Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan. Mais pas que. Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
Monique
et Léa avaient 4 et 2 ans quand "Papa l'État" est venu les arracher à
leurs parents dans leur village du Congo Belge. Les deux petites filles
sont métisses : un crime pour les uns, un péché pour les autres. Elles
ont porté plainte pour "crime contre l'humanité "contre l'État belge.
Monique
est née au Congo d'un père belge et d'une mère congolaise, alors que la
loi coloniale belge interdisait aux blancs du Congo d'avoir des enfants
avec des femmes noires. En 1953, Monique est enlevée à
sa famille et placée dans une institution religieuse dans une ville à
300 kilomètres de chez elle, par des fonctionnaires de l'État belge
colonial. Elle change de nom de famille et devient, comme les autres
enfants métis, un "enfant de l'État".
C'est aussi le sort que connaît Léa,
dont la mère est congolaise et le père portugais. Elle décrit les
conditions de vie des jeunes enfants métis au sein de cette
institution : "Non seulement tu ne comprends pas la langue, tu ne
connais pas la nourriture, tu ne connais personne, on t'enlève tous tes
vêtements et on te laisse pieds nus, tu ne manges pas..." Léa.
"Tu es enlevée de ton milieu familial et tu n'es plus rien."
Lors
de l'indépendance du Congo en 1960, les prêtes et les sœurs de
l'institution religieuse sont évacués par les Nations Unies. Jusqu'à la
dernière minute, Monique, 11 ans désormais, pense faire partie du voyage. "La pirogue est venu chercher les sœurs, pour aller prendre l'avion, et pas les enfants." Monique.
"Mon
père savait qu'il avait laissé un enfant au Congo et qu'il fallait
venir me chercher. Mais mon nom avait changé alors il ne pouvait pas me
trouver."
Ce sont les enfants de Monique
qui, en 2014, trouvent des traces de sa famille paternelle en
Argentine, pays d'origine de sa nouvelle femme. Monique décide d'y
aller, avec ses enfants. "Quand nous sommes arrivés, il y avait une
foule. Je vois mon frère qui me ressemblait beaucoup. Il y avait des
enfants avec des fleurs. [...] J'ai compris que "papa l'État" m'avait
privé de tout ça." Monique
Le parcours de Léa est un peu différent : "Quand j'ai eu huit ans, les sœurs m'ont donné 50 francs pour partir seule et aller chercher ma maman." Léa.
Sur sa route, elle rencontre une femme dont le fils avait aussi était
enlevé. De fil en aiguille, elle parvient à trouver sa mère, Alphonsine.
Le bonheur est de courte durée, car l'enfant est sous la tutelle de
l'État belge, et ne peut rester avec sa mère.
Comme Monique, elle part s'installer en Belgique avec ses enfants. "Je n'ai jamais raconté cette histoire ni à mon mari, ni à mes enfants [...] je ne voulais pas les traumatiser" Léa.
"L'État belge doit reconnaître ses crimes. Regarder ça en face et réparer."
Léa, Monique et leurs "sœurs de cœur",
rencontrées au Congo chez les religieuses, ont décidé d'assigner l'État
belge en 2020. Elles l'accusent de crime contre l'humanité. Leur
demande a été rejetée en première instance le 8 décembre 2021, et les
juges de la cour d’appel rendront leur arrêt d’ici début décembre. "Être
métisse, c'est l'union entre blanc et noir. C'est merveilleux, c'est un
honneur. Je suis contente d'être métisse, mais je l'ai payé très cher" Léa..
Reportage : Stéphanie Thomas
Réalisation : Somany Na
Mixage : Jordan Fuentès et Dali Yaha
Musique de fin: "All Your Sisters", Mazzy Star - Album : Among My Swan (1996)
Merci à Monique, Léa, Monica, Solange et Nicolas Engelet.
En
France, accéder à la justice pour les femmes victimes de violences
sexuelles reste un véritable parcours de combattantes. Mais comment
espérer obtenir justice quand il existe tant d’obstacles au dépôt de
plainte ? Ces freins touchent de manière disproportionnée les femmes
migrantes, transgenres et les travailleuses du sexe. Surexposées aux
violences, elles hésitent néanmoins à franchir les portes d’un
commissariat.
Partout
dans le monde, les chiffres sur les violences envers les femmes sont
sidérants. Malgré les progrès réalisés par les combats féministes et
l’élan donné par le mouvement #MeToo, les violences sexuelles restent un
fléau. Et trop rares sont les victimes qui osent porter plainte et ont
accès à la justice.
Sources (de gauche à droite) : Vécu et ressenti en matière de sécurité
(2022), L'Observatoire national des violences faites aux femmes, Enquête
de victimation de l’INSEE, Cadre de vie et sécurité
Pourquoi les victimes de violences sexuelles en France
sont-elles si peu nombreuses à porter plainte et à obtenir justice ? Que
se passe-t-il lorsqu'elles décident de pousser la porte d'un
commissariat ou d'une gendarmerie ?
Pendant 9 mois,
nous avons mené une enquête approfondie pour comprendre les obstacles et
les difficultés qu'elles rencontrent. Et notamment en faisant la
lumière sur la situation de femmes migrantes, trans ou travailleuses du
sexe, qui rencontrent des obstacles supplémentaires et spécifiques
alors qu'elles sont déjà surexposées aux violences sexuelles.
Pour
mener cette enquête, nous avons choisi de concentrer nos entretiens sur
des professionnel·les travaillant ou militant au sein d’associations ou
d’organisations communautaires qui accompagnent les victimes de
violences sexuelles, plutôt que de solliciter directement les femmes
victimes. Parmi les nombreuses personnes rencontrées, figuraient des
assistantes sociales, responsables juridiques, avocates, directrices
ainsi que des responsables d’associations locales en France
métropolitaine, à la Réunion et en Guyane.
Afin de
protéger les femmes victimes de violences sexuelles de nouvelles
souffrances, nous avons respecté le choix des associations qui ont
préféré ne pas surexposer les victimes. Nous nous sommes ainsi appuyés
sur les témoignages recueillis par ces associations et leur analyse, qui
nous ont permis de collecter des informations précieuses tout en
préservant l’intégrité des personnes victimes.
Nous avons enquêté auprès de18 associations et organisations localesqui
accompagnent les femmes surexposées aux violences : FNCIDFF, Nous
Toutes, Centre Hubertine Auclert, ASSFAD, En Avant Toutes, Djama Djigui,
La Fédération Parapluie Rouge, le Strass, Cabiria, Jasmine,
Acceptess-T, Comede, La Cimade, la Cimade de La Réunion, Utopia56,
L’Arbre Fromager, Agav, Planning familial de La Réunion.
Les
associations consultées sont des acteurs de terrain profondément
engagés auprès des femmes en situation de vulnérabilité : leur expertise
et leur proximité avec les réalités vécues par ces femmes nous ont
permis de dresser un tableau fidèle et nuancé des obstacles au dépôt de
plainte.
Quand le dépôt de plainte devient une nouvelle violence
Manque
d’empathie, culpabilisation, voire accusation d’avoir agi de manière à
mériter la violence... Lorsqu’elles décident de porter plainte, les
femmes victimes de violences sexuelles ne se confrontent pas uniquement à
leurs agresseurs, mais parfois à unenouvelle violence : celle exercée par les institutions policière ou judiciaire. C’est ce qu’on appelle la victimisation secondaire ou la double victimisation.
La
recherche que nous avons menée et les témoignages collectés documentent
les barrières et nouvelles violences auxquelles font face les femmes
victimes de violences sexuelles, lors de leur dépôt de plainte. Cette
victimisation secondaire entrave leur accès à la justice, et transforme
les institutions, censées les protéger, en sources de traumatisme
supplémentaire pour ces femmes. C’est une forme de continuation de la
violence qu’elles ont pu subir.
Lola Schulmann Chargée de plaidoyer Justice et Genre à Amnesty International
Qu’est-ce que la victimisation secondaire ou la double victimisation ?
La victimisation secondaire est un concept juridique reconnu dans le droit international,
notamment par la Convention d’Istanbul, convention du Conseil de
l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des
femmes et la violence domestique. Ce traité, que la France a ratifié,
stipule que les États membres doivent prendre des mesures pour protéger
les victimes tout au long de l’enquête et des procédures judiciaires
afin d’éviter l'intimidation, les représailles et la re victimisation.
Les
Nations unies, dans leur résolution sur l’élimination de la violence
contre les femmes, pointent également du doigt le risque de
victimisation secondaire. Elles soulignent la nécessité de protéger les
victimes de violences pour éviter que les procédures judiciaires et
administratives, destinées à assurer justice et réparation, n’engendrent
pas de nouveaux traumatismes.
Certaines femmes surexposées aux violences sexuelles
et souvent en situation de vulnérabilité, telles que les femmes
transgenres, les travailleuses du sexe et les femmes migrantes,
rencontrent des obstacles et parfois des violences supplémentaires
lorsqu’elles portent plainte. Elles se retrouvent prises dans un système où la violence et la discrimination se superposent et s’alimentent.
👉 Un manque de formation des forces de police et gendarmerie
L’accueil
des victimes dans les commissariats est aléatoire et peut s’avérer
particulièrement difficile. Nous avons documenté plusieurs situations où
les gendarmes et policiers faisaient preuve d’une mauvaise application des procédures légalescomme l’orientation vers la main courante au lieu d’enregistrer la plainteet d’une méconnaissance des droits de ces personnes.
Ces manquements soulignent la nécessité d'une formation approfondie
pour les policiers et gendarmes, afin qu'ils prennent mieux en compte
les complexités des situations vécues par ces femmes et appliquent les
lois de manière à respecter et protéger leurs droits.
👉 Le refus de plainte
Selon la loi, toute personne peut porter plainte, quel que soit son statut administratif (c’est-à-dire
qu’elle soit en « situation régulière » ou non sur le territoire
français). Toutefois, la réalité est souvent différente.
Alors
même qu’elles venaient dénoncer des situations de violences sexuelles,
certaines femmes en situation irrégulière ont reçu des obligations de
quitter le territoire (OQTF). D’autres ont été placées en centre de
rétention puis expulsées – en contradiction totale avec le droit
national et international.
Parfois, les services de police orientent les victimes vers
une main courante ou refusent tout simplement d'enregistrer la plainte.
Une pratique pourtant interdite.
👉 L’échec à garantir l’interprétariat
La question de la barrière de la langueest
aussi un frein important lors du dépôt de plainte. Dans de nombreux
commissariats, notamment dans les territoires d’Outre-mer, l’absence
d’interprète pour les langues moins répandues telles que le sranantongo
ou le créole haïtien constitue un obstacle significatif. Ce défaut d’interprète a un effet dissuasif pour les femmesqui
peuvent décider de renoncer à porter plainte, faute de pouvoir être
comprise. L’accès à un·e interprète est pourtant un droit garanti pour
toute personne ne maitrisant pas la langue française.
"Quand
les personnes viennent, forcément, il n’y a pas d’interprète dans leur
langue, donc on leur donne un rendez-vous plus tard. Parfois, il n’y a
toujours pas d’interprète au moment du rendez-vous […] On a eu des
soucis dans certains commissariats, où on a demandé à certains des
bénévoles, notamment russophones ou arabophones, de faire la traduction
alors qu’ils ne sont pas assermentés."
Responsable des questions de genre et protections à l’association de défense des droits des étrangers à La Cimade
Un parcours de combattantes
Les femmes trans, migrantes et/ou travailleuses du sexe sont souvent confrontées à plusieurs formes de discriminations. Ceci les expose à des violences répétées, multiples et peut les éloigner davantage de la justice.
L'approche intersectionnelle pour comprendre les obstacles au dépôt de plainte
L’approche intersectionnelle permet d’analyser la manière dontplusieurs discriminations se croisent et se renforcent pour une même personne.
Dans notre étude, il s’agit des discriminations liées au genre (femmes
transgenres), au statut administratif (femmes migrantes) ou à la
profession de travailleuse du sexe qui viennent souvent se cumuler pour
une seule et même personne.
Ces femmes, surexposées aux
violences sexuelles, se heurtent à des préjugés notamment lorsqu’elles
veulent déposer une plainte. Par exemple, une femme migrante sans
papiers, qui est également travailleuse du sexe, peut être stigmatisée
en raison de sa situation administrative, son identité raciale et son
activité. Ces préjugés peuvent affecter l'accueil qu'elle recevra au
commissariat, où elle pourrait ne pas être prise au sérieux ou être
confrontée à un refus de prendre sa plainte.
Ainsi, l’intersection de ces discriminations complique davantage leur parcours vers la justice.
En
adoptant une approche intersectionnelle, nous pouvons mieux identifier
les réponses inadaptées des institutions et exiger des solutions pour
garantir que ces femmes puissent faire valoir leurs droits.
👉 Les femmes migrantes face au risque d’expulsion du territoire
Chiffres issus d’une étude publiée en septembre 2023 dans la revue
scientifique The Lancet menée auprès de 273 femmes demandeuses d’asile à
Marseille menée par le docteur Jérémy Khouani, médecin généraliste.
Les 19 associations rencontrées dans le cadre de notre enquête sont unanimes : les femmes migrantes sont les plus réticentes à porter plainte pour violences sexuelles.
Elles sont non seulement victimes de stéréotypes racistes au sein des
commissariats, mais elles craignent également des représailles en raison
de leur statut migratoire. Une responsable juridique du STRASS
(syndicat du travail sexuel) résume ainsi la situation : “Elles sont
effrayées”.
Le refus de prendre en compte leur parole est également renforcé par le racisme et les préjugés.
"Attention
à toutes celles qui sont vénales, qui sont venues en France pour des
raisons économiques et qui viennent maintenant nous dire que Monsieur
serait violent"
Propos rapporté d’un policier sur des cas de situations de femmes étrangères
Au-delà
des stigmatisations, les femmes sans papiers font face à la menace
directe – et illégale – de l’expulsion du territoire lorsqu’elles
tentent de porter plainte. Certaines associations comme
Acceptess-T ou la Cimade racontent comment des femmes en situation
irrégulière, venues dénoncer des violences sexuelles, ont reçu des
obligations de quitter le territoire (OQTF) ou ont même été placées en
centre de rétention avant d’être expulsées.
Ces
expulsions sont illégales au regard du droit national et international,
qui permet à toute personne, quelle que soit sa situation
administrative, de porter plainte pour des violences sexuelles.
👉 La stigmatisation des travailleuses du sexe et la négation de leurs droits
En plus des violences physiques et sexuelles qu’elles subissent,
les travailleuses du sexe se heurtent à des stéréotypes profondément
ancrés dans les services de police, qui peuvent conduire à la négation
de leur expérience de violence, voire à des refus de plainte.
Les travailleuses du sexe hésitent à dénoncer les abus
qu'elles subissent, de crainte que leurs plaintes soient
systématiquement minimisées ou rejetées. La criminalisation de l'achat de services sexuels en France renforce cet isolement,
poussant les travailleuses du sexe à exercer dans des conditions
clandestines et précaires, les exposant davantage aux violences.
Les
associations comme Médecins du Monde dénoncent également les
répercussions de la loi criminalisant le travail du sexe, qui pousse les
travailleuses du sexe à prendre des risques, comme renoncer à
l’utilisation du préservatif pour ne pas perdre de clients, ou encore à
ne pas signaler les violences subies. Ces conséquences augmentent la
vulnérabilité des femmes et limitent leur accès aux services de santé et
de justice.
Notre position sur la dépénalisation du travail du sexe
En
France, la législation sur le travail du sexe, notamment la
pénalisation des clients, contribue à la marginalisation des
travailleuses du sexe, en limitant leur accès à la justice et en
renforçant les stigmatisations. Nous recommandons ladépénalisation totale du travail du sexe,
afin de permettre aux travailleuses du sexe d'exercer leurs droits et
de les protéger contre les abus et les violences qu'elles subissent.
👉 Les femmes trans : victimes de transphobie et de préjugés dans les commissariats
Dans
les commissariats ou gendarmeries, les femmes transgenres doivent
souvent faire face à des préjugés profondément enracinés, allant jusqu’à
des pratiques humiliantes comme le mégenrage, c’est-à-dire
l’attribution d’un genre qui ne correspond pas à leur identité.
Ces
stéréotypes sont particulièrement prégnants lorsque les femmes trans
cumulent d’autres facteurs de discriminations, comme leur statut
migratoire ou leur profession.
La directrice de l’association Acceptess-T explique : “[...] ces
populations trans, notamment quand elles cumulent des facteurs
d’immigration ou autres, ont en quelque sorte, intériorisé cette espèce
de non-appel ou non-recours à la justice, parce qu’elles ont peur
d’aller vers le système judiciaire.”
De nombreuses
associations témoignent de situations où les forces de police et
gendarmerie refusent de prendre leurs plaintes au sérieux, ou les
soumettent à des interrogatoires humiliants, renforçant ainsi la
stigmatisation et le sentiment de rejet.
Ce traitement,
non seulement discriminatoire, mais aussi illégal, constitue une forme
de violence institutionnelle qui aggrave les traumatismes vécus par ces
femmes et peut les dissuader de déposer plainte. Il est
inquiétant de constater qu’afin de ne pas être victime de nouvelles
violences, certaines femmes décident de renoncer à déposer plainte pour
violences sexuelles.
______________
Vers une meilleure prise en charge des plaintes pour violences sexuelles
Nous
formulons plusieurs demandes afin d'améliorer la prise en charge des
femmes victimes de violences sexuelles, en particulier celles qui sont
confrontées à des discriminations multiples.
👉 Appliquer le droit existant
Il
est urgent de faire appliquer la loi. Les pratiques illégales qui ont
encore cours dans les commissariats et les gendarmeries, telles que le
refus de plainte ou l’orientation systématique vers une main courante,
doivent cesser. Toute personne victime a le droit de porter plainte, sans être discriminée, ni subir une nouvelle violence, quelles que soient son identité de genre, sa profession ou sa situation administrative.
👉
Faire évoluer la loi, conformément au droit international, pour
améliorer l’accès à la justice, notamment des femmes étrangères
Le
cadre légal actuel n’offre pas une protection suffisante pour les
femmes étrangères. C’est pourquoi nous demandons entre autres à ce que
les personnes étrangères impliquées dans une procédure pénale soient
protégées - il est essentiel de modifier la législation pour garantir
que ces femmes puissent résider légalement en France pendant l'examen de
leur dossier, sans risquer l'expulsion.
👉 Renforcer la formation des forces de police et gendarmerie
Nous
appelons à intensifier les formations obligatoires des policiers et
gendarmes sur les violences sexuelles, la lutte contre les
discriminations, et l'accueil des femmes victimes, en particulier celles
confrontées à des formes multiples de discriminations. Ces formations
doivent inclure une approche intersectionnelle pour répondre aux besoins
spécifiques des femmes migrantes, transgenres, et travailleuses du
sexe.
👉 Dépénaliser le travail du sexe
La
criminalisation du travail du sexe expose les travailleur·ses du sexe à
des violences et des abus, tout en les empêchant de bénéficier d'une
réelle protection. Nous demandons la dépénalisation complète du travail
du sexe afin de permettre à ces personnes de revendiquer leurs droits et
de porter plainte sans crainte de représailles.
👉 Redéfinir le viol dans le code pénal en introduisant la notion de consentement
Comme
l’ont déjà fait de nombreux pays européens, il est urgent de modifier
la définition du viol dans le Code pénal français pour la fonder sur la
notion de consentement. Cela permettra de mieux protéger les victimes et
de garantir que toutes les formes de violences sexuelles soient
reconnues et sanctionnées.
Pour aller plus loin sur les débats autour de la définition du viol
basée sur le consentement, écoutez l'épisode "Sans oui, c’est non !" de
la nouvelle série SŒURS IN POWER de notre podcast WE MADE IT 👇
Nier le changement climatique, attaquer les militants, développer une « écologie de droite » : dans les médias d’extrême droite, cette triple mission dessine les contours de leur projet raciste, défendu comme « civilisationnel ».
L’Arcom a infligé pour la première fois une amende à une chaîne de
télévision — CNews — pour des propos climatosceptiques tenus à l’antenne
le 10 juillet dernier. Il en a coûté 20 000 euros au média de Vincent
Bolloré d’avoir laissé l’un de ses invités affirmer que « le réchauffement climatique anthropique est un mensonge et une escroquerie », sans apporter de contradiction.
L’économiste Philippe Herlin, soutien du candidat Éric Zemmour à l’élection présidentielle de 2022, avait persisté, dans l’émission « Punchline Été » du 8 août 2023, en qualifiant le réchauffement d’origine humaine de « complot qui justifie l’intervention de l’État dans nos vies ».
Sur la chaîne du milliardaire Vincent Bolloré, comme dans les autres médias d’extrême droite, ce type de propos climatosceptiques ou climatodénialistes — qui remettent en cause l’origine anthropique du changement climatique,
en relativisent l’urgence et l’ampleur, voire en nient l’existence —
trouvent un écho complaisant. Et ce déni s’accompagne désormais d’un
discours virulent à l’encontre des écologistes, au profit de la
promotion d’une écologie aux relents identitaires.
Des climatosceptiques en « mission »
Les propos tenus sur Cnews en août 2023 ne sont pas isolés. Ils sont
fréquents sur la chaîne, et sur d’autres médias proches de l’extrême
droite. Le 25 juin de cette année, l’Arcom avait déjà épinglé Sud Radio avec une « mise en garde » pour la diffusion de propos qui « venaient
contredire ou minimiser le consensus scientifique existant sur le
dérèglement climatique actuel, par un traitement manquant de rigueur et
sans contradiction ».
Le 7 décembre 2023, pendant la COP28, l’animateur André Bercoff y avait reçu le physicien François Gervais dans son émission. L’invité avait notamment assuré que l’actuel changement du climat serait induit par des cycles naturels, évoquant une « arnaque climatique », face à un animateur qui avait lui-même qualifié les rapports du Giec de « pseudo-scientifiques ».
François Gervais, membre d’une association d’autorevendiqués « climato-réalistes »
a aussi été reçu plusieurs fois sur Cnews, en 2021, puis en juin 2022
et en décembre 2023. Il y avait toute latitude pour répéter ses messages
sur la « variabilité naturelle du climat » et accuser les scientifiques du Giec d’avoir un « discours catastrophiste » afin d’obtenir des financements.
La chaîne est si complaisante avec les climatodénialistes que le président de cette association de « climato-réalistes », le mathématicien Benoît Rittaud, tribun régulier sur Valeurs Actuelles, y voit une « terre de mission » pour diffuser leurs thèses.
Ce magazine, Valeurs Actuelles, est tout aussi enclin à les promouvoir. En juillet 2023, au cours de l’été le plus chaud depuis 2 000 ans dans l’hémisphère Nord, il publiait un hors-série intitulé « Climat : infos et intox » pour démontrer que « l’influence de l’homme sur le climat est modeste » et que « la transition écologique s’apparente à une impasse ».
Une publication où l’on retrouvait notamment Steven Koonin,
ex-conseiller scientifique de Barack Obama et ancien directeur
scientifique de British Petroleum, coqueluche internationale des
climatodénialistes, et dont les thèses ont par exemple alimenté la vidéo récente climatosceptique du Raptor sur Youtube.
Du climato-déni à l’écolo-discrédit
Pour le chercheur en analyse de discours Albin Wagener, professeur à l’École des sciences de la société de Lille et auteur de Blablabla, en finir avec le bavardage climatique
(éd. Le Robert, 2023), le fait que ces personnalités soient
privilégiées par les médias les plus à droite, alors que le traitement
médiatique du climat s’accentue, leur permet de « se présenter comme alternatifs, faisant entendre une voix différente » de la soi-disant « presse bien-pensante » et du « politiquement correct ».
Selon l’association Quota Climat qui publiera en novembre les
premiers chiffres de l’Observatoire des médias sur l’écologie, la
couverture de l’écologie dans les médias d’extrême droite est trois fois
moins importante que la moyenne globale des médias.
Et quand ils font un pas de côté, entre deux émissions et articles
sur l’immigration et l’insécurité, ce n’est pas seulement pour offrir
une tribune aux climatodénialistes. C’est aussi pour dénigrer ceux qui
alertent sur le changement climatique, les destructions écologiques et
leurs causes. « Une partie de
l’extrême droite s’est rendu compte qu’on ne peut plus nier le
changement climatique, alors ils s’en prennent au messager », explique le journaliste Maxime Macé, co-auteur de Pop fascisme : Comment l’extrême droite a gagné la bataille culturelle en ligne (éd. Divergences, 2024).
«Anti-viande, anti-joie de vivre, anti-traditions, anti-tout»
En janvier 2024, en pleine révolte des agriculteurs, Pascal Praud fustigeait sur Cnews et Europe 1, « toutes ces associations écologistes, minoritaires, comme WWF,
qui en permanence pointent du doigt ce monde agricole, veulent nous
faire manger de l’herbe, du tofu et du quinoa, qui refusent tout ». Les « khmers verts », comme il se plaît à les dépeindre, sont devenus la bête noire de l’animateur et de ses confrères des médias d’extrême droite.
Valeurs Actuelles titre régulièrement sur le « monde de fous que les écolos nous imposent », ces « écolos sectaires » qui seraient « anti-viande, anti-joie de vivre, anti-traditions, anti-tout ». « Ces
médias exploitent les failles de la communication écologiste qui n’a
pas encore trouvé ses points d’ancrage positifs et utilise des termes
renvoyant à l’imaginaire de la privation, comme décroissance ou sobriété », analyse le chercheur Albin Wagener.
Diaboliser les écolos
Embrassant sans retenue le discours criminalisant à l’égard des défenseurs de l’environnement, ces médias s’attellent à construire un ennemi écolo et à « mener le combat culturel » contre « l’écologisme », « cheval
de Troie de ces anticapitalistes qui annoncent la fin du monde pour
justifier la décroissance et réussir ce qu’ils ont raté avec le
communisme : abattre la société de marché », affirme Pascal Praud.
« L’écologisme est un gauchisme », tranche Valeurs Actuelles. Il a « la couleur du totalitarisme, l’esprit du totalitarisme » et il est porté par des « peine-à-jouir », insiste Élisabeth Lévy.
«Tubercules en bermuda»
La cofondatrice et directrice de la rédaction de Causeur y voit une « conspiration contre la vie », et s’en prend tantôt aux militants, « tubercules en bermuda » occupant « d’immenses zad insalubres », tantôt aux journalistes se muant en « menaçants perroquets logorrhéiques », tous accusés d’avoir « gobé la propagande du Giec » jusqu’à devenir des « cavaliers de l’apocalypse écologique ». « L’écologisme » revêt pour la polémiste les atours « d’une religion séculière aux relents totalitaires », dont Greta Thunberg serait le « nouveau Dalaï-Lama » prônant le « catéchisme climatique ».
En 2019, Causeurtitrait : « Contre la religion du climat, pour la raison ». Ainsi se construit une distinction entre les « dogmatiques », adeptes d’une « doxa alarmiste » appartenant « au champ de la croyance plutôt qu’à celui de la raison », et les « pragmatiques ». L’écologie « pragmatique » se fonderait sur une « science véritable », tandis que la « dogmatique » se contenterait de la « science officielle », tant décriée par les « climato-réalistes ».
« Génie humain » et « enracinement »
Bien que prolixes, les pourfendeurs de l’écologie « idéologique » et « punitive » ne s’en tiennent pas seulement à cette bataille « contre l’écologisme ». Ils ont un antidote : « l’écologie de droite ». Contrairement à celle de la gauche, honteusement « décroissante » et « anticapitaliste », « l’écologie de droite » est technosolutionniste, confiante dans le « génie humain » et sa capacité à trouver de « nouvelles solutions »... à condition qu’il ne s’agisse pas des énergies renouvelables. « Les médias d’extrême-droite parlent davantage des énergies renouvelables que la moyenne, mais la tonalité y est plus négative », constate Eva Morel, de Quota Climat.
Au vu de l’invisibilité de la question des énergies fossiles dans les
médias les plus à droite, cette écologie-là est aussi imperméable aux
causes du changement climatique. « Raisonnable et rationnelle », elle doit rester « compatible avec le capitalisme », défend Jean-Marc Governatori, coprésident d’Écologie au centre et élu écologiste niçois, qui a sa tribune dans Causeur. Une écologie qui s’accommode du « paradigme dominant néolibéral », observe Albin Wagener.
« L’enracinement est le terme clé », note Antoine Dubiau, auteur d’Écofascismes (Ed. Grévis, 2022) : « Il
traduit le fantasme d’une harmonie naturelle entre un peuple et son
environnement naturel, dont l’écologie viserait à préserver l’équilibre. » Cette sémantique de « l’enracinement » est par exemple énoncée en 2019 par Clément Martin, porte-parole de Génération Identitaire, dans une vidéo publiée par Valeurs Actuelles. Après avoir exposé sa proposition de « remigration, l’incitation au retour des immigrés non assimilés », il mentionne sa conception de l’écologie : « Enracinée, respectueuse des peuples et de leurs traditions ».
La construction d’une écologie « civilisationnelle »
Cette écologie « enracinée » permet à la fois de s’en tenir à une échelle locale et de l’associer avec un « combat identitaire ». Car contrairement à « l’écologisme », elle ne porte pas le funeste projet de « déconstruire la société occidentale » fustigé sur Cnews par Alexandre Devecchio, rédacteur en chef du FigaroVox.
« Toute l’extrême droite
n’est pas climatosceptique, mais elle est ethnodifférentialiste, et
souscrit à la protection de la nature comme bien appartenant à un
processus civilisationnel », analyse le journaliste Maxime Macé. Ainsi, au cours de son débat avec le journaliste Hugo Clément, organisé par Valeurs Actuelles, le président du Rassemblement national Jordan Bardella expliquait : « Lorsqu’on
est patriote, on a le souci et l’inquiétude de la survie de son propre
peuple et de sa propre civilisation, mais aussi de l’environnement dans
lequel cette civilisation s’épanouit. »
«Médiapart de droite»
Cette vision identitaire de l’écologie s’épanouit dans un paysage
médiatique toujours plus conquis par l’extrême droite. Depuis la
rentrée, elle peut compter sur de nouveaux supports : JDNews, dernier né de la galaxie Bolloré qui avait déjà étendu sa mainmise sur le JDD et Europe 1, et le média Frontières (Ex-Livre Noir) dirigé par Erik Tegnér, habitué de Cnews et de Sud Radio, qui souhaite devenir le « Médiapart de droite pour rendre coup pour coup aux attaques de cette presse de gauche ».
On
tue Nasrallah, on oublie Gaza, on danse à Tel Aviv, Nétanyahou exulte,
BHL est de retour. Joe Biden pleure les enfants morts et fait l’indigné
tout en livrant ses bombes à Bibi. Bonne nouvelle aussi pour le RN et
Marine Le Pen, ses amis d’extrême droite remportent les législatives en
Autriche. Le FPÖ (Parti de la liberté d’Autriche ) – qui soutient Israël
– est un parti franchement nazi. Son leader Herbert Kickl veut devenir
le VOLKSKANZLER, le « chancelier du peuple », titre emprunté à un autre autrichien, Adolf Hitler.
On peut continuer ce genre de nouvelles, la liste est longue, le ciel
est sombre, la coupe est pleine et on n’a plus qu’à se jeter par la
fenêtre.
Mais…
Mais voilà une lumière. Un trait de lumière qui vous retient.
Juste une histoire.
L’histoire de Meir Baruchin, un prof israélien accusé de trahison.
Meir Baruchin (photo : Ramona Lenz)
C’était il y a un an, le 8 octobre 2023, il publie deux textes courts
pour dénoncer la mort des civils palestiniens tués par les frappes
israéliennes sur la bande de Gaza. Il demande à son gouvernement de « stopper cette folie ».
Il est arrêté, placé à l’isolement, pieds et poings liés, comme
« détenu à risque », longuement interrogé durant quatre jours. Il perd
son emploi de prof d’éducation civique avant d’être réintégré. À son
retour, ses élèves l’insultent et lui souhaitent de crever d’un cancer.
Mais Meir Baruchin tient bon. Il balance : « dans trois générations, les enfants demanderont à leurs parents, comment avez-vous pu ne pas vous opposer à cette folie ? ».
Depuis un an, sans jamais avoir fait la une, cette histoire a été reprise dans les médias à travers le monde. « Nous avons atteint le plus bas de la moralité dans l’histoire du peuple juif. »
Ils sont peu nombreux en Israël à résister au coup (et au coût) de
l’émotion, de la haine aveugle et de la répression. Exemple : la
professeure d’arabe Sabreen Masarwa, Palestinienne qui vit en Israël et
enseigne à l’Université hébraïque, elle a été suspendue de son poste
pour avoir participé à une marche de commémoration de la Nakba, l’exil
forcé des 700 000 Palestiniens chassés lors de la création d’Israël en
1948.
La résistance, c’est souvent d’abord solitaire, d’abord le fait d’une
minorité, d’une poignée de poings. Ça se casse souvent les dents ou ça
se les fait casser. C’est comme les brins de chiendent entre les plaques
de béton, ça crève étouffé ou bien ça refait des prés et des forêts.
C’est cet esprit de résistance qu’il faut cultiver, apprenez-le aux
enfants. C’est comme les bulles d’oxygène dans l’aquarium, sans ça les
poissons crèvent.
Voyez Julian Assange. Libéré en juin après des années d’enfermement
et de diffamations médiatiques pour avoir dévoilé la réalité crue du
pouvoir américain [1].
Celui que Joe Biden qualifie de « terroriste » va tenir son premier
discours officiel en France, à Strasbourg, au Conseil de l’Europe, le
premier octobre. En liberté. Un beau moment pour celles et ceux qui
depuis des années à travers le monde militent pour la libération de
Julian.
Il y a un an, sur sa messagerie, juste avant son arrestation, le prof
Meir Baruchin a cité le poète britannique Samuel Johnson : « celui qui devient une bête échappe à la douleur d’être un homme ».
Dites quand même aux enfants que c’est les méchants qui perdent à la fin.
Et attendez qu’ils s’endorment pour ajouter : « en principe ».