Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

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dimanche 26 décembre 2021

428 journalistes emprisonnés dans le monde

Dans l’œil de Télérama

 

 

428 journalistes emprisonnés 

dans le monde, 

un bien cruel record

  

Richard Sénéjoux

C’est un triste record. 
Jamais, depuis la création du bilan annuel de Reporters sans frontières (RSF) en 1995, le nombre de journalistes emprisonnés n’avait été aussi élevé. 
Selon l’ONG, qui vient de publier son étude pour 2021, quatre cent quatre-vingt-huit journalistes sont aujourd’hui détenus dans le monde. 
Cette hausse exceptionnelle, de l’ordre de 20 % en un an, est principalement le fait de trois pays : la Birmanie, où la junte a repris le pouvoir par la force le 1er février 2021 ; la Biolérussie, qui a sombré dans la répression après la réélection contestée d’Alexandre Loukachenko en août 2020 ; et la Chine, dont la loi de sécurité nationale à Hongkong a provoqué une forte augmentation des détentions de journalistes dans ce territoire. 
La région du Xinjiang est aussi particulièrement touchée, « où un million de Ouïghours sont en détention dans des camps et le sont notamment parce que c’est devenu une sorte de trou noir de l’information », a dénoncé à l’AFP Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, précisant que soixante-dix journalistes ouïghours étaient emprisonnés. 
De plus, on n’a jamais recensé autant de femmes journalistes détenues dans le monde, soixante au total, soit un tiers de plus qu’en 2020. 
A contrario, le nombre de journalistes tués (quarante-six) est au plus bas depuis vingt ans. « Cette tendance à la baisse, qui s’est accentuée depuis 2016, s’explique notamment par l’évolution des conflits régionaux (Syrie, Irak et Yémen) et la stabilisation des fronts après les années 2012 et 2016, particulièrement meurtrières », analyse l’ONG. Un « bas » qui reste encore bien haut.

samedi 25 décembre 2021

[COMMUNIQUÉ] L'Ocean Viking abandonné en mer à la veille de Noël

24/12 2021

Photo : Laurence Bondard SOS MEDITERRANEE

 
 
Les autorités maritimes italiennes nous ont informés que nous serions autorisés à débarquer à Trapani, en #Sicile.
8 jours après le sauvetage de 114 personnes en détresse en mer, c'est un moment de joie & de soulagement immense à bord de l'#OceanViking en cette veille de #Noël !


Le 23/12/2021[COMMUNIQUÉ] 


L'Ocean Viking 

abandonné en mer 

à la veille de Noël

 


Une semaine après avoir été secourues en Méditerranée centrale, 114 personnes sont toujours bloquées à bord de l'Ocean Viking, sans solution en vue pour leur débarquement. Les signes d'épuisement et d'anxiété sont de plus en plus fréquents parmi les personnes rescapées. SOS MEDITERRANEE demande aux autorités maritimes compétentes d'assigner sans plus attendre un port sûr où les débarquer.  

Crédits photo : Laurence Bondard / SOS MEDITERRANEE


Après deux semaines de mauvais temps qui a empêché les départs des côtes libyennes, la météo s'est sensiblement améliorée et depuis la semaine dernière, les tentatives de traversée d’embarcations pneumatiques en mauvais état ont repris. Plus de 160 personnes auraient péri dans deux naufrages au large de la Libye. Les navires de sauvetage civils présents dans la zone, le Geo Barents, le Sea-Eye 4, le Rise Above et l'Ocean Viking ont secouru plus de 800 personnes de ces embarcations en danger. Le 16 décembre à l’aube, l'Ocean Viking - navire de sauvetage affrété par l'organisation civile maritime et humanitaire SOS MEDITERRANEE en partenariat avec la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) - a secouru 114 personnes à bord d’une embarcation pneumatique en détresse dans les eaux internationales au large de la Libye. Parmi elles, des femmes voyageant seules, deux enfants de moins de huit ans et deux nouveau-nés. Une semaine après leur sauvetage, ces personnes rescapées sont toujours en mer sans aucune certitude quant à leur débarquement.

Malgré les soins prodigués par les équipes de l'Ocean Viking, les signes de fatigue, d'épuisement et d'anxiété se multiplient chez les personnes secourues. Elles ont déjà affronté la mort en mer, l'incertitude à laquelle elles sont maintenant confrontées doit cesser. Selon le droit maritime, les sauvetages ne sont terminés que lorsque les personnes rescapées sont débarquées dans un lieu sûr. La rudesse des conditions climatiques hivernales en mer, le froid et l’humidité permanente auxquelles elles sont exposées constituent des difficultés supplémentaires.
 

Témoignages de personnes de rescapées

Dans l'attente d'un port sûr, certaines personnes secourues ont partagé leur histoire, racontant des expériences douloureuses de violences et d'abus en Libye. Un mineur, Asante (son nom a été changé), a raconté à l'un.e des membres de notre équipe : « En Libye, on peut être tué  pour un téléphone. Des gens sont venus la nuit avec des couteaux et m’ont menacé comme ceci [montrant le geste de quelqu'un qui fait mine d’enfoncer un couteau dans son ventre], en demandant mon téléphone. Je ne l'utilisais que pour appeler ma famille, mais ils le prenaient, à chaque fois. On ne dort jamais en sécurité en Libye. [...] C'était très dur. [...] Rester en Libye n'est pas sûr. »

Makbyel avait 11 jours lorsqu'il a été secouru. Aujourd'hui, il a passé près de la moitié de sa vie en mer. Après leur sauvetage, sa mère lui a donné « Sos » comme deuxième prénom. À la suite d’un accouchement très difficile en Libye et de son voyage périlleux juste après en mer, elle était très faible lorsque notre équipe médicale l’a prise en charge à l’issue du sauvetage. Tout comme l'autre nouvelle maman présente à bord, dont le bébé avait trois semaines lorsqu'elle a été secourue par les équipes de l'Ocean Viking, la maman de Makbyel Sos est extrêmement vulnérable : elle est épuisée et a besoin d’être amenée en lieu sûr pour recevoir les soins nécessaires.
 

Débarquement urgent demandé

« Dans ce froid et dans des espaces confinés, la situation ne peut qu'empirer d'heure en heure pour les personnes rescapées à bord de l'Ocean Viking », a déclaré Luisa Albera, coordinatrice des recherches et du sauvetage à bord. « Un navire de sauvetage, même bien équipé, ne peut être qu'une solution à court terme. Imposer une période prolongée en mer à des personnes qui ont déjà tant souffert met davantage en danger leur santé physique et mentale. Ces trois dernières années, nous avons été à plusieurs reprises bloqués en mer avec des personnes naufragées à bord : nous connaissons trop bien les implications de ces situations difficiles. Elles entraînent de graves conséquences, une détresse psychologique aiguë et une détérioration croissante de la santé physique. Nous devons débarquer maintenant. »

Comme l'exige le droit maritime international, l'Ocean Viking a envoyé, à six reprises, une demande de lieu sûr aux autorités maritimes compétentes. Nous appelons les États européens à ne pas fermer les yeux sur la détresse des personnes secourues et d'attribuer un port sûr aux personnes rescapées actuellement à bord des navires de sauvetage des ONG en attente de débarquement.

 

Source : https://www.sosmediterranee.fr/journal-de-bord/cp-23-11-2021-POS-114personnes?fbclid=IwAR1PUcMEeCU0f0tq-UroQJM8SOw65tNQXcfswattQyzwcHO8_Mb-4ftMe80 

vendredi 24 décembre 2021

(2) - 5G : « Le sabotage a toujours fait partie des luttes sociales et écologiques »

5G : 

« Le sabotage a toujours 

fait partie 

des luttes sociales et écologiques »

 
 
16 décembre 2021

 


Pourquoi saboter des antennes-relais ? Associant révolte viscérale et lutte contre la « numérisation de la société », trois saboteurs expliquent à Reporterre le sens politique de leur action et ce qui les a fait franchir la barrière de la légalité.

[2/3 Antennes 5G sabotées, l’enquête] Reporterre a rencontré un saboteur et deux saboteuses d’antennes-relais. Elles [*] expliquent leur geste et souhaitent, à travers cet entretien, ouvrir un débat autour de cette pratique dans les luttes écologistes. Demain, la suite de notre enquête sur les destructions contre les infrastructures de télécommunication et le déploiement de la 5G.



Reporterre — Qu’est-ce qui vous a amenées à saboter des antennes-relais ?

Margot — C’est d’abord quelque chose de viscéral, une révolte profonde et instinctive. Depuis quelques années, et avec le confinement, la transition numérique s’est accélérée. Nous passons de plus en plus notre vie derrière les écrans et le monde physique nous est peu à peu confisqué. Les antennes-relais tissent la toile d’une prison de fibre et d’ondes. C’est une rupture anthropologique majeure. Il y a une forme de dégoût à voir la 5G se déployer au mépris des populations, de constater l’impact de cette transition numérique sur le territoire, sur notre quotidien et notre intimité. Le pire, c’est surtout son hypocrisie. On nous vante les joies d’une société numérique qui en réalité ne fait qu’accentuer l’exploitation, la surveillance et la catastrophe écologique.

Léon — Clairement, la transition numérique est un outil contre-insurrectionnel. C’est une manière pour les gouvernants de répondre à des révoltes qui les avaient déstabilisés dans les années 1960 et 1980. Avec le numérique, on cherche à isoler les gens les uns des autres, on crée plus de dépendance, on renforce l’hétéronomie [dépendance à l’extérieur, par opposition avec l’autonomie] pour asseoir une domination politique et économique toujours plus grande. Les capacités de contrôle, de fichage et de traçage n’ont cessé d’augmenter. En parallèle, l’espace des possibles s’est refermé. Dans les cages du numérique, un changement de société devient de plus en plus difficile et l’espoir d’une vie plus juste s’évapore.

Pascaline — On manque aussi de prises pour s’attaquer à cette mégamachine et pour desserrer son emprise. On peut toujours multiplier les microrésistances individuelles — ne pas avoir de smartphone, refuser les compteurs Linky, préférer les guichets humains aux caisses automatiques, ne pas pointer son QR code — mais cela reste malheureusement limité. Face à l’accélération du numérique, nous pensons qu’il faut accroître le rapport de force. Le sabotage d’antennes-relais est un choix stratégique. Nous ciblons ces infrastructures car non seulement elles matérialisent l’industrie numérique mais aussi parce qu’elles sont vulnérables. Il en existe des dizaines de milliers sur le territoire avec un maillage de plus en plus serré, et les autorités peinent à les surveiller. De nombreuses personnes s’opposent à leur implantation, et la population n’est pas encore habituée à cette omniprésence. L’industrie est donc sur la défensive, et paradoxalement, elle est assez fragile, malgré son matraquage publicitaire permanent.



Pourquoi avoir choisi ce mode d’action plutôt qu’un autre, avec des manifestations, des recours juridiques, etc. ?

Margot — Ces pratiques ne s’opposent pas. Nous avons fait le choix du sabotage pour des raisons d’efficacité. Le sabotage fonctionne. Il y a eu près de deux cents actions en deux ans. Pour le pouvoir, le réseau est un point faible. Il y a une brèche qui s’est ouverte et dans laquelle nous avons décidé de nous engouffrer.

« Si nous ne faisons rien maintenant, cette industrie se sera définitivement installée »

Pascaline — Moi, c’est un sentiment d’urgence qui m’habite. Nous vivons une période charnière. Si nous ne faisons rien maintenant, cette industrie se sera définitivement installée. La situation aujourd’hui est assez similaire à celle des années 1970 dans la lutte antinucléaire. Le mouvement savait qu’une fois les centrales construites, ce serait beaucoup plus compliqué de s’y opposer. À l’époque, ils ont multiplié les actions, les manifestations, les occupations, les sabotages. La nuit, des incendies frappaient de manière coordonnée les chantiers. On les appelait « les nuits bleues ». Le sabotage a toujours fait partie des luttes sociales et écologiques, il a permis de remporter plusieurs victoires et de tenir dans la durée. Cela n’a pas empêché la construction de centrales mais l’histoire nous en reste chargée de pratiques de résistance.

 

Des tutoriels de destruction d’antennes-relais ont été collés dans les rues de Paris, comme ici dans le XIXe arrondissement. © Laury-Anne Cholez / Reporterre

 

Léon — Ce sont des raisons très pratiques qui nous ont aussi poussées au sabotage. Depuis les Gilets jaunes, l’État a resserré la vis, il est de plus en plus difficile de faire reculer le pouvoir en prenant la rue. Avec la pandémie, c’était également impossible de construire une mobilisation de masse contre la 5G, alors même que la majorité de la population y reste opposée. Il n’y a eu qu’une seule grande manifestation à Lyon contre la 5G en septembre 2020, juste entre le premier et le second confinement. Ça explique aussi pourquoi, de nombreuses personnes, comme nous, ont décidé d’amplifier les actions de sabotage.

Amish ou pas, la lutte contre la 5G s’organise au niveau national

Margot — C’est important de préciser qu’on ne fétichise pas non plus ce mode d’action. On s’inscrit dans une dynamique collective. On pense que le sabotage est complémentaire avec d’autres initiatives, parfois plus citoyennes et plus légalistes.



Il n’empêche que vos actes perturbent concrètement la vie des gens en coupant le réseau téléphonique et internet. Cela ne risque-t-il pas de braquer la population et de finalement être contre-productif ?

Léon — Encore plus que la 3G ou la 4G, la 5G répond d’abord à des besoins industriels. Nos actions ciblent avant tout ces intérêts. Le sabotage frappe les flux économiques. Il touche les entreprises autour des antennes, il suspend les activités logistiques et les terminaux de paiement. À l’heure du télétravail, il impose une forme de grève. Ce n’est pas forcément préjudiciable aux travailleurs même si ça les touche dans leur consommation privée. Pour nous, c’est surtout révélateur de l’imbrication entre l’économie et notre vie privée. L’économie s’est immiscée dans notre intimité et si nous voulons la toucher, nous sommes désormais obligés de passer par l’individu.

 

Manifestation contre le déploiement de la 5G le 19 septembre 2020, à Lyon. © Laury-Anne Cholez / Reporterre

Pascaline — En soi, la perturbation n’est pas forcément un mal, elle peut créer un sursaut, des remises en question, des interrogations… À l’heure où tout le monde ou presque travaille, étudie, partage, se détend, s’instruit, s’insurge, fait du sexe face à un écran, nous ne savons absolument pas ce qu’il pourrait se passer si une panne pouvait durer.

Je ne veux pas d’une vie entièrement numérique

Margot — On entend souvent que les coupures entraîneraient des problèmes dans les services d’urgence et que cela empêcherait les gens de les contacter. Pour nous, c’est un argument fallacieux monté en épingle par les autorités. En réalité, c’est très rarement le cas ou de manière très temporaire. Il y a déjà souvent des bugs. Il y a plein de moments ou le système en lui-même ne fonctionne pas. C’est en soi dystopique, ça participe à nous rendre tous fous. Là au moins, avec le sabotage, on sait d’où vient la coupure !

« Qui détruit au fond le système de santé ? Des politiques néolibérales qui surfent sur le numérique ou les gestes fugitifs de certains individus ? »

Pascaline — Selon nous, cela montre surtout la fragilité du système de santé. À cause de la désertification médicale, de la suppression de lits dans les hôpitaux, la population devient de plus en plus dépendante de numéros d’urgence centralisés, trop vite saturés. À un moment, il faut se poser réellement la question : qui détruit au fond le système de santé ? Des politiques néolibérales qui surfent sur le numérique ou les gestes fugitifs de certains individus ? Qui détruit le système éducatif ? Une antenne brûlée qui bloque l’intranet ou Parcoursup et ses algorithmes inhumains ? Arrêtons l’hypocrisie.


Vous dites que le sabotage fonctionne mais comment expliquer alors qu’il soit autant invisibilisé ?

Léon — Les autorités, avec les médias mainstream, font tout pour minimiser le mouvement et le placer sous silence. Ce n’est pas étonnant. Ils défendent l’ordre existant. L’action directe devient dangereuse pour le pouvoir à partir du moment où elle se propage et où elle n’est plus isolée. Dans la presse locale, les sabotages sont classés parmi les faits divers, la petite délinquance, les nuisances. Il n’y a aucune réflexion plus générale et politique.

Margot — Moi, ce qui me frappe, c’est surtout le manque d’écho au sein de la gauche culturelle, au sein du mouvement social et de tous ceux qui auraient pu être nos alliés. La pratique du sabotage peine à trouver des relais. Il manque une caisse de résonance, une forme de solidarité avec celles et ceux qui se mettent en danger, qui affrontent physiquement ce monde. Dans le mouvement social, il n’y a pas assez de débats tactiques et d’espaces de discussion autour de ce geste et des différents modes d’action. Cela fait le jeu du pouvoir. Ça ajoute une couche de plus dans la tentative d’étouffement du mouvement.

 



 Les autorités cherchent aussi à dépolitiser vos actes et à vous faire passer pour des hurluberlus, des complotistes. Parmi les saboteurs arrêtés, on retrouve d’ailleurs des moines intégristes, des individus fragiles psychologiquement. Une personne qui a saboté des antennes-relais à Paris disait être en contact direct avec Dieu…

Pascaline — Il existe aujourd’hui une grande confusion, nous ne la nions pas. Elle est à l’image de notre société, fragilisée par le Covid-19 et des mois de confinement. Des gens pètent effectivement des câbles à force d’être isolés. Le mouvement qui sabote les antennes-relais n’a rien d’homogène et il est loin d’être chimiquement pur. On retrouve parmi les saboteurs d’anciens Gilets jaunes, des catholiques, des anarchistes, etc. C’est très large et les raisons d’agir sont multiples. Mais au-delà de ces différences, il y a aussi un sentiment partagé par tous, très palpable. Aujourd’hui, les gens se sentent menacés par la numérisation du monde et leur réaction est viscérale. Ils n’ont pas forcément les mots qu’une gauche bien propre sur elle pourrait attendre d’eux, mais ces gens s’expriment par leurs actes. Le sabotage est un langage du corps. À nous de l’entendre. À nous de le traduire.

« Les gens se sentent menacés par la numérisation du monde et leur réaction est viscérale »

Léon — Le complotisme a toujours été un outil rhétorique pour délégitimer un mouvement. On l’a vu avec les Gilets jaunes. Après avoir joué la carte homophobe, antisémite et raciste, le complotisme est devenu le nouveau mot-valise du pouvoir. Les autorités tentent de faire passer les saboteurs pour des loups solitaires, des personnes esseulées. En réalité, nous répondons à une démarche collective en France et en Europe. Nous inscrivons nos actes dans une série d’appels à sabotage. Plusieurs ont été publiés en 2019 et en 2020. On s’inspire mutuellement sans forcément se connaître.


Comment voyez-vous l’avenir de ce mouvement ?

Margot — D’un côté, on se sent fragile face à la répression et devant les moyens policiers déployés. Une quinzaine d’enquêtes judiciaires ont été ouvertes et nous savons qu’une cellule de gendarmerie travaille spécifiquement sur ce sujet. De l’autre côté, on voit bien que le sabotage fonctionne. Nous sommes comme un grain de sable dans la machine. Depuis deux ans, les actions ne s’arrêtent pas. Une antenne-relais est détruite chaque semaine. Après, évidemment, cela reste insuffisant. Nous souhaitons continuer les actes de sabotage en espérant qu’ils puissent s’associer à un mouvement plus large.

Pascaline — Tout dépendra de la manière dont ces gestes seront réappropriés, discutés et débattus ces prochains mois. Alors que nous traversons une situation difficile, ces actes de sabotage envoient un message fort. Nous ne sommes pas acculés à la défaite.


 

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C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.

Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
Le journal emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produisent chaque jour des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux environnementaux et sociaux. Nous faisons cela car nous pensons que la publication d’informations fiables, transparentes et accessibles à tous sur ces questions est une partie de la solution.

Vous comprenez donc pourquoi nous sollicitons votre soutien. Des dizaines de milliers de personnes viennent chaque jour s’informer sur Reporterre, et de plus en plus de lecteurs comme vous soutiennent le journal. Les dons de nos lecteurs représentent plus de 97% de nos ressources. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, le journal sera renforcé. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

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Notes

[*Deux femmes, un homme, nous appliquons dans cet article l’accord de majorité.

 

Source :  https://reporterre.net/5G-Le-sabotage-a-toujours-fait-partie-des-luttes-sociales-et-ecologiques

jeudi 23 décembre 2021

Soutien financier à l'association « Alerte aux Toxiques » et sa porte-parole Valérie MURAT

On reçu ça :

 

Soutien financier à l'association 

« Alerte aux Toxiques » 

et sa porte-parole Valérie MURAT

 

PROCÈS BAILLON POUR "ALERTE AUX TOXIQUES" ET SA PORTE-PAROLE VALÉRIE MURAT OU L'IMPOSTURE DU LABEL HVE ET PAS QUE... POUR LES VINS DE BORDEAUX !

 

Le 25 février dernier, l'association « Alerte aux Toxiques » et sa porte-parole Valérie MURAT ont été solidairement condamnées par le Tribunal de Libourne (33) à verser 125 000 € au Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) pour « dénigrement commercial » des vins de Bordeaux. Pas moins !

En cause, la publication par leurs soins du piteux résultat et donc PEU VALORISANT des analyses en laboratoire de résidus de pesticides dans des vins de Bordeaux labellisés HVE comme « Haute Valeur Environnementale ». Le 10 novembre dernier, leur appel a été rejeté par le Tribunal de Bordeaux parce que les 125 000 € n'avaient pas été préalablement payés. 

Nous devons absolument soutenir "Alerte aux Toxiques" et sa porte-parole Valérie MURAT pour réunir au plus tôt les 125 000 € qui lui permettront d'interjeter appel de ce jugement inique.

La suite sur :


Cagnotte de soutien en ligne à AAT et Valérie Murat :  https://gofund.me/b1367269

Pétition en ligne demandant le retrait de la plainte du CIVB : Change.org/SupportValerieMurat


= = = 
 
Collectif des Faucheuses & Faucheurs volontaires Gard/Lozère
contact faucheurs30@gmail.com

site internet Collectif Faucheuses et Faucheurs volontaires d'OGM

mercredi 22 décembre 2021

Surveillance sonore : LQDN attaque l’expérimentation d’Orléans


 

Surveillance sonore : 

LQDN attaque l’expérimentation 

d’Orléans

 


 

Nous venons de déposer un recours contre l’expérimentation de surveillance sonore d’Orléans.

Comme nous le décrivions la semaine dernière, la ville d’Orléans va équiper plusieurs de ses caméras de mouchards, c’est-à-dire de micros, pour détecter des sons « anormaux », ce qui avait pourtant déjà été déclaré illégal par la CNIL à Saint-Étienne il y a deux ans. Nous envoyons donc à la CNIL une copie de ce recours. Elle ne peut désormais plus rester les bras croisés face à ce nouveau genre de surveillance illégale.

Nous l’avions dénoncé la semaine dernière, à côté du déploiement de la vidéosurveillance automatisée de l’espace public se développe un autre type de surveillance algorithmique : la surveillance sonore.

Comme pour la vidéosurveillance, il s’agit de déployer des capteurs pour détecter des évènements dits « anormaux » (cris, détonations, hausse du ton de la voix…) et pouvoir orienter la police si besoin. Le plus souvent, ces capteurs sont directement liés aux caméras pour faciliter le travail des agents présents dans le centre de surveillance : les capteurs sonores les aident à diriger les caméras vers le bon endroit pour identifier la source du bruit.

Bref, une Technopolice qui ne se contente plus seulement d’épier mais qui veut désormais écouter, et réduire au silence.

Le maire d’Orléans met sa population sous écoute

La convention, signée entre Orléans et Sensivic le 12 octobre 2021, a pour objet d’autoriser l’entreprise à déployer et tester ses dispositifs de « détection de sons, en particulier la détection automatisée de bruits anormaux ». Ces derniers « demandent à être couplés à un système de sécurité, et plus particulièrement ceux s’appuyant sur un système de vidéoprotection ».

Il y est même précisé que ces dispositifs permettent « d’analyser en permanence le son ambiant pour pouvoir détecter des anomalies ». Impossible de savoir exactement ce que recouvre cette notion d’anomalies, la convention n’en donne que quelques exemples ponctués de « … » : « cris, hurlements… », ou « percussions, détonations… ». Comme tout dispositif de Technopolice, l’anormalité n’est donc jamais précisément définie et laissée à la libre interprétation de la police ou de l’entreprise privée – au dépend de la population et de l’État de droit.

Le tout est « gracieusement offert » par l’entreprise à la ville, exactement comme pour les portiques de reconnaissance faciale dans les lycées de Nice et Marseille, ou la surveillance automatisée à Valenciennes. La ville prête sa population en tant que cobaye forcée à une entreprise de surveillance pour qu’elle puisse développer ses produits et en faire la promotion.

La CNIL reste sourde

Nous l’avions aussi rappelé : la CNIL a clairement déclaré illégale une expérimentation semblable ayant lieu à Saint-Étienne (nous avions eu communication du courrier, publié ici), c’est-à-dire une expérimentation en ville de capteurs sonores de « bruits anormaux » liés à des caméras de vidéosurveillance. L’autorité avait notamment considéré qu’il n’existait aucun texte permettant le déploiement de tels dispositifs de surveillance sonore et en avait conclu à leur illégalité.

Pourtant, depuis que le projet a officiellement et fièrement été annoncé par la mairie dans la presse il y a plus de deux mois, aucune communication de la CNIL n’est sortie pour dénoncer l’illégalité du projet.

Encore plus inquiétant : le site de Sensivic revendique des expérimentations dans plusieurs villes de France, sans que ne soit à un moment précisé quel dispositif est installé et où : Menton, Rognac, Valbonne…

Le silence de la CNIL, comme de toute autorité de contrôle, nous oblige à intervenir, aussi bien devant le tribunal administratif pour faire annuler cette convention d’expérimentation que devant la CNIL directement pour la forcer à appliquer de nouveau sa décision. Alors que la CNIL aurait pu se saisir elle-même de ces affaires et mener des contrôles, nous sommes aujourd’hui contraint·es de devoir la saisir formellement d’une plainte afin de ne plus lui laisser la possibilité de se défiler.

Opacité du déploiement et du contrôle

De nouveau, l’opacité du déploiement de ces dispositif est plus qu’alarmante : où en est-on de l’installation de ces dispositifs ? L’expérimentation a-t-elle commencé ? Impossible de le savoir.

Même problématique du côté de la CNIL : la ville d’Orléans a-t-elle communiqué avec la CNIL ? L’autorité a-t-elle commencé un contrôle, y a-t-il eu un avertissement de sa part ou même des inquiétudes sur l’installation des capteurs sonores ? La CNIL n’a pas communiqué dessus. Nous lui avons adressé une demande CADA qui est pour l’instant restée sans réponse.

Les insuffisances de la CNIL en matière de surveillance de l’espace public sont criantes : pendant plusieurs années, la police aura ainsi pu utiliser illégalement des drones sans que la CNIL ne s’en émeuve le moins du monde (elle se réveillera seulement après deux décisions du Conseil d’État suite à nos actions devant les tribunaux). Rien non plus sur Veesion, cette entreprise qui surveille le comportement des personnes dans les supermarchés. La liste est longue.

Et même quand elle agit, son action n’apparaît malheureusement pas suffisante pour restreindre le déploiement de cette Technopolice. Son avis sur l’expérimentation de Saint-Étienne, bien que médiatisé, n’a aucunement empêché Sensivic de déployer ses outils en France (ou Marseille d’équiper son métro de micros).

C’est pourquoi nous déposons un recours non seulement devant la CNIL pour la forcer à faire respecter sa propre décision, mais également devant le tribunal administratif. La procédure devant le tribunal administratif nous permet d’être partie au contentieux, c’est-à-dire d’avoir accès aux pièces et de pouvoir répondre aux arguments d’Orléans et de l’entreprise – ce qu’une procédure devant la CNIL ne permet malheureusement pas.

Voilà le cœur de la Technopolice : des villes qui prêtent leur population à des entreprises pour que celles-ci perfectionnent les dispositifs de surveillance qu’elles commercialisent et des autorités de contrôle qui restent silencieuses.

Comme nous combattons la vidéosurveillance automatisée ou la reconnaissance faciale, nous attaquons les mouchards qui ne sont qu’une énième facette de la surveillance algorithmique de nos espaces de vie. Nous refusons ces machines qui veulent espionner, écouter, identifier, pour mieux faire taire et réprimer. Ne laissons aucune place à la Technopolice.

Source : https://www.laquadrature.net/2021/12/14/surveillance-sonore-lqdn-attaque-lexperimentation-dorleans/?fbclid=IwAR199BWCfrBoxXvPXrrxypqMdH33wA-nbe6ILrCKTUvqsT4QM9aT6niFedo

mardi 21 décembre 2021

(1) - 5G - Les sabotages contre les antennes 5G se démultiplient

Les sabotages 

contre les antennes 5G 

se démultiplient

 
 
 
15 décembre 2021

 

Une antenne 5G détruite suite à un incendie, à Toulouse, en novembre 2020.

Antennes-relais brûlées, câbles coupés… Reporterre publie la carte exclusive des sabotages d’infrastructures numériques en France : 140 actes ont été comptabilisés en deux ans. Ils témoignent d’un refus d’une société numérisée et de l’impuissance des mobilisations citoyennes.

[1/3] Cette enquête sur les actes de sabotage contre les infrastructures de télécommunication et contre le déploiement de la 5G comporte trois volets. Demain, nous publierons l’interview de trois saboteurs : quel sens politique donnent-ils à leur action ?


C’est un mouvement qui avance en souterrain, loin des projecteurs, une révolte profonde qui se répand en France. Depuis deux ans, les actes de sabotage contre les infrastructures de télécommunication et contre le déploiement de la 5G se sont multipliés. Des antennes-relais sont incendiées, des câbles de fibre optique sectionnés, des pylônes déboulonnés. Dans la nuit, des personnes brûlent des engins de chantier, s’attaquent avec des disqueuses aux relais téléphoniques ou détruisent à coup de masse des armoires électriques. Rien qu’au mois de novembre dernier, trois antennes sont parties en fumée à Saint-Héand dans le département de la Loire. Quelques jours auparavant, à Toulouse, quatre camionnettes d’une entreprise d’installation de fibre optique étaient enflammées. Dans le Gard, entre Salindres et Barjac, des milliers de personnes ont été privées d’internet après que des câbles aient été coupés à la hache.


Découvrez sur notre carte les sabotages répertoriés par Reporterre :



Prise isolément, chacune de ces affaires pourrait s’apparenter à un simple fait divers. Mises bout à bout, elles tissent, au contraire, la toile d’un récit commun. Ces actions apparaissent dans leurs revendications comme autant de refus de vivre dans une société hyperconnectée, autant de résistances frontales à la numérisation du monde.

Des centaines de sabotages ont été réalisés ces dernières années. Depuis plusieurs mois, Reporterre les répertorie un à un, au gré de leur apparition dans des articles de la presse quotidienne régionale ou sur des sites de revendications et d’informations anarchistes comme Attaque ou Sansnom. Entre janvier 2020 et décembre 2021, nous en avons compté, sourcé et analysé 140 sur tout le territoire. Ils sont probablement plus nombreux. En mai 2021, un rapport interne du ministère de l’Intérieur recensait déjà 174 actes de sabotage en un an. Ce document, dont France Inter a pu se procurer une copie, n’a pas été rendu public. Malgré nos demandes, le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité nous le communiquer.

De leur côté, les opérateurs de Télécom tiennent aussi le compte. « Chez Orange, environ une antenne par semaine est la cible de vandalisme », confiait en septembre à La Tribune Cyril Luneau, le directeur des relations avec les collectivités locales. Au total, en deux ans, Orange aurait subi 130 attaques dont 61 sur des sites de téléphonie mobile.

Les vendeurs de 5G n’ont pas hésité à en faire massivement la publicité, comme ici dans la capitale. © Laury-Anne Cholez / Reporterre

Il est difficile d’avoir une vision exhaustive du nombre global de sabotages. Les opérateurs comme les autorités restent frileuses quant à leur communication. « Il s’agit même plutôt de ne pas trop ébruiter ces éléments afin d’éviter de donner des idées à certaines personnes », nous explique par courriel Ariel Turpin, le délégué général de l’Avicca (l’Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel). Leur crainte est fondée : dans un sondage IFOP, publié en septembre 2020, pas moins de 20 % des personnes interrogées se disaient favorables à la destruction des antennes-relais 5G.

Depuis vingt ans et les fauchages d’OGM (organismes génétiquement modifiés), la France n’avait pas connu une campagne de sabotage aussi massive. Les professionnels de la téléphonie sont plus qu’inquiets. Ils évoquent, dans la presse, un « fléau contre des chantiers vitaux de la nation ». Le patron d’Orange Stéphane Richard invite même à « purger »  le débat pour éviter un « Afghanistan de la téléphonie mobile, où il faudra se battre pylône par pylône, commune par commune pour essayer de mettre la 5G ». Vincent Cuvillier, le président de l’Ofitem (Association française des opérateurs d’infrastructure de téléphonie mobile) n’hésite pas à parler de « terrorisme numérique ». La surenchère est de mise. Dans Le Figaro, une journaliste décrit les saboteurs comme « une pseudo-armée secrète levée contre la 5G avec de possibles connexions à l’étranger ».

200 000 € le pylône

Les dégâts occasionnés ont effectivement de quoi leur faire peur. D’après les calculs de Reporterre, le préjudice total de ces sabotages dépasse les dizaines de millions d’euros. « Un pylône d’antenne-relais coûte environ 200 000 euros, confirme à Reporterre Michel Combot de la Fédération française des Télécoms. S’il est détruit, il faut ajouter le coût de l’enlèvement. Pour les transformateurs et les équipements électriques, cela va dépendre du degré de dégradation, ce n’est pas la même chose si c’est une armoire électrique qui est incendiée ou juste un câble qui est coupé. » Dans certains cas, les dégâts peuvent atteindre plusieurs millions d’euros. C’est le cas notamment, à Grenoble en janvier 2020, lorsqu’un site d’Enedis avait été incendié avec une dizaine de véhicules ou encore, en mai 2020, lorsque deux antennes dans le Jura avaient été brûlées. Le site n’avait pas pu être remis en service.

De manière générale, les opérateurs rechignent à dévoiler le montant réel de la facture. Vincent Cuvillier s’avère tout de même un peu plus prolixe. « Si vous prenez en moyenne 200 000 euros par site et que vous multipliez par les 174 actes de dégradation [du rapport du ministère de l’Intérieur], on ne contestera pas le chiffre », déclare-t-il à Reporterre. Soit 34,8 millions d’euros.

Des millions de personnes touchées

Au-delà de ces coûts, les conséquences de ces actes sont également importantes. En septembre dernier, une partie du Tarn a été coupée des réseaux après l’incendie de plusieurs antennes-relais. 52 000 abonnés de Bouygues et de SFR ont été privés de service téléphonique pendant plusieurs jours. En janvier 2021, l’incendie d’un émetteur près de Limoges par un mystérieux « comité pour l’abolition de la 5G et de son monde » avait privé 1,5 million de personnes de télévision et de radio. Un mois auparavant, à proximité de Marseille, un autre incendie avait empêché 3,5 millions de personnes d’accéder à la télévision. Les sabotages touchent aussi de grandes entreprises. A Saint-Héand, dans la Loire, c’est une usine Thales qui n’a pas pu fonctionner correctement pendant plusieurs jours après l’incendie d’une antenne-relais.

Notre chroniqueuse Corinne Morel Darleux, a raconté dans Reporterre comment une série de sabotages coordonnés a paralysé la vallée de la Drôme où elle habite. Le réseau téléphonique ne fonctionnait plus, les distributeurs de billets et les paiements par carte bleue non plus. Cette panne gigantesque est « matière à réflexion », écrivait-elle. « Pendant un instant, les rouages du numérique qui régissent nos vies ont été grippés. Le buraliste se désolait de ne plus pouvoir vendre de jeux à gratter. Les fumeurs cherchaient nerveusement des pièces dans le fond de leur poche pour s’acheter un paquet. Des restaurateurs, déjà fermés pour cause de Covid, ne recevaient plus les commandes à livrer. Les commerçants sur le marché écrivaient des reconnaissances de dette sur des bouts de papier. On naviguait entre exaspération et joyeux bazar. Il a suffi d’un incendie pour bloquer une grande partie de l’activité. »

« Remplacer la cinq G par le point G » sur une affiche dans les rues de Paris. © lw

Depuis plusieurs années, les saboteurs ont identifié les antennes-relais comme étant les nœuds névralgiques par lesquels transitent les flux économiques et se développe le technocapitalisme. Des bulletins anarchistes parlent de « cordon ombilical », d’autres sites de « talons d’Achille ».

« Une manière de desserrer l’emprise de l’État, de casser la surveillance et de bloquer les flux économiques »

Les premières attaques de grande envergure ont commencé dès 2017, avec une série de sabotages en Auvergne-Rhône-Alpes, revendiquées par un groupe défini comme « libertaire » par la presse. Le mouvement s’est poursuivi en 2019 avec de nombreux sabotages menés par des Gilets Jaunes, notamment en Alsace et dans la Nièvre. « La question de la fibre et des antennes-relais était déjà pas mal discutée dans les assemblées de Gilets Jaunes », confie à Reporterre un ancien membre du mouvement. « Beaucoup de tutoriels circulaient sur les réseaux sociaux et dans les manifs pour expliquer comment détruire des radars, saboter des compteurs Linky ou des antennes. À l’époque, c’était déjà vu comme une manière de desserrer l’emprise de l’État, de casser la surveillance et de bloquer les flux économiques », raconte-t-il.

En France, on ne compte pas moins de 50 000 antennes 4G et 18 994 antennes 5G actives. La majorité sont installées sur des terrains isolés qui se prêtent difficilement à la surveillance, et sont donc, de leur propre aveu, facilement attaquables : « Ce n’est pas réaliste aujourd’hui de dire que nous allons installer 66 000 caméras de vidéo-surveillance sur toutes les antennes. Et soyons clairs : quelqu’un qui veut entrer et détruire un site isolé pourra le faire », dit Vincent Cuvillier. Et les modes d’emplois se multiplient sur les sites spécialisés, à base de chiffons, de bidons de kérosène, d’allume-feu et de briquets.

Une dynamique stimulée par la pandémie

Mais c’est véritablement au cours de la pandémie de Covid-19 que ces sabotages ont pris de l’importance et commencé à inquiéter les autorités. Un article du Parisien publié en mai 2020 dévoilait une note confidentielle du Service central du renseignement territorial (SCRT) qui a comptabilité une vingtaine d’attaques au cours du mois d’avril. « L’ultragauche a l’expérience, dit un gradé de la gendarmerie au journal. Ils ne laissent pas de trace, sont difficiles à remonter, mais tout mène à eux. »

Plusieurs appels venus du milieu anarchiste invitent en effet à passer à l’action. « À l’heure où tout le monde ou presque vit confiné dans une bulle domotique connectée à la matrice comme un ersatz de vie, que se passerait-il si un pylône haute tension facile d’accès venait à tomber par terre ? » s’interrogent des militants.

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D’autres invitaient à « renouer avec l’action directe » au vu des échecs des dernières mobilisations dans la rue, notamment, contre la 5G. Après avoir évoqué un contexte répressif inédit et une impossibilité de se faire entendre par des moyens traditionnels, plusieurs textes engagent ceux qui le veulent à créer un mouvement de « résistance concrète, et pas seulement symbolique », pour « reprendre l’avantage dans la guerre sociale actuelle », à travers des actions de sabotage et de dégradation.

Le contexte politique est en effet propice au retour de l’action directe : d’un côté le gouvernement est passé en force sur la 5G, de l’autre le mouvement d’opposition citoyen patinait depuis le début de la contestation de cette technologie imposée. Les recours juridiques comme les demandes de moratoire n’ont pas obtenu la moindre inflexion dans la mise en place de la 5G.

« Les sabotages se multiplient quand les formes de négociation plus institutionnelles sont en crise »

Contacté par Reporterre, le délégué général de l’association Agir pour l’environnement Stephen Kerckhove observe : « Je n’ai aucun étonnement à voir des gens prendre leur clé à molette. À l’instant où les canaux légaux et institutionnels classiques des associations peinent à obtenir des résultats, ça se décale forcément sur du sabotage. C’est une photographie de notre incapacité collective et de l’irresponsabilité du gouvernement. Cela engendre légitimement une rage folle, je comprends que des gens puissent se mobiliser ainsi. »

Au sein du milieu écologiste, le constat est assez similaire. Le réalisateur Cyril Dion, ancien garant de la Convention citoyenne pour le climat — qui avait d’ailleurs demandé un moratoire sur la 5G — assure aussi « comprendre que des gens en arrivent à ces extrémités ». Le sabotage « peut être utilisé en dernier recours, pour créer un rapport de force, même si l’idéal est évidemment la voie démocratique. Ce qui importe, c’est d’articuler les stratégies », confiait-il naguère à Reporterre. Pour l’historien des sciences François Jarrige, cette situation n’a, en réalité, rien d’étonnant. « Les sabotages se multiplient quand les formes de négociation plus institutionnelles sont en crise », explique-t-il à Reporterre. « C’est précisément au moment où les choix techniques sont encore incertains et pas totalement enracinés dans les imaginaires et dans les institutions qu’il est possible d’agir. Il s’est passé la même chose avec les OGM, le nucléaire, mais aussi avec la voiture à ses débuts, et la mécanisation industrielle au XIXᵉ siècle. Aujourd’hui, c’est le tour des infrastructures de communication numérique. »

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