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jeudi 6 août 2026

La lettre pour tous.tes - Livre à lire : Les Filles de la Librairie

 








La lettre pour tous·tes
 
 
vendredi 31 juillet 2026

Voici notre lettre consacrée au mouvement #MeToo, aux questions de genre, aux mobilisations féministes et LGBTI+. C’est l’été, nous faisons une pause en août et on se retrouve en septembre !

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Le livre pour tous·tes
« Les Filles de la librairie » de Giulia Foïs (Flammarion) 


 
Par Faïza Zerouala, journaliste
Comment écrire un roman sociétal, féministe, sans être didactique, tomber dans le manifeste ni sacrifier le romanesque ? Giulia Foïs avec Les Filles de la librairie, paru aux éditions Flammarion, relève le défi avec une grâce réjouissante.

La journaliste et autrice met en scène dans sa première œuvre de fiction une librairie féministe et queer de Nice, Les Affranchies, épicentre de l’intrigue. Ouvert par un couple, Maud et Malika, le lieu est à lui seul une profession de foi. Non sans humour, on trouve dans ses rayonnages l’œuvre de Frédéric Beigbeder, au grand étonnement de Stéphane, ex-cadre reconverti en professeur de yoga et féministe autoproclamé.

Autour de ce microcosme gravite une galerie de personnages aussi attachants qu’imparfaits, servis par des dialogues percutants et drôles. Le roman choral laisse une part importante à Rose, journaliste engagée qui s’échine à faire passer dans sa rédaction des sujets liés aux droits des femmes.

Quant à Camille, 20 ans, elle élève seule Léna, 2 ans, et s’enfonce dans une maternité qu’elle n’a jamais choisie. Leïla tente de se maintenir à flot après avoir découvert l’infidélité de son mari, tout en s’occupant de Djibril, son fils de 5 ans, dont les troubles du développement interrogent.

Il y a aussi Yseult, amie d’enfance de Maud, enfermée dans une relation d’emprise avec un mari toxique, commodément rebaptisé Tristan. Et Ambre, la fille de Maud, adolescente ballottée entre deux parents séparés.

Il y a aussi les hommes, de qualité variable, dont le très serviable Paolo, un anarchiste italien réfugié en France, Yazid, le maçon attitré, ou Michael, l’ex-mari de Maud jamais avare de piques, encore blessé de voir son ex en couple avec une femme, d’origine algérienne de surcroît. Sans oublier Léon, étudiant fan de Taylor Swift, ex-stagiaire de la librairie qui rêve de rencontrer de beaux hommes.

Tous ces personnages se croisent à la librairie et, de fil en aiguille, en viennent à s’entraider. Sans jamais alourdir son récit, Giulia Foïs ancre son roman dans le réel. Elle évoque des personnalités au centre d’enquêtes journalistiques, comme Gérard Depardieu, mais aussi les obstacles auxquels se heurtent les victimes de violences sexistes et sexuelles : la difficulté de porter plainte, d’obtenir justice ou, plus simplement, d’être crue.


À travers Camille, enceinte à 18 ans, l’autrice aborde également les entraves à l’IVG. La jeune femme raconte qu’une sage-femme lui a imposé d’entendre les battements de cœur du fœtus, contre son gré, lui faisant renoncer à son avortement. Le roman évoque aussi le climat incestuel qui entoure la famille de Rose, les guets-apens visant les personnes homosexuelles, ainsi que le racisme et l’homophobie auxquels sont confrontées les minorités.

De manière frontale, Giulia Foïs pointe aussi les contradictions d’un pouvoir qui érige les violences faites aux femmes en grande cause nationale sans que les actes suivent les discours, à travers notamment la baisse des crédits aux associations.

Résultat, ce roman, sous ses atours faussement légers, dit beaucoup. Mais il donne aussi de l’espoir. Car ce qui rend le roman de Giulia Foïs attachant et addictif n’est pas seulement sa plume alerte, ou sa portée politique, mais les liens qui se nouent entre les personnages.

Ces femmes s’entraident même si ça doit leur coûter leur place, leur tranquillité ou leur confort. Elles se soutiennent dans un territoire hostile, une Nice conservatrice où les voix discordantes sont étouffées. Et au-delà, Giulia Foïs parvient à créer, par cette sororité et cette solidarité, une bulle hermétique aux vents mauvais dont on ne peut que rêver dans une société de plus en plus rabougrie.


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