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jeudi 25 juin 2020

Australie, les géants miniers rasent les sites sacrés aborigènes

Australie, 

les géants miniers 

rasent les sites sacrés 

aborigènes



Alors que le minerai de fer est la ressource la plus exportée par l’Australie, de plus en plus de sites aborigènes sont voués à la destruction afin d’agrandir les mines.


Rédigé par Paul Malo, le 12 Jun 2020



Le géant minier BHP vient d’être autorisé à détruire une quarantaine de sites du patrimoine aborigène dans l’ouest de l’Australie.

Une décision autorisée par le ministre des Affaires aborigènes


La nouvelle est tombée le 11 juin : le gouvernement australien vient d’annoncer que le géant minier BHP était autorisé à détruire une quarantaine de sites du patrimoine aborigène dans l’ouest de l’Australie. Une décision affligeante qui tombe quelques jours après qu’un autre géant minier, Rio Tinto, a déjà détruit à l’explosif un site habité il y a plus de 46.000 ans par des aborigènes afin d’agrandir une mine de fer.










Rio Tinto a déjà infligé  des dommages irréversibles à d’autres grottes préhistoriques © Sopotnicki


C’est pourtant le ministre des Affaires aborigènes de l’État australien, lui-même aborigène, qui a donné son feu vert fin mai à la destruction de nouveaux sites. En effet, BHP avait déposé cette demande dans le cadre de l’expansion de sa mine de fer de South Flank, dans la région de Pilbara. « Je crois fermement au droit à l’autodétermination des aborigènes et soutiens les groupes indigènes qui utilisent leurs droits chèrement acquis pour nouer des accords commerciaux avec les groupes exploitant les terres », a expliqué le ministre. Il dit travailler à une réforme des lois sur le patrimoine afin que les groupes miniers puissent désormais négocier directement avec les populations aborigènes quant à l’impact de leurs projets industriels.


Site d’art aborigène de Nourlangie Rock, Parc national de Kakadu, Australie © pierdest

72 sites d’une grande importance culturelle protégés


Difficile de lutter, quand on sait que le minerai de fer est la ressource la plus exportée par l’Australie, avec un chiffre d’affaires de 77 milliards de dollars australiens (47 milliards d’euros) l’an dernier. L’essentiel de ce minerai provient justement de la région de Pilbara, très peu peuplée et largement la propriété des populations aborigènes. En 2015, le peuple Banjima avait donc conclu un accord pour l’exploitation de cette zone. Un accord qui impliquait aussi la protection de 72 sites de grande importance culturelle, accompagné des compensations financières.





Cliquer sur ce lien :
https://www.planetoscope.com/matieres-premieres/178-production-mondiale-de-minerai-de-fer.html


Le 23 mai dernier, c’est une grotte sacrée connue depuis 46.000 ans que la compagnie minière Rio Tinto a détruit en Australie-Occidentale afin d’agrandir une de ses mines de minerai de fer. Il s’agissait pourtant du seul site d’Australie à montrer les signes d’une occupation humaine continue pendant la dernière période glaciaire. Des fouilles archéologiques avaient été menées suite à l’obtention de l’autorisation de la détruire, afin de sauver tout ce qui pouvait l’être. Elles avaient montré que le site était en fait deux fois plus ancien qu’on le supposait, et permis de découvrir de nombreux artefacts, dont des objets sacrés, et même une tresse de cheveux humains vieille de 4.000 ans.




Illustration bannière : Exploitation minière en Australie sur le site minier de Cobar © THPStock


Source : https://www.consoglobe.com/australie-geants-miniers-rasent-sites-aborigenes-cg?fbclid=IwAR0KslvmhJKyDab8khmrB3e-Iv7PUtf-WPyuWifUs7z_DcJslooRk5ji2SM

mercredi 24 juin 2020

Violences policières, état d'urgence sanitaire... les vérités de Jacques Toubon


Violences policières, 

état d'urgence sanitaire... 

les vérités de Jacques Toubon




Le Défenseur des Droits a reçu Le HuffPost pour faire le point sur l'état des libertés fondamentales en France. Elles sont plus malmenées qu'on le croit.


___________________

Par Anthony Berthelier

08/06/2020



                              AFP


Jacques Toubon : "Il faut arrêter ce dédain à l’égard des libertés et des droits fondamentaux”


POLITIQUE - “Nous avons le joug sur la nuque et nous tirons la charrue jour et nuit hardiment.” Jacques Toubon fêtera ses 79 ans le 29 juin prochain, quelques jours avant de quitter ses fonctions de Défenseur des Droits. Nommé à la surprise générale par François Hollande en 2014, l’ancien ministre de la Justice de Jacques Chirac s’est immédiatement posé en vigie intraitable et infatigable des libertés publiques, des droits fondamentaux et des discriminations.

Six ans plus tard, le voilà pressé par le temps. Il veut achever et rendre public tout son travail mis en suspend par la crise du coronavirus et ses conséquences pour la population. Un rapport annuel publié ce lundi, un autre à venir sur les discriminations liées à l’origine... c’est un Jacques Toubon absorbé par ces combats menés au fil des mois qui nous a reçus au siège du Défenseur des Droits pour un entretien d’une heure et demie.

L’occasion pour Le HuffPost de l’interroger sur le déni des responsables politiques en matière de discrimination, de recueillir son sentiment sur l’action d’Emmanuel Macron, mais également de le questionner sur son évolution idéologique, de Garde des Sceaux plutôt droitier à poil à gratter du gouvernement sur la Loi Asile et Immigration.

Lui, nous a dressé le portrait d’une France qui malmène ses libertés publiques, inconscientes de leur valeur concrète. Montant, parfois, dans les aiguës, contre les responsables politiques qui ne voient les droits fondamentaux uniquement comme une “idéologie humanitaire.”

Le HuffPost : Le débat sur le racisme dans la police française est explosif depuis plusieurs jours. Vous parliez dans un récent rapport de “discrimination systémique” dans un commissariat parisien. Est-ce à dire que la police française est raciste ?


Jacques Toubon : Ce n’est pas le sens de la décision que j’ai prise. Elle date du 12 mai, et je l’ai prise sans aucune relation ni avec le contexte américain ni le contexte français. Le cas particulier est celui d’un groupe de policiers dans un quartier parisien qui a eu pendant plusieurs années des comportements agressifs consistant à systématiquement pourchasser un groupe de jeunes. Nous avons dit que le comportement de ces policiers nous paraissait constituer une discrimination systémique. Nous ne pouvons pas dire que cette décision traduit une situation globale, mais en même temps dans ce cas d’espèce, elle a bien démontré le comportement discriminatoire.

"On est dans la philosophie du “ni vu ni connu”, ce qui est une position parfaitement contraire aux droits de l’Homme"

Jacques Toubon, Défenseur des Droits

Vous montriez dès 2017 qu’en France, les jeunes hommes “perçus comme noirs ou arabes” ont 20 fois plus de chances d’être contrôlés que les autres. Comment changer ce que vous qualifiez de “réalité sociologique” ?

On voit bien que les comportements individuels que nous traitons reposent sur des données sociales, sociologiques. Il faut corriger cette situation de défiance entre une partie de la police et une partie de la population. Pour cela, nous ne sommes pas des politiques ni des policiers, mais nous disons qu’il faut faire deux choses: avoir une traçabilité des contrôles et introduire la définition du contrôle discriminatoire dans le code de procédure pénale. Et je crois qu’il n’y a pas, aujourd’hui, de motif à pouvoir refuser cette évolution.

Le fait que nous n’ayons toujours pas avancé sur la question des contrôles au faciès, prouve-t-il le déni des responsables politiques sur ces discriminations ? 

Oui, je l’ai souvent dit. On est dans la philosophie du “ni vu ni connu”, mais “ni vu ni connu”, c’est une position qui est parfaitement contraire à ce que moi je suis chargé de défendre c’est-à-dire les droits fondamentaux et les droits de l’Homme. Mais j’ai le sentiment que les choses évoluent.

Les récentes interdictions de manifester contre les violences policières suscitent la controverse. Le gouvernement tarde-t-il trop à rétablir la liberté fondamentale de manifester ? 

Une règle générale, c’est que la liberté de manifester comporte la compensation de respecter l’ordre public. Et cela peut motiver certaines interdictions. Mais il ne faut pas détourner les règles contre cette liberté, comme lors de la Cop 21 (fin 2015 après les attentats du 13-Novembre, ndlr) lorsque des manifestations avaient été interdites de manières irrégulières, sur des bases qui n’avaient rien à voir. Ensuite, il y a ce qui résulte de l’état d’urgence sanitaire. Aujourd’hui, la loi dit clairement qu’on a la possibilité d’interdire les rassemblements pour des raisons de santé publique. Est-ce que l’on se trouvait dans un cas de ce type pour la manifestation contre les violences policières? J’ai beaucoup de mal à trancher. 

Plus largement, comment analysez-vous l’action du gouvernement dans cette pandémie sur les libertés publiques et individuelles ? Le curseur entre impératif sanitaire et respect des libertés a-t-il toujours été placé au bon endroit ? 

Première question : fallait-il un État d’urgence ? Beaucoup de gens l’ont dit, il existait déjà, dans le code de la santé publique, notamment depuis 2009, des dispositions qui auraient pu permettre de prendre les mesures nécessaires sans État d’urgence. L’opportunité a fait que cela a été choisi par le gouvernement, comme il a été choisi pour lutter contre le terrorisme. 
La question est donc, est-ce que ces restrictions de liberté répondent aux quatre critères qui sont nécessaires si on ne veut pas porter atteinte à l’État de droit ? Nécessité, proportionnalité, exceptionnalité et caractère temporaire. Aujourd’hui il est difficile d’apprécier s’ils sont remplis, mais on voit avec le confinement que les deux premiers répondent à la menace de la pandémie.
"Pendant cette pandémie, j’ai été frappé par une certaine désinvolture que la population a manifestée par rapport au respect des libertés."

Jacques Toubon, Défenseur des Droits

Dans votre rapport, vous parlez d’un “déclin consenti des droits de l’Homme depuis 2001”. Ce que vous expliquez notamment par la menace terroriste. Craignez-vous que la menace sanitaire provoque une nouvelle régression durable ? 

Oui, très franchement je pense que la sidération et la crainte, la peur provoquée par les attentats, puis par la menace terroriste et celle provoquée par la pandémie sont de même nature dans le ressort psychologique de la population. Et c’est vrai que j’ai été frappé par une certaine désinvolture que la population de manière générale a pu manifester par rapport au respect d’un certain nombre de libertés et de droits fondamentaux.

Que voulez-vous dire ? 

Les restrictions des libertés se sont faîtes sans coup férir, l’intérêt de la santé publique a primé de manière évidente. On a commencé à se poser des questions, notamment lorsqu’il s’est agi des contrôles après le déconfinement, le système d’information manuel ou l’application StopCovid.

Mais mon observation générale comme je l’avais fait au moment de l’État d’urgence anti-terroriste c’est un certain dédain d’une majorité de la population pour des droits et des libertés qu’un peuple comme le nôtre a mis trois siècles à conquérir, qui sont en grande partie issus de ce qui a été fait à Nuremberg puis par les Nations Unies après la barbarie nazie. On aurait pu penser qu’une majorité serait plus encline à les défendre. 

Le tournant, c’est l’État d’urgence anti-terroriste ? 

Pour moi il est bien antérieur. Le tournant c’est le 11 septembre 2001. C’est à partir de cette date et à partir des mesures prises par les Américains que toutes les démocraties ont commencé à faire des accrocs à leurs états de droits pour lutter contre le terrorisme. Les Américains l’ont fait de manière très spectaculaire, nous comme d’autres pays européens l’avons fait de manière plus limitée. 

Quels sont les risques, en matière de privations des libertés justement, dans la situation actuelle ? 

Le point le plus important c’est que l’on sorte de l’État d’urgence sanitaire quand la pandémie sera jugulée. On a un mauvais précédent, celui de l’État d’urgence anti-terroriste puisque la loi d’octobre 2017, prise d’ailleurs sous ce quinquennat, pas le précédent, a inscrit quatre de ses mesures dans le droit commun. Le Défenseur des Droits souhaiterait naturellement que ce ne soit pas le cas pour l’État d’urgence sanitaire. 
"Dans un premier temps c’est le mouvement associatif qui a tenu le choc et a assuré les droits fondamentaux des plus vulnérables."
Jacques Toubon, Défenseur des Droits

Quel a été votre rôle pendant cette pandémie ? 

On a essayé d’utiliser notre influence, en écrivant, en saisissant les uns ou les autres. Nous avons traité beaucoup de situations d’urgence. Nous avons obtenu un certain nombre de choses sur les attestations de déplacement pour les handicapés. Bien entendu tout le monde a parlé des mères seules avec des enfants refusées dans les supermarchés. Nous avons obtenu, grâce au Conseil d’État, la réouverture des guichets des demandeurs d’asile qui avaient été fermés par les administrations. Je peux citer un certain nombre d’exemples de ce type pour montrer que notre boulot a consisté principalement à ce que ces inégalités, qui ont été exacerbées par la pandémie, ne soient pas transformées en discrimination.

Car la mise en œuvre de l’État d’urgence sanitaire et le confinement ont mis en lumière des inégalités sociales, territoriales, individuelles, qui préexistaient. Et il faut bien reconnaître que dans un premier temps c’est le mouvement associatif qui a tenu le choc et qui a assuré les droits fondamentaux des personnes les plus vulnérables.

Comment jugez-vous l’évolution des discriminations, des inégalités en France depuis votre arrivée ? A-t-on avancé ? 

Je vais prendre l’exemple des discriminations selon l’origine, ce qui comprend à la fois la couleur de peau, l’ethnie, la religion. Nous allons publier un rapport dans une quinzaine de jours. Et il montre la prévalence de ces discriminations. Elles n’ont pas diminué, dans l’emploi, dans l’accès au service ou dans le logement. Toutes les études le démontrent et les cas que nous recevons aussi naturellement. 

Que proposez-vous ?  

Il faut absolument que nous ayons par exemple des indicateurs non-financiers nous permettant de mesurer les discriminations. Bien entendu, les politiques publiques doivent jouer un rôle par la formation ou l’éducation. 

Un exemple : nous avons fait un rapport sur les droits de l’enfant en 2016 dans lequel nous avons consacré un chapitre à l’éducation à la sexualité. Nous disions que c’est un sujet directement en lien avec les discriminations et les inégalités entre les femmes et les hommes. Car c’est à partir des préjugés et des stéréotypes qui consistent à penser, dès le plus jeune âge, que l’homme et la femme ont deux sexualités différentes que va ensuite se développer une situation dans laquelle il apparaît normal que les hommes harcèlent sexuellement les femmes, que les femmes aient des droits sexuels réduits, etc.

Et comment jugez-vous les politiques publiques sur les discriminations ? 

Les politiques publiques ne s’attachent pas à ces situations. Pour les politiques publiques depuis dix ans, vingt ans, ces sujets ne sont pas des sujets à l’ordre du jour. Il y a bien quelques tentatives, mais disons que c’est très insuffisant. Aujourd’hui le discours principal c’est le discours de l’identité ; il a supplanté le discours de l’égalité. 

L’égalité entre les hommes et les femmes est quand même la grande cause du quinquennat. C’est juste de l’affichage selon vous ? 

Non honnêtement, je pense que le gouvernement actuel, depuis deux ans au moins, a fait un certain nombre de choses réelles. L’indicateur de Muriel Pénicaud, avec les cinq critères est un progrès. Même s’il a un caractère statistique et qu’il est insuffisant par rapport à ce que nous nous proposons. C’est-à-dire des indicateurs non-financiers qui ciblent directement les situations de discriminations. Il faut que l’entreprise passe devant un miroir tous les matins et qu’il lui renvoie l’image de l’égalité de traitement, de la non-discrimination dans l’entreprise. Et à tous les niveaux. C’est à dire non seulement combien il y a de femmes cadres, mais également combien il y a de femmes en responsabilité, etc. 

Lors d’une passe d’armes à l’Assemblée nationale, avec un député LREM qui vous accusait d’avoir une attitude caricaturale dans votre opposition à la loi Asile vous répondiez : “Les droits fondamentaux c’est sur les trottoirs du boulevard de la Villette.” La politique actuelle oublie ce côté concret ? 

Pour beaucoup de gens, les droits de l’Homme, les droits fondamentaux, les libertés fondamentales c’est de la théorie juridique ou c’est une idéologie humanitaire. Comme je l’avais dit, c’est un peu dans l’éther. Alors que c’est quoi les droits fondamentaux, par exemple le droit inconditionnel à l’hébergement? Et bien c’est la différence entre passer la nuit sur les trottoirs du boulevard de la Villette ou passer la nuit dans un foyer d’hébergement. Donc c’est de nature extrêmement concrète. 

C’est donc ce que vous appelez également le “dédain pour les libertés publiques” ?

Je pense qu’aujourd’hui, la majorité d’un peuple comme le peuple français n’a pas conscience de la valeur concrète, quotidienne des libertés. Il ne se rend pas compte, je crois, de ce qu’est l’enjeu des libertés. Et que cet héritage accumulé depuis deux siècles et demi, presque trois, peut être sous certaines pressions comme la peur, les régimes politiques plus ou moins autoritaires, assez vite dilapidé. Donc il faut se battre pour ça et c’est le rôle du Défenseur des Droits en tant que vigie des libertés.

Avez-vous peur d’une fracture encore plus profonde dans la société ? Que certains fassent “sécession” comme le disait Gérard Collomb ?

Je le dis dans l’éditorial de mon rapport, il faut absolument assurer - par le respect des droits, l’égalité dans l’accès au droit, la confiance, etc. - que l’appartenance à la République continue à être ce qui nous rassemble. Et qu’on ne cherche pas à s’organiser en communauté. Ça, c’est une inquiétude que je peux avoir si des mesures sont prises et portent atteinte à la cohésion sociale. 

Dans votre rapport annuel, vous regrettez que vos “décisions n’aient pas toute l’efficacité souhaitable.” Faut-il un élargissement des pouvoirs du Défenseur des Droits ?

Le Défenseur a deux missions : régler des centaines de milliers de cas individuels pour lesquels les droits ne sont pas respectés et mettre des questions dans le débat public. Il faudrait donner au Défenseur des Droits un peu plus d’effectivité dans ces recommandations.

Mais, en même temps il faut faire très attention. Aujourd’hui, je prends des positions irréfragables en droit parce que je ne me pose jamais la question du principe de réalité c’est-à-dire la question de la faisabilité politique de la décision. Je laisse ça à ceux dont c’est le métier. Si on introduit une notion d’effectivité, est-ce que nous n’allons pas commencer à empiéter sur notre liberté, notre indépendance, notre autonomie de décision ?
"Le combat le plus difficile est la lutte contre les discriminations."

Jacques Toubon, Défenseur des Droits

Vous avez rendu de nombreux rapports, de nombreux avis en six ans. Mais quel aura été votre combat numéro un ?

Ce à quoi je me suis le plus attaché c’est probablement la lutte contre les discriminations, parce que c’est ce qu’il y a de plus difficile. Donc, c’est peut-être le combat le plus important, le plus exemplaire que j’ai mené et j’en prendrai un exemple : ce que j’ai fait pour l’égal accès à la cantine scolaire.

Pourquoi cet exemple ? 

C’est une question dont on voit aujourd’hui l’importance avec cette pandémie. Sur les trois repas, en avoir un assuré par le service public de la restauration scolaire comme c’était le cas lorsque les écoles étaient ouvertes ou au contraire être à la merci de l’incertitude qui peut régner dans certaines familles qui n’ont pas les moyens, ça fait une très grande différence. Et j’aime bien cet exemple parce que nous avons pris des décisions assez fortes et je pense qu’elles seront peu à peu appliquées par les maires. Des millions d’enfants sont concernés.

Savez-vous que vous êtes à l’origine d’une expression sur les réseaux sociaux ?

Qu’est-ce que c’est ? 

C’est “Même Jacques Toubon le dit...”

Ah oui, “même Jacques Toubon dit que”. J’ai vu ça, oui oui “si même Toubon le dit alors c’est que vraiment…”, je vois de quoi vous parlez (rires).

Beaucoup ont effectivement été surpris par certaines de vos prises de position en début de mandat notamment, au regard de votre passé politique. À quoi cela tient-il, uniquement à votre changement de rôle ? 

Honnêtement, je ne pense pas qu’on change de conscience à 50, 60, 70 ans. Et qu’on ne change pas non plus d’éducation. Mais simplement, il se trouve que cette institution et cette fonction donnent une liberté et une indépendance que je n’avais jamais connue jusqu’à maintenant. Sauf peut-être, mais d’une autre façon quand j’ai été chargé de créer le musée national de l’histoire de l’immigration, ou quand j’étais député au parlement européen, une institution où la discipline de groupe est beaucoup moins présente. 

Donc l’adage disant ‘on est de gauche quand on est jeune, on devient de droite quand on vieillit’, ne s’applique pas en sens inverse pour vous ? 

Je pense que non. Nous sommes dans un domaine où je ne crois pas que les catégories de gauche et de droite soient applicables. Le droit n’a pas de couleur politique, c’est tout à fait clair. Et à titre personnel, je crois que j’ai toujours eu tendance à être plutôt dans la branche, dans la fraction sociale de ma famille politique. Ça peut être gaullisme social, le gaullisme populaire. Donc je n’ai pas le sentiment non plus en 45 ans d’avoir dérivé d’un côté à l’autre.

Quels sont les sujets qui vous préoccupent le plus, dans la France d’aujourd’hui? Quel devra être le combat principal de votre successeur ?

Je pense qu’il y en a deux. L’un est vite dit : il faut arrêter ce mouvement d’indifférence ou de dédain à l’égard des libertés et des droits fondamentaux. Et ça, c’est quelque chose qui relève de la politique, mais auquel nous pouvons prendre notre part. 

Et la deuxième chose, c’est continuer à lutter pour un égal accès au service public. Ce qui veut donc dire poursuivre l’affaire de la dématérialisation, des inégalités territoriales, se battre pour les maisons France service, etc. Tout a démontré depuis trois ans - entre les gilets jaunes ou l’actuelle crise dans la santé publique - que ce qui a été fait depuis vingt ans et qui a consisté à penser que nous pouvions organiser l’accès aux droits et notamment l’accès aux droits sociaux, sur d’autres bases que l’accès à des services publics à la française fait fausse route. Et donc je crois qu’il faut redresser ça. 

C’est la fin du libéralisme ? 

Non, moi je ne le crois pas. Je crois simplement qu’il existe, dans notre vie une exigence en ce qui concerne les droits fondamentaux. Et en France, parce que c’est notre culture, cette exigence passe par le service public. Alors qu’il y a d’autres pays où on peut le faire assurer par des assurances privées, par l’administration. En France, si ce système est ébréché, évanescent, ça donne ce que nous avons vécu : des mouvements sociaux, la panique au tout début de la pandémie. 
"Je souhaiterai beaucoup que le prochain Défenseur des Droits soit UNE Défenseur des Droits. Ce serait un signal conséquent pour l’égalité entre les femmes et les hommes."

Jacques Toubon, Défenseur des Droits

Cette situation vous rend pessimiste ? 

Mon pressentiment c’est que les nouvelles générations vont s’atteler à mettre en route un nouveau cycle de droits et de libertés. J’ai dans l’esprit, l’idée qu’après la fin de ce cycle des droits de l’Homme modèle Nuremberg, on entre dans un autre où les libertés et les droits seraient peut-être d’abord organisés en fonction de toutes les nouvelles technologies. Une culture juridique combinée avec le respect de la nature, avec le développement durable.
Autrement dit que ces libertés et ces droits de l’Homme soient moins qu’aujourd’hui l’apanage de l’élite, mais véritablement le ciment de l’appartenance de tous et de toutes à la République. C’est ça mon idée, donc elle est plutôt positive. 

Ce lourd chantier reviendra donc, en partie, à votre successeur. Agnès Buzyn serait-elle une bonne Défenseur des Droits ? C’est un des noms qui a fuité dans la presse.

Alors là… (il marmonne). Je ne me prononcerai absolument pas ni dans un sens ni dans un autre sur l’ensemble des personnes. Il faut avoir une indépendance d’esprit, la liberté d’allure… et en même temps, une certaine conscience de sa responsabilité, on n’est pas une ONG. 

On a beaucoup cité de profils. Il n’y a qu’une seule chose sur laquelle je me prononce, c’est que je souhaiterai beaucoup, mais ce n’est pas à moi d’en décider que le prochain Défenseur des Droits soit UNE Défenseur des Droits. Parce que je crois que ce serait un signal assez conséquent en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. 



Source : https://www.huffingtonpost.fr/entry/jacques-toubon-il-faut-arreter-ce-dedain-a-legard-des-libertes-et-des-droits-fondamentaux_fr_5edd0599c5b6d15fe95b9191?fbclid=IwAR2uGWwvr-2AfyTJuVNVOJUKKEYQI3PFza_fFGWGq4Xikqk9AbVisV1Jafs

mardi 23 juin 2020

Mort accidentelle d’un résistant.

HOMMAGE À YANN AUGRAS, PORTE-PAROLE DE LA LUTTE DES GM&S (VIDÉO 12:35)

Mort accidentelle d’un résistant.


Le

 

 

Yann Augras est mort.

Un accident de voiture en sortant du boulot, le 11 juin, sur une route de la Creuse, près de chez lui. Aucun mot ne peut dire l’émotion, aucun, sauf les oiseaux qu’on entendait pendant la minute de silence au cimetière avec les drapeaux de la CGT au-dessus des gens, immobiles avec ces masques étranges. Les oiseaux ne se taisent pas et les copains de Yann ne vont pas se taire. Ces masques ne sont pas des bâillons. Le temps de ramasser le drapeau, ils vont continuer la lutte. Ils savent que c’est la seule consolation possible.

Yann Augras était le porte-parole de la lutte des GM&S contre la fermeture de leur usine, à La Souterraine. 47 ans. Sincère, fort, convaincu. Son copain Vincent Labrousse a fait son portrait en trois mots. Des copains, disons des frangins comme les doigts de la main, dans cette longue lutte pour sauver les emplois, une lutte féroce, rusée et têtue dans la longue guerre du capitalisme contre le peuple, sauf que là, avec des oiseaux comme ça, c’est le peuple contre le capitalisme, comme hier la Résistance contre l’occupant. Résister est une habitude dans la Creuse.

Depuis trois ans, l’équipe de Là-bas a suivi leur combat, comme d’autres journalistes, comme ceux qui sont venus les soutenir, comme le réalisateur Lech Kowalski qui en a fait un film, On va tout péter, sélectionné à Cannes. Ah ! le bonheur de la bande des GM&S venus sur la Croisette, des ouvriers en vrai, en train de lutter en vrai, un vrai événement parmi paillettes, starlettes et prise de tête. On y pensait sous les nuages noirs qui passaient au-dessus du cercueil. On entendait le rire de Yann sur la plage dans une mêlée de gamins fraternels, la mêlée des copains d’abord.

Moins un, donc.

Une amputation.

À vif.

 
(photo : Lahcène Abib/L’HUMANITÉ)

 

 

AGIR CONTRE LE DÉDAIN


Moulinex, Goodyear, Samsonite, Metaleurop, Fralib, je ne sais pas combien de « plans sociaux » nous avons suivis depuis trente ans et racontés dans nos reportages. Au total, combien de morts sociales, au bout des fausses promesses, au bout de la trahison des élus et des élites, au bout d’une corde parfois au lever du jour dans le garage de la maison qu’on ne pourra plus payer. Trop loin du cambouis et des galères ordinaires, la gauche n’a pas répondu à l’appel des naufragés. Certains ont glissé alors sur le toboggan de l’extrême droite ou de la pêche à la ligne.

Au mieux, ils ont été dépeints en héros de la classe ouvrière, en derniers survivants d’un monde qui s’éloigne, celui des ouvriers, des métallos, des musettes et des casquettes, les derniers indiens d’une page qui se tourne, irrémédiablement condamnés par la mondialisation, les délocalisations…

Mais là, attention, il faut s’arrêter sur ce mot : délocalisation.

La pandémie l’a mis en avant, à la une. Ahuris, les Français ont découvert qu’ils dépendent de la Chine pour leurs médicaments, pour les masques, pour les respirateurs et pour un tas de choses. Ils s’en doutaient, mais cette fois ils ont compris qu’ils ont été dépossédés de leur souveraineté, ils se sont laissés déposséder d’eux-mêmes. Ils mesurent la faillite tragique de la mondialisation heureuse. Un pays qui ne produit plus rien n’est pas un pays. Ils comprennent qu’ils habitent un pays réduit à deux choses, le tourisme et le luxe. Finis de Gaulle, Sartre et Picasso, aujourd’hui c’est Bernard Arnault et les dix millions de touristes qui viennent chaque année faire un selfie devant la Joconde. La France n’est plus qu’un joli décor pour spot publicitaire. Les bistrots parisiens sont refaits à l’ancienne pour ressembler au cliché des tour operators. Tout le reste, tout ce qui pollue, qui pue et qui tue, on le fait faire ailleurs par les pauvres. Nous, on est écolo, on fait du vélo et on leur permet de se développer.
C’est gagnant-gagnant, c’est win-win.

Oui, mais ça, ça ne marche plus.

Disons que ce truc-là branle dans le manche.

Voici le temps de la relocalisation. 

Et là, drôle de coïncidence, le jour même où l’on porte Yann Augras en terre, Emmanuel Macron visite Sanofi et annonce des relocalisations en faisant l’éloge de l’industrie et de la planification. De la com’, bien sûr, des effets d’annonce pour brouiller les images, mais jusqu’où peut-il encore mentir, lui et sa bande ?

Yann Augras n’est pas la figure d’une lutte d’arrière-garde ni d’un monde social aboli. C’est exactement le contraire, lui et ses camarades et tous ceux qui se sont battus depuis des décennies pour vivre et travailler au pays, c’est une avant-garde, c’est une possibilité de remettre du sang dans les veines du pays. Devant le cercueil, le maire leur disait : « fabriquer français, produire français, élever français, consommer français, son combat – votre combat – a du sens, et encore bien plus aujourd’hui. »

Vous qui chérissez ces mots de Résistance et de maquis, vous qui vous dites insoumis, vous qui faites tinter avec nostalgie nos vieux bijoux de famille, le Front populaire, le CNR, regardez et écoutez ces gens-là, ils sont là, aujourd’hui, ils tiennent tête à ce que Pierre Bourdieu appelait « la destruction d’une civilisation [1] ».

Car ils en ont rencontré, des experts et des révolutionnaires de canapé. Au micro, Vincent le rappelait à son ami sous les planches : « alors que tous ces sachants nous regardaient de haut, tu répondais avec l’intelligence du cœur, tu prenais plaisir à les convaincre de leur supériorité, pour mieux les déstabiliser. Agir contre le dédain, les injustices, contre ce qui est présenté comme des fatalités, pour la justice et le partage des richesses a été ton quotidien. »

Le déclin de l’industrie en France a été un choix politique. Avec son bicorne noir, la préfète navrée l’a confirmé, en rappelant la non-intervention de l’État. Les progrès techniques ont entraîné des gains de productivité dont les ouvriers ont été dépossédés. Au lieu d’un progrès partagé par tous, les actionnaires n’en finissent plus de se gaver comme des requins obèses. Travailler moins, travailler mieux, travailler tous et découvrir le continent du temps libéré. Nous en avions parlé en rêvant à la Fête de l’Huma. En rêvant.

Ah mais oui, certes, cette industrie métallurgique pollue l’environnement. Vous croyez qu’ils l’ignorent, les GM&S et tout les autres ? Ils sont chez eux, il y a l’usine mais il y a la terre, les bois, la rivière à écrevisses. Beaucoup sont d’origine paysanne, beaucoup ont encore quelques arpents, quelques moutons, un cheval, un cochon. Une industrie verte, ils sont les premiers à la vouloir et même les meilleurs à militer pour cette transition écologique.

Michel Piccoli est mort récemment, puis Guy Bedos. Des heures d’hommage leur ont été justement consacrées sur toutes les antennes. Mais à quand une journée d’hommage à un ouvrier comme Yann Augras ? Sa vie, ses luttes, l’enfant qu’il fut, sa première paie, ses premières luttes syndicales, ses amours, ses chansons, ses idées, ses recettes et ses coins pour les champignons ?

Et son combat qui continue.

Son copain Stéphane l’a dit au micro devant le cercueil, la voix tordue par les larmes devant la famille de Yann, devant ses compagnons, devant la foule immobile, devant les officiels, devant Madame la préfète :

« Yann, on ne lâchera rien.
On va se sortir les doigts du cul.
Et on ne fermera pas notre gueule.
Au revoir, mon camarade.
Au revoir, mon frère de lutte.
Je ne t’oublierai jamais. »


Et les oiseaux de la Creuse retenaient leurs sanglots.
Daniel Mermet
 

lundi 22 juin 2020

Cette semaine à l'Atelier de l'Entonnoir à Prades (66500)



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dimanche 21 juin 2020

TRIBUNE. « Le gouvernement chinois doit nous laisser accéder au Tibet »

TRIBUNE. 

« Le gouvernement chinois 

doit nous laisser accéder 

au Tibet »


Un drapeau tibétain. (DIPTENDU DUTTA / AFP)

 

Dans un texte commun, 57 parlementaires de 19 pays d’Europe appellent leurs gouvernements à montrer à la Chine que le traitement injuste des citoyens européens ainsi que l’isolement du peuple tibétain ne sont pas acceptables.

Alors que les citoyens chinois peuvent voyager librement dans nos pays, Pékin limite sévèrement l’accès du Tibet aux étrangers. En 2018, le Congrès américain a adopté une loi innovante fondée sur le principe de réciprocité : ceux qui empêchent les Américains de visiter le Tibet ne seront pas autorisés à se rendre aux Etats-Unis. Aujourd’hui, 57 parlementaires de 19 pays d’Europe − parmi lesquels Raphaël Glucksmann, Carles Puigdemont, Michel Raison, Alexandr Vondra − appellent leurs gouvernements à adopter leur propre loi sur l’accès réciproque au Tibet. Et à montrer à Pékin que le traitement injuste des citoyens européens ainsi que l’isolement du peuple tibétain ne sont pas acceptables. Voici leur tribune.

Bien avant le début de la crise du Covid-19, le gouvernement chinois n’autorisait l’accès au Tibet qu’à quelques groupes de visiteurs étrangers triés sur le volet. Mais après que le secret et la désinformation du régime de Pékin eurent contribué à déclencher la pandémie du coronavirus à travers le monde, la communauté internationale ne peut plus accepter qu’il isole le Tibet, où une autre crise potentielle aux implications mondiales se profile.

 En ce qui concerne le Tibet, les relations de l’Europe avec la Chine se définissent par un manque de réciprocité. La plupart des gouvernements européens autorisent les citoyens chinois à voyager librement dans nos pays, tandis que la Chine interdit régulièrement aux Européens de visiter le Tibet.


 Permis de voyage obligatoire pour accéder à la région dite autonome du Tibet (RAT). Cette photo est utilisée par les agences de voyage qui travaillent dans la RAT.


L’hypocrisie chinoise ne s’arrête pas là. Dans son nouveau rapport, « Accès refusé : nouvelle législation américaine, quête de réciprocité en Europe et verrouillage au Tibet », l’ONG International Campaign for Tibet fait état d’une grande disparité dans les visites des diplomates chinois et occidentaux. Au cours de la dernière décennie, il y a eu près de trois fois plus de visites de délégations du gouvernement chinois prétendant « représenter » le Tibet dans les pays occidentaux que de délégations occidentales autorisées à se rendre au Tibet.

Lorsqu’elles arrivent en Europe, les délégations chinoises apportent avec elles leur lot de propagande. Elles sont aidées par un réseau de médias chinois contrôlés par l’Etat qui ont été autorisés à s’installer dans les grandes villes de notre continent.

Bien évidemment, le Parti communiste chinois n’a aucun respect pour une presse libre sur son propre territoire, en particulier au Tibet. La région « autonome » du Tibet (qui n’est en fait pas du tout autonome) est la seule région de Chine où les journalistes étrangers ont besoin d’une autorisation spéciale pour entrer. Cependant, cette autorisation est rarement accordée, et selon les journalistes étrangers basés à Pékin, il est plus facile de se rendre en Corée du Nord qu’au Tibet.

L’isolement du Tibet imposé par la Chine est surtout injuste pour le peuple tibétain lui-même. En Europe, les exilés tibétains se voient refuser le droit de visiter leur patrie et les membres de leur famille qui y vivent encore. En fait, lorsqu’ils demandent un visa pour la Chine, les Tibétains sont soumis à un processus discriminatoire et humiliant de la part du personnel des ambassades et consulats chinois avant que leur demande soit, presque sans exception, rejetée.

Pourquoi cette situation devrait-elle préoccuper les citoyens européens, en particulier ceux qui ne souhaitent pas visiter le Tibet ? La réponse est simple : la Chine représentant une menace plus grande que jamais pour la liberté et la stabilité mondiales, nous devons résister à son culte du secret et à son autoritarisme avant de nous retrouver face à une nouvelle crise mondiale.

Bien que les Tibétains soient réputés non violents, l’avenir du Tibet sera probablement turbulent si la Chine maintient son cap actuel. Le Dalaï-lama – qui vit en exil depuis le début de l’occupation chinoise du Tibet – aura 85 ans cette année, et la Chine a annoncé qu’elle prévoyait, à sa disparition, de nommer son successeur.

Le Dalaï-lama est l’une des principales raisons pour lesquelles les Tibétains se sont abstenus de se soulever de manière violente contre leurs oppresseurs chinois. Mais après sa disparition, une fois que Pékin aura installé un successeur illégitime, le Tibet pourrait facilement sombrer dans des troubles de grande ampleur pouvant potentiellement déstabiliser toute la région. Les responsables européens et les parlementaires ont déjà exprimé leurs inquiétudes à ce sujet, mais, pour sa part, Pékin affirme que le monde extérieur n’a pas le droit de s’impliquer dans ses affaires intérieures.

Dans un monde bouleversé par le coronavirus, cette positon n’est pas tolérable. Bien que le Tibet ne soit pas susceptible de causer le même niveau de dévastation dans le monde que la crise du Covid-19, la situation sur place présente un danger légitime, d’autant plus que c’est un affront au respect des droits humains. Si nous voulons empêcher que le manque de transparence chinois crée de nouvelles souffrances dans le monde, nous devons exiger un accès réciproque au Tibet – comme l’a fait l’ancienne Haute Représentante de l’Union européenne Federica Mogherini.

Le Congrès américain a déjà ouvert la voie sur cette question. En 2018, les deux chambres du Congrès ont adopté la loi bipartisane sur l’accès réciproque au Tibet. Cette législation innovante insiste pour que la Chine autorise les journalistes, diplomates et citoyens américains à entrer au Tibet. En cas de refus par la Chine, les autorités chinoises directement responsables de l’interdiction faite aux citoyens américains de se rendre au Tibet se verront à leur tour interdire l’accès au territoire américain.

C’est une réponse de bon sens à l’intransigeance de la Chine, et un développement législatif et politique qui devrait inspirer les pays européens. Les gouvernements à travers le continent devraient adopter leurs propres versions de la loi sur l’accès réciproque au Tibet et ainsi montrer à Pékin que son traitement injuste des citoyens européens ainsi que l’isolement du peuple tibétain ne sont pas acceptables.

Le coronavirus a montré à quel point le refus de la Chine de coopérer avec la communauté mondiale représente un réel danger. Pour commencer à contrer Pékin et à modifier son comportement futur, nous devons exiger un accès réciproque au Tibet.


LES SIGNATAIRES
Membres du Parlement européen :

Margrete AUKEN, Petras AUŠTREVIČIUS, Patrick BREYER, Antoni COMÍN I OLIVERES, Raphaël GLUCKSMANN, Francisco GUERREIRO, José GUSMÃO, Heidi HAUTALA, Ádám KÓSA, David LEGA, Aušra MALDEIKIENĖ, Marisa MATIAS, Mikuláš PEKSA, Clara PONSATÍ OBIOLS, Carles PUIGDEMONT I CASAMAJÓ, Isabel SANTOS, Ivan ŠTEFANEC, Petra DE SUTTER, Loránt VINCZE, Alexandr VONDRA, Milan ZVER.

Membres de parlements nationaux :

Maurice ANTISTE (France), Michael BRAND (Allemagne), Uldis BUDRIĶIS (Lettonie), Samuel COGOLATI (Belgique), Bebiana CUNHA (Portugal), Georges DALLEMAGNE (Belgique), Sofia DAMM (Suède), Jaqueline EUSTACHE-BRINIO (France), Laurence FEHLMANN (Suisse), André GATTOLIN (France), Roberto GIACHETTI (Italie), Pascale GRUNY (France), Barbara GYSI (Suisse), Hampus HAGMAN (Suède), Frank HEINRICH (Allemagne), Martijn VAN HELVERT (Pays-Bas), Sophie JOISSAINS (France), Bernard JOMIER (France), Christian JUHL (Danemark), Maria KLEIN-SCHMEINK (Allemagne), Elisabeth LAMURE (France), Chris LAW (Royaume-Uni), Jean-François LONGEOT (France), Tim LOUGHTON (Royaume-Uni), Eva MĀRTUŽA (Lettonie), Catherine MORIN-DESAILLY (France), Sylviane NOËL (France), Désirée PETHRUS (Suède), Michel RAISON (France), Roberto RAMPI (Italie), Cristina RODRIGUES (Portugal), André SILVA (Portugal), Sjoerd SJOERDSMA (Pays-Bas), Inês DE SOUSA REAL (Portugal), Elisabeth TOUTUT-PICARD (France), Alexandra VIEIRA (Portugal).



 Source : https://www.nouvelobs.com/monde/20200615.OBS30062/tribune-le-gouvernement-chinois-doit-nous-laisser-acceder-au-tibet.amp?fbclid=IwAR0CPM3VNhKzu5yIV6itbqZEFno_pnRy4PAfFR55RcftZbn4MJhyP9jBpsQ

samedi 20 juin 2020

Convention climat : 150 propositions… mais rien sur la taxe carbone

 Convention climat : 

150 propositions… 

mais rien sur la taxe carbone



Par Coralie Schaub

 

La Mer de Glace, à Chamonix, en juin 2019. Photo Marco Bertorello. AFP

 

La Convention citoyenne pour le climat publie ce jeudi ses propositions, qu'elle doit voter ce week-end avant de les remettre à l'exécutif. Parmi elles, une révision de la Constitution ou une obligation de rénovation énergétique globale des bâtiments. Grande absente : la taxe carbone, à l'origine des gilets jaunes.


C’est un document dense, de 250 pages. Fruit des neuf mois de travail des 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat (CCC), il contient leurs 150 (!) propositions, qui doivent permettre de remplir la mission confiée par le gouvernement : « Réduire les émissions de gaz à effet de serre [GES, ndlr] d’au moins 40% d’ici 2030 par rapport à 1990, dans un esprit de justice sociale. » Rendues publiques ce jeudi, elles seront débattues et votées ce week-end, avant d’être remises à l’exécutif.

Révision de la Constitution


Telle une clé de voûte de l’ensemble, « les 150 » préconisent d’abord de modifier le préambule et l’article premier de la Constitution, pour y inscrire notamment que « la République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et la lutte contre le dérèglement climatique ». Séduisante et consensuelle, l’idée a déjà été défendue par le gouvernement en 2018 et 2019 via le dépôt à l’Assemblée nationale de deux projets de loi constitutionnelle. Et selon certains juristes spécialisés, elle n’apporterait rien de plus que la charte de l’environnement, déjà inscrite dans la Constitution depuis 2005.



Vient ensuite une longue série de propositions thématiques, issues des cinq groupes de travail de la CCC (« Se loger », « Consommer », « Se déplacer », « Se nourrir », « Produire et travailler »). La plupart sont en fait des recommandations et seule une cinquantaine dispose d’une « transcription légistique » (juridique). Aucune ne statue sur la taxe carbone, cette taxe sur les émissions de CO2 qui avait été la cible originelle des gilets jaunes, fin 2018, contraignant le gouvernement à annuler sa hausse. 

Obligation de rénovation immobilière


Pour le reste, nombre de ces propositions rejoignent ce que réclament les ONG depuis des années. « Quand on donne les informations aux citoyens et qu’on leur laisse le temps de cogiter, ils arrivent aux mêmes conclusions que nous, c’est rassurant et enthousiasmant », estime Anne Bringault, du Réseau Action Climat (RAC), qui fédère 22 associations spécialistes des questions climatiques. La fédération d’ONG trouve certaines propositions « particulièrement structurantes ».

Elle applaudit ainsi la mesure phare du groupe « Se loger » : « Rendre obligatoire la rénovation énergétique globale (toit, isolation, fenêtre, chauffage et ventilation mécanique contrôlée [VMC, ndlr]) des bâtiments d’ici 2040. » Sachant que « le parc immobilier français (résidentiel et tertiaire) à lui seul représente 16% des émissions de GES de la France » et que ce grand chantier ne décolle toujours pas, bien qu’il ait été classé « priorité nationale » par les gouvernements successifs depuis 2012.  




Les citoyens proposent d’assortir cette obligation de diverses sanctions en cas de non-rénovation, mais aussi d’un « vaste dispositif d’accompagnement », qui « rendra cette rénovation accessible à tous : des moyens financiers publics et privés largement augmentés ainsi que des guichets uniques de proximité pour aider chacun à mettre en place et financer sa rénovation ». Guichets uniques déjà prévus par divers dispositifs ces dernières années, sans être efficaces.

« Pas de géant »


Le groupe « Se nourrir » met sur la table moult propositions, allant d’un « bonus de 10 centimes par repas pour les petites cantines bio et locales » à des « chèques alimentaires pour les plus démunis à utiliser dans les Amap ou pour des produits bio », en passant par l’adoption d’une loi « qui pénalise le crime d’écocide ». Le RAC salue en particulier l’idée d’augmenter la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) sur les engrais azotés, dont la production et l’application dans les champs « constituent une part importante des émissions de GES en agriculture ». L’augmentation des coûts de production pour les agriculteurs utilisant ces engrais serait « compensée par les aides au développement des légumineuses », permettant de diminuer le recours aux engrais chimiques et au soja importé pour l’alimentation animale.




Le groupe « Consommer » propose, lui, d’« interdire de manière efficace et opérante la publicité des produits les plus émetteurs de GES, sur tous les supports publicitaires », citant l’exemple des « véhicules consommant plus de 4 L/100 km et/ou émettant plus de 95 g de CO2 au kilomètre ». Mesure qui fait écho à certaines idées du groupe « Se déplacer », lequel préconise de « renforcer très fortement le malus sur les véhicules polluants et introduire le poids comme un des critères à prendre en compte » (en taxant dès 95 g de CO2/km, à 50 euros, pour atteindre un malus de 15 000 euros à 150 g de CO2/km), tout en « augmentant le bonus pour les véhicules peu polluants ».

Autres propositions saluées par le RAC : un plan d’investissement massif dans le ferroviaire, l’interdiction de construire de nouveaux aéroports et d’étendre ceux existants ou la non-ratification du Ceta (l’accord commercial décrié entre l’Europe et le Canada). « Si on mettait déjà en œuvre tout ce qu’ils proposent, on ferait un pas de géant », estime Anne Bringault. C’est toute la question. 


Coralie Schaub 

Source : https://www.liberation.fr/terre/2020/06/18/convention-climat-150-propositions-mais-rien-sur-la-taxe-carbone_1791666?xtor=EREC-25&actId=ebwp0YMB8s1_OGEGSsDRkNUcvuQDVN7a57ET3fWtrS90SVGouFRqw1jk3aySqrmQ&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=503388