| | | | vendredi 31 juillet 2026 | Voici notre lettre consacrée au mouvement #MeToo, aux questions de genre, aux mobilisations féministes et LGBTI+. C’est l’été, nous faisons une pause en août et on se retrouve en septembre ! Cette lettre vous a été transférée par un·e ami·e ? Vous pouvez vous inscrire directement en cliquant ici
| | | | | Le livre pour tous·tes | | « Les Filles de la librairie » de Giulia Foïs (Flammarion) |
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Comment écrire un roman sociétal, féministe, sans être didactique,
tomber dans le manifeste ni sacrifier le romanesque ? Giulia Foïs avec Les Filles de la librairie, paru aux éditions Flammarion, relève le défi avec une grâce réjouissante. La journaliste et autrice met en scène dans sa première œuvre de fiction une librairie féministe et queer de Nice,
Les Affranchies, épicentre de l’intrigue. Ouvert par un couple, Maud et
Malika, le lieu est à lui seul une profession de foi. Non sans humour,
on trouve dans ses rayonnages l’œuvre de Frédéric Beigbeder, au grand
étonnement de Stéphane, ex-cadre reconverti en professeur de yoga et
féministe autoproclamé. Autour de ce microcosme gravite une
galerie de personnages aussi attachants qu’imparfaits, servis par des
dialogues percutants et drôles. Le roman choral laisse une part
importante à Rose, journaliste engagée qui s’échine à faire passer dans
sa rédaction des sujets liés aux droits des femmes. Quant à
Camille, 20 ans, elle élève seule Léna, 2 ans, et s’enfonce dans une
maternité qu’elle n’a jamais choisie. Leïla tente de se maintenir à flot
après avoir découvert l’infidélité de son mari, tout en s’occupant de
Djibril, son fils de 5 ans, dont les troubles du développement
interrogent. Il y a aussi Yseult, amie d’enfance de Maud,
enfermée dans une relation d’emprise avec un mari toxique, commodément
rebaptisé Tristan. Et Ambre, la fille de Maud, adolescente ballottée
entre deux parents séparés. Il y a aussi les hommes, de
qualité variable, dont le très serviable Paolo, un anarchiste italien
réfugié en France, Yazid, le maçon attitré, ou Michael, l’ex-mari de
Maud jamais avare de piques, encore blessé de voir son ex en couple avec
une femme, d’origine algérienne de surcroît. Sans oublier Léon,
étudiant fan de Taylor Swift, ex-stagiaire de la librairie qui rêve de
rencontrer de beaux hommes. Tous ces personnages se croisent à
la librairie et, de fil en aiguille, en viennent à s’entraider. Sans
jamais alourdir son récit, Giulia Foïs ancre son roman dans le réel.
Elle évoque des personnalités au centre d’enquêtes journalistiques,
comme Gérard Depardieu, mais aussi les obstacles auxquels se heurtent
les victimes de violences sexistes et sexuelles : la difficulté de
porter plainte, d’obtenir justice ou, plus simplement, d’être crue.
À travers Camille, enceinte à 18 ans, l’autrice aborde également les
entraves à l’IVG. La jeune femme raconte qu’une sage-femme lui a imposé
d’entendre les battements de cœur du fœtus, contre son gré, lui faisant
renoncer à son avortement. Le roman évoque aussi le climat incestuel qui
entoure la famille de Rose, les guets-apens visant les personnes
homosexuelles, ainsi que le racisme et l’homophobie auxquels sont
confrontées les minorités. De manière frontale, Giulia Foïs
pointe aussi les contradictions d’un pouvoir qui érige les violences
faites aux femmes en grande cause nationale sans que les actes suivent
les discours, à travers notamment la baisse des crédits aux
associations. Résultat, ce roman, sous ses atours faussement
légers, dit beaucoup. Mais il donne aussi de l’espoir. Car ce qui rend
le roman de Giulia Foïs attachant et addictif n’est pas seulement sa
plume alerte, ou sa portée politique, mais les liens qui se nouent entre
les personnages. Ces femmes s’entraident même si ça doit leur
coûter leur place, leur tranquillité ou leur confort. Elles se
soutiennent dans un territoire hostile, une Nice conservatrice où les
voix discordantes sont étouffées. Et au-delà, Giulia Foïs parvient à
créer, par cette sororité et cette solidarité, une bulle hermétique aux
vents mauvais dont on ne peut que rêver dans une société de plus en plus
rabougrie. | | | | | | | |
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