Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan. Mais pas que. Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
Un
portrait choral à 16 voix, 16 trajectoires singulières, réflexif et
intime d’un mouvement de résistance intergénérationnel porté par une
jeunesse qui vit et qui lutte contre l’accaparement des terres et de
l’eau, les ravages industriels, la montée des totalitarismes et fait
face à la répression politique. Une plongée au cœur des Soulèvements de
la Terre révélant la composition inédite des forces multiples déployées
un peu partout dans le pays qui expérimentent d’autres modes de vie,
tissent de nouveaux liens avec le vivant, bouleversant ainsi les
découpages établis du politique et du sensible en nous ouvrant au champ
de tous les possibles.
Critique
presse (Culturopoing.com) : "Soulèvements" est salutaire par sa façon
de montrer comment la désobéissance civile devient, pour ces acteurs, un
outil de survie éthique face à "l'écocide en cours".
Les 19 et 20 mars 2026 à
Limoges, deux personnes étaient convoquées devant la justice, à la
suite d’une enquête de plusieurs mois menée « avec les moyens de
l’antiterrorisme » et d’un contrôle judiciaire de près de cinq ans, pour
répondre d’accusations de « dégradations de biens par des moyens
dangereux pour les personnes » et d’« association de malfaiteurs ». Les
faits incriminés étaient des sabotages par incendie (véhicules et
antennes-relais) réalisés en opposition au déploiement du compteur Linky
et de la 5G, en février 2020 et janvier 2021. Les personnes convoquées
risquaient 10 ans de prison et des centaines de milliers d’euros
d’amendes. Le comité de soutien et les inculpé·es ont fait de ce procès
une tribune contre le numérique, qui a réuni plusieurs centaines de
personnes.
Préambule : une grande tournée de soutien qui a touché des centaines de personnes
Depuis l’interpellation en 2021, le comité de soutien a évolué de la
défense de camarades vers la critique des technologies imposées. Il
s’est beaucoup activé ces derniers mois avec une quinzaine d’actions de
solidarité dans diverses villes et villages, des Pyrénées Orientales à
Amiens et de Bordeaux à Grenoble. Les événements ont pris des formes
diverses suivant les capacités des groupes locaux organisateurs. Deux
réseaux ont favorisé l’organisation : les groupes critiques des
technologies imposées (Écran Total, Stop Micro, Stop 5G…) et les
chorales révolutionnaires. En fonction des lieux, des groupes très
divers ont pu s’associer à ces soirées : OCL, FA, CNT, Union Étudiante, Amnesty International, comités anti répression, groupes antimilitaristes (CRAAM) ou écologistes de terrain…
La forme de ces évènements a pu aller d’une simple rencontre-débat avec
une douzaine de personnes à des événements regroupant plus de 200
personnes. Plusieurs cantines solidaires se sont mobilisées. Des
projections de films : Woman at war, If a tree falls et des animations
musicales très diversifiées ont rameuté du monde.
Tout cela a permis de faire connaître cette affaire, rassembler des
fonds pour aider à financer la défense, informer et échanger sur les
technologies imposées ainsi que sur les moyens utilisés pour la
répression. Cela a remonté le moral des accusé·es et favorisé la
mobilisation du 18 au 21 mars.
Mobilisation pendant le procès
Environ 200 personnes ont participé à ces journées. La salle
d’audience, de capacité limitée, n’a pas permis que toutes assistent à
un moment du procès. Les places debout étaient préemptées par les forces
de police, en effectifs croissants la seconde journée. L’organisation
locale a permis l’hébergement des personnes venues de loin, la tenue
d’un rassemblement avec banderoles et petits stands en face de la cité
judiciaire, l’accueil de rencontres et de discussions en trois lieux. Le
regroupement de deux cantines solidaires a permis de restaurer tout le
monde.
Plusieurs temps forts ont eu lieu en parallèle du procès : rencontres
avec les membres du comité de soutien et des chercheurs critiques dès le
18 au soir ; conférence-débat de Jean-Michel Hupé (organisée par le
cercle Gramsci sous le titre : « Greenblacklash, quand reculs
écologiques et démocratiques vont de pair ») le 19 au soir ; temps
d’information à chaque étape du procès ; échanges le 20 au soir sur les
attentes à l’issue du procès ; rencontre le samedi sur les perspectives
des luttes contre le numérique.
Ouverture du procès
Après une première présentation à la barre des personnes poursuivies
(Anne et Fernando), la présidente du tribunal a rappelé les faits à
partir de l’enquête policière et judiciaire. Un rappel effectué de façon
correcte, notant les éléments menant aux accusé·es, mais relevant aussi
les impasses de certaines pistes : ADN ou traces de semelles inconnus...
La présidente a lu l’intégralité du communiqué de revendication de
l’incendie d’antennes (que l’on peut encore retrouver sur le site
Internet la Bogue : https://labogue.info/spip.php?article908).
À propos des enregistrements de conversations téléphoniques, les
avocats soulignaient qu’ils n’ont pas obtenu d’avoir accès à l’ensemble
des enregistrements. La juge précisait que les enquêteurs ont relevé
quelques bribes de conversation pouvant paraître suspectes, mais que
cela n’était pas très probant et ne constituait qu’une très petite
partie des enregistrements. L’avocate d’Anne a souligné qu’une
conversation citée n’avait rien à voir avec l’affaire. La juge a
acquiescé. Les avocats ont fait d’autres remarques du même ordre, dont
la juge a convenu. Elle a également souligné que l’expertise
graphologique demandée pour l’écriture des tags n’avait rien donné : ils
ne peuvent être attribués aux prévenus. Anne serait mise en cause pour
une affaire plus ancienne d’incendie de véhicules de chantiers en
2015-2016. Un non-lieu avait été prononcé en décembre 2019, faute
d’identification des responsables, mais son ADN,
prélevé à l’occasion des arrestations du 15 juin, semblait similaire à
une trace retrouvée sur les lieux. Sur interrogation de la présidente,
Fernando a maintenu qu’il n’avait pas commis les faits mais soutenait
les lanceurs d’alerte qui font ce type d’action. Anne maintenait ses
aveux extorqués en GAV mais annonçait ne parler désormais que de ce qui la concerne.
Les témoins
Les avocats de la défense, Chloé Chalot et Henri Braun, ont proposé
huit témoins de qualité pour parler du contexte de l’affaire.
Victor Cachard, auteur d’une Histoire du sabotage
en deux volumes (éditions Libre), a expliqué comment le sabotage était
apparu historiquement comme remède à l’action violente contre les
personnes et essayant d’être plus efficace que les « bras croisés ». Le
sabotage est une pratique pivot entre violence et non-violence. Cette
pratique a été utilisée dans le cadre des luttes syndicales à partir de
la fin du XIXe siècle. Les
avocat·es (Enedis, Bouygues et Orange) des parties civiles se sont
élevé·es contre cette présentation, assimilant les destructions
matérielles à de la violence.
Célia Izoard, philosophe et journaliste, est l’autrice de plusieurs ouvrages sur le numérique (dont le dernier s’intitule La ruée minière au XXIe siècle)
et traductrice de la dernière version de 1984 de Georges Orwell. Elle a
dénoncé dans son intervention les effets nocifs pour la planète du
déploiement de la 5G, l’exploitation minière avec les crimes et les
guerres qu’elle entraîne, le gaspillage de la mise en place des Linky,
et les mensonges sur l’obligation de pose du compteur.
Jean-Michel Hupé, chercheur en neurosciences durant 25
ans, s’est tourné ensuite vers la sociologie et a cofondé l’Atelier
d’écologie politique de Toulouse (ATECOPOL). Il a rappelé tous les effets nocifs de l’IA,
de la 5G et des ondes. Il soutient la nécessité de la désobéissance
civile, voire du sabotage. La présidente et la procureure se sont posé
des questions sur la possibilité d’invoquer « l’état de nécessité » pour
justifier les actions de sabotage. Son intervention a été très attaquée
par les avocats d’Enedis et de Bouygues.
Nicolas Bérard, journaliste à L’Âge de faire et
auteur d’ouvrages sur le Linky, la 5G et le numérique, a expliqué les
effets délétères de ces objets numériques sur le sommeil, la
sédentarité, l’isolement, la santé mentale des jeunes. La présidente
confirmait avoir suivi avec attention une émission sur la santé mentale
des jeunes filles. Nicolas Bérard a regretté l’absence de prise en
compte des mobilisations citoyennes.
Karima Mersad, enseignante chercheuse à Paris I en
neurobiologie et en psychologie cognitive, a témoigné de la façon dont
elle s’est rendue compte de l’apparition de symptômes perturbants pour
elle (maux de tête, troubles du sommeil…). Elle a expliqué comment, de
façon scientifique, elle avait étudié son environnement et
progressivement compris qu’elle était victime des ondes
électro-magnétiques. Elle a témoigné des difficultés vécues par les
personnes électro-hypersensibles.
Matthieu Amiech, éditeur (éditions la Lenteur), auteur (Peut-on s’opposer à l’informatisation de nos vies ?)
et contributeur régulier à la revue en ligne Terrestres : il a cité
Fairtiq, une application proposée en région Occitanie qui est la seule
manière d’avoir accès aux réductions sur les transports, mais exige
l’utilisation d’un smartphone et de la géolocalisation. Il précisait que
l’enregistrement de la plupart des trajets des citoyens était une des
critiques faites au régime soviétique, alors que lorsque c’est Carole
Delga (présidente de la région Occitanie) qui la met en place, il n’y
pas de souci... Puis il citait le « portefeuille d’identité numérique »
qui est une promesse de réunir toutes les cartes dans la même
application… permettant de fait la privation de droits de manière
automatique, donc le délitement complet des libertés civiles. Il donnait
enfin des exemples de privations de droits sur la base de
communications numériques, de messages, de relevés par des objets
connectés.
Sandrine Larizza, salariée de France Travail au sein
des services d’indemnisation des demandeurs d’emploi, a témoigné de la
déshumanisation des relations avec les usagers en raison de la
numérisation des services et du développement de l’IA.
Elle a rappelé que selon le Défenseur des droits, une personne sur deux
est en difficulté par rapport à l’accès aux services numériques.
Romain Couillet est un professeur des universités,
spécialiste reconnu internationalement de mathématiques appliquées dans
le traitement numérique des télécommunications. Depuis 10 ans, il a pris
conscience de la nocivité du développement du numérique pour les
humains et la planète. Il a choisi d’arrêter ses recherches pour se
consacrer aux réflexions sur les différents niveaux de refus du
numérique. Il milite aussi à Stop Micro à Grenoble. Romain Couillet
assimile les industriels et les chercheurs qui justifient le
développement de l’IA à ceux qui niaient les
dangers du tabac ou de l’amiante. Il se situe dans la filiation
d’Alexander Grothendieck qui a cessé ses travaux en raison de leur usage
militaire.
Romain Couillet terminera son propos, la voix tremblante d’émotion, par
l’évocation des résistant·es d’hier traité·es de terroristes qui sont
aujourd’hui au Panthéon, et fera le parallèle avec ces lanceurs
d’alertes jugés pour avoir essayé d’empêcher la course folle vers la
destruction générale, en espérant qu’il y aura un avenir pour que dans
50 ans on puisse les réhabiliter pour ce qu’ils sont : des héros !
Émotion dans tout le tribunal, quelques mouchoirs sortent des poches.
La présidente semblera ébranlée. La procureure, de son côté, se fendra
d’un rappel à l’ordre à son encontre : nous sommes dans l’enceinte d’un
tribunal, et les propos de ce dernier témoin, assimilables à la
justification et la promotion du sabotage, sont passibles de poursuites.
Le tribunal était très attentif lors de ces exposés, concerné, conscient
peut-être de la véracité de ces propos. La présidente semblait
bienveillante à l’égard des prévenu·es et du public nombreux qui se
trouvait dans la salle mais encore plus nombreux à l’extérieur.
Interrogatoire des prévenu·es
Fernando et son avocat contestent le caractère probant de l’ADN.
L’avocate d’Enedis mobilise à son compte un extrait de l’enquête
sociale, où l’enquêtrice a rapporté que Fernando disait « assumer ses
actes ». La présidente précise que l’enquête sociale s’étant tenue en
dehors de la présence d’un avocat, elle ne pourra la prendre en compte.
Parmi les documents retenus pour incriminer Fernando figure une brochure
en espagnol comprenant le terme « Las bombas » dans le titre. Celui-ci,
d’un air malicieux, invite alors l’interprète à expliquer à la cour ce
que signifie ce terme en espagnol : ce dernier confirmera qu’il s’agit
d’un traité sur les chaudières et le matériel de plomberie. Ce ne sera
pas la seule des facéties de Fernando à la barre, qui n’hésitera pas, à
plusieurs reprises, à se tourner vers les avocat·es des parties civiles
pour leur mettre sous le nez le caractère criminel des entreprises pour
lesquels ils travaillent.
Anne fait une déclaration préalable très courageuse et émouvante,
contredisant le portrait que les enquêteurs ont fait d’elle. Elle n’est
pas une terroriste, juste une personne très proche de la nature,
catastrophée par la situation actuelle de destruction de la planète et
ayant voulu lancer une alerte. Sur l’interrogation de la présidente par
rapport à la mise en danger d’autrui, elle précise que les dispositifs
artisanaux utilisés n’étaient pas explosifs et qu’il n’y avait personne
sur les sites. L’avocate d’Enedis explique qu’il y avait un employé sur
le site, qui aurait pu être victime et a été traumatisé. L’avocate
d’Anne relève qu’il n’a pas été auditionné et qu’il n’y a aucune pièce
attestant de cet éventuel traumatisme. Cet employé était dans un bunker à
l’autre bout de ce site assez vaste et n’a même pas vu l’incendie.
Avocat·es des parties civiles
Il y avait trois parties civiles : Enedis, Orange et Bouygues.
L’avocate d’Enedis a été la plus virulente dans sa plaidoirie finale,
comme elle l’avait montré dans ses questions. Elle insiste sur la
violence des accusé·es, l’idéologie « antitout », l’ultragauche… Elle va
jusqu’à mettre en cause la personne ayant bénéficié d’un non-lieu et
une de celles ayant été mises hors de cause à l’issue de sa garde à vue.
Elle traite les experts de « pseudo-scientifico-politico-sachants ».
Henri Braun l’interrompt pour souligner que ces termes peuvent entraîner
une procédure de diffamation publique. Pour réparation, elle évoque une
somme globale d’environ 400 000 euros, avouant que le calcul et les
justificatifs ne sont pas prêts, ce qui étonne les juges.
L’avocate d’Orange ne s’est pas exprimée pendant les débats, et fait une
plaidoirie finale assez courte et plutôt ennuyeuse. Pour elle, l’état
de nécessité ne peut être invoqué et la violence peut bien s’appliquer à
ces faits. Elle souhaite que les prévenu·es soient reconnu·es coupables
et versent 1 000 € à titre d’image et réputation, plus de 76 000€ de
préjudice matériel, expliquant qu’il n’y a pas eu de déclaration à
l’assurance car le montant de la franchise était supérieur au montant
des dégâts, mais que même si l’assurance avait été mobilisée, la
jurisprudence prévoit quand même un remboursement. Elle demande
également 2 000 € de frais de représentation en justice.
L’avocat de Bouygues reprend quasiment les mêmes arguments que sa
consœur d’Enedis avec un peu moins de virulence dans ses propos.
Reconnaissant une impossibilité de chiffrer les dommages matériels,
Bouygues demande 1 euro symbolique. Il réclame 5 000 € de préjudice
moral et 5 000 € de frais de représentation en justice.
Réquisitoire de la procureure
Globalement, la procureure a tenu son rôle sans montrer une
agressivité ou une sévérité excessive, précisant même dès le départ
qu’elle ne s’engagera pas sur le terrain politique et s’en tiendra aux
faits. Elle propose de retenir la culpabilité des deux accusé·es ainsi
que l’association de malfaiteurs, mais demande la relaxe pour les tags.
Elle justifie les peines demandées par le coût social des actions et le
fait qu’elle n’est pas sûre que les accusé·es aient changé sur le fond,
tout en les modérant en raison de l’absence de condamnation antérieure.
Elle demande 4 ans de prison dont 2 avec sursis pour Fernando, 5 ans de
prison dont 3 avec sursis pour Anne, et laisse aux juges la possibilité
d’aménagement sur la partie ferme. Dans la mesure où un tel aménagement
signifie la possibilité d’un bracelet électronique, on comprend là que
les prévenu·es n’iront sans doute pas en prison, même si cette demande
est complétée par du sursis : sur les conditions de celui-ci, elle
demande le respect du remboursement des parties civiles, l’interdiction
de manifester et celle de détenir une arme et enfin l’interdiction de se
rendre sur les communes de Les Cars et Limoges. Sachant que les peines
de prison encourues auraient pu aller jusqu’à 10 ans ferme et que le
parquet est souvent jusqu’au-boutiste dans ce genre d’affaire, ce
réquisitoire peut être considéré comme relativement modéré.
Plaidoirie de Chloé Chalot
En préambule, l’avocate d’Anne explique qu’elle n’appellera pas sa
cliente par son nom de famille mais par son prénom, parce qu’au fil des
années elle a appris à la connaître et l’apprécier. Elle souligne la
longueur et la sévérité du contrôle judiciaire qui l’a privée pendant un
an et demi de relations avec sa compagne. Elle souhaite que les peines
qui pourraient être prononcées tiennent compte de ce qu’elle a déjà
subi. Elle relève l’incohérence qu’il y a à demander à Anne de
n’utiliser que des moyens légaux pour exprimer ses idées et de lui
retirer le droit de manifester. L’avocate répète qu’Anne n’est pas
violente et qu’il s’agit de destruction de biens, pas de violence. En
raison de preuves insuffisantes, elle demande de ne pas retenir
l’affaire des engins de chantier. En raison de la situation sociale et
familiale d’Anne, Chloé Chalot demande que la peine prononcée soit
entièrement avec sursis, qu’il n’y ait pas d’interdiction de manifester,
ni de venir à Limoges où résident sa mère et son frère.
Plaidoirie de Henri Braun
L’avocat de Fernando, plus disert et plus lyrique que sa consœur,
alterne les moments purement juridiques avec des évocations historiques,
des thèmes politiques et la démolition de certains arguments des
parties civiles. Il affirme que les industriels mettent aussi en danger
les personnes, et que les moyens numériques de surveillance peuvent
conduire au techno-fascisme. Il rappelle plusieurs affaires judiciaires
où l’ADN a conduit vers une personne n’étant
pas coupable. Il cite le docteur Olivier Pascal (expert judiciaire qui a
introduit en France l’utilisation de l’ADN)
et produit une attestation de sa part : au vu du dossier, le docteur
Pascal explique que les traces relevées sont trop minimes pour être
probantes. De plus, le premier prélèvement a été réalisé sans
autorisation du parquet et doit être annulé. Enfin, il fait un
historique de « l’état de nécessité » pour démontrer que cette notion
pourrait très bien s’appliquer dans ce procès. Il demande la relaxe de
Fernando.
Remarques complémentaires
Comme on pouvait s’y attendre (en particulier de la part d’une
avocate d’Enedis qui travaille pour le cabinet Montbrial, réputé pour
ses prises de positions violemment antigauchistes), les avocat·es des
parties civiles n’ont pas manqué quelques coups bas gratuits, entre la
mobilisation d’un vocabulaire issu des pires factions du ministère de
l’Intérieur et les moqueries ou provocations à peine masquées envers
certains témoins. Ils ne nous auront pas non plus épargné quelques
formules issues souvent d’un monde disparu malgré leur apparente
jeunesse (il s’agissait, pour l’avocat de Bouygues, de « remettre
l’église au centre du village »), mais tout cela avec peu de panache et
en commettant des erreurs que les avocat·es de la défense n’ont pas
manqué de relever avec fermeté et humour.
Ainsi, quand une avocate nous donne la définition de la violence extraite du Larousse, Me
Braun aura pu se régaler d’un : « Chère consœur un avocat consulte le
code pénal et non le Larousse pour définir les mots ». Ce à quoi Me
Chalot ajoutera qu’à sa connaissance, et contrairement à la violence
contre les personnes, « il n’existe pas de famille des antennes ». Me Chalot et Mee
Braun ont fait, chacun dans son style, des plaidoiries magistrales,
intelligentes, drôles, percutantes, réjouissantes et très convaincantes
dans une grande fidélité à l’esprit de leur client·e et dans la
continuité des « conférences » des témoins (au sujet desquelles même Le Populaire se sera senti obligé de titrer : « Déferlement d’experts contre le déferlement numérique »).
Le maintien pendant deux jours d’un rassemblement face à la cité
judiciaire, avec de nombreuses banderoles, a donné une grande visibilité
au procès et aux questions politiques qui y furent traitées, donnant
l’impression qu’on pouvait enfin enfoncer un coin dans l’inquestionnable
catastrophe que représente le déferlement numérique.
Visibilité et espoirs
La presse régionale (journal, télé et radio) s’est fortement
mobilisée et a réalisé des rappels préalables de l’affaire puis des
comptes-rendus quotidiens tout à fait corrects et faisant place à
l’expression du comité de soutien. D’autres médias étaient présents tels
que Reporterre, L’Âge de faire, Radio Zinzine, et l’Empaillé.
Il y a eu des remerciements, des accolades chaleureuses, des larmes aux
yeux, des sourires éclatants et une grande respiration collective. On
retiendra de ce procès ce partage assez dingue d’émotions, de conscience
commune qu’il se passait quelque chose de fort dont on se souviendrait
longtemps et qui donnait envie de rester ensemble pour construire
vraiment quelque chose de grand.
On s’est senti·es bien ensemble, nourri·es de toute cette intelligence
collective et malgré la fatigue, il a été difficile de rentrer chez soi.
On s’est bien sûr promis de se retrouver pour d’autres moments forts,
joyeux, festifs ou difficiles. Les liens sont là, essentiels, qui
durent, qui nous tiennent chauds et nous renforcent pour affronter ce
monde dystopique.
Il est toujours difficile d’évaluer le résultat à venir d’un jugement,
mais le comité de soutien a des raisons d’espérer une issue assez
positive. La présidente du tribunal a été très attentive aux arguments
évoqués par les témoins et les défenseurs. Le réquisitoire n’a pas été
excessif et les avocat·es des parties civiles se sont déconsidéré·es par
leurs excès. Le prononcé du délibéré aura lieu le 3 avril. On peut
espérer que les peines seront inférieures à celles demandées, et que
certaines peines secondaires seront supprimées.
En attendant que passent un jour à la barre, ou devant la cour du peuple et de leurs victimes, les véritables criminels…
Épilogue (provisoire ?)
La présidente : bien, les débats sont maintenant terminés, les prévenu·es ont-illes quelque chose à ajouter ?
Fernando : je voudrais dire une dernière chose. On a beaucoup dit qu’on
faisait un procès politique. Mais pour moi c’est n’est pas un procès
politique. Quels qu’en soient les auteurs, ce n’était pas un acte de
sabotage, mais un acte d’amour. Pour que les enfants puissent vivre dans
un monde habitable. Mes enfants. (Il montre du nez les avocats des
parties civiles) : leurs enfants. (Il se tourne vers la salle) : vos
enfants.
La séance est levée.
Compte-rendu rédigé à quatre mains,
sur la base d’un article à paraître dans la revue Courant Alternatif,
avec des dessins de Sauge
Pour
celles et ceux qui n'ont pas pu les rencontrer lors de la réunion
publique de ce 11/04, voici le 2ème rendez-vous du Soudaqui avec leur
Assemblée Générale !
à venir...
côté partenaires...
Vous
connaissez sans doute les fameuses bières de Fillols et pour celles et
ceux qui ne connaissent pas le visage derrière ces breuvages, voici
Tanguy qui aurait besoin d'un coup de pouce. Merci pour lui !