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mercredi 11 juillet 2012

Abattage d’arbres centenaires dans le parc de la Mairie de Prades.

Ci joint une petite réflexion sur la valorisation négligée des arbres qu'on abat si facilement.
 
Amitiés.
 
Jean Monestier
 
 
Abattage d’arbres centenaires dans le parc de la Mairie de Prades.

J’aimerais revenir sur cet abattage d’arbres centenaires dans le parc de la Mairie de Prades. Il semblerait que le motif, construire une crèche, soit irrésistible, comme s’il avait un côté sacré et indiscutable. Je crois que ce serait exactement la même chose s’il s’agissait d’une caserne de sapeurs pompiers ou d’une cuisine municipale en bio, car, de toute façon, dans l’autre plateau de la balance, la valeur de ces arbres est estimée à peu près à zéro. Je considère bien sûr comme dérisoire les coûts des heures de bûcheron et de l’essence quasiment gratuite brulée par la tronçonneuse, et je ne tiens pas compte des mauvaises langues qui avancent que certains bois comme le platane seraient très recherchés en Espagne pour faire des tableaux de bord de bateaux de luxe. Ce qui me fait mal, ce n’est pas que les technocrates, formés dans ce sens, ne calculent qu’à partir des frais d’abattage et des recettes éventuelles de la vente du bois, c’est que la population, les citoyens, trouvent tout cela normal et acceptable.

Ces arbres ont atteint, grâce au respect (ou à l’indifférence) de longues lignées de responsables, privés ou publics, des âges auxquels nous autres pauvres nains ne serons sans doute pas capables de parvenir. Dans le grand élan de vie qui anime la biosphère, ils sont pour nous de vénérables parents éloignés. Par ailleurs, ils nous offrent une ombre généreuse et rafraichie, puisqu’un platane centenaire évapore chaque jour environ 400 litres d’eau. Ils nettoient l’atmosphère que nous polluons, pas seulement au niveau du CO2, mais aussi des diverses particules, poussières, et des polluants chimiques. Tout ceci a été scientifiquement démontré, mais nous ne voulons surtout pas l’entendre, pas plus que les escrocs qui proposent généreusement de remplacer chaque arbre abattu par un petit plumeau rachitique qui peinera à passer l’été ne sont prêts à remplacer le poids et la surface de feuilles par une plantation équivalente en kilogrammes et en mètres carrés, soit 200 à 2000 jeunes arbres par centenaire abattu. Mais nous voici déjà dans le pétrin des chiffres et des calculs.

Le véritable problème est que nous n’avons pour ces arbres aucun respect, aucun affect. Puisque nous n’entendons que le langage de la gestion, donnons-leur au moins un prix estimé, par exemple à partir du coût de la reconstitution d’un service équivalent. On peut planter deux mille arbres par victime sacrifiée, ou budgétiser l’implantation d’un arbre de vingt cinq ans, ce qui doit coûter au moins 10.000 €uros, sans compter les frais d’actualisation, c'est-à-dire la prise en compte de la différence entre l’âge du remplaçant et le nombre de cernes comptés sur le billot. L’important n’est pas tant l’exactitude de l’évaluation, car tous nos €uros ne compenseraient pas le dommage infini que représenterait la mort de la biosphère, mais qu’on pose un principe qui demande un effort significatif, et qu’on s’y tienne. Autrefois on payait quelquefois le prix du sang, tout aussi arbitraire. Je demande qu’on mette sur la table le prix de la sève, et que, si on n’en est pas capable, on s’abstienne d’abattre les arbres, et qu’on construise la crèche là où le terrain est déjà dégagé. N’y avait-il pas dans ce parc des courts de tennis ? Voilà le type de surface qu’on peut recréer n’importe où ailleurs. Mais j’entends déjà les hurlements des intéressés, pour qui crèche, caserne de pompiers ou cuisine municipale en bio seront également contestables.
…/…


Certains demanderont ce qu’on ferait de cet argent, le prix de la sève, si une législation perspicace ou un large consensus local faisait qu’il soit budgétisé. Il me semble que la création d’un square dans un quartier qui en est dépourvu ou une plantation massive d’arbres sur un terrain accueillant seraient des utilisations judicieuses, mais c’est un débat démocratique qui devrait en décider. N’oublions pas que les petits usagers de la crèche, même si leurs parents s’en moquent un peu, n’ont pas besoin seulement de béton, mais aussi, pour réjouir leurs yeux et développer normalement leur cerveau, du spectacle quotidien d’arbres et de verdure. Cela aussi est scientifiquement démontré, mais il est bien malheureux qu’il faille investir dans ce type de démonstration pour établir que le béton ne doit pas gagner sur la végétation. En France, on artificialise la surface d’un département moyen tous les 7 ans. Ne rien faire contre cette tendance me parait suicidaire.

Il y a quelques mois,  j’ai lu quelque part, comment, dans une petite ville, peut-être anglaise, on avait organisé plusieurs cérémonies et actions publiques pour expier l’abattage devenu inévitable d’un vénérable arbre emblématique pour la population. Mais les arbres abattus dans le parc de la Mairie de Prades ne nous sont ni vénérables, ni emblématiques, et peut-être devenons-nous peu à peu des barbares.

 Jean Monestier. 




Ebauche de bibliographie :

- La biosphère, de Wladimir Vernadsky, éd. Seuil, collection Points Science S 147
- Du bon usage des arbres, plaidoyer à l’attention des élus et des énarques, de Francis Hallé,
éd. Domaine du possible/Actes Sud.

La dernière perle de l'industrie nucléaire

La décision de continuer dans cette entreprise foldingue sera prise ou non à la fin de l'année, que tout le monde soit sur le pont !
Eric


Un dossier du Réseau "Sortir du nucléaire"
http://groupes.sortirdunucleaire.org/reacteur-Astrid

Le réacteur Astrid : technologie miracle ou dangereuse chimère ?

Début juillet 2012, à l’occasion de la signature d’un accord entre le CEA et Bouygues Construction, un projet nucléaire bien discret est sorti de l’ombre : le réacteur Astrid.
Ce prototype est le représentant de la fameuse « 4ème génération » de réacteurs : une étiquette bien moderne pour un projet qui, pourtant, n’a rien de fondamentalement nouveau. Quelles sont les caractéristiques d’Astrid ? Pourquoi l’industrie nucléaire y tient-elle autant ? Et quels sont les risques et les déboires liés à ce projet chimérique ?

Astrid, kézaco ?

Astrid : ce sigle en forme de joli prénom est censé être le prototype d’un nouveau modèle de « réacteur à neutrons rapides au sodium ». Ce réacteur dit de « 4ème génération » [1], présenté par le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) comme « une rupture technologique avec tout ce qui s’est fait jusqu’alors », n’est pourtant qu’une version à peine modifiée de Superphénix, le surgénérateur fermé en 1997 après une douzaine d’années d’activité réduite pour cause de pannes multiples.
Le projet Astrid est porté depuis 2006 par le CEA, en partenariat avec Areva, EDF, Bouygues Construction, Alstom… En 2010, il avait déjà bénéficié de 650 millions d’euros dans le cadre du « grand emprunt pour les investissements d’avenir ». D’ici fin 2012, les pouvoirs publics sont appelés à décider de sa poursuite. Si tel était le cas, la réalisation du prototype de 600 MW débuterait en 2017 (la fabrication des cœurs commençant, elle, en 2016), pour une mise en service prévue vers 2020. L’exploitation commerciale de réacteurs d’un modèle comparable commencerait censément vers 2040.

Une technologie miracle ?

Tout en laissant à la filière EPR le temps d’un déploiement dans les décennies à venir (déploiement toutefois compromis par les déboires des chantiers de Flamanville et Olkiluoto), Astrid ouvre des perspectives alléchantes pour l’industrie nucléaire.
En effet, ce réacteur pourrait, nous dit-on, « recycler » bon nombre de matières nucléaires, en utilisant comme combustible aussi bien de l’uranium peu enrichi, de l’uranium appauvri et du plutonium que des combustibles usés. « Un parc de [réacteurs à neutrons rapides] d’une puissance équivalente à l’actuel parc EDF français pourrait ainsi fonctionner durant au moins 2500 ans avec les seuls combustibles « usés » et l’uranium appauvri ou de retraitement entreposés aujourd’hui dans les installations françaises ! », prétend ainsi le CEA. Dans la mesure où il produit du plutonium, le réacteur Astrid pourrait aussi produire son propre combustible, réglant le problème d’une éventuelle pénurie d’uranium. Une option parfaite, permettant de générer de l’énergie à l’infini ?
Selon le CEA, Astrid permettrait aussi de réduire la durée de vie de certains déchets, les « actinides mineurs » : par le processus dit de transmutation, ces matières nucléaires se transformeraient en d’autres dotées d’une période radioactive plus courte (mais toujours supérieure à plusieurs siècles !).

Le mythe du combustible inépuisable

De l’énergie à l’infini ? Cela semble trop beau pour être vrai. À tel point que même d’ardents promoteurs du nucléaire nuancent les affirmations enthousiastes du CEA, soulignant que démarrer un seul « réacteur à neutrons rapides » de taille industrielle nécessite dans les faits de réunir une énorme quantité de plutonium. De facto, choisir cette option « oblige » à poursuivre le nucléaire et à construire de nouveaux réacteurs « classiques » pour produire ce plutonium.

Un alibi pour esquiver le problème des déchets

Astrid constitue ni plus ni moins qu’un alibi pour l’industrie atomique : pour démarrer la filière des réacteurs de 4ème génération, il faut construire d’autres réacteurs avant… Et surtout, la perspective d’un « recyclage » futur du combustible usé et du plutonium fournit une formidable caution pour continuer à faire tourner les centrales sans se soucier des dangereuses matières qu’elles produisent !
En effet, le droit français considère que toute matière radioactive qui peut connaître une utilisation ultérieure, même dans un futur complètement hypothétique, n’est pas un déchet mais une « matière valorisable ». La perspective de l’émergence de cette 4ème génération de réacteurs dans plusieurs décennies contribue donc depuis des années à soustraire de l’inventaire des déchets radioactifs des centaines de tonne de plutonium, des dizaines de milliers de tonnes d’uranium irradié et des centaines de milliers de tonnes d’uranium appauvri. Cela représente donc un stock colossal de matières dangereuses dont la gestion n’est pas prise en compte dans le coût des déchets nucléaires, et que l’industrie nucléaire se contente pour l’instant d’accumuler.
Renoncer Astrid reviendrait donc à faire tomber cet écran de fumée… et à faire ainsi exploser la facture officielle des coûts du nucléaire. Un risque que les gouvernements successifs ne semblent pas prêts à prendre.
Une technologie à hauts risques

Penchons-nous ensuite sur les risques spécifiques à la technologie des réacteurs à neutrons rapides au sodium. Il semble en effet que les partisans de cette filière aient décidé de jouer avec le feu !
Rappelons d’abord que le plutonium, combustible utilisé et « produit » dans ce réacteur, est une matière d’une extrême toxicité, dont il suffit d’inhaler un microgramme pour développer un cancer mortel du poumon. L’utilisation de plutonium multiplie également les risques de prolifération nucléaire, dans la mesure où il suffit d’en réunir quelques kilos pour fabriquer une bombe. Enfin, le plutonium est bien plus prompt que l’uranium à déclencher des réactions en chaîne incontrôlées. Il accroît ainsi le risque d’un « accident de criticité », comparable à celui survenu à Tchernobyl.
De plus, le réacteur Astrid utilisera du sodium comme fluide caloporteur. Or cet élément a la propriété de s’enflammer au contact de l’air et exploser au contact de l’eau. Sur des réacteurs similaires, plusieurs fuites de sodium sont déjà survenues, menant parfois à de dangereux incendies (le réacteur de Monju, cousin japonais d’Astrid, est ainsi resté arrêté quinze ans suite à un tel accident). Et de l’aveu même du CEA, les propriétés de ce fluide complexifient sérieusement les opérations dans le réacteur : "le sodium utilisé comme fluide caloporteur est chaud (au minimum 180 °C, et 550 °C dans le coeur) et opaque. Cela ne facilite pas l’inspection des installations en fonctionnement. Il faut développer des capteurs spéciaux, à ultrasons par exemple, pour pouvoir effectuer des inspections sans devoir évacuer le sodium, une opération longue et délicate qui grève lourdement la disponibilité d’une telle installation." [2]. Le réacteur de Monju en a fourni un bon exemple. En août 2010, une pièce métallique de 3,3 tonnes était tombée dans sa cuve. Les opérations à effectuer pour le récupérer se sont révélées si compliquées, du fait de la présence du sodium, que son redémarrage est impossible.
Les risques liés à cette filière avaient ainsi amené J. P. Pharabod, ingénieur EDF, à déclarer à propos de l’ancêtre d’Astrid, qu’il « n’[était] pas déraisonnable de penser qu’un grave accident survenant à Superphénix pourrait tuer plus d’un million de personnes » [3]. Quelques décennies après, le peu d’améliorations apportées ne permettent pas d’espérer une amélioration de la sûreté.
Que dire enfin du démantèlement futur de tels réacteurs ? Le chantier de démantèlement de Superphénix est un casse-tête. Quinze ans après l’arrêt, il faut continuer à refroidir les combustibles. Et pour « neutraliser » les 5500 tonnes de sodium présentes sur le site, la seule solution est de les transformer en soude par un système de goutte à goutte pour les couler dans du béton, un processus qui durera des années.
Pourquoi donc la France a-t-elle choisi de se lancer à nouveau dans cette filière aberrante ? Probablement parce qu’elle souhaitait se reposer sur l’expérience de Superphénix, même si celle-ci s’est avérée catastrophique.

Déboires innombrables et coûts exorbitants

652 millions d’euros ont déjà été prévus pour le développement d’Astrid. Ce n’est probablement que le début si l’on considère les expériences passées : selon la Cour des Comptes, le réacteur Superphénix aura ainsi coûté 12 milliards d’euros.
Par ailleurs, les caractéristiques de ce type de réacteurs semblent favoriser la multiplication des pannes et incidents. En douze ans, Superphénix n’aura produit d’électricité que pendant 53 mois, et n’aura fonctionné à pleine puissance que pendant moins de 200 jours. Le réacteur de Monju, quant à lui, n’aurait produit d’électricité que pendant une heure de temps [4] ! Enfin, même pendant les arrêts, les combustibles doivent continuer à être refroidis et le sodium doit être maintenu liquide, ce qui nécessite une consommation d’énergie constante et importante. Le bilan tant économique qu’énergétique de ces réacteurs peut donc s’avérer très médiocre, voire négatif.

Une filière à abandonner d’urgence !

Fin 2012, les pouvoirs publics devront se prononcer sur la poursuite du projet Astrid. Le gouvernement actuel semble tout aussi favorable à Astrid que l’était le précédent, et il serait inadmissible que nous soyons placés devant le fait accompli du lancement de cette filière.
Les risques d’Astrid sont inacceptables, et il serait révoltant, a fortiori en période de crise économique, de gaspiller des milliards dans une telle chimère technologique. Au lieu de se leurrer avec le « nucléaire du futur », la France devrait investir d’urgence et de façon massive dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables.
Une fois encore, l’Allemagne nous offre un exemple à suivre : nos voisins d’Outre-Rhin ont arrêté à temps la construction d’un tel réacteur et ont préféré le transformer … en parc d’attractions [5] !

Notes

[1] Notons que la France s’investit également dans d’autres projets de réacteurs dits de « 4ème génération », notamment des réacteurs au plutonium utilisant du gaz comme fluide caloporteur.
[2] Les défis du CEA n°152, juillet-août 2010.
[3] Science et Vie n°703, avril 1976
[4] « Japan Strains to Fix a Reactor Damaged Before Quake », The New York Times, 17 juin 2011http://www.nytimes.com/2011/06/18/world/asia/18japan.html
[5http://inhabitat.com/dismantled-german-nuclear-plant-transformed-into-incredible-wunderland-kalkar-amusement-park/

mardi 3 juillet 2012

Les ONG se préparent à la Conférence environnementale.

Article Le Monde du mardi 3 juillet 2012
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Le rendez-vous annoncé en juillet aura finalement lieu en septembre et devrait avoir, selon Delphine Batho, la ministre de l'écologie, la même importance que la "conférence sociale". 
La conférence environnementale promise par François Hollande et prévue en principe en juillet, se tiendra finalement en septembre. 
La ministre de l'écologie Delphine Batho l'a assuré aux huit ONG de défense de l'environnement ... lire la suite dans l'article ci-joint :


dimanche 1 juillet 2012

Islande : ce qu'on ne nous dit pas (4)

http://www.bakchich.info/international/2012/06/27/les-banquiers-detestent-lislande-61472



Les banquiers détestent l’Islande


A force d'enquêtes judiciaires, l'île aux volcans a fait drastiquement diminuer ses dettes. Etonnant non?



La crise financière mondiale, attisée localement par la cupidité aussi surprenante que hors norme des banquiers islandais, a bien failli rayer l’île  de la carte en 2008. 

Aujourd’hui c’est du côté de Reykjavik - que l’agence de notation Fitch a d’ailleurs relevé d’un cran à la mi-février - et qui a renoué avec la croissance en 2011 jusqu’à tabler sur un taux de 2,7% pour 2013 avec une balance commerciale redevenue excédentaire, que se déroule une véritable révolution dans l’indifférence quasi générale des médias européens.

Petit rappel d’islandais pour les nuls : C’est en 2008 que le phénomène a pris naissance. A l’époque, la Couronne Islandaise était sur le point de rejoindre l’épave du Titanic. Les Polonais employés en masse dans la pêche et la construction, allaient se résoudre à abandonner leur petit paradis d’immigration et à remettre le cap sur Varsovie. La bourse décidait de se mettre en sommeil après une chute de 76% en quelques jours, et le gouvernement nationalisait les banques Glitnir, Landsbanki et Kaupthing, dont la clientèle était – cherchez l’erreur - principalement anglaise et américaine pour leur éviter la faillite. Les dettes du pays frôlant alors 9 fois son PIB…

Entrée en scène fin octobre 2008, du FMI et des pays frères scandinaves auxquels s’est joint la Pologne reconnaissante, qui contribuent respectivement à hauteur de 2,1 et 2,5 milliards de dollars à la réparation des dégâts. 

Les pécheurs au harpon islandais qui se méfiaient comme de la peste d’une combine institutionnelle pour leur passer la corde au cou à la grecque, descendent dans la rue et chassent le gouvernement Conservateur de Geir Haarde en exigeant des élections anticipées.

En avril 2009 une nouvelle coalition de socialistes et d’écologistes prend les choses en mains sous la conduite de Johanna Siguroardottir, nouvelle Premier Ministre. Johanna, ex-hôtesse de l’air ayant bossé en usine pour fabriquer du carton d’emballage à poisson, a su garder les pieds sur terre. Première chef de gouvernement au monde à s’être mariée civilement avec sa copine Jonina Leosdottir, la dame n’a peur de rien et n’est pas prête à s’en laisser conter par les vautours de la finance. 


Un échéancier de remboursement de 3,5 milliards d’Euros sur 15 ans à 5,5% d’intérêt est donc négocié avec les principaux créanciers du pays et ceux des banques nationalisées. Las, l’islandais de base a fait ses comptes. Il redescend dans la rue pour demander que le projet de loi soit soumis à référendum. Le président lui donne raison en janvier 2010 et la consultation populaire organisée en avril donne 93% de refus de casquer à ce prix là.

Johanna fait donc savoir aux créanciers qu’ils vont devoir revoir leur copie. Afin de les convaincre que les Islandais sont têtus, le Parlement insulaire vote la nomination d’un Procureur Spécial, chargé d’enquêter sur les raisons du naufrage financier et d’en déférer les responsables présumés devant la justice.


 Le job est confié à Olafur Thor Hauksson qui n’a aucune compétence en criminalité financière et a été le patron de la très débonnaire police locale au cours des 10 dernières années. C’est le ministre de la Justice qui l’a encouragé à faire acte de candidature car personne d’autre ne s’est présenté pour ce sale travail. Eva Joly qui traquait la débauche financière avant de prendre une veste à l'élection présidentielle - la nôtre - va d’ailleurs payer de sa personne comme consultante pour mettre Olafur au parfum. 

Les leçons d’Eva sont profitables : dès le 11 mai 2010, le procureur lance un mandat d’arrêt international contre Sigurdur Einarsson, l’ancien patron de la banque Kaupthing. 

Sans doute bouleversé de découvrir sa tronche dans la rubrique des « wanted » du site d’Interpol, Einarsson rentre « volontairement » au pays dès le mois d’Août. Pour y répondre d’accusations de manipulation de marché, fraudes et escroqueries.

En septembre, c’est au tour de l’ancien Premier Ministre Geir Haarde de répondre d’accusations de négligence dans la gestion de la crise financière. 

Le 20 janvier 2011, le procureur Spécial qui commence à bien maîtriser son sujet, décide de se faire une petite perquise’ à la Banque Centrale Islandaise pour recouper des infos obtenues sur deux seconds couteaux, les MP Bank et Straumur Bank. En sortant, Olafur le justicier rend visite à Jon Thorsteinn Oddleifsson, l’ancien trésorier de la banque Landsbanki et lui passe…les bracelets.

Des enquêtes judiciaires 
font plier les créanciers

Etrangement, et sans qu’on puisse y lire une quelconque relation de cause à effet, les créanciers reviennent avec une nouvelle proposition d’apurement de la dette islandaise : on passe de 15 à 37 ans et le taux d'intérêt demandé tombe à 3% ! « Non et non ! » persistent à répondre les natifs consultés en Avril 2011 après que le président local, Olafur Ragnar Grimsson ait refusé de ratifier la loi précédente ayant pris en compte la dernière proposition des créanciers. 

Comme en écho à l’entêtement de ses compatriotes, le Procureur Hauksson fait arrêter en décembre 2011, Làrus Welding, l’ancien directeur général de la banque Glitnir. En avril 2012, c’est au Luxembourg qu’on retrouvera Hauksson et se petite équipe, supervisant une perquisition effectuée par la police du Grand Duché à sa demande, à la suite d’écoutes téléphoniques d’une petite centaine d’Islandais « ayant exercé par le passé des responsabilités dans le secteur financier islandais ». 

Il n’en faudra pas plus pour convaincre ceux qui n’ont pas encore quitté le pays de le faire brutalement en renonçant aux indemnités dodues qu’ils exigeaient jusque là à la suite de la nationalisation des banques et de leur licenciement un brin brutal il est vrai… 


La démocratie des volcans

Moins connue que sa grande-sœur athénienne, la démocratie à la sauce islandaise fonctionne tout de même depuis l’an 930. Ayant tiré les leçons de la crise, la convocation d’une assemblée constituante en décembre 2010 était donc une formalité.

Dès février 2011, les 25 élus (10 femmes et 15 hommes) issus de toutes les couches de la société, se mettent au travail. Un mois plus tard, ils deviennent officiellement le « Conseil Constitutionnel ». Lequel adopte à l’unanimité un projet de nouvelle constitution remis au Parlement le 27 juillet 2011.

Le projet devrait être soumis à référendum à la fin du mois- pendant que d’autres s’étriperont sans doute au sommet de Bruxelles - avant son adoption par le parlement ; à sa lecture, on en bave d’envie : le droit effectif de communication au public de toute la documentation détenue par les pouvoirs publics devrait être garantie par la loi ; de même que l’indépendance absolue des tribunaux ; et les sources de revenus des collectivités locales ; tout autant que la possibilité de lancer des commissions d’enquêtes sur les pratiques gouvernementales à la seule demande d’un tiers des membres du parlement ; sans parler des protections constitutionnelles prodiguées au journalisme d’investigation nées de l’Initiative Islandaise pour des Médias Modernes, déjà évoquée par Bakchich, pour lesquelles Wikileaks s’était fortement impliquée.

Les médias qui veulent poursuivre la traque mondiale des banksters nous ayant mis dans ce pétrin, savent donc maintenant où s’installer. De même que Jérôme Kerviel, s’il lui venait un jour l’idée de se lancer dans le consulting en organisation de back-offices dignes de ce nom…