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samedi 30 mars 2019

L'Assemblée décale de trois ans l'interdiction de la production de certains pesticides

L'Assemblée décale de trois ans 

l'interdiction de la production 

de certains pesticides

 





Les députés reviennent ainsi sur une mesure votée quelques semaines plus tôt.

Ils font demi-tour. 

Les députés avaient voté l’interdiction de fabriquer sur le sol français des pesticides interdits par l'Union européenne. Mais quelques mois plus tard, l'Assemblée a repoussé de trois ans cette mesure. Ce changement a été voté dans le cadre de l'examen en nouvelle lecture du projet de loi Pacte sur les entreprises, vendredi 15 mars. L'interdiction ne sera donc mise en place qu'en 2025, ce qui a suscité des divergences jusque dans la majorité.


L'interdiction en 2022 de la production, du stockage et de la vente de produits phytopharmaceutiques destinés à des pays tiers et contenant des substances prohibées par l'UE figurait dans la loi agriculture et alimentation (Egalim), promulguée en novembre. Mais à la faveur de Pacte, le Sénat à majorité de droite avait voté sa suppression pure et simple, en première lecture. Après de vifs débats, l'Assemblée a finalement voté par 27 voix contre 3 et 7 abstentions ce report de l'interdiction, que le rapporteur Roland Lescure (LREM) a qualifié de "compromis".

L'ex-secrétaire d'État à la Biodiversité et députée LREM Barbara Pompili, qui s'est abstenue, ainsi que les socialistes et Insoumis, ont réclamé en vain de revenir à 2022. "On ne peut pas défaire ce que l'on a fait", a défendu Barbara Pompili, en s'insurgeant contre "le chantage à l'emploi" de certaines entreprises "cyniques". C'est un "choc entre les questions environnementales et les questions économiques", résume le député LREM Eric Alauzet, comme le rapporte Libération.

Des dérogations pour les entreprises


"Si on supprime du jour au lendemain la production", le danger c'est que celle-ci "se déplace de quelques centaines de kilomètres et que l'impact pour l'environnement soit nul", a plaidé Roland Lescure. Un argument également défendu par Bercy, pour qui cette nouvelle mouture du texte permet "de donner une échéance claire aux industriels" afin de faire "en sorte qu'il n'y ait pas un effet couperet brutal".

L'amendement adopté décale ainsi à 2025 l'entrée en vigueur de l'interdiction et propose aussi des dérogations, sans date limite, aux entreprises qui s'engagent, dans un délai de six mois après la publication de la loi, dans un partenariat avec l'État, via la signature d'une convention de transition. Cette convention précisera les investissements à fournir dans des solutions de substitution, notamment dans le biocontrôle et la recherche.

"Pendant que les citoyens marchent, les lobbys des pesticides avancent et le gouvernement recule", a critiqué dans un communiqué la Fondation Nicolas Hulot.



Source : https://mobile.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/l-assemblee-decale-de-trois-ans-l-interdiction-de-la-production-de-certains-pesticides_3236123.html

vendredi 29 mars 2019

Cantine bio : cette ville a embauché un maraîcher municipal

Cantine bio : 

cette ville a embauché 

un maraîcher municipal


Mouans-Sartoux a réussi le pari du 100% bio dans ses cantines. Pour se fournir en légumes, cette commune s'est dotée de sa propre ferme et a embauché un maraîcher. Un succès !

C’est le genre de sondage qui met un élu de bonne humeur pour plusieurs jours. Après avoir fait passer un questionnaire parmi les parents des écoliers de Mouans-Sartoux, Gilles Pérole, l’adjoint au maire en charge de l’enfance, est tout heureux d’annoncer le résultat : « 99% de satisfaction ». Un plébiscite plutôt rare, d’autant que le thème principal était la cantine des écoles. « Là, vous pouvez toujours chercher, ça sera difficile de trouver une commune où le taux est aussi élevé », rajoute celui qui nous accueille dans cette petite ville de près de 10 000 habitants.

Photo : Territoires Audacieux

Il faut dire que la commune a énormément travaillé pour arriver à ce résultat. En 2009, la municipalité décide de prendre le virage du bio pour ses écoles. Se pose alors une question : comment réussir à trouver tous les aliments nécessaires ? « Nous voulions du bio et du local, raconte celui qui est le responsable du programme. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que pour nous approvisionner, aucun agriculteur bio du coin ne pouvait nous fournir une quantité de légumes suffisamment importante pendant toute l’année. Nous avons donc décidé d’ouvrir cette ferme et d'embaucher un agriculteur municipal. » Et pour lui trouver un terrain, la mairie décide alors de préempter celui qui était sur le point de devenir un lotissement. Le projet peut être lancé en 2011.

On peut voir la vidéo sur FaceBook


22 tonnes de légumes bio produites sur place


Désormais, sur ses 6 hectares, la ferme produit 22 tonnes de légumes bio par an. De quoi satisfaire 80% des besoins de ses écoles. « Il ne reste plus que la période la plus hivernale, mais nous sommes en train de réfléchir à un système de conserves avec le surplus de certaines périodes, pour arriver à couvrir tous nos besoins sans faire appel à d’autres producteurs bio », précise l’adjoint au maire.

Deux maraîchers travaillent à plein temps pour réussir à fournir les trois cantines. « C’est un défi quotidien au niveau de l’organisation, car quand on veut un produit, il ne suffit pas de le commander, il faut anticiper pour avoir le temps de le cultiver ». Il faut que tous les acteurs se parlent et se coordonnent, afin de prévoir les menus des prochaines semaines.


Photo : Territoires Audacieux




















À l’heure du repas, en pénétrant dans la cantine, rien ne laisse supposer de cet ingénieux système. Les enfants se retrouvent face à des assiettes qui ressemblent à celles distribuées dans de nombreuses écoles. Pour arriver à ce résultat, le personnel municipal préparant les repas doit désormais passer davantage de temps en cuisine, pour transformer les légumes bio. « Nous avons dû les convaincre, car avant il suffisait juste d’ouvrir des poches de surgelés, précise Gilles Pérole. Mais cela n’a pas été compliqué, pour eux c’est devenu un plaisir et une fierté de travailler avec des produits de qualité ». Pour l’élu, il s’agit également de leur permettre d’être « partie prenante » du projet. « Nous avons travaillé avec eux pour réussir à financer notre pari du 100% bio. » Car produire plutôt qu’acheter les légumes servis dans les cantines a un coût : 20 centimes de plus par enfant et par repas. À Mouans-Sartoux, ce surcoût est financé par la chasse au gaspillage.
« Pour les parents, il n’y a pas eu d’augmentation. Nous avons économisé l’équivalent du surplus, en modifiant les prévisions de quantités prévues, et cette économie finance le coût du projet. »
La mairie a donc réalisé des statistiques pour découvrir les proportions réellement utiles en fonction des légumes et de l’âge des enfants. Une fois cette étude terminée, elle a dit adieu aux normes habituelles conseillées par les organismes spécialisées dans la nutrition, pour se baser sur la consommation concrète des enfants. Résultat : les cantines ont réussi à diminuer de 80% le poids de leurs poubelles… « Certains nous disent : « Mais comment faites-vous avec les grammages recommandés pour les aliments ? », raconte Gilles Pérole. Il suffit de se renseigner : ce n’est qu’une recommandation du GEMRCN, pas une obligation. Il faut savoir prendre ses responsabilités par rapport aux enfants. Savoir sur quoi on peut prendre des libertés. »


Photo : Territoires Audacieux




















Un modèle pour les autres communes

Face au succès de son système et à la médiatisation qui en a découlé, le village reçoit de nombreuses visites d’autres municipalités désireuses de le dupliquer. Et pourtant, très peu de communes se sont lancées. « Nos visiteurs sont toujours impressionnés et repartent ravis, mais cela finit souvent par coincer quelque part. Nous sommes en train d’étudier pourquoi. Il faut dire que c’est un projet qui ne peut pas être livré clé en main. Chaque commune a ses habitudes et ses obligations. Il faut s’inspirer de notre idée et pas juste la dupliquer pour que cela fonctionne », conclut Gilles Pérole. Ce qu’il faut, c’est commencer par des petites actions. En 2005, nous avons réfléchi à un rééquilibre alimentaire dans les cantines en proposant plus de légumes. En 2008, nous avons décidé de passer au bio, puis il y a eu l’idée de la régie agricole, etc. Cela nous a pris du temps. Il faut privilégier le bon sens. La restauration collective est une succession d’actions, il suffit donc de modifier progressivement les habitudes.»

Photo : Territoires Audacieux



















Du temps que certains élus, à la recherche d’actions aux effets immédiats, ne sont pas toujours prêts à prendre. « Il faut savoir pourquoi on agit. On a estimé que c’était vital pour la santé et l’environnement. Pour essayer d’aider ceux qui le souhaitent, nous venons de créer une « Maison d’éducation durable ». Nous allons essayer de développer des projets pour favoriser la production agricole bio pour tous les habitants, mener des missions d’éducation, de recherche… Avec une université, nous allons aussi lancer une étude sur la reproductibilité du projet. Notre objectif, avec les chercheurs, c’est d’arriver à identifier les besoins et assurer un suivi. »

Pour la suite, la mairie et le maraîcher ont lancé la plantation d’arbres fruitiers. La ville souhaite également favoriser l’implantation de nouveaux agriculteurs bio sur son territoire. Une façon de continuer à croire en un projet qui prendra un peu plus de temps à se réaliser : que 100% des produits des cantines proviennent de Mouans-Sartoux.



Source : https://positivr.fr/cantine-bio-alimentation-locale-maraicher-municipal-mouans-sartoux-territoires-audacieux/?fbclid=IwAR13O746rjTia-I9fp5XnXsuiySa4Kv-wWhq9-IGi11k0soTMlsqLN60Xhs

jeudi 28 mars 2019

POUR UNE AUTRE PAC !!! (Politique Agricole Commune)


https://www.youtube.com/watch?time_continue=50&v=d_BJu6f9Fkw

 Ajoutée par Nicolas Meyrieux le 24 févr. 2019

Pour en savoir plus sur le collectif Pour Une Autre Pac :

https://pouruneautrepac.eu/priorite-2020?fbclid=IwAR160BMSRXo-s7yscRm7br6nbCoknOPXe1bJbgLOnIEAU7-bZ6oibcorFo4

https://www.facebook.com/PlateformePourUneAutrePAC/

--- Organisations membres : 

Confédération paysanne, 
FADEAR (Fédération des associations pour le développement de l’emploi agricole et rural), 
FNAB (Fédération Nationale d’Agriculture Biologique), 
MRJC (Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne), 
Réseau CIVAM (Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural), 
Terre de Liens, Terre et Humanisme, 
UNAF (Union nationale de l’apiculture française) 
Agir pour l’environnement, 
Les Amis de la Terre, 
CIWF France (Compassion In World Farming), 
Fédération des Conservatoires d’Espaces Naturels, 
Fédération des Parcs Naturels Régionaux, 
Fondation pour la Nature et l’Homme, 
France Nature Environnement, 
Générations futures, 
Greenpeace, LPO, 
Réseau Action Climat, 
Welfarm, 
WWF 
ActionAid France, 
Agter, 
ATTAC, 
CFSI (Comité Français pour la Solidarité Internationale), 
Ingénieurs sans Frontières – 
Agrista, 
SOL 
Bio Consom’acteurs, 
Chrétiens dans le monde rural, 
Générations Cobayes, 
Miramap (Mouvement inter- régional des AMAP), 
Commerce Équitable France, 
Slow Food

mercredi 27 mars 2019

NON À LA VIOLENCE ! Un appel de Daniel Mermet + Les trois violences selon Don Helder Camara

Un appel de Daniel Mermet

NON À LA VIOLENCE !


Le





La France est prise en otage par une minorité de casseurs en bandes organisées, qui n’ont d’autre but que la destruction et le pillage. C’est un appel à la résistance et à la fermeté contre cette violence sauvage qui s’impose à tous aujourd’hui. Depuis trop longtemps, ces milieux radicaux ont reçu le soutien du monde intellectuel et d’un certain nombre de médias. Il faut radicalement dénoncer ces complicités criminelles. Oui, criminelles. C’est un appel à la révolte contre cette violence que nous lançons devant vous aujourd’hui.

Non à la violence subie par plus de 6 millions de chômeurs [1], dont 3 millions touchent moins de 1 055 euros bruts d’allocation chômage [2].

Non à la violence du chômage qui entraîne chaque année la mort de 10 000 personnes selon une étude de l’INSERM [3].

Non à la violence subie par près de 9 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté (1 015 euros nets mensuels pour une personne seule), dont 2,7 millions de mineurs [4].

Non à la violence des inégalités devant la mort : l’espérance de vie d’un ouvrier est de 71 ans, l’espérance de vie d’un cadre supérieur est de 84 ans, soit 13 ans de différence [5].

Non à la violence de la destruction consciente de l’environnement, et de la destruction consciente des femmes et des hommes au travail.

Non à la violence subie par les agriculteurs : tous les trois jours, un agriculteur se suicide en France [6].

Non à la violence subie par les 35 000 morts de l’amiante entre 1965 et 1995 [7]. Aujourd’hui toujours, chaque année, 1 700 personnes meurent des suites de l’amiante [8].

Non à la violence des inégalités dans l’éducation : 17 000 écoles publiques ont fermé depuis 1980, selon l’INSEE [9].

Non à la violence en matière de logement : 4 millions de mal-logés en France selon la fondation Abbé Pierre, dont 140 000 sans domicile fixe [10]. On compte 3 millions de logements vacants en France [11].

Non à la violence subie par les morts retrouvés dans la rue : au moins 500 morts chaque année, selon le collectif Les Morts de la Rue [12].

Non à la violence subie par 1,8 millions d’allocataires du Revenu de solidarité active, un RSA de 550,93 euros mensuels pour une personne seule [13].

Non à la violence subie par les 436 000 allocataires de l’allocation de solidarité aux personnes âgées, un minimum vieillesse de 868,20 euros pour une personne seule [14].

Non à la violence subie par les 2 millions de personnes qui reçoivent l’aide alimentaire, dont 70 % sont des femmes [15].

Non à la violence de l’évasion fiscale, soit un vol de 80 milliards d’euros chaque année par quelques-uns au détriment de tous, de l’éducation par exemple ou de la santé [16].

Vous pouvez continuer et compléter cette liste des vraies violences.

Mais ces chiffres et ces statistiques ne sont que des indications qui ne permettent pas vraiment de mesurer la profondeur de la violence subie par les corps et les âmes d’une partie des gens de ce pays. Violence de la fin du mois, violence des inégalités, violence du mépris de classe, violence d’un temps sans promesses. C’est évident, simple et profond. Leur violence en réponse n’est rien en face de la violence subie. Elle est spectaculaire, mais infiniment moins spectaculaire que la violence partout présente. Sauf que celle-ci, on ne la voit plus, elle est comme les particules fines dans l’air que l’on respire et d’ailleurs elle n’existe pas pour ceux qui ne l’ont jamais vécue, pour ceux qui sont du bon côté du doigt, pour ceux qui exercent cette violence et qui sont les complices, les véritables complices de cette violence-là, autrement meurtrière, autrement assassine. Mais pour les « petits moyens », depuis trop longtemps, elle est écrasante, mutilante, aliénante, humiliante. Et subie, depuis trop longtemps subie.

Ils se battent bien sûr, ils luttent, ils cherchent les moyens de lutter, les moyens de s’en sortir pour eux et leurs enfants. Pour tous.

Et un jour, quelqu’un a enfilé un gilet jaune.

Daniel Mermet
L'équipe de Là-bas attend vos messages sur le répondeur au 01 85 08 37 37!


Notes

 

[1Catégories A, B, C, D et E confondues, voir Pôle emploi, « Demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi au 4e trimestre 2018 », janvier 2019.

[3Pierre Meneton, Emmanuelle Kesse-Guyot, Caroline Méjean, Léopold Fezeu, Pilar Galan, Serge Hercberg, Joël Ménard, « Unemployment is associated with high cardiovascular event rate and increased all-cause mortality in middle-aged socially privileged individuals », International Archives of Occupational and Environmental Health, novembre 2014.

[4Institut national de la statistique et des études économiques, Les revenus et le patrimoine des ménages
Édition 2018
, 05 juin 2018.

[5Nathalie Blanpain, « L’espérance de vie par niveau de vie : chez les hommes, 13 ans d’écart entre les plus aisés et les plus modestes », Institut national de la statistique et des études économiques, 6 février 2018.

[6V. Gigonzac, E. Breuillard, C. Bossard, I Guseva-Canu, I. Khireddine-Medouni, « Caractéristiques associées à la mortalité par suicide parmi les hommes agriculteurs exploitants entre 2007 et 2011 », Santé publique France, 18 septembre 2017.

[9Institut national de la statistique et des études économiques, « Tableaux de l’économie française. Édition 2018 », 27 février 2018.

[10Fondation Abbé Pierre, « 24e rapport sur l’état du mal-logement en France 2019, 1er février 2019.

[11Institut national de la statistique et des études économiques, « Le parc de logements en France au 1er janvier 2018 », 02 octobre 2018.

[12Les Morts de la Rue, « Liste des morts de la rue », 5 février 2019.

[13Ministère des Solidarités et de la Santé, « Nombre d’allocataires du RSA et de la Prime d’activité », 02 mars 2018.

[14Caisse nationale d’assurance vieillesse, « Minimum vieillesse et ASI », 5 juin 2018.

[15Banques alimentaires, « Rapport d’activité 2017 ».

[16Solidaires Finances publiques, « La fraude fiscale : un phénomène d’ampleur qui s’est diversifié et complexifié », 24 janvier 2019


Source : https://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/non-a-la-violence 


Rappel des trois violences énoncées très clairement par  
Don Helder Camara  (1909-1999) 
évèque/archevêque du Brésil  :

 


« Il y a trois sortes de violence. 


La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.


La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.


La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.


Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

Don Helder Camara (1909-1999)






mardi 26 mars 2019

Remettre le territoire dans son assiette – Acte1

Remettre le territoire 

dans son assiette

- Acte 1 -


En Conflent (Pyrénées-Orientales), un réseau de paysans et d’habitants veut faire du projet très officiel de Plan Alimentaire Territorial autre chose qu’un chiffon de papier. En commun, les idées se bousculent pour que le bio ne soit plus réservé à une clientèle sélective ; et que les agriculteurs parviennent à vivre correctement de leurs productions locales.



C’est l’histoire d’un essai à transformer. Un magnifique essai. Cela se passe en Conflent, tout autour de Prades (sous-préfecture des Pyrénées-orientales). Dans le paysage somptueux des flancs du Canigou, un collectif militant apparaissait en 2015. Il s’agissait de sauver les Brulls (prononcer Brouills). Soit trente hectares d’excellentes terres agricoles, en zone plane et irriguée, tout en bordure de ville. Mais trente hectares reversés en zone constructible dans les documents préparatoires du Plan local d’urbanisme de la Communauté de communes du Conflent.


Symboliquement, les Brulls étaient les trente hectares de trop, après que mille autres aient été urbanisés en Conflent depuis soixante ans. Ce secteur pré-montagnard connaît une forte activité néo-rurale, avec quelques beaux succès. Tandis que le modèle dominant de l’arboriculture intensive est en perte de vitesse. Le maraîchage en déclin. Plus haut, les surfaces d’élevage, grassement bonifiées par la Politique agricole commune de l’Union européenne, avec ses logiques quantitatives et productivistes, finissent par éveiller des cas de vocations purement spéculatrices. De grands pans de paysage s’abandonnent aux friches rébarbatives, lotissements déprimants, zones commerciales à giratoires.


Le 16 février 2019 à Prades, une cinquantaine de personnes se retrouvent, à l’appel du comité qui, à force de réunions et pétitions, est parvenu à arracher les Brulls à leur avenir béton. Thème de la réunion : Produire et manger local en Conflent. Car sauver les Brulls, c’est bien. C’est une victoire chaleureusement applaudie dans la salle. L’essai est magnifique. Encore faut-il le transformer. Sur place, ces terres elles aussi pourraient très vite décliner sur la pente de la déshérence et de la déprise agricole.


Cet après-midi s’annonce comme d’ « auto-formation ». Il est affublé de la mention “Acte 1”. Car le chemin risque d’être long vers l’objectif que Cyril, l’un des participants, désigne en ces termes : « réinventer un circuit économique entre, d’un côté, des paysans sous-payés, certains au RSA, laissant à l’abandon les terres disponibles, et de l’autre côté une population où beaucoup ont du mal à se nourrir au tarif Super U ». Prades, petite capitale du Conflent avec ses six mille habitants, est cernées par trois moyennes et grandes surfaces, à chaque entrée de ville. Une étude a établi que ces trois enseignes trustent quatre-vingt pour cent de la fourniture alimentaire de la zone.


Revenons au Plan local d’urbanisme. Ce n’est pas qu’une machine à bétonner. Tout aussi bien il comporte un Plan alimentaire territorial. Cela n’a d’ailleurs pas échappé aux élus. Comme dans l’exemple des Brulls, ils ont compris que l’heure n’est plus à s’afficher hermétiques à l’écologie. Ils se retournent vers un outil qu’ils maîtrisent : la fourniture des cantines scolaires. Banco pour une transition bio, en circuit peu ou prou raccourci. Mais ce ne sont que deux mille cinq cents repas quotidiens, le midi pour les seules journées ouvrables hors vacances scolaires. On est loin des quarante-mille déjeuners et dîners, sept jours sur sept, douze mois sur douze, qu’ingurgitent les Conflentois. Non compté l’apport de population touristique saisonnière, considérable.


L’objectif d’atteindre toute cette population est-il surdimensionné ? Sophie, qui aide aux installations d’agriculteurs avec l’organisme Terres vivantes, remarque : « Historiquement, l’énorme Sécurité sociale que nous connaissons aujourd’hui est née de modestes caisses de solidarité ouvrières locales. Qui nous dit que les AMAP1d’aujourd’hui ne seront pas au coeur de groupements d’achats à grande échelle pour fournir une population importante, à l’avenir ?».


Avec Terres de liens, Simon promeut le financement participatif, par lequel tout un chacun peut aider des fermes à s’installer : « L’agriculture est l’affaire des citoyens, et pas que des seules professions agricoles. Il faut que la société parle d’agriculture ; et qu’elle parle à l’agriculture ». Retour au ras du terrain avec Michel. Lui est exploitant arboriculteur. Il fournit la Biocoop de Prades. Il vante « un système très simple. Sur un tableau, la Biocoop trace deux colonnes. L’une où elle inscrit ses besoins. L’autre où les agriculteurs indiquent ce qu’ils sont à même de fournir ». Techniquement simple, pour autant que les deux colonnes se complètent : la Biocoop locale écoule neuf tonnes de carottes chaque année ; pas une ne peut être fournie par un producteur local.


Conclusion : « Méfions-nous des usines à gaz, où on paiera cher des études avec de l’argent public, pour ne déboucher sur rien de concret ». Car le plus compliqué est ailleurs. Michel a eu à s’impliquer auprès de la SAFER2, en soutenant trois projets d’implantation d’agriculteurs. Mais dans les faits, aucun des trois n’aura tenu dans la durée. Il avertit : « politiquement, ce serait redoutable qu’un tel scénario se reproduise aux Brulls ! ». Il en profite pour populariser sa nouvelle expérience : « Je suis en train de renouveler tous mes vergers, à raison de dix pour cent de leur superficie par an. Avant replantation, je propose que ces terres libérées soient utilisés en pacage, par qui cela intéresse. Et tant mieux, si c’est l’occasion de réfléchir à des complémentarités d’usage à plus long terme ».


L’après-midi aura débuté par la présentation, assez fastidieuse et institutionnelle, de toute une série d’organismes, syndicats, associations spécifiques. On en sort avec l’étrange impression qu’il y a dans ce monde une foule de compétences et d’outils éprouvés, entre gens qui semblent se connaître assez bien, et passent énormément de temps en réunions sérieuses de toutes sortes. Mais que pourtant quelque chose bloque. C’est intrigant ; et peut-être représentatif d’un versant du monde un peu ancien.




Puis suivent les tables rondes, où tout le monde, et souvent les mêmes que précédemment, se met à parler en nom propre, à partir de son expérience et compétence personnelles. Total renversement, du moins pour l’observateur extérieur. Les idées fusent de toute part. La plupart combinent adroitement une réflexion très globale et une effectivité souvent pragmatique. Quoique très concerné, le public est finalement bien divers, qui va d’une ancienne contrôleuse de la PAC, à un maire de l’intercommunalité lui-même agriculteur, d’une adhérente vraie militante de Nature et progrès à un élu syndicaliste de la Confédération paysanne, d’une ancienne directrice de jardins d’insertion à un gestionnaire de réseau d’irrigation. Etc.



François suggère que des micro-coopératives, pourvoyeuses d’emploi, s’insèrent pour le conditionnement, le stockage et la distribution des produits frais attendus par la restauration collective. Alexandra veut que le Lycée agricole mette ses élèves au contact le plus proche de leur environnement local. Jean-Christophe considère qu’une installation volontariste de jardins familiaux devrait intéresser les familles les plus pauvres, pour qu’elles ne restent pas sur le bord de la route, rebutées par la cherté du bio. Noémie rêve de prix à la vente qui seraient modulés en fonction des moyens des familles ; sinon d’un système public de tickets repas. Devant le scepticisme soulevé, elle évoque un choix politique de subventionner la consommation, et non pas exclusivement la production, tout comme il y a des bourses et des allocations familiales. Jean-Christophe est persuadé que les mairies pourraient salarier des agriculteurs en régie de production agricole. Maxina est élue dans un village et raconte qu’elle a proposé qu’on plante des arbres fruitiers sur un terrain public qu’il fallait réaménager (mais sans convaincre) face aux massifs décoratifs passe-partout. Au contraire, dans le village d’à côté, de tradition solidaire et alternative, on s’est jeté sur la subvention de 40 % que le département verse pour l’acquisition foncière en vue d’un jardin maraîcher collectif. Michel prône l’activation d’une taxe sur l’artificialisation des terres, qui permettrait des micro-aménagements de terrain, notamment sur les canaux d’irrigation, qui sont aujourd’hui dangereusement fragilisés.


Impossible de répertorier ici cette multitude de données, suscitant autant de relances, débats, corrections et précisions. A un moment, Hélène esquisse un enjeu politique plus global : « Dans beaucoup de questions que nous évoquons, par exemple typiquement le réseau d’irrigation, on voit qu’il y a eu des logiques de bien commun. Ce sont des collectivités d’usage qui ont inventé des outils adaptés à des besoins. Or, à tous ces niveaux, aujourd’hui, il y a des fragilisations ». Simon venait de donner un exemple : « Le mauvais fonctionnement des SAFER tient à la déréliction générale des moyens des services publics, qui va de pair avec un défaut de projet politique ».


Qu’espérer de ce côté ? François a une solide expérience d’élu local d’opposition. Or il se montre plutôt pragmatique : « Dans ce domaine, les politiques n’ont pas de politique. On peut être très efficace si on les attire sur des idées à traduire dans des réalisations concrètes, auxquelles ils peuvent s’associer ». A ce stade, l’honnêteté consistera à préciser que plusieurs défenseurs farouches des Brulls ne se sont pas montrés à l’Acte 1 de Produire et manger local en Conflent. De ce fait, nous n’avons pas pu recueillir leur point de vue. Mais nous avons compris qu’ils en dénoncent une logique par trop co-gestionnaire à leur goût, préférant tenir la ligne de rupture entre logiques d’intérêts incompatibles.

Pour encore plus d’acuité, et de concret, rendez-vous à l’Acte 2 ; dans quelques semaines.


Gérard Mayen


1 AMAP : association pour le maintien de l’agriculture paysanne. Les AMAP se constituent entre d’une part des agriculteurs, d’autre part des consommateurs, qui entrent en lien direct pour que les premiers fournissent au second de manière régulière des paniers de produit. Les AMAP sont un modèle de circuit court, mais œuvrant souvent à une échelle assez modeste.

2 SAFER : société d’aménagement foncier et d’établissement rural. Cet organisme officiel est un acteur des transactions foncières agricoles, visant à réguler celles-ci, tout particulièrement en procédant à l’achat de terres disponibles, pour les attribuer ensuite à des agriculteurs dont les dossiers sont débattus en commissions.