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dimanche 28 mai 2023

Bruz, Besançon… Le transfert de sans-abri de Paris vers plusieurs villes de France avant les JO inquiète

 

Bruz, Besançon… 

Le transfert de sans-abri de Paris 

vers plusieurs villes de France 

avant les JO inquiète

 

Le gouvernement souhaite inciter les sans-abri, principalement des migrants, à quitter la région parisienne avant les Jeux olympiques. Des « sas d’accueil temporaires » ont été créés dans la plupart des régions.

Par L'Obs avec AFP
Un camp de migrants à Paris, le 9 décembre 2022. (AMAURY CORNU / Hans Lucas via AFP)
Publié le
Un camp de migrants à Paris, le 9 décembre 2022. (AMAURY CORNU / Hans Lucas via AFP)

Un camp de migrants à Paris, le 9 décembre 2022. (AMAURY CORNU / Hans Lucas via AFP)

Un camp de migrants à Paris, le 9 décembre 2022. (AMAURY CORNU / Hans Lucas via AFP)

 

A l’approche des Jeux Olympiques, le gouvernement veut inciter des milliers de sans-abri, principalement des migrants, à quitter la région parisienne pour la province, arguant de la baisse du nombre d’hôtels prêts à les héberger, mais ce dispositif suscite inquiétudes et interrogations.

 De nombreux hôteliers ne souhaitent en effet plus accueillir ces publics précaires car ils attendent un afflux de clientèle lors de la coupe du monde de rugby l’automne prochain, et des JO en 2024, observait début mai à l’Assemblée nationale le ministre du Logement, Olivier Klein. Près de 5 000 chambres ont ainsi été perdues pour l’hébergement d’urgence, précisait de son côté la députée (Modem) Maud Gatel.

Depuis la mi-mars, l’exécutif a donc demandé aux préfets de créer des « sas d’accueil temporaires régionaux » dans toutes les régions, à l’exception des Hauts-de-France et de la Corse, afin de « désengorger les centres d’hébergement » d’Ile-de-France.

« Conditions indignes »

Les personnes invitées à partir sont censées être prises en charge pendant trois semaines dans ces « sas » avant d’être « orientées », dans leur nouvelle région, « vers le type d’hébergement correspondant à leur situation ».

Le dispositif concerne surtout des migrants, très nombreux en Ile-de-France à vivre dans la rue ou en hébergement d’urgence. Toutefois il ne les vise pas spécifiquement, en vertu du « principe de l’accueil inconditionnel », a précisé à l’AFP le cabinet du ministre du Logement.

 Désignée par le gouvernement pour accueillir un tel centre d’accueil, la ville de Bruz, (18 000 habitants, près de Rennes), a fait part ce mardi 23 mai de son mécontentement. « Nous ne sommes pas favorables à l’installation d’un tel sas sur notre commune, dans ces conditions que nous jugeons indignes », a fait savoir le maire Philippe Salmon (DVG), qui s’est dit « désarçonné » par ce choix, dans un entretien à « Ouest-France ».

La mairie bretonne critique le choix du terrain, jouxtant une voie ferrée et « pollué par des hydrocarbures et des métaux lourds », et affirme que les futurs occupants du centre d’accueil ne viendraient pas « par choix ».

« Ils ouvrent dix sas qui recevront 50 migrants venant des camps toutes les trois semaines », indique de son côté à « 20 Minutes » Philippe Crémer, conseiller municipal délégué à l’accueil des sans-abri et l’accompagnement des migrants de la ville de Besançon.

Dispersion ou accueil ?

Depuis 2021, le gouvernement a déjà mis en place un dispositif similaire, mais centré uniquement sur les demandeurs d’asile. Selon un rapport parlementaire rendu public ce mardi, ce système « a fait preuve de son utilité et de son efficacité », mais un quart des personnes concernées a refusé de quitter l’Ile-de-France.

Le rapport appelle aussi l’État à mieux coordonner les transferts avec les municipalités, et à mieux protéger les élus locaux. Car ces transferts, rappellent les auteurs, font « l’objet d’une instrumentalisation politique ayant conduit à des menaces et des violences » envers les élus, qui ont culminé avec la récente démission du maire de Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique).

Pour le président de la Fédération des acteurs de la solidarité, Pascal Brice, « accueillir des gens dans de bonnes conditions un peu partout en France plutôt qu’à la rue en Ile-de-France, sur le principe c’est positif, mais est-ce qu’on s’en donne les moyens ? ».

Le problème, souligne ce responsable associatif, est qu’« il manque des places d’hébergement d’urgence » dans les régions d’accueil, ainsi qu’une « impulsion politique du ministère de l’Intérieur pour un vrai travail d’accompagnement ». Car « s’il s’agit de mettre des gens dans les bus » et de ne plus s’en occuper ensuite, « c’est de la dispersion, pas de l’accueil », selon lui.

Eric Constantin, responsable de la Fondation Abbé Pierre en Ile-de-France, dit douter de son côté qu’on puisse « trouver des solutions dignes et décentes en trois semaines » pour sortir durablement de la précarité les personnes réorientées vers les régions.

On peut par ailleurs « s’étonner de la concordance de l’arrivée des Jeux Olympiques et d’un programme qui vise à envoyer les migrants en province », ajoute-t-il, se demandant si le gouvernement a voulu faire en sorte « qu’il n’y ait plus de campement avant que des millions de personnes arrivent en France ».

 Source : https://www.nouvelobs.com/societe/20230523.OBS73691/bruz-besancon-le-transfert-de-sans-abri-de-paris-vers-plusieurs-villes-de-france-avant-les-jo-inquiete.html

samedi 27 mai 2023

Cette semaine, fais définitivement ce qu'il te plaît !! à l'Atelier de l'Entonnoir, Prades 66500

 

Au revoir ! Ca y est nous avons une liste complète de remerciements pour les dons de la journéee de soutien, le photographe génial nous ayant offert sa photo de sâdhu est Jacques Leroux ! Cette photo était tout simplement superbe ! MERCI !
 
Cette semaine, il y a burger frites ce samedi 27 !!!! Et la grainothèque fonctionne dorénavant par une nouvelle formule, sur rendez-vous, soyez sûr.e d'être accompagné.e dans vos choix et trocs par une personne aux petits soins! Puis, il y a l'atelier couture le jeudi, et nous terminerons cette semaine au poil, par un concert de gratte ? Bon un concert tout court mais bien long, les infos sont à venir !
A venir, le 7 juin ce sera le cours de français pour anglophones, le 11 ce sera le Rendez-vous des Mauviettes, et bientôt de la permaculture au programme.
 
Et pour évènements, cantines, ateliers, un petit mot aux bénévoles éventuels, aux hésitan.tes de toujours : il faut sauter le pas en prenant contact avec les copaines responsables qui sont cité.es à la fin du mail, suivant le pôle qui pourrait vous plaire. A l'écoute, iels seront vous trouver de quoi tremper les orteils dans le petit bain, pour mieux vous accompagner à vous révéler poisson dans l'eau!!! L'atelier de l'entonnoir fonctionne grâce à ses bénévoles, c'est une belle façon de fonctionner en équipe, de faire du lien, d'apprendre de nouvelles choses, ou de transmettre des connaissances précieuses à toustes!!
 
et aussi...
Avec le soutien de...

vendredi 26 mai 2023

Info Politis : l’exécutif veut déployer le SNU dans les lycées

L’exécutif veut déployer 

le SNU dans les lycées

 

Dès septembre prochain, tous les enseignants au lycée pourront déposer une candidature pour que leur classe réalise un séjour de cohésion de 12 jours, en uniforme et sur temps scolaire.

Hugo Boursier  • 17 mai 2023

 

Manifestation contre un village SNU à Versailles, le 27 avril 2023.
© Lily Chavance

 

Nouveau chapitre dans la longue histoire controversée du service national universel. Après l’obligation promise par Emmanuel Macron dans Le Parisien, fin avril, puis les nuances apportées par la secrétaire d’État chargée du SNU, Sarah El Haïry, quelques jours plus tard, c’est un projet inédit que le gouvernement vend aux syndicats depuis le début de la semaine.

D’après nos informations, afin d’aller progressivement vers la généralisation du SNU, l’exécutif souhaite lancer une forme de « volontariat collectif » avec la création de « classes d’engagement » thématiques dans les lycées. Ce dispositif s’ajoutera à la forme actuelle du SNU, basée sur le « volontariat individuel » des jeunes.

Traduction : tous les enseignants ou chefs d’établissement des lycées pourront répondre à un appel à projet, dès septembre prochain, pour obtenir ce label sur la base d’un programme pédagogique qu’ils auront préparé. Ce projet devra être présenté en conseil d’administration de l’établissement concerné.

Douze jours sur le temps scolaire

Une fois ce label reçu, les élèves de seconde d’une ou de plusieurs classes du lycée réaliseront les douze jours de séjour de cohésion sur le temps scolaire. Les professeurs à l’initiative de cette classe « d’engagement » seront, eux, récompensés financièrement grâce au « Pacte » que le chef de l’État annonçait le 20 avril. Ils pourront aussi accompagner leur classe pendant une partie du séjour de cohésion.

À ce stade, le gouvernement songe à la possibilité, pour les jeunes, de refuser de participer à ces séjours de cohésion. Ceux qui acceptent cette option seront, eux, récompensés sur Parcoursup. « On sent que l’Élysée a dit à ses équipes : ‘gardez le SNU coûte que coûte, mais en gommant ce qui est le plus critiqué, à savoir l’obligation », explique une source proche du dossier. « Le tout, pour que le SNU puisse être développé plus tard, sans faire de vague ».  Contacté, le cabinet de Sarah El Haïry n’a pas répondu à nos sollicitations à l’heure où nous publions.

 

Les séjours de cohésion fonctionneront sous le même modèle que le SNU actuel : un encadrement partagé entre des personnels de l’Éducation nationale, de l’Éducation populaire et des anciens militaires. Le maintien de gradés dans le dispositif interroge, alors que l’attitude de certains d’entre eux est dénoncée par de nombreux syndicats et des politiques, notamment suite à nos révélations sur des cas de violences sexistes et sexuelles.

Militarisation du lycée

Lors de ce SNU 2.0, les élèves continueront de porter l’uniforme. Ils participeront à la levée des couleurs et chanteront La Marseillaise chaque matin. Tous les frais engagés par le séjour (transport, séjour, projet pédagogique) seront pris en charge par l’Éducation nationale et non par l’établissement. « Quand on pense que les enseignants galèrent des semaines à financer leurs voyages scolaires… », grince-t-on du côté des professeurs, outrés que cette « lubie du président » soit prioritaire par rapport aux autres programmes pédagogiques.

En revanche, contrairement aux séjours de cohésion actuels, les cohortes de jeunes ne seront pas éclatées sur tout le territoire. Dans cette nouvelle version, ce sont les classes entières qui seront concernées par ces douze jours d’engagement. Une nouveauté qui remet en question la promesse de mixité sociale rabâchée par Sarah El Haïry pour vanter les qualités du SNU.

Cette nouvelle étape sur la voie de la généralisation impose un grand défi logistique. Une problématique qui sera la charge notamment des services départementaux à la jeunesse, à l’engagement et aux sports. Ce sont ces services qui gèrent le moindre imprévu technique avec les centres SNU. En avril, des horaires de trains décalés et des bus qui ne sont jamais venus ont contraint des dizaines de mineurs de la zone B à trouver, dans l’urgence, une solution de repli. Ces difficultés vont-elles se multiplier avec ces nouvelles « classes d’engagement » ?

Au-delà de l’organisation, c’est l’influence de l’armée dans les établissements scolaires qui inquiète une syndicaliste reçue par Sarah El Haïry, cette semaine. Elle regrette une « militarisation du lycée ». « C’est moins l’Éducation nationale qui entre dans l’armée que la discipline militaire et sa symbolique qui s’immiscent dans l’Éducation nationale », conclut-elle.

 

Source : https://www.politis.fr/articles/2023/05/info-politis-lexecutif-veut-deployer-le-snu-dans-les-lycees/

mercredi 24 mai 2023

Places hors de prix et travail bénévole : où va l’argent des Jeux Olympiques ?

Places hors de prix 

et travail bénévole : 

où va l’argent 

des Jeux Olympiques ?

 

 16 mai 2023

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Alors que les JO recrutent plus de 45.000 « bénévoles » exploité-es gratuitement, les places pour assister aux jeux atteignent quant à elles des prix indécents

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2700 euros pour assister à la cérémonie d’ouverture, soit deux mois de SMIC ! Ou encore 980€ pour assister aux épreuves de natation et 630€ pour celles de la gymnastique artistique !

« J’ai vu que les places pour l’athlétisme étaient vendues à un tarif astronomique (de 290 euros à 995 euros, la place). Je trouve ça vraiment abusé » s’indigne Jimmy Gressier, athlète français. « Comment peut-on mettre des tarifs aussi élevés pour notre sport ? Qui est à la base, un sport abordable pour tous et accessible, où il n’y a pas non plus de très grandes stars ». Des jeux destinés donc aux ultra-riches, de l’aveu même de sportifs.

Pour comparaison, les places pour assister aux JO de Londres coûtaient de 20 à 2 012 livres. Tokyo proposait un prix d’appel à 19 euros et Rio proposait même des billets à 13 euros. L’édition brésilienne de 2016 était la moins chère avec 50% des billets vendus à moins de 23 euros.

Les JO vont ainsi permettre d’amasser des sommes considérables, tout en rendant inaccessible à une grande partie de la population la possibilité d’y assister, d’autant plus dans le contexte actuel d’inflation. Et cela sur le dos 45.000 « bénévoles ». Ces personnes seront pourtant exploitées 10h par jour et jusqu’à 48h par semaine, tout en étant soumises à des liens de subordination… la définition même du contrat de travail, pour ces bénévoles qui ne seront ni rémunéré-es ni protégé-es par le droit du travail. Où va l’argent ? Uniquement pour la répression ? À qui vont bénéficier les sommes réalisées sur la vente de billets hors de prix et le travail gratuit de dizaines de milliers de personnes ?

Mais ceci est loin d’être la seule critique qui pèse sur l’organisation des JO. Il s’agit également un désastre écologique. Des jardins ouvriers à Aubervilliers vont être détruits pour y construire une piscine olympique ainsi qu’une partie du parc Georges Valbon. De nombreux arbres vont aussi être abattus, pour un événement qui va en plus mobiliser massivement les transports aériens ultra-polluants venant du monde entier.

La question du logement est également en jeu. Le prix du mètre carré explose autour du site des JO, rendant l’accès au logement impossible pour de nombreuses populations. Le CROUS va exiger aux étudiant-es les plus précaires, qui bénéficient de bourses et nécessitent un logement, de quitter leur chambre étudiante pendant l’été 2024 pour pouvoir y accueillir des volontaires des JO.

Mais c’est aussi la militarisation de l’espace public qui inquiète : quadrillage policier, surveillance totale… le préfet Nunez l’assume : « on va saturer l’espace public de policiers » s’exclame-t-il…

Travail dissimulé, débauche sécuritaire, pollution massive, destruction de jardins, privatisation de l’espace et tout ça pour le divertissement d’ultra-riches, inaccessible à la plupart des habitant-es d’Île de France. Ces jeux olympiques sont un scandale à la fois social et écologique. Empêchons-les !

 

Source : https://contre-attaque.net/2023/05/16/places-hors-de-prix-et-travail-benevole-ou-va-largent-des-jeux-olympiques/

mardi 23 mai 2023

Pyrénées-Orientales : « Si on n’y prend pas garde, une guerre de l’eau peut arriver »


Pyrénées-Orientales : 

« Si on n’y prend pas garde, 

une guerre de l’eau 

peut arriver »

 

11 mai 2023

 


Pas d’arrosage de piscines, pelouses, voitures… Face à la sécheresse dans les Pyrénées-Orientales, des mesures d’urgence ont été prises. Pour être acceptées elles doivent être justes, explique l’élu Nicolas Garcia.

Le couperet est tombé le 10 mai. À sec depuis près d’un an, les Pyrénées-Orientales ont été placées en « crise sécheresse », le niveau d’alerte le plus élevé qui existe. Afin de faire face au manque de pluie — qui n’a jamais été aussi long et intense dans le département depuis 1959 —, la préfecture a mis en place de nouvelles restrictions, destinées à éviter le risque de rupture d’alimentation en eau potable. Interdiction de remplir sa piscine, d’arroser sa pelouse, de nettoyer sa terrasse, de laver son véhicule, d’utiliser un jacuzzi, fermeture des fontaines publiques et privées… Si ces mesures d’urgence s’avèrent nécessaires, elles doivent cependant être accompagnées de changements structurels, estime Nicolas Garcia, vice-président du conseil départemental des Pyrénées-Orientales en charge de l’eau et maire (communiste) d’Elne.

Reporterre — Les mesures adoptées par la préfecture vous semblent-elles à la hauteur de la situation ?

Nicolas Garcia — Elles n’ont jamais été aussi ambitieuses et correspondent à ce qui est acceptable, aujourd’hui, dans les Pyrénées-Orientales. On peut toujours dire que ces mesures auraient dû être prises avant, qu’on aurait pu faire mieux… Mais ce n’est pas la peine de prendre des mesures de restriction si elles provoquent une révolte sociale. Si l’on demandait aux acteurs du tourisme d’arrêter d’accueillir des touristes, ou aux agriculteurs d’arrêter totalement l’irrigation, toutes les autorités se retrouveraient avec des concerts de casseroles — à juste titre. On risquerait de mettre l’économie d’un département qui fait déjà partie des plus pauvres de France totalement à terre.

Il faut déjà que nous réussissions à faire appliquer ce qui a été décidé. Nous ne sommes encore qu’au printemps. Si les mesures ne donnent rien sur le niveau des forages, des rivières et des nappes d’ici mi-juin, le préfet ne s’interdit pas d’être encore plus restrictif.

Le remplissage et la vente de piscines — y compris hors-sol — ont été interdits. Que pensez-vous de cette mesure ?

La majorité de la population n’a pas de piscine, et elle n’en meure pas. Les piscines collectives des mairies peuvent par ailleurs être remplies et utilisées — c’est même recommandé pour éviter les frustrations. Tous les mètres cubes qui peuvent être économisés doivent l’être.

Il y a une dimension de cohésion sociale dans cette mesure. Comment demander à des personnes modestes d’arrêter d’arroser leur potager familial, qui leur sert à nourrir leur famille, si elles voient en rentrant chez elles le soir leur voisin faire « plouf plouf » dans sa piscine ? C’est ce genre de situation qui peut créer une guerre de l’eau.

Lire aussi : Les Pyrénées-Orientales, asséchées par de mauvais choix politiques

L’irrigation des cultures, à certaines conditions, reste cependant autorisée. Cela vous semble-t-il cohérent ?

Les efforts demandés aux agriculteurs irrigants sont importants. Ceux qui utilisent un système d’irrigation gravitaire — c’est-à-dire, qui arrosent directement la terre — doivent réduire leurs prélèvements de 80 %. Avec les 20 % qui restent, on sauvera tout juste les vergers, mais pas les récoltes. Ceux qui irriguent au goutte à goutte doivent réduire de 50 % leurs consommations. C’est très compliqué. Ceux qui économisaient déjà l’eau sont particulièrement pénalisés. 50 % de la consommation d’eau d’un agriculteur vertueux, ça ne fait pas grand-chose. Certains vont perdre l’intégralité de leurs cultures.

 

La croissance des fruits de ce pêcher des Pyrénées-Orientales (ici, le 25 avril 2023) est menacée par le manque d’eau. © David Richard/Reporterre

C’est dramatique. Une production, c’est vivant. On se bat pour la faire grandir, on se lève à 5 heures du matin pour la faire pousser... Qu’on ait de l’argent ou pas, ça rend fou de la perdre. S’il y a des indemnisations, ça aidera peut-être à faire avaler la pilule. Mais de toute façon, il n’y avait pas d’autre solution. Si on n’avait pas fait ça, fin mai, il n’y aurait eu d’eau pour personne.

Ces nouvelles restrictions suffiront-elles à apaiser la population ?

C’est compliqué. Les tensions n’éclatent pas encore au grand jour, mais elles existent. Notamment parce que la gravité des conséquences des restrictions ne sera pas la même en fonction des secteurs. Les agriculteurs ont le sentiment d’être plus contraints que les acteurs du tourisme. La présence de touristes n’est pas liée au remplissage d’une piscine. Si, demain, le patron d’un camping dit à ses clients qu’il ne peut pas remplir la piscine parce que le préfet lui interdit, mais que la mer n’est pas loin… Je ne pense pas que cela génère une vague de départs vers l’Espagne. Dans l’agriculture, on perd une récolte ou on ne la perd pas.

Vous évoquiez plus tôt le terme de « guerre de l’eau ». Craignez-vous une telle situation ?

Si on n’y prend pas garde, cela peut arriver. Mais on peut l’éviter, grâce au travail que nous faisons tous de conviction et d’explication. Pour le moment, les tensions sont retenues parce que tout le monde a conscience que la situation est gravissime. Je ne suis pas souvent flatteur quand il s’agit des préfets, mais le préfet Furcy a été excellent dans la manière de mener la concertation. Chacun a pu participer aux débats, aux échanges.

« Il faut prendre ce virage pour qu’il n’y ait pas de sang sur les murs et de cadavres sur les routes »

Si on respecte les arrêtés, qu’on se dit qu’on est tous dans le même bateau et qu’on rame ensemble pour ne pas se noyer, ça ira. Mais s’il y en a qui croisent les bras, qui ne respectent pas les arrêtés, ça ne marchera pas. Si un agriculteur applique les règles, mais pas son voisin, il risque d’avoir envie de le dénoncer, de casser sa vanne, ou pire, de lui péter la gueule.

La préfecture se borne, pour le moment, à des mesures d’urgence. La situation est cependant amenée à se répéter en raison du changement climatique. Que faudrait-il faire, sur le plan structurel, pour mieux gérer la ressource en eau ?

Sur le court terme, les économies, il n’y a que ça. Sur le moyen terme, il faut des solutions techniques : recharger les nappes grâce à des canaux, réutiliser les eaux usées, déclarer tous les forages et y installer des compteurs pour mieux partager l’eau… Il nous faut également rechercher des ressources alternatives, par exemple dans les réserves karstiques.

À plus long terme, il faut changer de mode de vie, de culture. Est-ce qu’installer des piscines partout au bord de la mer est acceptable ? Il faut mettre en œuvre une culture de la pluie. Par exemple, en désimperméabilisant les sols, les parkings, les places. Plutôt que de laisser l’eau ruisseler jusqu’à la mer, il faut faire en sorte qu’elle puisse s’infiltrer dans la terre. Il faut également remettre massivement des haies dans les propriétés agricoles, et augmenter le couvert végétal pour que le soleil assèche moins la terre.

Tout cela représente du temps, de l’argent, des investissements. Ça ne pourra pas se faire sur une décision du préfet. Ça prendra dix ou quinze ans, mais il faut prendre ce virage pour qu’il n’y ait pas de sang sur les murs et de cadavres sur les routes.


Source : https://reporterre.net/Pyrenees-Orientales-Si-on-n-y-prend-pas-garde-une-guerre-de-l-eau-peut-arriver?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne