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dimanche 18 octobre 2026

Alchimie - Prades - Programme - 🍂 L'infolettre Alchimique du 17/10 - Au plaisir de vous croiser par ici ou par là !


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DIMANCHE 8 NOVEMBRE
 
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samedi 17 octobre 2026

Rodès : La Charbonnière veut créer un centre pour la faune sauvage



Rodès : 

La Charbonnière veut créer 

un centre pour la faune sauvage


 À Rodès, l’association La Charbonnière prépare un centre de sauvegarde destiné aux animaux sauvages blessés, en détresse ou orphelins. Les travaux sont envisagés en 2027, pour une ouverture en 2028.

Dans les Pyrénées-Orientales, l’association La Charbonnière porte un projet de centre de sauvegarde de la faune sauvage. Son objectif est de soigner, réhabiliter puis relâcher dans leur milieu naturel les animaux sauvages blessés, en détresse ou orphelins. Face à l’érosion de la biodiversité, notamment liée aux activités humaines, l’association souhaite offrir une réponse locale aux besoins de prise en charge de la faune sauvage européenne. Le département bénéficie d’une grande diversité de milieux naturels, de la haute montagne au littoral en passant par la garrigue, et abrite une avifaune particulièrement riche.

« Nous sommes sur le chemin de migration de nombreux oiseaux », souligne Alix Renard, présidente de l’association. Pourtant, les Pyrénées-Orientales ne disposent pas aujourd’hui de centre de soins spécifiquement dédié à la faune sauvage.

Une chaîne solidaire de bénévoles permet actuellement aux animaux blessés, en détresse ou orphelins de quitter le département une à deux fois par semaine. Certains sont notamment transférés vers l’École nationale vétérinaire de Toulouse, située à plus de 200 kilomètres de Perpignan. Ces déplacements peuvent représenter une source de stress supplémentaire pour les animaux et génèrent également un impact environnemental. Les chiffres du collectif Faune en détresse illustrent l’ampleur des besoins. Plus de 4 000 appels ont été enregistrés en 2025 et près de 5 000 en 2026, une tendance en hausse constante depuis 2019. En 2026, 4 820 animaux ont été signalés ou pris en charge : 3 922 oiseaux, 790 mammifères et 111 reptiles et amphibiens, représentant 169 espèces différentes. Au total, 913 prises en charge ont été réalisées par les vétérinaires partenaires et les bénévoles. Environ 65 % des espèces concernées sont protégées.

Soigner, sensibiliser et préserver la biodiversité

Pour répondre à ce manque, La Charbonnière souhaite implanter son futur centre à l’entrée de Rodès, sur un terrain de trois hectares. Le projet doit se développer en deux phases. La première prévoit la construction d’un bâtiment de 80 m² comprenant notamment des espaces de soins, des bureaux, ainsi que des enclos et des volières extérieures. À terme, un second bâtiment de 80 m² pourrait compléter le dispositif. Le projet n’est pas encore totalement finalisé. L’association vise un début des travaux en 2027, afin de permettre une ouverture du centre en 2028. Dans un premier temps, la structure souhaite accueillir plusieurs espèces parmi lesquelles les martinets, hérissons, petits carnivores et écureuils. Le nombre d’espèces prises en charge doit ensuite augmenter progressivement avec la montée en puissance du centre.

        Alix Renard, présidente de La Charbonière. © Lionel Moogin

« Nous souhaitons également développer les dons et le mécénat afin de contribuer au financement du projet », précise Alix Renard. Les personnes qui souhaitent soutenir la démarche peuvent contacter l’association par courriel ou se rendre sur son site Internet.

La Charbonnière souhaite faire de ce centre un lieu de soins, de réhabilitation et de réintroduction de la faune sauvage, mais aussi un outil de conservation pour les espèces menacées. Le projet prévoit également une mission de veille sanitaire, notamment à travers le suivi des zoonoses, ainsi que des actions de sensibilisation et d’éducation à l’environnement. L’association rappelle enfin que le public se montre de plus en plus sensible à la cause animale et aux enjeux environnementaux, mais ne sait pas toujours comment réagir face à un animal sauvage blessé ou en détresse.

Dans ce cas, un seul numéro est à contacter : Faune en détresse : 07 66 79 23 07.


Source : https://www.lasemaineduroussillon.com/patrimoine/rodes-la-charbonniere-veut-creer-un-centre-pour-la-faune-sauvage-68317/

vendredi 16 octobre 2026

« Je vis toujours dans cette chambre noire. Il n’y a que l’obscurité, la misère et la souffrance des gens »

 

« Je vis toujours 

dans cette chambre noire. 

Il n’y a que l’obscurité, la misère 

et la souffrance des gens »

 Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, il fait le bilan de ces trois ans de guerre génocidaire contre Gaza et ses ravages sur la société palestinienne : misère, mariages précoces et captagon, le tout encouragé par les Israéliens.

 

Gaza-ville, le 16 septembre 2026. Les secouristes retirent un corps des décombres d’un immeuble qui s’est effondré dans le quartier de Tal Al-Hawa.

OMAR AL-QATTAA / AFP

 

Mercredi 7 octobre 2026.

Aujourd’hui, cela fait trois ans de génocide à Gaza. Je pourrais vous parler de ce qu’on a vécu pendant ces trois ans. Du nombre de personnes tuées par l’armée d’occupation, du nombre de blessés, d’enfants amputés, d’orphelins, de veuves. Des disparus, des prisonniers enlevés par l’armée d’occupation pendant les offensives terrestres. Des dizaines de milliers de corps sous les décombres. Des destructions de maisons, d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux. Des quelque vingt mille patients qui attendent toujours une évacuation pour se faire soigner à l’étranger. Des malades du cancer, des insuffisants rénaux, de ceux qui souffrent de problèmes respiratoires et qui sont en train de mourir, silencieusement et douloureusement, parce qu’on ne peut pas les soigner.

Mais je préfère vous parler de ce que vous ne verrez pas sur les réseaux sociaux, de ce que vous ne lirez pas dans les dépêches. Je veux vous parler de l’impact sur la société palestinienne de Gaza.

Je ne sais pas si l’on peut encore employer ce mot. Une « société » doit avoir des piliers, une architecture sociale. Or, 90 % des 2,3 millions d’habitants de la bande de Gaza, ou de ce qu’il en reste, vivent sous des tentes, sous des bâches, dans des camps de fortune, entassés les uns à côté des autres, dans un réduit qui fait 30 % de la surface de l’enclave, c’est-à-dire environ 120 kilomètres carrés, sans électricité, sans eau, sans infrastructures, sans médecins, sans soins, sans éducation, sans aide humanitaire.

Les gens sont en mode survie. Il faut être fort pour rester en vie. Alors on essaie de se protéger en se regroupant par familles originaires des mêmes lieux. Parfois, ce sont simplement des groupes qui ont été déplacés au même endroit. Des familles du Nord, des familles de l’Est, des familles du Sud, des familles de Rafah. C’est exactement ce qui s’est passé avec nous en 1948, quand nos parents ont été chassés par les milices juives, la Haganah et les autres, qui ont tué des milliers de personnes en Palestine et surtout dans le nord de la Palestine pour les faire fuir. Et quand ils sont venus à Gaza et en Cisjordanie, ils se sont retrouvés sous des tentes et ont vite formé comme des quartiers qui portaient le nom des villes ou des villages dont ils venaient.

jeudi 15 octobre 2026

Chasse : les petits arrangements de notables dans une réserve naturelle

 

Chasse : 

les petits arrangements 

de notables 

dans une réserve naturelle

 

 
Moran Kerinec
12 octobre 2026

Un ancien préfet, un doyen de faculté de droit, un colonel de gendarmerie… Dans les Pyrénées-Orientales, des notables chassent dans des réserves naturelles, chapeautés par une société de guides qui propose des « expériences »... contraires à la réglementation. 

La brochure montre les sommets enneigés des Pyrénées-Orientales. Son slogan invite à y vivre « une expérience inoubliable sur des territoires exclusifs dont les réserves naturelles nationales de Py et de Mantet ». Cette publicité de la société Catalhunt fait pourtant la promotion d’une activité théoriquement interdite dans cet espace protégé : l’organisation d’expéditions de chasse commerciale aux cerfs, chevreuils et isards. Un autre prospectus daté de 2025 y propose une formation de trois jours à la chasse à l’approche, facturée 1 950 euros par client. Là encore hors des clous.

Ces deux documents, parmi les nombreux consultés par Reporterre, en disent long sur les libertés prises par la société de chasse commerciale Catalhunt, qui planifie pour ses clients des séjours cynégétiques sur mesure. Qu’ils souhaitent chasser à la carabine ou à l’arc, à la journée ou le long d’un weekend, les guides de Catalhunt préparent dans le moindre détail l’expérience souhaitée. Jusqu’à prêter les fusils adaptés, préparer la peau d’un animal tué pour l’empailler et conseiller un taxidermiste local pour immortaliser ce « souvenir ». 

Une formation de trois jours à la chasse à l’approche, pour une expérience «  unique et enrichissante  ». Brochure de Catalhunt.

Longtemps, les chasses commerciales de Catalhunt étaient néanmoins tolérées par l’association gestionnaire de la réserve (AGRN) de Py, tant qu’elles s’accompagnaient du respect des lieux. Mais ces dernières années, « la situation est devenue insupportable », indique à Reporterre un témoin des troubles constatés. Nous avons pu consulter des vidéos, des photos et des comptes rendus de réunions qui révèlent l’usage abusif des laissez-passer destinés à autoriser des véhicules à traverser cet espace protégé, la construction sans autorisation d’un mirador et d’affûts de chasse, des dépôts sauvages de déchets, de nombreuses traces de cartouches, la présence de chiens, pourtant interdits dans la réserve…



Vous êtes témoin de faits ou d’agissements qui méritent l’attention du grand public ? Contactez Reporterre de manière sécurisée.



Ces faits se produisent principalement depuis 2020. L’association de gestion de la réserve les associe à l’arrivée dans la réserve d’une association liée à la société Cathalunt : Les amis du refuge dels Clots. Cette association est composée d’éminentes figures de la région : l’ancien préfet des Pyrénées-Orientales Jean-François Delage, le doyen honoraire de la faculté de droit de Montpellier Paul-Henri Antonmattei, le colonel de gendarmerie Guillaume Poumeau de Lafforest… Catalhunt leur vend des bracelets grand gibier — un bracelet donne le droit de tuer un animal — et leur procure des laissez-passer dans la réserve.

En 2024 et 2025, les chasseurs locaux ont constaté une baisse marquée de la population d’isards, de mouflons, de chevreuils et de sangliers. Selon les informations de Reporterre, la pression de la chasse sur la faune sauvage dans la région en est l’une des explications.

Des chasses organisées par la Caisse d’Épargne pour ses clients

Rembobinons. Les réserves naturelles de Py et Mantet ont été créées en 1984 pour protéger l’immense forêt, nichée au pied du Canigou, alors en passe d’être transformée en stations de ski. Ces 6 500 hectares au cœur de la Catalogne ont immédiatement été achetés par la Caisse d’Épargne, qui doit appliquer la loi qui encadre ce patrimoine préservé : les déplacements en véhicules sont limités par des laissez-passer, les activités commerciales y sont interdites, comme les travaux et la présence de chiens. La chasse menée par des associations communales de chasse agréée (Acca) y est autorisée, mais pas les activités commerciales, telles qu’organiser des séjours cynégétiques payants encadrés par des guides de chasse professionnels.

Si la Caisse d’Épargne en a la propriété, ces espaces protégés sont cogérés par la Fédération des réserves naturelles catalanes et par l’association gestionnaire de la réserve naturelle. Leur mission : protéger et entretenir le site naturel en y développant des activités respectueuses de l’environnement.

Longtemps, « la Caisse d’Épargne tirait bénéfice de la réserve en y invitant ses clients prestigieux à y chasser ou pour faciliter la signature de contrats », explique à Reporterre Claude Guisset, conservateur de la réserve de 1991 à 2020. En 2014, la banque, malgré l’interdiction de pratiques commerciales dans la réserve, a signé un bail cynégétique avec la société de guides de chasse professionnels Catalhunt. Interrogée sur cette contradiction, la Caisse d’Épargne n’a pas répondu.

Jean-Luc Planes, fondateur de Catalhunt. Facebook / Catalhunt

Le fondateur de Catalhunt, Jean-Luc Planes, est un chasseur de carrière. Le Catalan de 58 ans organise depuis plus de vingt ans des expéditions de chasse et revendique accompagner une centaine de chasseurs chaque année, « dont des chasseurs étrangers (américains, russes, espagnols, polonais, belges, argentins...) », précise son site internet. Contacté par téléphone, le chasseur a assuré à Reporterre que ses activités étaient, selon lui, légales, avant de refuser de répondre à nos questions et de raccrocher.

Une association de chasseurs composée d’un ex-préfet, d’un colonel, de médecins…

Malgré cette entorse à la réglementation de la réserve, les chasses de Catalhunt étaient tolérées dans la région. La création de l’association Les amis du refuge dels Clots est venue remettre en question ce statu quo. Reporterre a consulté le procès-verbal de la fondation de l’association le 6 juin 2020, qui liste ses fondateurs. On y découvre Jean-François Delage, ancien préfet des Pyrénées-Orientales ; Guillaume Poumeau de Lafforest, commandant de groupement de gendarmerie départementale des Pyrénées-Orientales de 2018 à 2021, conseiller auprès du Premier ministre de 2022 à 2025, puis au cabinet du directeur général de la gendarmerie jusqu’en septembre 2026 ; Paul-Henri Antonmattei, doyen honoraire de la faculté de droit et de science politique de l’université de Montpellier ; Alex Torra, le président du Syndicat des producteurs de porcs fermiers des Pyrénées-Orientales ; mais aussi plusieurs médecins ainsi que l’épouse de Jean-Luc Planes, qui travaille également à Catalhunt.

Leur président, le docteur Jean Soubielle, les décrit auprès de Reporterre comme « une vingtaine d’amis » unis par « un amour du territoire qui est magnifique et dans lequel nous voulions participer à la sauvegarde de certaines espèces ». Des amis aussi sensibles à la nature qu’à leur réputation, avertit le médecin : « [Ce] sont des gens très respectables, qui ont des fonctions de responsabilité dans des activités professionnelles sensibles. Il est hors de question — et ça si vous faites un article, j’y veillerai — qu’on puisse reprocher à l’association d’avoir des activités non réglementaires, c’est absolument faux et fallacieux. Moi, je suis médecin expert attaché à la police nationale, et je serai très vigilant à ce qui sera écrit. »

« Je serai très vigilant à ce qui sera écrit »

L’association se réunit plusieurs fois par an dans le refuge dels Clots, au cœur de la réserve naturelle de Py, où ses membres aiment déguster le fruit de leur chasse. « À l’origine, c’était un refuge pastoral, également utilisé par les randonneurs, qui a été rénové [par la Caisse d’Épargne] avec une partie destinée aux administrateurs de la Caisse d’Épargne qui viennent y passer quelques semaines de vacances l’été », décrit l’ancien conservateur Claude Guisset.

Lus par Jean-François Delage lors de leur première assemblée générale, les statuts de l’association démontrent les liens étroits qu’elle entretient avec Catalhunt et son fondateur. Signé par Jean-Luc Planes, ce document spécifie que « Catalhunt partage avec l’association l’usage exclusif du refuge dels Clots » et que « les membres de l’association bénéficient d’un accès prioritaire aux bracelets grand gibier cédés par la société Catalhunt dans le cadre du plan de chasse ». Délivrées par les fédérations départementales des chasseurs, ces étiquettes servent à encadrer le nombre d’animaux à tuer et sont attachées aux dépouilles sur le lieu du tir.

Dès 2021, la situation se tend dans la réserve naturelle sur l’usage des laissez-passer. Ces sésames sont administrés par un arrêté préfectoral qui fixe leur nombre, puis sont distribués par la mairie aux personnes et structures concernées, parmi lesquelles la Caisse d’Épargne. Dans un courrier envoyé à la préfecture des Pyrénées-Orientales le 3 février 2021, le représentant de la banque s’y plaint que les véhicules autorisés par la mairie de Py à traverser le domaine poseraient « un vrai problème de sécurité » à cause du « risque d’accident par arme à feu ».  Ce danger viserait les randonneurs, les éleveurs et les agents de la réserve qui, à le lire, risqueraient leur vie à traverser la réserve. La Caisse d’Épargne demande de limiter l’accès motorisé à elle-même et ses bénéficiaires, ce qui concerne notamment l’association Les amis du refuge dels Clots et Catalhunt. 

« La chasse à rendement, à but mercantile, a-t-elle sa place dans une réserve naturelle ? »

En réponse, l’association de gestion de la réserve a dénoncé dans une réponse au préfet des Pyrénées-Orientales « des allégations non fondées » qui auraient pour origine « le développement d’une véritable activité commerciale de chasse dans la réserve naturelle ». L’association souligne que les laissez-passer accordés par la mairie de Py à la Caisse d’Épargne font l’objet d’une « distribution dispendieuse au profit d’amis personnels ou connaissances de M. Planes ». Et se questionne : « La chasse à rendement, à but mercantile, a-t-elle sa place dans une réserve naturelle ? »

Activités interdites dans la réserve

Ce que les courriers administratifs esquissent, la caméra le filme sans détour. Il se trouve que Jean-Luc Planes est également partenaire de la chaîne de chasse et pêche Season, propriété du groupe Canal+ de Vincent Bolloré, avec laquelle il a réalisé une trentaine de reportages sur la chasse en montagne. Et justement, un documentaire diffusé en 2022 ouvre une fenêtre sur la pratique de la chasse par les membres des Amis du refuge dels Clots. On y suit Denis, un chasseur de palombes membre de l’association, découper un arbre pour préparer un poste d’affût et se faire accompagner par son chien sur la réserve naturelle. Des activités, mises en lumière par le documentaire, qui n’ont en théorie pas lieu d’être dans cet espace protégé.

Denis se met en scène en compagnie de Jean-Luc Planes, perché sur un mirador dont la construction doit faire l’objet d’une autorisation spécifique, ce qui ne semble pas avoir été le cas selon les informations de Reporterre. Sollicité par téléphone, Denis Pacouil, de son nom complet, a raccroché après avoir entendu nos questions. Jean-Luc Planes a, lui, laconiquement répondu : « [Le mirador] était déjà là quand je suis arrivé. »

Le documentaire montre également les membres de l’association savourer une palombe dans le refuge dels Clots et profiter des installations de chasse de Denis Pacouil. On y voit l’ancien préfet Jean-François Delage, le docteur Jean Soubielle et Paul-Henri Antonmattei. Ce dernier accompagne Denis Pacouil lors de sa chasse à la palombe, en compagnie de son chien et dans l’un de ses affûts de chasse préparé avec des morceaux d’arbres coupés. « Je peux vous assurer que je pratique la chasse sur les communes de Py et Mantet depuis plus de dix ans en toute légalité, assure par courriel à Reporterre le doyen de la faculté de droit de Montpellier. J’ai rencontré, à plusieurs reprises, sur le territoire en action de chasse des conservateurs de la réserve naturelle de Py qui ne m’ont fait aucune observation sur le prétendu caractère illégal de mon activité cynégétique. »

L’accumulation d’incidents inquiète pourtant les services de la préfecture. Le 15 mai 2024, lors du comité consultatif de la réserve naturelle nationale de Py, le chef du service nature, agriculture et forêt de la direction départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) lance l’alerte : la chasse pratiquée sur le domaine de la Caisse d’Épargne « s’apparente de fait à une activité commerciale » alors que celles-ci « sont interdites en réserve naturelle ».

Le fonctionnaire dresse la liste des griefs constatés : « Les dépôts sauvages de détritus, la construction de miradors […] constatés ne sont pas admissibles. Ils constituent une alerte qui doit conduire tous les acteurs à revenir au cadre réglementaire de la [réserve naturelle]. Il en est de même pour la fréquentation motorisée au sein de la réserve. […] La duplication des [laissez-passer] n’est pas admissible. »

Des agents victimes d’invectives

Preuve de ce climat de tension croissant, deux agents de la réserve nationale ont été pris à partie lors d’une inspection du refuge dels Clots quelques mois plus tard. Venus contrôler la fosse septique du refuge le 2 octobre 2024 avec un agent du service public d’assainissement (Spanc 66), ils y ont ce jour-là rencontré une trentaine de personnes, accompagnées de deux chiens. « Nous sommes donc intervenus pour faire respecter la réglementation en demandant que les chiens soient enfermés, décrit une retranscription de leur témoignage consultée par Reporterre. L’ambiance était très tendue : invectives, propos injurieux, contestation de notre présence… »

L’accès à la partie du refuge dédiée à la Caisse d’Épargne et à l’association du refuge dels Clots leur a été « explicitement interdit par M. Denis Pacouil (membre de l’association de chasse Les amis du refuge dels Clots), présent dans le groupe ». Le constat est brutal : « Tout ce contrôle s’est effectué dans un climat délétère qui a d’ailleurs mis mal à l’aise l’agent du Spanc. » Interrogé sur cet incident, Jean Soubielle, le président de l’association qui n’était pas sur les lieux ce jour-là, assure ne pas en avoir eu connaissance : « Ça fait partie encore de certaines rumeurs. S’il y avait eu des altercations comme vous le dites, j’aurais été bien sûr au courant. »

Les fonctionnaires ont constaté que la fosse septique débordait et que son trop-plein se déversait dans une ravine au-dessus d’un cours d’eau. Cette installation, qui ne correspond qu’à l’utilisation de 4 à 5 personnes, est « sous-dimensionnée par rapport au nombre d’utilisateurs actuels du refuge », ont-ils noté. Selon un document consulté par Reporterre, une fuite persistante de la fosse septique vers la ravine a été découverte en octobre 2025.

Confrontée à cette succession d’incidents, l’association gestionnaire de la réserve naturelle de Py, présidée par Anne Ramond, la maire sans étiquette de la commune, a alerté la préfecture des Pyrénées-Orientales. Contactée, Anne Ramond n’a pas souhaité commenter la situation. « L’État instruit, on lui fait confiance », a-t-elle assuré à Reporterre. La préfecture a, elle, convoqué en avril les responsables de l’association et Catalhunt pour leur rappeler la réglementation. Les services de l’État semblent depuis n’avoir pris aucune décision concernant Catalhunt qui continue ses chasses.

Sollicitée à de multiples reprises pour savoir si l’activité commerciale pratiquée par Jean-Luc Planes était légale, la préfecture s’est murée dans un silence embarrassé. Également contactée, l’agence départementale de l’Office français de la biodiversité n’a pas pu nous répondre sur la régularité de ces chasses sans l’accord du préfet. Mise sous la tutelle de la préfecture par la loi Duplomb, les policiers de l’environnement n’ont pas le droit de répondre à la presse sans son accord.

Depuis leur convocation, les membres des Amis du refuge dels Clots font profil bas sur la réserve. « L’association ne participe plus à aucune activité sur le domaine de la réserve naturelle pour une période indéterminée », assure Jean Soubielle, qui maintient : « On n’a jamais trop su ce qu’on nous reprochait, parce que ce sont pour beaucoup de choses des rumeurs qui n’ont aucun fondement. »

Quant à la Caisse d’Épargne de Provence-Alpes-Côtes d’Azur, questionnée par Reporterre, elle nie toute tension avec l’association de gestion de la réserve et affirme n’avoir aucun lien avec l’association d’éminents chasseurs. Selon les documents dont nous disposons, c’est pourtant le président de l’association Les amis du refuge dels Clots, Jean Soubielle, qui devait représenter la banque lors de l’inspection du 2 octobre 2024 par les agents de la réserve.

 

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