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vendredi 23 avril 2021

« Il faut nous sortir de là » : les aires d’accueil des gens du voyage, un enfer sonore et sanitaire

« Il faut nous sortir de là » : 

les aires d’accueil 

des gens du voyage, 

un enfer sonore et sanitaire

 

 

Alexandre-Reza Kokabi et NnoMan (Reporterre)

13 avril 2021


 

Voies rapides, aéroport proche, pollution omniprésente... Les aires d’accueil des gens du voyage n’ont rien d’accueillant. La faute à une politique qui leur est hostile, s’indignent les Voyageurs, qui s’inquiètent pour leur santé.

Tremblay-en-France et Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), reportage

« Cet endroit ne devrait pas s’appeler "aire d’accueil" : il n’est pas accueillant, il n’y a aucun confort, aucune hospitalité », soupire Émile Scheitz, 62 ans, surnommé « Baba ». Ce sexagénaire vit toute l’année, avec une quinzaine de familles, sur l’aire d’accueil des gens du voyage de Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis. C’est un petit terrain situé à la marge de la ville, entre les pistes de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, une route périphérique, un cimetière et un crématorium. Un lieu indésirable.

Au « Terrain des pierres », comme ils le surnomment, les Voyageurs [1] ont le sentiment d’être « parqués comme des bêtes ». La promiscuité règne. Ils disposent seulement de 4 toilettes de chantier, dont 2 n’ont plus de chasse d’eau. Quand il gèle, il n’y a plus d’eau courante. La fosse septique est régulièrement bouchée et fuit. Le compteur électrique est noyé au moindre orage.

Des caravanes blanches et grises sont agglutinées sur ce parking désolé, parsemé de gravillons. Une petite fille sautille sur un trampoline, pendant que les adultes palabrent, adossés à des voitures. Des lignes haute tension surplombent leurs têtes. « Quand il pleut, les fils électriques crépitent au-dessus de nos têtes. Le bruit devient vite insupportable », déplore Jean, un père de famille. Il mime le bourdonnement et se bouche les oreilles.

 

Une ligne à haute tension près des caravanes de l’aire de Tremblay.

Chaque heure, des dizaines d’avions vrombissant atterrissent et décollent de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Les pistes sont situées à 100 mètres à peine des caravanes. Lorsque le vent souffle, des effluves de kérosène pénètrent les narines. « On retrouve régulièrement des tâches huileuses sur les caravanes », poursuit Jean.

« Cela fait seize ans que l’aire est provisoire, et nous y sommes toujours »

C’est le bruit des réacteurs qui est, à la longue, jugé « le plus infernal » par les Voyageurs. « Tout tremble à l’intérieur de nos caravanes, raconte Émile Scheitz, qui est l’ancien président de l’Association familiale pour les gens du voyage en Île-de-France (AFGVIF). Parfois, on ne s’entend plus causer. Des objets tombent, la vaisselle casse et la télévision se débranche. » Sans parler des effets délétères sur la santé : selon une étude publiée en 2020, l’exposition au bruit des avions est associée à une augmentation de 18 % du risque de mortalité par maladie cardiovasculaire.

 


 

Parfois, l’odeur de la mort se mêle à celle des hydrocarbures : le camp est accolé au crématorium de Tremblay-en-France. « Quand ça brûle, ça empeste... et on essaie de ne pas rester dehors », résume Baba.

« La vérité, c’est que personne ne devrait vivre ici », soutient Maryse, 36 ans, qui habite là depuis seize ans. Elle craint pour la santé de ses deux enfants : « Vous savez, c’est tracassant de voir naître et grandir ses enfants en sachant pertinemment que l’air qu’ils respirent n’est pas bon, confie-t-elle. Mon fils de 9 ans a des maux de tête récurrents. J’aimerais qu’il vive dans un endroit plus sain. »

 

À cause du bruit des avions, « parfois, on ne s’entend plus causer », s’indigne Émile Scheitz.

 

« Il faut arrêter de jouer avec nos vies, et nous sortir de là. »

L’aire, ouverte en 2004, devait n’être que provisoire. « Cela fait seize ans qu’elle est provisoire, et nous y sommes toujours », regrette Émile Scheitz, qui a multiplié les rendez-vous avec la préfecture et les élus pour obtenir la construction d’un nouveau terrain.

Un projet de nouvelle aire, dite de Tremblay-Villepinte, avait été acté en 2016 par le Syndicat d’équipement et d’aménagement des pays de France et de l’Aulnoye (Seapfa), puis voté par le conseil municipal de Tremblay. Depuis, aucun engin de chantier n’est venu aménager ce nouvel espace et le projet a été abandonné. « On s’est fait balader », fulmine Baba.

 

Des avions passent quotidiennement près de l’aire de Tremblay.

« Le virus a révélé la fragilité dans laquelle nous sommes placés »

Lors de la première vague du Covid-19, les Voyageurs ont perdu leur emploi — la plupart travaillent sur les marchés — et leurs revenus. Ils ont été contraints de rester immobiles dans l’aire surpeuplée. « Le virus a révélé la fragilité dans laquelle nous sommes placés : la quasi-totalité des personnes vivant ici est tombée malade, car nous sommes trop serrés pour respecter des distances suffisantes, explique Émile Scheitz. Plusieurs personnes ont été alitées, certaines intubées, et mon cousin germain est mort. »

Il marque une pause, puis reprend : « Au préfet, aux élus, on ne demande pas grand-chose. On veut juste une aire réellement accueillante. Il faut arrêter de jouer avec nos vies, et nous sortir de là. »

En contrebas de l’aire de Tremblay, les toilettes sont souvent encerclées par les eaux de pluie.

En Seine-Saint-Denis, l’aire d’accueil de Tremblay-en-France n’est pas la seule à être exposée à des nuisances sonores et environnementales. Dans l’un des départements les plus denses de France, avec 7 000 habitants au kilomètre carré, huit aires existent, toutes soumises à des nuisances.

À quelques encablures de Tremblay, dans l’aire d’accueil d’Aulnay-sous-Bois, des adolescents jouent au football sur l’asphalte. Après une frappe mal cadrée, un ballon s’envole au-dessus du but et atterrit en plein milieu d’une voie rapide. Un adulte, téléphone à l’oreille, slalome tranquillement entre les voitures qui roulent à toute berzingue, et ramène la balle aux minots. « J’ai l’habitude », sourit-il.

 


Ici, les Voyageurs sont littéralement encagés : une route nationale longe le flanc nord-est du camp, et l’autoroute A1 le flanc sud. Aucun accès piéton n’est prévu pour leur permettre de sortir.

« Quand on veut se balader, on traverse les voies rapides, on n’a pas le choix, au risque de se faire faucher », soupire Charles, bientôt 70 ans. Et une fois sorti du camp, le centre-ville est à cinquante minutes de marche.

 

L’autoroute à côté de l’aire d’Aulnay.

« On craint qu’il y ait de l’amiante dedans »

Au Nord-Ouest, l’aire affleure un autre lieu polluant : le centre de recyclage DLB de Pont-Yblon, qui concasse chaque année plus de 200 000 tonnes de débris issus de chantiers de démolition de bâtiments et de chantiers publics. « On l’appelle "la Sablière", parce qu’elle répand de la poussière partout sur l’aire, explique Jean-Jacques, un Voyageur de 72 ans. Tous les deux jours, nous avons des coulures sur nos caravanes. On craint qu’il y ait de l’amiante dedans. »

« On est pire que des rats, on avale plus de poussière que d’air. »

Parfois, ce sont les chasseurs qui viennent chasser dans les terrains voisins. « Les plombs tombent directement sur le camp et abîment nos caravanes », déplore Jean-Jacques. Sa femme, Denise, intervient : elle en a « marre ». Cette grand-mère a le sentiment que les « Voyageurs sont toujours vus comme mauvais et pestiférés. On est la dernière des préoccupations des politiques, on nous met là où personne ne voudrait être. »

Elle est amère quand elle évoque les 3,5 euros par jour qu’elle doit payer pour son emplacement, sans compter l’eau et l’électricité. « Tout cela pour un simple parking, sans extincteur fonctionnel, avec une seule grille d’égout, et pas même un espace de jeu pour les enfants. » Julie, une autre Voyageuse, tempête à la porte de sa caravane : « On est pire que des rats, on avale plus de poussière que d’air. » « Vivre ici nous tue à petit feu : moi j’ai une bronchite chronique, et le docteur m’a clairement dit que tant que je vivrais là, ça durerait », affirme Jean-Jacques.

 

« On est pire que des rats », affirme Julie.

Les Voyageurs aimeraient bien partir. « Mais pour aller où ? Les trois quarts d’entre nous sont au RSA [revenu de solidarité active], et on ne peut pas s’installer hors des aires d’accueil, au risque d’être expulsés », se résigne-t-il.

En France, le système des aires d’accueil est, en effet, encadré par la loi du 5 juillet 2000, dite loi Besson II. Celle-ci oblige les communes de plus de 5 000 habitants à « prévoir les conditions de passage et de séjour » des Voyageurs sur son territoire « par la réservation de terrains aménagés à cet effet ». Elle permet aussi aux communes et aux intercommunalités qui respectent cette obligation d’interdire le stationnement sur tout le reste du territoire.

Jean-Jacques et sa femme Denise, sur l’aire d’Aulnay.

 

« La loi les oblige à vivre dans un environnement hostile, qui met leur santé en danger »

Résultat : les Voyageurs sont assignés à des aires mal situées, qui les exposent « à des polluants susceptibles de causer des maladies environnementales », comme le montre la chercheuse Lise Foisneau, postdoctorante en anthropologie à l’EHESS, l’École des hautes études en sciences sociales. « Par l’imposition des lieux et des durées de résidence possibles, la loi permet désormais d’exercer une contrainte constante sur les familles, les obligeant à vivre dans un environnement hostile, qui met leur santé et celle de leurs enfants en danger », écrit-elle dans son article Les aires d’accueil des gens du voyage, une source majeure d’inégalités environnementales.

Lise Foisneau démontre que le statut des « gens du voyage » relève en fait d’une « politique de sédentarisation qui ne dit pas son nom » : « Ce statut vise, en effet, à empêcher la libre circulation des personnes, les exposant à des pathologies environnementales bien connues s’ils choisissent de persévérer dans leur mode de vie. » Cette politique, défend-elle, est « en contradiction flagrante avec l’article 13 de la Déclaration des droits de l’Homme, qui établit le droit de "choisir sa résidence à l’intérieur d’un État" ».

Pour Émile Scheitz, les bras croisés au milieu de l’aire d’accueil de Tremblay-en-France, il est temps de faire corps pour exister aux yeux des décideurs politiques. « L’enjeu désormais, pour nous Voyageurs, est d’unir nos colères éparpillées dans les aires d’accueil, pour dire qu’on ne veut plus de cette politique, qu’on ne veut plus être parqués dans des endroits où aucun humain ne veut vivre », assure-t-il. Il envisage de porter plainte contre l’État, « pour mise en danger de nos vies ».

 

Des débris sur l’aire d’Aulnay.

Parmi les caravanes de l’aire de Tremblay.

Notes

[1] Roms, Manouches, Romanichels, Yéniches, Tsiganes, Gitans, gens du voyage, nomades : il existe de nombreux termes qui s’inscrivent dans une période historique, un contexte juridique ou une aire géographique. Parfois ils peuvent être utilisés de manière péjorative. William Acker, juriste issu d’une communauté de Voyageurs, utilise celui de « Voyageurs » plutôt que la dénomination administrative de « gens du voyage ».

Précisions

Source : Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre

Photos : NnoMan/Reporterre

Cartes : © Gaëlle Sutton/Reporterre

 

Source : https://reporterre.net/Il-faut-nous-sortir-de-la-les-aires-d-accueil-des-gens-du-voyage-un-enfer-sonore-et-sanitaire?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

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Libellés : droits humains, peuples minorisés, politique, pollution, santé

jeudi 22 avril 2021

Aux régionales, l’arlésienne de l’union de la gauche

Aux régionales, 

l’arlésienne 

de l’union de la gauche

 

 

 Et si les gauches faisaient tout pour faire gagner l’adversaire ? C’est l’impression qui se dessine dans ce tour de France des listes d’union de la gauche à deux mois des élections régionales.

A un peu plus de deux mois du premier tour, l'idée d’une union de toutes les gauches ne semble pas avoir infusé au-delà du Nord et de la candidature unique de Karima Delli. (Denis Allard/Libération)

 

par Sacha Nelken

publié le 16 avril 2021 à 6h45

Il y a comme un paradoxe en ce qui concerne la gauche et les régionales. Le 11 mars dernier, toutes les figures des différents partis sans exception y allaient de leur qualificatif pour saluer la constitution d’une liste unique dans les Hauts-de-France derrière l’écolo Karima Delli. «Miracle ! La gauche rassemblée !» célébrait le député insoumis François Ruffin. «Quand on veut on peut» se réjouissait, de son côté la sénatrice PS Laurence Rossignol quand l’eurodéputé vert et candidat à la présidentielle Yannick Jadot estimait qu’«une très belle perspective [naissait] dans les Hauts-de-France». Pour autant, à un peu plus de deux mois du premier tour, cette idée d’une union de toutes les gauches ne semble pas avoir infusé au-delà du Nord. Dans la quasi-totalité des régions socialistes, écologistes, communistes et insoumis se feront face, parfois en trois listes distinctes. Tour d’horizon.

L’exception Hauts-de-France

Pour tout électeur nordiste de gauche, le jeudi 11 mars a sans aucun doute une saveur particulière. Ce jour-là, un communiqué de presse, drapé des logos d’Europe Écologie-les Verts, du Parti socialiste, de la France insoumise et du Parti communiste annonce la constitution d’une liste de toute la gauche derrière l’écolo Karima Delli. «C’est forts de nos valeurs communes et conscients de nos différences que nous faisons union pour la justice sociale et climatique» indiquent les différentes figures locales. Derrière cette alliance notamment, la crainte de voir le Rassemblement national (RN) s’imposer en juin prochain. En 2015, la gauche avait été contrainte de se retirer pour permettre au LR Xavier Bertrand de s’imposer face à Marine Le Pen, excluant ainsi tout élu de gauche du conseil régional. Un scénario que craint toujours six ans plus tard cette gauche multicolore. «Comprenez que nous faisons tout, cette fois-ci, pour arriver à la première place», affirmait Karima Delli en mars. Et d’ajouter : «Plutôt que de poser la question à celles et ceux qui ont déjà fait barrage à l’extrême droite, vous devriez plutôt demander à Xavier Bertrand ce que lui est prêt à faire si nous sommes au second tour».

Trois nuances de gauche en Ile-de-France

Pour l’emporter face à une Valérie Pécresse solidement implantée et largement favorite, la gauche aurait pu faire le choix de s’allier dès le premier tour en Ile-de-France. Mais elle en a décidé autrement puisque pas moins de trois listes de gauche seront présentes sur la ligne de départ. Il y a, tout d’abord celle menée par le numéro 1 des Verts Julien Bayou qui rassemble le parti Génération.s de Benoît Hamon et sept petits partis écologistes. Côté socialiste, on a fait confiance à l’ancien journaliste Audrey Pulvar pour mener la liste (soutenue par Place publique, le PRG et, à titre personnel par l’ancienne ministre de la justice Christiane Taubira) alors qu’insoumis et communistes sont rassemblés autour de la candidature de Clémentine Autain. Des discussions pour une alliance de premier tour ont bien eu lieu mais sans succès. Chacun refusant de se ranger derrière l’autre. En attendant, les trois candidats restent au coude-à-coude dans les sondages (autour des 10-12 %) derrière le candidat macroniste Laurent Saint-Martin, le représentant du RN Jordan Bardella et donc la présidente sortante Valérie Pécresse.

En Auvergne Rhône-Alpes, « OK pour l’union mais derrière moi »

En Auvergne Rhône-Alpes, les trois candidates issues de la gauche – Najat Vallaud-Belkacem (PS), Cécile Cukierman (PCF-LFI) et Fabienne Grébert (EE-LV) – l’attestent : dans l’idée, elles sont pour une union dès le premier tour. A une condition près, c’est que celle-ci se fasse derrière elle. Face à ce constat, difficile donc de trouver un terrain d’entente. Même si l’ancienne ministre affirme toujours croire à la possibilité d’un accord : «J’ai toujours voulu faire de ce territoire un laboratoire de la capacité de la gauche à se rassembler donc je poursuis, c’est un travail de longue haleine mais je pense que cela finira par donner quelque chose», disait-elle encore ce mardi sur BFMTV, les autres partis ne semblent plus y tenir plus que ça. «Que Najat Vallaud-Belkacem, qui était élue auprès de (Gérard) Collomb et ministre de Manuel Valls, puisse dire ‘Tiens, venez derrière moi’ ça va sembler un peu incongru à tout le monde. C’est quand même pas la logique politique, et les aspirations des gens», grinçait le Maire EE-LV de Grenoble Éric Piolle le 14 mars dernier sur RTL. De son côté, la sénatrice communiste Cécile Cukierman, estime que l’absence d’union «n’est pas un drame».

Unions inédites en Pays-de-la-Loire

Les insoumis alliés à un ancien macroniste. On croirait l’image tout droit sortir d’une fiction. Pourtant elle est bien réelle. LFI a annoncé ce jeudi rejoindre «l’appel pour une Région écologique, citoyenne et solidaire» regroupant EE-LV, Génération.s, Génération écologie et mené par le député écologiste - ancien marcheur - Matthieu Orphelin. «C’est ce rassemblement des forces écologistes et de gauche qui nous emmènera vers la victoire !», se félicite l’ancien président du groupe Écologie Démocratie et solidarité (EDS) à l’Assemblée. Mais pas si vite, en Pays-de-la-Loire, région dirigée par la LR Christelle Morançais, l’union de la gauche n’est pas acquise pour autant. L’écologiste peine à s’entendre sur une alliance de premier tour avec le socialiste Guillaume Garot, qui regroupe derrière lui le PCF et le Parti radical de gauche notamment à cause de la question de la tête de liste. Dans un courrier daté du 23 mars, Orphelin regrette que «malgré tout [leurs] efforts, le candidat PS ne souhaite toujours pas avancer collectivement s’il n’est pas assuré d’avoir la tête de liste. Nous regrettons fortement son immobilisme, mais nous ne nous y résignons pas». Cela semble quand même mal parti.

Dans le Sud-Ouest, une gauche favorite même éparpillée

Deux régions différentes mais une même situation. En juin prochain, les présidents socialistes d’Occitanie (Carole Delga) et de Nouvelle-Aquitaine (Alain Rousset) brigueront un nouveau mandat à la tête de leurs régions respectives. Mais pour y parvenir, l’un comme l’autre trouvera sur sa route deux autres listes de gauche : une écolo et une insoumise. Boosté par des bons scores aux européennes et aux dernières municipales, EE-LV, pourtant membre de la majorité dans les deux conseils régionaux a préféré, cette fois, se lancer seul dans la bataille (derrière Antoine Maurice en Occitanie et Nicolas Thierry en NA). Il y aura donc trois listes de gauche dans les deux régions du Sud-Ouest. A moins que, face à un RN haut dans les sondages, les écolos occitans acceptent la main tendue de Carole Delga. «Mon équipe ‘Occitanie en commun’ comporte des écologistes et je rappelle que la moitié des conseillers régionaux écologistes continuent de travailler avec moi. Cela fait un an que je leur tends la main et je continue à dire que nous avons bien travaillé ensemble», expliquait-elle en mars dernier sur Public Sénat. Mais le candidat vert semble bien vouloir faire cavalier seul. Antoine Maurice avait déjà refusé l’offre d’alliance des insoumis.

En PACA, toujours pas de printemps provençal

Après un «Printemps marseillais» en 2020, la gauche parviendra-t-elle à construire un printemps provençal en 2021 ? En Provence-Alpes-Côte-d’Azur, terre ô combien ancrée à droite et où le RN fonde de solides espoirs, la gauche sait qu’elle a peu de chance de l’emporter. Et qui plus est, si elle part en ordre dispersé. Aux dernières municipales, les différentes familles de la gauche étaient parvenues à s’emparer de Marseille en s’alliant dès le premier tour autour d’un même projet (le Printemps marseillais). Mais un an plus tard, socialistes, écologistes, insoumis et communistes semblent avoir plus de mal à s’entendre sur une liste commune. Si les différentes familles sont bien conscientes qu’une alliance rapide serait la bienvenue, les discussions n’ont toujours pas abouti. Au cœur des mésententes notamment, la question toujours épineuse de la tête de liste. Certains, et notamment le PS, verraient bien l’adjointe marseillaise Olivia Fortin mener la campagne quand les écolos ne veulent pas entendre parler du varois Jean-Laurent Félizia. En tous les cas, à un peu plus de deux mois du premier tour, la gauche va devoir accélérer si elle veut éviter que se répète le scénario de 2015. À l’époque, la tête de liste socialiste Christophe Castaner avait été contraint de se retirer à l’entre-deux tours pour faire barrage au FN n’envoyant ainsi aucun élu de gauche au Conseil régional.

En Normandie, roses et verts d’un côté, rouges de l’autre

C’est assez rare pour être souligné. En Normandie, le PS et les Verts se lancent main dans la main, à la conquête de la région tenue par le centriste Hervé Morin. Le 5 avril dernier, le pôle écologiste (regroupant notamment EE-LV, CAP21, Génération.s) a fait le choix de s’allier à la maire socialiste de Canteleu Mélanie Boulanger autour d’un «grand rassemblement de la gauche et des écologistes de Normandie». Une union sans les communistes et les insoumis réunis derrière le député PCF Sébastien Jumel. Ce dernier n’a d’ailleurs que très peu goûté l’annonce d’alliance de ses camarades écologistes et socialistes. «Quand on choisit le dernier (le Parti socialiste, ndlr) pour être premier, ça veut bien dire que l’on choisit de perdre», a-t-il fustigé dans Les informations dieppoises tout en invitant les différents partis de gauche à une discussion. Réponse des Verts : «On a dialogué à parts égales avec tout le monde, y compris le Parti communiste et La France insoumise. De notre côté, nous n’avons pas fait de la tête de liste un préalable à toute discussion. Eux ne voulaient pas démordre du fait que la tête de liste devait être Sébastien Jumel. C’est un forcing que nous, écologistes, n’avons pas apprécié». C’est pas gagné.

Dans le Grand Est, des appels, des pactes mais pas d’union

Dans le Grand Est, il y a des initiatives… mais toujours pas d’union. D’un côté, il y a ce préaccord signé entre les dirigeants d’Europe Ecologie-les Verts, du Parti socialiste, et du Parti communiste pour un «pacte pour une région Grand Est écologiste, citoyenne et solidaire». De l’autre, il y a «cet appel inédit» au-dessus des partis porté par la députée LFI Caroline Fiat, l’ancienne ministre de la Culture socialiste Aurélie Filippetti et la numéro 1 du PS dans le Bas-Rhin Pernelle Richardot. Deux camps donc, pour un même objectif : une alliance de la gauche dès le premier tour dans une région où Les Républicains et le RN sont forts. Mais pour l’instant, toujours pas de trace d’une quelconque union, ni du moindre compromis. Chaque camp préfère tenter de convaincre l’autre que si liste commune il y a, elle ne pourra se faire qu’autour de son projet.

Pour le reste, pas de trace d’union non plus

Que ce soit en Bretagne, en Centre-Val-de-Loire ou en Bourgogne-Franche-Comté, les électeurs devraient aussi trouver dans leurs bureaux de vote plusieurs bulletins de listes de gauche. A l’Ouest, difficile pour les écolos et insoumis de s’allier avec le président sortant PS, proche de la Macronie Loïg Chesnais-Girard. D’autant que même entre eux, les deux partis ne sont pas parvenus à un accord.

Dans le Centre-Val-de-Loire, si les communistes ont accepté de se ranger derrière le président sortant socialiste François Bonneau, l’écologiste François Fournier (pourtant vice-président du même Bonneau) préfère faire cavalier seul, convaincu qu’il peut devenir au soir du premier tour le mieux placé à gauche.

En Bourgogne-Franche-Comté enfin, insoumis, écologistes et socialistes sont bien partis pour faire chambre à part. Chacun accuse l’autre de sectarisme mais à la fin, c’est le RN qui peut en profiter.

 

Source : https://www.liberation.fr/politique/elections/aux-regionales-larlesienne-de-lunion-de-la-gauche-20210416_ZPZV25U46VGCFERMPSXCDGIMRY/?xtor=EREC-25-%5BNL_quot_matin_2021-04-16%5D-&actId=ebwp0YMB8s1_OGEGSsDRkNUcvuQDVN7a57ET3fWtrS90SVGouFRqw1jk3aySqrmQ&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=508650

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Libellés : élections, politique

mercredi 21 avril 2021

« Les actes de l’agro-industrie deviennent super inquiétants »

 

« Les actes de l’agro-industrie 

deviennent 

super inquiétants »

 
Natacha Devanda · Mis en ligne le 6 avril 2021

Mardi 6 avril a eu lieu une manifestation pour la liberté d'information à Rostrenen en Côtes-d'Armor. Dans ce département, les agro-industriels, mécontents des journalistes qui enquêtent sur leurs pratiques, multiplient les intimidations. Le sabotage de la voiture de Morgan Large, journaliste en radio locale, est l'acte de trop. 

Exclu Web
 

Charlie : Une manifestation pour la liberté de la presse vient d’avoir lieu à Rostrenen en Côtes-d’Armor. C’est aussi une manifestation de soutien en votre faveur. Qui êtes vous Morgan Large ? Et pourquoi une telle manifestation ?

Morgan Large : Je suis une journaliste salariée. Je travaille pour une radio associative locale bilingue breton/français depuis plus de 20 ans. J’enquête beaucoup sur l’agro-industrie. Par exemple, actuellement, je me documente sur les marchés aux bovins. Il y a une grosse coopérative qui a le monopole de ces marchés. J’ai sollicité une interview du responsable qui a eu cette phrase qui en dit long sur sa conception de l’information : « Pourquoi m’appelez-vous ? Je ne vous ai rien commandé ! » C’est dire si cette personne a l’habitude de se servir de la presse comme d’un canal de communication. J’ai insisté car son témoignage était incontournable puis de guerre lasse, je lui ai dit : « je dirai donc que je vous ai sollicité mais que vous n’avez pas voulu répondre ». Il s’est énervé, m’a dit que je le manipulais puis m’a directement menacé en disant : « Je vous promets que si vous écrivez ça, vous aurez des ennuis. »

Intimidations, menaces en direct ou sur les réseaux sociaux… Des ennuis vous en avez déjà eu. Pourquoi vous avez décidé de porter plainte cette fois ?

J’ai déjà eu pas mal de déboires puis il y a eu l’acte de trop… Le sabotage de ma voiture. Cette fois c’est allé trop loin. J’ai retrouvé des boulons d’un de mes pneus par terre. C’est un acte de malveillance évident qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques. Avant cela, il y avait eu des intrusions sur mes terrains avec l’ouverture de l’entrée de mon champ pour faire s’échapper mes animaux. Puis, les portes de la radio qui ont été forcées. Au-delà de mon cas personnel, la manifestation fait aussi écho à des alertes qu’on a lancées avec d’autres journalistes bretons au sein du collectif Kelaouin (informer en Breton) pour dire que la tension montait en territoire rural, entre le monde agricole et des riverains. Nous n’avons pas été entendu. Et les actes du monde agro-industriel deviennent super inquiétants.

À LIRE AUSSI : Bretagne : tuyaux crevés, dégueulis assurés
 

Il va y avoir une enquête ?

Oui, je vais porter plainte. Certains me disent que ça n’aboutira pas mais je ne peux pas laisser passer ça. J’ai appelé la gendarmerie qui est venue chez moi et m’a conseillé de mettre une caméra nocturne. Ce qui m’inquiète c’est que les gendarmes considèrent que c’est juste une dégradation de matériel. Or, j’ai roulé quatre jours avec une roue déboulonnée, à 110 km sur la 4X4 voies, avec ma fille dans la voiture. La roue pouvait-elle se détacher ? Je n’en sais rien je ne suis pas garagiste mais j’imagine que s’il y a cinq boulons, c’est qu’il y a une raison. Et quelle est la prochaine étape ? Mettre le feu à ma maison ? Blesser mes animaux ?

Vous avez essayé d’alerter les pouvoirs publics ?

Oui et déjà bien avant ce sabotage. Avec le collectif, on a alerté le conseil régional de Bretagne qui verse des millions d’euros à ce secteur économique. On a fait part des problèmes rencontrés lors de nos enquêtes sur le monde de l’agro-alimentaire, par exemple, quand des riverains s’opposent à des projets d’extension de porcherie industrielle ou sur l’empoisonnement par les pesticides. On veut briser l’omerta autour de ces sujets qui traversent la Bretagne.

Et alors ?

Pas grand chose de concret du côté des pouvoirs publics…

L’agro-industrie semble vouloir faire régner sa loi en Bretagne…

Ce secteur industriel est surpuissant. Il y a beaucoup d’intimidations et une forme de banalisation des atteintes à la liberté de la presse qui m’inquiète. Des chambres d’agriculture par exemple, envoient des SMS à des journalistes quand un papier ou une enquête ne leur plait pas. Les menaces d’attaques en diffamation sont fréquentes même si elles n’aboutissent pas. Tout est mis en œuvre pour intimider les journalistes, notamment les pigistes ou les précaires. Il y a une telle disproportion du rapport de force entre eux et nous. Et puis, pour un journaliste, c’est super dur d’apparaitre comme la personne qui risque d’amener des ennuis à son journal.

Quels types d’ennuis ?

La fin des subventions notamment. La radio non commerciale où je travaille vit principalement de fonds publics. Un peu d’argent de beaucoup de communes. Les petits cours d’eau qui font les grandes rivières. C’est vital pour nous. Eh bien, je suis celle par laquelle la subvention n’arrive plus, et croyez-moi ce n’est pas facile à vivre, même si je suis soutenue par la rédaction.

À LIRE AUSSI : Ces journalistes qui coachent les politiques
 

Pouvez-vous citer des exemples ?

Plutôt deux fois qu’une. J’avais réalisé une émission sur un conflit local important lors de la construction d’une porcherie de 800 truies, ce qui est énorme ! J’avais reçu les associations en direct à la radio tandis que le responsable de la porcherie n’avait pas voulu s’exprimer. Pendant l’émission, le maire de la commune sur laquelle le projet devait s’implanter a téléphoné pour dire qu’il retirait sa subvention à la radio. Comme ça, en direct live. La classe ! De même, j’avais accepté de témoigner sur mon expérience d’élue dans une commune de Glomel, pour une émission de France Culture. J’y expliquais mon vécu, c’est-à-dire comment les conseillers municipaux votaient l’extension d’une porcherie sans avoir lu le dossier. Et je parlais aussi d’une pollution ancienne qui m’avait été rapportée par des salariés de Triskalia, une société de pesticides également basé à Glomel. Lorsque l’émission a été diffusée, je me suis pris une engueulade en plein conseil municipal par le maire et les conseillers de sa majorité qui estimaient que mes propos étaient inadmissibles. Ils m’ont dit que le maire avait été douze ans dans l’opposition et lui n’avait jamais rien dit… Une attitude exemplaire envers l’agro-industrie (rires). À la suite de ça, est arrivé en conseil municipal, quatre mois plus tard, le vote des subventions aux associations. Au prétexte que moi et la radio pour laquelle je travaille c’est la même chose, la subvention à la radio a été supprimée. Que ce soit de l’argent public ne leur pose aucun problème. Il faut croire que pour eux, l’argent public sert à acheter le silence, à faire couler le robinet d’eau tiède… ou à punir quand le discours ne plait pas.

Comment réagit la presse face à cette puissance économique qu’est l’agro-industrie ?

Elle fait le dos rond la plupart du temps. Par exemple, un journaliste de PQR, que j’avais contacté pour mon histoire de roue déboulonnée, m’a immédiatement répondu que cette info passerait dans les pages locales, en fait divers, bref les chiens écrasés comme on dit, pour signifier le peu de cas que l’on fait de ce sabotage. Il faut aussi savoir que l’agro-industrie possède ses propres organes de presse et tire à boulets rouges sur L214 ou bien assimile les zadistes de Notre-Dame-des Landes à des écoterroristes. Mais elle le fait de façon très maligne. Par exemple, en organisant une conférence sur l’écoterrorisme à laquelle elle convie les agriculteurs. Elle fait intervenir un conférencier qui va tenir un discours très anxiogène. Même s’il n’y a pas grand monde dans la salle, ça permet de faire un « article » pour leur journal qui arrive gratuitement dans les 40 000 boîtes aux lettres des agriculteurs, des retraités agricoles. Cela donne de l’eau au moulin à la cellule Demeter et fait monter la haine des agriculteurs envers tous ceux qui s’opposent aux projets démesurés.

À LIRE AUSSI : La cellule Demeter veut fliquer les opposants à l’agriculture intensive
 

Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

J’ai toujours envie d’enquêter. Ce qui me meurtrit le plus c’est qu’avant d’être une journaliste, je suis une habitante de ces terres. Je suis toujours sur la route et je veux faire mon métier pour tout le monde. Ce que j’aimerais, c’est que des paysans osent dénoncer publiquement ces méthodes d’intimidations. Il y a des agriculteurs qui me soutiennent mais discrètement. Ils me donnent rendez-vous à 15 km de leur ferme. Ça en dit long sur la peur qu’ils ont des coopératives ! Si tu es paysan et que tu discutes avec des journalistes qui enquêtent, et bien tu risques d’avoir des représailles. Par exemple, un mauvais lot de bêtes à engraisser qui va te pourrir ton année et mettre en péril la viabilité de ton exploitation. Voilà où en est le monde agricole.

Depuis le scandale des algues vertes, rien n’a changé ?

Si, ça empire. Dans le Finistère en ce moment, il y a une pollution grave chaque mois à cause des fuites de lisiers dans les cours d’eau, des plateformes qu’on nettoie n’importe comment, des cuves de digestat de méthaniseurs qui fuient… Une telle accélération de ces accidents fait que ce ne sont plus des accidents, mais bien un système où l’on peut faire ce que l’on veut sans se soucier des réglementations. Et puis, ces pollutions, tant qu’il n’y a pas tous les poissons sur le dos, on n’en parle pas. Partout, la même tendance se fait jour dans le monde agricole : concentration des exploitations aux mains des plus gros producteurs, monoculture qui bousille les sols, change le paysage et pourrit l’eau. Venez voir par chez nous comment est entretenu le paysage ! Vous allez voir ce qu’il font « les jardiniers de la planète » comme ils aiment se présenter : des champs orange de pesticides, des talus pétés, des cathédrales de tôles pour les élevages où les animaux ne sortent plus, vaches laitières comprises. Ah ! il est beau le modèle agricole breton vanté par l’agro-industrie.

L’agro-industrie est souvent vindicative mais y a t-il une spécificité en Bretagne ? Bref, pourquoi ici c’est pire qu’ailleurs ?

Il y a plus de cochons que d’habitants en Bretagne. Ceci explique peut être cela (rires). On est aussi la première région agricole d’Europe. De quoi se sentir tout puissant. Une personne sur trois travaille pour l’agroalimentaire ou sa sous traitance. Ce qui donne en langage agro-industriel : « un paysan fait vivre sept personnes ». Mais on oublie de dire que ceux qui ramassent les poulets dans les usines à viande sont souvent des Roumains qui viennent tous du même village et sont hébergés à sept ou huit dans le même logement pour faire le sale boulot.

À LIRE AUSSI : Bretagne : et si on sauvait l’eau potable ?
 

Qu’espérez-vous après la manifestation du 6 avril pour la liberté de la presse en Bretagne ?

Que l’on trouve les coupables qui ont fait cet acte de malveillance bien sûr, mais surtout que l’on prenne la mesure de la violence des atteintes aux personnes et de leur fréquence ce qui est insupportable dans une démocratie. Qu’on prenne enfin la mesure de la violence faite à ce territoire breton. Un pays en souffrance avec des services publics qui se barrent les uns après les autres, des déserts médicaux et une dépendance du territoire à l’agro-industrie on ne peut plus malsaine. •

Propos recueillis par Natacha Devanda 

 

Source : https://charliehebdo.fr/2021/04/ecologie/les-actes-de-lagro-industrie-deviennent-super-inquietants/

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Libellés : agriculteurs, environnement, lanceurs d'alerte, médias, politique, pollution, témoignage

mardi 20 avril 2021

Lettre d'info de l'Alchimie, lieu culturel associatif de Prades 66500

 

logo

Bonne semaine alchimistes.

 

MARDI

Venez déguster une boisson chaude, un bon gâteau, ou un chausson à l'indienne, inspiration Fab.

De la convivialité matinale de passage mais convivialité quand même à travers la fenêtre OUVERTE

 

Vos idées ou envies seront une bouffée d'aire. Les projets pour  animer ce lieu et ce territoire sont plus que bienvenus.

Les mardis, Tatiana est là pour les accompagner et les mettre en place avec vous, avec ou sans confinement les projets se doivent de vivre.  

Et ailleurs, contactez-nous par mail à  contact@assoalchimie.org ou par téléphone au 07.83.36.77.31

JEUDI

image

Par ailleurs l'Alchimie...

Interpelée comme lieu culturel par le Collectif des Intermittents du Spectacle “Culture à l’air libre”, notre association, suite à la réunion de son Conseil Collégial, soutient, sans pour autant y participer, le mouvement qui occupe actuellement l’espace culturel Ecoffier à Alenya.

En solidarité avec des compagnies et d’autres lieux culturels du Conflent, nous exprimons aussi notre inquiétude et espérons la réouverture des lieux de culture le plus rapidement possible dès la fin du confinement actuel. Se cultiver, échanger, créer sont constitutifs de la nature humaine et de la vie et l'Alchimie en est un exemple."

Avant de nous retrouver la semaine prochaine avec une ouverture partielle des ateliers nous voulons nous féliciter des deux nouvelles membres dans l'équipe, et oui notre recrutement des 2 services civiques à été efficace !

A la semaine prochaine (ou avant si les restaurants ouvrent, hihihi) et n'oubliez pas de jeter un œil aux deux petites annonces qui suivent

Nous lançons un appel au bénévolat actif pour constituer un équipe communication. Nous avons besoin de vos compétences en graphisme, communication,création, etc, bienvenus!

Vous avez un peu de temps à consacrer à ce joli projet qu'est l'Alchimie ? Devenez bénévole !

 

Au plaisir de vous voir par ici ou par là

Lucile et Tatiana pour L'Alchimie

Contact : contact@assoalchimie.org   07.83.36.77.31

Copyright © 2021 l'Alchimie
3 Rue de l'Hospice, 66500 Prades, France

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Libellés : agenda, alternative, atelier, local, solidarité

lundi 19 avril 2021

Francis Hallé à Elon Musk : « Ne cherchez plus, on a trouvé vos pièges à CO2 ! »

 

Francis Hallé à Elon Musk :

 « Ne cherchez plus, 

on a trouvé vos pièges 

à CO2 ! »

 

« Je ne crois pas qu’une quelconque machine va pouvoir faire cela et je suis convaincu que le meilleur moyen de capter et de stocker le carbone atmosphérique sur le long terme, c’est la forêt. »


   10 mars 2021 - La Relève et La Peste

 

Francis Hallé est un biologiste, botaniste et dendrologue français. Il porte un projet exceptionnel : reconstituer une forêt primaire de 70 000 hectares en Europe de l’Ouest. Lorsqu’il a appris que le milliardaire ELon Musk voulait lancer « le plus grand prix de l’histoire » en matière de lutte contre le changement climatique, en attribuant 100 millions de dollars à quiconque trouverait la meilleure technologie pour capter et stocker le CO2, l’éminent naturaliste n’a pas hésité longtemps à concourir. Il nous explique sa vision ici.

La démarche d’Elon Musk ne vise-t-elle pas plutôt à éviter de remettre en question notre modèle de croissance ?

 

Francis Hallé : « Exactement et c’est très pernicieux. Supposez qu’on trouve la machine dont rêve Elon Musk. Ce serait dramatique puisque nous n’aurions plus aucune raison de diminuer nos émissions de GES. Or il faut les diminuer, c’est impératif !

Mais essayons plutôt de répondre à son challenge : si nous avions des grandes forêts avec des grands arbres de gros diamètre, on stockerait le carbone de façon très efficace et durable.

Notez d’ailleurs que si nous avons de grandes quantités de gaz carbonique dans l’atmosphère actuellement, c’est en grande partie lié à la destruction des forêts. Il y a aussi la combustion des carburants fossiles, qui eux-mêmes étaient des forêts au départ.

Une étude réalisée en 2019 par des chercheurs de l’école polytechnique de Zurich (publiée par la revue Science) révèle qu’à l’échelle de la planète nous pourrions « reforester » une surface d’environ 900 millions d’hectares – équivalente au Brésil – et ainsi capter plus de 200 milliards de tonnes de CO2 (les activités humaines ont généré 43 milliards de tonnes de CO2 en 2019). Face à cette capacité bien documentée des forêts, les alternatives industrielles sont-elles crédibles ?

Elles sont anecdotiques voire illusoires si on intègre toutes les conséquences sur l’environnement d’une telle industrialisation – bilan carbone des installations, artificialisation des sols, paysages défigurés…

La solution forestière reste à mon sens, et de loin, la meilleure solution. Faisons sur ce point une distinction qui me paraît essentielle entre les plantations d’arbres qui sont faites dans le but d’être exploitées, et les forêts qui se développent librement sur le très long terme, on parle de millénaires.

Dans les forêts les arbres vivent généralement très longtemps et pour eux les changements climatiques, y compris celui que nous vivons actuellement, c’est la routine !

On observe pourtant beaucoup de massifs forestiers en dépérissement…

Pourtant les arbres se portent plutôt bien dans l’ensemble. Sauf effectivement dans les espaces plantés d’espèces uniques, véritables monocultures où les parasites se régalent. Mais ces espaces auxquels vous faites référence, ce ne sont pas des forêts mais des cultures !

Lire aussi : « Ce ne sont pas les forêts qui meurent, mais surtout des plantations d’arbres »

 

Crédit : Maxx Gong

Quand on parle de « reforestation » parmi les solutions, l’homme y joue généralement un rôle d’acteur, via la plantation d’arbres. A-t-on un rôle à jouer dans la reconstitution des forêts ?

Certains vous diront que oui. Dans la logique de ce que je viens d’évoquer nous avons besoin de bois pour satisfaire nos besoins dans de nombreux domaines et dans ce cadre, effectivement, l’humain joue un rôle actif d’agriculteur. On parle d’ailleurs de « récolter le bois ».

Mais cela n’a rien à voir avec les forêts en libre évolution qui elles sont indispensables pour stocker le CO2 et régénérer la biodiversité.

Il est d’ailleurs choquant qu’en France, comme à l’échelle du monde, on refuse cette distinction en confiant chez nous la question des forêts au ministère de l’agriculture et à l’échelle de l’ONU à la FAO.

J’appelle de tous mes vœux la création d’une structure ministérielle ad hoc qui s’occupe exclusivement de la forêt, avec une structure similaire à l’échelon mondial. Et laissons le ministère de l’agriculture gérer les plantations d’arbres.

Revenons à Elon Musk. Si celui-ci vous répond qu’il cherche avant tout des innovations, que lui direz-vous ?

Je lui dirai que la photosynthèse reste la meilleure innovation en matière de captation du carbone. D’ailleurs si j’en juge aux recherches qui sont menées par des startups en vue comme Climeworks, on est sur des modèles qui ne sont pas très éloignés de ceux des arbres.

Or la biomimétique devrait plutôt nous inciter à utiliser les systèmes vivants que d’imaginer des imitations artificielles.

L’innovation n’est plus dans cette industrialisation, qui évoque plutôt le « monde d’avant » pour reprendre une formule à la mode. Comme l’expliquent très bien les scientifiques Béatrice et Gilbert Cochet qui soutiennent notre projet, innover consiste désormais à miser sur les dynamiques extrêmement puissantes de la nature – forêts et océans en tête – pour trouver des solutions efficaces face à la crise climatique.

 

Pièges à CO2 développés par la startup Climework. Source : Climeworks.

De nombreuses voix s’élèvent pour inventer un autre système de comptabilité économique que celui fondé sur la seule croissance du PIB. Un modèle qui intègre les services rendus par la nature…

Il faudrait en effet faire le bilan entre ce qu’on gagne à détruire la nature et ce qu’on perd. Le déduire des gains industriels, car on n’intègre jamais dans ces comptabilités fallacieuses la perte de tous les services que nous rend la nature. Or une fois qu’elle est détruite, on n’a plus tous ses services.

J’appelle donc à faire évoluer cette comptabilité et je ne doute pas que les économistes trouveront mieux que le PIB, beaucoup travaillent d’ailleurs sur ces questions.

Il faut ensuite que les acteurs économiques intègrent ces données, mais là c’est une autre histoire. Pour l’instant, c’est une question de volonté politique et de suite dans les idées.

Ma conviction est que le jour où le PIB intègrera les services rendus par la nature, notre forêt primaire vaudra de l’or. Et on sera imité partout ! Avis aux investisseurs…

Lire aussi : « Remplaçons le PIB par l’indicateur de vie heureuse, longue et soutenable »

 

Crédit : Dmitry Gladkikh

Justement, en parlant d’investisseurs, Warren Buffet a dit un jour « quelqu’un s’assoit à l’ombre aujourd’hui parce que quelqu’un d’autre a planté un arbre il y a longtemps. » Un conseil que pourrait méditer Elon Musk ?

C’est vrai, en précisant que l’arbre est peut-être venu tout seul… puisqu’on n’a pas toujours besoin de le planter !

Le même Warren Buffet a dit que « quand des gens intelligents expliquent leurs idées à un orang-outang, cela améliore la qualité de leur prise de décision. »

Je l’encourage donc vivement à expliquer à cet orang-outang – qui lui connaît bien la nature – qu’il veut investir dans des technologies coûteuses pour un résultat hypothétique, alors que la nature – qui elle a fait ses preuves – fait tout le boulot gratuitement…

Comment imaginer qu’Elon Musk n’y ait pas déjà pensé ?

C’est une idée qui lui a sans doute échappé…

Imaginons à présent qu’il vous appelle pour vous attribuer les 100 millions de dollars. Qu’en faites-vous ?

Oh je ne serais pas du tout en peine ! On pourrait commencer par se procurer des terrains pour les laisser en libre évolution. Et laisser faire la nature. Tout simplement. »

 

Pour regarder sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=QVIu-Fz9rn4

 

Cette interview a été initialement publiée sur le site de l’association de Francis Hallé, partagée avec toutes autorisations.

 

Source : https://lareleveetlapeste.fr/francis-halle-a-elon-musk-ne-cherchez-plus-on-a-trouve-vos-pieges-a-co2/?fbclid=IwAR0-SedPRrolrzaR0NG-42IJ1i8NzaZaGmtOtkgtSYmNy230AMUaNfnG_0U

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