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vendredi 25 septembre 2026

Brisons le déni racial


 

Se désintoxiquer du racisme, 

raconter des imaginaires 

pour s’en libérer


jeudi
17 septembre 2026

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L'édito
Viser le déni racial 




Par Sabrina Kassa, journaliste et responsable éditoriale aux questions raciales

Oui, il y a quelques raisons de se réjouir en cette rentrée : le déni racial, tel le portrait de Dorian Gray, se craquèle de toutes parts, le visage défait par les marques de l’hypocrisie. Un déni qui passe par l’invisibilisation du racisme, des personnes racisées et de toute l’organisation économique, sociale, culturelle et symbolique qui les maintient en situation de minoration. 

La semaine dernière, le même jour, deux illustrations parfaites. Une en creux avec la sortie calamiteuse sur le « grand remplacement » d’Aurore Bergé, où la ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations – cherchez l’erreur ! – a légitimé sur CNews, le 9 septembre, ce concept raciste et meurtrier.

« Ça fait partie du combat politique et de la liberté d’expression », a complété la ministre le lendemain, suscitant l’indignation jusque dans son propre camp, à l’instar de la députée Prisca Thevenot, qui a rappelé à la ministre que le racisme était un délit et non un débat.

L’autre moment, bien plus consistant, a été créé par Adèle Haenel à la suite de la censure de sa « carte blanche » consacrée au génocide à Gaza, dans l’émission « La Grande Librairie » sur France 5. La comédienne s’y attendait, c’est justement cette « liberté d’expression » chère à Aurore Bergé lorsqu’il s’agit de donner de l’audience au fascisme, qu’elle visait. Raison pour laquelle elle a pris soin, avec son équipe, de capter ce moment.

« Ce fauteuil où je m’assois est un plongeoir. Le premier mot sera un saut dans le silence télévisuel qui englue le pays, ce brouhaha médiatique qui masque sans répit l’absence omniprésente de certaines paroles. » Puis elle embrayait : « L’État d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable, alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine. »

Adèle Haenel, comédienne doublement césarisée, avait droit à cette « carte blanche » (cette carte qui donne tous les droits !), à condition qu’elle ne sorte pas du périmètre de la dénonciation symbolique (lire à ce sujet ce texte de Mona Chollet qui en dévoile tous les contours).

Avec ces quelques mots, Adèle Haenel qui sort en cette rentrée littéraire Viser juste, vient de nous faire une démonstration magistrale de son titre, en exprimant son refus de respecter la silenciation des voix palestiniennes et de celles et ceux qui veulent manifester en leur faveur. C'est au tour maintenant de l'Arcom et de France Télévisions de se justifier.

Avant-hier, ce fut au tour de Kylian Mbappé de nous offrir un moment de résistance antiraciste, après qu’il a refusé de porter le tee-shirt proclamant « Todos somos caballas » (« Nous sommes tous des maquereaux », surnom des habitant·es de Ceuta), une initiative en soutien aux habitant·es de l’enclave espagnole, en Afrique du Nord, après l’épisode d’afflux massif de personnes migrantes venues du Maroc en août dernier. « Je suis pleinement solidaire de Ceuta et de toutes les victimes. […] Mais je tenais également à faire un geste et à adresser une pensée à tous les migrants qui ont perdu la vie et qui vivent eux aussi dans des conditions difficiles », a-t-il déclaré.

La vie des migrant·es mérite aussi le respect. Voilà quelques mots insupportables à l’oreille de nombreux élus d’extrême droite, qui depuis deux jours couvrent le capitaine de l’équipe de France d’insultes : « racaille », « agent de subversion au service des ennemis des peuples européens », etc. Et qui sait ? Demain, ils demanderont peut-être qu’il soit déchu de sa nationalité.

Avant Mbappé, le FC Barcelone avait aussi refusé de participer à cette initiative lancée par une association valencienne. « Le club se positionne en défense de la liberté d’expression. Que chacun fasse ce qu’il estime devoir faire... », avait déclaré Joan Laporta, président du Barça. Mais là, pas l'ombre d’un reproche. Preuve, s’il en fallait, que la liberté d’expression est un sport de combat pour qui veut dénoncer le consensus racial. 
 
 

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