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mercredi 4 novembre 2020

Islamo-gauchisme et capitalo-fascisme

Islamo-gauchisme 

et capitalo-fascisme


26 octobre 2020 / Hervé Kempf (Reporterre)

 

 

Derrière l’accusation d’« islamo-gauchisme », les classes dirigeantes veulent cacher leur propre responsabilité dans le terrorisme islamique, lourde du fait de leurs liens avec les pétro-monarchies et leur radicalisation néo-libérale. Ce qui émerge, en fait, c’est un « capitalo-fascisme », qui abandonne les idéaux républicains de liberté, d’égalité et de fraternité pour maintenir un ordre inégal, destructeur de la biosphère, et écrasant les libertés publiques.

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 Les chiens sont lâchés. Meute hurlante, babines retroussées, bave en gueule, crocs brandis, ils ont couru, sitôt l’abominable meurtre de Samuel Paty perpétré, sus au prétendu responsable de l’attentat, l’« islamo-gauchisme ». Pendant que les trolls droitistes se déchaînaient sur les réseaux sociaux, le ministre Blanquer accusait nommément le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, tout comme un ex-Premier ministre PS, Manuel Valls, tandis que d’anonymes imbéciles taguaient « collabo » sur le siège du Parti communiste et que d’autres mettaient en cause des élus d’EELV.

Il ne devrait y avoir au sein du mouvement émancipateur et écologiste aucune crainte devant un tel déferlement de haine, sinon de l’effroi devant tant de capacité à mentir. Car ce que veulent cacher ces lanceurs de fatwa, c’est leur propre responsabilité, eux dont le camp est au pouvoir depuis 2002 : leur incapacité en tant que responsables de la police à cibler les islamistes, malgré la régression constante des libertés publiques qu’ils ont promu au nom de « la lutte contre le terrorisme », leur amitié constante et financièrement intéressée avec les régimes d’Arabie saoudite et du Qatar, régimes qui ont soutenu politiquement et économiquement l’islamisme radical, leur vindicte constante et anxiogène contre les musulmans, qui ne peut que pousser les esprits les plus faibles de cette religion à tomber dans la haine en retour, leurs complicités douteuses – des proches de Marine Le Pen manifestant en 2009 avec Abdelhakim Sefrioui, mis en examen dans l’enquête sur l’attentat de Conflans, ou le directeur du Point – dont un fonds de commerce est la dénonciation de l’islam -, Franz-Olivier Giesbert, présentant en 2014 Tariq Ramadan comme « un grand philosophe international ».

Mais il faut, pour comprendre ce qui se passe et surmonter ces tombereaux de fiel, prendre du champ. Comme je l’ai expliqué dans Tout est prêt pour que tout empire (Seuil, 2017), l’islamisme radical est intimement entremêlé avec l’évolution du capitalisme des quarante dernières années : pour faire pièce à l’invasion soviétique dans les années 1980, les États-Unis ont, par l’intermédiaire de l’Arabie saoudite, armé les factions musulmanes les plus radicales, les aidant à prendre de l’envergure. De surcroît, nonobstant le tournant rigoriste pris par l’Arabie saoudite après l’occupation de La Mecque par des extrémistes musulmans en 1980, les pays occidentaux ont maintenu les meilleurs liens avec ce pays et les autres pétro-monarchies, en raison de leurs fournitures de pétrole, alors qu’ils savaient que ces pays soutenaient le développement d’un islamisme radical. L’invasion criminelle de l’Irak en 2003 par les États-Unis et leurs alliés a encore contribué à jeter de l’huile sur le feu du terrorisme international. Autrement dit, le refus de s’affranchir de la dépendance pétrolière et de mener une vraie politique climatique a conduit les dirigeants occidentaux à fermer les yeux sur ce qui allait devenir, à partir du 11 septembre 2001, un cauchemar.

Il faut cibler les causes du phénomène, à savoir ces alliances coupables et notre dépendance au pétrole qui en est le ressort

Tout ceci n’implique pas qu’il faille minorer la menace que fait peser l’islamisme radical sur la société – et d’autant moins quand les apprentis sorciers qui l’ont aidé à se développer attisent en retour les ferments de la division et de la haine. Mais cela signifie qu’il faut cibler les causes et les responsables du phénomène, à savoir ces alliances coupables et notre dépendance au pétrole qui en est le ressort. Et que, plutôt que de se livrer à l’incantation des « valeurs républicaines » dans une société devenue profondément inégalitaire et oligarchique (le contraire de ce que l’on entend usuellement en France par « républicain »), il faut redire que l’enjeu essentiel pour refaire société est de faire reculer l’inégalité et de renforcer les outils intégrateurs que sont l’école, la santé, et l’accès à l’emploi.

Il faut aussi affirmer avec force que l’islamisme radical, malgré les crimes abominables qu’il peut susciter, est un péril secondaire par rapport à la catastrophe écologique planétaire en cours, et dont les chiens hurlants du moment négligent si opportunément l’existence. Car en fait, leur hargne si bruyante ne vise qu’à couvrir la radicalisation de la politique des capitalistes. Ceux-ci, tout en stimulant le désastre écologique, poursuivent le projet néo-libéral de privatisation généralisée et veulent un déploiement illimité des techniques numériques. Comme ce projet est de plus en plus inacceptable, les classes dirigeantes ont choisi d’aller vers des formes de gouvernement toujours plus autoritaires. Elles reprennent aussi sans barguigner les thèmes d’islamisme, de sécurité, d’immigration, pour détourner vers ces boucs émissaires la colère populaire. Le but de la manœuvre est de refouler toute idée de se tourner vers une gauche revigorée qui voudrait s’attaquer à la réforme de la fiscalité des riches, à l’évasion fiscale des multinationales, et entreprendre une politique écologique.

Ce qui se fait ainsi jour est un capitalo-fascisme, qui abandonne les idéaux républicains de liberté, d’égalité et de fraternité pour maintenir un ordre inégal, destructeur de la biosphère, et écrasant les libertés publiques. Plutôt que de se défendre d’un « islamo-gauchisme » sans substance réelle, le mouvement émancipateur et écologiste doit faire front dans l’unité, et attaquer sans broncher les politiques désastreuses menées par les capitalistes et par leurs laquais.

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Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo :
. chapô : Manuel Valls, alors Premier ministre, et le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed bin Salman bin Abdul Aziz, alors ministre de la Défense, à Riyad, la capitale saoudienne, en octobre 2015. © Kenzo Tribouillard/AFP

Source :  https://reporterre.net/Islamo-gauchisme-et-capitalo-fascisme?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne


mardi 3 novembre 2020

Interdire l’école à la maison, « un pas de plus vers la normalisation de la société »

Interdire l’école à la maison, 

« un pas de plus 

vers la normalisation 

de la société »

 

 26 octobre 2020 / Marie Astier (Reporterre) 

 


 

Limiter drastiquement l’instruction à la maison ? Les parents concernés sont abasourdis et rappellent que « beaucoup d’enfants ne vont plus à l’école parce qu’ils y étaient en souffrance ». Surtout, ils fustigent une « attaque de la liberté pédagogique des familles » et la volonté de « standardiser et normaliser les individus ».

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L’annonce a provoqué un choc dans un petit monde. Le 2 octobre, Emmanuel Macron a déclaré dans son discours sur le « séparatisme » vouloir limiter l’instruction à la maison aux « impératifs de santé ». « Chaque jour des recteurs découvrent des enfants totalement hors système. Chaque semaine des préfets ferment des écoles illégales, souvent administrées par des extrémistes religieux », a-t-il affirmé.

C’est un fait peu connu : en France, ce n’est pas l’école qui est obligatoire, mais l’instruction. Les parents peuvent, en le déclarant, faire le choix d’instruire leur(s) enfant(s) en famille. Ils sont alors soumis à un contrôle de la mairie tous les deux ans (pour vérifier que les conditions de vie de la famille sont favorables à l’instruction) et de l’Éducation nationale tous les ans (pour vérifier que les enfants progressent dans leurs apprentissages).

Ces enfants représentent une goutte d’eau dans l’océan de la scolarisation : 12,4 millions d’élèves vont à l’école, alors que seulement 50.000 sont instruits en famille, soit 0,4 % des enfants en âge d’être scolarisés. Parmi eux, d’après les données recueillies par le sociologue Philippe Bongrand auprès de l’Éducation nationale, la moitié sont reconnus comme ne pouvant être scolarisés. Handicapés, malades, itinérants… Ils sont inscrits au Cned (Centre national d’enseignement à distance) et ne sont pas concernés par les annonces de M. Macron. Restent donc environ 25.000 enfants et adolescents pour lesquels l’instruction en famille est un choix, désormais menacé.

Ces familles semblent être une minorité qui dérange. Le président de la République et le ministre de l’Éducation nationale estiment que l’instruction en famille permet à certains parents d’extraire leurs enfants de « l’école de la République », et de les placer dans des écoles islamistes radicales clandestines. Emmanuel Macron décrivait le 2 octobre une pratique qui exclut « des milliers d’enfants de l’éducation à la citoyenneté, de l’accès à la culture, à notre Histoire, à nos valeurs, à l’expérience de l’altérité qui est le cœur de l’école républicaine ».

Une instruction radicalisée « très minoritaire »

Les données, pourtant, contredisent l’exécutif. Le sociologue Philippe Bongrand, qui mène depuis plusieurs années des recherches sur l’instruction en famille, l’expliquait dans une tribune dans Le Monde : le « dénombrement précis » de ces enfants instruits dans des familles radicalisées est « impossible car les agents chargés du contrôle de l’instruction n’interrogent pas explicitement les parents sur leurs croyances religieuses ». Cependant, il soutient que la pratique est très marginale : « Des indices ou témoignages montrent que des familles à la pratique religieuse stricte et perçue comme contraire aux valeurs de la République instruisent à domicile. De confession chrétienne, juive ou musulmane, elles semblent cependant, pour autant que l’on puisse en juger, très minoritaires. »

Par ailleurs, école à la maison ne signifie pas forcément éloignement durable de l’enfant de l’école. Il signalait, dans Libération cette fois-ci, l’ampleur des « déscolarisations ponctuelles », avec des départements où jusqu’à 50 % des jeunes en instruction en famille le restent un an ou moins. « Souvent les familles retirent un enfant de l’école un an ou deux, pour échapper à un enseignant qui crie, pour qu’il reprenne confiance en lui », confirme Claudia Renaud de l’association Les enfants d’abord, qui regroupe des parents pratiquant l’instruction en famille. Philippe Bongrand soulignait aussi que seulement 7 % des contrôles étaient jugés suffisamment insatisfaisants pour justifier un deuxième contrôle, « ce qui suggère qu’il y a peu de situations jugées sérieusement inquiétantes ».

Dans le salon de Coralie et Joan, en Lozère, qui instruisent leurs quatre enfants, de trois à treize ans, à domicile. Octobre 2020.

 

« On se demande quelle est la vraie raison de cette annonce »

« Un amalgame est donc fait, proteste Alix Fourest, coprésidente de l’association Libres d’apprendre et d’instruire autrement. Ce n’est d’ailleurs pas nouveau. Il y a vingt ans, l’instruction en famille était accusée d’être liée à des mouvements sectaires. Maintenant, c’est l’islamisme radical. Mais on attend toujours les preuves de ce lien ! » « On est en colère, on a l’impression que le gouvernement utilise un bazooka pour écraser une fourmi. Il existe déjà des possibilités de contrôle strict de l’instruction en famille », signale de son côté Claudia Renaud. « D’ailleurs, s’ils détectent des enfants "hors système", c’est bien que les contrôles fonctionnent, non ? ». « Et si le ministère n’a pas les moyens de contrôler toutes les familles, on ne voit pas pourquoi ce serait à nous d’en payer les conséquences. Au lieu de s’organiser, ils préfèrent supprimer un droit ! », renchérit Alix Fourest. « On se demande quelle est la vraie raison de cette annonce. »

Pour les parents pratiquant l’instruction en famille, sa forte restriction est perçue comme la volonté de détruire une niche de liberté. « C’est un pas de plus vers la normalisation de la société, regrette Élisabeth Lefeuvre, mère d’un garçon de six ans et reconvertie dans l’accompagnement à la parentalité.

On nous parle de l’école comme d’un lieu de sociabilisation et de mixité sociale. Mais l’instruction en famille l’est également. Il y a des familles de tous les milieux sociaux qui se rencontrent. On se sent dépossédés de notre liberté, alors que l’on s’inscrit dans la diversité de la société française sans nuire à personne. »

« Quand on nous dit que nos enfants sont hors des valeurs de la République, cela nous choque, complète Claudia Renaud. Car les parents font aussi de l’éducation civique, emmènent leurs enfants quand ils vont voter. » « Après les attentats à Charlie Hebdo, on est allé manifester. Et après l’horrible assassinat du professeur Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, on va dire à nos enfants qu’on ne va pas se laisser censurer, et qu’on continuera de leur montrer des journaux et des caricatures », insiste Alix Fourest.

Bien loin d’un repli sur soi, l’instruction en famille est plutôt une ouverture sur la diversité, défendent les parents. « Il y a autant d’instructions en famille que de familles, dit Aurélie Leduc, qui a fait le choix de sortir ses deux garçons dyslexiques de l’école après une mauvaise expérience. Chacun concocte [son enseignement] en fonction de ses contraintes, de ses ressources, de ses valeurs. Là, on ressent une espèce d’entonnoir qui vise à ce que tout le monde apprenne la même chose au même moment. » Elle a dû rescolariser ses deux fils en septembre, car l’inspecteur a jugé qu’ils n’avaient pas acquis les savoirs attendus pour leur âge. « Un enfant en perdition totale dans une classe, on s’en fiche. Mais un gamin qui n’y arrive pas en instruction en famille, il est considéré en danger », commente-t-elle.

Dans le salon de cette famille qui pratique l’instruction à la maison, les ouvrages ludiques côtoient foule de jeux de société.

 

Par ailleurs, beaucoup d’enfants malades, handicapés, ayant subi un harcèlement ou tout simplement un peu « différents » trouvent dans l’instruction en famille une alternative, apportant dans cette petite communauté une grande diversité. « D’ailleurs, à l’école, on nous dit que l’on apprend la diversité mais les enfants sont regroupés par tranches d’âge et les matières sont cloisonnées... », estime Élisabeth Lefeuvre.

À l’inverse, ces parents revendiquent une éducation libertaire. Pas de programme, pas de travail scolaire ou de temps pouvant être assimilés à des cours, mais une instruction qui part des centres d’intérêts de l’enfant, de sa curiosité, supposée naturelle et insatiable. « La plupart des apprentissages de mes enfants ont eu lieu de manière absolument pas scolaire, par la transmission orale, dans les discussions, les réponses à leurs questions, les recherches personnelles, l’expérimentation, la vraie vie », témoigne ainsi Yaël, dont les enfants ne sont quasiment jamais allés à l’école. Sa fille aînée, âgée de dix-neuf ans, n’a fait en lycée que la terminale, a obtenu son bac puis a réussi le concours d’entrée dans la prestigieuse école de bande-dessinée bruxelloise qu’elle visait. Les parents aiment décrire un apprentissage spontané, qui ne brusque pas l’enfant et donne des individus dont la belle confiance en eux leur permet au contraire une intégration réussie dans la société.

« Peu à peu, on impose aux familles les pratiques de l’Éducation nationale »

Ce rejet des cadres, de la hiérarchie, teinté d’élans anarchistes, est-il perçu comme un danger ? Cela fait plusieurs années que la pratique de l’instruction en famille est de plus en plus surveillée. Les contrôles ont été rendus plus systématiques à la fin des années 1990. Les enseignements dispensés ont été, eux, encadrés en 2016, avec un décret prévoyant que les enfants devront avoir acquis le même « socle commun » de connaissances et compétences que celui demandé aux enfants scolarisés. En 2019, la loi pour une école de la confiance a élargi la tranche d’âge surveillée en rendant l’instruction obligatoire dès trois ans, et en prolongeant l’obligation de formation jusqu’à seize ans. Un décret prévoit par ailleurs que désormais les connaissances devront être acquises quasiment au même rythme que celle des enfants scolarisés et renforce le pouvoir des inspecteurs lors des contrôles. « Peu à peu, on impose aux familles les pratiques de l’Éducation nationale alors que le but est justement d’y échapper », regrette Marina Soulagnet, membre du collectif Libre apprenants du monde, qui instruit à la maison ses enfants de sept et dix ans. « Ce qui est stupéfiant, c’est qu’en même temps que l’on attaque la liberté pédagogique des familles, celle des enseignants est limitée. »

Les enfants instruits en famille pratiquent de nombreuses activités, comme cette fillette à Florac (Lozère).

 

En effet, l’article 1er de la loi pour une école de la confiance, qui prévoit pour les enseignants un devoir « d’exemplarité  », a été perçu par les syndicats comme une volonté de museler les profs et d’empêcher toute critique de l’institution. « Les écoles hors contrat qui proposent une éducation libertaire sont aussi dans le collimateur de l’Éducation nationale », ajoute Alix Fourest, qui cite le cas de l’école démocratique de Quimper. Un contrôle de l’inspection académique a jugé que l’établissement « ne permet pas d’acquérir à seize ans les compétences du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. » Il a été demandé aux familles de scolariser leurs enfants dans d’autres établissements pour la rentrée 2020.

Même au sein de l’Éducation nationale, la poignée d’établissements publics proposant des pédagogies alternatives est menacée. Le collège polytechnique d’Aubervilliers, qui visait à faire participer les élèves aux décisions au sein de l’établissement, et mélangeait apprentissages scolaires et activités pratiques, a été fermé après seulement deux ans d’existence. Quant au lycée autogéré de Paris, sa dotation en heures d’enseignement a baissé, et la venue d’un professeur de sciences physiques coopté par l’équipe a été refusée. Le lycée expérimental de Saint-Nazaire a dû encaisser la suppression de deux postes, et doit maintenant trouver des locaux provisoires en attendant la réhabilitation du bâtiment où il se trouve. Le 8 octobre dernier, les personnels et élèves de ces établissements ont organisé une journée commune pour « rappeler le droit à l’expérimentation dans l’Éducation nationale », et leur utilité : ils accueillent bien souvent des élèves en grande difficulté, qui n’ont pas réussi à s’adapter à l’école classique.

« Calibrer les individus selon une logique de gestion industrielle du vivant »

« Apparemment, apprendre autrement est subversif », regrette Alix Fourest. « On a l’impression d’une volonté d’encadrement de la jeunesse de trois à dix-huit ans, l’impression que les enfants appartiennent à l’État. » Une vision défendue par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, auprès de la Dépêche du Midi : « L’éducation n’appartient pas qu’aux cultes et aux parents, l’éducation appartient aussi à l’État. L’école doit élever des citoyens et ouvrir les enfants au monde », assurait-il au lendemain du discours présidentiel sur le séparatisme.

Plusieurs défenseurs des pédagogies alternatives, qui ont publié une tribune dans Libération, voient dans ce mouvement « un appauvrissement culturel du même ordre que celui qui consiste à uniformiser, standardiser, normaliser, calibrer les individus selon une logique de gestion mécanique industrielle du vivant. »

Chez les associations de parents pratiquant l’instruction en famille, la mobilisation pour défendre cette liberté pédagogique est forte. « Toutes les associations ont été inondées d’adhésions et de dons », rapporte Claudia Renaud. Elles encouragent les parents à multiplier les lettres aux députés, les interpellation des élus, et une pétition a déjà recueilli près de 100.000 signatures. Une action en justice est envisagée, afin de contester la légalité de la mesure.

Face à la possibilité que la mesure passe d’ici la rentrée 2021, les familles s’inquiètent. « Je ne me vois pas amener de force mes enfants à l’école », témoigne Marina Soulagnet. « Beaucoup d’enfants ne vont plus à l’école parce qu’ils y étaient en souffrance », rappelle Alix Fourest. « Pour nous, les obliger à y aller, c’est une atteinte au droit de l’enfant à être instruit autrement. » Plus concrètement, des parents réfléchissent à se regrouper pour fonder des écoles hors contrat, d’autres envisagent de déménager à l’étranger. « Le positionnement politique est assumé : l’école est bonne pour tous les enfants », leur a répondu Jean-Michel Blanquer, tout en assurant que sa porte était ouverte. Les associations ont donc demandé à être reçues au ministère de l’Éducation nationale, sans réponse pour l’instant.

Les spécialistes de l’éducation, eux, sans prendre position, invitent à prendre le temps de la décision. Le sociologue Philippe Bongrand, ainsi que plusieurs de ses collègues, estime que la décision, qui revient à un « changement de paradigme », vaudrait un débat public. Le spécialiste de sciences de l’éducation Philippe Meirieu, inspirateur de réformes éducatives menées par la gauche, rappelait également récemment que « l’école ne pourra réellement accueillir tous les enfants que si elle se transforme elle aussi pour être plus accueillante pour toutes et tous, y compris les enfants un peu différents, qui aujourd’hui ont du mal à trouver leurs marques dans l’école telle qu’elle est. »

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 Lire aussi : Avec l’instruction en famille, « on a redécouvert notre enfant »


Source et photos : © Marie Astier pour Reporterre

. chapô : Dans le salon de Coralie et Joan, en Lozère, qui instruisent leurs quatre enfants, de trois à treize ans, à domicile. Octobre 2020.

 

Source : https://reporterre.net/Interdire-l-ecole-a-la-maison-un-pas-de-plus-vers-la-normalisation-de-la-societe?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

 

lundi 2 novembre 2020

« Madame, vous n’avez pas le droit de dire qu’on peut se moquer du prophète ! »

Second article en ce jour de rentrée scolaire et d'hommage à Samuel Paty, égorgé pour avoir enseigné la liberté d'expression dans le cadre de l'heure d'éducation civique.
 

« Madame, 

vous n’avez pas le droit 

de dire qu’on peut 

se moquer du prophète ! »


Professeure de lettres classiques en banlieue parisienne, Delphine Girard décrit, dans une tribune au « Monde », comment le fait d’enseigner Voltaire déclenche dans ses classes des débats « parfois houleux, mais possibles », quoique plus durs depuis janvier 2015.

Publié le 31 octobre 2020

 

Tribune. La première fois qu’un élève m’a lancé « Mais madame, vous n’avez pas le droit de nous dire ça ! », j’ai souri. Je devais avoir 25 ans, j’enseignais pour la deuxième année de ma jeune carrière dans un lycée professionnel de Meaux (Seine-et-Marne), et je ne voyais pas de dimension politique dans cette réaction : j’étais face à une classe de 1re STI [sciences et technologies industrielles] assez dure, à 80 % de garçons, et je ne m’attendais pas à autre chose lorsque avec l’impudence de ma jeunesse (d’aucuns aujourd’hui diraient l’inconscience), je leur présentai cet extrait de Zadig, dont j’expliquai que Voltaire, par son jeu d’hyperboles ridicules, tournait en dérision les rites et croyances d’une religion orientale lointaine derrière laquelle se cachait à peine le catholicisme, « et avec lui toutes les religions révélées », ajoutai-je, histoire d’insister un peu…

Ainsi, expliquai-je, lorsque l’auteur dit : « Le grand Dieu du ciel et de la terre, qui n’a acception de personne, ne fait pas plus de cas de la jambe gauche que de la jambe droite », quand il s’agit d’entrer dans un temple, il suggère donc que si l’on croit que Dieu existe, il est forcément au-dessus de ces questions dérisoires touchant aux petits rituels des hommes (manger ceci et non cela, prier à cette heure-ci, jeûner cette semaine-là…), qui tous lui sont également ridicules et indifférents.

Fille d’immigrés

D’autre part, Voltaire démontre que Zadig se montre avisé en choisissant d’octroyer à chacun la liberté de pratiquer ou non comme il l’entend la religion officielle, puisque toute autre attitude (comme celle des « mages » du texte) est ici dénoncée comme dangereuse et risible.

« Mais madame, vous n’avez pas le droit de nous dire ça ! » Je souris donc, car c’est naturellement la réaction que j’attendais, avec ma gourmandise militante laïque : descendante de maçons italiens immigrés et de boat people vietnamiens, élevée en banlieue difficile à coups d’allocations familiales et de bourses d’études, je suis depuis l’enfance programmée pour répandre l’idée que l’école de la République libère des déterminismes sociaux et culturels, qu’elle est une chance en cela qu’elle nous bouscule et nous ouvre à d’autres façons de penser et de voir le monde que celles dont nous héritons par le hasard de nos histoires familiales.

« Vous avez le droit, en effet, de ne pas être d’accord avec Voltaire, à condition d’expliquer pourquoi : c’est justement cela dont nous allons parler ensemble aujourd’hui. » Ainsi commençait ma séquence sur l’argumentation, basée sur un corpus de textes de différents auteurs des Lumières.

Il n’y est bien sûr pas question de faire dire aux élèves qu’ils vont devenir athées (même si l’éventualité intellectuelle en est grande ouverte…), mais de leur faire comprendre qu’historiquement, les penseurs et les inspirateurs de notre République laïque ont toujours lutté contre tous les dogmes religieux, que ce n’est pas un sort réservé à l’islam aujourd’hui, mais d’abord à la religion catholique naguère. « On a le droit d’être d’accord ou non avec ces croyances, comme avec les zélateurs ou les détracteurs de ces croyances, du moment que l’on reconnaît à chacun le droit d’argumenter rationnellement, sans s’en prendre aux personnes ni contrevenir à la loi en la matière. »

« Et si un garçon se fait siffler ? »

Depuis, je l’ai entendue de nombreuses fois cette repartie d’élève, car il est difficile d’expliquer à certains jeunes esprits imprégnés d’une culture familiale très méfiante à l’égard de l’école que j’ai non seulement le droit, mais même le devoir de leur enseigner la pensée des Lumières, fût-elle choquante pour eux – « ce qui n’est pas grave, tu t’en remettras : regarde, je suis moi aussi choquée par ta réaction, et pourtant nous réussissons à en discuter ensemble, c’est le plus important… »

Je l’ai même entendue en des occasions plus surprenantes, venant d’adolescents du XXIsiècle, européens et connectés : « Nous allons donc faire une sortie dans Paris sur les traces des Misérables : nous traverserons le quartier du Marais et…

– Mais madame, le Marais, c’est pas plein d’homosexuels ? »

Quelques secondes de sidération…

« Entre autres, oui, mais pourquoi cette question ?

Mais madame, vous n’avez pas le droit de nous emmener là-bas ! Et si un des garçons de la classe se fait agresser ou siffler ! »

Deux France qui se fantasment

Un #MeToo à l’envers, très moderne finalement ! Cela pourrait faire sourire si cela n’avait été suivi d’un grondement d’approbation générale de la classe, et si on n’était pas aux portes de Paris, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), soit à moins de dix kilomètres du dit Marais : un autre univers pourtant, deux France qui se fantasment sans jamais se croiser, deux types de citoyens totalement étrangers qui se regardent de travers…

On peut, comme Voltaire, rire de tout ce que les gens font, disent ou pensent, mais pas de ce qu’ils sont, car là commence le racisme !

« Est-ce que tu sautes sauvagement sur toutes les filles que tu trouves jolies ? Non, alors n’aie crainte, je suis sure qu’un autre garçon saura pareillement se retenir et résister à ton charme, tout irrésistible qu’il soit !

– Ben oui, mais moi je suis normal ! Les pédés c’est harām”[« illicite », en arabe] ! »

Ah, la discussion sur la « norme »… Elle m’a privée de bien des quarts d’heure de grammaire ou de cours de rédaction ! Pourtant, je l’ai menée scrupuleusement avec mes classes chaque fois que c’était nécessaire : jamais, en étudiant un sonnet de Verlaine, je n’ai escamoté de sa biographie son histoire d’amour avec Rimbaud, comme en sont parfois tentés certains collègues ; jamais je n’ai manqué une occasion de dire combien il est inacceptable, même pour rire, de feindre la nausée quand on entend le mot « homosexuel », parce que certes on peut, comme Voltaire, rire de tout ce que les gens font, disent ou pensent, mais pas de ce qu’ils sont, « car là commence le racisme ! »

« Mais les homosexuels c’est pas pareil : ils l’ont choisi !

Ah ? Alors tu peux nous dire, toi, quel matin tu as décidé que tu allais choisir de préférer les filles ? Tu t’en souviens sans doute : ça a dû être un jour important de ta vie ! ».

Ironie bien utile

Oui, on fait ce qu’on peut : l’ironie est souvent bien utile pour se rendre crédible aux yeux des élèves. Tout cela était devenu la norme de mon exercice de professeure en banlieue parisienne : les débats étaient parfois houleux, souvent ardus, mais possibles, et je n’ai guère souvenir qu’ils aient jamais pris une tournure vraiment politique. J’y affrontais simplement la réaction d’adolescents naïfs, enfermés dans un milieu socioculturel exigu, sans discours construit ni très arrêté.

Même si personne ne soutenait ouvertement le meurtre des auteurs de caricatures, ils étaient nombreux à penser que qui sème le vent…

Puis il y a eu janvier 2015… Après les attentats de Charlie Hebdo, les échanges sont devenus clairement plus compliqués sur toutes ces thématiques. Comme si l’indignation spontanée de certains lors du cours sur Voltaire ou des débats autour de l’homosexualité avait enfin trouvé une forme officielle, une pensée construite comme un rempart contre la rhétorique subversive de l’école, une bannière : l’anti-charlisme.

Et cette identité de groupe nouvelle, forte comme le sont les effets de mode et galvanisante comme l’est le sentiment d’appartenance chez les jeunes gens, plus que jamais coupait l’école en deux : eux et nous. Les élèves, leurs familles, leurs valeurs que nous ne pouvions pas comprendre, leur vérité ; et les profs, l’institution, hostile puisqu’elle défendait l’action d’« islamophobes » : même si personne ne soutenait ouvertement le meurtre des auteurs de caricatures, ils étaient nombreux à penser que qui sème le vent… Un peu comme ces filles qu’on regrette de voir violées, mais à qui on reproche de s’entêter à porter des tenues provocantes.

Définitivement, Voltaire et les « pédés », c’était « ma » culture, et non la leur : puisque je soutenais des dessinateurs prêts à bafouer « leur » culture, ils n’avaient en somme plus de raison de vouloir m’écouter lorsque je présentais la « mienne », ni quand j’essayais de nouer le dialogue pour parvenir à un consensus autour de la liberté d’expression. « Madame, vous n’avez pas le droit de dire qu’on peut se moquer du prophète ! » Pourtant si, j’ai le droit, et « de tous les prophètes, d’ailleurs ».

Un garant universel

Voilà bien tout l’enjeu de notre vocation d’enseignant : faire comprendre à ces jeunes que la liberté d’expression ne relève pas de « notre » culture, qu’elle n’est pas une valeur occidentale ni un instrument de suprématie culturelle, mais un garant universel du bien vivre-ensemble ; que partout, en tout temps, dans toutes les cultures, les hommes pour vivre en paix doivent pouvoir échanger librement, se contredire, se railler, se convaincre, chercher ensemble des chemins de vérité. Il faut avec Voltaire inciter sans relâche nos élèves à « oser penser par [eux]-mêmes » !

Non pas parce que Voltaire a forcément raison, non parce qu’il serait de la « bonne » culture et eux non, mais parce que les valeurs auxquelles on croit, quelles qu’elles soient, n’ont de sens que pour autant qu’elles peuvent être discutées, remises en question, passées au crible de la raison critique et de la controverse, puis conséquemment rejetées ou réadoptées en conscience.

Car c’est cela, devenir adulte. C’est ce pas-là que nous avons le devoir de les aider à franchir pour accoucher d’eux-mêmes : c’est cette liberté que l’école laïque offre à tous les enfants de France, quel que soit leur milieu d’origine. Celle de devenir un penseur libre : un citoyen.

Nous attendons pour la rentrée des vacances un « cadrage » national de notre ministre, concernant la façon d’aborder la question des caricatures et l’assassinat monstrueux de notre collègue Samuel Paty dans nos classes – alors que d’autres actes monstrueux ont été commis depuis, à Nice. J’espère vivement que les consignes qui seront données seront courageuses, car moins que jamais en la circonstance je ne me laisserai dire « Madame, vous n’avez pas le droit ».

Delphine Girard est enseignante en lycées et collèges de Seine-et-Marne et du Val-de-Marne depuis 2005.

Delphine Girard(Agrégée de lettres classiques)

 

Source : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/10/31/mais-madame-vous-n-avez-pas-le-droit_6058037_3232.html

À Fukushima, l’eau contaminée va bientôt être rejetée en mer


À Fukushima, 

l’eau contaminée 

va bientôt être rejetée en mer

Publié le 22 octobre 2020

Fukushima déborde. Les centaines de milliers de mètres cubes d’eau contaminée s’accumulent sur le site de la centrale nucléaire détruite. Neuf ans après la catastrophe, l’opérateur Tepco arrive au bout de ses capacités de stockage. Depuis des années, des experts appellent à diluer cette eau faiblement radioactive dans l’océan. Après avoir longtemps rejeté cette solution, le gouvernement va finalement l’autoriser dans les jours à venir.

 


Le 20 septembre, le nouveau premier ministre Yoshihide Suga s'est rendu sur le site de Fukushima. @Tepco


Dès les jours et semaines qui ont suivi la catastrophe de Fukushima le 11 mars 2011, la question de l’eau contaminée s’est posée. Les eaux de ruissellement, les pluies et les milliers de mètres cubes utilisés pour refroidir les cœurs fondus devaient être récupérées et stockées pour ne pas contaminer les terres ou le Pacifique. Résultat, plus d’un millier de conteneurs se sont accumulés aux abords des six réacteurs de la centrale accidentée, abritant 1,23 million de tonnes d’eau. L’équivalent de presque 500 piscines olympiques.

Une situation intenable pour le Japon et même dangereuse en cas d’accident. Aussi, le gouvernement nippon va prochainement officialiser sa décision de rejeter cette eau à la mer. "Le gouvernement n'a pas décidé du plan à suivre ou du moment" pour l'annoncer, a toutefois réagi le porte-parole du gouvernement Katsunobu Kato lors de son point presse régulier. Mais "nous ne pouvons pas reporter cette décision, afin d'éviter que les travaux de démantèlement de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ne soient retardés", a-t-il ajouté.

Le tritium intraitable

Selon la presse japonaise, l’annonce est attendue dans les jours qui viennent et la mise en place du protocole entrainera une mise en application mi-2022. Cette eau, qui a drainé des matériaux irradiés et qui a été au contact des cœurs, n’est toutefois pas rejetée en l’état. Elle a été traitée et décontaminée de l’ensemble de ses substances radioactives, à l’exception d’une seule : le tritium. Pour l’instant, aucun procédé industriel ne parvient à fixer de manière suffisante ou satisfaisante ce radio-isotope.

Le tritium est dangereux à très haute dose par ingestion ou inhalation. Mais sa durée de demi-vie - le temps qu'il faut pour baisser la radioactivité de 50 % - est relativement courte (12,3 ans, contre par exemple 30 ans pour le Césium 137). De plus, sa nocivité est relative. Le tritium a ainsi été utilisé pendant des années, par exemple, pour  rendre lumineuses les aiguilles des montres de poignets. Il n’empêche que les habitants sont inquiets. Les agriculteurs et les pêcheurs craignent que cela n’entache l’attrait pour leurs produits. La Corée du Sud exprime également de vives réserves et interdit toujours l'importation de produits de la mer issus de la région.

10 à 100 fois moins cher

En septembre 2019, le ministre japonais de l’environnement assurait déjà que "le rejet en mer était le seul moyen". Ceci avait provoqué un tollé et le gouvernement avait dû se désolidariser de cette déclaration. Mais depuis, le pays se résout à cette solution qui est jugée meilleure que des voies alternatives comme une évaporation dans l'air ou un stockage souterrain. Une commission d’experts du ministère de l’Économie et de l’Industrie, le Meti, avait jugé que la dilution dans l’océan était la solution la plus rapide (environ 7 ans) et serait 10 à 100 fois moins coûteuse que les autres techniques.

L’Agence internationale de l’énergie (AIEA) milite depuis 2014 pour la solution du rejet en mer. Elle argue qu’un stockage sûr à long terme est impossible et précise que de nombreux pays procèdent à de telles dilutions océaniques pour leurs activités industrielles. De son côté, Greenpeace dénonce ce choix et veut promouvoir le stockage. Pour l’ONG, le choix nippon de relarguer l’eau dans les eaux voisines est purement économique.

Ludovic Dupin @LudovicDupin

 

Source : https://www.novethic.fr/actualite/energie/energie-nucleaire/isr-rse/a-fukushima-l-eau-contaminee-va-bientot-etre-rejetee-en-mer-149122.html


dimanche 1 novembre 2020

Après le meurtre de Samuel Paty, le concours Lépine des idées d’extrême droite


Après le meurtre 

de Samuel Paty, 

le concours Lépine 

des idées d’extrême droite

 

Samuel Gontier,

Publié le 20/10/20 mis à jour le 22/10/20

 


 

Abandon de l’État de droit, rétablissement du bagne, restauration de la Cour de sûreté de l’État, retour du service militaire, déchéance de nationalité, retrait de la Convention européenne des Droits de l’Homme, obligation de porter des prénoms “français”… Après l’horrible assassinat de Samuel Paty, enseignant à Conflans-Sainte-Honorine, les experts de BFMTV et de CNews se livrent à une infâme surenchère liberticide.

« Quand vous voyez que dans des quartiers les filles n’ont plus le droit de circuler !, s’indigne Nadine Morano samedi matin sur CNews. C’est visuel, à Nancy, de voir autant de femmes voilées, même des petites filles… » Il faudrait savoir : elles circulent ou pas ? « Ça n’est pas tolérable ! » « Ça veut dire que nous devons les expulser, convient le présentateur, mais il y a le problème de la nationalité française. » La députée européenne LR défend une idée de gauche émise par François Hollande et Manuel Valls, « la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux ». « Je suis assez d’accord avec vous, Nadine Morano, intervient Guillaume Bigot, éditorialiste maison. Il faut criminaliser l’idéologie. » Restaurer le délit d’opinion.

 


 

« L’idéologie à criminaliser, c’est pas seulement le djihadisme, c’est l’islamisme, poursuit Guillaume Bigot. Il faut passer à la contre-attaque, il faut rétablir le service militaire. » L’islamisme est soluble dans le casernement. « Et vous avez raison, il faut expulser ceux qui ont la double nationalité. Mais il y a un problème encore plus grave et encore plus massif, c’est qu’il y a plein de gens qui ont la nationalité française, il y a même des gens qui n’avaient aucun lien avec l’islam, qui sont des Normands, des Bretons, des Basques et qui se convertissent à cette idéologie mortifère. » S’il faut aussi criminaliser les Normands, les Bretons et les Basques, les cours d’assises vont être débordées.

« Y a cinq cents personnes qui vont être relâchées des prisons, alerte Guillaume Bigot. Y en a eu vingt l’année dernière, y en aura quarante cette année, ce sont des djihadistes hautement dangereux. » Mais l’éditorialiste a une solution pour s’en protéger. « Je le dis, ça peut choquer, il faut rétablir le bagne. Il faut que ces gens sortent de la société. Il y a les îles Kerguelen, elles sont à une latitude telle que les gens peuvent survivre. » En effet, il y fait 4,9 degrés en moyenne. « Il y a de l’eau en quantité suffisante. » En effet, il y pleut ou il y neige environ 350 jours par an. « Vous les isolez sur le long terme. Sinon, c’est le rétablissement de la peine de mort. » Mieux vaut les envoyer mourir au bagne.

 


Nadine Morano approuve : « Je partage cette analyse. » « La rétention de sûreté, oui, mais le bagne, c’est impossible », nuance la très légaliste Laurence Saillet, ancienne porte-parole LR devenue consultante CNews. « La Nouvelle-Zélande ou l’Australie sont des pays qui ont été principalement peuplés de bagnards ! », rétorque Guillaume Bigot. Et ce sont des pays en tous points comparables à l’archipel des Kerguelen. « Cayenne a laissé un très mauvais souvenir parce que les conditions y étaient insalubres. Evidemment, c’est pas ce que je préconise, j’ai parlé de Kerguelen où y a des conditions climatiques tout à fait acceptables. » En effet, les vents y soufflent généralement à 150 kilomètres/heure et atteignent parfois 200 kilomètres/heure, c’est vivifiant. Si les tentatives de colonisation ont toutes échoué (il n’y subsiste qu’une station scientifique), c’est sans doute parce qu’elles n’étaient pas conduites par des bagnards. [Pour se faire une idée des conditions de (sur)vie dans ce milieu, lire le beau récit de François Garde, Marcher à Kerguelen (Gallimard).]

 


 

« Monsieur Bigot a raison, applaudit Nadine Morano, il faut les sortir. » Les sortir très loin, jusqu’à ce qu’on appelait autrefois Îles de la Désolation. Laurence Saillet nuance : « Vous ne pouvez pas maintenir des gens en prison vingt ans ou trente ans pour des raisons d’opinion, ça n’a pas de sens. Mais en même temps vous ne pouvez pas les relâcher. » On rétablit la peine de mort, alors ? « Je répète que des pays comme la Nouvelle-Zélande ont été peuplés par des bagnards, insiste Guillaume Bigot. Ça s’est déjà fait ! » Et c’est une réussite : là-bas, ce sont des musulmans qui sont massacrés par un suprémaciste blanc. « Il faut frapper très fort. » Bombarder les mosquées. Nadine Morano s’interpose : « Je veux pas un débat sémantique » Rétention de sûreté à perpétuité, peine de mort, bagne meurtrier : tout ça, c’est de la sémantique.

Dimanche midi, sur BFMTV, Christophe Barbier lance une autre idée frappée au coin du non-sens. « On peut agir très rapidement, il faut relancer la loi Avia censurée par le Conseil constitutionnel, qu’on peut très bien remettre sur l’établi en changeant la Constitution. » D’abord en supprimant son outrancier préambule — la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. « Profitons de cette tragédie… » Providentielle, cette tragédie. « … Pour faire une loi Avia validée constitutionnellement, les grands opérateurs des réseaux sociaux auraient entre une heure et vingt-quatre heures pour faire disparaître les contenus haineux. » On ne va tout de même pas s’embarrasser de l’avis des juges, les Gafam peuvent très bien les suppléer. « Cette loi a été invalidée par le Conseil constitutionnel au nom de la liberté d’expression. » Ce Conseil est un nid d’islamo-gauchistes. Il faudrait le supprimer, le problème sera réglé, on pourrait abolir la liberté d’expression.

 


 

Comme le rassemblement en hommage à Samuel Paty débute place de la République, Christophe Barbier en profite pour dénoncer les complices de son bourreau. « Dans cette manifestation, il y a des arrières-pensées politiques. La France insoumise est attaquée depuis plus d’un an sur son laxisme, son islamo-gauchisme parce qu’elle s’est mêlée à une manifestation contre la prétendue islamophobie. Elle doit reconstruire une virginité républicaine. » Facile, il suffit d’envoyer les militants LFI aux Kerguelen, un archipel quasiment vierge.

Le soir, toujours sur BFMTV, Jean-Baptiste Boursier reçoit un participant à la manifestation. « Manuel Valls, vous étiez place de la République. » « Quand mon pays est attaqué, moi, je suis là », se vante le conseiller municipal de Barcelone allié à l’extrême droite espagnole. Et de fustiger « nos lâchetés, nos ambiguïtés, et à gauche notamment… » « Je vous arrête là-dessus, exulte Jean-Baptiste Boursier, parce que vous avez eu des mots extrêmement durs à l’endroit de La France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon, vous avez dit : “Ils ont une responsabilité dans cette lâcheté.” » Et donc dans l’assassinat de Samuel Paty. « Oui, bien sûr, cette gauche-là, vilipende Manuel Valls. La France insoumise, la gauche journalistique, Edwy Plenel, la gauche syndicale, l’Unef, la Ligue de l’enseignement, la Ligue des Droits de l’Homme, qui ont fait rentrer les théories de Tariq Ramadan en leur sein. » Ça va faire beaucoup de monde aux Kergeulen, il va falloir réquisitionner aussi l’île Amsterdam, l’île Saint-Paul et l’archipel Crozet.

 


 

Manuel Valls précise : « Je suis pas là pour diviser. » Pas du tout. « Mais il faut dire la vérité. » Désigner les complices de l’assassin de Samuel Paty. « Il faut interdire le CCIF [Comité contre l’islamophobie en France, qui assiste les musulmans victimes de discriminations, ndlr], il faut interdire BarakaCity [organisation humanitaire animée par des musulmans, ndlr]. » Pour ceux-là, je propose la Terre Adélie où, selon Guillaume Bigot, les conditions climatiques sont tout à fait acceptables. « S’il faut changer la Constitution, nous devons le faire. » C’est une manie. Guillaume Durand interroge : « Y compris en ne tenant plus compte du droit européen sur les libertés ? » « S’il nous faut, dans un moment exceptionnel, s’éloigner du droit européen, faire évoluer notre Constitution, il faut le faire. » On ne va pas se laisser contraindre par les arguties islamo-juridiques de la Commission européenne des droits de l’Homme. « Je l’ai dit en 2015, nous sommes en guerre. Si nous sommes en guerre, donc il faut agir, frapper. » Bombarder les locaux de Mediapart, de la Ligue des droits de l’Homme, de l’Unef, de la CGT, etc.

Lundi matin, toujours sur BFMTV, c’est au tour de l’invité de Jean-Jacques Bourdin, Nicolas Dupont-Aignan, de participer au grand concours d’idées liberticid… — pardon, libératoires. Il réclame le rétablissement de la Cour de sûreté de l’État, juridiction d’exception composée de magistrats et de militaires, créée à la suite des attentats de l’OAS et supprimée en 1981 après l’élection de Mitterrand. Il annonce qu’il va « déposer une proposition de loi sur le délit de persécution de prêche religieux qui veut imposer la charia à la place de la loi de la République ». Hum… Je m’étonne : Nicolas Dupont-Aignan veut créer un délit pour punir les personnes persécutant les prêches religieux qui prônent la charia. Serait-il devenu islamo-droitard ? « Il faut aussi modifier la Constitution. » C’est une manie. « Il faut mettre dans la Constitution la laïcité. » Voilà une idée visionnaire. D’ailleurs, l’article premier de la Constitution de 1958 stipule : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » C’est dire si Nicolas Dupont-Aignan est en avance sur son temps.

 


 Ce lundi matin, CNews et Pascal Praud sont toutefois les plus compétents pour proposer une synthèse équilibrée des propositions formulées depuis trois jours. Elisabeth Lévy vitupère : « C’est l’État de droit qui est le synonyme de notre désarmement. » Il nous faudrait une saine dictature. « Nous sommes ligotés par notre droit-de-l’hommisme… » Bien-pensant, qui plus est. « … Englués par les droits qui sont toujours pour ceux qui nous attaquent. » C’est au nom des droits de l’Homme que Samuel Paty a été assassiné. « C’est une question fondamentale, juge Pascal Praud. Est-ce que notre Etat de droit est impuissant ? » Pire que ça, répond Jean Messiha, du RN, reprenant à son compte l’argument d’Elisabeth Lévy : « La notion d’État de droit a été instrumentalisée pour protéger les pires ennemis et de l’État et du droit. » Puisqu’on vous dit que les droits-de-l’hommistes sont les alliés objectifs des terroristes. Elisabeth Lévy désespère : « Les Français de souche, ça n’existe pas, disait François Hollande ! » Certains islamo-préhistoriens prétendent même que les Français de souche ont émigré d’Afrique il y a 180 000 ans.

 


Pascal Praud offre le recul de sa culture historique. « Toute la logorrhée qui explique que la France est une terre d’immigration et que cette immigration aujourd’hui, c’est la même que les Italiens, etc., tout ça, c’est n’importe quoi, on le sait bien ! » On ne le savait pas en 1893 quand, dans les Bouches-du-Rhône, des pogroms massacraient des Italiens (du Sud) au prétexte que leur culture et leur religion était incompatibles avec celles des bons catholiques Français. « L’histoire des prénoms est très intéressante, ajoute l’animateur. Ça aussi, c’est tabou, l’histoire des prénoms. » Un tel tabou qu’Eric Zemmour l’évoque un jour sur deux à l’antenne de CNews.

« Je suis d’accord ! », s’exclame Pascal Praud à chaque intervention de la voix de la Raison incarnée par Jean Messiha. « Exceptionnellement, je vais demander à Elisabeth Lévy de nous quitter, Gérard Leclerc va vous remplacer. » Je regrette déjà le sens de la nuance de la directrice de Causeur. « Parce que nous avons trois représentants politiques que sont Jean Messiha du RN, Florian Bachelier de LREM, Nadine Morano de LR, donc je trouverais ça inégal qu’un représentant politique s’en aille. » Si l’on congédiait un des trois représentants de droite, de droite extrême et d’extrême droite, le plateau serait déséquilibré.

 


 

Pascal Praud s’emporte : « On répète en boucle les mêmes choses ! » Je confirme : l’animateur et ses invités professent chaque jour racisme, xénophobie et islamophobie. « On répète que les parents d’Italiens dans les années 30, 40, 50, interdisaient à leurs enfants de parler italien. » Alors qu’aujourd’hui tous les parents arabophones interdisent à leurs enfants de parler français, c’est bien connu. « L’histoire des prénoms, c’est passionnant. Bonaparte et nos anciens n’étaient pas idiots lorsqu’ils disaient que les prénoms devaient être uniquement ceux du calendrier. » Je me sens visé. Mon prénom ne figurant pas dans le calendrier, vais-je être déchu de ma nationalité ? Envoyé au bagne de Kerguelen ?

« Par exemple, plaide Pascal Praud, Aldo Platini, il appelle son fils Michel, pas Michele. » Quand je pense à tous ces Français « de souche » qui ont nommé leurs enfants Enzo, Matteo, Adriana, Aurelia, Aria, Celia, Marco, Lorena, Giani, Livia, Olivia, Mario, Priscilla, Fabio, etc., je me demande où l’on va pouvoir mettre tous ces bagnards. Il faudrait racheter à la Nouvelle-Zélande et à l’Australie leurs parts de l’Antarctique pour tous les caser. Nadine Morano renchérit : « Ma mère s’appelle Monique. » Et pas Monica, sans quoi elle se serait engagée dans les Brigades rouges ou Action Directe. « Là, y a un vrai souci, psalmodie Pascal Praud, parce qu’on ne veut pas aller en face de ça. » Emmanuel Macron n’a toujours pas proposé la déchéance de nationalité ni la déportation vers les terres australes pour les porteurs de prénoms à consonance terroriste.

 


 

Pascal Praud insiste : « Moi, je vous pose la question : est-ce que les prénoms des gens qui naissent en France doivent être des prénoms français ? » Par exemple, Tugdual Denis, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, doit-il être déchu de sa nationalité et envoyé au bagne des îles Crozet pour le punir de porter un prénom breton ? « Et ça, c’est des vraies questions, et comme toujours on veut pas y répondre. » Alors qu’il suffirait de modifier la Constitution et de sacrer un nouveau Napoléon. « Et on se fait traiter de raciste, de fasciste, de tous les noms quand on en parle. » Mais pas du tout. Seulement de défenseur de la laïcité pétainiste.

Pascal Praud n’en finit plus de répéter le leitmotiv de son mentor Eric Zemmour : « Moi, si je vous dis qu’il faut remettre des prénoms français en France ? La loi doit changer et tous les enfants de France doivent avoir des noms de saints ? » « Je crains que ce ne soit pas le cœur du problème », se défausse Gérard Leclerc, victime d’une crise de bien-pensance droit-de-l’hommiste. « Il faut accepter l’idée que certaines immigrations sont incompatibles avec la France, intervient Jean Messiha. Aujourd’hui, ceux qui ne sont pas contents en France y restent parce que l’État Providence fait qu’ils peuvent vivre de manière confortable. » Feignants et profiteurs en plus d’être islamistes. « Ce qu’on appelle les transferts sociaux deviennent quasiment des transferts ethniques. » Qui servent à financer le terrorisme. « C’est vrai, c’est vrai ! », applaudit Nadine Morano, qui tient à se démarquer du RN.

 


 

« Un petit mot sur Jean-Luc Mélenchon, reprend Pascal Praud, il était hier à la manifestation après avoir été l’an dernier à une manifestation contre l’islamophobie avec des Frères musulmans. » Et en soutien au terrorisme, belle hypocrisie. « Ecoutez ce que disait Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo, qui était ce matin sur RTL et qui fustige Jean-Luc Mélenchon. » Pascal Praud apprécie : « Il a tellement raison… » Et de déplorer « la complicité médiatique, des gens qui ont été formés dans des écoles de journalisme, qui sont pour la liberté d’expression ». Et qui passent leur temps à inviter Richard Malka, Michel Onfray, Jean Messiha. « Ils prennent les attaques contre l’islam comme des attaques racistes, ce qui n’est pas le cas du tout ». Ce sont seulement des attaques contre les crouilles, les bicots et les bamboulas. « C’est une religion qui est attaquée, c’est pas du tout une couleur de peau, c’est pas une race. » Ça m’avait échappé mais il semble que Manuel Valls (ou Nicolas Dupont-Aignan) ont déjà abrogé l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen prescrivant que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses ».

Florian Bachelier, député LREM, cite l’archétype du complot antifrançais : « C’est Traoré. » « Exactement !, approuve Pascal Praud. Quelle honte pour la presse française quand madame Traoré fait la une de M Le Monde ! » Les journalistes du Monde feraient bien de se préparer à une croisière dans les Cinquantièmes Hurlants qui les mènera au bagne. « Quelle honte, quelle défaite pour le journalisme français ! Quelle soumission ! Et personne ne dit rien, sauf sur ce plateau. » La charia règnerait déjà sur la France s’il n’existait L’heure des pros. Jean Messiha complète : « Le système progressiste promeut la pire des immigrations antinationales comme madame Traoré et le gang de Traoré ! » Qui ont l’outrecuidance de réclamer les mêmes droits que les vrais Français. Pascal Praud déplore : « La valeur absolue du Monde ou du New York Times, c’est le progressisme. » Jean Messiha précise : « Le gaucho-progressisme. » Euh… Attendez, je suis perdu. Il y avait déjà les islamo-gauchistes, les islamo-collabos… Nous voici donc aux prises avec des islamo-gaucho-collabo-progressites.

 


 

Florian Bachelier, le représentant LREM, dénonce de nouveaux complices : « On découvre qu’une grosse partie des maires élus aux dernières municipales sont accoquinés avec ce mouvement indigéniste. » Ce qui nous fait des islamo-gaucho-indigéno-collabo-progressites « Je trouve ça un peu fort de café que la prise de conscience arrive seulement maintenant. » « Mais on en parle tous les matins ici ! », revendique fièrement Pascal Praud avant de proposer : « On écoute la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, il y a deux semaines. Et elle est toujours en place ! On aurait dû la sortir ! » L’envoyer au bagne élever des manchots. Sur Europe 1, Sonia Mabrouk demande à la ministre de reconnaître que les clubs sportifs sont submergés par la radicalisation. « On a besoin d’objectiver, nuance Roxana Maracineanu. Ce phénomène est fondé sur des on-dit mais il n’y a pas de données objectives pour mesurer la radicalisation. » Si, il y a les données de Pascal Praud, dont la recension des prénoms antifrançais fait référence.

« Il faut libérer le pays !, tonne Nadine Morano. Il y a trop d’immigration en France ! » Pascal Praud complète : « Et il faut poser le problème de l’islam. » Pléonasme : quand Nadine Morano dénonce l’immigration, ce n’est pas celle des catholiques autrichiens. Florian Bachelier suggère : « Il faudrait peut-être réintroduire le service militaire. » Merci de le rappeler, j’avais failli oublier.

« Ivan Rioufol est avec nous », annonce Pascal Praud. Exceptionnellement en duplex de chez lui car, comme chaque jour, « vous serez avec nous ce soir, précise l’animateur. Force est de reconnaître que les analyses d’Ivan Rioufol sont aujourd’hui infiniment plus audibles dans la société française ». CNews a été pionnière, ça fait un bail qu’elle juge audible les « analyses » de l’éditorialiste du Figaro, par exemple quand il déclare : « Heureusement qu’il y la fachosphère parce que c’est là que les vérités se disent. » « Il a été stigmatisé, traîné dans la boue, traité de fasciste, se lamente Pascal Praud. Mais il est simplement journaliste. » Comme Brasillach.

 


 

Ivan Rioufol désespère : « Ça fait vingt ans et plus que nous sommes quelques-uns à hurler dans le désert. » Et sur CNews, et dans Valeurs actuelles, Le Figaro, Le Point, et dans les meetings des Le Pen. « Et aujourd’hui, si on ne se réveille pas, on meurt. » Exterminés par une horde de Sarrasins. « Si nous ne voulons pas affronter l’ennemi, nous allons mourir. » Décapités par millions. « Nous sommes en guerre. » Là-dessus, tout le monde est d’accord. « Le danger ne vient pas seulement de l’islamisme mais aussi des Français qui portent des prénoms français… » Les traîtres ! Si on ne peut même plus se fier aux prénoms. « … Et qui depuis trente ans ont abandonné la France par lâcheté, par paresse, par compromission avec l’ennemi et ils sont aussi dangereux sinon plus que les islamistes. » On ne compte plus les attentats imputables à la Ligue des droits de l’Homme. « Il faut combattre cette haine de soi qui a fait de nous un peuple vulnérable, il faut mettre en cause aussi tous les collabos des islamistes, et il y en a une palanquée. » Nos bagnes antarctiques ne vont pas suffire, il va falloir en implanter sur la Lune, réputée pour son climat tempéré.

Florian Bachelier, de LREM, applaudit : « Je partage chaque mot de ce que dit M. Ivan Rioufol. » Pascal Praud s’enquiert : « Nous sommes en guerre, vous partagez ? » « Evidemment. » « Chacun va devoir choisir son camp, prévient l’animateur. Gérard Leclerc, vous partagez chaque mot ? » « Oui, même s’il minimise les réseaux sociaux, qui sont une arme épouvantable. » Bien plus épouvantable que CNews. Pascal Praud félicite Ivan Rioufol : « Tout le monde est à 100 % d’accord avec ce que vous venez de dire. » De LREM au RN en passant par LR (et par les animateurs de CNews, ça va de soi), tout le monde est d’accord avec la fachosphère. Voilà qui ouvre de nouvelles perspectives pour la colonisation de Mars par des bagnards.

 

Source : https://www.telerama.fr/ecrans/apres-le-meurtre-de-samuel-paty-le-concours-lepine-des-idees-dextreme-droite-6717846.php