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lundi 5 janvier 2026

Nappes qui remontent, barrage vide : où est passée l’eau des dernières pluies dans les Pyrénées-Orientales ?

Nappes qui remontent, 

barrage vide : 

où est passée l’eau 

des dernières pluies 

dans les Pyrénées-Orientales ?

 

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    Du 25 au 27 décembre 2025, plus de 100 mm de pluie sont tombés sur la plaine du Roussillon. Il n’était pas tombé autant d’eau en si peu de temps depuis plusieurs années, marquées par la sécheresse. Dans un contexte de déficit et de crises à répétition, à quel point cette manne nous offre-t-elle un répit ?

    « La réaction des nappes phréatiques a été assez rapide, et elle est encore en cours » se réjouit Hichem Tachrift, directeur du Syndicat des Nappes de la Plaine du Roussillon. « C’est un évènement salvateur. » Nous sommes loin d’avoir pris de l’avance, mais les volumes ont rattrapé notre retard. « C’est déjà très bien » assure le directeur. « Sans les nappes de la plaine du Roussillon, le territoire serait vraiment en danger, car les cours d’eau sont relativement petits. »

    Une charge à retardement

    Même les nappes profondes, celles dites du Pliocène, ont vu leurs niveaux remonter. C’est particulièrement le cas pour celles de la vallée de l’Agly, grâce à la pression du karst, les eaux souterraines des Corbières. Ce n’est pas que l’eau du karst descend nécessairement jusqu’à la nappe, mais elle appuie sur des terrains où l’eau était emprisonnée. « Le karst influence beaucoup le Pliocène. » Au point qu’on sort du niveau de crise sur la vallée et qu’on devrait en sortir dans les prochains jours côté Salanque. Sur le Vallespir, ce sont les nappes quaternaires, plus superficielles, qui sont remontées, et on attend une réaction prochaine des nappes profondes. La vallée de la Têt retrouve aussi des niveaux conformes aux années normales.

    Le secteur qui reste en difficulté, car il souffrait des niveaux les plus bas jamais enregistrés, est celui des Aspres et du Réart. « C’est le plus problématique. Ce secteur met du temps à réagir, en général plusieurs semaines. Pour l’instant, on observe une réaction sur la partie amont, du côté de Terrats. C’est plutôt de bon augure. »

    L’ensemble des conséquences des pluies au niveau souterrain devrait en effet s’étaler sur des semaines, voire des mois.

    Selon Hichem Tachrift, le répit donné par ces pluies devrait courir jusqu’au mois de juin environ. L’été sera en revanche une période clé. « Si on a une année normale, ça se passera bien. Si par contre il ne pleut plus une goutte d’ici l’été, on aura du mal. »

    Les nappes pourraient être nos mégabassines insoupçonnées

    En attendant, le Syndicat des nappes continue des expérimentations. « Nous militons pour un stockage souterrain ». L’idée serait d’injecter volontairement de l’eau dans ces nappes pour mieux les recharger. « Cela nous paraît le plus pertinent dans la mesure où il n’y a pas besoin de foncier, il n’y a pas d’impact, pas d’entretien. » Certains territoires ont opté pour de vraies infrastructures, semblables à des puits d’injection, mais qu’il faut entretenir à cause du colmatage. Le procédé serait différent en Roussillon. Il s’agirait de repérer des points où l’eau s’infiltre plus rapidement de manière naturelle, et d’y diriger des lâchers. Des repérages ont ainsi été faits du côté de Saint-Génis-des-Fontaines et de Palau-del-Vidre pour la vallée du Tech, et du côté de Bouleternère pour la vallée de la Têt. « On mesure ce qu’on injecte et on fait un suivi de la nappe, pour définir un protocole. »

    Pourquoi le barrage de Vinça reste vide après les pluies ?

    Sur les réseaux sociaux, bien des commentaires ont circulé suite au constat d’un niveau très bas dans la retenue de Vinça, juste après l’épisode torrentiel. Beaucoup déploraient le fait qu’on ne conserve pas cette eau si précieuse. La situation est en réalité parfaitement normale, comme l’a expliqué l’association Energ’éthiques 66. Le barrage de Vinça a une fonction d’écrêtement des crues en automne. Il commence à se vider à la fin de l’été pour être au plus bas sur les trois derniers mois de l’année. Toute l’eau n’est pas perdue en réalité, puisqu’elle arrive en partie au lac de Villeneuve-de-la-Raho. Ce niveau bas permet d’absorber une éventuelle crue centennale, plus probable à cette période, et d’épargner alors les villages en aval. Si le barrage de Vinça était plein à ce moment, une montée des eaux provoquerait des inondations. À partir du 1er janvier, il sera rempli progressivement jusqu’à l’été, en comptant sur la fonte des neiges et les pluies de printemps. En été, ce stock d’eau servira à soutenir le débit de la rivière, comme le fait le barrage des Bouillouses pour la partie amont.

     

    Comprendre ces histoires de millimètres de pluie

    Un millimètre de pluie représente un litre d’eau sur un mètre carré. C’est comme si vous posiez une bouteille sur chaque grande dalle d’une terrasse. 100 millimètres, c’est donc 100 bouteilles par dalle, ça commence à compter ! S’il n’est pas mentionné que ce sont des millimètres par heure, il s’agit d’un volume moyen cumulé sur l’ensemble de l’épisode pluvieux. Mais il peut y avoir des pics horaires, par endroits, de plusieurs dizaines de millimètres.

    Source : https://madeinperpignan.com/nappes-barrage-vide-eau-pluies-pyrenees-orientales/?fbclid=IwY2xjawPHVG9leHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeSQp-M7cnQ6OkcLAVn1RJZtmjoTbDKXOPyqMzREx2yYnmy89nlrjxwAozckg_aem_QR7fabkC73P_yt0eSATf9Q

    dimanche 4 janvier 2026

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    samedi 3 janvier 2026

    A69 : la justice valide la poursuite du chantier

    A69 : la justice valide 

    la poursuite du chantier

     
    30 décembre 2025

     

    Site de la centrale à bitume de Puylaurens, prête à préparer les enrobés pour l'A69, le 4 décembre 2025.


    La cour administrative d’appel de Toulouse a scellé l’avenir de l’autoroute A69, le 30 décembre, en autorisant la poursuite du chantier. Les militants ont annoncé engager un pourvoi en cassation.

    « Les jugements du 27 février 2025 du tribunal administratif de Toulouse sont annulés. » Ces quelques mots, fondus dans un torrent d’articles au jargon difficilement déchiffrable, ont scellé le sort de l’A69. Le 30 décembre au matin, la cour administrative d’appel de la Ville rose a rétabli les autorisations environnementales du projet autoroutier devant relier Toulouse à Castres. Une décision diamétralement opposée à celle prise en première instance, que les activistes anti-A69 avaient célébrée comme une « victoire historique ».

    Étonnés, les militants ne le sont qu’à moitié. Début décembre, le rapporteur public de la cour, Frédéric Diard, avait déjà pris position en faveur de la validation de ces documents indispensables à la poursuite du chantier. Bien que non contraignantes, ces recommandations — censées éclairer la juridiction — sont suivies près de 90 % du temps. Et celles-ci n’ont pas échappé à la tendance.

    Comme leur confrère magistrat, les cinq juges estiment que l’autoroute devant relier Toulouse à Castres répond bel et bien à une raison impérative d’intérêt public majeur. Un impératif juridique justifiant les atteintes à l’environnement causées par ce type d’infrastructure. L’argument principal du désenclavement, selon lequel la « taille critique » du bassin de population et d’emploi des villes de Castres et de Mazamet nécessite une liaison autoroutière, a donc convaincu la cour. Les travaux peuvent donc se poursuivre.

    Pourvoi en cassation

    « Une décision évidemment incompréhensible et décevante, mais prévisible, a aussitôt réagi le collectif La Voie est libre. Ce délibéré n’est à nos yeux qu’un chapitre de plus dans la saga juridique de l’A69, une étape qui n’entame en rien notre détermination à faire triompher le droit environnemental. Nous voulons croire en une justice forte et nous continuerons à dénoncer ce projet inutile, destructeur et antisocial jusqu’à son annulation. Nous n’attendrons pas de filmer une autoroute vide pour dénoncer ce scandale. »

    « Un chantier de la honte »

    Bien décidés à poursuivre cette bataille juridique commencée il y a déjà plusieurs années, les militants ont annoncé engager un pourvoi en cassation. « La décision à venir du Conseil d’État sera rendue avant la mise en service fantasmée par le ministre Tabarot, écrivent-ils. D’autres actions juridiques sont à venir, avec un volet pénal bien chargé, qui n’a pas dévoilé toutes ses surprises et qui pourrait bien suspendre à nouveau ce chantier de la honte. »

    Retards et irrégularités

    Cette lutte écologiste, certainement devenue la plus grande qu’ait connu la France depuis celle de Notre-Dame-des-Landes, ne s’achève donc pas aujourd’hui. Certes, les habitants ayant eu le malheur de posséder une maison sur le tracé ont déjà été expropriés, et leur demeure réduite en poussière. Certes, les bois aux chênes centenaires dérangeant l’avancée de l’ouvrage ont eux aussi disparu sous les chaînes des bulldozers, malgré la résistance d’infatigables « militants-écureuils ». Toutefois, contrairement à l’argument scandé haut et fort par le concessionnaire à chaque audience, le chantier n’est pas trop avancé pour faire machine arrière.

    Débuté en mars 2023, celui-ci accumule les retards et les irrégularités. « Ils n’ont pas fini les terrassements, n’ont toujours pas commencé à appliquer de l’enrobé sur le tracé, il manque tout le système de gestion des eaux pluviales, les caniveaux, les accotements, les glissières, etc. Tout cela prend énormément de temps », confiait à Reporterre début décembre Thomas Digard, du collectif La Voie est libre. Sans parler des ouvrages d’art, à l’image du pont censé enjamber le ruisseau du Bernazobre : sa construction devait s’achever il y a près de deux ans, mais les ouvriers auront encore besoin de longs mois de travail avant de l’achever.

    Attendu depuis dix mois, cet appel sonne pour les opposants comme un énième rebondissement et une grande défaite après la bouffée d’espoir obtenue en février. La langue de bitume d’une soixantaine de kilomètres, décrite par plus de 1 500 scientifiques comme une aberration climatique, n’a cependant pas encore vu le jour. « Ce ne sera pas la première fois qu’un des arrêts [de la cour administrative d’appel] sera cassé par le Conseil d’État », continue de croire le collectif La Voie est libre.

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    Source : https://reporterre.net/A69-la-justice-valide-la-poursuite-du-chantier?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne 

    vendredi 2 janvier 2026

    Dermatose nodulaire : l’alliance avec la Coordination rurale crée le malaise à la Confédération paysanne

     

    Dermatose nodulaire : 

    l’alliance avec 

    la Coordination rurale 

    crée le malaise 

    à la Confédération paysanne

     

    31 décembre 2025

     

    Une manifestation d'agriculteurs à Alençon (Orne), le 19 décembre 2025.

    Les barrages contre le protocole sanitaire en cas de dermatose nodulaire ont réuni des agriculteurs membres de deux syndicats opposés, la Coordination rurale et la Confédération paysanne. Chez cette dernière, l’alliance fait débat.

    La cause défendue rassemble de nombreux agriculteurs, mais les alliances nouées sur le terrain laissent chez certains comme un goût amer. Dans les Landes, l’Ariège, le Jura, la Corrèze, la Haute-Loire, la Creuse, l’Aude, l’Aveyron, les Hautes-Alpes... la lutte contre le protocole sanitaire d’abattage total des troupeaux de bovins lorsqu’un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est détecté a mobilisé des centaines d’agriculteurs. Sur les barrages se sont retrouvés les membres de deux syndicats agricoles aux lignes souvent diamétralement opposées.

    D’un côté, la Confédération paysanne, classée à gauche, qui prône un modèle d’agriculture écologique, mobilisée contre les mégabassines et la loi Duplomb. De l’autre, la Coordination rurale (CR), chantre de la contestation des mesures écologiques dont la proximité idéologique avec l’extrême droite est bien documentée, qui défend une vision identitaire des paysans et un positionnement anti-État.

    Pas d’alliance nationale

    « Nos différences restent immenses, c’est d’ailleurs pour cela que nous n’appelons pas à une alliance nationale. Il n’y aura aucune alliance au-delà des blocages de fermes et de routes à l’échelle départementale, détaille Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne. Mais la colère est si grande chez les éleveurs que nous sommes obligés de dépasser nos clivages. Des membres des FDSEA [antennes départementales de la FNSEA, le syndicat majoritaire défendant une ligne productiviste] et des personnes non syndiquées rejoignent également les mobilisations. »

    « Clarifier notre ligne pour rappeler 
    que ce rapprochement reste ponctuel »

    Chacune des sections départementales de la Confédération paysanne, indépendantes du national, a décidé elle-même de faire front commun, ou non, avec la Coordination rurale. Une ligne de crête pas évidente à tenir, au niveau national, pour le syndicat. Les rapprochements entre les deux organisations se font essentiellement selon les affinités de chacun sur le terrain.

    « De toute façon, il y a des chambres qui sont cogérées par la CR et la Confédération paysanne, comme en Ardèche et en Corse, résume un salarié de la Coordination rurale. Donc localement, si les gens s’entendent bien, il peut tout à fait y avoir des actions communes. »

    Dans les boucles de messageries internes, certaines sections locales, notamment celles régulièrement visées par des attaques de la CR, ont partagé leur gêne : elles craignent qu’une telle alliance leur fasse perdre des adhérents. Visiblement mal à l’aise, plusieurs d’entre elles n’ont pas souhaité répondre à Reporterre, renvoyant vers le national.

    Impératif de visibilité

    La présence de membres des FDSEA dans les manifestations souligne l’importance de l’ancrage territorial des mobilisations. Elle détonne d’autant plus qu’à l’origine, c’est le rejet de la FNSEA et de son soutien à la stratégie gouvernementale d’abattage total des troupeaux qui a renforcé ces alliances locales entre la Coordination rurale et la Confédération paysanne.

    D’autant que, puisque de moins en moins d’agriculteurs votent pour élire leurs représentants, les syndicats ne peuvent pas se permettre de déserter les mobilisations. « Il ne faut pas oublier que 30 % des agriculteurs ne se reconnaissent dans aucune organisation syndicale », souligne Samuel Ouahab, doctorant en sociologie spécialiste des politiques publiques agricoles à l’université de Toulouse, qui se rend régulièrement sur les barrages.

    « La Confédération paysanne 
    est complètement tiraillée »

    « Nous ne sommes pas acculés, mais l’embarras que suscite ces actions va nous obliger à clarifier notre ligne pour rappeler que ce rapprochement reste quelque chose de ponctuel », insiste, sous couvert d’anonymat, une porte-parole de la Confédération paysanne du sud de la France. Dans son département, les deux syndicats ont bloqué l’entrée d’une ville côte à côte et ont distribué des tracts floqués des deux logos. « Ici, les membres de la CR ne sont pas autant des ultras que dans le Sud-Ouest, c’est aussi pour cela que nous avons accepté de nous mobiliser avec eux », précise la syndicaliste.

    Des alliés embarrassés

    Dans la crise que traversent actuellement les éleveurs, les appels, actions et prises de paroles communes de sections locales ont créé un certain malaise chez des alliés de la Confédération paysanne. À commencer par des militants écologistes, régulièrement menacés, voire agressés, par des membres de la Coordination rurale.

    « La Confédération paysanne est complètement tiraillée : certes, les deux syndicats portent un combat commun, mais en s’affichant avec la CR, le risque est de générer des incompréhensions avec ses alliés historiques. Ce flou n’est vraisemblablement pas la bonne stratégie », regrette Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci, qui fait partie de ces alliés.

    À peine élu, en novembre, le président de la CR, Bertrand Venteau, promettait de les « combattre ». « Les écolos, la décroissance, veulent nous crever, nous devons leur faire la peau », lançait-il sous un tonnerre d’applaudissements. En janvier 2022, un membre de la Coordination rurale avait tenté de pousser l’un des porte-parole de Bassines non merci par-dessus une balustrade lors d’un rassemblement sur un pont routier à Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres), rapporte Mediapart.

    Mi-décembre, les éleveurs et éleveuses membres des Soulèvements de la Terre, fer de lance des contestations écologiques en France, publiaient un communiqué appelant à « rejoindre et renforcer les blocages et actions organisés par [leurs] camarades de la Confédération paysanne ». « La gravité et l’urgence de la situation nous fera peut-être nous tenir aussi aux côtés des adhérentes de la Coordination rurale », soulignait le texte.

    « Il ne faut pas banaliser les alliances avec la CR »

    « Ce qui nous réunit sur ces points de blocage, c’est avant tout la nécessité de ne pas laisser crever l’élevage paysan à cause de normes biosécuritaires hors-sol pensées pour protéger les intérêts des dirigeants de la FNSEA », explique à Reporterre Nao, représentante des Soulèvements de la Terre.

    La militante refuse pour autant de « banaliser les alliances avec la CR » : « Nous condamnons fermement la xénophobie émanant de certains de ses membres, ainsi que les attaques contre les militants écologistes, que les dirigeants de la CR voudraient faire passer pour responsables de la détresse agricole. Être présent dans cette lutte avec un tas d’autres paysans, c’est aussi ne pas laisser la place libre à une instrumentalisation de cette détresse par l’extrême droite. »

    Liens assumés avec l’extrême droite

    Les liens entre la Coordination rurale et l’extrême droite contrarient en effet de nombreuses associations écologistes et antiracistes. Dans les années 2010, le président de la Coordination rurale du Gard, Richard Roudier, fondait, en parallèle de sa casquette de syndicaliste, la Ligue du Midi, un groupuscule identitaire violent investi dans la campagne présidentielle d’Éric Zemmour en 2022.

    À quelques mois des élections européennes, en 2024, la direction du syndicat déjeunait avec Jordan Bardella durant le Salon de l’agriculture, juste après avoir rencontré Marion Maréchal, ainsi qu’Éric Coquerel (La France insoumise), Xavier Bertrand (Les Républicains), ou encore la macroniste Yaël Braun-Pivet. En août 2024, la vice-présidente de la CR, Sophie Lenaerts, participait à l’université d’été du groupuscule royaliste l’Action française.

    Interrogé par Reporterre sur ces accointances idéologiques, Bertrand Vanteau, président de la CR, assume : « Tant que le Rassemblement national essaiera de défendre nos positions, nous continuerons de nouer le dialogue. »

    Preuve d’une alliance à géométrie variable, l’atmosphère reste encore inflammable dans certains départements. Dans la nuit du 17 au 18 décembre, des personnes se revendiquant de la CR de la Vienne ont déversé trois bennes de déchets, plus de 100 pneus et du lisier, bloquant l’accès aux bureaux de Vienne Nature, Poitou-Charentes Nature et France Nature Environnement Nouvelle-Aquitaine.

    Lire aussi : La Coordination rurale dégrade les locaux d’associations écologistes

    La veille, lors d’un rassemblement de la Coordination rurale, une soixantaine de tracteurs et 200 personnes avaient déversé des centaines de mètres cubes de déchets, dégradant la mairie de Melle (Deux-Sèvres), des commerces ainsi que la permanence de la députée écologiste Delphine Batho. Un monument édifié en l’honneur des personnes blessées par la répression policière survenue à Sainte-Soline en 2023 a été également dégradé.

    Un rapprochement « plus spontané que délibéré »

    Le 11 décembre, le député écologiste Benoît Biteau, également éleveur de bovins, était en discussion avec le préfet de l’Ariège pour éviter une intervention musclée des forces de police à contre des éleveurs bloquant une exploitation dont le troupeau était menacé d’abattage, lorsque des membres de la Coordination rurale sont venus dégrader sa permanence, ainsi que les locaux de différentes organisations de défense de la nature (OFB, LPO, FNE).

    « De l’autre côté, les mouvements antibassines ne sont pas innocents et on assume totalement de les combattre », rétorque Bertrand Venteau, le président de la CR, à Reporterre.

    « Toutes ces scènes renvoient aux images les plus sombres de l’histoire, lors desquelles le fascisme s’organisait… Elles rappellent les méthodes des “Chemises noires” de Mussolini ou des “Chemises vertes”, créées par Henri Dorgères », souligne Julien Le Guet, porte-parole de Bassines non merci. Le militant fait ici référence aux Comités de défense paysanne, sortes de sections d’assaut fascistes françaises des années 1930 appelant à fermer les frontières, à cibler les fonctionnaires et à défaire les grèves d’ouvriers agricoles.

    « Parler d’alliance entre la Conf’ et la CR,  
    c’est peut-être un peu fort »

    « La Confédération paysanne doit réaffirmer clairement sa pensée antifasciste et antiraciste, ne serait-ce que pour clarifier sa position auprès des agriculteurs, de moins en moins syndiqués, qui ont du mal à s’y retrouver », conclut Julien Le Guet.

    « Parler d’alliance entre la Conf’ et la CR, c’est peut-être un peu fort. Ce n’est pas délibéré, mais davantage spontané. C’est simplement que, en soutien aux éleveurs, on a ces deux syndicats qui portent une vision convergente et proposent des solutions alternatives à celles de la FNSEA », nuance Benoît Biteau, qui avait participé au Convoi de l’eau en 2023, cette mobilisation contre les bassines entre Sainte-Soline et Orléans.

    Pas les premières actions communes

    Ce n’est pourtant pas la première fois que les deux syndicats affichent une stratégie commune. En avril 2024, la Coordination rurale, la Confédération paysanne et le Mouvement de défense exploitants familiaux (Modef) — également classé à gauche — signaient une lettre ouverte, appelant Emmanuel Macron à garantir des « prix rémunérateurs » pour les agriculteurs. Les organisations soulignaient « leurs différences » tout en affirmant vouloir envoyer un « signal fort » dans un « contexte de crise et face aux enjeux historiques ».

    Présent dans les cortèges d’agriculteurs en janvier 2024 et en décembre, Samuel Legris, doctorant en sociologie à l’université de Pau, dresse un parallèle entre ces mobilisations conjointes et celles observées lors des mouvements des Gilets jaunes et contre le pass sanitaire.

    « On assiste à un rapprochement, dans la mobilisation, d’acteurs aux divergences idéologiques, qui composent comme ils le peuvent, résume-t-il. Lors d’un rassemblement organisé récemment à Pau, on pouvait voir flotter un drapeau français avec la croix de Lorraine [un symbole repéré dans de nombreuses manifestations d’extrême droite] à côté d’un drapeau du syndicat Sud Solidaires agricoles. » À la différence que des heurts ont parfois pu éclater entre manifestants au sein des cortèges de Gilets jaunes, sur fond de dissensions politiques.  

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    Source : https://reporterre.net/Dermatose-nodulaire-l-alliance-avec-la-Coordination-rurale-cree-le-malaise-a-la?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne