Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

BLOG EN COURS D'ACTUALISATION...
...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...

mercredi 6 mars 2024

Pour les ours des Pyrénées, un hiver pas comme les autres


Pour les ours des Pyrénées, 

un hiver pas comme les autres

 

À cette période de l’année, l’ours brun des Pyrénées est censé être en hibernation. Le réchauffement climatique change la donne. Explications, à l’occasion de la « Journée mondiale pour sauver les ours ».

Par

 

Certains ours n'hibernent plus en raison des température hivernales très douces dans les Pyrénées. © Launette Florian & Megane Chene / MAXPPP

 Des ours insomniaques ? La douceur des températures dans les Pyrénées n'inquiète pas seulement les stations de ski et les climatologues, elle intéresse aussi les spécialistes des ours, une espèce toujours considérée en France comme proche de l'extinction et pour cela suivie scrupuleusement. Des traces du plus grand mammifère sauvage européen ont ainsi été signalées, en plein mois de février, à l'association Pays de l'ours-Adet, qui surveille le développement de l'espèce dans les Pyrénées françaises.

À cette période, d'ordinaire, l'ours brun des Pyrénées hiberne depuis la fin de l'automne, et jusqu'au début du printemps. Plus gros animal hibernant, il se place alors dans un état de léthargie dont il peut sortir régulièrement. Pendant environ trois mois, son rythme cardiaque ralentit, passant de 50 battements par minute à une dizaine, sa température corporelle baisse de plusieurs degrés, son rythme respiratoire est divisé par deux, et il cesse de manger, de boire, d'uriner et de déféquer, tenant sur les réserves de graisse qu'il a accumulées lors de l'été et de l'automne – son poids peut alors croître de 30 %.

Une nourriture suffisante

Cette année, au contraire, des indices de présence – empreintes de pattes, poils, photos et vidéos prises par des pièges, voire rencontre avec des randonneurs – ont été relevés tout au long de l'hiver. Un fait « inhabituel », mais pas « anormal » ou inquiétant pour autant.

 « Les ours hibernent par adaptation, et pas par besoin physiologique, explique Alain Reynes, directeur de l'association Pays de l'oursConcrètement, ce n'est pas du froid que les ours se protègent, mais de la difficulté à trouver la nourriture, enfouie sous la neige. Quand chercher à se nourrir coûte plus d'énergie que cela n'en rapporte, ils se mettent au ralenti. Cette année, comme la météo est particulièrement clémente et que la fructification a été riche à l'automne, ils trouvent plus facilement à manger, et certains n'ont donc toujours pas commencé à hiberner. »

Si leur nombre reste difficile à évaluer, certains ours des Pyrénées sont ainsi toujours de sortie, se nourrissant de faines, de glands, de noisettes et autres châtaignes laissés à découvert par le fin manteau neigeux.

Une dizaine d'ourses devraient mettre bas cet hiver

« La capacité principale de l'ours est sa capacité d'adaptation, souligne Alain Reynes. Le comportement et les attitudes sont différents selon les individus et leur environnement, mais l'absence d'hibernation n'a en tout cas pas d'incidence sur leur santé. »

Alors qu'ils appartiennent tous à la même espèce, les ours des massifs espagnols, où il fait plus chaud, restent ainsi éveillés durant l'hiver, tandis que ceux du Grand Nord américain se terrent entre quatre et six mois dans leurs tanières. Seules les femelles gestantes, mettant bas en janvier, continuent, qu'importe le climat, à hiberner : aveugles et sourds, les oursons pèsent 300 grammes à la naissance, contre 120 kilos pour un adulte, et sont donc incapables de supporter l'hiver. Ils restent ainsi tapis avec leur mère jusqu'au printemps, le temps de se développer suffisamment pour affronter la vie au grand air.

Dans les Pyrénées, une dizaine d'ourses devraient d'ailleurs mettre bas cet hiver, espère Alain Reynes. « Nous avons l'espoir d'annoncer un chiffre important de naissances d'oursons au printemps, explique-t-il. Le record est de 16 naissances d'oursons en 2020, et nous pensons atteindre le même niveau, voire le dépasser, cette année. »

Un problème de consanguinité

Une bonne nouvelle, puisque, malgré une croissance annuelle moyenne d'environ 11,2 %, la population d'ours des Pyrénées est encore trop faible pour se maintenir d'elle-même. La consanguinité risque en outre de poser bientôt problème : 90 % des 76 spécimens identifiés descendent en effet des mêmes individus, un mâle et deux femelles.

Le bon niveau de reproduction des ours des Pyrénées cache donc un manque de diversité génétique de plus en plus affirmé. Principale solution envisagée : lâcher de nouveaux individus adultes dans les montagnes pour introduire du sang frais, comme cela a été fait pour la dernière fois en 2018. Deux ourses slovènes, Sorita et Claverina, avaient alors été lâchées dans les Pyrénées-Atlantiques, malgré l'opposition de certains éleveurs.

Le gouvernement s'était d'ailleurs engagé dans le plan d'action Ours brun 2018-2028, puis dans la Feuille de route « pastoralisme et ours » de 2019, à relâcher un nouvel ours pour chaque ours mort de cause humaine. Sur les six dernières années, quatre cas ont été recensés. Aucun ours n'a encore été remplacé.

 

Source : https://www.lepoint.fr/environnement/pourquoi-les-ours-ne-sont-pas-tous-entres-en-hibernation-17-02-2024-2552677_1927.php

mardi 5 mars 2024

David Khayat dans le rôle de Claude Allègre

 



David Khayat 

dans le rôle de 

Claude Allègre

Publié en octobre 2023
 
 

Nous allons gaiement vers l’abattoir. Deux chiffres pour commencer la tournée des grands-ducs. Entre 1990 et 2023 – l’année n’est pas terminée, mais l’estimation est officielle -, le nombre de nouveaux cas annuels de cancers est passé en France de 216 000 à 433 000. Le double, alors que la population n’a augmenté que de 20%. Une épidémie, donc. Mais voilà la deuxième info, encore plus cinglée : selon une toute récente étude (1), les cas de cancer – cette fois dans le monde – ont explosé entre 1990 2019. De 79,1%. Chez les moins de cinquante ans. Derechef, épidémie.

Constatons qu’il existe chez nous une sorte de cancéroscepticisme, très voisin du déni climatique. Très. Avec dans le rôle de Claude Allègre l’inaltérable cancérologue David Khayat. Pour ceux qui ne situeraient pas le bonhomme, résumons. Il a créé et dirigé l’Institut national du cancer (Inca), conseillé Chirac, écrit je ne sais combien de livres sur le sujet, et comme Allègre, a bénéficié d’un rond de serviette dans les gazettes bien élevées – jusqu’à Libération -, les radios, les télés.

On ne peut tout écrire, il y faudrait un livre. Choisissons pour commencer un propos tenu le 21 novembre 2005 sur France Inter. Ce jour-là, Khayat est invité pour la dixième – centième ? – fois, et déclare : « Les causes de nos cancers, c’est quoi ? C’est parce que nous fumons. C’est parce que nous mangeons mal. C’est parce que nous avons exposé nos enfants au soleil. C’est parce que nous n’allons pas faire du dépistage. C’est parce que des femmes attrapent une maladie sexuellement transmissible par un papillomavirus qui donne un cancer du col. C’est parce que nous avons une bactérie dans l’estomac qui s’appelle Helicobacter et qui donne le cancer de l’estomac. Etc .» Et pour les sourds et malentendants, ajoute : « La pollution [comme cause des cancers], c’est-à-dire ce que nous, en France, nous appelons l’“environnement”, ce n’est presque rien. »

On remarquera sans l’ombre d’une polémique, que pour Khayat, le cancer, c’est la faute de celui qui l’attrape. Pas à l’industrie, pas à cause des politiques publiques. Le cancer, c’est une affaire personnelle. Notons qu’il a bien raison, puisque les Académies de vieux birbes – celle de Médecine, celles des Sciences – signent la même année, avec quelques autres sommités, un rapport sur les causes du cancer en France (2). Ça déménage. Par exemple, l’explosif cancer du sein est lié à la sensibilité de la mammographie. Par exemple, la mortalité par cancer chez les hommes n’est attribuable aux « polluants » qu’à hauteur de … 0,2%. Le reste sent très fort son Khayat. Le cancer, c’est l’âge, l’alcool, le tabac, le surpoids, l’inactivité physique, le soleil, les traitements de la ménopause.

Mais revenons aux études précitées. En France, la consommation d’alcool est passée de 26 litres d’alcool pur par habitant de plus de 15 ans en 1961 à 12 en 2017 (3). Chez les hommes, 59 % clopaient en 1974 et 31,8 % en 2022. Comme Khayat et ses amis font de l’alcool et du tabac des déclencheurs souverains du cancer, l’incidence de ce dernier devrait diminuer. Mais non, il flambe, même chez les moins de 50 ans.

En mai 2004, d’autres scientifiques que ceux de la bande à Khayat lancent « L’Appel de Paris », dont voici un extrait : « Constatant que l’Homme est exposé aujourd’hui à une pollution chimique diffuse occasionnée par de multiples substances ou produits chimiques ; que cette pollution a des effets sur la santé de l’Homme ; que ces effets sont très souvent la conséquence d’une régulation insuffisante de la mise sur le marché des produits chimiques et d’une gestion insuffisamment maîtrisée des activités économiques de production, consommation et élimination de ces produits… »

Mais au fait, qui est ce bon docteur Khayat, dont l’un des derniers livres fait du stress un grand responsable du cancer ? Un lobbyiste. Un pur est simple lobbyiste embauché par le cigarettier Philip Morris pour vanter les bienfaits du tabac chauffé. Soyons sport, il « conseille » aussi Fleury-Michon et Auchan (4). Est-ce possible ? C’est.

(1)https://bmjoncology.bmj.com/content/2/1/e000049

(2)https://www.academie-sciences.fr/archivage_site/presse/communique/rapport_130907.pdf

(3)https://www.inserm.fr/dossier/alcool-sante/

(4)https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/04/14/david-khayat-un-monsieur-cancer-en-vrp-de-l-industrie-du-tabac_6076758_3224.html

Source : http://fabrice-nicolino.com/?p=5829

dimanche 3 mars 2024

1 - Sous pression européenne, la France renonce à son indice de durabilité des smartphones - 2 - La France enterre son indice de durabilité des smartphones -

Sous pression européenne, 

la France renonce à son indice 

de durabilité des smartphones

17 février 2024

 

L'indice de durabilité des smartphones élaboré par la France, plus complet que celui de l'Union européenne, devait évaluer chaque modèle par une note sur 10.

Le projet d’indice de durabilité des smartphones, élaboré par la France, passe à la trappe. Il risquait de faire doublon avec celui, pourtant moins complet, que veut mettre en place l’Union Européenne.

La France jette l’éponge. Face aux réticences de la Commission européenne, le gouvernement a renoncé à son projet d’indice de durabilité des smartphones. Cet indice devait permettre aux consommateurs de choisir un smartphone en fonction de sa propension à durer dans le temps, avec l’évaluation de chaque modèle par un indice de durabilité noté sur 10.

Bruxelles justifie son avis défavorable par la crainte d’une cacophonie dans les informations fournies aux consommateurs, car l’Union européenne a déjà prévu un étiquetage spécifique pour ces appareils. Celui-ci doit entrer en vigueur à partir de juin 2025. L’étiquette énergie des téléphones devrait comporter une note sur leur plus ou moins grande facilité de réparation, ainsi que quelques informations sommaires sur leur robustesse.

La crainte d’« indices divergents »

« Les méthodes de calcul et les paramètres utilisés [par le projet français et le projet européen] diffèrent considérablement », s’était inquiétée la Commission européenne l’automne dernier, craignant deux « indices divergents » sur un même produit.

Si une harmonisation entre les États membres est « souhaitable », celle-ci « ne doit pas se faire au prix d’une méthode laxiste », déplore l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP). Sauf que le projet français était justement beaucoup plus complet : 22 critères pris en compte, contre cinq dans l’indice européen avec, pour l’indice hexagonal, l’avantage d’un résumé par une note agrégée permettant « aux consommateurs de faire des arbitrages rapides entre plusieurs produits », notait HOP. L’indice européen présente aussi le défaut de ne pas tenir compte du prix des pièces détachées.

Feu vert pour les téléviseurs et lave-linges

En revanche, l’indice de durabilité verra bien le jour pour deux autres familles d’appareils : les téléviseurs et les lave-linges. Contrairement aux smartphones, aucun nouvel étiquetage européen n’est prévu — pour l’instant — pour ces deux familles d’appareils. L’indice de durabilité français a donc le champ libre. Il remplacera l’indice de réparabilité lancé en 2021.

Les grilles de notation de cet indice ont été élaborées au terme de longs échanges entre fabricants, associations et pouvoirs publics. Outre la facilité de démontage et les pièces détachées (coût, disponibilité), elles prennent en compte des critères de robustesse : par exemple, pour un lave-linge, le nombre de cycles qu’il peut subir ; et pour un téléviseur, la durée de vie de la dalle.

Bonus pour une garantie longue

Si ces éléments sont théoriques (un appareil pourra toujours flancher avant), ils sont mesurés selon des tests normalisés. Cette information, d’ordinaire inaccessible aux consommateurs, est utilisée pour calculer l’indice. Parmi les autres éléments, un bonus est attribué lorsque le fabricant offre une garantie plus longue que le minimum légal.

Ce nouvel outil d’information, précieux pour orienter les achats vers les produits les plus durables, devrait être obligatoire sur les téléviseurs à partir de décembre 2024 et sur les lave-linge à partir de mars 2025. Il pourrait être étendu par la suite à d’autres appareils… si Bruxelles le veut bien !

Source : https://reporterre.net/Sous-pression-europeenne-la-France-renonce-a-son-indice-de-durabilite-des-smartphones

___________________

 

La France enterre son indice de durabilité des smartphones

 

 

Tout en rappelant que son indice était plus ambitieux que celui prévu à l’heure actuelle par l’Union européenne, le ministère de l’écologie a fini par abandonner son projet, auquel la Commission européenne s’était dite défavorable.

Le Monde

Publié le 15 février 2024


Si l’indice de durabilité des téléviseurs et des machines à laver est toujours en projet, son équivalent destiné aux smartphones, lui, est définitivement abandonné, a confirmé le ministère de l’écologie dans un courrier adressé à l’Union européenne le 5 février, et repéré par Contexte. Le ministère prévoyait d’instaurer en 2024 ce nouveau score écologique chiffré sur dix, agrégeant à la fois l’indice de réparabilité lancé en 2021 et plusieurs nouveaux critères, comme la résistance aux chutes et aux noyades. Ses plans ont été contrariés par la publication, le 27 octobre, d’un avis circonstancié défavorable de la Commission européenne.

En cause : un problème de concurrence entre le projet de loi français et un texte européen qui s’appliquera à la mi-2025 et doit rendre obligatoire l’affichage d’une étiquette énergétique destinée aux smartphones. Aux yeux de l’Union européenne, cela faisait doublon avec l’indice de durabilité français. Ephémère, l’existence de ce dernier aurait « créé des charges additionnelles pour les opérateurs économiques et ajouté de la confusion parmi les consommateurs », estimait la Commission, puisque les deux indices diffèrent en plusieurs points.

Un calcul moins ambitieux

Dans sa réponse récente, le ministère de l’écologie affiche son désaccord, objectant que l’étiquette européenne « constitue un outil différent et complémentaire du futur étiquetage énergétique des smartphones et tablettes prévu par le règlement, tant au regard de la nature et de la lisibilité de l’information apportée, que du spectre élargi des critères contenus dans l’indice de durabilité ». Il déclare néanmoins abandonner son projet.

Des acteurs, comme l’éditeur des guides de réparation iFixit, l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP) et le constructeur de smartphones FairPhone, dénoncent la faiblesse de l’étiquette énergétique européenne : à la différence de l’indice français, elle ne prend pas en compte le prix des pièces détachées. Or, certains constructeurs, comme Apple, commercialisent ces dernières aux réparateurs indépendants à des tarifs prohibitifs, empêchant les consommateurs d’accéder, dans les ateliers proches de chez eux, à des réparations faites avec des pièces Apple officielles, comme l’a montré une enquête du Monde en 2022.

Lors d’une conférence organisée par l’association HOP au début de février, le coordinateur de la réglementation européenne sur l’étiquette énergétique, Davide Polverini, a justifié ainsi la position de la Commission : « Nous avons estimé qu’il était compliqué, pour les constructeurs, de préciser le prix des pièces détachées à l’échelle de l’Union européenne, tant la taille des marchés nationaux est variable. » Sans parvenir toutefois à convaincre HOP, iFixit ni FairPhone, qui participaient également aux débats, du bien-fondé de ce choix.

 

Source : https://www.lemonde.fr/pixels/article/2024/02/15/la-france-enterre-son-indice-de-durabilite-des-smartphones_6216693_4408996.html

 

samedi 2 mars 2024

André et Madeleine Puygrenier : 60 ans de lutte pour une agriculture paysanne

André et Madeleine Puygrenier : 

60 ans de lutte pour 

une agriculture paysanne



22 février 2024

 


 Ensemble, il et elle sont de tous les combats paysans et environnementaux depuis plus de soixante ans. A la fois agriculteur·ices à Courcôme (16) et militant·es, André et Madeleine Puygrenier continuent de lutter pour l’avènement d’une agriculture paysanne, respectueuse de l’humain et de la nature. Tous les deux ont participé aux débuts de la Confédération Paysanne, aux fauchages anti-OGM, aux batailles contre l’accaparement des terres. Dernièrement, on les a vu·es, à 86 ans passés, dans les manifestations anti-bassines à Sainte-Soline. Rencontre avec un couple debout et optimiste.


Comment êtes-vous devenus paysans tous les deux dans les années 1960 ?


André Puygrenier : Je suis né en Charente Limousine, à Saulgond, dans un village où il y avait trois fermes qui produisaient essentiellement des vaches limousines. Mon père est parti à la guerre en 39 et il est revenu en 45, je ne l’ai connu qu’à son retour. A la maison, on parlait patois et j’ai appris le français à l’école ! J’ai cependant toujours gardé l’accent (Ndlr: il roule les « r »). L’instituteur a proposé que j’aille au collège mais mes parents n’ont pas voulu. Leur raisonnement c’était que si je partais au collège, on ne me reverrait pas sur la ferme ! Ma famille était catholique et mon père très idéaliste. J’ai très tôt intégré la morale familiale : faire le métier de paysan, c’est noble. On travaillait pour nourrir la population. Je suis resté sur la ferme familiale jusqu’au service militaire. Et j’ai fait 27 mois d’Afrique du Nord, qui m’ont beaucoup marqué : je n’ai pas eu à subir des choses terribles, mais j’ai vu ce qu’était la colonisation… Après notre mariage, avec Madeleine, nous n’avons pas voulu rester sur la ferme familiale, mes parents n’ont pas tellement apprécié mais c’était comme ça ! En 1967, nous nous sommes installés aux Marchis, à Courcôme. Nous avons ensuite décidé de créer un GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun), à sept paysans, où chacun se tirait le même salaire, quel que soit l’apport de départ.

De quand date votre engagement ?

André Puygrenier : J’étais un jeune homme très timide. Je suis entré après mon service militaire à la Jeunesse Agricole Catholique (JAC) et j’ai commencé à me rendre aux réunions départementales où j’ai rencontré Madeleine, qui avait mon secteur en charge. Le Cercle des Jeunes Agriculteurs se montait à ce moment-là sur le canton de Chabanais, cela m’a intéressé et marqué. Je précise, parce que c’est important, que ce n’était pas la même chose que les Jeunes Agriculteurs d’aujourd’hui ! C’est une période charnière au niveau syndical et idéologique, dans la lignée de Mai 68. Nous voulions nous installer en agriculture, mais dans des conditions nouvelles : plus de cohabitation avec les générations précédentes, ne pas être toujours pris par le travail et avoir des loisirs, pouvoir s’insérer dans la société… Les années 1960 sont des années de bouleversement dans le milieu agricole. Nous, on voulait gagner notre vie sans pour autant accepter l’idée de devenir des ouvriers spécialisés dans des grandes fermes. Nous voulions des fermes à taille humaine, où l’on pouvait se regrouper pour bénéficier collectivement de la modernisation. Ce qui est important pour moi, dans tous ces engagements, c’est l’idée d’action collective, l’idée d’aller vers les autres. Moi, le petit garçon timide, j’ai dû me former à parler en public. Cela m’a beaucoup apporté. Comme aussi d’apprendre à s’organiser ensemble, pour faire bouger les choses.

Madeleine Puygrenier : Quand j’avais tout juste 16 ans, j’ai fait connaissance avec la JAC, et je me suis beaucoup engagée. Cela a toujours continué, et depuis, ça ne me lâche pas. Plus tard, nous étions aussi dans le Comité Larzac de Charente. Nous partions la nuit au Larzac pour faire les réunions, nous revenions le lendemain… Je ne sais pas comment nous faisions ! Je me souviens qu’au grand rassemblement de 1973, nous avions pris notre fils aîné avec nous ! C’était des périodes de lutte intense. Nous nous battions aussi pour l’usine PIL de Cerizay dans les Deux-Sèvres où les ouvrières confectionnaient des chemisiers pour continuer en coopérative, sur le modèle des montres LIP. J’en ai vendu des chemisiers ! Nous étions de beaucoup de luttes. Les Paysans Travailleurs à l’époque n’étaient pas vraiment reconnus officiellement, même si Yves Manguy (ndlr: agriculteur charentais, premier porte-parole national de la Confédération paysanne) avait été élu à la Chambre d’Agriculture de Charente. Dès 1986, à sa création, nous avons intégré la Confédération Paysanne où nous avons été très actifs durant de longues années.

Pour quelle agriculture avez-vous milité ?

André Puygrenier : Nous nous opposions au cumul de terres, ce qui nous a valu des inimitiés de la part des gens que nous combattions. Nous sommes apparus comme des gens gênants et le propriétaire de notre ferme des Marchis a voulu nous mettre dehors. Cela a été le début d’une longue bataille juridique, que l’on a gagnée ! Nous organisions des manifestations, du collage d’affiches… Nous avons organisé une grande fête à la ferme en 1975, puis une autre en 1977. Une pièce de théâtre s’était même montée qui mettait tous les protagonistes de cette bataille en scène ! C’était toute une ambiance, à la suite de Mai 68, et cela nous a permis d’avoir l’opinion de notre côté. Nous avons fini par avoir gain de cause, mais nous avons perdu le collectif du GAEC qui s’est défait. Humainement, cette bataille avait été trop difficile. L’affaire des Marchis, notre affaire, a cependant été un déclencheur pour que d’autres osent lutter contre les propriétaires. Avec les Paysans Travailleurs, nous avons mené beaucoup de luttes contre l’accaparement du foncier, contre l’importation de porcs chinois, contre l’importation de viandes d’Amérique du Sud… On a occupé le château de Fleury-Michon à Massignac en Charente !

Vous vous êtes converti·es au bio à la fin des années 1980. Pourquoi ?

André Puygrenier : Ce n’était pas du tout évident quand nous nous sommes installés. Moi j’étais vraiment pris par ce qu’on appelait le « progrès », les engrais, les produits chimiques, les antibiotiques pour les porcs… Tout cela, c’est notre génération. Mais le déclencheur, ça a été 1975 et le problème des nitrates dans l’eau. Dans les années 1970, Bernard Lambert (Ndlr: fondateur du Mouvement des Paysans Travailleurs, à l’origine également de la Confédération Paysanne) a beaucoup théorisé la fin du productivisme, et ça c’est important pour nous. J’ai été par la suite, trois ans président de la Maison de l’agriculture biologique en Charente.

Madeleine Puygrenier : Nous avions décidé de cultiver nos propres protéagineux pour nourrir les cochons, parce que cela ne nous plaisait pas de faire venir du soja du Brésil. Nous avons aussi commencé à faire du blé et des lentilles en bio. Il s’est avéré que c’était intéressant financièrement. A ce moment-là, la ferme était en partie en bio, en partie en conventionnel. Pour nous, cela servait surtout d’expérience. Nous ne sommes pas des bios historiques, nous sommes des « nouveaux bios ». Quand nous sommes partis à la retraite, nous ne faisions plus depuis longtemps que des légumineuses et des céréales et tout était en bio.

On vous a vu·es tous les deux dans les manifestations anti-bassines à Sainte-Soline. Qu’est-ce qui vous fait encore manifester à 86 ans passés ?

Madeleine Puygrenier : On ne s’occupe pas de l’âge ! C’est une lutte qui concerne tout le monde.

André Puygrenier : Les bassines sont une aberration. C’est l’accaparement d’une ressource naturelle à l’aide de fonds publics au bénéfice de quelques-uns, au détriment de la nature, des autres agriculteurs et de la population. C’est aussi aberrant que de vouloir cultiver du maïs sur des terres séchantes.

Que diriez-vous à un jeune qui veut s’installer comme agriculteur aujourd’hui ?

Madeleine Puygrenier : Nous on veut que des jeunes s’installent ! Mais dans des conditions convenables. On voit bien que l’enjeu du foncier est très difficile : dès qu’il y a des terres libres, elles sont accaparées. On milite à Terre de Liens, pour que celui qui s’installe n’ait pas à acheter le foncier. La terre n’est pas quelque chose que l’on fabrique, c’est un bien naturel. Jeunes, on a eu de la chance de trouver du fermage. Aujourd’hui, le prix des terres est très haut, et s’installer demande un très gros investissement. Les équipements, les matériels, sont très coûteux.

Voyez-vous des raisons d’espérer que les choses changent ?

Madeleine Puygrenier : L’installation de jeunes, comme notre voisine paysanne-boulangère qui fait tâche d’huile autour de nous, ça nous fait plaisir de voir ça. La Ferme de Chassagne qui fédère du monde, ça nous plaît aussi. Et tout ce monde à Sainte-Soline : ça veut bien dire quelque chose.

André Puygrenier : Je pense à 100%  qu’une agriculture paysanne peut nourrir tout le monde ! A condition de baisser la consommation de viande et de stopper la politique qui consiste à produire beaucoup pour vendre. Notre économie veut garder ce système coûte que coûte, mais il y a quelque chose à bouleverser. Cela ne peut se faire que progressivement, mais il faut bien commencer ! L’inflation actuelle marque un point d’arrêt en poussant le consommateur vers de mauvais produits. Et c’est vraiment dommage. Parmi tout cela, je vois quand même du positif : une jeunesse qui en veut et qui ne veut plus de ce monde-là.


Propos recueillis par : Myriam Hassoun
Photos : Noémie Pinganaud

Source : https://vivant-le-media.fr/andre-et-madeleine-puygrenier-60-ans-de-lutte-pour-une-agriculture-paysanne/?fbclid=IwAR2nAKqAeqeFcrU2efBkHhG5WmaGdu5PYKMivcL0_Hj6UDKNm647Zf4JuBI