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Défendant la 5G pour rassurer le panel d’entrepreneurs de la FrenchTech qu’il avait devant lui, Emmanuel Macron a prononcé lundi la phrase suivante : « Je ne crois pas que le modèle amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine. » Largement relayée et raillée sur les réseaux sociaux, Pierre1911, un géo-trouvetout français de l’autonomie alimentaire et énergétique vient apporter ici sa contribution au débat. Cette phrase qui se voulait piquante vise en fait dans le mille : les Amish sont bien des modèles de la souveraineté alimentaire. Explications.
Le gouvernement startup nation fait la promotion d’un modèle de société qu’il sait non soutenable et dangereux pour l’humanité. Un gouvernement qui ne change pas de logiciel malgré les toutes dernières alertes.
La crise du COVID19 et ses conséquences ont révélé l’extrême fragilité du monde dans lequel nous sommes et la folie de son organisation. En premier lieu sur la question de la souveraineté alimentaire.
D’ailleurs, ce sont des thèmes que les dirigeants ont été obligés d’aborder face à une menace réelle et fondée. Dans son discours du 12 mars 2020 le président MACRON disait, je cite :
« Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. »
Au début du mois d’avril 2020, l’ONU et l’OMC mettaient en garde l’humanité contre un risque de crise alimentaire mondiale liée au coronavirus.
« Les incertitudes liées à la disponibilité de nourriture peuvent déclencher une vague de restrictions à l’exportation, provoquant elle-même une pénurie sur le marché mondial. », sont des phrases tirées d’un communiqué commun du président Qu Dongyu, de la FAO, de Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur-général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de Roberto Azevedo, dirigeant de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Celle bien évidement du climat, mais aussi, celle de notre souveraineté alimentaire. Pendant la promotion de la 5G :
– nous sommes toujours à moyenne de 1,5 suicide par jour chez les agriculteurs.
– les maraichers gagnent en moyenne 300 euros par mois
– la très grande majorité des agriculteurs n’a pas un modèle économique viable sans subvention de type PAC.
– les denrées alimentaires sont totalement dépendantes du pétrole pour sa production comme pour son transport.
– le gouvernement n’a mis aucune action en place pour garantir notre sécurité alimentaire.
Photo du potager de Pierre
La récolteNous sommes majoritairement dépendants de l’extérieur pour nous nourrir. Pas seulement pour les fruits et légumes importés, mais aussi pour les intrants comme par exemple le blé que nous exportons contre du phosphore. Ce minerai est absolument nécessaire à la fabrication d’engrais chimiques, engrais dont il est impossible de se passer dans l’agriculture conventionnelle (voir les écrits de Stéphane LINOU à ce sujet).
Dans son discours le président MACRON prétend que la non installation de la 5G serait un retour à la lampe à huile.
Le propos comme l’idée sont purement malhonnêtes. Si la 5G n’était pas déployée le réseau actuel ne serait pas démantelé. Le réseau de communication en place n’est pas composé de sémaphores, la 3G et la 4G sont opérationnels.
Je suis de ceux qui pensent que cela est suffisant voir déjà trop.
Et pour information, je suis obligé d’aller dans les bois pour accrocher péniblement la 3G. Pour autant, même si cela pourrait avoir un impact bénéfique direct sur ma petite personne, je ne souhaite pas voir un relais supplémentaire s’installer ici ou ailleurs.
En 100 jours, Pierre et Caroline ont atteint une autonomie alimentaire en légumes pour 6 à 8 personnes – Source
Mais le propos le plus scandaleux est la mention au modèle Amish. Les Amish sont une référence agricole mondiale inégalée à grande échelle. Et nous parlons bien SEULEMENT du modèle agricole. Les autres questions comme par exemple la religion ne sont PAS des modèles.
Ils sont une référence mondiale sur au moins trois points :
– Une capacité pour l’intégralité de leur communauté à s’autosuffire avec une agriculture sans énergie fossile, respectueuse des sols et à haut rendement y compris sur les céréales.
– la préservation génétique des variétés végétales anciennes, adaptées à leur territoire et plus résilientes face à la crise climatique
– la préservation génétique des chevaux de trait lourds aptes aux travail
Pierre utilise aussi la traction animale
Résultat : le modèle Amish sur le plan agricole et organisation agricole est l’alternative qui peut sauver immédiatement des centaines de milliers voir des millions de personnes du risque alimentaire. Le modèle agricole tel qu’il est organisé actuellement est une pure folie, ce sont les mots du président Macron dans une de ses allocutions durant la crise du COVID. A méditer.
16 septembre 2020 - La Relève et La Peste
La nation du « paiement tout numérique » fait marche arrière : une nouvelle loi vient d’entrer en vigueur pour obliger les banques à fournir des services en liquide. Une petite victoire contre les inégalités sociales et les craintes face aux possibles cyberattaques
Qui, ces derniers temps, aurait misé une seule couronne sur la pérennité de l’argent liquide en Suède? Dans ce pays où l’on peut tout payer par carte bancaire, sans minimum d’achat, que ce soit un paquet de chewing-gums ou un ticket de bus, ils sont de plus en plus nombreux à n’avoir aucune pièce ou aucun billet dans leur porte-monnaie.
Dans les églises, la traditionnelle quête a été remplacée par la possibilité de verser son obole par Swish, un système de paiement instantané par téléphone qui lie votre numéro à votre compte bancaire. Même les mendiants, plutôt que de tendre la main en vain, arborent sur leur poitrine leur numéro de Swish. Les 56 milliards de couronnes qui circulent encore dans le pays ne représentent plus que 1,2% du PIB, le plus bas niveau du monde (la moyenne dans l’Eurozone est de 10%), et le cash n’est plus utilisé que dans 6% des transactions.
La Suède se vantant d’adopter au plus tôt les nouvelles technologies, ces performances étaient célébrées comme le signe d’une société « agile », rapide, efficace… jusqu’à ce 1er janvier 2020. La nouvelle année a vu en effet l’entrée en vigueur d’une loi sur « l’obligation des institutions de crédit de fournir des services en argent liquide », aux dispositions plutôt radicales dans cette économie « tout numérique ». Les Suédois doivent maintenant pouvoir retirer de l’argent liquide – et en déposer pour les entreprises – dans un rayon de 25 kilomètres autour de leur domicile. Une disposition qui doit s’appliquer à 99,7% de la population, les autres 0,3% vivant dans des recoins trop reculés de Laponie. La mesure a été adoptée à la quasi-unanimité des députés en novembre dernier et accorde un an aux banques pour se mettre en conformité, l’autorité de supervision bancaire se donnant le droit d’amender les récalcitrants.
Pour Per Bolund, ministre des Marchés financiers, il s’agit de laisser à chaque Suédois la liberté de choisir ses moyens de paiement, et de protéger les plus vulnérables : « Le paiement électronique présente beaucoup d’avantages, mais on doit aussi pouvoir utiliser le cash. Les personnes âgées, les handicapés, ceux qui viennent d’arriver en Suède doivent pouvoir payer en liquide. » Le déclin du cash est si rapide en Suède – la proportion de paiements liquides dans les commerces a chuté de 40% en 2010 à 15% en 2016 – que ce choix risquait bientôt de ne plus être possible. Les agences bancaires sont de plus en plus nombreuses à n’offrir aucun service en argent liquide et, en ville, il faut parfois marcher de longues minutes avant de trouver un distributeur de billets. Les magasins qui refusent le cash – c’est légal – se multiplient, et même l’accès aux toilettes publiques se fait au moyen d’une carte.
Lire aussi : La Suède, un pays sans cash
Ainsi, la motivation profonde de cette nouvelle loi, et donc de ce revirement, est avant tout sociale. Si l’argent est injuste, ségrégateur, l’argent numérique l’est encore plus. Il implique, en Suède, d’avoir un numéro universel d’immatriculation, un compte en banque, un domicile fixe, ce que n’ont pas les immigrés, les touristes ou les personnes dans des situations de grande précarité. Il demande de maîtriser les outils numériques, de consulter son compte bancaire sur un ordinateur portable, de savoir envoyer de l’argent par téléphone. Il exige un accès permanent au réseau téléphonique et à internet, ce qui n’est pas toujours le cas en zone rurale. Et, enfin, il empêche tous ceux qui ne remplissent pas ces conditions d’acheter biens et services.
« C’est un argument que l’on emploie depuis longtemps et qui a enfin été écouté », se félicite Björn Eriksson, policier à la retraite qui milite pour le maintien du cash à la tête de l’association Kontantupproret. « Presque tous les partis ont voté cette loi pour forcer les banques à faire leur travail. » Une unanimité d’autant plus grande que cette méfiance autour de l’argent électronique, aujourd’hui, ne concerne plus seulement les marges de la société. La Banque centrale suédoise, soucieuse de voir disparaître un moyen de paiement dont elle a le monopole, « garanti par l’Etat », s’est félicitée de ce « pas dans la bonne direction ».
Du côté de la sécurité civile, on s’inquiète aussi des risques en cas de guerre ou de cyberattaque : que deviendrait un pays sans aucun moyen de paiement ? Chez les jeunes, ce sentiment progresse également, pour d’autres raisons : « Quand vous entendez ces nouvelles venues de Chine sur le fichage électronique des citoyens à travers leurs achats, comment pouvez-vous être sûr que ce genre de surveillance ne va pas arriver dans des pays comme la Suisse ou la Suède ? » s’alarme Björn Eriksson. « Ce n’est peut-être pas pour demain, mais je rencontre de plus en plus de jeunes, de cadres très bien insérés qui limitent leurs achats par carte car ils craignent Big Brother ! »
Lire aussi : La Suède, le pays où les riches savent rester discrets
En Suède, pour l’instant, les seuls commerces où les consommateurs hésitaient à utiliser leur carte bancaire étaient les Systembolaget, ces magasins d’Etat qui sont les seuls autorisés à vendre de l’alcool et où les buveurs honteux ne veulent pas laisser de traces de leur paiement… Mais cette liberté sera-t-elle encore là dans quelques années ? « On a gagné une première bataille avec les banques, mais cela ne servira à rien si les boutiques et les commerces sont de plus en plus nombreux à refuser le cash. Il faut obliger certains d’entre eux à faire machine arrière », continue Björn Eriksson. « C’est notre prochaine bataille. » Interrogé sur ce point, le ministre Per Bolund a répondu au Temps que le comité parlementaire qui avait élaboré cette nouvelle loi avait écarté ce scénario… pour l’instant.
Samuel Gontier, Richard Sénéjoux
Publié le 21/09/20
Dans son film “Un pays qui se tient sage”, en salles le 30 septembre, David Dufresne interroge le maintien de l’ordre en laissant parler les victimes de la répression policière qui ont émaillé le mouvement des Gilets jaunes. Entretien avec un ex-journaliste touche-à-tout à l’esprit punk, qui oppose au formatage des chaînes info la pluralité des voix et des images.
Toujours en mouvement. Quand nous le rencontrons dans les bureaux parisiens de son producteur, David Dufresne est en plein tour de France pour présenter son film, Un pays qui se tient sage. Où il questionne le maintien de l’ordre à travers les images de violences policières qui ont émaillé le mouvement des Gilets jaunes. Des images parfois très dures, dont le passage sur grand écran saisit le spectateur. « Dans les salles, les gens, de tous profils et âges, sont très concentrés derrière leur masque et restent pour débattre et pour témoigner, raconte-t-il. Cela montre bien que la question de la place de la police dans la démocratie traverse toute la société, au-delà de l’institution elle-même, des syndicats et des militants. »
Après être passé par L’Autre Journal, Best, Actuel, Libération, i>Télé (aujourd’hui CNews), Mediapart, il a quitté le journalisme pour cultiver sa liberté. Rencontre avec un inclassable touche-à-tout, capable de se passionner pour l’affaire Tarnac (nom du village corrézien où furent arrêtés Julien Coupat et ses proches, soupçonnés de sabotages de lignes TGV en novembre 2008), Pigalle, Brel ou les prisons américaines, et qui n’a rien perdu de l’« esprit punk » de ses débuts.
Pour voir la bande-annonce cliquer sur ce lien :
https://www.youtube.com/watch?v=FDCnWwan7IM&feature=emb_logo
Pendant les manifestations des Gilets jaunes, vous avez recensé sur Twitter les violences policières à la façon d’un lanceur d’alerte, puis publié un roman, Dernière Sommation (éd. Grasset). Pourquoi un film aujourd’hui ?
Le fil Twitter Allô place Beauvau
a apporté un contrechamp à ce que diffusaient en continu les
télévisions et a servi à interpeller les journalistes qui, d’après moi,
ne faisaient pas le boulot. Le roman présente ma vision personnelle,
intime de ces événements. Le film est une synthèse destinée à nourrir le
débat et à engendrer une analyse collective. C’est pourquoi les
intervenants sont issus d’univers très divers et je n’y apparais
absolument pas.
Issues des réseaux sociaux, la plupart des images ont jusqu’ici été visionnées essentiellement sur les mobiles. Qu’apporte leur passage sur grand écran ?
Sur nos téléphones, on fait défiler les images
puis… on les oublie. Je voulais qu’on s’y arrête, qu’on s’y attache,
qu’elles soient gardées telles qu’elles ont été tournées ou saisies par
leurs auteurs, vidéastes amateurs ou semi-pro. Si le son, souvent de
mauvaise qualité pour cause de compression numérique, a beaucoup été
travaillé, les images, elles, présentaient un réel intérêt
cinématographique. La séquence de l’éborgnement de Jérôme Rodrigues, un
des leaders Gilets jaunes, est incroyable : son téléphone tombe sur son
ventre pile comme il faut pour filmer, dans un cadre parfait, la colonne
et le Génie de la Bastille ! De même, le plan séquence du tabassage
dans le Burger King est en fait un étonnant travelling, que n’ont jamais
montré les télévisions.
Certaines images sont parfois à la limite du soutenable. Ne craignez-vous pas de rebuter les spectateurs ?
On
aurait pu réaliser un film bien plus gore par des effets
d’accumulation, de ralenti, de musique… On est le plus en retenue
possible. Je comprends tout à fait que des gens baissent les yeux dans
la salle. Mais ce qui est dur, ce ne sont pas les images, c’est la
réalité. Et il faut la voir en face. Les violences policières ont été
ignorées pendant près de quarante ans. L’indifférence et la cécité sont
plus violentes que les images.
Dans le film, les intervenants réagissent deux par deux – policiers, sociologues, journalistes, avocats, manifestants… – aux images des violences. Pourquoi ce dispositif ?
Pour instaurer le
dialogue. Montrer qu’il reste encore un espace pour discuter dans ce
pays, même quand les visions sont diamétralement opposées. Il ne s’agit
pas de produire des clashs à la BFM ou CNews, mais de filmer l’émotion
et la pensée. Si ce dialogue n’est plus possible, on risque de basculer
dans la guerre civile, comme aux États-Unis, où en août un jeune
suprémaciste de 17 ans a tué deux manifestants à coups de
fusil-mitrailleur à Kenosha.
L’identité des intervenants n’est révélée qu’à la fin. Vous risquez de désorienter le spectateur…
C’est un vrai choix artistique. Ce qui compte, c’est ce qui est dit, et non qui le dit. Si je vois une incrustation qui précise qu’untel est policier, avocat, chercheur ou Gilet jaune, je plaque mes préjugés sur ce que la personne va dire. Effacer les fonctions gomme la hiérarchie sociale… Certains prennent le général de gendarmerie Cavallier pour un penseur de l’extrême gauche ! À la télé, les incrustations sont là pour éviter le zapping. Dans une salle de cinéma, on peut faire confiance à l’intelligence et au plaisir d’écouter.
“Il y a un continuum entre ce qui se passe depuis quarante ans dans les quartiers populaires et ce qui est arrivé aux Gilets jaunes.”
Pourquoi n’y a-t-il aucun représentant du ministère de l’Intérieur ou de la préfecture de police ?
Ils
n’ont pas voulu nous parler. C’est un manque de courage politique qui
montre que l’institution n’est pas prête à dialoguer. Et aussi une
marque de fébrilité. En off, les policiers sont pourtant les premiers à
dire qu’il y a des problèmes. Mais dès qu’ils commencent à parler, à
l’image du fonctionnaire rouennais qui a révélé le racisme de flics dans
un groupe WhatsApp, ils sont ciblés comme des traîtres.
Le titre du film fait allusion au commentaire d’un policier – « Voilà une classe qui se tient sage » – quand il filme des lycéens mis à genoux à Mantes-la-Jolie (1). Mais tout le reste du documentaire traite des Gilets jaunes…
C’est
déjà à Mantes-la-Jolie en 1991, après la mort d’un jeune homme, que la
police a commencé à parler de « violences urbaines ». De mon côté, après
les révoltes de 2005 dans les banlieues, j’ai réalisé un film (Quand la France s’embrase)
et écrit un livre sur le maintien de l’ordre. Il y a un continuum entre
ce qui se passe depuis quarante ans dans les quartiers populaires et ce
qui est arrivé aux Gilets jaunes. Dans Un pays qui se tient sage, un
intervenant dit que les banlieues ont servi de laboratoire à la police.
C’est un film sur la violence d’État et la démocratie, pas sur la
banlieue ou les Gilets jaunes. On interroge le rôle de la police et sa
place dans la société.
Que reprochez-vous aux médias dans le traitement des manifestations de Gilets jaunes, et particulièrement des violences policières ?
À
la télé, la violence a été atténuée. On a montré un croche-pied, un
policier qui lance un pavé dans le vide, un autre qui donne une paire de
gifles. Les vraies violences, on ne les a quasiment pas vues. Et quand
c’était le cas, elles étaient floutées ou accompagnées de commentaires
de syndicalistes policiers pour dire en gros « c’est bien fait pour
eux ». Souvent, les chaînes ajoutaient un tampon « images Twitter ou
Facebook », comme pour pour dire aux téléspectateurs « méfiance », on ne
sait pas d’où ça vient. Bref, on a dévalorisé des images qui sont
pourtant à mes yeux celles d’un soulèvement.
Pourquoi choisissez-vous la citation du sociologue allemand Max Weber (1864-1920) comme point de départ du film ?
Sur les plateaux télé, syndicalistes policiers et journalistes répètent que l’État « détient » le monopole de la violence légitime en tronquant la phrase de Weber. Il a écrit : « L’État revendique pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. » C’est
très différent, ça appelle à la négociation, à la discussion sur la
question de la légitimité. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin,
l’a encore déformée il y a peu en déclarant « la police détient »… Et quand Emmanuel Macron prétend que « les termes violences policières et répression sont inacceptables dans un État de droit », il refuse tout débat. Il faut aussi livrer la bataille des mots.
Cet été, les déclarations martiales se sont multipliées, on a entendu les termes « sauvagerie », « ensauvagement », « été Orange mécanique »… La question du racisme et des violences policières a disparu.
Ces
dernières semaines, la reprise en main du discours me paraît
hallucinante. On voit très bien que 2022 s’annonce comme 2007. Je me
souviens du débat de l’entre-deux-tours où Ségolène Royal avait dit « Moi, je suis pour l’ordre juste », et Nicolas Sarkozy avait répondu « Je suis juste pour l’ordre ». Je
ne marche pas dans cette combine de « moi ou le chaos », « la
république ou le fascisme », Macron ou Le Pen. C’est infantilisant,
dégradant. Mon film rappelle qu’on pourrait réfléchir autrement.
“Je m’intéresse à la police depuis qu’elle s’intéresse à moi. À 16 ans, je fais un fanzine punk-rock à Poitiers et je suis convoqué par les RG…”
De nombreux politiques prétendent que la sécurité est la première des libertés, voire le premier des droits de l’homme…
Il
faut revenir à l’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme et
du citoyen. Il résume toute la question de la force publique, « instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ».
Je n’oublie pas que les révolutionnaires de 1789 instaurent une force
publique. Qu’une des premières préoccupations des communards est d’avoir
une police à eux. Les communards, c’est-à-dire l’idéal
révolutionnaire ! « Force publique » signifie soumise à publicité, elle
doit rendre des comptes. Aujourd’hui, le téléphone portable, avec ses
vidéos, réalise ce vœu d’une force soumise à la vue de tous.
D’où vient votre intérêt déjà ancien pour la question du maintien de l’ordre ?
Je
m’intéresse à la police depuis qu’elle s’intéresse à moi. À 16 ans, je
fais un fanzine punk-rock à Poitiers et je suis convoqué par les
Renseignements généraux, qui soupçonnent certains contributeurs d’avoir
commis des actes terroristes. Ça tombait mal, j’étais seul à faire le
journal… avec plusieurs signatures ! C’était en 1984. En 1986, j’arrive à
Paris et je manifeste dans le Quartier latin contre la loi Devaquet. Le
soir de la mort de Malik Oussekine, rue Monsieur-le-Prince, je suis
tout près, à deux rues. J’ai les voltigeurs aux trousses, qui me
frappent. Je ne l’oublierai jamais. Je découvre le monde adulte et la
brutalité.
Pourquoi êtes-vous parti au Canada de 2011 à 2018 ?
J’avais
été très marqué par les émeutes de 2005, parce que je vivais à
Saint-Denis. C’était les années Sarkozy, j’avais envie d’aller voir
ailleurs. C’est mon côté fan de Brel, qui disait toujours : « Il faut aller voir. »
Je faisais aussi le deuil du journalisme à la suite du traitement
médiatique de l’affaire dite « de Tarnac », qui, la justice l’a dit dix
ans plus tard, s’est révélée être une fiction. En donnant toujours un
même son de cloche, les chaînes info ont tué le journalisme. Le
basculement date de la première guerre du Golfe avec CNN et le phénomène
d’embedment, ces reporters embarqués avec les militaires.
À votre retour, vous partez prendre le pouls de la France sur les traces de Brel à Vesoul. Dans votre livre On ne vit qu’une heure, on sent en germe la révolte des Gilets jaunes. Ce mouvement n’a pas dû vous étonner ?
J’ai
quand même été très surpris par son ampleur. L’idée du livre était de
voir ce qu’il reste de la France de Brel dans le pays d’aujourd’hui. Je
rencontre le frontiste du coin, le « cochon de bourgeois », les p’tits
vieux à l’Ehpad, les écoliers… Le livre sort en octobre 2018 et, un mois
plus tard, il y a les Gilets jaunes. Il ne m’a pas fallu longtemps pour
dire « ça, c’est le peuple » quand les journalistes parisiens nous disaient « ça, c’est des fascistes, c’est l’extrême droite, c’est des antisémites ».
Non ! Il y en avait, bien sûr, à l’image de la société. Ensuite, les
violences policières m’ont ramené à mon travail précédent, sans que j’en
sois conscient. Comme si je revenais à l’époque de mon départ pour le
Canada pour constater que rien n’a changé, et même que ça empire.
Dans ce livre sur Brel, vous dites être saisi par des obsessions que vous creusez jusqu’au bout. Pourquoi en privilégier une plutôt qu’une autre ?
Le
point commun, c’est la liberté. Je m’intéresse à des héros de la
liberté. Comme Brel, un type qui arrête en pleine gloire et se remet en
cause, lui qui vient de la bourgeoisie la plus convenue. Ou le Pigalle
des années 1980, avec ses derniers apaches, le triomphe du rock
alternatif dans un mouchoir de poche, le New Moon, dont je me rends
compte qu’il a aussi abrité le QG des impressionnistes cent ans avant et
une des toutes premières boîtes de jazz dans les années 1920. À
l’inverse, je m’intéresse aussi à ceux qui rétrécissent les libertés. Le
webdoc Prison Valley explorait
le capitalisme carcéral, car, aux États-Unis, la prison est un marché,
et le prisonnier, une marchandise… Donc je suis toujours guidé par la
liberté, ses amis comme ses ennemis.
“Je suis très influencé par dada, les situationnistes,
le punk, par cette idée qu’il faut être conséquent.”
D’où aussi une passion précoce pour Internet…
Là
encore, c’est la liberté. L’idée que tout le monde peut émettre sans
demander l’autorisation à qui que ce soit. Déjà, à 13 ans, je
participais à la création d’une radio libre à Poitiers. Quand Internet
arrive, en 1994… le bruit du modem… C’est la révolution. Je me retrouve
dans un réseau de webmestres, on fait même un manifeste du Web
indépendant, contre les marchands, à une époque où les Gafa n’existaient
pas… Mark Zuckerberg était encore à l’école !
Cette liberté peut coûter cher quand on est freelance, sans certitude du lendemain.
Oui,
j’ai quitté des endroits où je gagnais très bien ma vie mais où je me
serais vite ennuyé. Je suis très influencé par dada, les
situationnistes, le punk, par cette idée qu’il faut être conséquent. Et
la conséquence, vous la payez.
Vous expérimentez de multiples formes, du roman au récit en passant par le documentaire ou le webdoc, dont vous avez été un des pionniers.
C’est
pour renouveler le plaisir à chaque projet, ne pas être dans la
répétition. Informer, étymologiquement, ce n’est pas donner des
informations, c’est « mettre en forme ». Un pays qui se tient sage
a nécessité des mois de maturation, de réflexion. Le sel du métier, qui
ne serait plus celui de journaliste mais celui de narrateur, c’est de
réfléchir à la forme. Beaucoup de choses meurent du formatage.
Que répondez-vous à ceux qui vous jugent « militant » ou « activiste » ?
Je
réponds : parlons du travail. Où y a-t-il erreur ? J’ai toujours dit
d’où je parlais, ce qui n’est pas le cas de mes détracteurs. Ce qui me
gêne, ce n’est pas les gens engagés, ce sont ceux qui masquent leur
engagement. Un pays qui se tient sage est un contre-récit. Je
ne prétends pas que ce soit le seul valable, mais, en face, les chaînes
d’information servent un discours univoque en répétant, comme Margaret
Thatcher : « Il n’y a pas d’alternative. » Mais si !
(1) Le 6 décembre 2018, cent cinquante et un lycéens sont interpellés après des incidents en marge d’une manifestation puis forcés par les policiers de se tenir à genoux mains sur la tête pendant plusieurs heures.
À voir
Un pays qui se tient sage, documentaire de David Dufresne, en salles le 30 septembre.
À lire
Corona Chroniques, éd. du Détour, en librairie le 1er octobre.
Il est celui que l’on appelle " le lanceur d’alerte du futur " ou " le guide spirituel d’une génération rebelle ". C’est l’écrivain, auteur de science-fiction Alain Damasio. Au printemps 2019, il publiait " Les Furtifs " (La Volte), Prix de l’Imaginaire 2020. Il nous livre ici quelques réflexions sur la crise sanitaire que nous vivons, l’enseignement ou le monde du travail. Décapant
"Distanciation sociale, c’est un mot qui fait mal."
Alain Damasio comme la plupart d’entre nous est resté confiné pendant plusieurs mois. Même s’il ne remet pas en question la nécessité d’agir contre le coronavirus, la distanciation sociale est, pour lui, un vrai problème de société.
" C’est un ersatz. Ça enlève le corps et ça dématérialise encore un peu plus notre société. Cela fait référence à un mode de vie qui est distancié, un fonctionnement qui suppose que les Réseaux sociaux constituent un relationnel suffisant. C’est faux. Rien ne remplacera le face-à-face entre les individus, le ressenti, le magnétisme de l humain "
Selon Alain Damasio, les conséquences de ce Covid vont être très lourdes. Les faillites sont déjà présentes et continueront à s’amplifier.
Mais la vraie question, selon lui, c’est que va faire l’état ?
"Aujourd’hui, on ne sait pas ce que l’Etat si l’Etat va jouer son rôle ? Va-t-il continuer à aider les citoyens et les entreprises ? A qui va-t-il faire payer la dette ? Ils ont deux solutions. Soit ils font tourner la planche à billets, soit ils font payer la dette aux gens et ça placera une foule de personne dans les difficultés et la précarité. "
Pour l’écrivain, dire que l’on ne peut pas faire tourner la planche à billets est faux.
" On veut nous faire croire que les seules solutions sont l’optimisation de la production, voire l’austérité. Des spécialistes nous démontrent que l’on peut mettre la dette " au frigo " pendant 10 ans et ne pas la payer par la suite… "
Damasio est très clair : pendant cette crise, on a vu qu’il y a des choses à faire. On peut arrêter la machine, on peut décroître, on peut ralentir. On a vu que l’on pouvait mobiliser des fonds pour sauver la société. Par contre quand il s’agit de sauver la santé, le social ou l’éducation, ça devient très compliqué.
Le travail c’est la capacité de faire. C’est laisser travailler son imaginaire. Aujourd’hui, on en est très loin
Je milite pour la notion d’oeuvrier plutôt que d’ouvrier. Le travail est un truc qui se construit à plusieurs. Quelque chose qui a du sens.
Mais la vision du monde du travail dans le futur n’est pas rose.
Il a assisté au procès des patrons de France Telecom. Une entreprise où de nombreux cas de harcèlement ont été identifiés et où il y a eu de nombreux suicides.
" A cette occasion, j’ai identifié ce que l’on appelle le HBO : la Haute Barbarie de l’Oppression. C’était le premier procès où on a réussi à condamner le harcèlement systémique c’est-à-dire le harcèlement utilisé comme méthode de management. Ces managers étaient là pour virer 22.000 personnes. Ils n’avaient pas le choix, il fallait dégager les travailleurs à tout prix. Et pour cela, ils exerçaient une pression totalement dingue."
"Tu gouvernes sans voir les gens sans leur parler. Tu ne peux pas gouverner si tu as de l’empathie."
"En voyant ces responsables au tribunal, tu te rends compte que tu ne peux pas mener ce genre de mission si tu n’es pas un sociopathe. Tu ne l’es peut-être pas au départ mais tu le deviens."
Le constat de l’auteur sur notre enseignement n’est pas plus réjouissant.
" On est en cours de dégradation du système éducatif. C’est une dégradation délibérée. On essaie de dégrader l’enseignement en donnant moins de moyens, en saturant les classes avec 35 élèves, en rendant les conditions de travail les plus difficiles possibles.
" Je crois qu’il y a une réelle volonté d’aller vers une décrédibilisation de l’enseignement public. On en viendra peut-être à des sociétés multinationales qui seront chargées de l’éducation des enfants. Il va sans dire que ce serait destiné à une classe aisée. Il y aura les élites dans les écoles privées. Les autres dans un enseignement totalement dégradé "
" Ce système, il existe déjà en grande partie aux Etats unis. Force est de constater que le niveau moyen d’éducation est très bas. Pas étonnant de voir des gens comme Trump élu.
Une fatalité ? Pas vraiment. "Si on regarde l’avenir du travail, on se rend compte que l’essentiel des métiers qui seront exercés dans le futur sera apprenables en une demi-journée. Il y aura beaucoup de métiers qui ne demanderont pas beaucoup d’éducation. Alors, pourquoi se donner du mal à éduquer les masses. Bien sûr, il faudra toujours des dirigeants. Ceux-là seront formés dans les bonnes écoles privées, les autres pas. "
Trouver Alain Damasio est très compliqué. Il n’est pas présent sur les réseaux sociaux, il ne possède pas de smartphone. Son attitude ne se veut pas simplement rebelle.
"Sur les réseaux internet et sur les réseaux sociaux, tout se partage et se propage sans que vous en soyez nécessairement conscient. Je trouve que chacun a droit à la vie privée. Tout n’a pas à être connu par tout le monde. Nous avons le droit de garder certaines informations privées. C’est un droit fondamental"
"Dire je n’ai rien à cacher c’est se moquer de la liberté des autres."
Pour écouter toute l'entrevue allez sur le site 'source'
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Cher utilisateur de smartphone,
Tu postes, tu likes, t’hésites, tu swipes,
Tu twittes, tu cliques, tu scrolles, tu roules
Story-insta-notifs, tu croules
Et quand vient l’avalanche,
Tu te bouches le nez, et tu crawles !
Tu surfes sur les sites,
L’iris éteint, rétine absente.
Tout ce que tu touches n’a pas de poils, n’a pas de peau.
T’as 50 fenêtres ouvertes mais ton cœur se referme.
Une vie passée à caresser une vitre…
Gavée d’images qui ne te prendront jamais dans leur bras,
De bombes et de bogosses trop chou
qui ne te diront jamais " oui " sous leurs draps.
T’as tous les sons du monde dans ton casque
mais t’entends pas ta fille quand elle te dit " papa ".
Tu dis que tu vibres : mais c’est juste ton portable dans ta main.
Tu dis que tu vois – mais c’est la caméra qui fait la mise au point pour toi.
Tu dis que tu sais – mais tout ce que tu sais, c’est ton pote wiki qui le sait pour toi.
Au mieux, tu suis : les tutos, les tubeurs, les leaders, les recos.
T’es tellement réactif… qu’en fait t’es réac.
Ta politique à toi, c’est trois likes sur une photo…
De qui ? De quoi ?
Tu te crois tellement hype et fine quand tu dégaines ton phone.
Tu te crois tellement fun alors que t’es juste ce fan
Qui gobe et qui followe les flux
En boucle dans ton couple
Puisque t’es en couple… avec toi.
Au fond, tu vis dans 10 cm sur 5
T’habites dans ton écran et tu cherches la bonne appli pour te faire la vaisselle.
T’ouvres le robinet et quand tu bois, l’eau a un goût de pixel.
Tu vas partout, mais tu bouges pas.
Ah ! Excuse-moi, j’avais pas compris, c’est vrai :
Tu voyages avec tes doigts…
Pour écouter Alain Damasio lire ce texte allez sur le site 'source'