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lundi 10 septembre 2012

Croissance Non - Redistribution Oui !

Pablo Solon: «Il ne faut pas se battre pour la croissance mais pour la redistribution»

Pablo Solon.Pablo Solon.© (dr)
Pourquoi certains pays latino-américains défendent-ils la justice climatique alors qu’ils tirent l’essentiel de leurs ressources de l’extraction minière et pétrolière ? Mediapart a interrogé Pablo Solon, ancien ambassadeur de la Bolivie sur le climat, sur les nouveaux modèles de développement.


Le cycle de discussions préparatoires, avant la conférence de l’ONU sur le climat de novembre, à Doha, s’est tenu cette semaine à Bangkok. Enjeu : comment financer le Fonds vert pour le climat destiné à aider les pays pauvres à faire face au réchauffement climatique ? Et que faire du protocole de Kyoto ?
À Copenhague, en 2009, une voix tonna un peu plus fort que les autres contre le refus des pays industrialisés d’accepter des objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre : celle de Pablo Solon, ambassadeur de la Bolivie et héraut de la justice climatique, alors même que son pays vit en partie d’extractions minières, activités à la fois lucratives et polluantes. Alors qu’il vient de prendre la tête de l’ONG altermondialiste asiatique, Focus on global South, Mediapart a interrogé Pablo Solon sur les contradictions latino-américaines sur le climat ainsi que sur ­­les liens entre lutte contre la pauvreté et droits de la nature. 

Pourquoi avez-vous démissionné de votre fonction d’ambassadeur du climat de la Bolivie ?
Pablo Solon.- Pour des raisons personnelles et politiques. Ma mère était malade, j’ai dû m’occuper d’elle. Celui qui n’est pas capable de prendre soin de sa mère, peut encore moins s’occuper de la Terre Mère.
Par ailleurs, j’ai des désaccords avec le gouvernement bolivien actuel à propos de sa politique environnementale. Il dispose d’un bon programme politique, mais il ne l’applique pas. Je m’oppose absolument au projet du Tipnis (projet routier de 300 km de long devant traverser un territoire indien en bordure de l’Amazonie voulu par Evo Morales), aux OGM, et plus généralement à la vision “développementiste et extractiviste” de nos ministres. Tout cela empêche la mise en application des principes du « bien vivir » (le « bien vivre », mode de vie en harmonie avec la nature, défendu par des cultures indiennes, en opposition au « vivre plus »).

Comment expliquez-vous que la Bolivie soit un ardent défenseur des droits de la nature au niveau international alors que l’État mène dans ses frontières une politique en contradiction avec ce principe ?

Depuis l’élection d’Evo Morales, l’exécutif a commencé à mettre en place des politiques de redistribution des richesses, notamment par des récupérations d’usines précédemment privées. Parallèlement, le pouvoir bolivien s’est saisi de la culture et de la pratique indienne du « bien vivre » et l’a promue au niveau international. Mais pour autant, cette politique n’a pas réussi à rompre avec la logique développementiste issue des années 1970. Quand de nouveaux pans de la société accèdent au pouvoir après en avoir été exclus pendant si longtemps, des évolutions contradictoires se produisent. À la fois un grand changement social, mais en même temps le besoin de maintenir un équilibre général de la société.
Pour moi, les processus latino-américains sont plus des mouvements de transformation sociale que véritablement révolutionnaires. À ce stade, je ne crois pas qu’ils pourront s’approfondir beaucoup plus sans des changements radicaux de politique en Europe et aux États-Unis. Alors que le capitalisme mondial est contrôlé par des centres de pouvoir américains et européens, nos expériences appartiennent à la périphérie, avec toutes les limites que cela implique. Il est impossible de bâtir des modèles alternatifs dans le contexte du capitalisme mondial. Or le système capitaliste est aujourd’hui en crise.
 À l’ONU, la Bolivie, le Venezuela, le Nicaragua, l’Équateur et Cuba se sont regroupés au sein de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), et ont vigoureusement combattu l’accord de Copenhague au nom de la justice climatique. Pourtant, ils tirent l’essentiel de leurs ressources de l’extraction minière et pétrolière. D’où vient ce paradoxe ? Est-ce par pur anti-impérialisme ?

La position de l’Alba a changé entre Copenhague en 2009 et la réunion de Cancún en 2010. Seule la Bolivie s’est opposée à l’accord de Cancún, alors que c’est le même que celui de Copenhague. Pourquoi Cuba, le Venezuela, le Nicaragua et l’Équateur rejettent un accord à Copenhague et l’acceptent à Cancún ? Je crois qu’ils privilégient leurs relations internationales, au détriment du thème de l’environnement, et préfèrent soigner leurs rapports avec leur voisin mexicain. Dans le cas de la Bolivie, nous avons tenu notre position de départ. Et nous avons organisé à Cochabamba le sommet des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre-Mère, avec plus de 9 000 représentants de mouvements du monde entier.
L’exploitation des ressources minières et pétrolières au Venezuela, en Équateur et en Bolivie doit servir à financer des programmes de sortie de la pauvreté. L’intellectuel uruguayen Eduardo Gudynas parle de « nouvel extractivisme », qui fabrique une légitimité nouvelle à ces modes écologiquement décriés de développement. Quelles alternatives lui opposer ?

La redistribution des richesses dans les pays riches serait plus que suffisante pour répondre aux besoins de l’ensemble de la population mondiale. Mais dans un pays relativement pauvre, la redistribution est difficile. Les processus latino-américains promeuvent la récupération d’usines privées, tentent de redistribuer une partie de l’excédent économique et d’améliorer les conditions sociales de vie. Ils ont obtenu de grandes avancées dans l’inclusion sociale, en particulier pour les populations indiennes.
C’est très important dans des sociétés où il y a peu, on pouvait se faire physiquement interdire l’entrée d’un grand hôtel à cause de la couleur de sa peau. Mais ils n’ont pas eu d’impact sur le système financier et bancaire. Même pas au Venezuela. La périphérie ne peut pas, toute seule, développer complètement un schéma alternatif. L’économie mondiale est unifiée, et elle est dominée par le capitalisme mondial.

Quand Rafael Correa, le président équatorien, fait entrer les droits de la nature dans la Constitution de son pays et en même temps signe de mégas contrats miniers d’exploitation de cuivre et de charbon, n’y a-t-il pas un risque de délégitimer la revendication de la justice climatique et de la reconnaissance de la dette écologique ?

Mais bien sûr. C’est la critique que j’ai faite au président Evo Morales. Ce qui se perd en crédibilité internationale à cause de politiques erronées, comme celle du Tipnis, est énorme. Cela porte atteinte, au-delà du pays, à la crédibilité internationale de cette idée. C’est pourquoi il est si important d’exiger de la cohérence entre les lois, les constitutions, et ce qui se fait dans la pratique. La crédibilité est essentielle

Vous semblez attendre un changement radical de politique en Europe et aux États-Unis. Pourtant avec la crise, l’Union européenne adopte des mesures de rigueur budgétaire et cherche la croissance. Au niveau national, les problèmes économiques et sociaux font passer au second plan les préoccupations écologistes.

En effet, ce que nous observons au niveau mondial, c’est une tendance erronée à considérer que pour sortir de la pauvreté, il faut plus de croissance, plus de développement, et peu importe si cela abîme l’environnement. Mais nous, de notre côté, nous disons que si nous ne protégeons pas la nature, cela se retournera contre les êtres humains, car ce ne sera pas soutenable.
Pour réussir à la fois à lutter contre la pauvreté et à vivre en harmonie avec la nature, il est nécessaire de sortir du paradigme de la croissance et d’appliquer pleinement celui de la redistribution. Oui, il faut plus d’emplois. Mais pour en avoir plus, il faut redistribuer la richesse. Environ 1 % de la population du globe possède 50 % des moyens. C’est cela le thème central, pas la croissance.
La croissance éternelle est impossible. Le mensonge fondamental est de faire croire que la croissance est essentielle. Tout le système capitaliste est basé sur cette fiction. Une économie est censée bien fonctionner si son PIB augmente. S’il n’augmente pas, il va mal. Comme si c’était le seul indicateur qui vaille. Mais il est très pervers. Si un logement brûle, le PIB augmente. Si on protège une forêt, cela n’élève pas le PIB. C’est une erreur absolue de croire qu’il faut plus de croissance contre la pauvreté. Pour nous, ce qu’il faut, c’est plus de redistribution entre les êtres humains et en équilibre avec la nature.

Que pensez-vous de la reconnaissance des droits de la nature par la Constitution équatorienne ?

C’est un événement important, à dimensions multiples. Une dimension indienne, vieille de plusieurs siècles, qui affirme que les hommes ont des droits, mais la nature aussi. Depuis quelques années, des juristes élaborent la notion de droits de la nature. Il y a aussi une vision systémique de scientifiques, qui disent que nous appartenons à un tout, que la terre est un système et qu’une partie du système affecte l’autre. Si bien que nous ne pouvons pas agir comme si nous étions en dehors du système.
Ce que signifie la reconnaissance des droits de la nature, c’est que l’humanité fait partie du système et qu’elle doit reconnaître les limites que cela implique pour elle. Cette année, un millier de dauphins sont morts sur les côtes du Pérou et de l’Équateur, à cause des forages pétroliers dans l’océan Pacifique, le bruit que cela fait et les problèmes que cela crée pour leur système de radars. Les dauphins ont des droits. On ne peut pas provoquer des extinctions d’espèces en série, en finir avec les forêts et les glaciers, sans en assumer les conséquences.
Les écocides entraînent des génocides. Car quand la nature est détruite, cela change les conditions de vie humaine. Le changement climatique tue déjà beaucoup de monde, des centaines de millions de personnes risquent de devenir réfugiés climatiques et quand les glaciers de l’Himalaya auront fondu, un milliard et demi de personnes vont souffrir de manque d’eau. Cela doit être puni par des règles créant des sanctions. Nous croyons qu’une forêt a des droits. Il ne s’agit pas seulement de reconnaître le droit à l’eau. Mais les droits de l’eau. Elle a le droit au respect de son cycle de vie. Quand les glaciers fondent et déversent leur eau non salée dans la mer, cela a des répercussions sur les poissons, les coraux, la biodiversité océanographique.

Mais ni les forêts ni la mer ne revendiquent de droits. N’est-ce pas une vision anthropocentrique de la nature ?

Mais les enfants ne réclament pas de droits, et ce n’est pas parce qu’ils ne peuvent pas aller devant les tribunaux pour se défendre qu’ils n’en ont pas. Les malades mentaux ont des droits sans forcément le savoir. Alors pourquoi l’humanité ne reconnaîtrait-elle pas les droits de la biodiversité ?
Par ailleurs, aujourd’hui, les entreprises ont des droits et sont des personnes morales. Mais pas la nature. Il y a un manque d’équité dans l’application du droit. Pourquoi ? Les droits n’existaient pas il y a 1.500 ans. Et en réalité, les Indiens ne parlaient pas de droits de la nature. Du point de vue légal, le droit apparaît avec l’esclavage et en défense de la propriété privée. Là se trouve l’origine du droit, avant même la défense des êtres humains. C’est pour cette raison que la reconnaissance des droits de la nature est si difficile : elle s’oppose à la propriété privée.
Aux Nations unies, on nous a dit de ne pas parler de droits de la nature, mais plutôt de responsabilité des êtres humains vis-à-vis de la nature. Mais il y a une différence : avec une déclaration de responsabilités, je ne peux pas poursuivre une entreprise polluante devant les tribunaux. Par contre, avec une déclaration des droits de la nature, les industries peuvent être tenues responsables de pollutions. Si les États-Unis continuent d’émettre des gaz à effet de serre, on peut les poursuivre pour cela. Un jour, s’il n’existe plus de propriété privée, il n’y aura sans doute plus besoin de droits de la nature. Cela changera tout.
Cet entretien a été réalisé en espagnol le 26 août, lors de l’université d’été d’Attac dont Pablo Solon était l’un des invités.

samedi 8 septembre 2012

Mobilisation pour Dire Non au Gaz de Schiste


Pour le Sud de la France, le rassemblement international du 22 septembre contre les gaz de schiste se passera à Saint Christol lez Alès dans le Gard.

vendredi 7 septembre 2012

Gaz de schiste : mobilisation samedi 22 septembre

 Article et commentaire publié sur un blog de Mediapart

Gaz de schiste : journée mondiale du 22 septembre

05 septembre 2012 Par Marielle Billy
 
Depuis quelques semaines, un travail se fait à destination de l'opinion afin de banaliser l'extraction des gaz de schiste  : des articles de presse pro-gaz de schiste, financés par Total (ex : le monde  - 26 juillet), des ministres assez influencés par les lobbys pétroliers pour affirmer qu'il ne faut pas fermer la porte aux gaz de schiste, une Europe où, comme dans beaucoup de domaines, on veut passer en force contre l'avis des populations.

En France, premier pays à avoir interdit la fracturation hydraulique en 2011, les collectifs anti-gaz de schiste se mobilisent avec des associations comme Attac ou les Amis de la Terre pour rappeler à la nouvelle majorité ses engagements en la matière.

Lors de la conférence environnementale organisée par le gouvernement, le sujet sera à l'ordre du jour. Les opposants redoutent en particulier que des industriels contournent les interdictions pour lancer les premiers forages d'exploration, notamment en Seine-et-Marne.

Une  mobilisation mondiale s'organise le samedi 22 septembre.

Pour la France :

Rassemblement national à St Christol lez Alès (30) pour le sud
et Tournan-en-Brie, (77) pour le nord 

Précisions pour la région parisienne :

le rassemblement se fera à Tournan en Brie : 14h30, parc de Combreux - RER E
Il y aura aussi une action symbolique le même jour à Paris: l'inauguration du premier derrick intra-muros. 11h30 place du Trocadéro Paris.

                                                                   images?q=tbn:ANd9GcSNh-RYS_dL-QmEx1fNnjO

Plus d'infos :
http://www.globalfrackdown.org/

Le commentaire le plus recommandé

05/09/2012, 14:02 par sinoué
 
Bon je vais essayer d'y aller à cette manifestation!
 Mais quand on sait la quantité de pétrole en région Parisienne, cela fait tourner la tête aux spéculateurs et trembler les émirats. Plus de cent cinquante ans de réserve de pétrole pour la France qui serait cent pour cent indépendante....
 Peut-être faudrait-il faire plutôt des manifestation pour refuser la tyrannie du Pétrole et du gaz, du moins la tyrannie des multinationales, qui d'ailleurs tyrannisent le monde depuis des lustres et les guerres qui s'en suivent.
 Notre agitation est déjà prévue à l'avance. Nous commençons, eux, ils sont déjà bien loin, tout est déjà décidé...
La crise !!! La belle affaire, elle répondra à tout et balaiera d'une manchette nos résistances mal ciblées, quand notre pays suivra le chemin de l'Espagne, puis celui de la Grèce. Plus de résistance, résistance zéro... En mettant les finances en état de choc provisoire, grâce au dettes instrumentalisée, plus de résistance du secteur public face au privé, c'est la règle d'or, et ce sont les politiques qui portent cette parole, même les socialistes....En vérité c'est la règle de plomb!
La règle d'or est-ce la parole des Français et des européens, non, celles de nos dirigeants contraints par celle des prédateurs profiteurs!!!
Et on devra dire merci pour le pétrole qu'on nous extrait. Cela fait quatre ans que j'ai mis l'argent de côté pour une voiture à air comprimé, toujours pas commercialisé et pour cause...
La perspective de tous ce pétrole et gaz de schites à découvrir est une calamité pour toutes autres tentatives de développer, les énergies propres et le carburant tel que l'hydrogène, et l'exploitation de trésors d'invention de nouvelles centrales solaires, au vent, à la mer, etc...
 Alors quand est-ce qu'on commence à la bâtir cette vraie Démocratie!

mercredi 5 septembre 2012

Nucléaire ou "l'avenir d'une escroquerie"



 Aujourd'hui, ce mercredi 5 septembre, Charlie-Hebdo sort un numéro spécial sur le nucléaire.
(64 pages, 6 euros)

Fabrice Nicolino en est le principal rédacteur et nous offre l'éditorial sur son blog.


http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=1373

Un édito en cadeau (sur le nucléaire)

 Lecteurs de Planète sans visa, voici une exclusivité mondiale, que vous pourrez essayer de vendre sur le marché ce mardi 4 septembre. L’éditorial qui suit est celui du hors série de Charlie-Hebdo sur le nucléaire, qui sort demain mercredi. En somme, vous avez entre les mains, pour une fois, le journal du lendemain. Quelle chance vous avez ! Je n’ai pas encore fini mon entreprise publicitaire au profit de ce fabuleux - extraordinaire, unique, saisissant, prodigieux, jamais vu, jamais lu - hors série de 64 pages. Demain, je vous demande un vrai coup de main.

L’édito 

L’avenir d’une escroquerie


C’est un peu con d’écrire comme Le Monde, mais le nucléaire est à un tournant.
Même si les services de propagande d’EDF et d’Areva font tout pour le cacher, la folle aventure de l’atome se barre en sucette. En couille, pour être franc.

La dernière blague — en cours — est belge. Le réacteur numéro 3 de la centrale de Doel, en Flandre, a été arrêté après des contrôles aux
ultrasons qui ont révélé l’existence de 10000 anomalies dans la cuve. Et, parmi elles, des milliers de fissures, dont les plus grandes atteignent 20 mm. On appelle cela une catastrophe industrielle.

Un qui s’en fout, c’est le fabricant de la cuve, le groupe néerlandais Rotterdamsche Droogdok Maatschappij, disparu sous ce nom en 1996 après avoir vendu vingt cuves du même type dans toute l’Europe et sur le continent américain.
Mais la France n’est pas la Belgique, non ? Ben, on se demande : au moment où Charlie boucle ce hors-série, on apprend que les réacteurs nucléaires français ont, eux aussi, leurs fissures. Mais, comme le serine la chanson officielle, rien à voir avec celles des si minables cuves belges.

Le merdier est partout. L’Allemagne a renoncé au nucléaire et prend trente ans d’avance sur nous en misant sur le soleil et le vent. Fukushima a démontré qu’aucune technologie, aussi « avancée » qu’elle semble, ne met à l’abri de la catastrophe majeure. Chez nous, Areva a perdu plus de deux milliards d’euros en 2011 et doit à n’importe quel prix fourguer son nouveau réacteur expérimental, l’EPR, à des pays solvables, aussi stables que la Chine, au bord du gouffre. Mais les deux prototypes
d’EPR en construction, en Finlande et en Normandie, sont la risée générale, multipliant les (énormes) retards, explosant les coûts, accumulant les embrouilles et… les fissures.

En résumé, tout va bien.
Mais les enjeux sont tels qu’il faut continuer à sourire sur les photos de groupe. C’est ce moment que choisit Charlie pour raconter à sa façon une histoire profondément française. Notre journal est né en même temps que le programme électronucléaire. Son premier numéro, après l’interdiction de Hara-Kiri Hebdo, date du 23 novembre 1970. Six mois plus tard, sous l’impulsion de Fournier, soutenu par Cabu, Cavanna, Reiser et tous les autres, Charlie lançait la première grande manif antinucléaire, à Bugey, dans l’Ain. Ceux qui ont connu cet été 1971 n’en sont pas revenus. Charlie non plus.

La contestation du nucléaire et de ses inimitables méthodes est dans nos gènes.
Non, on n’aime pas les salopards qui ont créé, sans le moindre débat, cette industrie de la terreur. Oui, on veut la fin du cauchemar.
Vous allez découvrir dans ce numéro de Charlie quantité de choses que les gazettes arrosées de pub atomique ne vous ont jamais dites. Des personnages sortis de la naphtaline, comme Guillaumat, Mendès, de Gaulle, Messmer, s’apprêtent à prendre la parole pour dire enfin ce qui s’est vraiment passé.
La commission Peon, qui aura à peu près tout décidé en notre nom, fait un coming out on ne peut plus involontaire. EDF et le CEA, qui donna naissance à Areva, apparaissent enfin pour ce qu’ils sont : des machines de guerre.

Car voilà la vérité cachée de ce dossier infernal : une poignée de soi-disant responsables jouent notre avenir commun à la roulette russe. Contrairement à ce qui a été affirmé pendant quarante ans par les joyeux atomistes associés, le risque d’accident grave est réel. Et, du même coup, cinglé.

Qui a envie de fuir un nuage radioactif ? Qui a envie de vivre dans une France privée à jamais du Cotentin ou de la vallée du Rhône ? Qui se souvient que la centrale de Nogent-sur-Seine n’est qu’à 80 kilomètres de Paris ?

Contrairement à ce que les bons esprits racontent dans les salons, il n’y a pas de compromis possible avec le nucléaire. Demander moins de nucléaire, c’est réclamer de moins mourir.

Les socialistes au pouvoir ont massivement choisi : le gouvernement en place, bien loin des fausses frayeurs du candidat Sarkozy, est empli de militants du nucléaire, à commencer par la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, et celui des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve.

Au fait, qui a déclaré : « Je crois au contraire que le nucléaire […] justifie pleinement l’organisation d’un vaste débat dans notre pays ; enfin informés, les Français pourront se prononcer par référendum ? »
Qui ? François Mitterrand en 1981. Il n’est jamais trop tard pour tenir une promesse.  

Charlie, après bien d’autres, réclame un véritable référendum sur l’avenir du nucléaire. Il permettra d’enfin tourner la page.

Chiche ?



Tout va bien



"On murmure que Delphine Batho dispose d’un plan secret permettant de faire pousser le blé sur le ciment et d’éviter que les avions émettent des gaz à effet de serre."

Hervé Kempf - 3 septembre 2012


C’est la fin des vacances, il faut reprendre le collier. Mais tout va bien : pendant notre absence, on a pris soin de l’environnement comme jamais, les questions écologiques sont presque résolues.

José Bové a jugé qu’il fallait « tuer les loups » - une suggestion suivie par les préfets des Hautes-Alpes, du Var et des Alpes de Haute-Provence, qui ont ordonné des « tirs de prélèvement » contre le dangereux prédateur.

Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, a jugé que le « nucléaire est une filière d’avenir ». Le problème des déchets radioactifs confirme la sagacité des ministres, puisqu’il va falloir s’en occuper pendant des milliers d’années, ce qui assure l’avenir.

D’ailleurs, assure la presse japonaise, l’industrie nucléaire du pays du Soleil levant dispose maintenant d’un avantage commercial, puisqu’elle peut arguer de sa compétence en matière de catastrophe nucléaire – Mitsubishi, Hitachi et Toshiba proposent ainsi la construction de centrales accompagnée d’un service après-vente incluant la « gestion des dégâts » et « l’expérience de la catastrophe ».

La ministre de l’Ecologie Delphine Batho ne voulant pas être en reste, a observé que la France « a durablement besoin du nucléaire », le jour même où l’on apprenait que les Etats-Unis recalent le réacteur du futur, l’EPR. Celui-ci est aussi populaire à l’exportation que l’avion Rafale, il semble qu’il n’y ait qu’en France qu’on en ait besoin.

La même ministre, réinterprétant l’approche écologique du « besoin », a aussi affirmé que le projet d’aéroport Notre Dame des Landes est « une infrastructure dont nous avons besoin ». On murmure qu’elle dispose d’un plan secret permettant de faire pousser le blé sur le ciment et d’éviter que les avions émettent des gaz à effet de serre.

L’été a été marqué aux quatre coins de la planète par diverses sécheresses, tempêtes, retards de mousson, inondations, et l’on a vu les scientifiques se départir de leur légendaire prudence pour dire que, oui, cela pouvait être associé au changement climatique. Mais une large majorité des Etats-uniens ne les croit pas, et avant l’été, M. Obama s’était félicité qu’il y avait eu plus de forages pétroliers sous sa présidence que jamais.

Ah, il paraît aussi qu’existe un parti écologiste, il s’appellerait EELV, aurait des ministres et des parlementaires. Mais les problèmes écologiques sont si bien pris en charge qu’il ne dit plus mot. On murmure qu’il prépare sa dissolution.


Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 2 septembre 2012
Dessin de Roger Hargreaves, repris de Thibaut Camberlin

http://reporterre.net/spip.php?article3155