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mercredi 6 mai 2026

Affaire Berry : quand la parole d'une victime ébranle le clan et interpelle la République

Affaire Berry : 
quand la parole d'une victime 
ébranle le clan 
et interpelle la République

 


 
Coline Berry, 49 ans, psychothérapeute et psychanalyste, fille aînée de l'acteur Richard Berry et de la comédienne Catherine Hiegel, a pris la parole le 29 avril 2026 devant la commission d'enquête parlementaire sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales. Un témoignage d'une rare violence, livré sans détour, qui a sidéré les élus présents et relancé avec force le débat sur l'impunité des agresseurs familiaux et les limites criantes du système judiciaire français.
 
Ce n'est pas la première fois que Coline Berry porte publiquement ses accusations contre son père. Dès le début de l'année 2021, elle avait déposé plainte pour viols et agressions sexuelles sur mineur de 15 ans par ascendant et corruption de mineur. La justice lui avait répondu en août 2022 par un classement sans suite pour une seule et unique raison : la prescription. En d'autres termes, les faits étaient trop anciens pour être jugés. Trop anciens. Comme si l'enfant qu'elle était aurait dû se lever, briser le silence, affronter seule son bourreau, et ce en temps et en heure pour satisfaire les délais d'un code pénal pensé sans elle.
 
Devant les parlementaires, elle a décrit l'environnement dans lequel elle dit être née : celui d'une violence omniprésente, antérieure même à sa naissance. Sa mère, enceinte de sept mois, aurait été frappée par Richard Berry. Elle a ensuite raconté les viols subis durant son enfance, répétés selon elle presque chaque week-end, des agressions qui auraient eu lieu notamment entre 1984 et 1985, au domicile de son père qui vivait alors avec Jeane Manson, également mise en cause. Elle a évoqué les stratégies de survie déployées par une enfant livrée à elle-même : à dix ans, cesser de manger pendant les vacances scolaires pour forcer son retour chez sa mère, tendre une toile autour de son lit pour tenir l'agresseur à distance. Elle a dit que ce qui la frappe aujourd'hui, c'est la solitude absolue dans laquelle elle se trouvait pour sauver sa peau. Dans la famille, qu'elle appelle le clan, le silence était une règle, une organisation. On ne parlait pas. On ne dénonçait pas la figure paternelle. L'inceste n'était pas un acte isolé, mais une atmosphère, une lente imprégnation, une emprise constante.
 
Face à cette réalité institutionnelle et familiale, Coline Berry n'est pas venue au Palais-Bourbon pour se lamenter. Elle est venue avec des exigences. Elle réclame l'imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs, la suppression de la non-rétroactivité des lois pour les victimes d'hier, l'interdiction des poursuites en diffamation contre les victimes tant qu'une enquête est en cours, et des perquisitions systématiques dès l'ouverture d'une procédure. Ce sont des propositions concrètes, raisonnées, portées par une femme qui sait ce que signifie se heurter à un mur judiciaire.
 
Car derrière l'affaire Berry se dessine un problème de société d'une ampleur vertigineuse. En France, environ 160 000 enfants subissent des violences sexuelles chaque année, soit un enfant toutes les trois minutes. L'inceste en représente une part massive et largement sous-estimée. Lors de la même audition parlementaire, l'illustratrice Cécile Cée a dénoncé ce qu'elle appelle une culture de l'inceste profondément ancrée dans le corps social, qualifiant ces violences de crime de masse. Ce n'est pas une affaire de milieu, de classe ou de célébrité. C'est un fléau systémique qui prospère dans le silence et la complicité collective.
 
Et c'est précisément ce silence que le clan Berry s'emploie à reconstituer. Pendant que Coline témoignait devant les élus de la nation, l'entourage de son père s'organisait pour contrer sa parole dans les médias. Sa tante Marie Berry, sœur de l'acteur, n'a pas trouvé mieux que de ressortir un sobriquet d'enfance pour tenter de décrédibiliser sa nièce : elle aurait été surnommée "Coco la Mytho" dans la famille. Un qualificatif méprisant, censé instiller le doute et faire peser sur la victime présumée le poids de l'incrédulité. Cette mécanique est connue. Elle s'appelle la diffamation morale. Elle est aussi ancienne que la loi du silence familiale.
 
C'est précisément contre ce mensonge que s'est levée Josiane Balasko. L'actrice, qui fut la belle-sœur de Richard Berry pendant les années où elle était mariée à son frère Philippe Berry, mort en 2019, a publié un message sans ambiguïté relayé par sa fille Marilou Berry, cousine de Coline : elle affirme n'avoir jamais entendu personne dans la famille utiliser ce surnom humiliant, depuis qu'elle connaît Coline, toute petite. Marilou Berry, de son côté, a également démenti formellement avoir entendu ce surnom dans la bouche de leur grand-mère. Elles ont choisi leur camp. Celui de Coline. Celui de la vérité telle qu'elles la connaissent.
 
Du côté de ceux qui soutiennent l'acteur, les réactions sont à la mesure de l'acharnement déployé depuis cinq ans. Pascale Louange, la compagne de Richard Berry, a pris sa défense publiquement. Et lors du procès en diffamation opposant Coline à Jeane Manson, elle avait déjà manifesté physiquement son rejet en giflant Coline en plein tribunal. On notera au passage que Coline Berry avait d'abord été condamnée pour diffamation dans cette affaire, avant d'être finalement relaxée par la cour d'appel de Lyon en juillet 2024. Cette mobilisation du camp adverse ne doit tromper personne : elle illustre à merveille les dynamiques de protection qui entourent les abuseurs au sein des structures familiales et sociales.
 
Il faut aussi rappeler les mots de Coline Berry aux parlementaires sur les 82 recommandations formulées par la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, la Ciivise, publiées en novembre 2023 à l'issue de deux ans de travaux. Aucune ou presque n'a été sérieusement appliquée à ce jour. Et son co-président, le juge Édouard Durand, figure respectée de la protection de l'enfance, porteur de ces préconisations avec conviction, a été évincé par le gouvernement en décembre 2023. Onze membres de la commission ont aussitôt démissionné en signe de protestation. Le message envoyé aux victimes est dévastateur : vos souffrances nous ont été utiles pour rédiger un rapport. Le rapport, lui, a fini dans un tiroir. Et l'homme qui l'incarnait a été remercié.
 
La commission d'enquête devra prochainement rendre ses conclusions. Des propositions de loi pourraient s'ensuivre. Ou pas. Coline Berry le sait. Elle a demandé aux députés de ne pas laisser leurs travaux rester lettre morte, à l'image des 82 recommandations de la Ciivise. Ce n'est pas une demande. C'est une exigence morale. L'État ne peut pas, indéfiniment, ouvrir des commissions d'enquête sur les violences faites aux enfants, recueillir des témoignages d'une brutalité rare, et continuer à n'en tirer aucune conséquence législative concrète.
 
La parole de Coline Berry ne peut pas être confisquée une seconde fois. Ni par la prescription. Ni par le clan. Ni par l'inertie parlementaire.
 

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