Vaccins et aluminium :
la loi des lobbies
5 janvier 2018
/ Fabrice Nicolino (Reporterre)
Le sérieux du
travail du professeur Gherardi et de son équipe sur la maladie provoquée
par les adjuvants aluminiques des vaccins est reconnu. Mais la
recherche approfondie est empêchée, tandis qu’une ministre proche des
firmes pharmaceutiques impose l’obligation de onze vaccins. 3e volet de notre enquête.
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Cet article est le troisième et dernier de notre récit. Il suit « Vaccins et aluminium : ce danger que l’État refuse de voir » et « Vaccins et aluminium : la recherche interdite ».
En décembre 2012, les malades de l’association
E3M
commencent une grève de la faim. Ils réclament des choses évidentes.
Un, la reconnaissance de leur maladie. Deux, de l’argent pour des
recherches. Trois, la remise sur le marché d’un vaccin
DT-polio
— obligatoire — sans aluminium. Car en effet, et c’est toujours le cas,
on ne trouve pas en France, en cette fin 2012, de vaccin obligatoire
sans sels d’aluminium. Alors même qu’il existe au moins un adjuvant
parfaitement inoffensif, le phosphate de calcium, qui n’est pas utilisé.
Donc, une grève de la faim de gens affaiblis, malheureux et méprisés.
Gherardi continue de son côté à tendre sa sébile dans l’espoir
d’éclairer la
« migration systémique et cérébrale »
de l’aluminium vaccinal. La grève de la faim semble, dans un premier
temps, débloquer la situation. Le ministère accepte le principe de
nouvelles études, pilotées par l’Agence du médicament (
ANSM,
selon son acronyme), qui a pris la suite de l’Afssaps. On offre la
somme de 150.000 euros, qui ne seront obtenus qu’en avril 2014, mais on
exclut du travail l’équipe de Gherardi, seule à travailler sur la
question depuis plus de quinze années. Le professeur est finalement
réintégré grâce à de puissants coups de gueule de quelques élus, dont
Laurence Cohen, présidente de la Commission des affaires sociales du
Sénat.
Pendant trois ans, Gherardi travaille avec l’aumône qui lui a été octroyée. Aumône
? Comment réaliser un travail scientifique d’importance avec 150.000 euros
?
Le chiffre d’affaires mondial des vaccins était de 27,5 milliards
d’euros en 2014 et pourrait atteindre 68 milliards en 2025. Gherardi
travaille néanmoins sur les prédispositions génétiques qui permettraient
d’expliquer pourquoi si peu de vaccinés, qui sont des millions,
développent une myofasciite. Et voilà qu’en mars 2017, l’Agence du
médicament (
ANSM) réapparaît. Un débat a lieu
dans le cadre de son conseil scientifique, et l’on s’écharpe à propos
des résultats de Gherardi. Les experts réunis sont divisés, mais
reconnaissent le sérieux du travail, et demandent dans un avis
consultatif la poursuite des travaux et donc des financements.
« Cent vingt nouveaux vaccins, en majorité aluminiques, dans les “pipelines” de l’OMS »
Mais cet avis reste délicatement déposé sur une étagère jusqu’en septembre, quand le journal
Le Parisien met les pieds dans le plat
et accuse l’Agence d’avoir caché un débat essentiel. Au cœur de la
polémique, une question qui porte sur la toxicologie. Depuis Paracelse
il y a 400 ans, la plupart des spécialistes pensent, après lui, que la
dose fait le poison. Plus on en reçoit, plus on réagit. Or une
révolution, celle des
« effets non linéaires »,
est en cours. Il apparaît désormais certain que des doses plus faibles
peuvent, dans certains cas, avoir des effets plus importants. Le peu
d’aluminium contenu dans une dose vaccinale — ce n’est qu’une hypothèse —
pourrait être la cause d’un grand désordre général. On peut, malgré
l’ampleur de l’expression, parler de rupture paradigmatique. Un avant,
et surtout, un après.
À ce stade, Gherardi ne réclame qu’un financement
ridicule de
550.000 euros — qui montera à 670.000 euros — pour continuer un travail
dont personne ne conteste le caractère scientifique. Mais l’Agence du
médicament refuse son crédit, arguant qu’il lui faut s’adresser, ce qui
peut se défendre, à l’Agence nationale de la recherche (
ANR).
Laquelle constate, dans un document en notre possession, l’excellence
scientifique du projet, qui recueille 42 points sur un total possible de
45. Avant de pourtant refuser le financement, et de placer le tout dans
une
waiting list qui a l’apparence d’une impasse
!
Il n’est que temps de rassurer ceux qui pourraient croire ici à une
croisade contre la vaccination. Dans un texte récent qu’il nous a
adressé, le professeur Gherardi insiste pour la centième fois sur les
bienfaits de la vaccination, mais met en garde justement sur la crise de
confiance.
« Il faut mesurer les effets à
long terme des adjuvants aluminiques car une expansion massive des
approches vaccinales est programmée par l’OMS, qui annonce plus de 120 nouveaux vaccins, en majorité aluminiques, dans les “pipelines”,
pour une croissance annuelle de 20 %
du marché des vaccins, le chiffre d’affaires étant passé de 5 à 43
milliards de dollars de 2000 à 2016 et devant atteindre 100 milliards en
2025. Le plus satisfaisant serait bien entendu que la suppression des
adjuvants aluminiques soit envisagée à terme. »
« Les faits sont têtus : les malades sont là »
Optimiste envers et malgré tout, après vingt années de mépris glacial, Gherardi nous écrit par ailleurs :
« Les
faits sont têtus : les malades sont là et on identifie deux nouveaux
cas par mois dans le seul hôpital Henri-Mondor. La piste d’une
susceptibilité génétique chez ces patients sentinelles est très forte,
leur maladie existe chez le mouton et peut être reproduite avec
l’administration des adjuvants seuls, les consciences s’éveillent chez
nos collègues partout dans le monde et même chez nos adversaires qui, à
la lecture de notre analyse critique des articles de référence,
admettent (en privé) que tout doit être repris à zéro. »
 |
| L’hôpital Henri-Mondor, à Créteil (Val-de-Marne), où travaillent le professeur Gherardi et son équipe. |
Que vient faire le mouton dans cette histoire
? Eh bien, un chercheur espagnol de l’université de Saragosse, Lluís Luján, a réalisé
une étude édifiante sur ces animaux, en leur injectant des vaccins contenant de l’aluminium. Une faible partie des vaccinés — autour de 0,5
% — développent un syndrome passant par
« un épisode neurologique aigu » et des changements neurodégénératifs, proches des symptômes observés avec la myofasciite.
C’est dans ce contexte plutôt lourd que madame Agnès Buzyn, ministre
de la Santé du gouvernement d’Édouard Philippe, annonce fin août que 11
vaccins infantiles deviendront obligatoires dès le 1
er janvier 2018, contre 3 aujourd’hui, qui sont ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (
DTP).
Les huit autres concernent la coqueluche, la rougeole, les oreillons,
la rubéole, l’hépatite B, la bactérie Haemophilus influenzae, le
pneumocoque, le méningocoque C. La ministre
a alors précisé que «
[s]
on objectif n’est pas de sanctionner » les récalcitrants, car il s’agit pour elle
« de rendre la confiance dans les vaccins ». La tâche paraît tout sauf évidente.
« La nature des adjuvants utilisés dans la fabrication des vaccins doit faire l’objet d’une attention particulière »
Au printemps 2012, la députée Marisol Touraine n’est pas encore
ministre de la Santé du gouvernement Jean-Marc Ayrault. Responsable
« du pôle social de la campagne de François Hollande », elle écrit une lettre instructive à l’association des malades de myofasciite,
E3M, et notamment ces mots :
« Dans
le contexte de perte de confiance de nos concitoyens envers les
institutions sanitaires, en particulier depuis la gestion catastrophique
de l’épidémie de grippe A et la dénonciation de graves conflits
d’intérêts ayant provoqué de trop nombreux scandales sanitaires, il faut
donner les meilleures assurances de sécurité pour effectuer les
vaccinations obligatoires dans l’intérêt de la santé de notre
population. La nature des adjuvants utilisés dans leur fabrication doit
faire l’objet d’une attention particulière et doit être communiquée aux
familles afin qu’elles soient pleinement informées. Elles doivent
également avoir le choix de faire procéder aux vaccinations obligatoires
par des vaccins sans sel d’aluminium, d’autant plus que c’était le cas
jusqu’en 2008. »
La première réaction à ces mots ne peut être qu’un sourire crispé,
car madame Touraine aura, tout le long des cinq années passées ensuite
au ministère de la Santé, tout oublié des promesses préélectorales de
son candidat. Mais il faut aller au-delà, et constater avec l’ancienne
ministre qu’au plus haut niveau de l’État, la question des adjuvants
aluminiques des vaccins est bel et bien posée. Où en est-on aujourd’hui
alors que les nouvelles obligations vaccinales sont effectives depuis le
1
er janvier 2018
?
Le 8 février 2017, répondant à une demande de 2.300 personnes, le
Conseil d’État rend une décision très attendue : le ministère de la
Santé — celui tenu encore par madame Touraine — dispose de six mois pour
rendre enfin disponibles dans les pharmacies des vaccins, dits
trivalents, contre le fameux trio diphtérie-tétanos-polio. Aussi
surprenant que cela paraisse, à cette date, les parents n’ont pas le
choix. Ils sont obligés d’acheter des vaccins hexavalents, qui outre les
trois premiers, protègent aussi contre la coqueluche, l’Haemophilus
influenza et l’hépatite B. Six mois plus tard, au 8 août donc, la
décision du Conseil d’État n’est toujours pas respectée, entraînant une
requête réclamant
la condamnation de l’État.
Rien n’a bougé depuis, mais il y a pis : les vaccins
DTP
vendus en France contiennent de toute façon des sels d’aluminium. Et
plusieurs des vaccins obligatoires à venir — ceux contre l’hépatite B,
la coqueluche, la
Haemophilus influenzae — en contiennent eux
aussi, ce qui ne peut qu’augmenter les risques. Combien cette décision
coûtera-t-elle au budget national, qui contient aussi la cassette de la
Sécurité sociale
? Nul ne sait exactement,
mais il faudra au moins compter en centaines de millions d’euros d’un
argent public qui ne sera pas dépensé ailleurs. On doute que les
laboratoires pharmaceutiques s’en plaignent.
Comment ne pas employer le mot de sidération ?
Et justement. Il ne s’agit évidemment pas d’accuser madame Buzyn
d’avoir favorisé ces mêmes labos, mais une vraie question se pose
néanmoins. Est-il sain qu’une ministre de la Santé ait eu
tant de liens, y compris financiers, avec l’industrie pharmaceutique
?
Membre du conseil d’administration de l’Institut national du cancer
(Inca) entre 2009 et 2011, madame Buzyn faisait partie en même temps du
board
de deux puissants labos, Novartis et Bristol-Meyers Squibb. Elle a en
outre été rémunérée pour différents travaux par le laboratoire Genzyme,
aujourd’hui filiale de Sanofi, entre 1998 et 2011. Comme Roselyne
Bachelot en son temps. Pareillement.
 |
| Agnès Buzyn, ministre de la Santé. |
Et pendant ce temps, Gherardi attend toujours une aumône pour enfin
aller au fond des choses. Ayant tout supporté depuis plus de vingt ans,
il envisage de faire appel à nous, au vaste public qui souhaite enfin
des réponses précises à une authentique question de santé publique. Cela
pourrait prendre la forme d’un vaste
crowdfunding, ce qui serait une première en France dans le domaine si ravagé de la recherche médicale. Pourquoi pas
?
Pour le reste, comment ne pas employer le mot de sidération
?
Une ministre qui a été en partie payée, pendant des années, par des
labos pharmaceutiques, décide sans argument majeur le passage à onze
vaccins obligatoires, dont plusieurs contiennent de l’aluminium, sans
que les parents aient le moindre choix. Pas de malentendu : nul n’accuse
ici madame Buzyn de servir des amis. Mais la notion de conflit
d’intérêts existe précisément pour couvrir la zone grise dans laquelle
tant de mauvaises décisions sont prises. Or, il n’y a aucune urgence.
Or, les questions posées par Gherardi sont non seulement légitimes, mais
scientifiques. Comment écarter le doute avec tant de désinvolture après
tant de scandales de santé publique
? Oui, le seul mot qui convient est celui de sidération.
Cette série doit beaucoup au
livre extraordinaire que Romain Gherardi a publié chez Actes Sud en octobre 2016
- Toxic Story. Deux ou trois vérités embarrassantes sur les adjuvants des vaccins, par Romain Gherardi, éditions Actes Sud, octobre 2016, 256 p., 21 €.
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Lire aussi : Vaccins et aluminium : la recherche interdite
Source : Fabrice Nicolino pour
Reporterre
Photos :
. chapô :
Pixabay
. Henri-Mondor :
Wikimedia (Sam67fr/
CC BY-
SA 3.0)
. Agnès Buzyn : @agnesbuzyn via
Twitter
Source : https://reporterre.net/Vaccins-et-aluminium-la-loi-des-lobbies