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mercredi 15 août 2018

"Je m'appelle Hilel Garmi, j'ai 19 ans et je refuse de servir dans l'armée israélienne"


"Je m'appelle Hilel Garmi, 

j'ai 19 ans 

et je refuse de servir 

dans l'armée israélienne"








 Hilel Garmi​, un jeune juif israélien arrêté par l'armée israélienne 
pour avoir refusé de servir dans l'armée israélienne. 
Crédit photo : Facebook / Hilel Garmi




Dans un post Facebook daté du 5 août, Hilel Garmi, un jeune juif Israélien de 19 ans explique les raisons de son refus de servir dans l'armée israélienne. Parce qu'il ne s'est pas présenté à sa base militaire, des soldats sont venus à son domicile l'arrêter.



Chaque année, des centaines de jeunes juifs israéliens s’opposent à leur intégration dans l’armée. On les appelle les "refuzniks". Tous s’élèvent publiquement contre les méthodes de Tsahal dans les territoires occupés palestiniens. A leurs risques et périls... Hommage à tous ces "justes".

Voici la traduction en français de son message :


"Je m’appelle Hilel Garmi​. J’ai 19 ans, et je devais être incorporé dans l’armée israélienne au début août 2018.

Récemment, dans le contexte des manifestations gazaouies près de la barrière construite à Gaza, j’ai pris le temps de lire les déclarations d’Ahmed Abu Ratima, l’un des organisateurs de ce mouvement et j’ai été très impressionné de découvrir ces gens qui ont opté pour des alternatives non armées, pour aborder la question de la situation entre la Méditerranée et le fleuve Jourdain.

Comme eux, je crois en la désobéissance civile pour souligner le caractère illégitime de notre régime. 

Mon frère aîné et mes deux sœurs ont fait leur armée. Et quand j’étais petit, le passage par l’armée était pour moi non seulement une obligation inévitable, mais aussi un des objectifs qui me fascinaient ; et je voulais servir dans une unité d’élite.

Mais en grandissant, et en étant convaincu que tous les êtres humains sont égaux, j’ai changé d’avis. 

Je ne crois pas à l’existence d’un dénominateur commun entre Juifs qui feraient d’eux des êtres différents des Arabes. Je ne vois pas pourquoi je devrais être traité différemment d’un enfant né à Gaza ou à Jénine. Et je ne pense pas que les souffrances ou les joies soient plus importantes pour les uns que pour les autres.

Alors, je me suis demandé pourquoi 3 millions d’habitants de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est vivent sous occupation militaire depuis plus d’un siècle, et pourquoi 2 millions de Gazaouis subissent un siège militaire, imposé depuis plus de 10 ans par Israel sur terre, mer et dans le ciel.

Qu’est-ce qui donne à Israël le droit de gérer la vie de ces 5 millions d’êtres humains ? De décider de leur droit de circuler, d’importer, d’exporter, de pêcher ou d’avoir de l’électricité ? De pouvoir les arrêter à tout moment ?

Pas question pour moi de participer à un régime aussi anti-démocratique, et à tous les maux qu’il impose aux Palestiniens dans leur vie quotidienne, afin de permettre à une autre population de prendre leur place.

Il y a des lignes rouges qu’on ne peut franchir, et pour moi celles-ci sont infranchissables.

Ma décision de rendre ceci public est liée au fait que je suis convaincu que la désobéissance civile peut amener des changements sociétaux, en faisant appel au sens de la justice des plus privilégiés qui vivent dans cette région.

Si les manifestants de Gaza ont le courage de recourir à cette option, je me sens l’obligation et le pouvoir, en tant que personne née du côté de ceux qui détiennent le pouvoir, de m’engager également dans cette voie.

Hilel Garmi, Août 2018"
Traduction de Nadir Dendoune





Source : https://www.lecourrierdelatlas.com/proche-orient-je-m-appelle-hilel-garmi-j-ai-ans-et-je-refuse-de-servir-dans-l-armee-israelienne--20381#.W208X5zfcgw.facebook


mardi 14 août 2018

[COMMUNIQUE] SOS MEDITERRANEE/MSF : L’Aquarius exhorte les gouvernements européens à désigner au plus vite un lieu sûr de débarquement après deux sauvetages en Méditerranée



 le 12/08/2018
 

[COMMUNIQUE] SOS MEDITERRANEE/MSF : 


L’Aquarius exhorte les gouvernements européens à désigner au plus vite un lieu sûr de débarquement après deux sauvetages en Méditerranée





MEDITERRANEE CENTRALE, 12 août 2018 - Répondant à la crise humanitaire toujours en cours en Méditerranée centrale, l’Aquarius, le navire affrété par SOS MEDITERRANEE et opéré en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), a secouru 141 personnes vendredi 10 août. Les deux organisations exhortent désormais les gouvernements européens à désigner de toute urgence le lieu sûr le plus proche, comme le prévoit le droit maritime international, afin de pouvoir y débarquer les rescapés et continuer à fournir une assistance humanitaire d’urgence en mer.

Vendredi 10 août dans la matinée, l’Aquarius a procédé au sauvetage de 25 personnes, retrouvées à la dérive à bord d’une petite embarcation en bois et sans moteur. Elles erraient probablement en mer depuis près de 35 heures.  Quelques heures après, l’Aquarius a repéré un second canot en bois, dans lequel s’entassaient 116 personnes, dont 67 mineurs non accompagnés. Parmi les rescapés, sept sur dix sont originaires de Somalie et d’Erythrée. Si l’état de santé global des rescapés est stable pour l’instant, beaucoup sont très affaiblis et dénutris. Nombre d’entre eux ont également fait part aux équipes des conditions inhumaines dans lesquelles ils ont été détenus en Libye.


L’Aquarius fait route vers le Nord, sans avoir obtenu confirmation d’un lieu sûr où accoster


Au cours des deux opérations de sauvetage, l’Aquarius a informé l’ensemble des autorités compétentes de son activité, y compris les Centres de coordination des secours maritimes italien, maltais et tunisien (MRCCs) et le Centre conjoint de coordination des secours (JRCC) libyen. Celui-ci a confirmé qu’il était l’autorité en charge de la coordination de ces sauvetages. Le JRCC libyen a toutefois informé l’Aquarius qu’il ne lui indiquerait pas de lieu sûr pour le débarquement, et lui a enjoint de s’adresser à un autre Centre de coordination des secours (Rescue coordination centre, RCC). L’Aquarius fait donc à présent route vers le Nord et va solliciter la désignation d’un lieu sûr de débarquement auprès d’un autre RCC.

« Nous suivons les dernières instructions du JRCC et allons, comme il se doit, contacter d’autres RCCs afin qu’un lieu sûr nous soit désigné pour débarquer les 141 rescapés qui sont à bord de l’Aquarius », a confirmé Nick Romaniuk, Coordinateur des secours pour SOS MEDITERRANEE à bord de l’Aquarius. « L’essentiel est que les rescapés soient débarqués sans délai dans un lieu sûr, où leurs besoins fondamentaux seront respectés et où ils seront à l’abri d’abus ».

« Les gouvernements européens ont concentré tous leurs efforts à la création d’un JRCC en Libye, mais les événements de vendredi illustrent bien l’incapacité de ce dernier à coordonner intégralement une opération », a souligné Aloys Vimard, coordinateur de projet pour MSF à bord de l’Aquarius. « Un sauvetage n’est pas terminé tant qu’un lieu sûr de débarquement n’a pas été indiqué. Or, le JRCC libyen nous a clairement signifié qu’il ne le ferait pas. Il ne nous a pas non plus informés des signalements de bateaux à la dérive dont il avait connaissance, alors que l’Aquarius se trouvait sur zone et avait offert son assistance. En réalité, ces embarcations en détresse ont eu de la chance que nous les repérions par nous-même », conclut le coordinateur de projet de MSF.


Le déploiement d’une assistance humanitaire en Méditerranée est à nouveau entravé


Fait troublant, les rescapés ont indiqué aux équipes à bord qu’avant que l’Aquarius n’intervienne, cinq navires différents ne leur avaient pas porté secours. « Le principe même de l’assistance portée à toute personne en détresse en mer semble désormais menacé », s’inquiète Aloys Vimard. « Des navires pourraient être tentés de ne pas répondre aux appels de détresse en raison du risque de rester bloqués en mer, sans qu’aucun lieu sûr où débarquer ne leur soit désigné. Les politiques visant à empêcher à tout prix que les gens n’atteignent l’Europe ne font qu’accroître la souffrance et le danger des traversées qu’entreprennent ces personnes, pourtant déjà fort vulnérables ».

MSF et SOS MEDITERRANEE se déclarent, une nouvelle fois, extrêmement préoccupées par les politiques européennes actuellement menées. Celles-ci constituent une véritable entrave au déploiement effectif d’une assistance humanitaire efficace, et n’ont eu pour effet que de faire exploser le nombre de morts en mer ces derniers mois. L’Aquarius est désormais l’un des deux derniers navires humanitaires de recherche et sauvetage présents en Méditerranée centrale. La criminalisation et l’obstruction du travail des organisations humanitaires sont le reflet d’un système européen de l’asile en échec, et de la défaite des Etats membres de l’Union européenne à relocaliser les demandeurs d’asile qui arrivent en Europe.

SOS MEDITERRANEE et MSF exhortent une nouvelle fois tous les gouvernements européens ainsi que les autorités maritimes compétentes à reconnaître la gravité de la crise humanitaire qui sévit en Méditerranée, à garantir un accès rapide à des lieux sûrs où débarquer les rescapés, et à faciliter plutôt qu’entraver le déploiement d’une assistance humanitaire essentielle en Méditerranée centrale.

Pour la chronologie complète des opérations de sauvetage : onboard-aquarius.org

Contact Presse : Laura Garel l.garel@sosmediterranee.org

Source : http://www.sosmediterranee.fr/journal-de-bord/CP-Aquarius-12aout2018


lundi 13 août 2018

Procès du glyphosate. Monsanto condamné à verser 289 millions de dollars à un jardinier californien




Trois articles aujourd'hui sur le même sujet


Procès du glyphosate. 

Monsanto condamné 

à verser 289 millions de dollars 

à un jardinier californien


Après sa victoire contre Monsanto, Dewayne Johnson remercie son avocat. | JOSH EDELSON /AFP

 


Un jury californien a considéré, vendredi 10 août, que le désherbant Roundup à base de glyphosate, était à l’origine du cancer de Dewayne Johnson, un jardinier californien dont la vie ne tient qu’à un fil. Monsanto, qui a immédiatement annoncé son intention de faire appel, est condamné à lui verser 253 millions d’euros. Ce dossier est le premier d’une longue liste de plaintes visant le géant agrochimique.

La plainte déposée par Dewayne Johnson est la première examinée par la justice américaine. Un jury californien a condamné Monsanto à verser 289 millions de dollars (253 millions d’euros) à ce jardinier qui accuse le Roundup, son herbicide à base de glyphosate, d’être la cause de son cancer incurable.

Ce père de trois garçons a été diagnostiqué en 2014 d’un lymphome non hodgkinien, un cancer incurable du système lymphatique. Les médecins lui donnent moins de deux ans à vivre.

Les jurés ont déterminé que Monsanto avait agi avec « malveillance » et que son herbicide Roundup, ainsi que sa version professionnelle RangerPro, avaient « considérablement » contribué à la maladie du plaignant, Dewayne Johnson. Le géant de l’agrochimie a immédiatement annoncé son intention de faire appel de cette décision.

Le procès avait débuté le 9 juillet dernier à San Francisco, en Californie. Monsanto, dont le groupe allemand Bayer vient de boucler le rachat de Monsanto pour 62,5 milliards de dollars (54,7 milliards d’euros), est confronté à plus de 5 000 procédures similaires aux États-Unis.

« Aider une cause qui me dépasse largement »

 

« J’ai reçu beaucoup de soutien depuis le début de cette affaire, beaucoup de prières et d’énergie de la part de gens que je connais même pas. Je suis content de pouvoir aider une cause qui me dépasse largement. Et j’espère que cette décision commencera à lui apporter l’attention dont elle a besoin », a réagi sobrement M. Johnson au cours d’une conférence de presse.

Tombé dans les bras de ses avocats à l’annonce du verdict, partagé entre larmes et sourire, cet Américain de 46 ans réclamait plus de 400 millions de dollars, estimant que les produits de Monsanto avaient entraîné son cancer et que la multinationale avait sciemment caché leur dangerosité. Cette dernière a été condamnée à 250 millions de dollars de dommages punitifs, assortis de 39,2 millions de dollars d’intérêts compensatoires.

 Dewayne Johnson, le 9 août 2018, lors du procès à San Francisco, aux Etats-Unis. | AFP


Il a fallu trois jours aux jurés de la Cour supérieure de Californie pour annoncer leur décision. Ils reprochent notamment à Monsanto de ne pas avoir averti les utilisateurs du Roundup de ses risques sanitaires.

Selon l’un des avocats du plaignant, Brent Wisner, le verdict « montre que les preuves (de la dangerosité du glyphosate) sont accablantes ». « Des gens souffrent du cancer car Monsanto ne leur a pas donné le choix », a-t-il ajouté, se disant déterminé à « (se) battre jusqu’au bout » alors que l’entreprise compte faire appel. « Comment ose-t-elle ? »


« Nous ferons appel de la décision »

 

« Le jury a eu tort », a déclaré à des journalistes le vice-président de Monsanto Scott Partridge, devant le tribunal.

L’entreprise a par ailleurs immédiatement réagi dans un communiqué, annonçant qu’elle avait l’intention de faire appel et réitérant l’idée que le glyphosate, principe actif du Roundup, ne cause pas le cancer et n’est pas responsable de la maladie du plaignant. Monsanto réfute de longue date que le glyphosate puisse provoquer des cancers et s’appuie sur plusieurs études qui affirment que son produit n’est pas dangereux pour la santé.

« Nous exprimons notre sympathie à M. Johnson et à sa famille. La décision d’aujourd’hui ne change pas le fait que 800 études scientifiques et les conclusions de l’agence américaine de la protection de l’environnement (EPA), des instituts nationaux pour la santé et des autres autorités de régulation à travers le monde soutiennent que le glyphosate ne cause pas de cancer et n’a pas causé le cancer de M. Johnson », affirme le groupe.

« Nous ferons appel de la décision et continuerons à défendre vigoureusement ce produit qui bénéficie de 40 ans d’histoire d’une utilisation sans danger et qui continue à être un outil essentiel, efficace et sans danger pour les agriculteurs et autres usagers », ajoute-t-il.

Interdit en France d’ici 3 ans ?


Les inquiétudes sur le glyphosate ont donné lieu à l’ouverture d’innombrables enquêtes aux États-Unis et déclenché un débat d’experts en Europe après des conclusions contradictoires.

Malgré ces débats, les pays de l’Union européenne ont voté de justesse en novembre en faveur du renouvellement pour cinq ans de l’autorisation de cet herbicide jugé dangereux par les défenseurs de l’environnement mais que les agriculteurs veulent pouvoir continuer à utiliser.

La France a elle fait savoir que le produit serait interdit sur son sol d’ici trois ans et n’a pas exclu une dérogation pour les « 10 % de cas où il n’y aurait pas d’alternative pour les agriculteurs français ».

Le rejet fin mai à l’Assemblée nationale d’un amendement, soutenu par Nicolas Hulot, qui visait à inscrire dans la loi l’interdiction en 2021 de l’herbicide soupçonné d’avoir un effet cancérigène, a suscité les inquiétudes des écologistes qui y ont vu un recul de l’exécutif. Ce dernier a réaffirmé à plusieurs reprises depuis que l’objectif sous trois ans serait tenu.

Utilisée par les agriculteurs depuis plus de quarante ans, cette substance représente 25 % du marché mondial des herbicides.

Source : https://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/monsanto/proces-monsanto-le-glyphosate-reconnu-responsable-du-cancer-d-un-jardinier-californien-5918576

Dewayne Johnson, une pierre dans le jardin de Monsanto

 

Dewayne Johnson, 

une pierre 

dans le jardin de Monsanto

 

Par Aude Massiot  

 

 
Dewayne Johnson à l'ouverture du procès contre Monsanto le 9 juillet. 
 Photo Josh Edelson. AFP

 

Le jury d'un tribunal de San Francisco a condamné vendredi le géant de l'agrochimie américain Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages au jardinier Dewayne Johnson pour ne pas l'avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup. Et d'avoir «considérablement contribué» à son cancer. La décision pourrait faire jurisprudence, alors que d’autres procédures courent, y compris en Europe.

 

«Avez-vous déjà vu Lee pleurer ?» «Oui, quand il a été diagnostiqué. Il souffrait beaucoup à cause de sa peau. Il pleurait surtout la nuit quand il pensait qu’on dormait.» Araceli Johnson prononce ces mots dans une salle d’audience attentive du tribunal de San Francisco, le 23 juillet. Elle est la femme et la mère des deux enfants de Dewayne (Lee) Johnson, jardinier californien qui attaque la multinationale américaine Monsanto et accuse leurs deux pesticides qu’il a manipulés, le Roundup et le Ranger Pro, d’être à l’origine de son cancer.

Entre 2012 et 2015, il a répandu ces produits dans les cours, les salles et les terrains de sport des écoles du district de Benicia, dans la baie de San Francisco. En 2014, on lui diagnostique un lymphome non hodgkinien (un cancer qui prend naissance dans les lymphocytes) qui lui a meurtri la peau sur 90 % du corps et le pousse vers la mort. «Je suis allé voir mon supérieur pour lui parler de mon cancer et il m’a dit "il faut généralement deux ans pour en choper un avec ces produits", déclare au tribunal Dewayne Johnson. C’était la première fois que j’entendais parler de ces risques.»


Urgence

 

L’homme, 46 ans, décide alors d’intenter un procès contre le géant des pesticides. Une action qui a permis, l’an dernier, de révéler des centaines de documents secrets de l’entreprise, les fameux Monsanto Papers. Cela grâce à la très américaine procédure dite de discovery (découverte), qui permet à chaque partie d’un procès d’obtenir des informations pour construire son dossier. Depuis le 9 juillet, la multinationale de Saint-Louis (Missouri) se retrouve donc pour la première fois à défendre devant la justice l’innocuité de son produit phare, le Roundup, dont le principe actif est le glyphosate. L’affaire ébranle Monsanto, qui a réussi jusqu’à maintenant à éviter une condamnation définitive. Début juillet, un autre juge de San Francisco a permis à près de 400 victimes présumées du Roundup de poursuivre la firme. Dans le Wisconsin, une action de groupe accuse l’entreprise de n’avoir pas précisé sur les paquets de Roundup que le produit interférait avec des enzymes humains et animaux. Au total, 4 000 dossiers de victimes présumées de l’herbicide pourraient déboucher sur un procès aux Etats-Unis. En France, deux affaires suivent leur cours.




Un autre procès, celui-ci informel et symbolique, a été organisé en octobre 2016, à La Haye (Pays-Bas). Durant deux jours, cinq magistrats professionnels ont auditionné une trentaine d’experts, d’avocats et de victimes supposées de la firme américaine. Leurs conclusions : il y a urgence à rééquilibrer le droit international, qui protège davantage les intérêts privés de multinationales que les droits de l’homme et l’environnement. Le sort de Monsanto a basculé en 2015 quand le Centre international de recherche sur le cancer (branche de l’Organisation mondiale de la santé) a classé le glyphosate comme «cancérigène probable» pour les humains et les animaux. Ce qui a poussé la Californie à faire de même. La firme devrait, par ailleurs, bientôt disparaître. A partir de la fin du mois, l’entreprise sera rachetée (pour 53 milliards d’euros) par Bayer, connu pour ses produits pharmaceutiques et ses pesticides tueurs d’abeilles.

Lourd poids

 

Le nom de Monsanto disparaîtra alors, mais pas pour les 4 000 procès intentés aux Etats-Unis contre l’entreprise par des victimes présumées de pesticides, ou par les proches de certaines personnes décédées. «A partir du moment où Monsanto fera partie intégrante du groupe Bayer, nous allons nous appliquer à gérer de façon responsable les actions en justice initiées à l’encontre de Monsanto», assure une porte-parole de l’entreprise allemande à Libération. Pour ce premier procès, douze jurés devront délibérer à partir de ce mercredi pour donner une réponse unanime à ces trois questions : le Roundup, le Ranger Pro et leur principe actif, le glyphosate, sont-ils cancérigènes ? Monsanto a-t-il essayé de cacher ces risques aux consommateurs et aux agences de régulation internationales ? Combien doit-il débourser pour ces dommages au plaignant et à ses proches ?

La déposition de Dewayne Johnson aura sûrement un lourd poids dans leur décision. «Si vous aviez vu quoi que ce soit disant que le Ranger Pro pouvait causer des lymphomes non hodgkiniens ou des cancers, auriez-vous répandu ce produit ?» l’a interrogé un des six avocats du plaignant (Monsanto en a huit), David Dickens, devant une audience tendue. «Je n’aurais jamais pulvérisé ce produit sur des terrains d’écoles ou à proximité d’individus si j’avais su que cela leur ferait du mal, assène Dewayne Johnson, peu après le témoignage de sa femme. C’est contraire à l’éthique. […] J’ai des enfants qui vont à l’école. […] Personne ne mérite cela.»

Aude Massiot 
Source : http://www.liberation.fr/planete/2018/08/07/dewayne-johnson-une-pierre-dans-le-jardin-de-monsanto_1671432?xtor=EPR-450206&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot

 

Dewayne Johnson, l’homme qui a mis Monsanto sur le banc des accusés

Dewayne Johnson, 

l’homme qui a mis Monsanto 

sur le banc des accusés


Cet homme de 46 ans attaque en justice le géant agrochimique, l’accusant d’avoir caché la dangerosité de son désherbant au glyphosate.


LE MONDE | • Mis à jour le  



Dewayne Johnson le 9 juillet, alors que son avocat détaille son état de santé devant la cour, à San Francisco (Californie). POOL NEW / REUTERS


« Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle » : malgré son cancer en phase terminale, Dewayne « Lee » Johnson, un Américain de 46 ans qui attaque en justice la firme Monsanto et son célèbre herbicide, Roundup, garde le sourire. Et l’espoir de faire rendre des comptes à la multinationale, dans le procès qui l’oppose au géant agrochimique.

 

Après un mois de débat, les douze jurés ont commencé, mercredi 8 août, leurs délibérations. Ils devront répondre à trois questions : le Roundup, le Ranger Pro et leur principe actif, le glyphosate, sont-ils cancérigènes ? Monsanto a-t-il essayé de cacher ces risques aux consommateurs et aux agences de régulation internationales ? Combien doit-il débourser pour ces dommages au plaignant et à ses proches ?

Diagnostiqué en 2014 d’un cancer incurable

 

Son débit est lent, il fait plus vieux que son âge, mais sa voix au timbre grave reste puissante quand il vient témoigner, fin juillet, devant le tribunal de San Francisco : on a presque peine à croire que les médecins ne lui donnent plus que deux ans à vivre au maximum. « C’est très dur », mais « je garde cette attitude : il faut que je combatte » la maladie, dit M. Johnson, crâne rasé et barbichette discrète, qui semble encore assez costaud malgré la maladie et la chimiothérapie.



 
En 2014, ce père de deux garçons de 10 et 13 ans, qui « écrit » et « fait de la musique », a été diagnostiqué d’un lymphome non hodgkinien, un cancer incurable du système lymphatique. Depuis deux ans, il vaporisait – parfois des centaines de litres à la fois – du Roundup et surtout sa version professionnelle, le Ranger Pro, des désherbants de Monsanto contenant du glyphosate, substance soupçonnée d’être cancérigène. Un danger fermement nié par la firme.

Il était « responsable de la lutte contre les nuisibles » animaux et végétaux sur les terrains scolaires de Benicia, une petite ville de Californie, au nord-ouest de San Francisco. « J’aimais beaucoup mon travail, j’étais très sérieux », dit-il avec fierté, expliquant avoir appris pour l’essentiel sur le tas, et faisant sourire l’assistance en notant qu’il avait fait déguerpir « 30 putois, 25 ratons laveurs et… un écureuil » des cours d’école. Les nuisibles, c’était aussi les mauvaises herbes. A éliminer au Roundup, puis au Ranger Pro, plus puissant, à diluer dans de l’eau dans d’immenses citernes, avant de l’épandre.


A deux reprises, il a été aspergé de glyphosate

 

S’il avait su que les produits qu’il utilisait étaient peut-être dangereux, il n’aurait « jamais vaporisé du Ranger Pro dans des écoles ou où que ce soit », assure cet Afro-Américain, qui a décidé d’attaquer Monsanto en justice en 2016, épaulé par un cabinet d’avocats spécialisé, The Miller Firm. Il lui réclame plus de 400 millions de dollars. M. Johnson, qui n’avait pas de problème de santé auparavant, n’avait aucune idée des controverses sur le glyphosate avant de voir des marques sur sa peau et de se renseigner sur Internet, explique-t-il.



 
A deux reprises, M. Johnson a été aspergé de Ranger Pro, et ses vêtements trempés à la suite de dysfonctionnements des vaporisateurs : « Après la deuxième fois, j’ai paniqué », raconte-t-il, se remémorant « la situation incontrôlable sur [sa] peau » où se multipliaient des lésions très douloureuses. « Je ne savais pas [si c’était le Ranger Pro], mais j’ai commencé à avoir un pressentiment (…). Je me suis dit que ça pouvait être une raison possible à ma maladie », explique le plaignant au cours de ce procès aux allures de combat de David contre Goliath.



 
« Son travail était tout pour lui » et il était « sexy », « heureux », explique sa femme Araceli, d’une voix faible, qui se souvient des « dîners », des « promenades » en amoureux et raconte à quel point « sa priorité, ce sont ses fils, qu’ils aillent bien ». Aujourd’hui, il ne peut plus travailler. Et pour payer les factures, Araceli a deux emplois, dans une école et dans une maison de retraite.


Un des rares particuliers à attaquer Monsanto



M. Johnson est l’un des rares particuliers dans le monde à parvenir à mettre Monsanto sur le banc des accusés dans un procès. Et s’il est le premier à voir son cas autour du glyphosate arriver jusqu’au tribunal, c’est parce que la loi californienne oblige la justice à organiser un procès avant la mort du plaignant. « Je sais que je ne vais pas aller mieux », dit Dewayne Johnson.

Des milliers de procédures sont en cours aux Etats-Unis sur le même sujet, à des degrés divers d’avancement. En France, Monsanto est poursuivi dans deux affaires. La première concerne un céréalier, Paul François, qui a porté plainte en 2007. Après avoir été condamné en première instance et en appel, le groupe est parvenu à faire casser la décision en cassation, en raison d’une erreur de forme. Un nouveau procès d’appel doit avoir lieu. La deuxième est plus récente : un couple a saisi la justice fin mai 2018, accusant le glyphosate d’avoir provoqué la malformation de leur fils.




Le glyphosate est classé « cancérigène probable » depuis 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais pas par les agences européennes, l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) et l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques).





Source : https://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/08/08/portrait-de-dewayne-johnson-l-americain-qui-attaque-monsanto_5340633_1650684.html

dimanche 12 août 2018

J'AI VU LE SCANDALE DE L'HUILE DE PALME



 Source : https://www.youtube.com/watch?v=rSm9Mw_VIb4



“J’ai vu le scandale 

de l’huile de palme”, 

une vidéo militante 

(et alarmante) 

du Grand JD






J’ai vu le scandale de l’huile de palme, du Grand JD.
Captures d'écran


 Le Grand JD, Youtubeur hyperactif, s’est associé au journaliste de la RTS Bernard Genier pour dénoncer la culture intensive de l’huile de palme à Bornéo, responsable de la plus grave déforestation de la planète. En quelques jours, leur film a récolté près d’1,5 million de vues sur la plateforme.


 Des araignées géantes, des aborigènes, une jungle impénétrable, des sarbacanes aux fléchettes empoisonnées. Un avant-goût du nouvel Indiana Jones ? Pas encore, mais le cocktail réussi d’une longue vidéo alarmante (24 minutes) de Julien Donzé, alias Le Grand JD, Youtubeur hyperactif aux deux cents vidéos et 1,8 million d’abonnés. J’ai vu le scandale de l’huile de palme, mise en ligne le 25 mars dernier, a déjà récolté près d’1,5 million de vues. Et, ce n’est pas volé. Julien et le journaliste suisse Bernard Genier y dénoncent à leur manière le cas le plus grave de déforestation de la planète : sur la partie malaisienne de l’île de Bornéo, il ne reste plus que 5 % de la forêt vierge tropicale. En cause, les compagnies forestières qui depuis vingt ans rasent en masse des arbres au bois précieux, les vendent et les remplacent par des palmiers à huile peu coûteux, mais hautement lucratif.

De touchants barrages en bois contre les bulldozers



Au cœur de cet écosystème en déliquescence, le youtubeur et le journaliste s’immergent dans le quotidien des Penan, un peuple nomade autochtone dont la survie est menacée par la disparition de la forêt. Normalement omniprésente, la figure du youtubeur s’efface pour recueillir leurs précieux témoignages. Le documentaire met ainsi en lumière leur connaissance aiguisée de la nature, source de nourriture et d’un nombre impressionnant de médicaments comme de puissants poisons naturels capables de tuer un homme en quelques minutes. « La forêt c’est notre supermarché », résume l’un d’entre eux avec un langage emprunté aux occidentaux. Pourtant, face aux immenses trous des bulldozers, la protestation des Penan se traduit de manière pacifique par de fragiles et touchants barrages en bois, rempart dérisoire face à la prédation dont ils sont les victimes. 

Dix-sept ans après le documentaire Alerte à la forêt de Bornéo de Bernard Genier, la vidéo prend des allures de film militant capable de susciter une prise de conscience écologique parmi un public plus jeune. Il mêle avec brio les codes du documentaire télé et du blog de voyage incarné : des plans aériens, des explications efficaces et des batailles contre des sangsues.

Le binôme n’en est pas à son coup d’essai, il avait déjà enquêté sur la fonte des glaces au Canada, et intrigué plus d’un million d’internautes avec la websérie Alerte bleue diffusée par la Radio Télévision Suisse (RTS).



Source : https://www.telerama.fr/television/a-voir-sur-youtube,-jai-vu-le-scandale-de-lhuile-de-palme-video-militante-%28et-alarmante%29-du-grand-jd,n5559941.php