium automatisé. Ne cherchez plus : c’est une coupure à distance d’Erdf-Enedis.




Non respect de la vie privée


Big brother n’était qu’un fantasme, Linky l’a réalisé.

Dans cette vidéo, Bernard Lassus nous vante les mérites de son compteur communicant préféré : le Linky. Il nous explique comment ce compteur est capable de reconnaitre la « signature électrique » de chacun des appareils de votre habitat.

On le voit ensuite dire exactement l’inverse quelques jours plus tard, conscient d’avoir confirmé nos craintes en matière d’intrusion dans la vie privée, touchant nos libertés individuelle et la protection des données. On a bien affaire à un marchand de tapis… euh, de Linky !.




Mise au rebut de 35 millions de compteurs en parfait état de marche: Une absurdité écologique


Pourquoi remplacer 35 millions de compteurs en parfait état de marche par des ces nouveaux compteurs ?

Votre bon vieux compteur électromécanique est -quasiment- garanti à vie. La grande majorité d’entre eux fonctionnent parfaitement depuis plus de 40 ans.
 
Votre compteur électronique a une durée de vie supérieure à 20 ans.

La durée de vie du Linky « théorique » est de 20 ans (selon Enedis). Mais en « pratique », elle serait de 15 ans. Clairement annoncée par Capgemini (tableau p 27). 
Tout appareil embarquant des composants informatiques et logiciels ne peux dépasser 10 à 15 ans. Une règle confirmée par L’ADEME.

Faut-il y voir le règne de l’obsolescence programmée s’étendre un peu plus ?





700 000 concentrateurs supplémentaires à installer


Ou comment en rajouter une couche à l’electrosmog déjà existant.

Des concentrateurs seront installés partout en France pour la collecte de données récupérées par le Linky, et les envoyer par transmission GPRS EDGE .

Il faut 1 concentrateur pour 50 Linky. Ce qui fait un total de 700 000 antennes relais supplémentaires qui émettront des ondes -enfin- reconnues cancérigènes par le National Toxicology Program (NTP).

Erdf-Enedis se défend de respecter les valeurs d’émission préconisées par l’OMS et autre normes. Mais que sait-on aujourd’hui sur l’effet de plusieurs sources émettrices simultanées ne dépassant pas le seuil préconisé (DAS inférieur à 1 W/kg). Les valeurs s’ajoutent-elles ? Se multiplient-elles ?




Utilisation du CPL (Courant Porteur en Ligne)


Ou comment transformer votre habitation en four à micro-ondes.

Les radio-amateurs ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme sur les effets parasites de cette technologie.

Le CPL (Courant porteur en Ligne) permet de faire passer des données numériques sur un réseau électrique non prévu à cet effet, car non blindé.

Tout comme il n’enterre pas les lignes hautes tension pour des raisons de coûts (20 fois plus cher que les pylônes) Erdf-Enedis se sert du réseau existant (les câbles de votre habitation) pour faire transiter et récupérer vos données de consommation.

Cette technologie CPL serait formidable si elle n’avait pas la fâcheuse tendance de rayonner dans un rayon supérieur à 2 mètres (dans chacun des câbles de votre habitation) comme une antenne-relais. On appelle ça un courant radiatif. Et celui-ci est classé comme cancérogène possible par l’OMS (groupe 2B).

Alors, prêt à tenter l’expérience ? On se revoit dans 10 ans pour voir le nombre de cancers exploser en France ? Pour ma part, non merci. Je ne veux pas servir de cobaye. Et il faudra attendre encore 15 ou 20 ans de plus les décisions de la justice.

Tiens ! En parlant de justice, un non-lieu vient d’être rendu en ce merveilleux mois de mars 2016 pour l’enquête ouverte il y a 18 ans (et oui en 1998 ! vous vous souvenez ?) sur le vaccin contre l’hépatite B. Après des dizaines de morts et des centaines de cas de scléroses en plaques… un non lieu… Vous voyez, il suffit d’avoir confiance en la justice…Tout finit par s’arranger… Bon allez, circulez, y a rien à voir !

Au fait, ça va donner quoi à moyen ou long terme, les adjuvants d’aluminium injectés dans notre corps s’il est exposé aux champs électromagnétiques en permanence ?




Exclusion du risque électromagnétique par les compagnies d’assurance


D’après vous, qui dépense chaque année des centaines de millions dans des outils de statistiques et autres études, pour être capable d’anticiper et d’éviter les -grosses- catastrophes à venir ?

Les assureurs ? Oui, gagné !

Et quel est le résultat de toutes ces études ? L'évitement.

En 2003, les réassureurs des assurances des opérateurs de téléphonie mobile se sont désengagés à couvrir les risques liés aux CHAMPS ÉLECTROMAGNÉTIQUES !
– Pas folles les guêpes !

Et puis dans la foulée, elle se sont aussi déchargées des dommages de toute nature, causés par l’amiante, par le plomb et par les champs et ondes électromagnétiques.

Ouf, les voilà à l’abri de tout danger. Elles doivent se sentir en sécurité maintenant, les assurances…

Elles oui, mais pas nous…
 

Les collectivités sont propriétaires des réseaux d’ouvrages électriques


Les compteurs électriques appartiennent aux collectivités locales et sont exploités par Erdf-Enedis.

L’article L322-4 du Code de l’énergie stipule que les collectivités sont propriétaires des réseaux d’ouvrages électriques. Les compteurs font partie du réseau. La Commune en délègue, par concession, la gestion à Erdf-Enedis.

C’est donc les élus, et en tout premier lieu les maires, qui risquent fort d’être poursuivis en justice à la suite des différents dommages qui pourront être causés par les compteurs Linky (incendies, habitants devenant subitement électro-sensibles, etc…), dangers qui n’existent pas avec les compteurs actuels.

Et dans ce cas, Erdf-Enedis saurait se décharger de toutes responsabilités (comme les assurances) puisque les compteurs ne sont pas sa propriété.

Il est donc dans l’intérêt des maires et conseillers municipaux d’exiger au minimum un moratoire et dans le meilleur des cas, un refus catégorique de la pose de ces compteurs.




Destructions d’emplois pour les techniciens


Erdf-Enedis annonce la création de 1000 CDI. Oui,très bien. Mais uniquement dans les entreprises sous-traitantes !

Il suffit de regarder les offres d’emploi. Tapez « électricien poseur linky » dans votre moteur de recherche préféré. Vous verrez la réalité.

Que feront les entreprises de ces salariés, après 2021, une fois le dernier compteur posé ?

Ben, chais pas. Elle utiliseront la loi El Khomri pour s’en débarrasser ? Ou les boites sous-traitantes fermeront ? Je dis ça comme ça… c’est juste une idée.

Et les techniciens d’Erdf-Enedis qui faisaient les relevés, ils deviennent inutiles du coup. On en fait quoi ?

C’est donc une belle annonce cette création de 1000 CDI. Chacun sait comment se porte l’emploi en France et les méthodes utilisées par les grandes entreprises pour dégrossir leur masse salariale afin de maximiser les profits. Comme le non-remplacement des départ en retraite, par exemple.

Au fait, combien de départs en retraites non remplacés sont prévus chez Erdf-Enedis jusqu’en 2021 ?



Près de 300 communes ont déjà refusé l’installation du compteur


A ce jour, près de 300 courageux maires ont déjà fait le choix de refuser la mise en place de ces compteurs ou de limiter leur déploiement sans utilisation de CPL.

C’est l’exemple à suivre. Seul le maire d’une commune, soutenu (ou contraint) par ses citoyens peut faire voter en conseil municipal le refus de la pose des compteurs Linky.

Créez un collectif anti-Linky dans votre commune. Servez-vous de cette plateforme POAL pour informer votre entourage et organiser vos actions.



Et ailleurs en Europe ? Dans le monde ?


L’Allemagne, pourtant reconnue comme la meilleure élève européenne en ce qui concerne l’écologie et les énergies vertes, a décidé de limiter la pose des nouveaux compteurs aux Industriels.

Pourquoi ?
  1. Pour protéger la population civile de ses effets nocifs.
  2. Le ministère de l’économie Allemand a suivit les conclusions du rapport Ernst & Youngs publié en 2013. Ce rapport a conclu que le projet d’installation de Smart meter (compteurs intelligents) dans tous les foyers allemands n’était pas rentable.

En 2014 au Canada, après le déclenchement de 8 incendies en deux mois, la Région canadienne du Saskatchewan a ordonné le retrait de 100 000 compteurs intelligents, un an seulement après le début de leur installation.



dimanche 23 juillet 2017

Défendre l’environnement tue (de plus en plus)

Défendre l’environnement tue 

(de plus en plus) 

Par Coralie Schaub   

 


Les meurtres de personnes défendant la nature face aux intérêts industriels, notamment miniers ou pétroliers, ont encore augmenté en 2016, selon un rapport de l’ONG Global Witness. L’Amérique latine est la région la plus dangereuse.

 

Le 6 juillet, Ademir de Souza Pereira a été tué par balles en pleine rue à Porto Velho, la capitale de l’Etat brésilien du Rondônia. Il était membre de la Ligue des paysans pauvres de cet Etat et s’opposait à l’agro-industrie qui ravage l’Amazonie. Le 30 juin, au Honduras, Bertha Zúñiga Cáceres, la fille de la célèbre écologiste Berta Cáceres, assassinée en mars 2016, a échappé de peu à une attaque avec deux autres membres du Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH). La jeune femme a repris le flambeau de sa mère, qui luttait contre le mégaprojet de barrage d’Agua Zarca, imposé sans aucune concertation au peuple lenca, auquel appartenait Berta Cáceres.

Ces deux événements récents sont loin d’être uniques. Ils illustrent une réalité glaçante et en pleine expansion : les meurtres de défenseurs de l’environnement et des droits fonciers. En 2016, au moins 200 d’entre eux ont été assassinés dans le monde, battant le triste record de 2015 (au moins 185 morts). A ce jour, en 2017, déjà 98 morts ont été répertoriés. Et encore, «il s’agit de la pointe émergée de l’iceberg, le chiffre réel est sans doute bien plus élevé» puisque nombre de meurtres ne sont pas signalés, souligne l’ONG britannique Global Witness, qui a publié jeudi son rapport annuel sur le sujet. Le nombre de pays touchés par cette violence s’étend : ils étaient 24 en 2016, contre 16 en 2015. Avec 60 % des meurtres, l’Amérique latine est la région la plus dangereuse pour ceux qui, souvent, ne se définissent pas comme écologistes : ils veulent simplement défendre leurs terres, leurs forêts ou leurs rivières face à la voracité des compagnies minières et pétrolières (au moins 33 crimes prouvés dans le monde), forestières (23) ou agro-industrielles (23).

Flambée de violences


Le Brésil domine toujours le macabre classement (49 morts). Le Nicaragua - où un gigantesque projet de canal interocéanique menace d’expulser de leurs terres plus de 120 000 indigènes - compte le plus de tués par habitants. Et le Honduras conserve cette sinistre palme sur la décennie écoulée. La Colombie, elle, est sujette à une flambée de violences (avec un record historique de 37 environnementalistes tués), malgré la signature de l’accord de paix avec les Farc. «Ou peut-être à cause de lui», pointe le rapport. Et d’expliquer cet apparent paradoxe : «Les compagnies extractives et les paramilitaires convoitent les zones auparavant sous contrôle de la guérilla, et les communautés qui souhaitent retourner sur leurs terres sont attaquées.»

Les Philippines restent le pays le plus périlleux d’Asie (28 morts). Tandis qu’en Inde, le nombre de meurtres a triplé, la police réprimant dans le sang des manifestations pacifiques contre des projets miniers, en particulier dans le centre du pays (lire notre entretien avec l’écologiste Vandana Shiva dans Libération du 12 juin). Au Bangladesh, sept activistes ont été tués, alors qu’aucun ne l’avait été en 2015. Défendre les parcs nationaux est aujourd’hui «plus risqué que jamais». Vingt rangers et gardes-forestiers ont été assassinés en 2016 dans le monde, surtout en Afrique : neuf meurtres de rangers ont été prouvés en république démocratique du Congo, dont les parcs sont en proie aux braconniers, groupes armés et compagnies pétrolières.

L’impunité règne


Les indigènes dont les terres ancestrales sont briguées et pillées sans leur consentement sont particulièrement vulnérables : ils représentent près de 40 % des victimes recensées par l’ONG en 2016. Les meurtriers sont des tueurs à gages, des agents des services de sécurité privée des entreprises, des groupes paramilitaires, des braconniers, mais aussi des membres de l’armée ou de la police elle-même. Dans la plupart des cas, l’impunité règne. Et si l’assassinat est le moyen le plus dramatique et spectaculaire, toute une série d’autres méthodes sont utilisées pour chercher à réduire au silence les environnementalistes : menaces de mort, arrestations, agressions sexuelles, enlèvements, harcèlement judiciaire… Même dans les pays où le nombre de tués recule, comme le Pérou et l’Indonésie, menaces, harcèlement et criminalisation se poursuivent. Un peu partout, «de puissants intérêts politiques, industriels et criminels s’associent pour marginaliser les défenseurs de l’environnement et les qualifier d’"anti-développement" ou de "terroristes"», déplore le rapport. Alors que ces derniers «défendent des droits de l’homme internationalement reconnus, comme le droit à un environnement sain, le droit de manifester ou le droit à la vie» et «sont à la pointe de la lutte contre le changement climatique».

Et de citer une tendance inquiétante : la criminalisation croissante des activistes, y compris dans des pays comme l’Australie, le Canada ou les Etats-Unis. Dans l’Etat du Dakota du Nord, où les Sioux protestent contre un pipeline, un projet de loi a été rejeté de justesse début 2017. Il permettait, sous certaines conditions, de protéger un conducteur qui aurait renversé et tué un manifestant faisant barrage sur la route. Une législation similaire a été approuvée par la chambre des représentants de Caroline du Nord.


TEMOIGNAGES



En Colombie, «la violence n’a pas disparu avec les Farc»


Jakeline Romero est membre de l’ONG Force des femmes wayuu.

«La mine de Cerrejón, dans le nord de la Colombie, s’étend sur 70  000 hectares. C’est la plus grande mine du pays et l’une des plus grandes mines de charbon à ciel ouvert du monde. Elle appartient à BHP Billiton, Anglo American et Glencore. Depuis trente ans, son exploitation a des impacts effroyables. L’eau est polluée et se raréfie. Les enfants sont malades. Des communautés entières sont forcées de quitter leurs terres pour s’entasser dans les villes, ce qui casse le tissu social. Les gens ne peuvent plus cultiver, perdent leur autonomie. Les droits de l’homme sont systématiquement violés, avec la complicité de l’Etat colombien qui soutient les multinationales et nie l’existence des peuples indigènes.

«La situation s’est aggravée en 2014, quand les responsables de la mine ont voulu dévier une partie de la rivière Ranchería, la principale source d’eau de notre peuple wayuu. Comme d’habitude, nous n’avons pas été consultés. Alors nous avons protesté.

«Moi, j’essaie d’informer les communautés de leurs droits. Les menaces se sont multipliées. J’ai reçu un texto dans lequel on me disait que si je voulais éviter les problèmes, je ne devais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, que mes filles étaient mignonnes, ma mère aussi, et qu’elles pourraient disparaître si je continuais de parler… Il y a eu des meurtres et la violence n’a pas disparu depuis l’accord de paix avec les Farc. Au contraire, les paramilitaires sont plus présents que jamais. Mais je ne peux pas vivre dans la peur, je me suis construit un mécanisme pour la surmonter. Et face à la violence contre les peuples, contre les femmes, contre nos vies, nous ne pouvons pas nous taire.»

Aux Philippines, «deux fois plus de meurtres depuis l’arrivée de Duterte»


Clemente Bautista dirige le réseau Kalikasan, qui lutte pour la nature et les droits de l’homme.


«La situation s’aggrave pour les défenseurs de l’environnement aux Philippines. Sous la présidence de Gloria Arroyo, entre 2001 et 2010, quatre à cinq d’entre eux étaient assassinés en moyenne chaque année. Sous Benigno Aquino III, de 2010 à 2016, c’était monté à huit à dix par an. Mais depuis l’arrivée de Rodrigo Duterte le 30 juin 2016, nous en avons dénombré seize, soit deux fois plus. Cela s’inscrit dans un contexte de violence exacerbée : la campagne d’exécution des utilisateurs de drogue et trafiquants menée par le Président a déjà fait plus de 10 000 victimes. Plusieurs défenseurs de l’environnement ont été qualifiés de drogués afin de justifier leur meurtre. D’autres ont été classés comme rebelles communistes par les militaires, qui sont les principaux suspects et utilisent aussi des bombardements et la militarisation de communautés rurales pour déloger les populations de zones convoitées par les entreprises. Ce sont des prétextes, des tactiques malpropres, qui frappent en particulier les indigènes résistant à de grands projets miniers ou d’agrobusiness sur leurs terres. Ce sont surtout des mines de nickel ou d’or, de nouvelles plantations d’huile de palme ou l’extension de plantations de bananes ou d’ananas destinés à l’exportation, dans lesquelles des politiciens sont souvent impliqués. En juillet 2016, Gloria Capitan, une activiste qui protestait contre les centrales à charbon de la ville de Lucanin (indirectement financées par la Banque mondiale), si polluantes que ses petits-enfants en étaient malades, a été assassinée devant l’un d’eux, âgé de 8 ans. D’autres ont été tués chez eux dans leur sommeil. Et l’impunité devient la règle. Au-delà des meurtres, beaucoup de personnes sont harcelées. J’ai moi-même été surveillé et pris en filature par des gens que je pense être des agents des services secrets militaires. Et plusieurs de mes collègues subissent des menaces et du harcèlement judiciaire de la part des grandes entreprises. Ces méthodes sont destinées à intimider. La situation ne va pas s’arranger avec la loi martiale imposée par Duterte. Nous tentons d’alerter les médias, de mobiliser la population, cela fonctionne surtout auprès des urbains.»


Coralie Schaub

Source : http://www.liberation.fr/planete/2017/07/13/defendre-l-environnement-tue-de-plus-en-plus_1583667?xtor=EPR-450206&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot

samedi 22 juillet 2017

« TGV : perdre sa vie à gagner du temps »

TGV : perdre sa vie 

à gagner du temps



Jeudi 6 juillet 2017 par Les Amis de Bartleby 

Voici une protestation des Amis de Bartleby contre l’inauguration récente de la Ligne à Grande Vitesse entre Paris et Bordeaux (à lire dans le document ci-dessous : "TGV : gagner du temps et perdre sa vie"). Une nuisance à 9 milliards d’euros, destinée à faire gagner 54 minutes aux nuisibles (entrepreneurs, technocrates, universitaires, touristes, etc.) afin d’accélérer leur œuvre de destruction du milieu : 2 heures 04 minutes, au lieu de 2 heures 58. Soit 160 millions d’euros par minute gagnée et 5300 hectares ravagés. Leur temps, c’est nos vies, notre argent.

Mais on ira beaucoup plus vite en 2050 grâce au projet « d’hyperloop « de la SNCF : 30 minutes de trajet entre Paris et Bordeaux, à l’intérieur de capsules sur coussin d’air filant dans un tube à basse pression.

Il se peut que le gouvernement Macron abandonne le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes comme Mitterrand avait lâché le camp militaire du Larzac et la centrale nucléaire de Plogoff ; comme Jospin avait lâché le surgénérateur Superphénix et le canal Rhin-Rhône. Comme on fait la part du feu. Et comme il n’y a pas de fumée sans feu, cela permet aux écologistes et aux opposants de se gargariser des décennies durant de leurs « victoires » ; de valoriser les ministres de l’environnement – Nicolas Hulot, Dominique Voynet - et de se verdir à bon compte. Et pendant ce temps…
Le TGV Lyon-Turin, quels que soient les gouvernements en place, fonce et défonce, du Portugal vers la Pologne. « Le coût total de cette « autoroute ferroviaire », dont la mise en service est prévue vers 2030, est estimé à quelque 28 milliards d’euros » (1). 8,2 milliards d’euros – de nos euros- pour la participation de la France, suivant le projet de loi. 11 milliards suivant Pierre Mériaux, conseiller municipal à Grenoble (2). Le patronat du bâtiment local se réjouit : 5,5 milliards d’euros (de nos euros) lui sont réservés (3). Les ingénieurs, techniciens, ouvriers et employés du bâtiment local se réjouissent : « 500 postes à pourvoir sur les prochains chantiers avant même que ne débute le percement du tunnel de base » (4). Nous, on n’est pas des ladres. Puisque pris en otages, nous devons payer la rançon du Progrès, nous payerions volontiers ces milliards aux patrons et aux salariés du bâtiment local pour qu’ils ne fassent rien. Pour qu’ils nous laissent en paix, eux et leurs machines de guerre : pelleteuses, bulldozers, tunneliers, etc., et qu’ils aillent se promener en montagne. Payer c’est pacifier, pacare suivant l’étymologie.

Mais selon Michel Destot, ex-ingénieur du CEA, ex-patron de l’entreprise Corys, ex-maire socialiste de Grenoble, ex-député de l’Isère et à ce titre, rapporteur du projet de loi sur le Lyon-Turin : « Il s’agit d’un projet indispensable, non seulement d’un point de vue écologique, grâce au report modal visant à soulager le littoral français et les vallées alpines, mais aussi économique, par l’établissement d’un véritable corridor sud-européen.(5) »

L’inauguration de deux nouvelles lignes TGV, Paris-Bordeaux et Paris-Rennes, en présence du président Macron, a donné l’occasion au techno-gratin grenoblois de réitérer un vieux grief. Figurez-vous lecteurs d’ailleurs, qu’entre Grenoble et Lyon, pour des raisons d’infrastructure, le TGV roule à l’allure d’un TER. La Chambre de Commerce et d’Industrie, les élus locaux, la Fédération des Usagers des Transports, poussent depuis des décennies, des gémissements déchirants sur « l’enclavement de Grenoble », dûment repris par Le Daubé (alias Dauphiné libéré). C’est qu’il y a 22 000 usagers chaque jour entre Grenoble et Lyon, un seul aéroport à mi-chemin, à Satolas, et seulement 7 à 9 TGV par jour, entre Grenoble et Paris. Oyez la plainte lugubre de Christophe Bernard, « directeur général de La Haute Société, agence de conseil en stratégie digitale. »

« On rêve de voir, un jour, le temps de trajet pour Paris réduit d’une heure. C’est un handicap pour Grenoble et son attractivité face à Lyon notamment, c’est un handicap aussi pour nos salariés, qui doivent partir tôt et rentrer tard. Parfois, on sollicite nos clients pour qu’ils viennent dans nos bureaux à Grenoble, mais six heures de trajet dans une journée, c’est trop. Donc, ce sont nos salariés qui vont à Paris. Et c’est double peine : la zone entre Grenoble et Lyon, c’est le Mordor, impossible d’avoir une conversation téléphonique ou de se connecter à internet en 3/4G. La seule gagnante, c’est la SNCF finalement. On est obligé d’aller à Paris et, pour que nos salariés puissent travailler et téléphoner entre Lyon et Paris, nous avons décidé de ne faire que des réservations en 1e classe. Et puisque je parle « coût », j’ai 4 à 5 salariés qui font l’aller-retour chaque semaine. Si on cumule les heures perdues à chaque trajet, à la fin de l’année, l’addition est salée.(6) »

On voit que Christophe Bernard n’est pas Martin Luther King. Son rêve est raisonnable : gagner du temps pour gagner de l’argent et vice-versa. Cette course entre le temps et l’argent n’a fait que s’accélérer depuis deux siècles. Il fallait 70 heures de diligence, en 1807, à Stendhal ou Champollion pour se rendre de Grenoble à Paris. La construction du premier chemin de fer en France, en 1830, permettait de franchir en cinq heures les 58 km entre Lyon et Saint-Etienne. En 1882, nous dit Le Daubé, Bordeaux n’était plus qu’à 9h05 de Paris, et Grenoble à 13h35. Ce fut le moment maudit où les saint-simoniens, les ancêtres des technocrates dont Stendhal se gaussait tant (7), les frères Péreire, Olinde Rodrigues, James de Rothshild, banquiers et polytechniciens, fanatiques d’une religion du réseau, de la rationalité efficace, circulation, trafic et communication, se lancèrent dans la construction des lignes Paris-Saint-Germain, Paris-Orléans, etc., expropriant les parcelles, ravageant le pays, bouleversant les modes de vie, rendant possible, puis obligatoire, l’éclatement entre zones d’habitat, de travail, de loisirs, de chalandise, etc. Le tout, avec l’actif soutien du roi Louis-Philippe et de l’empereur Napoléon III. Mais le rôle de l’Etat, de Saint-Simon à Macron, n’est-il pas d’organiser la production ? Et de le faire de la façon la plus rationnelle, la plus scientifique, la moins politique possible (8) ?

Sans leurs innovations et celles qui ont suivi, Christophe Bernard ne rêverait pas d’expédier ses salariés quatre ou cinq fois par semaine à Paris. Des centaines de milliers de « pendulaires » n’iraient pas, chaque jour, travailler à plus de cent kilomètres de chez eux et ils ne seraient pas non plus tenus de rentabiliser ces temps de trajet en faisant de leurs voitures des bureaux mobiles – du moins, quand on peut capter un réseau téléphonique, le 3/4G et le wifi. Ils vivraient, travailleraient, commerceraient, se reposeraient, au même endroit. Ils gagneraient un temps énorme, ce temps qui est notre seule richesse, qui n’a pas de prix et que nul argent ne peut payer.

Nous n’avons pas, nous, à la différence de MM. Destot, Bernard et de leurs pareils technocrates, le pouvoir d’imposer nos rêves et nos projets, tout au plus d’émettre de vaines protestations. Croyez-bien qu’autrement, nous n’aurions rien de plus pressé que de démanteler les cages où vous nous tenez captifs : réseaux internet, ferroviaires, électriques, bancaires, autoroutiers etc., et de restaurer un peu de liberté et d’humanité.

Gagnons du temps : faisons de la marche et lisons Stendhal.

Notes

1- Le Daubé, 28 décembre 2016
2- Le Daubé, 26 décembre 2016
3- Le Daubé, 22 juin 2017
4- Le Daubé, 2 juillet 2017
5- Le Daubé, 26 décembre 2016
6- Le Daubé, 5 juillet 2017
7- cf. D’un nouveau complot contre les industriels, 1825
8- cf. Pierre Musso, Saint-Simon et le saint-simonisme, Que-Sais-Je ? PUF, 1999 ; La Religion industrielle. Monastère, manufacture, usine, Fayard, 2017

Pour lire le texte des Amis de Bartleby, ouvrir le document ci-dessous.gagner du temps à perdre sa vie

Et voir le site : http://lesamisdebartleby.wordpress.com/


Lire aussi : 
 
- Attention, un train peut en cacher un autre
- Bordeaux : le grand déménagement

 Source : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=941)

Vous pouvez lire le texte 

des Amis de Bartleby ici :


« TGV : gagner du temps 

et perdre sa vie »



Contre la LGV Paris-Bordeaux

Contre le despotisme de la vitesse

Contre le totalitarisme technologique

À Bordeaux, les 1er et 2 juillet 2017, deux journées de festivités sont organisées pour célébrer l’arrivée du train à grande vitesse sur la ligne Paris-Bordeaux – ou plutôt Tours-Bordeaux, puisque le premier tronçon est en service depuis 1990. Nous ne voudrions surtout pas gâcher la fête, juste donner quelques raisons de ne pas se prosterner devant le TGVeau d’or, cette nouvelle idole de la religion du progrès, et signifier à ses grands prêtres qu’il existe encore quelques sceptiques, à défaut d’une opposition organisée aux nuisances et aux nuisibles.

En 1988, le Bordelais Jacques Ellul écrivait, dans Le Bluff technologique : « Le TGV Sud-Ouest est une absurdité : le trajet Paris-Bordeaux se fait en 4 heures. Avec le TGV on le fera en 3 heures. Est-ce que vraiment une heure de gagnée vaut les 15 milliards de francs prévus pour cette entreprise ? » Près de trente ans plus tard, la question reste posée : ces pauvres 54 minutes « gagnées » avec la ligne à grande vitesse (le trajet Paris-Bordeaux se faisait en 2 heures 58 avant les travaux de la LGV Tours-Bordeaux, contre 2 heures 4 annoncées désormais) valent-elles les 9 milliards d’euros engagés (7,8 milliards pour la ligne, 1,2 pour les aménagements) ? 160 millions d’euros dépensés par minute « gagnée »… on savait que le temps c’est de l’argent, mais là c’est de l’or pur ! Et la liste est longue de tout ce qui a été perdu pour ces quelques minutes volées, à commencer par les dégâts causés aux 5 300 hectares d’espaces naturels, agricoles ou forestiers, pour poser les 302 kilomètres de la LGV – « un massacre environnemental », « une plaie béante » selon des associations de protection de la nature –, dégâts qui seront, on nous l’affirme, entièrement « compensés ». Comme si l’on pouvait compenser un tel saccage en marchandisant la nature.

Rappelons brièvement les conditions de ce partenariat public-privé (PPP) : Lisea, le consortium piloté par Vinci (parkings, autoroutes et aéroports, voir Notre-Dame-des-Landes), a obtenu, contre le financement d’un peu plus de 50 % du projet, une concession de cinquante ans, de 2011 à 2061, pour construire et gérer cette LGV, la première ligne ferroviaire sous concession privée en France. En échange, il perçoit les péages que versera tout opérateur pour le passage de ses rames sur la ligne. Comptant sur cette manne pour se rembourser (entre 10 000 et 15 000 euros le passage selon le type de train), Lisea veut bien sûr voir circuler le plus possible de rames sur sa ligne, COP 21 ou pas. C’est ainsi qu’il a imposé 18,5 allers-retours par jour à Guillaume Pepy, le PDG de la SNCF, lequel avait pourtant calculé que 13 étaient bien suffisants.

Conséquence de ce racket : dans son budget 2017, la SNCF a inscrit une perte de 90 millions d’euros pour seulement six mois d’exploitation. Ce qui présage 180 à 200 millions d’euros de déficit annuel. Si l’on ajoute que l’État a dû se porter caution des crédits contractés par les partenaires privés du projet, et donc que c’est l’argent public qui devrait, in fine, assumer l’investissement, on voit qui payera ce nouveau carrosse des classes supérieures. Ce sont les clients (qu’on appelait « usagers » du temps du service public et du sacro-saint prix unique du kilomètre sur tout le territoire) qui seront rançonnés, la hausse prévue étant par ailleurs proportionnellement bien plus importante sur les billets de seconde classe que sur ceux de première, alors que les sièges de celle-ci bénéficieront de la dernière technologie, véritables bureaux connectés avec sièges pivotants, prise de courant, port USB, Wifi gratuit, liseuse personnelle et mini-tablette permettant de brancher son smartphone. Ainsi, les « turbo-cadres » ne quitteront pas leur open space


De fait, le chemin de fer subit un abandon continu de la part des autorités. Il n’y a pas si longtemps, on pouvait se rendre en train jusqu’au fin fond des campagnes, comme en témoigne l’ancienne carte du réseau des chemins de fer du Midi du grand hall de la gare Saint-Jean. En 1930, le réseau ferroviaire atteignait en France 62 000 kilomètres. Il n’en compte plus que 29 000 aujourd’hui. Métropolisation oblige, les lignes secondaires et les gares de proximité ont pâti des milliards d’euros d’endettement liés au développement du TGV. C’est un des épisodes de cette guerre de classes qui ne dit pas son nom entre « France d’en haut » et « France périphérique » qu’analyse depuis plusieurs années Christophe Guilluy, pour qui « la concentration des gagnants de la mondialisation sur les territoires qui regroupent richesse et création d’emplois produit ainsi une pensée, un discours unique, celui de la mondialisation et de la métropolisation heureuses. Un discours relayé par des médias et une classe politique qu’elles animent majoritairement. […] Abritées derrière le discours de la modernité, de l’ouverture et du vivre-ensemble, les catégories supérieures participent ainsi violemment à la relégation sociale et culturelle d’une majorité des classes populaires. Par leurs choix économiques, résidentiels, sociétaux, elles contribuent au lent processus de désaffiliation sociale et culturelle des plus modestes. Elles prônent l’égalité des territoires mais promotionnent la métropolisation et la gentrification. » Ceux qui ont manqué le train de la mondialisation resteront à quai ou prendront les cars Macron.

En 1991, à l’occasion de l’extension des lignes de TGV, une Alliance pour l’opposition à toutes les nuisances publiait un Relevé provisoire de nos griefs contre le despotisme de la vitesse. On y lisait entre autres que, « pour une foule de raisons dont la moindre n’est pas la démission devant l’énigme qu’est devenue l’invention de leur propre vie, les hommes ne veulent plus se déplacer à un rythme sensible ; ce n’est pas qu’ils aient foncièrement du goût pour la vitesse, mais plutôt qu’ils ne supportent plus de se déplacer lentement. L’effacement de toute communauté possible comme de toute individualité profonde a produit un isolement quasi schizophrénique dans les transports modernes comme dans la vie urbaine dont ils sont l’extension. […] Répondant à un besoin falsifié, forcé par les contradictions d’une existence asservie, le TGV appartient à la famille du four à micro-ondes, si pratique quand on ne sait plus préparer à l’avance quelques mets. Pour qui a oublié, ou n’a jamais su, que voyager signifie modifier son trajet et ses arrêts au gré de son humeur, le TGV peut faire figure de progrès, et d’autant plus indiscutable que la possibilité de voyager réellement est progressivement interdite par d’autres progrès de la même farine. […] On peut par conséquent décrire le TGV comme une arme de plus dans l’arsenal à l’aide duquel la société présente combat les possibilités émancipatrices qu’elle contient et pilonne les diverses contrées de l’existence ».

Lorsque l’homme se résigne à ne plus être à la mesure de son monde, il se dépossède de toute mesure. Et déjà la SNCF investit dans le projet Hyperloop d’Elon Musk, ce technofurieux qui veut coloniser Mars et télécharger nos cerveaux sur disque dur. Pour assouvir leur fantasme d’ubiquité et d’instantanéité, les « missilo-cadres » de demain seront catapultés à 1 200 kilomètres à l’heure à l’intérieur d’une capsule circulant sur coussin d’air dans un tube à basse pression. Le trajet Paris-Bordeaux ne durerait plus qu’une demi-heure… À la casse, le TGV !

Pour évaluer un progrès, on devrait se poser la même question que George Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » En ce qui concerne nos oligarques, aménageurs et développeurs, gestionnaires du désastre, il est évident que, à l’inverse de Montaigne, tout ce qui est humain leur est étranger. Nous sommes en présence d’une forme d’anti-humanisme radical, qui n’avait pas échappé à Bernanos : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. » Mais qui s’en soucie encore aujourd’hui ? On pouvait naguère flâner dans les gares, simplement pour y ressentir l’ambiance des départs et des retours, des séparations et des retrouvailles, l’ennui, le vague à l’âme, l’attente, ou l’espoir d’une rencontre. Si l’on peut comprendre la nostalgie des buffets de gare et des trains de nuit, des wagons-restaurants et des salles des pas perdus, comment trouver désormais la moindre humanité dans ces non-lieux saturés de voix synthétiques et de jingles électroniques, patrouillés de militaires en treillis, cernés d’écrans et criblés de caméras, dans ces halls de gare devenus des centres commerciaux ponctués d’enseignes aux noms évocateurs, McDonald’s, Hema, MetSens, Carrefour Express, Relay, Costa Coffee, Factory and Co, etc., postées sur des parcours pictogrammés pour plumer le pigeon-voyageur ?

La Grande Mue de Bordeaux s’achève, engagée il y a une vingtaine d’années par les technocrates Alain Rousset et Alain Juppé, le chantre de « l’identité heureuse » pour lequel le TGV représente un « levier de croissance exceptionnel ». Croissance pour qui ? La flambée des prix de l’immobilier et de la vie urbaine expulse de la ville les classes populaires ainsi qu’une grande partie des classes moyennes paupérisées. Nous assistons ainsi depuis quelques années au remplacement des ouvriers, employés, petits indépendants, chômeurs, précaires, retraités modestes, etc., par des néo-bourgeois branchés, cool et technolâtres affluant de la France entière. Avec la création autour de la gare Saint-Jean d’un des plus grands centres d’affaires européens, Euratlantique, avec la gentrification des derniers quartiers populaires de Belcier, Bacalan et Saint-Michel, avec le label « French Tech » infligé comme un coup de grâce à la ville de Bernard Charbonneau et de Jacques Ellul, nous sommes confrontés à une entreprise de développement que l’on peut qualifier de coloniale, une silicolonisation pour reprendre le titre du livre d’Éric Sadin.

Jusqu’où ira cette frénésie de puissance ? Les ressources s’épuisent, la Terre agonise, le système financier est près de s’écrouler, l’humanité désespère, mais la civilisation techno-industrielle persiste dans son emballement, faisant fi de toute limite morale autant que naturelle, s’arrogeant un contrôle total sur tous les aspects de la vie, fonçant droit dans le mur à toute vibure. Bernard Charbonneau l’avait très tôt compris : « Plus la puissance s’accroît, plus l’ordre doit être strict. » Et plus l’ordre est strict, moins les hommes sont libres. Le délire de puissance se paie donc au prix fort : celui de notre liberté, celui de notre humanité.

Et nous, quel prix sommes-nous prêts à payer pour défendre l’une et l’autre ?

Bordeaux, le 18 juin 2017

Des opposants au totalitarisme technologique

Source : https://lesamisdebartleby.wordpress.com/

vendredi 21 juillet 2017

Communiqué des Chimpanzés du futur - France Inter soutient les inhumains

Communiqué des Chimpanzés du futur

France Inter soutient les inhumains


Ce jeudi 13 juillet 2017, l’émission « Le débat de midi » sur France Inter s’intitulait : « Demain, tous transhumains ? ». Dorothée Barba, l’animatrice qui passe son temps à promouvoir les nécrotechnologies dans son émission « Demain la veille », offrait une heure d’antenne aux idées inhumaines. Elle avait convié deux transhumanistes français - le médecin et homme d’affaires Laurent Alexandre et l’Artiste virtuel Yann Minh - ainsi qu’une auteur de science-fiction qui se dit « bio-fascinée », Catherine Dufour.

Sur France Inter, on ne conçoit le « débat » qu’entre techno-progressistes. Vous avez le choix entre la version Alpha Plus de l’énarque millionnaire Laurent Alexandre – morgue grossière, techno-prophéties tapageuses, mépris pour les inférieurs au QI limité et les « bioconservateurs » (les Chimpanzés du futur) ; le modèle cyber-clignotant du bouffon Yann Minh au QI supérieur – seul scoop de l’émission : le fait nous avait échappé ; et la version féministe de gauche de Catherine Dufour – pour une taxe robot et un revenu universel.

Cette complaisance envers les inhumains n’est pas nouvelle, d’une radio qui passe son temps à nous donner des leçons de bonne pensée. France Inter, comme Le Monde, L’Express ou La Tribune, offre à longueur d’année l’accès de nos cerveaux aux transhumanistes. C’est ainsi qu’ils propagent l’obligation de s’automachiner pour rester au niveau de la machine (et des Chinois) et pour acquérir les nouveaux moyens de la puissance (Alexandre : « On industrialise l’intelligence artificielle, si les cerveaux biologiques ne bougent pas, ça va très mal se passer ; nous abandonnons les ressorts de la puissance aux géants du numérique »). Ils répandent l’idée d’un monde-machine inéluctable donc « désirable » (Minh : « La solution aux milliards d’habitants sur Terre, c’est l’infini du cyberespace qui va nous sauver de cette concentration ») et celle de la colonisation spatiale comme seule issue à une surpopulation (d’immortels) sur une planète dévastée. Ils diffusent le mépris pour ceux qu’ils nomment les Chimpanzés du futur ou les « bioconservateurs » (Alexandre : « On a toujours eu des gens paniqués par le progrès technologique ; on va pas revenir éternellement sur les discours du passé, depuis 2000 ans on raconte qu’on va tous mourir à cause des technologies »).

Il faudrait des pages pour décortiquer le monceau de bêtises et de mensonges proférés en une émission. Mais il faut toujours des pages d’analyse pour répondre à une bêtise lapidaire. En une heure, nul n’a expliqué pourquoi il serait souhaitable de consacrer nos ressources et nos recherches à augmenter les machines, et à nous fabriquer un ennemi plus puissant que nous.

Beaucoup s’imaginent que le transhumanisme n’est qu’une lubie californienne. Il est en fait l’idéologie de la classe dominante du capitalisme technologique globalisé : la technocratie. D’où le rappel enthousiaste par Catherine Dufour des performances des « start up, des laboratoires et des pointures françaises » en intelligence artificielle, tels Jean-Gabriel Ganascia (président du comité d’éthique du CNRS, c’est dire) et Yann LeCun (responsable de l’intelligence artificielle chez Facebook, c’est tout dire). Les Français aussi, font progresser l’inhumain.

Imaginez la même émission avec des faucheurs d’OGM, des profs contre l’école numérique, des opposants au nanomonde, sur le thème : « Demain, tous humains : comment vaincre les technocrates, les transhumanistes, les machins et les machines ». Au lieu d’enseigner aux auditeurs l’invincibilité du « progrès » technologique, elle propagerait un message de résistance : restons libres et humains. Ah oui, mais là il faudrait une radio de service public.

À défaut, c’est à nous, humains, de servir cette résistance humaine. Faites circuler ce message, rejoignez vous aussi les Chimpanzés du futur, protestons contre les émissions et les médias qui font la propagande de l’inhumain.

Pièces et main d’œuvre
Grenoble, le 13 juillet 2017
http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=944


À lire à la rentrée :
Le manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, par Pièces et main d’œuvre
(en librairie)

Et en attendant :
Transhumanisme : du progrès de l’inhumanité, Pièces et main d’œuvre
Pièce détachée n°68
(par la Poste, envoyer un chèque de 5 € à l’ordre de « Service compris » :
Service Compris – BP 27 – 38172 Seyssinet-Pariset cedex)

jeudi 20 juillet 2017

Arrêtez l’acharnement contre Jean-Marc Rouillan

L'article d'hier faisait part d'un financement participatif pour Jann-Marc Rouillan.

"Dans le cadre du pourvoi en cassation de Jean-Marc Rouillan nous lançons un pot commun afin de participer aux frais d'avocats qui s'élèvent à plus de 3000 euros.
Nous vous remercions donc de bien vouloir diffuser et partager ce mail avec vos réseaux afin que la solidarité se concrétise.

Solidairement c'est ici :



 
Pour les personnes qui se posent des questions voici quelques réponses

Arrêtez l’acharnement contre Jean-Marc Rouillan

10 juil. 2017 Par Théo ROUMIER

Blog : à celles et ceux qui luttent et qui résistent

Jean-Marc Rouillan – qui prépare son recours en cassation – est aujourd’hui menacé de retourner en prison. Pourquoi ? Parce que durant quelques brèves secondes il a dit n’importe quoi en février 2016 sur une radio à l’audience confidentielle. Cette affaire est en réalité un symptôme de plus de la dérive liberticide dans laquelle nous a engagé le régime d’état d’urgence.

Jean-Marc Rouillan, comme tout le monde, dit parfois n’importe quoi. On peut penser qu’il l’a fait en parlant du « courage » de ceux qui ont tué des centaines de personnes à Paris le 13 novembre 2015. Le courage est une notion bien subjective et ce n’est pas une notion qui nous vient à l’esprit pour parler de ceux ou celles qui massacrent des êtres humains ; que ces actes soient le fait de personnes agissant « à leur compte » ou au nom d’États (on appelle alors cela une « armée »).

Jean-Marc Rouillan a pu dire ça, n’importe quoi donc, pendant quelques brèves secondes. Mais il faut préciser que c’est dans une interview, en direct, de 58 minutes. Il est fort compréhensible, et même bien légitime, que ces propos aient choqué des victimes et des proches de victimes du 13 novembre. Mais il est scandaleux que des ministres et nombre de politiciens et politiciennes s’en soient saisis pour dénoncer là une « apologie du terrorisme », alors même que l’interview est sans équivoque sur ce qu’il pense et dit de ces groupes qu’il dénonce.

La France en danger : c’est la faute à Radio Grenouille !

Jean-Marc Rouillan a été condamné à retourner en prison, à la demande de celles et ceux qui prétendent nous représenter, parce qu’il parait que ses propos mettent en danger la sécurité publique. Mais alors, sommes-nous si mal protégés ? La curie médiatique a débuté le 7 mars 2016 alors que son interview avait été diffusée le 23 février.

Pendant 14 jours (deux semaines entières !), nous aurions été sous cette menace et personne n’aurait rien fait ? Si on reprend l’argumentation de celles et ceux qui parlent d’apologie du terrorisme, finalement, qui y aura le plus contribué ? Jean-Marc Rouillan via la puissance médiatique, bien relative il faut le dire, de Radio Grenouille (le média qui a diffusé son interview) ou bien les habituels plumitifs des médias dominants qui ont monté en épingle toute cette affaire à travers des chaînes de télévision, des radios et des journaux, en reprenant ces extraits 15 jours plus tard ?

Tout ceci est ridicule. Mais pas seulement ; c’est aussi un signe supplémentaire que le fond de l’air est bien malsain, que l’ultra-répressif se porte bien. Qui croira qu’on peut mériter la prison pour quelques mots sur Radio Grenouille ? La dérive liberticide a pris un cours nouveau avec l’état d’urgence voté par l’Assemblée nationale et le Sénat les 19/20 novembre 20151. C’est un exemple parmi bien d’autres2.

Imposer le silence et la prison ne fait rien avancer

Outre ce nouvel acharnement, nous voulons aussi dire notre désaccord avec ce qui frappe déjà Jean-Marc Rouillan depuis sa libération dite conditionnelle, puisqu’il n’a pas le droit de s’exprimer sur les faits pour lesquels il avait été condamné. Cela a des conséquences, pour lui, bien sûr. Mais aussi collectivement : comment faire le bilan, comment solder historiquement une période de l’histoire quand on interdit d’en parler à certains des acteurs !

En l’occurrence, en ce qui nous concerne, nous ne sommes pas partisans de l’action armée minoritaire alors pratiquée, loin de là. Bien au contraire, nous avons fait le choix du syndicalisme pour construire les conditions d’une profonde transformation sociale, d’une rupture avec le capitalisme s’appuyant sur des mobilisations larges et collectives. Ce choix n’a pas été celui de Jean-Marc Rouillan, tout le monde le sait.

Syndicalistes, que faisons-nous dans cette affaire ?

On peut se demander ce que des syndicalistes ont à dire sur tout ça. Il nous semble que les questions soulevées par cette « ténébreuse affaire » intéressent toutes celles et tous ceux épris de libertés publiques et de débat démocratique. Il n’est ici question que de dénoncer un acharnement institutionnel envers une personne, un exemple de dérive répressive où des mots vaudraient emprisonnement. Notre propos ne porte pas sur les faits d’il y a plus de 35 ans pour lesquels Jean-Marc Rouillan a déjà « payé » comme on dit (et comme d’ailleurs la justice l’avait reconnu en le libérant une première fois). Par ailleurs, sa propre vie ne se limite pas à ces actions.. Pour nous, rien ne justifie aujourd’hui l’acharnement dont il est l’objet : c’est tout ce que nous disons…

La prison pour des mots ? Et quoi pour la mort d’Adama Traoré et les mensonges officiels répétés depuis des mois ? Et quoi pour ceux qui tirent profit d’un système économique qui broie des vies, qui tue les travailleurs et les travailleuses, à coup d’intoxication, de travail dangereux, de normes de sécurité non respectées, de cadences infernales, etc. ? Et quoi pour les crimes coloniaux d’hier et d’aujourd’hui ? Et quoi pour les politiciens et politiciennes qui bloquent le processus de paix au Pays basque et défendent l’apartheid d’État contre le peuple palestinien ?

La prison pour avoir dit n’importe quoi ? Ce n’est pas possible ni sérieux : la surpopulation carcérale est déjà un problème, n’y ajoutons pas toutes et tous ces professionnel-les de la politique, ou toutes et tous ces spécialistes, ces « experts », de tout et de rien qui vont de plateau-télé en plateau-télé… qui encourraient alors des peines très longues pour récidives aggravées !

Christian Mahieux et Théo Roumier, syndicalistes Solidaires dans le Val-de-Marne et le Loiret

Jean-Marc Rouillan prépare aujourd’hui son recours en Cassation. Un soutien financier est organisé ; les chèques, à l’ordre du Secours rouge, sont à adresser à : Ibanez - Boîte Postale 110 - 75921 Paris Cedex 19.

Il y a bien sûr d’autres témoignages de solidarité de militant.e.s du mouvement social et syndical. Ici, en vidéo, les soutiens d’Annick Coupé, Driss El Kherchi, Gaël Quirante : 



 Pour la relaxe de Jean-Marc Rouillan © Jean Asselmeyer


1 : Seulement 6 parlementaires sur 925 avaient voté contre : 3 PS et 3 EELV !
2 : Plusieurs articles du récent numéro 5 des Cahiers Les Utopiques, la revue de l’Union syndicale Solidaires, reviennent sur ce contexte : les résistances, la seconde nature de l’État, la vraie nature de l’antiterrorisme, et aussi les désobéissances au fil de l’histoire…


 Source : https://blogs.mediapart.fr/theo-roumier/blog/100717/arretez-l-acharnement-contre-jean-marc-rouillan