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jeudi 29 janvier 2026

Analyse : l’éclairage de nuit permet-il de réduire la violence ?

 

Analyse : 

l’éclairage de nuit 

permet-il de réduire la violence ?

 

©Crédit Photographie : TS- mairie de bordeaux

A l’hiver 2022, avec la flambée du coût de l’électricité, des milliers de communes n’avaient pas hésité à éteindre la lumière. Et pour cause : 40% de l’énergie consommée par une commune part dans l’éclairage public. Trois ans plus tard et à l’approche des municipales, la donne est en train de changer : des mairies (Limoges, Angoulême, Talence, Agen, Rouen, Sedan ou encore Bordeaux) sont revenues depuis un ou deux ans – totalement ou partiellement – sur l’extinction des lampadaires publics et des candidat(e)s de droite et de gauche se positionnent pour rétablir l’éclairage. 

Deux arguments sont mobilisés pour expliquer ce revirement : la sécurité et le passage aux éclairages LED. Un rapide détour par Google actu sur le sujet et vous verrez que cela concerne des centaines de villes et villages. Alors, faut-il rallumer ou tout éteindre ? Êtes-vous pour ou contre des rues éclairées ? Les LED vont-elles nous sauver ? N’aurait-on pas oublié la biodiversité ? Éléments de réponse sur un sujet plus complexe qu’il n’y paraît..

Y a-t-il un lien entre sécurité et éclairage de nuit ?

Aucune étude scientifique ne fait de lien entre l’augmentation du vandalisme ou des violences à la personne et l’extinction de l’éclairage public la nuit. Certain(e)s maires le reconnaissent (elles)eux-mêmes. 

Crédit photo : Source

Alors pourquoi tant de pétitions de la part d’habitant(e)s de quartiers pour rétablir l’éclairage ? Une des explications, c’est qu’une rue non éclairée va augmenter chez certaines personnes plus vulnérables le sentiment d’insécurité. Quand les prix de l’énergie ont explosé fin 2022, les édiles n’ont pas vraiment prêté attention à ce sentiment. A l’approche des élections, ces mêmes élu(e)s s’en inquiètent. Comment faut-il le prendre ?

Balayer d’un revers de main ce sentiment d’insécurité serait une erreur. C’est une évidence, mais l’expérience de la rue, la nuit, n’est pas la même pour un homme que pour une femme, pour des personnes agées que des personnes plus jeunes ayant l’habitude de rentrer seules la nuit. L’éclairage rassure, donne le sentiment de protéger, il rend ainsi la ville ou le bourg plus inclusif. 

Le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, a ainsi souhaité allonger la plage horaire de l’éclairage nocturne début 2025 : « Je me suis rendu compte que cette décision (d’éteindre) avait été très mal vécue, notamment par beaucoup de femmes. C’était un facteur qui pouvait les inciter à moins sortir », reconnaît-il dans Sud-Ouest. A Lyon, le candidat Jean-Michel Aulas souhaite en faire la ville la plus “women-friendly de France d’ici à 2030”. L’une de ses mesures, un “éclairage intelligent dans toutes les zones identifiées comme anxiogènes” pour les femmes. À Bordeaux, Thomas Cazenave souhaiterallumer l’éclairage public partout et toute la nuit dans Bordeaux” pour “renforcer la protection des Bordelaises et des Bordelais”. 

Un imaginaire faussé par l’extrême droite

Mais alors, une fois qu’on a dit cela, faut-il aller vers plus d’éclairage pour éviter le sentiment d’insécurité ? “On est contre toutes les mesures sécuritaires, tranche Nahilé, du collectif #NousToutes, interrogée par Bon Pote. Elles ne règlent pas le fond du problème du tout. Le fond du problème, c’est la société patriarcale, les stéréotypes de genre, les violences intra-familiales et le continuum des violences de genre. Rallumer ne permettra pas de réelles améliorations pour les femmes.” Ça a le mérite d’être clair. Ainsi, pour #NousToutes, les arguments en faveur de plus d’éclairage la nuit, afin de protéger les femmes, reposent sur “un imaginaire irréel : celui d’un monstre inconnu, qui sert à faire passer des idées sécuritaires et identitaires”.

Une manipulation sur l’éclairage de nuit bien rodée

Ce phénomène se vérifie lors de chaque faits divers, où une femme est victime d’un inconnu. Le climax étant le tapage politico-médiatique qui a suivi le meurtre de Philippine en septembre 2024. Les représentant(e)s de la droite et de l’extrême droite avaient alors squatté les plateaux pendant des jours, enchaînant les surenchères xénophobes et sécuritaires avec la complicité de certains médias.

Comme le rappelle Samuel Gontier dans Télérama : “des médias (ont) laissé libre cours aux fantasmes racistes et aux recettes répressives de la droite et de l’extrême droite, tel BFMTV, accueillant successivement Matthieu Valet (RN), Sarah Knafo (Reconquête), Marion Maréchal et Robert Ménard pour commenter l’affaire.” Le seul angle qui vaut alors, c’est l’immigration et non le féminicide, les violences intra-familiales ou la violence de la société patriarcale. 

En montrant du doigt l’étranger et la rue, l’extrême droite (et les médias qui vont avec) omettent (à dessein) les réalités des violences sexistes et sexuelles qui sont à chercher avant tout chez les proches, au sein du foyer et au travail : les violences sexuelles se déroulent dans 8% des cas dans la rue, contre 32% au domicile, les gestes déplacés contre une femme se passent 12% dans la rue contre 23% sur le lieu de travail, dans le cas d’un viol, 91% des femmes connaissent leur agresseur (conjoint, ex-conjoint, collègue…). Cette stratégie électorale qui consiste à pointer un problème minoritaire s’explique simplement pour Nahilé : “C’est une idée préconstruite et fausse que le danger vient de l’extérieur. Une idée véhiculée par l’extrême droite, qui met dans la tête des femmes qu’il faut rester à la maison. Ça les exclut, alors que c’est, majoritairement, à la maison que les femmes sont en insécurité.”

Changer les infrastructures de l’espace public pour qu’elles soient plus pensées pour les femmes, former les policiers pour prendre correctement les dépôts de plainte de femmes agressées ou violées, lutter contre la masculinité toxique en ligne, enseigner davantage la sexualité et le consentement à l’école, avoir un débat sur les conséquences du patriarcat… Voilà des mesures plus à même de réduire les violences sexistes et sexuelles, mais qui ne se retrouve pas dans les programmes : ”L’extrême droite n’a jamais voté aucune loi qui protège les femmes, rappelle Nahilé. Au contraire, elle soutient des lois qui sont en contradiction avec leur liberté et celle des minorités de genre.

La technologie LED est-elle la solution miracle ?

L’autre argument pour rallumer l’éclairage public pourrait être qualifié de techno-solutionniste. “Au fur et à mesure que les quartiers seront éclairés par des LED, on pourra rallumer de plus en plus de quartiers témoigne Guillaume Chupin, Maire adjoint d’Angoulême, interrogé par France 3”.

Crédit photo : Source

 En 2023, 40% des éclairages en France étaient équipés de la technologie LED selon le CEREMA et chaque LED consommant environ quatre fois moins d’électricité que les anciennes lampes, les édiles se disent que le problème est réglé ! A Lyon, la rénovation en LED, couplée à la baisse de puissance, a permis de réduire de 50 % la consommation d’électricité, malgré une augmentation de 16 % du nombre de points lumineux. Bingo !

Sur le papier, tout roule donc : une technologie plus efficiente vient en remplacer une autre, moins efficace, ce qui permet de maintenir le service en l’état, voire de l’augmenter. Tiens, c’est bizarre, ça nous rappelle un autre concept… L’effet rebond bien sûr : chaque fois qu’une innovation (ici les LED) permet de consommer en utilisant moins d’énergie, nous avons tendance à augmenter notre consommation. Un rapport du Sénat datant de 2023 le confirme : “Le remplacement des lampes par des LED à partir des années 2000 a eu un effet rebond sur la pollution lumineuse à travers le développement d’éclairages dans de nouvelles zones et la multiplication des éclairages publics et privés.” Et de préciser : “le nombre de points lumineux liés à l’éclairage public est passé de 7,2 millions en 1990 à 11 millions aujourd’hui, soit une augmentation de +53 %”.

Enfin, ce même rapport du Sénat précise que les LED sont majoritairement produites en Chine avec “de l’électricité fortement carbonée et nécessitent d’extraire des terres rares, processus très émissif de CO2 et polluant, ce qui oblige à relativiser leur bilan carbone”. Les émissions importées ne sont jamais bien loin d’une économie d’énergie.

La biodiversité, la grande oubliée

Ça faisait chaud au cœur. Fin 2022, lorsque des milliers de mairies décidaient d’éteindre entièrement l’éclairage la nuit, la biodiversité était mobilisée comme argument à côté de celui des économies. Et pour cause : 28 % des vertébrés et 64 % des invertébrés vivent partiellement ou exclusivement la nuit.

Selon l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, un tiers des insectes attirés par des sources de lumière artificielle meurent avant le jour, soit entre 400 à 1600 insectes par nuit et par lampadaire. 2000 milliards d’insectes seraient ainsi tués par an en France par les éclairages publics. La baisse de l’éclairage était une très bonne nouvelle. 

Il ne doit pas y avoir beaucoup d’oiseaux et d’insectes dans ces arbres. Sources

Trois ans plus tard, plus grand monde n’évoque la biodiversité, lorsqu’il s’agit de revenir sur l’extinction. Pourtant, il reste encore quelques insectes. Mais l’argument sécuritaire et la baisse du prix de l’énergie sont passés par là. 

Et quel est l’impact du passage à la technologie LED ? Hé bien, elle affecte plus d’espèces que les anciens lampadaires au sodium. L’Association nationale pour la protection du Ciel et de l’environnement nocturne alerte depuis 10 ans sur la méconnaissance des élu(e)s sur les ravages des LED. Même son de cloche du côté d’une étude réalisée en 2014, par la société écologique américaine, et reprise par Socialter, qui rapportait que des pièges lumineux à LED capturent 48 % d’insectes en plus que des pièges équipés de lampes à sodium. 

Techno-solutionnisme et extrême droite 

Ce débat montre encore une fois qu’une approche binaire ne suffit pas et que des réponses comme “rallumons pour plus de sécurité” ou “grâce aux LED on peut rallumer” sont beaucoup trop simplistes, voire fausses. La concertation et le débat doivent primer avec les habitant(e)s, afin d’exposer les études sur l’absence d’augmentation de l’insécurité une fois les éclairages éteints, celles sur les émissions importées des LED et sur l’augmentation de la mortalité des insectes avec leur utilisation.

Enfin, cette question nous intéresse d’autant plus qu’elle répond à deux dynamiques mortifères contre lesquelles nous essayons de lutter sur Bon Pote : le techno solutionnisme et la banalisation des idées d’extrême droite : 

  • estimer qu’une nouvelle technologie peut résoudre des problèmes, sans réflexion sur les usages, est un leurre
  • proposer plus de mesures sécuritaires, sans s’occuper des violences intra-familiales, ne restera qu’une stratégie électorale et ne résoudra pas les violences sexistes et sexuelles

Mise à jour 12/01 : une thèse sur le sujet de l’éclairage de Chloé Beaudet intitulée “Towards Sustainable Lighting : Socio-Economic Analyses of Light Pollution Reduction Policies“a été publiée après la fin de la rédaction de cet article, à lire !

 

Source : https://bonpote.com/analyse-leclairage-de-nuit-permet-il-de-reduire-la-violence/?fbclid=IwY2xjawPThkRleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeE_mIIpmSj7AeICaq0WGxH-cS7C0CtHqv1i_ulb4DIuSbKtQokkDbDcXoC8o_aem__MkNIVMu4fAEWUd7KIdzdw

mardi 27 janvier 2026

Mercosur, ultra-riches et saumons : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

 

Mercosur, ultra-riches 

et saumons : 

les 10 bonnes nouvelles de la semaine

 


 

Vous n’avez pas eu le temps de lire l’actu ? 
Voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine.


1. Mercosur : le Parlement européen engage un bras de fer juridique contre l’accord

Le Parlement européen repousse la ratification de l’accord UE-Mercosur et saisit la Cour de justice de l’Union européenne. Cette démarche vise à contester la compatibilité du traité avec le droit européen et retarde son adoption. (Toute l’Europe)

 

2. Fiscalité : des centaines d’ultra-riches réclament une hausse des impôts

Près de 400 millionnaires et milliardaires demandent publiquement une augmentation de la fiscalité sur les plus riches. Ils estiment que la sous-imposition actuelle favorise les inégalités et la concentration des richesses. (Journal de Montréal)

 

3. A69 : la justice contraint le concessionnaire à quitter des terres illégalement occupées

Atosca doit se retirer de 42 parcelles occupées sans droit sur le tracé de l’autoroute A69, dans le Tarn. Cette décision constitue une avancée juridique pour les opposants au projet.(La Relève et La Peste)

 

4. Indonésie : retrait de 28 permis après des inondations liées à la déforestation

Les autorités indonésiennes révoquent 28 permis accordés à des entreprises forestières. Ces retraits interviennent après de graves inondations dans des zones fortement déboisées.
(Reporterre)

 

5. Fermes à saumons : la contestation citoyenne progresse jusqu’à l’Assemblée

Une coalition de 27 ONG appelle à un moratoire de dix ans sur les fermes à saumons industrielles. Elles se mobilisent sur le littoral atlantique et interpellent des députés à Paris. Les projets d’aquaculture intensive sont directement mis en cause.(Vert)

 

6. Énergie : le charbon recule en Chine et en Inde

La production d’électricité à partir du charbon diminue drastiquement en Chine et en Inde, une première depuis les années 70. Cette baisse s’inscrit dans une tendance observée sur le long terme.
(The Guardian)

 

7. Santé : la pollution de l’air par les microplastiques revue à la baisse

Les concentrations de microplastiques dans l’air sont inférieures aux estimations précédentes selon de nouvelles mesures. Ces données révisent à la baisse l’ampleur du phénomène étudié. (Vert)

 

8. Mobilités : des routes rurales transformées en itinéraires cyclables

Des collectivités transforment ou projettent de transformer des routes secondaires peu fréquentées en itinéraires cyclables dans les zones rurales françaises. Plusieurs expérimentations sont déjà en cours. (Reporterre)

 

9. Recherche : une piste prometteuse pour ralentir Alzheimer

Des chercheurs identifient une piste thérapeutique susceptible de freiner la progression de la maladie d’Alzheimer. Les résultats reposent sur des travaux expérimentaux récents.
(Futura-Sciences)



10. Biodiversité : le kakapo se reproduit à nouveau après quatre ans

Le kakapo, perroquet en danger critique d’extinction, se reproduit de nouveau en Nouvelle-Zélande pour la première fois depuis quatre ans. Plusieurs naissances sont enregistrées grâce aux programmes de conservation.
(Ouest-France)

–  Mauricette Baelen

 

  

Source : https://mrmondialisation.org/mercosur-ultra-riches-et-saumons-les-10-bonnes-nouvelles-de-la-semaine/?fbclid=IwY2xjawPi6LtleHRuA2FlbQIxMABicmlkETFHUVIyaVhnM3A0akQ0Z0Z4c3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHpxvgHDN5dbXcKH2qE8sWcWtU7qWDM3gRGul5YToCFZW0J910j64n9eH1ZgF_aem_3wUnbeT1-ZhtF21oEm3O5Q

lundi 26 janvier 2026

Chlordécone, ce scandale qui n’en finit pas

Chlordécone, 

ce scandale qui n’en finit pas

 

16 janvier 2026

 


Exposée au chlordécone de 1996 à 2011, Danielle Sainte-Rose a été diagnostiquée en 2013 pour une forme de cancer au niveau de la moelle épinière.
 

 

Malgré l’existence d’un fonds d’indemnisation dédié aux victimes des pesticides, les ouvriers agricoles exposés au chlordécone durant des décennies aux Antilles peinent toujours à se faire reconnaître. 

Guadeloupe, correspondance

Du haut de ses 60 ans, Danielle Sainte-Rose n’a rien oublié du travail harassant dans les bananeraies en Martinique : « Je travaillais dans une exploitation au Lamentin, à Vert Pré. Elle a fermé depuis. Ma mère y était ouvrière agricole. C’est elle qui m’a fait entrer là-bas. Au départ, c’était un petit boulot pour gagner de l’argent. Finalement, j’y suis restée de 1996 à 2011. » Les journées sous le soleil plombant de l’île se ressemblent toutes. Compter les bananes. Poser les gaines photosélectives sur le fruit. Ajouter de l’engrais chimique. Couper les feuilles au moment de la récolte. Le tout, sans aucune protection fournie par l’employeur.

Toutes ces années, sans qu’elle en ait conscience, Danielle Sainte-Rose a été exposée au chlordécone. Le pesticide est utilisé aux Antilles depuis 1972 afin de lutter contre le charançon du bananier, l’un des principaux ravageurs des bananiers. Il faut attendre 1993 pour que la France en interdise la vente et l’usage, après épuisement des stocks des exploitants. Les États-Unis l’avaient pourtant déjà proscrit pour sa toxicité en 1977.

« Ça a commencé par des douleurs dans le dos »

« C’était bien du chlordécone qui était utilisé. Je passais devant les bidons tous les jours en allant travailler et le nom du produit était dessus. On en utilisait encore dans les années 2000, avant que je ne parte. Parfois c’était les ouvriers agricoles qui en répandaient dans les champs et parfois il était directement projeté par hélicoptère, au-dessus de nos têtes, alors que nous ramassions les bananes. Nos chapeaux en étaient recouverts. Ma mère en ramenait même à la maison, sans savoir la dangerosité du produit, pour le jardin », affirme l’ancienne ouvrière agricole.

« Tout le monde savait »

Depuis, la mère de la sexagénaire est morte d’un lymphome, un cancer du sang, que Danielle Sainte-Rose lie à son exposition au chlordécone. De son côté, elle a été diagnostiquée en 2013 d’une forme de cancer au niveau de la moelle épinière, un myélome. « Ça a commencé par des douleurs dans le dos. Puis dans les os. Je ne pouvais plus me déplacer. J’ai vu plusieurs spécialistes. J’ai dû faire une chimio et une greffe de moelle osseuse. Aujourd’hui, je suis en rémission », explique Danielle Sainte-Rose.

Ce n’est que dix ans plus tard, lorsque le scandale du chlordécone fait la Une des grands médias nationaux, qu’au détour d’une réunion publique organisée par le Coaadep, le Collectif des ouvriers agricoles et leurs ayants droit empoisonnés par les pesticides, et en présence d’un médecin de l’Agence régionale de santé (ARS) en Martinique qu’elle comprend que le chlordécone est responsable de sa maladie.

Lire aussi : « On est oubliées » : les femmes antillaises, victimes invisibles du chlordécone

« L’association m’a aidée à déposer un dossier au Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP). Il a été retenu en février 2024. Je perçois depuis une pension de 883 euros tous les mois. Cela n’enlève pas ma colère, car tout le monde savait que c’était dangereux, à commencer par l’État, déplore celle dont le myélome a été reconnu comme maladie professionnelle. Si l’on peut nous indemniser sur le temps de vie qu’il nous reste sur Terre, c’est déjà ça. Mais je ne comprends pas pourquoi plus de monde n’est pas concerné. »

Moins de 100 dossiers par an

Moins d’une centaine de dossiers en provenance de la Martinique et de la Guadeloupe ont été déposés en 2024, et presque autant en 2023, selon le rapport d’activité 2024 du Fonds d’indemnisation.

« Il faut rappeler qu’on part de loin, prévient Edwige Duclay, chargée de la coordination du plan chlordécone IV. Le fonds a été mis en place en 2020 et tient compte de l’ensemble des victimes de pesticides. Pas uniquement celles du chlordécone. Pour les Antilles, en 2021, nous n’avions que cinq dossiers déposés. Aujourd’hui, pour les deux territoires, entre 2021 et 2025, on dénombre 302 dossiers déposés. 224 accords et déjà 183 personnes qui sont indemnisées. » L’indemnisation est plafonnée à 1 500 euros par mois et varie en fonction de la maladie.

Lire aussi : Chlordécone : « On a l’impression que la vie des personnes noires est moins importante que celle des personnes blanches »

Des chiffres à mettre en rapport avec les résultats de l’étude Kannari, réalisée en 2013 par Santé publique France, la seule grande enquête sur le sujet publiée à ce jour. Cette dernière avait alors démontré que le pesticide était détecté dans le sang de plus de 90 % de la population martiniquaise et guadeloupéenne.

« Avoir du chlordécone dans le sang ne veut pas dire que l’on va tomber malade. On parle de surexposition lorsque les personnes ont une chlordéconémie supérieure à 0,4 microgramme par litre (µg/L) », précise Edwige Duclay. Reste qu’en 2021, à l’issue d’une vaste campagne de test, sur les quelque 40 000 chlordéconémies réalisées en Martinique et en Guadeloupe, près de 15 % d’entre elles (soit 6 000 personnes) indiquaient des seuils de contamination supérieurs à 0,4 µg/L, explique Edwige Duclay.

Environ 1 000 personnes avaient manifesté en 2022 en Martinique pour lutter contre l’éventuel non-lieu dans l’enquête sur l’empoisonnement des Antilles au chlordécone et exiger justice et réparation. © Fanny Fontan / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Depuis 2022, les ARS ont mis en place un accompagnement dédié pour celles et ceux qui seraient dans cette situation. « Des associations comme Phyto-Victimes, présente en Martinique et en Guadeloupe, peuvent alors aider les victimes à constituer des dossiers pour obtenir une indemnisation », précise Edwige Duclay, qui rappelle que les enfants des travailleurs agricoles peuvent aussi formuler une demande « s’il est démontré que les causes du décès [d’un parent] sont dues à une maladie professionnelle liée à l’exposition prolongée à des pesticides comme le chlordécone »

Une communication erratique

Un rappel nécessaire, tant le manque d’information est l’une des premières raisons du faible nombre de dossiers en provenance de la Guadeloupe et de la Martinique. Quelques flyers et affiches existent dans les cabinets de certains médecins, notamment en Martinique, mais rien de plus. Pas d’affichages dans les rues, ni de campagnes télé et radio.

Les associations dénoncent aussi les conditions d’accès au fonds d’indemnisation. Seules les personnes atteintes d’un cancer de la prostate, de la maladie de Parkinson ou d’un lymphome non hodgkinien et ayant travaillé dans l’agriculture aux Antilles sont en droit de solliciter le FIVP.

« Les cancers de la prostate reconnus comme maladie professionnelle par les caisses générales de Sécurité sociale ne concernent que 7 % des ouvriers agricoles aux Antilles. Quant aux indemnités pour les troubles neurodéveloppementaux (TND) chez l’enfant, la réparation ne concerne que ceux dont les mères étaient ouvrières agricoles. Or, 92 % des femmes avec une chlordéconémie positive pendant la grossesse ont par la suite des enfants souffrant de TND. Peu d’entre elles sont des ouvrières agricoles », assure le docteur Josiane Jos-Pelage, présidente de l’Association médicale de sauvegarde de l’environnement et de la santé (Amses).

« Nous sommes débordés »

De plus, la recherche n’a pas encore tout dit des maladies liées à ce pesticide particulièrement toxique. Comme le rappelle Dominique Théophile, sénateur guadeloupéen, lors de la présentation d’un projet de loi dont il est l’auteur visant à mieux indemniser les victimes du chlordécone, « des études de l’Anses et de l’Inserm soulignent les effets néfastes du chlordécone sur le système nerveux, la reproduction, le système hormonal et le fonctionnement de certains organes ».

Le texte en discussion au Sénat en avril visait à élargir le périmètre du fonds à « toute personne souffrant d’une maladie résultant d’une exposition au chlordécone, due aux autorisations de commercialisation et d’épandage délivrées par la République française », qu’elle soit ou non ouvrière agricole. Mais la commission de l’aménagement du territoire en a décidé autrement en rejetant la proposition, considérant « qu’il est nécessaire d’attendre un enrichissement éventuel des données scientifiques pour élargir le champ des pathologies indemnisables ».

Des associations comme le Coaadep tentent de trouver d’autres voies de passage. « En mars 2025, la cour administrative d’appel de Paris a précisé que l’État devait apporter réparation pour préjudice moral d’anxiété envers les personnes durablement exposées à cette pollution. Nous avons pu permettre l’indemnisation de deux ex-ouvriers agricoles de cette manière et nous comptons poursuivre en ce sens. Nous avons déjà 50 dossiers similaires que l’on va tenter de défendre », précise Yvon Sérénus, président du Coaadep.

Reste à savoir si l’indemnisation est la solution la plus adaptée. « Vu le nombre de cas de cancers et de troubles neurodéveloppementaux aux Antilles, le mieux aurait été une mise à disposition gratuite de tous les moyens de rééducation, de psychomotricité, d’orthophonie ou de psychologie, surtout pour les enfants de 3 à 4 ans, estime Josiane Jos-Pelage. Il faut parfois attendre plus d’un an pour un rendez-vous dans un centre d’action médicosociale. Nous sommes débordés. Combler cette carence serait plus utile que d’offrir des rentes individuelles au cas par cas. »

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Source : https://reporterre.net/Chlordecone-ce-scandale-qui-n-en-finit-pas

dimanche 25 janvier 2026

Programme - Alchimie - Prades 66500 💎❄💎ateliers cosmétiques + broderie rebelle / quelle sera ta mission ? / café zapatiste & grainothèque / ateliers / événements à venir... Au plaisir de vous croiser par ici ou par là

 

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Communiqué pour les commandes du café zapatiste :

Compañeroas,

La commande du café zapatiste, c'est maintenant et jusqu'au 07 février 2026. 
Vous pouvez déposer vos bons de souscriptions (ci-après) accompagnés de vos règlements (espèce ou chèque à l'ordre de la CNT 66) à La libambulle, librairie à Prades (66) , 12/14 rue Jean Jaurès.

Si vous ne pouvez pas l'imprimer, des bons de souscription seront disponibles à la librairie.
(Merci aux libraires !)
bon-souscrip...
N'oubliez pas ! 
Si vous avez un surplus de graines, pensez à la grainothèque de la Frakture qui a disposé une petite boîte à l'entrée de l'Alchimie pour les accueillir. 
À noter également que vous pourrez bénéficier de cette riche grainothèque lors d'un événement prévu à Fillols le 28 février.
 
Un grand merci  à la générosité des donatrices et donateurs !
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à retenir cette semaine !
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Lou_Mondo(2)
Salut aux bénévoles qu'on espère présent.e.s pour ce dernier vendredi du mois, nous espérons compter sur votre huile de coude pour apporter fluidité aux rouages de l'Alchimie ! 

Pour ce faire, concrètement plusieurs missions

- la petite scène met les enfants à l'honneur alors si tu aimes les marmots, viens bichonner leur coin pour que leur imagination abonde vers de merveilleux nouveaux souvenirs. 

- Tu es mélomane ? Le coin musique t'attend pour faire briller la platine et ses disques... l'occasion d'upcycler ceux qui sont rayés... Rêvons, imaginons, créons !

- Et toi bibliophile, les livres n'ont aucun secret pour toi et tu rêves de partager ta passion en mettant la lecture à l'honneur ? Viens disposer les étagères de tes coups de cœur potentiels et si tu connais les classiques, des fiches lectures sont bienvenues.

- Aux fins gourmets, habitués de notre super cantine, vous connaissez le self : venez vous assurer de la propreté des verres et couverts en vous attelant à l'époussetage de l'étagère... 

- Tu décapes comme un.e héro.ine ? le four s'offre au combat.

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