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Jeudi 25 juin 2026
Source : Infolettre hebdomadaire de Reporterre
25 juin 2026
À la station-village des Angles, au cœur du parc naturel régional des Pyrénées catalanes, les tractopelles sont déjà à l’œuvre. - © Vincent Vlès / Mountain Wilderness
Une manifestation est prévue le 28 juin dans les Pyrénées-Orientales contre la construction d’un lac artificiel à 2 300 m d’altitude. Ce projet participe à une économie de la montagne en bout de course, dénonce un opposant dans cette tribune.
David Berrué est militant écologiste dans les Pyrénées-Orientales.
En Pyrénées catalanes, une course contre la montre s’est engagée pour sauver l’économie du ski des effets du dérèglement climatique. Du côté de Camprodon, c’est la construction d’un téléphérique « quatre saisons » qui doit mener la station de Vallter à retrouver une rentabilité que la seule période hivernale ne garantit plus. Aux Angles, c’est celle d’un lac artificiel destiné à sécuriser la production de neige de culture pour les trois prochaines décennies.
Deux chantiers réalisés au nom du maintien de l’emploi montagnard. Mais également justifiés par leurs bienfaits supposés en faveur de l’environnement, de la biodiversité, de la résilience des territoires. Le monde à l’envers. Et, pour les collectifs et associations écologistes, une guerre des récits de chaque instant.
Le téléphérique de Vallter est un cas d’école. Cette infrastructure prévoit l’acheminement de 2 000 personnes par heure, 16 000 par jour, à une altitude de 2 500 m. Beau panorama, offre de restauration et aménagements ludiques — les inévitables luges sur rail, tyrolienne géante, pistes de descente en kart ou à vélo — doivent y séduire une clientèle espérée nombreuse, tout au long de l’année.
Se pose, bien sûr, le problème de l’érosion des crêtes. Celui du piétinement, massif, de pelouses d’altitude évidemment vulnérables. Celui de la divagation, redoutée par les naturalistes, du public au sein de parcs et de réserves naturelles protégées — et jusqu’ici notamment protégées du fait de leur difficulté d’accès. N’est-ce pas un moindre prix à payer, veulent croire les partisans du projet, au regard des parkings qui seront relocalisés un peu plus bas dans la vallée, des remontées mécaniques obsolètes bientôt démontées et des quelques espaces ainsi renaturalisés ?
Même logique aux Angles, où, pour le moment, la démolition au bulldozer du sommet de la station, entre mont Llaret et roc d’Aude, fait certes assez mauvais genre. Mais sinon. Mais après. Cette retenue collinaire une fois creusée, étanchéifiée, clôturée, qui pour regretter une steppe d’altitude peuplée de cailloux, de quelques blocs lichéneux et de sapinettes éparses balayées par un vent glacial, tenace, pénible ? Qui pour ne pas voir l’intérêt, après prélèvement dans des ruisseaux en aval, de ces 113 000 m3 d’eau tout à coup disponibles, à 2 300 m d’altitude, sur près de 3 hectares et par 7 mètres de fond ?
Lire aussi : La guerre de l’eau, un conflit explosif dans les Pyrénées-Orientales
Les arguments de la commune ont la solidité de l’évidence. Avec ce lac, une dizaine de nuits suffisamment fraîches suffiront, en début de saison, pour enneiger la station. L’été, les tuyaux et conduites forcées alimentant les canons par gravité serviront à produire de l’électricité renouvelable. Le cycle de l’eau ? Renforcé, amélioré, optimisé. La neige de culture, produite en hiver, fond en effet au printemps. Ne va-t-elle pas humidifier les sols de façon plus efficace et plus délicate que lorsqu’il pleut et que tout ruisselle, bêtement, et d’un seul coup, vers la mer ?
Enfin, cette bassine est un point d’eau où, pronostique la mairie, pourront s’abreuver des espèces en voie de disparition — grands tétras, perdrix grises — et la sécurité civile puiser en cas d’incendie. Comme si les lacs de Matemale et des Bouillouses, situés juste à côté, ne faisaient pas déjà très bien l’affaire.
L’enthousiasme est si grand que l’on se demande comment n’avoir pas vu plus tôt l’intérêt d’une telle bassine… et de ses nombreux services écosystémiques associés. Mystère. Mais raison pour laquelle, sans doute, la commune a décidé d’aller vite et a d’ailleurs obtenu de ne réaliser ni étude d’impact, ni enquête publique. Avec la complicité de la préfecture et de l’Office national des forêts. En communion avec un cortège réjoui d’élus et de socio-professionnels. À rebours, évidemment, des écologistes et des quelques habitants du coin adeptes d’une montagne préservée des logiques marchandes.
« La seule perspective demeure la transformation de la montagne en parc d’attraction standardisé »
Pour ces derniers, c’est la consternation. Un coup dur de plus. Parce que l’on ne puise pas dans les rivières sans conséquences. Parce que les « excédents » qu’il est question de capter alimentent des tourbières dont le rôle est crucial pour l’environnement et dont la disparition ne sera jamais compensée. Parce qu’aussi la question de l’emploi a bon dos : s’il est des économies à soutenir et dans lesquelles investir, pourquoi ne pas subventionner des emplois dans l’agriculture, dans l’entretien des forêts, dans la rénovation thermique des logements, dans la santé, liste non exhaustive, plutôt que dans le maintien sous perfusion d’une activité de loisir en sursis ?
Lire aussi : Bassines et retenues d’eau : quel est le problème ?
Avec l’augmentation des températures, la baisse inexorable du nombre de journées-skieurs [1], on aurait pu penser que l’économie des sports d’hiver organiserait un repli stratégique, diminuerait la voilure poc a poc [peu à peu], anticiperait la transition vers un modèle qui ne soit pas sa continuation par d’autres moyens, ainsi que l’illustre la ruée sur l’aménagisme quatre saisons actuellement observable. Il n’en est rien. La seule perspective demeure la transformation de la montagne en parc d’attraction standardisé, naturellement climatisé et financièrement profitable à certains.
Il est pourtant d’autres pistes et d’autres voix possibles. Pour les faire entendre, une manifestation est programmée, dimanche 28 juin, à 11 heures, aux Angles, à l’initiative de collectifs et d’associations mobilisés, depuis plus d’un an, sur le terrain et sur le plan juridique. Pour dire non à l’artificialisation de la montagne. Pour rappeler que l’eau est rare, précieuse. Que notre monde est fragile. Qu’il nous faudrait en prendre soin. Que la montagne est en première ligne et qu’à ce rythme, +4 °C, c’est pour demain — soit des températures auxquelles la production de neige artificielle, au demeurant, n’est plus envisageable.
[1] Selon Le Dauphiné libéré, « il s’agit de la moyenne de tous les forfaits vendus (séjour, année, quotidien) ramenée au nombre de passages journaliers ».
- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.
Source : https://reporterre.net/Prenons-soin-de-notre-montagne-disons-non-a-son-artificialisation
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Contre cette méga-bassine dont les impacts sur l'environnement sont
d'ores et déjà délétères, collectifs citoyens et associations
écologistes appellent à une manifestation, ce dimanche 28 juin à 11h, aux Angles, au niveau des télécabines.
Pour venir :
Le bus 560 de la compagnie LIO est possible :
il part de la gare de Prades à 9h19 (changement à Mont Louis)
de la cité de Villefranche à 9h25 (idem)
2 autre rendez-vous possibles pour du covoiturage :
- Au niveau de la maison bleue à 9h45
- An niveau du parking en terre de Villefranche à 9h50
Et aussi
Nous sommes la montagne qui se défend !
6 juin 2026
Julien Le Guet, porte-parole du mouvement contre les mégabassines. - © Mathieu Génon / Reporterre
« La mégabassine n’est que le symptôme de pratiques agroindustrielles qui vont causer notre perte », dit le militant Julien Le Guet dans ce grand entretien. Fer de lance de la lutte contre l’accaparement de l’eau, il subit une répression judiciaire.
Julien Le Guet est batelier dans le Marais poitevin et porte-parole du collectif Bassines non merci. Engagé de longue date dans la lutte pour l’eau et contre les mégabassines, il subit une répression judiciaire et a été condamné à six mois de prison aménagée sous forme d’assignation à résidence avec un bracelet électronique. Il a rarement eu l’occasion de s’exprimer en longueur. Exceptionnellement, il explique ici pourquoi les mégabassines sont nuisibles, comment le système agro-industriel détruit l’agriculture, comment le mouvement s’est relevé après la violence policière de Sainte-Soline et... l’avenir qu’il espère pour le Marais poitevin. « Des lendemains peuvent refleurir, des printemps peuvent chanter. »
Vous pouvez lire ci-dessous ce grand entretien, ou l’écouter intégralement sur une plateforme de votre choix et le regarder en vidéo.
Reporterre — Pourquoi jugez-vous que les mégabassines sont une mauvaise solution au problème d’eau agricole ?
Julien Le Guet — Pour répondre, il faut revenir en arrière. Le Marais poitevin est la deuxième zone humide de France, aménagée depuis le Moyen Âge autour d’activités pastorales et d’activités maraîchères qui étaient compatibles avec la biodiversité. Depuis la Seconde Guerre mondiale, comme la Bretagne ou la Beauce, les politiques d’aménagement du territoire ont simplifié les paysages, détruisant les haies et les prairies. De ce fait, le Marais poitevin est une zone en péril pour la biodiversité et la gestion de l’eau depuis les années 1970, et depuis que la culture du maïs, cette plante tropicale qui a besoin d’eau en juillet-août quand elle est rare, y a été favorisée. Elle a tout de suite engendré une raréfaction de l’eau.
Dès la fin des années 1990, il a été démontré que l’État français ne
respectait pas ses engagements sur la préservation des zones humides et
la France a été condamnée par la Cour européenne de justice. On
découvrait que ce qui avait généré le déséquilibre était la culture du
maïs. Au lieu que l’État réfléchisse à installer une agriculture
compatible avec ces enjeux de biodiversité, il a été dans la direction
inverse : puisque le maïs consomme trop d’eau en été, on a décidé de
faire du stockage hivernal de l’eau, quand elle est abondante, pour
limiter l’impact sur les rivières et les nappes phréatiques en été.
Pour regarder sur YouTube c'est ici : https://www.youtube.com/watch?v=zRe69udNAGQ
Cela parait de bon sens quand on n’y connaît rien, non ?
En fait, des nappes phréatiques pleines redonnent l’eau tout au long
de la saison sèche et les rivières continuent de couler jusqu’aux pluies
d’automne. Les nappes recèlent aussi des eaux beaucoup plus faciles à
potabiliser que l’eau de la Seine, par exemple. Et puis, les nappes
phréatiques protègent l’eau du réchauffement et de l’évaporation. Donc,
pomper l’eau de la nappe phréatique pour constituer des réserves
aériennes dans des bâches noires exposées au soleil, aux pollutions
aériennes et à la chaleur, est un non-sens : on perd beaucoup d’eau par
évaporation pendant l’été. Et au-delà de la problématique de
l’évaporation, le stockage en mégabassines accélère la dégradation de la
qualité de l’eau. Le réchauffement favorise le développement de
bactéries ou d’algues.
En quoi les mégabassines constituent-elles un accaparement de l’eau ?
L’eau est un commun, qui ne devrait pas être transformé en marchandise. En fait, quand on paye l’eau, on ne paye pas l’eau elle-même, mais sa dépollution et sa distribution. La matière en tant que telle appartient à tous et à toutes. L’avantage des mégabassines pour ceux qui en bénéficient est que l’eau y est stockée en hiver. Et si on a un été très sec durant lequel des arrêtés préfectoraux vont limiter puis interdire l’irrigation, ceux qui ont l’eau des mégabassines sont affranchis de cette contrainte.
« Les mégabassines créent une irrigation à deux vitesses »
Les mégabassines créent une irrigation à deux vitesses, entre les
connectés aux mégabassines qui ne sont plus concernés par les arrêtés
préfectoraux et les non connectés qui n’ont plus d’eau. D’autant que
vider les nappes phréatiques au printemps engendre une baisse de la
nappe précoce, si bien que la sécheresse fait sentir ses effets plus
tôt. La mégabassine permet de cultiver une plante tropicale sur des
territoires qui subissent maintenant des sécheresses à répétition. Il
faudrait au contraire repenser les plans de semences pour s’adapter à
cette réalité. Mais non, on s’entête à vouloir faire du maïs à tout
prix.
Pourquoi le lobby du maïs est-il aussi fort ?
Une grande partie du maïs produit en France n’est pas le maïs qu’on
va retrouver dans sa table avec une sympathique petite salade, c’est un
maïs qui a vocation à nourrir l’agro-industrie, en servant à l’élevage
intensif dans les fermes-usines.
En fait, l’opposition aux mégabassines est l’opposition à l’agriculture agro-industrielle ?
Oui. La mégabassine n’est que le symptôme de pratiques agroindustrielles qui sont en train de causer notre perte. La raison essentielle de l’extinction de la biodiversité en France n’est pas le changement climatique, mais la destruction des habitats naturels, des nappes phréatiques, des rivières. À travers cette lutte sur les bassines, c’est le système agricole en France qu’on critique. Mais ce n’est pas un argumentaire antimaïs. Il n’y a pas de plantes maudites, il y a juste les usages qu’on en fait. Le maïs est une plante sacrée en Amérique du Sud, qui a nourri toute une civilisation. Et il existe en France des agriculteurs qui pratiquent la semence de maïs population, qui sont des maïs sélectionnés pour supporter mieux la sécheresse.
« Les procès que je vais subir sont des procès politiques », dit ce porte-voix de la lutte contre les bassines. © Mathieu Génon / ReporterreCe n’est ni une lutte anti-irrigation, ni même une lutte
antistockage, ni même une lutte antimaïs. C’est une lutte contre
l’accaparement de tout au profit de quelques-uns.
Pourquoi, en 2001, les projets de mégabassines ont-ils commencé à se développer ? À l’époque, on était peu sensibilisés au changement climatique.
C’est venu suite à ces plaintes au niveau européen : l’État devait
présenter à la Cour de justice européenne un plan de sauvegarde du
Marais poitevin. Les bassines, sous le nom de « réserves de substitution »
ont été présentées comme un moyen de préserver le Marais poitevin et
les zones humides. On prétendait que, plutôt que de prélever le mètre
cube en été, on allait le prendre en hiver et ainsi limiter l’impact des
prélèvements estivaux. Sauf qu’on a constaté assez rapidement, quand
elles ont commencé à être mises en place, que les volumes consacrés à
l’irrigation augmentaient sur certains bassins jusqu’à 50 ou 70 %.
En quoi le changement climatique aggrave-t-il cette situation ?
Dans la physiologie du maïs, il y a un stade où l’irrigation va
augmenter les rendements. Mais passé 35 °C, on peut mettre toute l’eau
qu’on veut, la plante végète. Une alternative très simple pour nourrir
des herbivores, c’est le retour à l’herbe. Si on prend le territoire du
Marais poitevin et de ses bassins versants, la prairie comptait pour 70 % des surfaces agricoles au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, c’est 17 %.
On ne voit plus une vache dehors, pour la simple et bonne raison que
les vaches sont en stabulation. Et là encore, on atteint une limite avec
le réchauffement climatique.
Imaginez les pauvres bêtes, là, à 50 °C.... Une voie de sortie
vertueuse, qui permettrait aux agriculteurs de se désendetter, serait un
vrai plan de retour à la prairie. Parce qu’en plus, ces mégabassines
sont extrêmement coûteuses : une installation d’une dizaine d’hectares
coûte près de 4 millions d’euros, financée à hauteur de 70 % par de l’argent public ;
il reste 1 million à dépenser par les irrigants bénéficiaires. En
réalité, c’est une eau qui est de plus en plus chère. On atteint la
limite de ce système.
Êtes-vous hostile par principe aux réserves d’eau ?
Ni par principe au stockage de l’eau, ni par principe à l’irrigation.
Pour la simple et bonne raison qu’au sein du collectif, nombre de
camarades sont agriculteurs et notamment avec la Confédération paysanne.
Au sein du collectif, on est d’accord pour dire que si on partage l’eau
équitablement et si cela permet la création d’emplois, si on prend en
compte des critères sociaux et environnementaux tels que l’autonomie
alimentaire et la relocalisation des productions, on pourrait dans
certains cas soutenir certains systèmes de stockage d’eau. Le maraîchage
devrait être un usage prioritaire. Ou des éleveurs qui utilisent de la
luzerne et pas du soja venu du bout du monde.
Où en est-on aujourd’hui sur les constructions ?
Depuis 2017, on a réussi à empêcher les seize mégabassines qui
étaient en projet dans les Deux-Sèvres, par des recours juridiques, des
manifestations de plus en plus nombreuses et massives, avec tout un
travail également auprès des collectivités. Tout cela a généré
énormément de succès au niveau des tribunaux administratifs.
Aujourd’hui, la plupart des bassines sont illégales – même celle de
Sainte-Soline. Elle n’est pas remplie. On se retrouve dans une situation
paradoxale où on utilise les méthodes de la désobéissance civile pour
que le droit soit appliqué, alors que les préfets mettent tout en œuvre
pour contourner le droit, pour répondre aux desiderata de la FNSEA [1] et de la Coordination rurale.
Mais la manifestation à Sainte-Soline, le 23 mars 2025, a été très violemment réprimée ?
Elle a causé 200 blessés, et aussi des blessures de l’âme, des acouphènes, des problèmes psychiques... Mais cela a créé un précédent. Aujourd’hui, dès que le mot mégabassines ou réserves de substitution est formulé par des élus ou des techniciens sur d’autres territoires, cela crée une espèce de grosse reculade, même chez des élus de droite : « Oh là là, pas de Sainte-Soline chez nous ! »
Notre revendication principale depuis quatre ans est la mise en place d’un moratoire, pour qu’un travail d’évaluation scientifique au long cours puisse être établi qu’avant qu’on dépense des millions, voire des milliards d’euros dans ce type d’équipement. Ce moratoire, on l’a obtenu de fait. Ça montre qu’on a raison de se mobiliser, de se soulever et de résister à cette barbarie technologique. Sauf qu’on subit un nouvel assaut avec le passage en force à l’Assemblée nationale du projet de loi d’urgence agricole dont de nombreux articles visent à lever les freins juridiques aux mégabassines.
« Il y a de très fortes connivences entre Macron et sa sphère et le monde de l’agro-industrie. » © Mathieu Génon / ReporterreEt par ailleurs, les bassines sont considérées d’« intérêt général majeur »,
ce qui signifie que devant les tribunaux administratifs, ce n’est plus
aux porteurs de projets de démontrer que leur projet pourrait être
d’intérêt général majeur, mais aux associations de démontrer qu’elles ne
le sont pas. Cela change le rapport de force et la manière d’instruire
les dossiers.
Comment expliquez-vous l’imposition d’une politique sur l’eau aussi problématique ?
Il y a de très fortes connivences entre Macron et sa sphère et le monde de l’agro-industrie. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, est censé être représentant des agriculteurs de France, mais il est le PDG d’un des gros groupes agro-industriel, Avril. C’est un agro-industriel, certainement pas un petit paysan. Et avant d’être président de la République, Macron travaillait à la banque Rothschild et il a fait la négociation entre Nestlé et le groupe Pfizer [Neslé a acquis en 2012 la branche nutrition de Pfizer pour 8,98 milliards d’euros].
Dans le scandale de l’affaire Nestlé,
pourquoi les services de l’État ne montent-ils pas au créneau, alors
qu’ils ont connaissance du fait que l’eau est vendue comme une eau
minérale alors qu’elle est filtrée et qu’en plus on y trouve des
micropolluants ?
Qu’est-ce que Sainte-Soline, cette confrontation avec une violence énorme de l’État, a changé dans la lutte ?
Cette violence policière cherchait à mettre nos vies tellement en danger que ça dégoûte tout le monde de retourner un jour en manifestation. Quand on a subi une telle violence, on n’est pas prêt à tout de suite prendre le risque de se retrouver face à ces bleus carapacés ultraviolents. Alors comment le mouvement a-t-il survécu ? On a fait face collectivement. Ça nous a obligé à vraiment faire corps et à se rendre compte que le soin dans la lutte était une condition sine qua non.
Mais il est très pesant d’être qualifié d’écoterroristes, ce n’est
pas sans conséquence sur l’opinion publique. ll y a certes des
écoterroristes en France. Un écoterroriste, c’est quelqu’un qui
terrorise, qui mène une politique de terreur vis-à-vis de l’écologie et
de ceux qui la défendent. Et je le dis, Monsieur Darmanin est le plus
grand écoterroriste de France.
Vous-même subissez une répression judiciaire très dure. Allez-vous continuer la lutte face à une répression aussi féroce ?
Évidemment que tout ça mis bout à bout impacte le quotidien, impacte la vie, impacte les relations et c’est loin d’être anodin. Mais il est hors de question de donner satisfaction à nos bourreaux. Et si leur objectif est de nous réduire au silence, raison de plus pour l’ouvrir encore plus fort. Dans les mois qui viennent, ma liberté de mouvement va être contrainte. Mais je n’ai pas prévu d’arrêter de m’exprimer. Les procès que je vais subir sont des procès politiques. Chaque fois qu’on est convoqué, on politise ces moments, on en fait des moments de rassemblement, on en fait des moments d’éducation populaire et on se renforce.
Julien Le Guet, ici en mars 2024, arpente depuis quarante ans les canaux du Marais poitevin, qu’il a vu se transformer. © Mathieu Génon / ReporterreDans le monde que nous souhaitons faire grandir, les zones humides pourraient-elles se reconstituer et grandir à nouveau ?
Oui. La solution est dans le retour à l’herbe. Permettre aux vaches de manger de l’herbe dans les prairies a plein d’intérêts, notamment en termes d’infiltration d’eau et de dépollution de l’eau. Parce que tout végétal participe à un mécanisme qu’on appelle la phytoépuration. Il faudrait aussi refaire le maillage des haies qui permet que l’eau ne parte pas directement à la mer mais s’infiltre et rejoigne la nappe phréatique.
Donc oui, on pourrait soigner, sur un pas de temps de dix ans, le Marais poitevin. Mais son avenir à plus long terme ne dépend plus de l’homme. Les 100 000 hectares du Marais poitevin sont compris entre 0 et 5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le marais poitevin était un golfe il y a mille ans, avant que les hommes établissent des digues. Ce que la mer a, ce que la mer a donné, elle le reprendra. Sera-ce dans 100 ans, dans 200 ans, dans cinq siècles ou dans trente ans ? Il y aura le retour de l’océan. Je pense qu’il faut l’accepter. Ce qui est inacceptable, c’est qu’entre-temps, on détruise tout.
Dans la lutte qu’on vit sur les bassines, il y a le pire — la barbarie de cet État, de ces préfets, de ces fachos en carapaces. Et puis il y a toute la beauté de notre mouvement, de ces solidarités très fortes, de la joie, de la culture, de la diversité. On se dit qu’en fait, des lendemains peuvent refleurir, des printemps peuvent chanter.
[1] Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles.
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