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mardi 31 mars 2026

Un mouvement social historique fait couler un projet de méga-usine de pâte à papier en Espagne

 

Un mouvement social historique 

fait couler un projet 

de méga-usine de pâte à papier 

en Espagne

Par Alban Elkaïm
19 mars 2026

 

En Galice, en Espagne, une lutte citoyenne a forcé le gouvernement régional à enterrer un projet de grande usine de cellulose. Elle devait s’installer sur les rives de la rivière Ulla, au prix d’importants risques de pollutions.

Séville (Espagne), correspondance

« Je crois que le projet Gama a été paralysé par notre mouvement », se réjouit Patricia Coucheiro, de la plateforme Ulloa Viva. Portée par la multinationale portugaise du papier Altri, ce projet prévoyait d’installer en Galice, dans le nord de l’Espagne, une très grande usine de pâte à papier sur le cours du río Ulla, dans la comarque [1] d’Ulloa.

Selon les opposants, elle aurait consommé de grandes quantités d’eau, pollué l’Ulla et la plus grande baie de la région, Arousa, tout en accélérant l’expansion de la monoculture d’eucalyptus. Mais habitants, associations et écologistes ont lancé l’un des plus grands mouvements sociaux que la Galice ait connu. Résultat : le gouvernement régional, qui avait promu le projet depuis le début, a annoncé qu’il serait « archivé », le 20 février 2026. Contacté, celui-ci n’a pas souhaité répondre aux questions de Reporterre.

« La Xunta [gouvernement régional] n’avait pas vraiment le choix. Le gouvernement espagnol avait laissé le projet sans argent ni électricité. Il est très difficile pour une installation de cette envergure d’agir dans ces conditions », explique Manoel Santos, coordinateur de la mobilisation pour Greenpeace Espagne.

La délivrance des autorisations est une compétence de la Région, dirigée par la droite. Mais les besoins en électricité de cette activité sont tels que l’usine aurait nécessité sa propre station de transformation. L’entreprise comptait aussi recevoir 250 millions des fonds européens du plan de relance Next Generation. Or ces deux points dépendent du gouvernement central, dirigé par une coalition de gauche menée par le Parti socialiste espagnol (PSOE). « Face à la pression du mouvement, le Parti socialiste de Galice a basculé dans l’opposition au projet et a dû dire au PSOE de Madrid : “Il faut s’y opposer” », analyse Manoel Santos. 

Perte de biodiversité

À l’origine pourtant, à droite comme à gauche, les trois grands partis du parlement régional appuyaient le projet Gama, porté par l’entreprise Greenfiber, détenue à 75 % par le groupe Altri. L’ébauche était séduisante : il s’agissait de produire du lyocell, fibre textile durable à base de bois, par un procédé à « faible impact », ce qui allait créer 2 500 emplois. Intéressant dans la région où le groupe de fast-fashion Zara est né. « Beaucoup de gens le voyaient plutôt d’un bon œil. Et j’en faisais partie », admet Patricia Coucheiro. À l’époque, le petit groupe citoyen qui deviendra la plateforme Ulloa Viva, se limitait à chercher des informations plus précises sur ce projet entouré d’un flou persistant.

Mais le 4 mars 2024, les plans de Greenfiber sont dévoilés — c’est une obligation pour solliciter les autorisations environnementales. « 400 000 tonnes à l’année de cellulose [pour la pâte à papier] [...], 200 000 tonnes de lyocell », indique le document. « On s’est rendu compte qu’il s’agissait d’une nouvelle méga-usine de pâte à papier », résume Manoel Santos.

« En Galice, on en a déjà une, explique-t-il. Elle a toujours causé de grands problèmes écologiques : la pollution de la baie de Pontevedra, de mauvaises odeurs. Elle a surtout transformé le paysage : [28 % de la masse forestière galicienne en 2024] est couverte d’eucalyptus, [2] ce qui suppose une perte de biodiversité, une dégradation des sols et une forêt plus inflammable. » Le projet annonçait aussi des besoins de 46 000 m3 d’eau par jour, équivalent de la consommation de Vigo, une ville de 300 000 habitants.

Selon Greenpeace, 30 000 m3 devaient être rejetés dans la rivière, avec 3 °C de plus et des produits chimiques. Greenfiber avait également besoin de 1,2 million de m3 de bois d’eucalyptus, faisant craindre une nouvelle expansion de l’arbre.

Une longue histoire de lutte pour l’environnement

« Nous avons eu le sentiment que le gouvernement local, véritable promoteur du projet, tout comme l’entreprise, nous avaient menti là-dessus », se souvient Patricia Coucheiro. La plateforme Ulloa Viva s’organise autour d’un slogan central et emblématique « Altri Non ». Avec une efficacité remarquable pour une structure associative sur un territoire où 9 200 habitants se partagent quatre fois la surface de Paris. « On montait aussi des événements festifs [des concerts, des activités pour enfants, et des conférences sur la lutte défendue], ce qui a attiré énormément de gens venus d’ailleurs », détaille-t-elle.

Mais personne ne s’attendait à un tel impact. Le 27 mai 2024, une manifestation dans la commune de Palas de Rei (3 500 habitants), où l’usine devait se dresser, réunit entre 10 000 et 20 000 personnes. Des instances de coordination sont montées pour agir de concert avec les autres structures mobilisées, notamment les groupes écologistes, et les confréries de la pêche et de la production artisanale de fruits de mer de la baie d’Arousa.

« On nous appelait de tout le pays pour dire : “Je veux aider” »

Le 15 décembre 2024, une manifestation réunit entre 35 000 et 100 000 personnes à Saint-Jacques-de-Compostelle, la capitale régionale. Un mouvement historique. Seul le mouvement populaire Nunca máis Plus jamais »), après le naufrage du pétrolier Prestige et la gestion tardive et opaque de la catastrophe a fait mieux dans la région. « Les médias nous écoutaient. Les partis aussi. On nous appelait de tout le pays pour dire : “Je veux aider” », raconte Patricia Coucheiro.

La clé de ce succès ? La Galice est maillée par un solide tissu associatif et a une longue histoire de lutte pour l’environnement. Et puis, il y a ce sentiment de faire partie d’une terre profondément rurale et agricole. « Où que tu sois, tu es proche de la montagne, de la mer. Et il y a de l’eau, des rivières qui coulent partout, souligne-t-elle. Nos anciens ont vécu ici et pour cette raison, ils n’ont jamais eu faim. Nous avons de l’air frais et de l’eau toute l’année à l’heure du changement climatique. Le projet Gama menaçait cela. Ça a fait réagir les gens. »

Notes

[1Regroupement de communes

[2La croissance de la masse forestière d’eucalyptus est importante et rapide dans la région, passant de 50 000 ha en 1986 à 440 000 ha en 2025, et est un héritage d’un programme lancé pendant la dictature de Franco, dans les années 1950.

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Source :  https://reporterre.net/Un-mouvement-social-historique-fait-couler-un-projet-de-mega-usine-de-pate-a-papier-en

lundi 30 mars 2026

La violence de l'extrême-droite est létale... contrairement aux œufs et à la farine

La violence de l'extrême droite 

est létale... 

contrairement 

aux œufs et à la farine

 

SOPHIE TREGAN (avatar)

SOPHIE TREGAN

Autrice
30 novembre 2025

Attention si vous trouvez que le jet d'un œuf est une effroyable agression : vous n'êtes pas prêts pour ce qui va suivre. Chaque semaine, l'extrême-droite agresse, assassine. À chaque fois, il faut répéter que cela n'a rien d'un acte isolé, que cette violence s'épanouit parce que politiques & médias propagent un discours raciste et mensonger sur les musulmans, les personnes racisées et la gauche

C'est cette rhétorique de la post-vérité qui permet aujourd'hui aux milices d'extrême droite de se sentir intouchables. Cet article est mis à jour et réédité à chaque fois que l'extrême droite agresse, assassine, prévoit ou commet un attentat. 

Pour comprendre à quel point l’extrême droite est un danger mortel, remontons le temps. Certains cadres et adhérents du RN financent, fournissent des armes ou commanditent des meurtres et des attentats. Le racisme, l’antisémitisme et le terrorisme sont bien à l’extrême droite. 

- Affaire Claude Herman : ancien du service d'ordre du Rassemblement national (ex-Front national). Il a fourni des armes à Amedy Coulibaly qui a tué cinq personnes lors de l'attentat antisémite de l'Hyper Cacher en 2015. Herman a été condamné à sept ans de prison. 

- Affaire Jean-Claude Veillard : ancien candidat du RN au municipal de Paris mis en examen par le parquet antiterroriste pour avoir participé à financer Daesh et Al-Qaïda à hauteur de 13 millions d'euros. Il a supervisé la collaboration de Lafarge avec des groupuscules terroristes en Syrie. 

- Affaire Claude Sinké : cet ex candidat RN a tenté, en 2019, d'incendier la mosquée de Bayonne et a tenté d'assassiner deux hommes avec son arme à feu. 

- Affaire Thibault Gond Manteaux, investi tête de liste à Strasbourg par le Rassemblement national en 2019, malgré son passé « d’organisateur de ratonnades » dans « l’affaire des kebabs d’Auxerre » entre 2004 et 2005. Il figure parmi les neuf condamnés pour des incendies à caractère raciste commis notamment à l'aide de cocktail molotov. 

- Affaire Sébastien Dudognon, ancien secrétaire départemental du Front National de la jeunesse a voulu commettre des attentats à l'explosif. Il a été mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste et criminelle.

Puis il y a eu les meurtres et tentatives de meurtres de ces trois dernières années. 

   Federico Martín Aramburú fût lâchement tué par trois militants d'extrême droite : Loïk Le Priol, Romain Bouvier et Lyson Rochemir. Depuis décembre 2022 et malgré sa mise en examen pour complicité d'assassinat, cette dernière n'est plus en prison, elle a été remise en liberté. Alors je passe en revue tous les événements des derniers mois. Lorsque le 23 décembre 2022, à Paris, William M., armé d'un pistolet semi-automatique et de plusieurs chargeurs avait abattu trois personnes kurdes et en avait blessé d'autres, revendiquant les motivations racistes de son crime, Darmanin, la justice, les médias avaient refusé de parler de terrorisme . Comment un homme ayant déjà attaqué au sabre un camp de réfugié, n'était-il pas fiché S quand on sait que des gilets jaunes, des militants écologistes, d'extrême gauche, anarchistes et des journalistes le sont ? Pourquoi le procès de cet homme se tient à huit clos ? Pourquoi, au bout de seulement quelques jours, parlait-on d'une maladie mentale ? Le racisme n'est pas une maladie, c'est une idéologie politique mortifère. D'ailleurs son acte, et pour des raisons politiques d'alliance idéologiques entre la Macronie et l'extrême droite, ne sera jamais qualifié d'attentat et lui ne sera jamais qualifié de terroriste, l'expertise psychiatrique ramenant son acte à « une altération de son discernement ». 

   Quelques jours plus tard un homme, Tonny F. voulait rendre hommage à ce terroriste, William M, ayant tué les trois personnes Kurdes. Il voulait s'en prendre, selon ses dires à une « voisine bougn*ule », il dénonçait une cité progressivement transformée en « califat » et le rôle du gouvernement, accusé de « sublimer l’africanisation de l’Union européenne » : un racisme revendiqué. Il tire donc sur une adolescente de 13 ans d'origine maghrébine et la circonstance aggravante de racisme n'est pas retenue. Lorsque le maire de Saint-Brévin subit plusieurs tentatives de meurtres de la part de groupuscules d'extrême droite, l'État ignore ses demandes de protection. Un mois après la dernière tentative, les réseaux néonazis responsables de ces attentats défilaient à nouveau à Saint-Brévin sous la protection des CRS, qui selon plusieurs témoins (journalistes), leur ont serré la main. Ces mêmes CRS qui ont ensuite tiré des grenades sur les opposants antifascistes. 

   Le 3 juillet 2024, un site d’extrême-droite avait publié une liste de noms d’avocats qui avaient signé une tribune contre le RN. Tribune intitulée : « Liste (très partielle) d’avocats à éliminer »  et illustrée d’une photo de guillotine. Lors de ces législatives, parmi les candidats présentés par le Rassemblement national, 109 d’entre eux ont été épinglés par le média Street Press pour des propos racistes, antisémites, homophobes, complotistes, anti-IVG. La Macronie, pourtant si prompte à défendre à plusieurs reprises le RN dans les médias et vouloir l’intégrer dans l’arc républicain, est restée très silencieuse concernant les menaces de mort et les agressions émanant de sympathisants d’un parti créé par des criminels de guerre. Le média d’extrême droite Frontières a diffusé les identités d’une soixantaine d’avocats. Dans un hors-série paru le 30 janvier, le magazine dresse une liste des « coupables de l’invasion migratoire » les accusant d’être « complices des personnes en situation irrégulière cherchant à obtenir un titre de séjour. Citation : « Nous vous livrons […] le podium, tous tribunaux administratifs confondus, des avocats les plus empressés à défendre les étrangers en situation irrégulière. »  Des menaces de mort ont aussi été proférées contre trois magistrats ayant siégé au procès de Marine Le Pen et des cadres du Rassemblement national (RN). Le parti d’extrême droite est poursuivi pour détournements de fonds publics, dans l’affaire des assistants européens du parti, le jugement sera rendu le 31 mars. « Les procureurs Louise N. et Nicolas B. ainsi que la présidente du tribunal Bénédicte de P. ont reçu des menaces de mort de la part de personnes écrivant dans la section de commentaires du site d’extrême droite Riposte Laïque ». Une « balle de 9 mm dans la nuque », écrit un certain François Desvignes ou encore un certain Job, estimant que Bénédicte de P. doit être « éliminée au plus vite » .

   Le 31 août 2024, Djamel Bendjaballah, éducateur de 43 ans, a été tué sous les yeux de sa fille de 10 ans devant le collège Van der Meerch de Capelle-la-Grande près de Dunkerque (Nord). Il est passé à trois reprises sous les roues de la berline de l’ex-conjoint de sa compagne, Jérôme Decofour, membre d'une milice d'extrême droite : la Brigade Française Patriote. Pourtant, entre décembre 2022 et août 2024, Djamel Bendjaballah avait déposé à l'encontre de Jérôme Décofour plusieurs plaintes pour injures racistes. Des plaintes qui n’avaient pas déclenché de mesures spécifiques de la part de la justice, jusqu’au jour du crime. Trois plaintes classées sans suite. Trois occasions de lui sauver la vie. Malgré les preuves du caractère raciste du crime, la justice et l'État refuse de le qualifier en tant que tel. 
 
  Le dimanche 16 février, une trentaine d'individus d'extrême droite "cagoulés et munis de tessons de bouteille" ont pénétré dans la cour d'un immeuble du Xe arrondissement où se situe l'association culturelle des travailleurs immigrés de Turquie (ACTIT) alors que des militants antifascistes regardait le film Z de Costa-Gavras. Après avoir hurlé "Paris est nazi" et avoir blessé à l'arme blanche un homme, six d'entre eux ont été arrêtés. Retailleau n'a réagit que deux jours plus tard dans un discours – médiocre – à l'Assemblée Nationale. Je le cite : « S’il y a un combat qui devrait nous réunir, c’est le combat contre la violence, contre le fascisme, le nazisme, l’extrême droite… et aussi contre l’ultragauche ! ». Le mot "ultra gauche" est crié. L'extrême droite tente de nous tuer et Retailleau trouve le moyen de nous criminaliser. Nous, antifascistes, nous existons parce que les fascistes existent. Il est révoltant de renvoyer dos à dos des groupuscules fascistes se battant pour la "pureté de la race" et des militants d'extrême gauche luttant contre le racisme et les autres formes de discrimination. Retailleau a toujours tenu des propos racistes, identitaires, autoritaristes. Il est celui qui a parlé de "régression ethnique" lors des révoltes dans les banlieues, suite à l'assassinat de Nahel. Il est celui qui affirme que la situation catastrophique à Mayotte est du fait des "noirs" et des "Musulmans". Alors, si aujourd'hui des groupuscules d'extrême droite tentent d'assassiner des personnes racisées et des militants de gauche, c'est aussi à cause des discours racistes et décomplexés du Ministre de l'Intérieur. En ciblant la gauche antifasciste, Retailleau vise un autre objectif : nous empêcher de réagir et de nous défendre face aux tentatives de meurtre de l'extrême droite. Son discours stigmatisant tend aussi à nous museler et à nous priver de notre légitime défense. Nous n'avons à demander à un gouvernement, responsable de cette situation, son autorisation pour défendre nos vies.

   Le 8 avril, Zora et Lila, deux mères de famille française d'origine maghrébine ont été étranglées et tabassées aux cris de « sales arabes » par trois personnes. Tout ceci a débuté par un banal accrochage entre leur voiture et une autre roulant en sens inverse. Les trois occupants de l'autre véhicule leur disent : « c'est à vous de partir, sale arabe ». Zora et Lila sont insultées, étranglées, frappées. « J’ai pas arrêté de crier : arrêtez, arrêtez… J’ai sorti mon téléphone pour filmer, pensant que ça les arrêterait, raconte Lila à France Bleu, Mais non. Ils se sont jetés sur moi ». Zora, plaquée au sol, est étouffée par une main posée sur sa bouche. « L'adolescent me frappait, pendant que la dame me tenait les jambes. » Lila est étranglée par l’arrière. Les agresseurs finissent par lâcher leurs victimes. Celles-ci font constater par un médecin « des griffures, des marques, des bleus... » « On n’a même pas eu le temps de se remettre, qu’il fallait déjà calmer nos enfants. » 

   Le vendredi 24 avril, une vingtaine d'individus d'extrême droite ont attaqué un bar à Albi, dans le sud-ouest de la France. Le groupuscule "Patria Albiges" a ciblé et attaqué ce bar "considéré comme recevant une clientèle de gauche". Les agresseurs cagoulés étaient armés d'une bombe lacrymogène. Sur une vidéo, on voit le commando gazer la terrasse, mais aussi donner des coups de poings à une cliente âgée d’une soixantaine d’années. Libération a identifié le frappeur comme étant Matteo V., membre d’un groupe de supporters ultras de l’Olympique Lyonnais. Les néofascistes ont frappé des clients au hasard avant de fuir vers la cathédrale. Thomas Rouquette, leader de "Patria Albiges" et ancien candidat du RN aux municipales de 2020 à Albi. Autre fasciste identifié : Lorenzo Bodino, porte-parole de Patria Albiges, condamné en avril 2023 à huit mois de prison avec sursis pour l’agression de deux étudiants de gauche. Un client était toujours hospitalisé ce dimanche matin et la femme sexagénaire frappé a eu le nez cassé.

   Le 25 avril 2025. Un attentat islamophobe a visé une mosquée du Gard, le terroriste a tué de plusieurs dizaines de coups de couteau un fidèle nommé Aboubakar. Puis il a filmé sa victime agonisante en répétant à deux reprises : « Je l’ai fait (…), ton Allah de merde ». Le Ministre de l'intérieur et des cultes Bruno Retailleau ne s'est pas rendu sur place et n'a fait aucune déclaration. Ayant lui même tenu des propos racistes et islamophobes qui ont conduit la Ligue Des Droits de l'Homme à saisir la Cour de Justice de la République, il n'y a rien à attendre de cet étron raciste et islamophobe dont le discours conforte l'extrême droite dans ses projets d'attentats terroristes. Oui, terrorisme. On martèle la définition : Ensemble d'actes de violence (attentats, prises d'otages, etc.) commis par une organisation ou un individu pour créer un climat d'insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l'égard d'une communauté, d'un pays, d'un système.

  Le mois de mai 2025 se terminait encore mal. Des militants d’extrême droite ont fait irruption dans la nuit du 30 mai dans un bar communiste d’Alès, où ils ont agressé une vingtaine de personnes. On n'a pas entendu Bruno Retailleau les taxer de "barbares". Le 31 mai, à Puget sur Argens, un homme a tué son voisin tunisien, Hichem Miraoui, et a blessé un homme de nationalité turque. Il filme ses actes, diffuse les vidéos et clame son racisme. C'est tout un arsenal d'armes qui a été retrouvé dans sa voiture. Bien sûr Bruno Retailleau n'a réagi que bien trop tard en prétendant que "le racisme doit sévèrement être puni" : celui des autres, mais pas le sien ? Lui qui a banalisé les discours xénophobes, racistes et islamophobes. Banalisé la violence envers les personnes musulmanes et racisées. Chaque agression ou meurtre commis depuis son arrivée au pouvoir porte les empreintes de sa politique. Chaque femme qui se fait arracher son voile, chaque musulman exécuté froidement, chaque personne racisée abattue au nom d'une pseudo "pureté nationale" par un souchien bercé par ses paroles. Il a adoubé les suprémacistes nommées Nemesis, il a soutenu un État xénophobe et génocidaire, il a voté des lois racistes et ségrégationnistes. Et aujourd'hui tout se passe comme prévu.  

   16 personnes, islamophobes, suprémacistes et identitaires, faisant partie d'un groupuscule terroriste d'extrême-droite  nommé "AFO"  prévoyaient d'assassiner 200 imams,  d'empoisonner au cyanure et à la mort aux rats de la nourriture Halal et de faire exploser une mosquée. Une grande partie des membres du groupuscule étaient des sympathisants RN et l'un d'entre eux un ex candidate FN. Les faits remontent à 2018. Les membres de ce groupuscule sont jugées depuis le 10 juin 2025 pour association de malfaiteurs terroriste et de recherches d’armes. Dans la presse vous lirez sûrement le terme "ultra droite" pour qualifier ces terroristes. Mais ce terme a été inventé par les médias et les politiques pour dédiaboliser le RN et dissocier le parti d'extrême droite de ses fanatiques suprémacistes. Tout ce qui se joue dans ce procès émane bien de l'idéologie d'extrême droite : violence, islamophobie, racisme, identitarisme, terrorisme, théorie complotiste du "grand remplacement" alors ici, a contrario de toute la presse, j'emploie le vrai terme : extrême droite. La cellule AFO, "Action des forces opérationnelle" est repérée par la DGSI en février 2018.  Ce groupe prévoyait donc des actes terroristes visant exclusivement des musulmans et des Arabes. Guy Sibra, retraité de la police nationale, a été identifié par les enquêteurs comme étant à l’origine de la formation d’AFO. Sa compagne, Marie-Véronique R., animait le blog « Réveil patriote », organe prosélyte du groupe. L'infiltration d'un membre de la DGSI a permis de mettre au jour les agissements et projets terroristes d'AFO : entraînements au lancé de grenades en forêt, détention de dizaines d'armes à feu et de milliers de munitions, des éléments servant à fabriquer des explosifs. "Faute de charges suffisantes" la plupart des membres sont remis en liberté et placés sous contrôle judiciaire. Et l'on se demande bien ce qu'il fallait de plus à la justice pour les mettre en détention provisoire. Peu de médias relatent qu'en juillet 2018, trois suspects avaient été interpellés et placés en garde à vue pour avoir projeter d'assassiner le rappeur Médine. En juin 2019, un autre membre de l'AFO, diplomate de l'ambassade de France au Salvador, est inculpé pour son appartenance au groupe. 

En mai 2023, le Parquet national antiterroriste (Pnat) requiert un procès pour 15 personnes membres de l'AFO soupçonnées d'association de malfaiteurs terroristes et d'un autre membre de l'AFO pour infractions à la législation sur les armes ou les explosifs. Le groupuscule organisaient également des stages survivalistes : utilisation d'armes à feu et de l'arbalète, apprentissage de techniques pour déjouer la surveillance policière, fabrication de napalm et d'explosifs, techniques militaires de combat ou formation juridique en cas de garde à vue. Dans les différents attentats que fomentait le groupuscule d'extrême droite, la DGSI a découvert : « l' opération halal » qui prévoyait de dissimuler les femmes d’AFO sous des niqabs pour empoisonner de la nourriture dans les rayons halal de supermarchés avec du cyanure ou de la mort aux rats, tuer « 200 imams radicalisés »  faire exploser la porte d’une mosquée de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), ou encore piéger un couscoussier avec des explosifs. Le procès a débuté le 10 juin. À la barre, c'est une succession de mauvais sketch : la mamie amnésique qui ne se rappelle soit-disant de rien hormis d'avoir mis du jambon dans le rayon Halal d'un supermarché. Daniel R, ancien militaire, qui fabriquait des grenades, dit à la juge qu'il se croyait dans la série "walking dead" et rêvait de "remonter en scooter des files de voitures et de balancer des grenades dans les véhicules des musulmans" mais ajoutant que "c’était pas possible ce plan, c’était irréalisable. Et puis on risquait de faire des dommages collatéraux et de tuer des non musulmans". Philippe C., téléopérateur de taxi, qui se prenait pour un agent secret. C'est à se demander s'ils ne font pas exprès de passer pour des idiots. Le procès se poursuit : il s'agit du dossier d'extrême droite violente le plus important présenté devant la justice française. 

Ce procès qui se tenait 7 ans après les faits, avec des personnes mises en examen comparaissant "libres", se déroule dans un contexte où la violence de l'idéologie d'extrême droite a gagné les politiques et les médias. D'un Retailleau, incitateur à la haine raciale et religieuse, qui hurle "à bas le voile" ou méprise Aboubakar Cissé victime d'un attentat terroriste dans une mosquée, en passant par une criminalisation systématique des musulmans accusés tour à tour soit d'antisémitisme soit de terrorisme pour un soutien affiché à la Palestine. Mais déjà en juillet 2018, le Parisien avait publié une interview complaisante de Guy Sibra, le fondateur du groupuscule terroriste. Article sobrement nommé " les confidences du fondateur du groupuscule AFO", illustré d'une photo le faisant passer pour un gentil papinou, le laissant étaler ses mensonges sans aucune mention contradictoire. 

    Je ne sais pas si l'Histoire du fascisme se répète mais ce dont je suis certaine, c'est que certains s'inspirent des heures les plus sombres de ce passé pas si lointain. Face aux menaces, aux crimes et aux attentats des extrêmes droites, il nous faut organiser une légitime défense à la hauteur de la violence qu'elles nous infligent.

Source : https://tinyurl.com/y369cz4x