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Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, il dénonce l’indignation sélective des dirigeants occidentaux, qui ne dénoncent les quelques agissements de dirigeants israéliens « extrémistes » que pour mieux fermer les yeux sur les exactions systématiques que font subir l’État israélien et ses institutions aux Palestiniens, adultes comme enfants.
Le prisonnier palestinien Ibrahim Salem debout, les yeux bandés, devant les barbelés de Sde Teiman.Vendredi 12 juin 2026
Vous avez tous vu comment ont été traités les activistes de la flottille Soumoud, qui apportaient de l’aide humanitaire à Gaza et qui ont été enlevés par les Israéliens le 30 avril 2026 dans les eaux internationales. Je voudrais d’abord leur rendre hommage, les remercier pour leur soutien, leur courage, leur humanité. Leur action était symbolique. Ils savaient que les Israéliens ne les laisseraient pas mettre un pied sur le territoire palestinien. Ils savaient aussi qu’ils risquaient leur vie : en mai 2010, l’attaque de la flottille Marmara, partie de Turquie avait fait neuf morts et vingt-huit blessés parmi les militants.
Le monde entier a vu ces images montrant le ministre israélien de la sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, souhaiter la « bienvenue en Israël » aux militants menottés, visage contre terre. Son sourire sardonique leur montrait ainsi le vrai visage d’Israël. Les hommes et les femmes arrêtés ont raconté comment ils avaient été poussés, un par un, dans un container sans lumière, où ils ont été frappés, agressés sexuellement et violés. Deux d’entre eux, un Espagnol et un Brésilien, sont encore dans les prisons israéliennes à l’heure où j’écris. L’Occident a réagi, plutôt timidement, mais enfin des gouvernements occidentaux ont condamné ces violences. Ben Gvir a été interdit d’entrée sur le territoire français. Mais c’était une mesure d’ordre personnel. Comme si le ministre israélien était responsable à titre individuel ; comme s’il n’était pas un rouage de tout un système d’oppression.
Mais ce qui m’a blessé davantage, c’est l’ampleur de l’indignation dans les médias audiovisuels qui ont tourné en boucle sur le sort des manifestants arrêtés, parlant « d’humiliations », « d’images choc » ou encore de « violence contre des civils ». Un vocabulaire qu’ils n’emploient pas pour décrire ce qu’il se passe à Gaza et en Cisjordanie. Comme si c’était la première fois que des êtres humains étaient traités de cette façon par l’armée israélienne.
Ces violences, nous les subissons depuis 1948, depuis que l’État d’Israël a été fondé par le nettoyage ethnique et les massacres de populations civiles. Des images comme celles des militants de la flottille, il y en a des centaines avec des prisonniers palestiniens. Nous les connaissons bien.
L’une d’entre elles est devenue emblématique. On y voit des dizaines de prisonniers palestiniens en uniforme bleu, assis en rangs sur le sol, les mains attachées dans le dos, les yeux bandés. Un seul se tient debout contre les barbelés. Sa famille l’a identifié, malgré le bandeau, comme étant Ibrahim Salem, enlevé en 2024 à l’hôpital Kamal-Adwan, où il était au chevet de ses enfants, grièvement blessés dans le bombardement de sa maison. Il a raconté plus tard qu’il avait été obligé de se tenir debout pendant quatre heures devant les barbelés. C’était pour le punir d’avoir protesté contre l’humiliation publique d’un vieil homme. Ibrahim avait d’abord été traîné dans une pièce glaciale où un climatiseur était poussé à fond, en plein hiver, déshabillé et soumis à des décharges électriques. Il a également rapporté que les Israéliens lui ont demandé combien de membres de sa famille avait-il enterrés dans le cimetière de l’hôpital. « Six », a-t-il répondu. Les militaires lui ont alors montré la vidéo d’un bulldozer éventrant la terre et projetant dans l’air les corps des défunts.
Ces images sont disponibles sur les réseaux sociaux, diffusées par des Palestiniens mais aussi par des soldats israéliens, sur des chaînes de télévision israéliennes ou parfois américaines. C’est ce qui s’est passé avec la photo d’Ibrahim Salem. Mais elles ne suscitent pas l’indignation des ministres des affaires étrangères occidentaux. Pour s’indigner, apparemment, il faut que les victimes aient la bonne nationalité.
Les violences sexuelles subies par les militants de la flottille ont joué un rôle important dans les protestations internationales. Mais les gouvernements européens oublient de les dénoncer quand elles sont exercées contre des Palestiniens. Depuis le début de l’invasion israélienne de Gaza, des hommes, des femmes et des enfants sont violés par les militaires. Ces actes sont documentés par les organisations de défense des droits humains, y compris israéliennes, et dans plusieurs rapports de l’ONU. Récemment — et cela mérite d’être signalé —, ils ont fait l’objet d’une longue enquête du New York Times sous la plume d’un éditorialiste renommé, et non du service international. Parmi les témoignages, il est fait état de viols avec des chiens. Oui, des chiens dressés à violer.
Une agression a même été filmée en direct, cette fois à l’insu des criminels. En 2024, des images de caméra de surveillance de la prison de Sde Teiman, montrant le viol collectif d’un prisonnier palestinien, ont été diffusées par une chaîne de télévision israélienne. Les perpétrateurs n’ont finalement pas été poursuivis. En revanche, la personne qui avait fait fuiter la vidéo, la procureure générale de l’armée, a été traduite en justice.
Combien d’hommes, de femmes et de mineurs ont ainsi été agressés ? Difficile de le dire, car beaucoup d’entre eux en ont honte et gardent le silence. L’un de ceux qui ont parlé s’appelle Ahmed Al-Hilew, 17 ans. Il a été enlevé par l’armée avec quinze autres adolescents alors qu’il allait chercher de l’aide humanitaire dans un hangar, au cours de ce que j’avais appelé les Hunger games, les « jeux de la faim ». Il a raconté à un média palestinien comment lui et ses copains avaient été entassés dans une cellule minuscule et soumis à des agressions sexuelles, particulièrement par des soldates. Depuis, Ahmed n’arrive plus à parler sans bégayer.
Une autre photo, récente, difficile à regarder, a été diffusée par les Israéliens le 11 juin 2026. Elle montre un homme amaigri, le regard dans le vague, les bras couverts d’ecchymoses : le docteur Houssam Abou Safiya, pédiatre et directeur de l’hôpital Kamal-Adwan, avant sa comparution devant un tribunal militaire à Jérusalem. Il était détenu sans jugement depuis son enlèvement par l’armée israélienne le 27 décembre 2024, pour le punir d’avoir refusé d’évacuer son hôpital et d’abandonner ses patients. Pour le punir d’avoir protesté contre la destruction par l’armée du système de santé de Gaza. Selon son avocat, il est régulièrement battu et il a perdu trente kilos, à cause de la malnutrition qui règne dans les prisons. Les Israéliens s’acharnent sur lui. Il a été récemment placé à l’isolement.
La détention arbitraire du docteur Abou Safiya ne suscite pas de réactions chez les dirigeants européens. Pas plus que la mort sous la torture, en avril 2024, du docteur Adnan Al-Bursh, chef du service orthopédique de l’hôpital Al-Shifa, dans une prison israélienne. Israël vise systématiquement les professionnels du système de santé, sans déclencher l’indignation internationale.
Il y a actuellement 11 000 détenus dans les prisons israéliennes, dont environ 2 000 mineurs. Tout cela est normal, acceptable. Les témoignages de viols sont publiés dans l’indifférence. Les Palestiniens ne sont plus des personnes. Quand il y a eu des échanges de prisonniers, les médias occidentaux ont la plupart du temps cité le nombre de détenus palestiniens libérés, tandis qu’ils décrivaient en détails les Israéliens, leurs familles, citaient leurs noms, etc. Les Palestiniens, en revanche, forment un bloc. Les Israéliens et leurs relais dans les opinions européennes ont réussi à nous rassembler sous une définition globale : « terroristes ». Terroriste, un enfant qui veut aller à l’école. Terroriste, un homme qui veut franchir le mur de l’apartheid qui coupe en deux son village en Cisjordanie. Terroriste, tous ceux qui veulent vivre dans la dignité. Et terroriste, bien sûr, tout prisonnier palestinien.
Il faut par contre distinguer les « bons » Israéliens des « mauvais ». Les exactions ne peuvent venir, selon les dirigeants européens, que d’« extrémistes » qu’ils s’empressent de sanctionner, par exemple quelques « colons violents » en Cisjordanie, comme si les autres étaient de pacifiques fermiers, et comme si tous les colons n’étaient pas soutenus par le gouvernement et l’armée israélienne. Comme s’ils n’étaient pas le fer de lance du projet d’annexion de tout le territoire palestinien.
Nous ne sommes pas blancs, nous n’avons pas les yeux bleus. Le problème de l’Occident, c’est qu’il ne regarde que lui-même. Le droit humanitaire, la démocratie, il ne les applique pas ailleurs. Israël est considéré comme faisant partie de l’Occident. Il a le « droit de se défendre » par tous les moyens, et d’occuper des non-Occidentaux. L’occupé a le droit de se taire. On en revient toujours là. Et on ne réagit pas pour les Palestiniens, non pas parce qu’on ne peut pas le faire, mais parce qu’on accepte cette norme.
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Source : https://orientxxi.info/Comme-si-c-etait-la-premiere-fois-que-des-etres-humains-etaient-traites-ainsi
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Marine Le Pen a officialisé sa candidature au 20 heures de TF1 le 8 juillet 2026. - © Armand Gesquière / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Elle veut climatiser le pays et démonter les éoliennes, soutient les énergies fossiles, est muette sur les ravages de l’agriculture productiviste... Anti-écologiste, Marine Le Pen défend la fuite en avant vers un monde inhabitable.
Jugée coupable, elle reste malgré tout présidentiable. Finalement, Marine Le Pen sera bien la candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle de 2027, et ce pour la quatrième fois d’affilée.
Malgré sa condamnation en appel, mardi 7 juillet, pour « détournement et complicité de détournement de fonds publics » à hauteur de 2,8 millions d’euros dans l’affaire des assistants parlementaires européens, la cheffe du parti d’extrême droite a annoncé sa candidature quelques heures après sur le plateau de TF1.
Condamnée à trois ans de prison dont un an ferme aménageable sous bracelet électronique, une amende de 100 000 euros et quinze mois d’inéligibilité effective — une peine qu’elle a déjà effectuée — la députée du Pas-de-Calais peut donc se présenter en 2027. Exit l’option Jordan Bardella, qui en cas de victoire, serait nommé Premier ministre. On ignore toutefois quelle forme prendra la campagne et si la candidate portera bien un bracelet électronique. C’est pour tenter d’y échapper qu’elle s’est pourvue en cassation.
Une chose, en revanche, est certaine : l’écologie ne sera pas au cœur de sa campagne. Si ses propos sur le sujet ont un peu évolué depuis sa prise du parti en 2011, c’est seulement pour gagner en crédibilité et parfaire son image. Bien qu’elle ne remette plus explicitement en cause le consensus scientifique sur l’origine humaine du changement climatique comme elle le faisait encore en 2012 dans Terra Eco, sa vision de l’écologie reste inchangée.
Une « écologie nationale » fondée sur le localisme — qu’elle présente comme un moyen de relocaliser la production, de consommer local et de protéger les frontières — qui sert uniquement à promouvoir un projet nationaliste. Vide de véritable contenu, cette vision n’est jamais accompagnée de propositions précises, chiffrées ni structurantes. Un seul mot d’ordre : s’opposer à « l’écologie punitive ». « Son objectif est la défense de l’identité nationale. Elle développe une manière de percevoir la question environnementale à travers ce schéma logique », observait Bruno Villalba, auteur de L’écologie politique en France (éd. La Découverte), en 2022.
Dernier exemple en date avec le fameux « plan clim », la solution magique de Marine Le Pen pour supporter les fortes chaleurs. Évoqué pour la première fois en juin 2025 sur X, il a été remis en avant au moment de la canicule historique du mois de juin.
Sauf que ce « grand plan d’équipement pour la climatisation », censé aider écoles, Ehpad et hôpitaux à faire face aux températures caniculaires, est très flou, jamais détaillé ni chiffré. Aucun député RN interrogé sur le sujet n’a été capable de donner plus de précisions. L’objectif était simplement de dénoncer l’impréparation du gouvernement face aux canicules.
La position peut surprendre alors qu’en 2022 lors du débat du second tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen déclarait vouloir ralentir la transition écologique : « Il faut qu’elle soit dans le temps, beaucoup moins rapide que ce que l’on impose aux Français. »
Rebelote il y a seulement trois ans, quand elle estimait dans Le Journal du dimanche que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) avait « toujours été très alarmiste ». En 2012, elle qualifiait même ses membres « de prêtres et d’évêques du changement climatique ».
La climatisation est donc la seule proposition du Rassemblement national en matière d’adaptation des bâtiments au chaos climatique. Marine Le Pen est ainsi opposée au Fonds vert, l’un des principaux dispositifs destinés à adapter le pays avec par exemple la rénovation énergétique des écoles. « Le Fonds vert exclut expressément la climatisation, donc ça me pose un problème. Je pense qu’il y a des structures plus efficaces et plus pertinentes à mettre en œuvre », disait-elle sur France Culture, mercredi 24 juin.
Et du côté de la baisse des émissions de gaz à effet de serre, la seule solution pour Marine Le Pen, c’est toujours plus de nucléaire. Lors de la campagne présidentielle de 2022, la candidate avait promis une vingtaine de nouveaux réacteurs nucléaires, dont dix dès 2031. Un scénario jugé irréaliste même par les plus ardents défenseurs de l’atome.
Sur les énergies renouvelables, toujours en 2022, elle assurait vouloir la suspension de la construction d’éoliennes et le lancement « d’un grand chantier pour les démonter » — elle estime qu’elles défigurent les paysages français. Tous les experts, notamment le Réseau de transport d’électricité (RTE), s’accordent pourtant à dire que le pays ne pourra pas atteindre la neutralité carbone sans les énergies renouvelables. Elle soutient également un moratoire sur le solaire.
Marine Le Pen et ses troupes entendent surtout maintenir notre addiction aux énergies fossiles. En 2022, elle proposait déjà de revenir sur l’interdiction de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures en mer. Depuis de nombreuses années, elle promet aussi d’abaisser la TVA sur le gaz, le fioul et le carburant afin de protéger le pouvoir d’achat des Français. « Cette énergie, c’est un bien de première nécessité, donc l’État doit faire un effort pour ne pas la taxer », répétait-elle sur France Culture fin juin.
« Nous refusons la propagande des gauches »
Pour ce qui concerne le soutien à l’agriculture intensive dopée aux pesticides, Marine Le Pen n’est pas en reste. La loi Duplomb, qui prévoit notamment la réintroduction d’un pesticide interdit de la famille des néonicotinoïdes, a été adoptée par le Parlement le 8 juillet grâce à son vote et ceux de ses députés.
Elle a tout de même fini par soutenir la pétition historique (deux millions de signatures) qui visait à exiger un débat au Parlement... car elle refusait que la propagande des gauches puisse laisser imaginer à nos compatriotes que cette loi menace leur santé et notre environnement », comme elle l’écrivait sur X deux semaines plus tard.
Ces derniers mois, Marine Le Pen a loupé toutes les occasions de protéger la santé et l’environnement des Français. À l’Assemblée nationale, elle a récemment voté pour la loi d’urgence agricole, vivement critiquée pour ses effets dévastateurs sur la biodiversité.
En revanche, la cheffe de parti était absente lors des votes sur la loi interdisant les PFAS (des polluants éternels dangereux pour la santé), celle visant à réduire progressivement la teneur en cadmium dans les aliments, ou encore celle destinée à financer la recherche sur les cancers pédiatriques. Et à chaque fois, les députés de son parti ont voté contre.
Même logique concernant les animaux. Celle qui ne cache pas son affection pour les chats se dit très sensible à la cause animale. Si elle souhaite accorder une « reconnaissance constitutionnelle au statut juridique des animaux » et renforcer les peines liées aux infractions commises contre ces derniers, elle reste muette sur la régulation de la chasse, l’élevage industriel et la pêche intensive.
En revanche, la députée fait de l’interdiction de l’abattage sans étourdissement (pratique rituelle liée aux cultes musulmans et juifs) l’une de ses priorités. La preuve encore que chez Marine Le Pen, l’écologie ne vise pas à protéger le vivant, mais sert avant tout à défendre un projet nationaliste et identitaire.
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Source : https://reporterre.net/Clim-fossiles-et-agro-industrie-l-ecologie-selon-Marine-Le-Pen