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lundi 21 juin 2021

Malgré le harcèlement policier, les gardes à vue et les procès : la solidarité avec les exilés se poursuit

Malgré 

le harcèlement policier, 

les gardes à vue et les procès : 

la solidarité avec les exilés 

se poursuit


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 Ce 27 mai, sept militants solidaires des migrants passeront devant le tribunal de Grenoble. Dans les montagnes, malgré la répression quotidienne, la solidarité continue à s’organiser. Basta ! a accompagné des bénévoles de l’entraide.

Une voiture estampillée Médecins du monde gravit les lacets du col de Montgenèvre (1850 m), au-dessus de Briançon, à la tombée de la nuit. A bord, Camille, trentenaire et infirmière marseillaise. Depuis bientôt un an, elle participe aux « maraudes », deux weekends par mois. A l’instar de leurs homologues qui parcourent les rues des agglomérations pour aider sans abris et familles en quête de nourritures et d’un toit, ces maraudes en montagne visent à mettre à l’abri les exilés en difficulté, souvent perdus et parfois frigorifiés. La conductrice du véhicule ce soir-là est Tahnee. Scénariste de BD, elle a quitté Nantes pour s’installer à Briançon depuis le début de l’année, intéressée par la montagne et par la dynamique du territoire autour de l’exil. « J’ai rencontré plein de gens passionnants. Ce qu’il se passe ici est un cercle vertueux infini », se réjouit-elle. Ce cercle vertueux de la solidarité a pourtant une face sombre dans cette zone frontalière entre l’Italie et la France, de plus en plus militarisée.

Camille a découvert tout un monde de tensions, qu’elle ne soupçonnait pas. « Avant de venir ici, je croyais que la pression ne s’exerçait que sur les exilés », dit-elle. Comme les autres bénévoles, Camille et Tahnee subissent le harcèlement des gendarmes et des agents de la police aux frontières (PAF). « Tout l’hiver ils ont mis des amendes à 135 euros pour non-respect du couvre-feu, pour des attestations dérogatoires soit disant non conformes », expose l’infirmière.

Pourtant, comme pour n’importe quelle autre action d’assistance à des personnes vulnérables, les maraudes à Montgenèvre en périodes de confinement ou de couvre-feu dues à la crise sanitaire sont autorisées par la préfecture. Médecins du monde conteste une soixantaine de contraventions ciblant ses bénévoles. Cette pratique arbitraire des forces de l’ordre a cessé depuis fin mars. D’autres subsistent encore. Les véhicules de gendarmerie prennent en filature ceux des maraudeurs. Basta ! l’a constaté dans la voiture de Camille et Tahnee cette nuit du 23 au 24 avril. Garée sur un parking de la station de montagne, l’automobile pourtant sérigraphiée du logo de l’ONG humanitaire, a été braquée pendant deux heures par les phares de voitures de gendarmerie se relayant pour assurer la surveillance de ce véhicule « suspect ».

Des peines de prison en guise de récompense pour « une mission de quasi service public »

Mais suspect de quoi ? L’objectif de ces manœuvres est d’empêcher l’embarquement des personnes secourues en montagne. En vain cette nuit-là, comme souvent. Récupérés plus loin sur la route de Briançon, sept jeunes Afghans ont été menés au Refuge solidaire vers cinq heures du matin. Les maraudeurs ont disposé des matelas dans le réfectoire à côté de ceux où dormaient déjà d’autres personnes, avant de leur souhaiter bonne nuit. Ce lieu de premier accueil, situé en face de la gare de Briançon, dépasse régulièrement sa capacité, autorisée par la préfecture à 35 personnes. « Il y a énormément de monde en ce moment. 100 personnes en moyenne sont au Refuge, avec 20 à 30 arrivées par jour », explique Pauline Rey la coordinatrice salariée du lieu. Depuis sa création à l’été 2017, le Refuge solidaire a accueilli plus de 12 000 personnes.

 

Laetitia Cuvelier membre de Tous Migrants, autrice et coréalisatrice du film Déplacer les montagnes, venue en soutien à deux maraudeurs poursuivis au tribunal de Gap le 22 avril 2021.

 

Derrière les maraudeurs largement médiatisés, Lætitia Cuvelier membre de Tous Migrants rappelle que ce sont des centaines de personnes qui œuvrent pour l’accueil de pleins de manières : « Il y a des personnes qui accueillent chez elles, qui donnent des vêtements, des mamies qui amènent de la soupe au Refuge ou encore d’autres personnes qui accompagnent à la préfecture. C’est important d’accompagner à la préfecture, parce que la France c’est un tel bordel administratif que les droits deviennent inaccessibles. » Par amour de la montagne, Lætitia Cuvelier habite à La Grave depuis bientôt vingt ans, aux confins des Hautes-Alpes avec l’Isère, à une heure de route de Montgenèvre. Devant le tribunal de Gap, ce 22 avril 2021, elle est encore venue en solidarité, avec une pancarte sur laquelle est inscrit « Merci les maraudeurs ».

A l’intérieur du tribunal, deux bénévoles, adhérents du collectif Tous Migrants, sont en train d’être jugés. Ils sont accusés d’avoir franchi la frontière de l’Italie vers la France en compagnie d’une famille afghane. Les gendarmes mobiles qui les ont interpellés dans l’après-midi du 16 novembre 2020, venus de Pontivy en Bretagne, l’affirment sans aucune preuve matérielle. Les deux maraudeurs confirmés démentent formellement avoir franchi « la ligne rouge » frontalière et assument avoir porté assistance à quelques centaines de mètres côté français. Le procureur Florent Crouhy, tout en reconnaissant la « mission de quasi service public » des associations qui s’investissent dans les maraudes, demande que les deux bénévoles soient condamnés à 2 mois de prison avec sursis et à 5 ans d’interdiction de territoire. Le délibéré sera rendu le même jour que l’audience en appel des « 7 de Briançon », ce 27 mai.

Le procès des « 7 de Briançon », érigé en symbole du « délit de solidarité », se tiendra à Grenoble. Les sept militants seront jugés en appel. Le 22 avril 2018 ils avaient participé avec 150 autres manifestants à une marche transfrontalière pour dénoncer l’opération anti-migrants de Génération identitaire entamé la veille au col de l’Échelle et la « militarisation de la frontière ». En décembre 2018 ils ont été condamnés à 6 mois de prison avec sursis pour cinq d’entre-eux et 12 mois dont 4 ferme pour les deux autres (lire notre article).

En juillet 2018, le Conseil constitutionnel a considéré qu’au nom du « principe de fraternité » le transport et l’aide au séjour à titre humanitaire et gratuit ne peuvent être un délit. Seule « l’aide à l’entrée de personnes en situation irrégulière sur le territoire » – en franchissement donc de la ligne frontière – peut être retenu comme délit. C’est sur ce motif que sont poursuivis les maraudeurs « 7 de Briançon », motif également prétexte à de nombreuses gardes à vue. Début avril 2021, deux photojournalistes italiens qui réalisaient un reportage sur la route d’exil des Balkans jusqu’à Briançon ont été arrêtés et ont passé la nuit au poste de la PAF de Montgenèvre.

« Il faisait -10 degrés. On était là pour aider les exilés à sortir du froid, point barre ! On n’a pas à arrêter des gens qui portent assistance ! »

Laurent Thérond, un vigneron du Vaucluse, a subi le même sort dans la nuit du 20 au 21 mars. Avec un adhérent de Tous Migrants, ils ont été arrêtés alors qu’ils maraudaient. « Des gendarmes nous observaient à la jumelle. Pour eux on était des passeurs. Je sais très bien que l’on est pas allés en Italie », assure l’agriculteur. Au cours de la journée précédente, le militant de la Confédération paysanne s’était rendu à un rassemblement à Montgenèvre appelé par son syndicat agricole pour dénoncer la situation de la frontière et témoigner de leur solidarité avec les exilés.

« Ce sont des gens qui fuient la guerre la persécution ou la misère, ce n’est pas possible de ne pas les accueillir. » Laurent Thérond, agriculteur, membre de la Confédération paysanne. Arrêté au cours d’une maraude, il a passé 35 heures en garde à vue.

« Ce sont des gens qui fuient la guerre la persécution ou la misère, ce n’est pas possible de ne pas les accueillir », affirme le paysan que Basta ! a rencontré sur son domaine. « Les multinationales de l’agroalimentaire foutent le bazar dans les pays d’origines, ce qui contribue en partie à mettre des gens sur les routes », ajoute-t-il en résonance avec les thèmes de mobilisation de la Confédération paysanne.

Après 35 heures passées en garde à vue au poste de la PAF, Laurent Thérond en tire une motivation supplémentaire. Il est même retourné marauder le weekend suivant. « Il faisait -10 degrés. On était là pour aider les exilés à sortir du froid, point barre ! Ils m’ont énervé. On n’a pas à arrêter des gens qui portent assistance ! », défend-il. Habitué des mobilisations de faucheurs volontaires contre les OGM, Laurent Thérond n’a pas peur des poursuites : « Qu’ils nous envoient en procès, ça nous permettra de nous exprimer. » Puis il assure qu’il retournera en maraude dès qu’il en aura le temps. « En ce moment je m’occupe de mes vignes. L’hiver prochain j’y retourne c’est sûr et je ramènerai du monde en plus », promet celui qui est aussi militant de la France insoumise et candidat de l’union de la gauche aux départementales.

Nombreux, les montagnards solidaires ne sont pas majoritaires

Une partie des Briançonnais solidaires des exilés ont été aussi particulièrement productifs pour témoigner leur soutien à travers des œuvres culturelles, produisant livres et films par dizaines. Autrice et poétesse, Lætitia Cuvelier est par exemple coréalisatrice du documentaire Déplacer les montagnes qui traite de l’accueil d’exilés par des habitants du coin. « On avait besoin de raconter l’intensité de ce que l’on vit. C’est aussi cathartique. Et puis à Briançon, il y a tout un tas d’intellectuels précaires qui ont voyagé avant de se fixer ici », détaille-t-elle pour expliquer le dynamisme à se saisir d’une plume ou d’une caméra.

Néanmoins elle met en doute « l’image d’Épinal des montagnards solidaires » mise en scène dans la presse. Même s’ils sont plusieurs centaines, ils sont loin d’être majoritaires. En témoigne l’élection fin juin 2020 du nouveau maire LR Arnaud Murgia qui a fait campagne ouvertement sur un rejet des migrants, même si son arrivée au pouvoir est aussi due à la division de la gauche locale. Également élu à la tête de la communauté de commune, l’édile s’est agité pour faire expulser le Refuge solidaire de Briançon, installé dans un bâtiment de la collectivité.

« Les maraudes, l’accueil, l’accompagnement des personnes, ça demande beaucoup d’énergie pour les gens qui sont là en permanence. » Agnès Antoine, coprésidente de Tous Migrants.

Mais la lassitude, liée à la question frontalière instrumentalisée par le gouvernement, à la chasse à l’homme institutionnelle qui s’y déroule chaque jour et à la répression judiciaire contre les personnes solidaires, guette aussi les militants. Dans les Hautes-Alpes, les mois qui ont suivi l’arrivé de Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur, à l’été 2020, ont été synonymes d’une nouvelle surenchère des moyens de contrôle de la frontière. Augmentation du nombre de policiers et de gendarmes, collaboration des militaires de l’opération Sentinelle (mise sur pied pour lutte contre le terrorisme) avec la police aux frontières (PAF) et, en janvier dernier, usage des moyens héliportés du peloton de gendarmerie de haute-montagne, normalement dédié au secours, pour ramener une famille exilée au poste de la PAF [2].

Cette opération était une première ! Le commandement du secours en montagne s’était jusque-là refusé à dévier de sa mission légale. Pour les collectifs de bénévoles, cet accroissement de la répression pousse les personnes exilées à se mettre encore davantage en danger en montagne. Et pèse sur le choix de l’entraide. « Le tribunal ça te calme quoiqu’il arrive. Tu ne sais plus comment te positionner », témoigne Anthony qui n’est pas retourné en maraude depuis sa garde à vue. « Les maraudes, l’accueil, l’accompagnement des personnes, ça demande beaucoup d’énergie pour les gens qui sont là en permanence, explique Agnès Antoine. Et puis avant on rentrait de maraude à 2 heures du matin. Depuis l’augmentation des effectifs des forces de l’ordre c’est plutôt à 5 ou 6 heures. Après ça on ne peut pas rempiler sur une journée à aider ou à militer », ajoute-t-elle. Néanmoins l’arc-en-ciel d’aidants s’élargit au delà du pays et se soude. Pour Lætitia Cuvelier, « le mythe du Briançonnais accueillant alimente le mythe ». Jusqu’à devenir majoritairement partagé ?

Pierre Isnard-Dupuy, texte et photos (Collectif Presse-Papiers)

Photo de Une : Tahnee, scénariste de BD récemment installée à Briançon et Camille, infirmière marseillaise en maraude le 23 avril 2023.

dimanche 20 juin 2021

Mardi 22 juin - L'Entonnoir sera exceptionnellement fermé

 


Bonjour à tous

Nous l'attendions depuis longtemps et il est venu :

mais qui ça me direz-vous ?

et oui le plombier vient réparer les canalisations de l'immeuble

Ce qui veut dire que nous devons

fermer exceptionnellement le mardi 22 juin

pour cause : bah... l'eau sera coupée toute la journée.

 

Nous nous excusons pour cette gêne occasionnée.

A très bientôt.

 

L'équipe de l'Atelier de l'Entonnoir

 

 Copyright © 2021 Atelier de l'entonnoir
1 Rue des Marchands, 66500 Prades, France

samedi 19 juin 2021

Lettre d'Info de l'Alchimie, lieu culturel associatif - Prades - 66500

 


Bien le bonjour Alchimistes !

Le programme de la semaine est là !

La restauration Bio & Locale est ouverte les mardis et les samedis !

Petit rappel, ce soir 18/06 se déroulera le vernissage de l'expo de Veka & Mona, à partir de 17h30, petit apéro convivial :) !

Aujourd'hui samedi 19/06 aura lieu une conférence découverte sur l'interprétation des rêves à partir de 10h30 !

Des jeux, des activités, des bonnes glaces, des bons légumes bio-locaux, de la bonne humeur et une conférence à venir ...

Venez nombreux à l'Alchimie ! 

On vous attend !

 

Respect du protocole sanitaire obligé !

Le défi est lancé pour réinventer, construire, créer et tout ce qui vient avec. La marge de manœuvre dans cette période incertaine existe, à nous de nous en saisir.

Bienvenue, et re-bienvenue à tou.te.s celles.ceux qui veulent faire vivre ce beau projet associatif

 

LUNDI

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MARDI

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Vos idées ou envies seront une bouffée d'air. Les projets pour  animer ce lieu et ce territoire sont plus que bienvenus.

Les mardis Tatiana est là pour les accompagner et les mettre en place avec vous avec ou sans confinement les projets se doivent de vivre.  

Et ailleurs, contactez  nous par mail à  contact@assoalchimie.org ou par téléphone au 07.83.36.77.31

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Jean vous attend plein d'enthousiasme, et d'envie de partager avec vous un moment agréable autour d'une table de jeux ! Avec un p'tit café, une p'tite boisson !

"Le Café Philo du samedi 5 juin de 14h30 à 16h est maintenu. A partir de la semaine prochaine on ne se rejoint qu'une fois par semaine : le mardi de 17h30 à 19h. À la rencontre de vos pensées ! Anna"

 

Merci et à très vite !

JEUDI

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A VENIR

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Nous lançons un appel au bénévolat actif pour constituer des équipes pour travailler ensemble. Bienvenues à ceux qui veulent investir la gouvernance partagée, elle peut s'activer dans l'association que si nous nous l'approprions. Invitation aussi pour venir discuter et apporter sur certains textes de référence, aujourd'hui incomplets.  Nous avons besoin de vos compétences et votre envie de faire vivre ce lieu associatif !

 

N'oubliez pas d'adhérer à l'association de l'Alchimie pour pouvoir participer aux ateliers et pour pouvoir consommer ;) Nous vous attendons !

Pour les ateliers & conférences : PAF: 1 €

 

Vous avez un peu de temps à consacrer à ce joli projet qu'est l'Alchimie? Devenez bénévole!

Au plaisir de vous voir par ici ou par là

Tatiana & Mona pour L'Alchimie

Contact : contact@assoalchimie.org   07.83.36.77.31


Copyright © 2021 l'Alchimie
3 Rue de l'Hospice, 66500 Prades, France

jeudi 17 juin 2021

Coup de Jarnac sur le plateau de Millevaches

Coup de Jarnac 

sur le plateau de Millevaches

 

Le

 

Arrestation anti-terrorriste à Gentioux-Pigerolles (Creuse), mardi 15 juin 2021 (photo : DR) 


Le 15 juin, six personnes ont été arrêtées simultanément dans plusieurs villages du Limousin, avec le renfort de la sous-direction anti-terroriste. Le parquet de Limoges affirme dans un communiqué que six interpellations ont eu lieu contre « plusieurs individus appartenant à l’ultragauche ». Les enquêtes portent sur la destruction de véhicules d’Enedis en février 2020, et l’incendie d’un émetteur TNT en janvier 2021. Une information judiciaire a été ouverte. Témoignages de soutiens à Gentioux (Creuse).

C’est ce qu’on appelle un coup de filet spectaculaire. Six personnes ont été arrêtées simultanément dans plusieurs villages du Limousin, le 15 juin à l’aube. À Gentioux (Creuse), dans le hameau du Mont, vers six heures du matin, les voitures de police ont débarqué en nombre pour arrêter une habitante. Il s’agit de la directrice de l’école du village. Selon les soutiens qui sont arrivés sur place dans la matinée, alors que l’opération était encore en cours, des écussons de la SDAT (sous-direction anti-terroriste) ont été repérés sur les uniformes des forces de l’ordre, dont plusieurs membres étaient « armés et cagoulés ».

Jérémy, un soutien et habitant d’une commune voisine, est arrivé sur les lieux vers 9 heures : « ça a commencé par une perquisition. Vers 10 heures, la personne a été emmenée par la police anti-terroriste. Nous n’avons aucune idée des motifs exacts, sauf du chef d’inculpation », raconte-t-il par téléphone. La convocation du conjoint de la personne arrêtée, pour une audition libre, a en effet permis de connaître le chef d’inculpation : « destructions en bande organisée, à Limoges, entre janvier 2020 et janvier 2021 ». « On ne sait pas à quoi ça correspond, mais ça rappelle les arrestations de Tarnac en 2008 : le dispositif était complètement disproportionné. Ici, il y a quatre maisons qui se touchent, et il y avait une cinquantaine de voitures de police… », explique Jérémy.

Simultanément, dans une autre commune proche, à Bussière-Boffy (Haute-Vienne), une femme d’une cinquantaine d’années et un homme d’une soixantaine d’années ont été arrêtés. Au total, ce sont six personnes qui ont été interpellées, et placées en garde à vue, pour une durée maximum de 96 heures, comme le confirme un communiqué du tribunal judiciaire de Limoges publié le 15 juin :

« Une information judiciaire a été ouverte des chefs notamment de destructions et dégradation par moyen dangereux en bande organisée, association de malfaiteurs et destruction de biens de nature à porter atteinte aux intérêts de la nation »
. Deux juges d’instruction ont été co-saisis. Le communiqué ajoute : « les investigations menées ont permis de réunir des charges à l’encontre de plusieurs individus appartenant à l’ultragauche ».

 


 




Les enquêtes portent sur la destruction de véhicules d’Enedis en février 2020 à Limoges, et l’incendie d’un émetteur TNT en janvier 2021 dans la commune des Cars (Haute-Vienne).

Ces événements ne sont pas sans rappeler les arrestations simultanées qui ont eu lieu le 8 décembre 2020. Neuf personnes soupçonnées d’appartenir à la « mouvance d’ultragauche » avaient été interpellées à Cubjac, Vitry-sur-Seine, Rennes et Toulouse au motif de leur participation supposée à une association de malfaiteurs terroriste criminelle [1]. C’était la première fois depuis l’affaire de Tarnac que la justice antiterroriste enquêtait sur un groupe « d’ultragauche ».

Pour rappel, l’affaire de Tarnac s’était conclue par un fiasco : le 12 avril 2018, le tribunal correctionnel de Paris avait relaxé les huit prévenus dans cette affaire – ils étaient accusés d’avoir saboté des lignes SNCF en 2008, et de former une « cellule invisible » pour abattre l’État [2].

Ici aussi, les personnes ciblées ne sont « pas des personnes lambda », nous dit par téléphone Ophélie, venue en soutien à Gentioux dès 10 heures du matin. « Ce ne sont pas des inconnus, ce sont des camarades. On est visés en tant que communauté autonome. Il y a un réseau de solidarité ici, un terreau commun entre les villages, qui sont réunis sous la bannière du plateau de Millevaches », précise-t-elle. À Gentioux, des habitants et des élus sont venus le matin même pour tenter de faire l’interface entre policiers et opposants. En vain. Les opposants affirment que les policiers ont fait usage de leurs gazeuses.

La directrice de l’école de Gentioux, comme une des deux autres personnes arrêtées, fait partie d’une chorale militante de Limoges : la CRS (Chorale des Résistances Sociales). « Elle est absolument intégrée, et était à deux semaines et demi de la retraite. Elle est très connue pour son engagement dans cette chorale, mais ça reste une chorale », s’étonne encore Jérémy. Après le choc de l’arrestation, les soutiens des inculpés se sont réunis sur la place de Gentioux le 15 juin au soir. À cette heure, les personnes interpellées sont toujours en garde à vue. Elles risquent 20 ans de réclusion criminelle.

Mathieu Dejean

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mercredi 16 juin 2021

Ouïghours, Kazakhs et autres minorités musulmanes victimes de crimes contre l’humanité + Pétition

 

Des gardes entourent un grand groupe de détenus dans un camp d'internement au Xinjiang, en Chine © Molly Crabapple  



Ouïghours, Kazakhs 

et autres minorités musulmanes 

victimes de crimes 

contre l’humanité


Publié le 10.06.2021

 

En Chine, des centaines de milliers de personnes musulmanes sont internées, torturées et persécutées dans des camps dits de « transformation par l’éducation ». Le but ? L’assimilation à une nation laïque et homogène par l’élimination de leurs traditions religieuses et culturelles.

Dans notre enquête inédite, plusieurs dizaines de témoignages d’anciens détenus détaillent les mesures prises par les autorités chinoises, depuis 2017, pour éliminer les traditions religieuses, les pratiques culturelles et les langues des minorités ethniques musulmanes de la région du Xinjiang. Ces mesures répressives sont orchestrées à grande échelle par l’État et s’apparentent à des crimes contre l’humanité.

Perpétrés sous couvert de lutte contre le "terrorisme ", les emprisonnements, les tortures et les persécutions visent les minorités musulmanes du Xinjiang : les Ouïghours, les Kazakhs, les Huis, les Kirghizes, les Ouzbeks et les Tadjiks.

Lire aussi : Une campagne massive de "rééducation des musulmans"

 

Des bus transportant des détenus arrivent dans un camp d'internement © Molly Crabapple

Un environnement dystopique cauchemardesque

Les autorités chinoises ont mis en place l’un des systèmes de surveillance les plus sophistiqués au monde et un vaste réseau composé de milliers de sinistres centres de "transformation par l’éducation" – en réalité, des camps d’internement – dans tout le Xinjiang. Dans ces camps, le recours à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements est systématique et chaque aspect de la vie quotidienne est régenté. L’objectif ? Constituer de force une nation laïque et homogène et inculquer les idéaux du Parti communiste.

Les autorités chinoises ont créé un environnement dystopique cauchemardesque à une échelle stupéfiante dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Les Ouïghours, les Kazakhs et les autres minorités musulmanes sont victimes de crimes contre l’humanité et d’autres graves violations des droits humains qui menacent de faire disparaître leur identité religieuse et culturelle.

Un nombre incalculable de personnes subissent un endoctrinement, des actes de torture et d’autres mauvais traitements dans des camps d’internement, tandis que des millions d’autres vivent dans la peur, se sachant à la merci d’un dispositif de surveillance tentaculaire.

Comprendre : Le Xinjiang, une région stratégique pour la Chine


Les détenus traversent une étroite enceinte clôturée - en fait une cage - pour se rendre du bâtiment où se trouvent leurs cellules à celui où se trouvent leurs salles de classe © Molly Crabapple

Emprisonnement massif

Depuis début 2017, un grand nombre d’hommes et de femmes appartenant à des minorités ethniques à majorité musulmane du Xinjiang ont été détenus arbitrairement. Cela englobe à la fois les centaines de milliers de personnes emprisonnées – peut-être un million, voire plus - qui ont été envoyées dans des camps d’internement.

Nous avons interrogé plus d’une cinquantaine de personnes qui ont toutes été détenues pour des actes totalement légaux au regard du droit international, comme la possession d’une image religieuse ou la communication avec une personne se trouvant à l’étranger. Un cadre de l’administration ayant participé à une vague d’arrestations fin 2017 a indiqué que la police faisait irruption chez des personnes sans prévenir et les arrêtait en dehors de toute procédure régulière.

La plupart des victimes ont d’abord été interrogées dans un poste de police, où leurs données biométriques et médicales ont été enregistrées avant leur transfert dans un camp. Souvent, elles étaient interrogées dans une "chaise du tigre". Il s’agit d’un siège métallique équipé d’entraves pour les pieds et de menottes qui permet d’immobiliser la personne dans une position douloureuse. En outre, les personnes détenues ont indiqué avoir été encagoulées et entravées pendant leur interrogatoire et leur transfert.


Lire aussi : Des enfants ouïghours sont détenus et séparés de leur famille

 

Un homme est interrogé dans un poste de police avant d'être envoyé dans un camp d'internement © Molly Crabapple

 

La vie dans les camps

Dès l’arrivée d’une personne dans ces camps de type carcéral, sa vie est extrêmement régentée. Elle n’a plus de vie privée ni d’autonomie et se voit infliger des châtiments sévères – parfois collectifs – au moindre acte de désobéissance. Les personnes internées ont l’interdiction de se parler et sont durement punies lorsqu’elles répondent à des gardiens ou d’autres membres du personnel dans leur langue maternelle au lieu du mandarin. Chaque activité quotidienne est définie à l’avance et le comportement des personnes détenues est constamment suivi et évalué.

Une femme détenue parce que l’application WhatsApp était installée sur son téléphone a déclaré : "On se levait à 5 heures et on devait faire son lit, il fallait que ce soit parfait. Ensuite, il y avait la cérémonie de lever de drapeau et de prestation de serment. Puis on allait au réfectoire pour le petit-déjeuner. Puis en classe. Puis c’était le déjeuner. Retour en classe. Dîner. Encore des cours. Enfin, le coucher. Chaque nuit, deux personnes étaient “de permanence” [pour surveiller leurs compagnes ou compagnons de cellule] pendant deux heures [...] On n’avait pas une minute à soi. C’est épuisant."

Dans les premières semaines, voire les premiers mois de leur internement, les personnes détenues sont généralement contraintes à rester assises ou à genoux dans leur cellule, sans bouger et en silence, pendant la majeure partie de la journée. Après cette période, elles sont habituellement soumises à une "éducation" forcée, qui consiste à les endoctriner pour qu’elles désavouent l’islam, renoncent à leur langue et leurs pratiques culturelles, apprennent le mandarin et étudient la propagande du Parti communiste chinois.

Outre les moments où elles sont escortées par des gardiens pour se rendre au réfectoire, en classe ou en interrogatoire, les personnes détenues ne quittent pratiquement jamais leur cellule. Ainsi, elles ne voient que peu la lumière du jour et peuvent rarement profiter d’un espace extérieur ou faire de l’exercice.

Lors d'un "cours" dans un camp d'internement © Molly Crabapple

Recours systématique à la torture

Chaque ancien détenu que nous avons interrogé a subi des actes de torture ou d’autres formes de mauvais traitements.

Il s’agissait notamment des effets psychologiques cumulés de la déshumanisation quotidienne dont ils faisaient l’objet. Ils étaient également soumis à de la torture physique, laquelle pouvait prendre diverses formes comme des coups, des décharges électriques, de la détention à l’isolement, de la privation de nourriture, d’eau ou de sommeil et l’utilisation abusive de méthodes d’immobilisation notamment la “chaise du tigre”.

Plusieurs personnes ont indiqué avoir été maintenues dans un tel siège pendant 24 heures, voire davantage. Nous avons appris qu’un détenu serait mort après avoir été immobilisé sur une chaise du tigre pendant 72 heures, sous les yeux de ses compagnons de cellule, qui avaient l’interdiction formelle de l’aider. Pendant cette période, il aurait été obligé d’uriner et de déféquer sur lui.

Les détenus sont immobilisés dans des "chaises du tigre" à titre de punition dans les camps d'internement © Molly Crabapple

Surveillance d’État

À l’intérieur comme à l’extérieur des camps,
les musulmans du Xinjiang sont
parmi les populations
les plus étroitement surveillées au monde.

Pendant plusieurs mois au moins après leur libération d’un camp, tous les anciens détenus font l’objet d’une surveillance électronique et physique constante. Elle consiste notamment pour l’État à désigner des cadres de l’administration pour effectuer des « séjours à domicile » intrusifs pendant lesquels ils doivent assurer un contrôle et signaler tout comportement "suspect". Ces comportements peuvent par exemple être des pratiques religieuses pacifiques ou le recours à un logiciel de communication non autorisé (comme un VPN ou WhatsApp)

Par ailleurs, le droit de circuler des personnes reste fortement restreint après leur libération. De nombreux agents des forces de sécurité patrouillent dans les rues et gèrent des milliers de postes de contrôle, appelés par euphémisme "postes de police de proximité".

Persécutions religieuses

Les musulmans ne peuvent pas pratiquer leur religion librement dans le Xinjiang. Des dizaines de musulmans, hommes et femmes, ont expliqué que les autorités chinoises se montrent extrêmement hostiles à l’égard de l’islam. Les pratiques religieuses et culturelles fondamentales sont qualifiées d’"extrémistes" et servent à justifier le placement en détention.

Par conséquent, de nombreuses personnes ont cessé de prier ou d’afficher des signes extérieurs de leur foi, ce qui concerne la tenue vestimentaire, l’apparence et même l’expression. « On ne pouvait plus dire salam aleïkoum ». Concrètement, le Coran, les tapis de prière et les autres objets religieux ont été interdits. D’anciens cadres de l’administration ont expliqué qu’ils faisaient irruption chez des personnes pour confisquer des objets religieux.

Nous leur disions d’enlever les photos [de mosquée] et de mettre des drapeaux [chinois].

Un ancien cadre de l’administration

Des mosquées, des sanctuaires, des cimetières et d’autres sites religieux et culturels ont systématiquement été démolis ou affectés à d’autres usages dans tout le Xinjiang.

Des fonctionnaires du gouvernement chinois enlèvent des objets religieux et culturels d'une maison musulmane © Molly Crabapple

Dissimulation de grande ampleur

L’État chinois ne recule devant rien pour dissimuler les violations du droit international relatif aux droits humains dans le Xinjiang. Menaces, arrestations, maltraitances : c’est ce qu’encourt quiconque ose s’exprimer ouvertement.

On ignore ce qu’il est advenu de centaines de milliers de personnes détenues. Beaucoup se trouvent peut-être toujours dans les camps. D’autres ont été condamnées à de longues peines d’emprisonnement. D’autres encore ont été transférées dans des lieux où elles semblent être soumises à des travaux forcés. Le nombre de peines d’emprisonnement a augmenté considérablement, selon les données des autorités chinoises et les images obtenues par satellite montrent des chantiers importants de construction de nouvelles prisons dans le Xinjiang depuis 2017.

Image satellite d'un camp d'internement le 24 juin 2018, à Karamay, comté de Karamay, Xinjiang, Chine


Nos demandes

La Chine doit démanteler immédiatement les camps d’internement, libérer les personnes détenues arbitrairement dans ces lieux et dans les prisons, et mettre fin aux attaques systématiques contre les musulmans du Xinjiang.

La communauté internationale doit s’exprimer et agir à l’unisson pour que cessent ces atrocités, une bonne fois pour toutes. Il faut que les Nations unies créent et déploient de toute urgence un mécanisme d’enquête indépendant afin que les responsables présumés de crimes de droit international soient amenés à rendre des comptes.


Agir


CAMPS D’INTERNEMENT DU XINJIANG : 

LIBERTÉ POUR LES DÉTENUS !

À nos côtés, interpellez le président Xi Jinping et exigez la libération immédiate de toutes les personnes détenues et torturées dans des camps d’internement ou des prisons du Xinjiang.  




Source : https://www.amnesty.fr/discriminations/actualites/ouighours-kazakhs-minorites-musulmanes-victimes-crimes-humanite?utm_source=newshebdo&utm_medium=email&utm_campaign=newshebdo-2021-06-11