À Die,
les décisions toujours plus absurdes
des autorités de santé
31 mai 2019
/ Corinne Morel Darleux
La maternité et la chirurgie de l’hôpital du centre-ville de Die ont fermé il y a un an et demi. En guise de «
compensation
»,
l’agence régionale de santé prévoit la construction d’un nouvel
hôpital : en périphérie, sur trois hectares de terres agricoles. Une
douche froide pour les habitants, qui se préparent à un nouveau combat,
comme l’explique notre chroniqueuse.
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Corinne Morel Darleux est conseillère régionale Auvergne - Rhône-Alpes.
Quand l’
ARS, l’agence régionale de santé, a
fermé la maternité et la chirurgie de Die en janvier 2018, elle l’avait
fait avec la générosité des vainqueurs : en promettant des
compensations qui ne remplacent rien ni ne réparent. On connaissait
l’arnaque des compensations environnementales, l’
ARS
nous l’a joué compensation sociale. Elle avait ainsi promis aux
habitants, en contrepartie, un pack de promesses assorti de 16 millions
d’euros, comprenant un scanner, la rénovation des urgences, un nouvel
hôpital et un hélicoptère.
Ce dernier est désormais censé emmener les futures mères à la
maternité en cas d’urgence (mais seulement si le pronostic vital n’est
pas engagé, il faut bien viser). Quant à l’hôpital, alors qu’on
attendait logiquement un programme de rénovation du bâtiment existant
situé en centre-ville, à côté du collège-lycée, nous venons d’apprendre
avec stupéfaction que l’
ARS a acquis un
terrain agricole situé à près de 3 kilomètres de là. Il s’agit donc bien
de la construction d’un tout nouvel hôpital. Toujours sans maternité,
naturellement. Sur trois des plus beaux hectares de terres agricoles
qu’il reste à Die. Et, donc, en périphérie. Que va devenir
l’hôpital actuel
? Personne n’est capable de nous le dire. Selon la rumeur, l’
ARS voudrait le vendre. Public, privé
? À qui, pourquoi
? On ne le sait pas.
Et puis, ils disent qu’en général, c’est moins cher de construire que de réhabiliter
On va donc avoir à Die un nouvel hôpital qui va bétonner trois
hectares de terres à vocation alimentaire, dégager autant de pollution,
d’énergie et de gaz à effet de serre que n’importe quel chantier de
BTP,
entraîner le déplacement des 279 personnels hospitaliers, isoler en
zone artisanale les pensionnaires de l’Ehpad (établissement
d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), tuer ainsi un peu plus
toute activité commerciale en centre-ville, et enfin multiplier, dans
une zone qui en était jusqu’ici préservée, le trafic automobile. Je ne
parle même pas de la tête que doivent faire les actuels propriétaires du
bâtiment de ferme dont la vue sur le Vercors donnera désormais sur un
parking. Le tout, pour la modique somme de 12 millions d’euros. Je crois
que c’est pile-poil ce qu’on appelle communément un remède pire que le
mal. Au top pour un hôpital.
Une douche froide. Cet achat de terres n’a visiblement jamais été
débattu publiquement, ni au conseil communautaire, ni dans les conseils
municipaux et évidemment pas avec la population. Le 9 mai dernier, les
membres du collectif pour l’hôpital ont donc provoqué
une rencontre avec les élus locaux.
Ils leur ont rappelé la situation catastrophique de l’hôpital et la
dégradation en cascade des services depuis la fermeture de la maternité
et de la chirurgie. Parmi les éléments les plus inquiétants, les
urgences, dont le planning n’est apparemment plus assuré alors qu’on est
à la veille de la saison touristique (urgences qui, selon l’
ARS,
devaient être renforcées, promis-juré). Mais aussi les suppressions de
lits, les conditions de travail dégradées du personnel et l’insécurité
que ressentent les futurs jeunes parents
à la suite du décès d’un bébé in utero et de plusieurs accouchements de bord de route. Voilà où on en est. Au nom de la sécurité. Et ce n’est pas la loi «
Ma santé 2022
» qui va arranger les choses, elle qui prévoit de nouvelles restructurations, la porte ouverte au privé, et une
« proximité » désormais définie sans chirurgie ni maternité.
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| L’hôpital de Die. |
Réponse des élus locaux
? Certains semblent partager nos inquiétudes, mais…
« il faut in-no-ver ».
Penser l’hôpital de demain. De toute façon selon eux, c’est trop tard,
on ne retrouvera plus ces services maintenant qu’ils ont fermé. Et puis,
ils disent qu’en général, c’est moins cher de construire que de
réhabiliter. Que de toute manière, l’investissement n’est pas un
problème pour l’
ARS, qui a les moyens : ce
qu’ils ne veulent pas financer, c’est le fonctionnement et les postes
humains. Et puis, ça va hein, on est quand même moins mauvais que les
autres en matière de bétonnage de terres, regardez en Isère… Formidable.
Ah
! et ils rappellent aussi qu’il y a un problème de médecins urgentistes partout en France et qu’à Die,
« le territoire n’est pas attractif ».
Ça alors. Être urgentiste dans un hôpital sans chirurgie, venir
s’installer dans une ville sans maternité : je ne comprends pas, ça
devrait faire rêver tout médecin. Enfin, on apprend au passage que, si
le rapport sur le décès in utero d’Aimé a pris du retard, c’est à cause
des élections. Sérieux. Il y a des poings qui se perdent.
Est-ce qu’on pourrait commencer à réfléchir un peu intelligemment au futur de ce territoire ?
D’après les élus locaux, construire serait donc moins cher qu’une
rénovation. Mais qu’y a-t-il de moins impactant qu’un bâtiment existant
?
Il n’est encore une fois question que de pognon. Aucune vision de rien,
ni de protéger les terres vivrières pour une alimentation locale, ni
des déplacements, ni de la vitalité des commerces en centre-ville, ni
des
« externalités négatives » en matière de climat, d’environnement et de pollution, ni de la qualité de vie des personnels et des résidents.
Est-ce qu’on pourrait commencer à réfléchir un peu intelligemment au futur de ce territoire
?
On vit dans un lieu sublime, où le train s’arrête encore, où les
touristes viennent crapahuter l’été, où des projets se montent, où ça
vit et bruisse toute l’année. Et tout ce qu’on trouverait à faire, c’est
de le bétonner, franchement
?
 |
| Le terrain de trois hectares acheté par l’agence régionale de santé. |
Si l’
ARS ne sait pas quoi faire de son
argent, pour 12 millions d’euros, on peut trouver des idées. Et qu’on ne
nous dise pas qu’il n’y a pas de médecins en France : on compte 5.000
gynécologues-obstétriciens, dont seulement 1.800 sont dans les hôpitaux,
et 25.000 sages-femmes dont
600 pointent au chômage.
À Die, on aurait pu avoir un hôpital de plein exercice avec sa
maternité et ses urgences : des médecins qualifiés étaient prêts à venir
si l’
ARS avait daigné nous
accorder l’autorisation de fonctionner pour cinq ans.
Las, une fois de plus, on constate qu’il est plus facile de détruire
que de protéger, toujours plus facile de financer du béton que des
emplois (ça marche aussi avec les guichets de gare
ou les caméras).
Faute de financer de la présence humaine, des embauches et des
formations, on risque fort de se retrouver avec un bâtiment tout neuf
qui n’aura pas les moyens de fonctionner. Une belle coquille vide en
guise de compensation.
Le collectif pour l’hôpital organise, samedi 15 juin à Die, une journée de pique-nique-débat
Quand on vient du centre-ville vers cette zone artisanale où ils
veulent construire l’hôpital, on longe une succession d’enseignes
commerciales. Parmi elles, un Lidl, un U Express, un Intermarché. Alors
qu’à Aouste-sur-Sye,
le maire s’y était opposé et qu’à
Saillans, c’est un supermarché qui a mis le feu aux poudres de la citoyenneté, à Die la mairie se vante dans son bilan de mi-mandat d’avoir fourni au Lidl un
« soutien indirect grâce à des aménagements et travaux divers ».
Aujourd’hui, l’enseigne du supermarché cache le Vercors. Le U Express
est en train de s’agrandir. L’Intermarché, quant à lui, est en train
d’être entièrement reconstruit et sera désormais muni d’un
« drive », pour que les Diois puissent venir faire leurs courses en voiture. Dans une ville de 4.500 habitants. Il va falloir arrêter.
J’écrivais cette semaine :
« Chaque
dixième de degré, chaque invertébré, chaque mètre carré de terre
arable : il n’y a rien de trop petit à aller sauver. Plus rien
d’insignifiant à ce stade. » Ces trois
hectares de terres agricoles, je ne m’y résous pas, j’aimerais vraiment
qu’on fasse tout pour les sauver. Le collectif pour l’hôpital organise,
samedi 15 juin à Die, une journée de pique-nique-débat auquel seront
également conviés les élus et l’
ARS pour qu’ils viennent expliquer leurs
« accords ». Je serai quant à moi aux dix ans de Bizi
!
au Pays basque, mais on commence déjà à réfléchir et s’organiser.
Allez-y nombreux le 15 et n’attendez pas, rien ni personne, pour
collecter les idées d’actions, de recours, pour écrire et diffuser cette
chronique à toutes les bonnes volontés. Que mille mobilisations
fleurissent.
Lire aussi : L’agriculture paysanne est la voie à suivre
Source : Corinne Morel Darleux pour
Reporterre
Photos : © Corinne Morel Darleux
. chapô : graffiti à Die.
. hôpital : collection particulière
Source : https://reporterre.net/A-Die-les-decisions-toujours-plus-absurdes-des-autorites-de-sante?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne&fbclid=IwAR37rTkmHQfW0FIJs1CBz2CrVP8aLNCQyXsmtTBRiBKI6vBlWcD2Hy6ea7A