Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan. Mais pas que. Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
Bio d'Amélie est une boutique bio en plein centre d'Amélie-les-Bains. Florent se fera un plaisir de vous accueillir dans ce tout nouveau magasin.
Abracada'branches basé à Canaveilles.
Quentin propose ses services d'élagueur paysagiste : taille et soins
des arbres, entretien de jardins et espaces verts, murs en pierres
sèches, bancs en bois massif.
L'Assemblée Générale de l'association "Monnaie Locale Complémentaire, éthique, sociale et solidaire dans les Pyrénées Orientales" se déroulera à l'Ecofestival à Céret de 13h45 à 15h30.
Tous nos adhérents sont conviés afin de valider le bilan moral et
financier 2019, de discuter les orientations et budget de l'année à
venir, et de désigner les membres de la direction collégiale.
Dimanche 27 septembre 10h-17h : Eco-Festival à Ceret.
Rejoignez nous à notre stand et à l'AG du Soudaqui. Voici le programme de la semaine de ce festival éco-citoyen.
Les chèvres des Tres Estelles- fromage de chèvre bio - Py
Céline
et Sébastien sont éleveurs chevriers à Py depuis 2018. Leurs chèvres
sont gardées en parcours entre 900 et 1600 m d'altitude. Ils travaillent
à élaborer des fromages en accord avec ce que la nature peut offrir.
Retrouvez Céline au marché de Prades les mardis matins, près de la
Biocoop ou par vente en direct : 1 km après Py, route de Mantet
Elodie Dajon - maraichage bio - Conat
Elodie
et Lenny sont exploitants agricoles depuis 2016. Ils se sont installés
sur un terrain, au départ en friche, de 6000 m à Conat. Ils proposent
une variété de légumes issus de l'agriculture biologique. Retrouvez le
stand fleuri d'Elodie tous les mardis et samedis au marché de Prades et
quelques uns de ses légumes à la Biocoop à Prades.
L'idée du mois pour les professionnels
Rajouter
le logo du soudaqui sur vos flyers / cartes de visite / site internet.
Vous pouvez nous demander la version numérique du logo et nous nous
ferons un plaisir de vous le transmettre.
Voilà
deux ans que le mouvement des Coquelicots, qui réclame la fin du
recours aux pesticides de synthèse, a été lancé. Plus d’un million de
signatures sont remises ce 15 septembre à la ministre de la Transition
écologique, Barbara Pompili. L’enjeu désormais : sortir de l’agriculture
industrielle en dix ans et installer un million de paysannes et
paysans. Nous relayons leur appel, « Nous voulons des paysans ».
Nous
avons tant besoin de paysans. Officiellement, ils ne sont plus que
430 000, alors qu’ils étaient encore 7,4 millions en 1946. Beaucoup
seront partis à la retraite sous trois ans, et ne seront pas remplacés.
Seront-ils demain moins de 150 000, rescapés au milieu d’un désert de
machines et de détresse ? Sur une planète dévastée par la crise
climatique, la mort des oiseaux et des insectes.
Nous avons tous cru que le glorieux travail de la terre pouvait être
remplacé par le pétrole, les engins et la chimie. Nous, paysans et
non-paysans. Cette vision nous a conduits dans une impasse. Un système
absurde, celui de l’agriculture industrielle, nous prive de tout avenir
commun. Des paysans endettés se suicident, les sols meurent, des
maladies chroniques surgissent, la société se détourne de produits
qu’elle ne veut plus manger.
Il faut donc changer. Nous voulons de grandes retrouvailles entre les
paysans et tous ceux qui ont oublié leur passé. Nous voulons que
l’immense énergie mise au service de l’industrialisation des campagnes
serve aujourd’hui à reconstruire ce pays autour d’un seul mot, celui
d’espoir. La France manque de millions de paysans heureux, fiers de
nourrir la société tout en retrouvant l’harmonie avec la nature.
Seule leur présence permettra de faire face ensemble au grand défi
climatique et à l’effacement de la biodiversité. Au passage, des
milliers de petites villes et de villages ne seraient plus les oubliés
des services publics, des transports, et de l’avenir. Il s’agirait aussi
d’une révolution calme, bénéfique à l’équilibre spatial et psychique de
tous.
Et c’est pourquoi nous voulons un plan de sortie de l’agriculture
industrielle en dix ans. Il impose des investissements publics massifs,
que nous estimons à 200 milliards d’euros au total, soit dix milliards
par an. La crise du coronavirus montre qu’on peut mobiliser des budgets
colossaux pour des causes bien moindre. Dans ce temps si bref, ce plan
permettra à tous les paysans de le rester, et d’évoluer dans la
direction souhaitée par la société. Mais il aidera aussi à installer un
million de jeunes et moins jeunes, qui deviendront paysans en accédant à
une terre que la spéculation foncière leur refuse.
Ce nouveau contrat social doit permettre de produire des aliments de
qualité pour tous, sans pesticides, et de les vendre dans des circuits
rémunérateurs et stables. L’objectif est fou, mais il est surtout
réaliste. Ce qui serait fou, c’est de continuer sur la voie de la
destruction des écosystèmes. De sacrifier la santé publique. D’ignorer
les signaux qu’une planète exténuée nous envoie chaque jour. Il est
temps de se lever et d’annoncer ce que nous voulons vraiment. Car il y a
un chemin, et nous allons le parcourir. Ensemble.
… après la lecture du texte qui suit, la ministre de la Transition
Ecologique, sous les regards consternés de ses conseillers, a pris son
stylo et signé l’Appel des coquelicots.
Plainte morale à l’encontre de Madame Barbara Pompili
Nous ne
pouvons plus attendre, et vous faites pourtant comme si. La crise de la
vie sur Terre, et donc en France, est totale. Vous le savez, mais vous
faites semblant qu’il n’en est rien, préférant miser sur une carrière
politique qui a fait de vous le numéro trois du gouvernement. De ce
gouvernement qui se moque des dizaines de milliers de coquelicots de ce
pays. Ceux qui chaque mois depuis deux ans alertent d’une manière
pacifique devant des centaines de mairies françaises.
Aucun
ministre, aucun élu de la République n’a jugé bon de seulement nous
contacter. Ils auraient alors appris ce qu’est une démocratie vivante.
La manière dont nous avons réuni patiemment, une à une, sur les places
et les marchés, dans les salles d’attente des médecins, à la sortie des
gares, 1.135.133 signatures pour l’interdiction des pesticides. Le tout à
l’initiative d’une dizaine de citoyens, au départ sans un centime
d’euro public ou privé. Ce mépris est une grave honte pour notre
République, et il nous indigne.
Madame Pompili, vous êtes
responsable. Vous êtes responsable personnellement, et nous n’acceptons
pas les subterfuges habituels. Vous ne pouvez décemment vous abriter
derrière des arguties. Oui, il y a l’État, les lobbies, l’économie. Mais
oui, il existe un droit supérieur à tout autre, celui des écosystèmes
sans lesquels nous ne sommes rien. Celui des bêtes et des plantes
massacrées par les pesticides. Celui de la santé des humains. Celui des
fabuleuses rivières, dont nous aimerions tant boire l’eau sans
inquiétude.
C’est ce droit-là que vous devez défendre contre tous
ceux, si nombreux, qui nous enfoncent dans une crise sans issue. Mais
vous ne le faites pas. Et pour cette raison, le mouvement des
Coquelicots dépose ce 15 septembre 2020 une plainte majeure contre vous.
Elle n’est pas pénale, elle est morale. Et fondamentale. C’est une
plainte solennelle pour non-respect de votre propre parole. C’est une
plainte pour non-assistance à des milliards d’êtres vivants en danger de
mort immédiate, dont le peuple des abeilles n’est qu’une première
ligne. C’est une plainte qui restera. Cette flétrissure vous suivra tout
au long de votre vie.
La saison de la
chasse s’ouvre en France sous la bénédiction d’Emmanuel Macron, explique
le président de Ligue pour la protection des oiseaux dans cet
entretien, alors que les populations d’oiseaux déclinent à grande
vitesse.
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Allain Bougrain-Dubourg est le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Il est l’auteur du récent livre On a marché sur la Terre, journal d’un militant, publié aux éditions Les Échappés) en mars 2020. Samedi 5 septembre se déroule, à Rochefort, l’assemblée générale de la LPO. Bérangère Abba, la secrétaire d’État à la biodiversité, y est attendue.
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Reporterre — Le 27 août, Emmanuel Macron a suspendu pendant un an la chasse à la glu mais dès le lendemain, sa ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, autorisait par arrêté le tir de 17.500 tourterelles des bois * .
Allain Bougrain-Dubourg —Je suis écœuré. C’est en
contradiction complète avec les attentes de la société. Aujourd’hui,
l’opinion publique est devenue très sensible aux questions de la
biodiversité et du bien-être animal mais le gouvernement méprise ces
demandes.
C’est délirant. Alors que le déclin de la faune est dramatique,
l’exécutif va autoriser, à nouveau, la chasse d’une espèce à l’agonie ! Les tourterelles des bois ont perdu 80 %
de leur population en trente ans. L’Europe nous a déjà demandé de
cesser le feu et la France a même été mise en demeure. Les scientifiques
sont inquiets. Le Comité d’experts sur la gestion adaptative dit qu’il
faut à tout prix arrêter l’abattage des tourterelles si on souhaite
endiguer leur déclin d’ici dix ans. Pendant des années, on a laissé
faire le braconnage. Dans le Médoc, on tirait les tourterelles dès le
mois de mai à leur retour d’Afrique alors qu’elles allaient se
reproduire.
Avec cette décision, j’ai l’impression que Barbara Pompili est définitivement en train de se noyer. Elle avait déjà plongé à cause des néonicotinoïdes,
puis repris un peu d’oxygène avec la suspension de la chasse à la glu
mais dès le lendemain, on lui a remis la tête sous l’eau avec
l’autorisation de la chasse aux tourterelles. Je le dis avec tout le
respect que je lui porte. Je la sais courageuse et déterminée mais, à
l’évidence, ce n’est pas elle qui décide sur la chasse, c’est le
président de la République, qui a une affinité particulière avec le
milieu cynégétique. Je suis d’ailleurs étonné que ce soit lui qui
s’exprime sur le sujet et qui explique comment on va gérer telle ou
telle chasse. Est-ce là son rôle ?
N’a-t-il pas d’autres priorités que de recevoir les chasseurs à l’Élysée
pour parler de la glu et de pratiques d’un autre temps alors que nous
traversons une crise économique, sociale et sanitaire ?
Rencontre entre Barbara Pompili et Willy Schraen, le président
de la Fédération nationale des chasseurs, quelques jours après la
nomination de la nouvelle ministre de la Transition écologique.
Est-ce un calcul politique de sa part ?
Oui, clairement. C’est une illustration du « en même temps ».
Emmanuel Macron tente de donner aux uns et aux autres. Mais il ne faut
pas oublier que s’il a suspendu pendant un an la chasse à la glu, c’est
bien parce qu’il y était obligé. Le gouvernement s’est soumis aux
injonctions de la Commission européenne afin d’éviter que la France soit
poursuivie devant les tribunaux et devant la Cour de justice de l’Union
européenne. Il n’avait pas le choix. La France ne respecte pas la directive oiseaux.
Pour être franc, je préfère, mille fois, débattre avec un Valéry
Giscard d’Estaing, grand chasseur devant l’éternel qu’avec un Emmanuel
Macron, qui ne chasse pas mais qui est complètement hors-sol. Il ne
comprend rien à la biodiversité. Il nous a toujours traités, nous, les
associations naturalistes, avec dédain. Il roucoule avec les chasseurs
en espérant gagner le vote de la ruralité mais il se trompe. La
ruralité, ce n’est pas les chasseurs ! Il y a 13 millions de ruraux et seulement un million de chasseurs, 4 % seulement sont agriculteurs. La plupart des chasseurs sont en réalité des gens des villes…
Pour vous opposer à l’abattage des tourterelles, vous avez
décidé de saisir en référé le Conseil d’État, avez-vous des chances de
gagner ?
En annonçant qu’il autorisait vendredi 28 août la chasse aux
tourterelles, le gouvernement a été particulièrement inélégant. Il a
pris l’arrêté la veille de l’ouverture de la chasse. Le temps que notre
recours soit examiné, il se sera passé au moins une semaine pendant
laquelle les chasseurs auront tout le loisir de tirer les tourterelles…
Mais sinon, oui, nous avons des chances de gagner ce recours. Nous avons déjà eu plusieurs victoires juridiques. Par exemple, nous avons gagné 13 fois contre l’État,
qui tente chaque année de prolonger la chasse aux oies en février.
France nature environnement a gagné trente fois devant le tribunal
administratif pour s’opposer à la chasse au grand tétras dans les Pyrénées alors que cet oiseau est en état de conservation dramatique.
Une chose m’a toujours surpris en droit. Si un citoyen fait une faute
et qu’il récidive, on va alourdir sa peine. Il risque de se retrouver
en prison. Si l’État persiste dans l’erreur et est condamné à plusieurs
reprises, treize fois de suite, comme pour la chasse aux oies en
février, sa peine reste la même. C’est indécent. Il existe un décalage
entre le traitement que l’on réserve aux citoyens et celui que l’on
donne à l’État.
D’autres chasses dites traditionnelles restent, aussi, pour l’instant légales, notamment le piégeage avec des filets et des matoles dans le Sud-Ouest…
Tout à fait, au lieu de régler l’ensemble du problème d’un seul coup,
le Président lâche au compte-goutte certaines mesures. Mais la
Commission européenne n’est pas dupe, elle poussera la France à
s’exécuter dans le bon sens sur ce sujet.
Vous alertez également sur le fait que plusieurs espèces d’oiseaux chassées en France sont menacées d’extinction…
Il y a 64 espèces d’oiseaux chassables en France contre une moyenne
de 20 à 30 espèces chassées dans le reste de l’Europe. Sur ces 64
espèces, 18 sont sur la liste rouge de l’Union internationale pour la
conservation de la nature (UICN) et gravement
en danger. Le candidat Macron que j’avais rencontré en tête-à-tête en
2017 s’était engagé à retirer les espèces menacées de la liste mais il
ne l’a évidemment pas fait. Ce retournement a aussi contribué à la
démission de Nicolas Hulot.
J’insiste, mais il faut bien comprendre que nous traversons une crise
terrible en matière de biodiversité et c’est particulièrement visible
chez les oiseaux. La population de moineaux friquets a diminué de 60 % ces dix dernières années, celle des moineaux domestiques de 73 %, celle des bouvreuils pivoines de 41 %, celle des bruants jaunes de 45 %. En 30 ans, les hirondelles rustiques ont perdu 42 % de leurs effectifs. En 18 ans, le nombre de verdiers d’Europe a diminué de 51 % et celui des chardonnerets de 35 %. En 2016, une loi avait été adoptée avec un titre ambitieux « la reconquête de la biodiversité ».
Quatre ans plus tard, on peut observer que non seulement, on ne l’a pas
reconquise mais on n’a même pas stabilisé son déclin. En France,
seulement 20 % des écosystèmes remarquables sont dans un état de conservation favorable.
De manière générale, comment jugez-vous l’action du gouvernement en matière de biodiversité ?
Si le gouvernement a eu le mérite de suspendre plusieurs projets
climaticides — Montagne d’or, Notre-Dame-des-Landes, Europacity —, il a
eu peu d’engagements sur la biodiversité. En janvier 2019, au lendemain
des Gilets jaunes, le président de la République écrivait dans une lettre adressée aux Français que la biodiversité devait être « gérée scientifiquement » pour ne pas pénaliser des secteurs industriels et agricoles. Cela donne une idée de sa vision. Son désintérêt est flagrant.
Écoutez, on va bien voir. Je vais la rencontrer la semaine prochaine. Elle est attendue à l’assemblée générale de la LPO à Rochefort (samedi 5 septembre). Une fois de plus, je rappellerai nos propositions pour enrayer le déclin de la biodiversité.
À murmurer à l’oreille des puissants depuis des décennies, n’êtes vous pas lassé ?
Parfois, c’est un peu humiliant, d’autres fois c’est usant et « en même temps », comme dirait l’autre (rire),
on voit qu’il y a une telle mobilisation de la société, un tel élan de
solidarité et de gentillesse à l’égard de nos actions, que cela redonne
le courage qui pouvait parfois manquer. Je reste un révolté. Cela fait
vingt ans que je me déplace tous les mois de mai dans le Médoc pour
m’opposer au braconnage des tourterelles des bois. Je continuerai.
Envisagez-vous dans les prochains mois à la LPO des actions de désobéissance civile, des oppositions sur le terrain, des manifestations ?
Malheureusement et contrairement aux chasseurs, nous avons peu de
moyens pour organiser des manifestations ni beaucoup d’argent pour mener
des campagnes publicitaires, même si nous sommes très soutenus dans
l’opinion, comme le prouvent de récents sondages.
Nous avons décidé de rester dans le domaine de la légalité mais cela
ne nous empêche pas d’utiliser une technique condamnée par certains que
je trouve néanmoins remarquable, celle de L214, qui consiste à témoigner
par l’image. C’est parce que l’on a placé des caméras cachées sur des sites de piégeage à la glu qu’on a pu montrer comment se comportaient les chasseurs et leurs violences.
On peut craindre une escalade de la violence. Le gouvernement en est
en partie responsable. Les chasseurs se sentent protégés au plus haut
niveau. Tant que le président de République laissera croire aux
chasseurs qu’ils ont un pouvoir exorbitant, il alimentera tous leurs
espoirs, même les plus surréalistes. Il nourrit leur impunité. Le
gouvernement a créé une cellule Déméter
pour protéger les agriculteurs mais je constate qu’il n’a rien fait
pour les naturalistes qui reçoivent régulièrement, comme moi, des
insultes et des menaces de mort.
Le nouveau ministre de la Justice, Éric Dupont-Moretti, a
préfacé le livre de Willy Schraen, le président de la Fédération
nationale des chasseurs, où il critique « les ayatollahs de l’écologie ». Vous êtes-vous senti visé ?
Je connais bien Éric Dupont-Moretti et j’ai immédiatement échangé
avec lui. Il m’a certifié qu’il en voulait à ceux qu’il considérait
comme les plus extrêmes mais que les naturalistes que nous étions, de
même que les écologistes d’Europe Écologie-Les Verts (EELV),
n’appartenaient pas à cette population qu’il pointait du doigt.
Personnellement, je trouve que c’est plus qu’une maladresse : c’est une
incitation au désordre. Cela dit, la préface a été écrite avant qu’il
prenne ses fonctions et je ne pense pas qu’il aurait écrit la même chose
s’il avait été garde des Sceaux.
Mais n’est-ce pas là l’illustration du poids du lobbying des chasseurs au plus haut sommet de l’État ?
Sans aucun doute, les dîners en ville, les chasses en Sologne, les
amitiés particulières perdurent. Même si Jacques Chirac a tourné la page
des chasses présidentielles, la complicité présidentielle avec le monde
cynégétique perdure.
Le congrès mondial de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) se tiendra en janvier 2021 à Marseille. Quelles sont vos attentes ?
Je souhaiterais ne pas vivre d’indécence. Si on n’a pas réglé les
problèmes que nous évoquions, comme l’arrêt de la chasse à la
tourterelle ou celle des espèces en mauvais état de conservation, je
trouverais fort de café qu’on puisse roucouler d’aisance et d’orgueil en
prétendant être un pays exemplaire en matière de biodiversité. Je
rappelle que l’UICN a écrit au président de la
République pour qu’il arrête la chasse à la tourterelle des bois. Or,
qu’a fait le Président à cinq mois de ce congrès ? Il a signé un arrêté pour en abattre des milliers !
Propos recueillis par Gaspard d’Allens
On a marché sur la terre, Journal d’un militant, d’Allain Bougrain-Dubourg, édition Les Échappés, mars 2020, 336 p., 20 €.
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s’accélère et s’aggrave, les citoyens sont de plus en plus concernés, et
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Porter le masque,
d’accord. Mais la précaution rigoureuse qui s’applique au Covid devrait
aussi se déployer pour d’autres maux tout aussi néfastes.
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De la campagne où, je l’avoue, j’ai
passé de délicieuses vacances, on observait depuis deux semaines une
étrange obsession urbaine : dans la confusion de spécialistes pas
vraiment unanimes et de dirigeants manifestement ignorants de toute
biologie, on comprenait que la pandémie était aux portes et qu’il
fallait porter le masque en tout temps et en tout lieu. Et me voici dans
la métropole où le brouhaha mascophile ne cesse pas.
Loin de moi l’envie de minorer la gravité du Covid-19.
Loin de moi l’idée de suggérer qu’il pourrait y avoir une
disproportion entre les remèdes imposés par les autorités dans une
ambiance étonnamment anxiogène et la réalité du mal.
Parce qu’en fait, je n’en sais pas assez pour juger, et que la
prudence continue à rester l’option la plus raisonnable pour l’instant.
Donc portons un masque quelque temps.
Mais il est permis de s’étonner de la focalisation univoque sur cette
pandémie et sur le moment présent. On applique avec une rigueur
extraordinaire le principe de précaution, soit. Mais pourquoi ne
l’appliquer qu’au Covid-19 et pas à d’autres maux tout aussi néfastes
voire davantage ? Si l’on était logique, il faudrait élargir cette attitude compréhensible de prévention du risque.
Depuis huit mois, on a compris que le virus Sars-Cov-2 provenait
d’animaux de forêts tropicales mis en contact avec les humains du fait
de la destruction de leurs habitats. L’urgente nécessité pour éviter que
de nouveaux virus tels que le Sars-Cov-2 surgissent serait de lutter
contre la destruction de ces forêts et plus largement de la
biodiversité. Mais où voit-on la moindre amorce en Europe et en France
de changement de la politique à l’égard des forêts africaines ? Quelle mesure a été prise pour limiter l’importation de soja d’Amazonie, pourtant dramatiquement détruite au Brésil par le gouvernement Bolsonaro ? Quand l’Europe et la France ont-ils affirmé nettement qu’ils ne signeraient pas le Mercosur, l’accord de libre-échange avec le Brésil et d’autres pays d’Amérique latine, tant que la déforestation ne cesserait pas ?
Un autre domaine où l’on attendrait la même mobilisation qu’à propos
du port du masque serait d’engager une vraie politique de santé
environnementale et alimentaire. On sait depuis le début de la pandémie
que les personnes les plus à risque face au virus sont celles qui souffrent d’obésité et de diabète,
des maladies largement déterminées par les usages sociaux et les
pratiques alimentaires. Une des meilleures défenses face aux maladies
épidémiques qui surviennent et qui surgiront de nouveau est d’être en
bonne santé. Mais la politique de santé environnementale est en France
en pleine régression, et rien n’a bougé depuis quelques mois dans le bon sens.
Les pandémies ne sont pas les seules nuisances qui menacent la santé
collective. D’autres domaines mériteraient eux aussi l’attention
sourcilleuse que les autorités déploient face au Covid. Un exemple
majeur en est la pollution de l’air, qui est responsable en France de
plus de 48.000 morts prématurées chaque année et de neuf millions dans le monde. L’État français n’en continue pas moins de ne rien faire à ce propos, et il a même été condamné lourdement en juillet dernier pour son inaction.
Un constat ironique est que le confinement a eu des effets bénéfiques
sur la santé : il aurait permis de réduire de 11.000 le nombre de morts dus à la pollution de l’air en Europe.
De même, on pourrait se mobiliser bien davantage pour éviter
l’aggravation du changement climatique, dont les conséquences sanitaires
envisagées par les experts sont dramatiques, notamment par les vagues de chaleur. Selon une étude parue en 2018,
en l’absence d’importantes réductions des émissions de gaz à effet de
serre, jusqu’à trois personnes sur quatre courront le risque de mourir
de chaud à l’horizon 2100.
Donc, le masque, d’accord. Mais à condition qu’il ne nous cache pas
la réalité des autres menaces tout aussi importantes que celle que pose
le Covid. Et que l’on agisse aussi sérieusement à leur propos qu’à celui
du coronavirus.
__________________________
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