Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

BLOG EN COURS D'ACTUALISATION...
...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...

lundi 12 avril 2021

Seuls 4 % des Français prennent l’avion régulièrement

Seuls 4 % des Français 

prennent l’avion régulièrement 

 


1er avril 2021

 

Le rapport publié mercredi 31 mars par l’ONG britannique Possible rappelle qu’une minorité de personnes, aux revenus les plus élevés, plane... et pollue. Il recommande entre autres d’instaurer une « taxe grands voyageurs ».

Mise à jour, jeudi 1er avril (et ce n’est pas un poisson) — Une coquille s’est apparemment glissée dans le rapport de l’ONG Possible, que nous avions repris dans notre article. Nous indiquions en effet que « 2 % des Français effectuaient la moitié des vols » en 2008, en nous fondant sur un rapport du Commissariat général au développement durable. Ce rapport lui-même notait que « la moitié des déplacements par avion est le fait des 2 % de personnes dont les revenus par unité de consommation sont les plus élevés »... tout en donnant des chiffres contraires dans le graphique adjacent ! Après vérification, et grâce à la sagacité d’un de nos lecteurs — merci à lui ! — il apparaîtrait qu’en 2008, la moitié des vols était le fait non pas de 2 % mais de 20 % de personnes dont les revenus étaient les plus élevés. Les inégalités demeurent, même si le fossé n’est pas si important.


Prendre l’avion, un luxe de riches : en 2014, un Français sur quatre a pris l’avion, et seuls 4 % l’ont pris régulièrement vers un autre pays européen [1]. C’est l’un des résultats du rapport publié ce mercredi 31 mars par l’ONG britannique Possible.

L’étude détaille, pays par pays, les inégalités liées au transport aérien. L’Hexagone n’est pas un cas isolé : 12 % des personnes aux États-Unis remplissent les deux tiers des aéronefs ; 5 % des ménages chinois prennent 40 % de tous les vols. Autrement dit, tandis que la majorité reste à terre, une minorité de « grands voyageurs » plane... et pollue. Fin 2020, une étude suédoise de l’université de Linnaeus mettait aussi en évidence l’existence de « super émetteurs » : 1 % de la population mondiale serait responsable de la moitié des émissions de CO2 liées à l’aviation en 2018. À l’autre bout de la traînée de condensation, plus de 80 % de la population mondiale n’a jamais pris l’avion… mais subit les conséquences du changement climatique.

« Ce rapport rappelle les inégalités sociales liées à l’usage de l’avion »

Et ce sont surtout les plus riches qui s’envolent : « Dans l’ensemble de l’Union européenne, les 20 % de la population ayant le revenu le plus élevé sont responsables de plus de la moitié des dépenses consacrées aux voyages en avion », souligne ainsi le rapport. Dès 2008, le Commissariat général au développement durable pointait ces inégalités : d’après ses chiffres, la moitié des trajets en avion étaient le fait des 20 % les plus aisés : « Ce sont bien les plus hauts revenus qui représentent l’essentiel de la clientèle, indiquait-il. Au total, les voyages en avion sont synonymes de déplacements liés aux vacances, de catégories socioprofessionnelles supérieures, et de niveau de revenu élevé ».

Ainsi, le rapport de l’ONG Possible recommande d’instaurer une « taxe grands voyageurs », afin de rendre les vols plus coûteux à mesure qu’une personne prendrait plus l’avion ou effectuerait plus de distance. Pour rappel, les effets climatiques de l’aviation civile représentent près de 6 % de l’ensemble du réchauffement mondial d’origine humaine, selon une étude européenne récente. 

« Ce rapport rappelle les inégalités sociales liées à l’usage de l’avion et invite à réduire le trafic aérien en prenant compte des impacts sociaux », note Sarah Fayolle, de Greenpeace. Las, selon elle, l’ambition du projet de loi Climat actuellement en discussion à l’Assemblée nationale ne décolle pas : « Les mesures préconisées par les citoyens de la Convention ont été vidées de leur substance par le gouvernement », dit-elle. Le texte prévoit notamment d’interdire les lignes aériennes qui ont une alternative en train en moins de deux heures trente sans correspondance, « un recul par rapport aux propositions de la Convention qui avait elle appelé à l’interdiction des lignes aériennes qui ont une alternative en moins de quatre heures ». Également, « l’article qui compte limiter l’extension des aéroports est un amendement passoire, qui devrait laisser passer les principaux projets d’agrandissement ».

______________________________

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

  • celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Le journal n’appartient pas à un milliardaire ou à une entreprise ; Reporterre est géré par une association d’intérêt général, à but non lucratif. Nous pensons qu’un média doit informer, et non être un outil d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.
  • celui de l’ouverture : tous nos articles sont en libre accès, sans aucune restriction. Nous considérons que s’informer est un droit essentiel, nécessaire à la compréhension du monde et de ses enjeux. Ce droit ne doit pas être conditionné par les ressources financières de chacun.
  • celui de la cohérence : Reporterre traite des bouleversements environnementaux, causés entre autres par la surconsommation, elle-même encouragée par la publicité. Le journal n’affiche donc strictement aucune publicité. Cela garantit l’absence de lien financier avec des entreprises, et renforce d’autant plus l’indépendance de la rédaction.

En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
Le journal emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produisent chaque jour des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux environnementaux et sociaux. Nous faisons cela car nous pensons que la publication d’informations fiables, transparentes et accessibles à tous sur ces questions est une partie de la solution.

Vous comprenez donc pourquoi nous sollicitons votre soutien. Des dizaines de milliers de personnes viennent chaque jour s’informer sur Reporterre, et de plus en plus de lecteurs comme vous soutiennent le journal. Les dons de nos lecteurs représentent plus de 98% de nos ressources. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, le journal sera renforcé. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

 ________________________

Notes

[1] Ils ne sont également que 4 % à avoir pris plusieurs vols dans l’année vers un pays hors UE

Précisions

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photo : Pixabay

 

Source : https://reporterre.net/Seuls-4-des-Francais-prennent-l-avion-regulierement?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

dimanche 11 avril 2021

À Marseille, un McDonald’s est devenu un foyer vibrant de solidarité


À Marseille, 

un McDonald’s est devenu 

un foyer vibrant de solidarité

 

 

30 janvier 2021 

Mis à jour le 5 avril 2021

 


 

 Dans les quartiers nord de Marseille, des salariés et leurs soutiens ont réquisitionné un McDonald’s en liquidation judiciaire. Près d’un an plus tard, L’Après M est devenu une fourmilière de projets solidaires. Et bientôt un fast-food bio, sain et à petits prix ?

 

  • Marseille (Bouches-du-Rhône), reportage

C’est un joli restaurant peinturluré de rose, de mauve et de bleu. L’établissement, ceint par un rond-point, une départementale, et de grands ensembles, colore le décor urbain. Des articles de Libération, Forbes ou encore la Marseillaise sont collés sur ses baies vitrées : son histoire a fait le tour du monde. Sur sa façade, les lettres blanches et jaunes de « McDonald’s » ont été découpées et transformées en « L’Après M ». Signe qu’à Saint-Barthélémy, dans le 14e arrondissement de Marseille, le temps de la multinationale est révolu. « Ici, on ne vend plus de Big Mac et on n’essore plus les salariés, mais on tend la main », dit Kamel Guémari, salarié et syndicaliste du McDo.

Dans les quartiers nord, où le taux de pauvreté dépassait déjà les 40 % avant la pandémie de Covid-19, l’ancien McDonald’s de Saint-Barthélémy s’est mué en restaurant solidaire, pour aider les familles démunies à survivre malgré la crise. En quelques semaines, les bénévoles de « L’Après-M » sont parvenus à collecter suffisamment de denrées et de produits d’hygiène pour distribuer gratuitement 3.500 colis par semaine, et nourrir près de 14.000 personnes. Le tout grâce à des fonds issus de dons, à des cagettes données par des paysans, et au concours d’une cinquantaine d’associations. « Sans un euro d’argent public », précise Salim Grabsi. Les habitants et les ex-salariés de la chaîne de fast-food souhaitent créer des emplois et proposer des burgers bios et sains, « 100 % produits dans les quartiers nord » et accessibles aux plus pauvres.

Les habitants et les ex-salariés de la chaîne de fast-food souhaitent créer des emplois et proposer des burgers bios et sains.

L’aventure a commencé au début du premier confinement, en mars 2020. « La population des quartiers nord a encaissé de plein fouet les mesures de restriction, se souvient Salim Grabsi, l’un des fondateurs de L’Après M. Les gens ont perdu une partie de leurs revenus et, pour peu qu’ils aient un travail informel, ils n’ont reçu aucune aide. Avec la fermeture des cantines scolaires, c’est devenu intenable pour les familles. »

Le restaurant avait été placé en liquidation judiciaire car jugé non rentable par McDonald’s

« Laisser des milliers de personnes dans la faim, c’était insupportable, alors on s’est bougés », dit Kamel Guémari. Face à l’urgence, les ex-salariés du McDonald’s et leurs soutiens ont réquisitionné le restaurant. Celui-ci avait été placé en liquidation judiciaire en décembre 2019, car jugé non rentable par McDonald’s France et son franchisé, qui ont tout fait pour le fermer. « Cette faillite était organisée, nous étions jugés trop vindicatifs, estime Kamel Guémari. Ils ne voulaient plus de nous ? Alors on a fait sans eux. J’ai enrichi McDonald’s en travaillant dans ce restaurant. Les habitants du quartier ont enrichi McDonald’s en consommant. Ce restaurant est maintenant à nous, au service de la population. » Concrètement, les Marseillais peuvent venir chercher leurs colis directement au McDo, via le drive, ou être livrés près de chez eux. Chaque quartier de la ville reçoit une livraison par semaine, coordonnée par un référent. « Au milieu de la débâcle, la mobilisation est exceptionnelle, les habitants se serrent les coudes », se réjouit Salim Grabsi.

Quelques jours après le début du premier confinement, Sabrina, quarante ans et « maman solo avec deux enfants », se souvient d’être restée « un bon moment sur le parking du McDonald’s avant de descendre de la voiture ». Son entreprise de cosmétique se « cassait la gueule » et ses revenus sont passés de « 2.500 euros à 500 euros ». « J’avais de l’appréhension à ouvrir mon frigo, j’étais en mode survie. Un jour, la situation est devenue critique, alors je n’ai pas eu le choix... Seule, je n’aurais pas poussé la porte de L’Après-M. J’avais honte. Mais je ne pouvais pas laisser mes enfants sans manger. »

Kamel Guémari et Salim Grabsi : « Ici, on ne vend plus de Big Mac et on n’essore plus les salariés, mais on tend la main »

« Ici, on ne m’a pas demandé de justificatif pour savoir si j’étais assez pauvre pour mériter un colis », a-t-elle apprécié. Un accueil « inconditionnel » revendiqué par les bénévoles. « On sait ce que c’est que la faim, dit Salim Grabsi. Il faut du courage pour traverser le quartier et venir ici. On ne va pas demander, en plus, des papiers... » Une fois la faim assouvie, Sabrina n’a jamais quitté l’ancien fast-food. Elle a repris confiance et espoir en donnant, à son tour, de son temps pour les autres. « Ce lieu est ma bouffée d’oxygène, je renais de mes cendres, sourit-elle. Si je ne viens pas pendant plusieurs jours, je ne me sens pas complète. »

Une fois passée la première vague de Covid-19, le bateau de sauvetage des quartiers nord est devenu un fringuant voilier de solidarité, propulsé par les nombreuses dynamiques citoyennes qui s’y entrecroisent : on peut tomber nez-à-nez avec des Gilets jaunes, des supporters de l’Olympique de Marseille, des militants écologistes, des personnels de santé, des associations d’aide aux exilés ou aux SDF... « Seul on va vite, ensemble on va loin », est-il écrit sur la charte collée à l’entrée du restaurant.

Plusieurs associations ont éclos entre ses murs. L’une d’elle, Le sel de la vie, assure des cours de soutien et des fournitures scolaires à près de trois cents enfants. « Pendant le premier confinement, on a assisté à un véritable crash scolaire », déplore Salim Grabsi, membre fondateur de l’association. Une centaine d’enseignants tentent de réparer les dégâts. Le sel de la vie propose aussi des sorties familiales en mer, des colonies de vacances et même un tournoi de water-polo. Salim Grabsi résume :

On a réussi à faire du temple de la malbouffe et de la souffrance au travail un creuset dans lequel se mélangent des intelligences et des compétences éducatives, solidaires, écologiques, sportives... On n’a peut-être pas un bac +8, mais nos forces sont vives. »

Les bénévoles veulent pérenniser ce qui est devenu, au fil des mois, la plaque tournante de l’entraide à Marseille. Pour cela, ils souhaitent poursuivre leur travail associatif, de soutien scolaire par exemple, tout en transformant les distributions de colis alimentaires en vente de burgers accessibles. Le samedi 19 décembre 2020, des milliers de personnes, dont l’ancien député européen José Bové, connu pour avoir démonté le McDonald’s de Millau (Aveyron) en 1999, se sont réunies pour le lancement symbolique du fast-food social. À cette occasion, plus de huit cents burgers bios, conçus par des restaurateurs locaux, ont été offerts aux habitants du quartier.

Le restaurant a été placé en liquidation judiciaire fin 2019 car jugé non rentable par McDonald’s.

« Il règne une misère insupportable dans ces quartiers. On veut offrir un autre horizon aux jeunes »

Pour que le fast-food social et bio voit le jour, il reste à convaincre McDonald’s de céder les murs du restaurant, qui lui appartiennent toujours. Problème, « McDo refuse de discuter directement avec nous », dit Fathi Bouaroua. Le mercredi 20 janvier, les artisans de L’Après M ont tout de même reçu une visite prometteuse. Le nouveau maire de Marseille, Benoît Payan (PS), est venu leur apporter son soutien. « La municipalité s’est engagée à nos côtés et a prévu de faire appel à des dispositifs législatifs pour racheter le local », se réjouit Fathi.

Reporterre a contacté à plusieurs reprises la ville de Marseille et McDonald’s France, qui n’ont pas donné suite à nos demandes d’entretien.

Une fois l’établissement racheté, les occupants du restaurant veulent créer une entreprise qui bénéficierait aux habitants des quartiers nord, sous la forme d’une société coopérative d’intérêt collectif (Scic), qui appartiendrait aux futurs salariés, aux clients du restaurant, aux associations et aux contributeurs qui financeraient les investissements. « On est nés dans ces quartiers, où il règne une misère insupportable, raconte Fathi Bouaroua, président de l’association Après McDo, chapeau sur la tête. Nous entendons offrir un autre horizon aux jeunes, qui pour l’instant ne se voient proposer que trois métiers : la "chouf" [désigne le guetteur chargé de surveiller l’arrivée de la police lors de vente de drogue organisée], la prostitution et le chômage. »

Les jeunes et les personnes en réinsertion, notamment après un séjour en prison, sont au cœur du projet. « On veut prendre au mot le slogan "Venez comme vous êtes" », poursuit Kamel Guemari. On traverse la rue pour créer nos emplois dans le monde d’Après [l’acronyme signifie Association de préfiguration pour un établissement ­économique et social]. L’ADN de ce restaurant, ce sera de recruter des gens cabossés par la vie. »

« McDo refuse de discuter directement avec nous », regrette Fathi Bouaroua.

D’anciens salariés, licenciés par McDonald’s, ont d’ores et déjà accepté de les encadrer. Comme Nour, qui a travaillé dans tous les McDonald’s de Marseille pendant près de vingt ans : « J’étais sans cesse déplacé, voire mis à pied, parce que je refusais de faire la "hagra" [la misère] aux salariés que j’encadrais. Le jour où le projet se concrétisera, je serai prêt à jouer mon rôle, à montrer qu’on peut encadrer différemment, en laissant plus d’autonomie aux salariés et en leur accordant plus de confiance. »

Les burgers seront vendus à un prix variable selon les ressources de chacune et chacun, « parce qu’il est hors de question que dans la sixième puissance mondiale, des personnes vivent avec le ventre creux, dit Kamel Guemari, parfois surnommé « l’Abbé Kamel » par ses camarades. Quand le ventre est vide, on ne peut pas réfléchir, on avance pas. Personne ne doit rester à la porte du resto. Un « Uber solidaire » est même prévu pour distribuer des sandwichs gratuitement aux SDF.

Ces burgers seront bios « parce que ce n’est pas parce qu’on est pauvres qu’on ne doit pas manger des produits sains », tonne Yazid Bendaïf, un habitant de la cité SNCF située à quelques centaines de mètres de L’Après-M. Cet homme de 61 ans, ancien peintre en bâtiment et dans l’automobile et cofondateur de l’association Le sel de la terre, l’une des dernières pousses de L’Après M, se définit comme un « touche à tout ». Il détaille :

L’idée est de récupérer un maximum de terres pour les transformer en jardins nourriciers, cultivés et récoltés par des gens en réinsertion, pour approvisionner le fast-food en produits locaux. »

C’est peu dire que ce projet repose entre de bonnes mains. Celles de Yazid Bendaïf et de sa femme, Samia, sont bien vertes. Dans leur cité, ils cultivent deux petits jardins. L’un est au pied de leur immeuble, et l’autre près du terrain de boules. 

Dans leur cité, Yazid et Samia cultivent deux petits jardins.

« Depuis quatre ans, grâce à ces petites parcelles, nous sommes autosuffisants en légumes », affirme Yazid, une lueur de fierté dans le regard. Le couple prépare son terreau « dans la cave » et « tout ce que nous plantons part de la graine ou de boutures ». Le balcon des Bendaïf est rempli de pots de terre. « C’est notre petit laboratoire », sourit Samia.

 

Le balcon des Bendaïf est rempli de pots de terre. « C’est notre petit laboratoire », sourit Samia.

 Dans leurs jardins poussent des oignons, des petits pois, des fèves, des plantes aromatiques et même des citrouilles, suspendues. Yazid a aussi planté des pommiers, des cerisiers et des avocatiers, qu’il prépare « pour les dispatcher dans la cité » et « casser le bitume, partout où c’est possible, pour multiplier les jardins nourriciers ». Avec ses compagnons du Sel de la terre, il lorgne sur un terrain de six hectares, à quelques encablures du McDonald’s. Les espaces verts qui bordent le restaurant pourraient aussi être prochainement cultivés. « J’aimerais que les enfants des quartiers nord sachent ce qu’ils mangent, que leurs légumes et leurs fruits aient du goût », glisse Yazid, une main dans sa barbe.

 

Yazid veut « casser le bitume, partout où c’est possible, pour multiplier les jardins nourriciers ».

 En attendant que le fast-food voit le jour, et malgré l’engagement des bénévoles, la crise sanitaire se prolonge et la détresse sociale et psychologique s’accroît sévèrement. « La situation est explosive, prévient Karima Djelat, membre de l’association Rebondir 13. Plus les lundis passent, plus nous recevons de familles. Je crains qu’un jour, notre volonté ne suffise plus à faire le tampon. »

 

Farida cuisine des berkoukes dans les cuisines de L’Après M.

Un soir de janvier, alors que le mistral soufflait et que les températures ne dépassaient pas les 2 °C, Reporterre a suivi la Maraude du cœur, qui a distribué sur le parvis de la gare Saint-Charles des berkoukes aux légumes, un plat algérien cuisiné par la bénévole Farida, dans les cuisines de L’Après M. Une quarantaine de personnes faisaient la queue, dont des familles avec enfant. « On ne s’attendait pas à autant de monde », déplore Samia.

La prochaine bombe, « c’est la fin de la trêve hivernale, le 31 mars »

Leïa, 14 ans, a été missionnée par sa grande sœur pour récupérer un dernier morceau de pain. « Ça fait mal au cœur d’en arriver là, souffle la collégienne. Nous sommes sans-papiers, alors nous n’avons pas grand-chose pour survivre. Grâce à ces repas, je peux au moins me concentrer sur mes cours et rêver de jours meilleurs. » La prochaine bombe, « c’est la fin de la trêve hivernale, le 31 mars, prévient Fathi Bouaroua. On risque de se retrouver, en plus des crises sanitaires et alimentaires, avec une crise du toit. Un triptyque d’urgence sociale. » Pour Didier, adossé à un réverbère, elle est déjà là : c’est bien simple, il n’a « jamais vu » autant de personnes sans toit. « Je vis pourtant dans les rues de Marseille depuis 1975 », dit-il.

 

La Maraude du cœur, sur le parvis de la gare Saint-Charles.

« Tout n’est pas la faute du Covid, tempête Mohamed, 45 ans, livreur de journaux et bénévole à L’Après M. La précarité ici n’est pas une nouveauté, elle résulte de choix politiques. La première des violences, ce n’est pas la crise sanitaire, ce sont les décisions de ceux qui nous gouvernent et leur mépris. » Cet homme est né dans un camp de transit, où il a vécu pendant vingt ans. « Je suis un grand déçu de l’idéal "liberté, égalité, fraternité", dit-il. Ces mots ont pourtant du sens, mais je ne les vois pas, ni de près, ni de loin. L’Après M, c’est aussi une manière de leur redonner de l’éclat. D’affirmer que désormais, on se prendra en charge nous-mêmes. »

 _______________________________

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

  • celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Le journal n’appartient pas à un milliardaire ou à une entreprise ; Reporterre est géré par une association d’intérêt général, à but non lucratif. Nous pensons qu’un média doit informer, et non être un outil d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.
  • celui de l’ouverture : tous nos articles sont en libre accès, sans aucune restriction. Nous considérons que s’informer est un droit essentiel, nécessaire à la compréhension du monde et de ses enjeux. Ce droit ne doit pas être conditionné par les ressources financières de chacun.
  • celui de la cohérence : Reporterre traite des bouleversements environnementaux, causés entre autres par la surconsommation, elle-même encouragée par la publicité. Le journal n’affiche donc strictement aucune publicité. Cela garantit l’absence de lien financier avec des entreprises, et renforce d’autant plus l’indépendance de la rédaction.

En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
Le journal emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produisent chaque jour des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux environnementaux et sociaux. Nous faisons cela car nous pensons que la publication d’informations fiables, transparentes et accessibles à tous sur ces questions est une partie de la solution.

Vous comprenez donc pourquoi nous sollicitons votre soutien. Des dizaines de milliers de personnes viennent chaque jour s’informer sur Reporterre, et de plus en plus de lecteurs comme vous soutiennent le journal. Les dons de nos lecteurs représentent plus de 98% de nos ressources. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, le journal sera renforcé. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

 ____________________________

Précisions

Source : Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre

Photos : © NnoMan Cadoret/Reporterre
. chapô : Sabrina à l’intérieur de L’Après M.

 

Source : https://reporterre.net/A-Marseille-un-McDonald-s-est-devenu-un-foyer-vibrant-de-solidarite?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

samedi 10 avril 2021

Les cantines de Printemps c'est toutes les semaines et dans le panier !

 


image

Mardi 13 Avril

 

C'est Cantoche à emporter

à L'Atelier de l'Entonnoir

 

Au menu

Galette au Sarasin

&

Moelleux au Citron

5€

 

Vous pourrez prendre votre adhésion 

à ce moment, 

5€ ou plus !

 

Et sinon...

Le frigo et placard extérieurs 

pour les gens qui en ont besoin n'a pas bougé, 

venez l'alimenter, vous servir ! 

 

Le mardi matin, 

l'espace du frigo s'étend sur toute la vitrine extérieure 

pour créer un espace dons temporaire 

(vêtements, livres, objets utiles). 

 

Contact : contact@atelierdelentonnoir.fr

 

Copyright © 2021 Atelier de l'entonnoir
1 Rue des Marchands, 66500 Prades, France

vendredi 9 avril 2021

Nike et H&M boycottés en Chine pour avoir rompu leur lien avec le travail forcé des Ouighours

Nike et H&M 

boycottés en Chine 

pour avoir rompu leur lien 

avec le travail forcé 

des Ouighours

 

 

 HM et Nike font l'objet d'une campagne de boycott en Chine. L'an dernier, les deux grandes marques avaient stoppé leur approvisionnement en coton provenant du Xinjiang, région dans laquelle la minorité musulmane ouïghoure est internée dans des camps de travail forcé. Alors que les puissances occidentales viennent d'annoncer des sanctions contre Pékin, les réseaux sociaux chinois s'enflamment contre ces enseignes au point que le géant Alibaba a effacé H&M de sa plateforme d’e-commerce.

 Publié le 25 mars 2021

En janvier dernier, un "Appel à agir" pour les Ouïghours a été lancé par 300 ONG.
ALI ATMACA / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

 

C’est la plus grande marque de vêtements au monde et elle est la cible d’une campagne de boycott venant de Chine. "H&M doit payer un lourd tribut pour ses mauvaises actions", dénonçait le 24 mars le média d’État CCTV. Depuis quelques jours, le groupe suédois est sous le feu des critiques pour avoir annoncé rompre ses liens avec le Xinjiang, région dans laquelle la minorité musulmane ouïghoure est persécutée. Plus d’un million de Ouïghours y seraient internés dans des camps de travail forcé. La décision d’H&M de ne plus se fournir en coton provenant de cette région n’est pas récente, elle date de l’été dernier. Mais son communiqué a refait surface ces dernières heures sur le réseau social chinois Weibo.

"Vous voulez gagner de l’argent en Chine tout en répandant de fausses rumeurs et en boycottant le coton du Xinjiang ? Vœu pieux", a critiqué La ligue de la jeunesse communiste dans un post devenu très populaire. Plusieurs importantes plateformes d’e-commerce comme Alibaba ou Taoboa ont suspendu H&M de leurs sites. L’application H&M a même disparu des possibles téléchargements d’application des téléphones Xiaomi ou Huawei. La riposte est telle que les deux acteurs chinois Huang Xuan et Song Qian, ambassadeur de la marque en Chine ont annoncé rompre leur coopération avec H&M. Contacté par Novethic, le groupe suédois a indiqué n'avoir "rien à déclarer". La marque n'est pas la seule a être ciblée par cette campagne de boycott. Nike vient de la rejoindre.

Toute l'industrie de l'habillement concernée

Le géant américain des articles sportifs s’était lui aussi engagé en 2020 à ne plus acheter de coton provenant du Xinjiang. En juillet dernier, Nike avait été mis sous pression en Occident avec 80 autres marques. Une campagne de boycott avait même eu lieu pour pousser l'industrie de l'habillement à agir. Un rapport de 180 ONG montrait qu’environ un vêtement en coton sur cinq vendus dans le monde était lié à un camp de travail forcé ouïghours.

Nike, Adidas, Amazon, Gap, H&M… presque l’ensemble de l’industrie de l’habillement avait des liens avec ces camps. Face à cette situation, Nike décidait donc de rompre ses liens avec le Xinjiang. Une décision qui ne passe pas aujourd’hui en Chine. Wang Yibo et Tan Songyu, deux acteurs chinois très connus, ambassadeurs de la marque, ont eux aussi décidé de prendre leur distance. "Les intérêts du pays passent avant tout. Nous sommes fermement opposés à toutes les actions malveillantes visant à salir ou à répandre des rumeurs sur la Chine", a indiqué Tan Songyu dans un communiqué.

Escalade de sanctions entre l'UE et la Chine

Si les réseaux chinois s’enflamment aujourd’hui c’est que l’Union européenne, les États-Unis et le Canada ont annoncé le lundi 22 mars des sanctions contre la Chine. Quatre dirigeants chinois, mis en cause dans la persécution des Ouïghours, sont visés pour violation des droits de l’Homme. Ils ont interdiction de se rendre sur le territoire européen. C’est la première fois depuis 1989, date de la répression des manifestants de la place de Tian’anmen, que l’Europe prend de telles mesures contre Pékin. Et ce dernier n’a pas tardé à riposter. 

La Chine a ainsi pris des sanctions contre une dizaine de personnalités européennes dont Raphaël Glucksmann, l’eurodéputé français qui ne cesse d’alerter les institutions et l’opinion publique des persécutions contre les Ouighours. Il est accusé "de porter gravement atteinte à la souveraineté et aux intérêts de la Chine et de propager des mensonges et de la désinformation". "C’est ma légion d’honneur", a réagi sur Twitter le député, "Vos sanctions ne m’impressionnent pas".

 


 

Marina Fabre, @fabre_marina

© 2021 Novethic - Tous droits réservés

 

Source : https://www.novethic.fr/actualite/social/droits-humains/isr-rse/nike-et-h-m-boycottes-en-chine-pour-avoir-rompu-leur-lien-avec-le-travail-force-des-ouighours-149669.html

jeudi 8 avril 2021

Lettre d'info de l'Alchimie, lieu culturel associatif de Prades 66500

 

Bonjour à vous adhérents

Nous avons de nouvelles toutes fraiches mais pas rafraîchissantes. Pour la période de confinement décrétée par le gouvernement, l'association Alchimie n'aura le droit que de l'ouverture hebdomadaire pour la vente à emporter habituelle des

 MARDIS. 

 

Nous espérons que les semaines passeront très vite pour pouvoir retrouver les ateliers possibles dans nos locaux.

En espérant vous retrouver mardi prochain nous vous souhaitons une "première" semaine de reconfinement dans le bonheur du printemps.

 

JEUDI

image

Nous lançons un appel au bénévolat actif pour constituer un équipe communication. Nous avons besoin de vos compétences en graphisme, communication,création, etc, bienvenus!

Vous avez un peu de temps à consacrer à ce joli projet qu'est l'Alchimie? Devenez bénévole!

Au plaisir de vous voir par ici ou par là

Lucile et Tatiana pour L'Alchimie

Contact:contact@assoalchimie.org   07.83.36.77.31

 Copyright © 2021 l'Alchimie
3 Rue de l'Hospice, 66500 Prades, France

mercredi 7 avril 2021

Mines d’or en Nouvelle-Guinée : les Papous sacrifiés, leurs montagnes éventrées

Mines d’or 

en Nouvelle-Guinée : 

les Papous sacrifiés, 

leurs montagnes éventrées

 

25 mars 2021

 


 

La Nouvelle-Guinée occidentale abrite de colossaux gisements d’or et de cuivre. Leur exploitation en fait l’un des « trous noirs de la planète dans le domaine environnemental ainsi qu’en matière de droits humains », documente l’auteur de cette tribune. Premières victimes : les Papous.

 

Philippe Pataud Célérier est journaliste spécialiste de la Nouvelle-Guinée et écrit notamment pour le Monde Diplomatique.

 _______________________

La Nouvelle-Guinée est riche. Immensément riche. Cette île de 800.000 km2, la plus grande après celle du Groenland, partage avec l’Amazonie les deux plus remarquables sylves tropicales de la planète. Ces terres ont en commun d’être sauvagement mises à sac ; débitées, déboisées, exploitées à la mesure de leurs ressources et du dénuement des populations autochtones qui en sont spoliées quand elles ne sont pas détruites dans leur identité culturelle (ethnocide) ou leur intégrité physique (génocide).

Là où la Nouvelle-Guinée se distingue — plus précisément la partie occidentale de cette île que l’histoire coloniale divisa en deux [1] —, c’est qu’elle possède en sus de toutes ces ressources (grumes, pétrole, gaz, argent, cuivre…) qui entretiennent notre boulimie consommatrice, de l’or. De l’or en quantité si vertigineuse que son exploitation fait de la Nouvelle-Guinée occidentale (NGO) l’un des trous noirs de la planète dans le domaine environnemental ainsi qu’en matière de droits humains.

 

Ce gisement colossal est situé dans la grande chaîne montagneuse qui traverse l’île d’ouest en est. Dans ces monts Maoke surgit le Puncak Jaya. Le plus haut sommet océanien (4.884 mètres) suscitait en février l’intérêt de plusieurs journaux nationaux. L’Agence indonésienne de météorologie, de climatologie et de géophysique venait d’annoncer, pour 2026 au plus tard, la fonte définitive de ses deux derniers glaciers tropicaux. Aussi opportun que ce concept d’Anthropocène qui fait porter à chacun une responsabilité qui ne devrait échoir qu’à quelques uns, le réchauffement planétaire était pointé du doigt. Sans rappeler qu’à moins de cinq kilomètres de distance, à 4.270 mètres d’altitude, des norias d’engins exploitent depuis près de soixante ans le gigantesque complexe minier d’Ertsberg et de Grasberg. 

 

Freeport Mac Moran, nominée en 2012 pour les Public Eye Awards, les « Prix de la honte » qui récompensaient chaque année les entreprises les plus prédatrices dans leur « approche sociétale ».

L’or est au cœur des corruptions qui rongent la Nouvelle-Guinée occidentale

Si la mine a mauvaise presse, la presse a surtout mauvaise mine dès qu’elle évoque le gisement aurifère. Chacun sait que l’inaltérable métal est au cœur des principales corruptions qui rongent la NGO depuis que les Pays-Bas, sous pression américaine, ont transféré à l’Indonésie le dernier atour colonial de leur défunt empire des Indes néerlandaises. En contrepartie, [2] Djakarta devait garantir à la population papoue la mise en place d’un référendum d’autodétermination dans les six années suivant le transfert — ce dernier s’est tenu en avril 1969. Six années de terreur (30.000 victimes) au terme desquelles 1.022 Papous (sur 800.000 environ) choisis par Djakarta furent obligés de voter leur rattachement à l’archipel indonésien. Une mascarade référendaire actée par les Nations Unies sous tutelle américaine. En période de guerre froide, gouvernée par la realpolitik, il était inconcevable que l’Indonésie puisse rejoindre le camp soviétique.

Mais une autre force aimantée par un affairisme sans scrupules œuvrait en sous-main. La puissante compagnie minière américaine Freeport-McMoRan Inc (FCX) a toujours disposé d’influents conseillers comme Allen Dulles, éminent juriste de l’empire pétrolier de Rockefeller puis directeur de la CIA dans les années 1960 (c’est lui qui informa Freeport de l’existence du gisement aurifère situé en NGO) ou Henry Kissinger, conseiller à la Défense nationale sous Nixon (1969), secrétaire d’État des États-Unis (1973-1976) avant d’entrer au conseil d’administration du géant minier. Échafaudé avec l’appui de la CIA, c’est d’ailleurs grâce au coup d’État de 1965 que le général Suharto a chassé Sukarno, président fondateur de la république indonésienne, avant de mener des purges anticommunistes qui ont causé entre 500.000 et trois millions de morts. Il signa en 1967 avec Freeport le contrat permettant d’exploiter le gisement d’Ertsberg. Nul doute que les colossaux investissements que la compagnie s’apprêtait à faire nécessitaient quelques aménagements qu’assura pleinement Henry Kissinger dépêché à Djakarta quelques mois avant le référendum d’autodétermination. Celui-ci scella le destin de la NGO, condamnant son peuple à un génocide au ralenti [3].

La montagne étêtée, éventrée, se transforme en une mine à ciel ouvert

Depuis près de soixante ans, des centaines, voire des milliers de millions de tonnes de déchets miniers, ont été rejetés. Il arrive que 700.000 tonnes de déblais soient créées en une journée pour extraire, après broyage et concassage, 250.000 tonnes de minerai. Après une série d’opérations complexes, celles-ci libèrent autour de quinze grammes d’or par tonne pour le filon d’Ertsberg, contre un à deux grammes d’or en moyenne dans les autres mines du monde. Un filon colossal, le plus gros gisement aurifère – et le deuxième en cuivre — jamais découvert au monde.

La montagne arasée et le second gisement épuisé (1973-1988), ce fut au tour du Grasberg d’être exploité avec une débauche de moyens technologiques à la hauteur de ses réserves, estimées dès 1995 à plus de 45 milliards d’euros. La montagne étêtée, éventrée, se transforma en une mine à ciel ouvert, un cratère de deux kilomètres de diamètre. Son opérateur PTFI (la filiale indonésienne Freeport Indonesia depuis 1991) utilise le réseau hydrographique comme voie d’expulsion naturelle des résidus toxiques de la mine. Chargées d’acides, de cuivre, d’arsenic, de cadmium, de sélénium et de cyanure, les fleuves et rivières (Aghawagon, Otomona, Ajkwa, Minajerwi, Aimone...) transportent des boues létales de la cordillère centrale jusqu’aux plaines marécageuses de ces grands estuaires de zones humides qui filtrent la mer d’Arafura.

 

La mine de Grasberg vue de l’espace.

Entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, environ 20.000 tonnes de résidus toxiques ont transité chaque jour par le fleuve Ajkwa. Montagnes et mer, faune et flore sont depuis empoisonnées sur plus de 150 km2 ; les résidus étouffent jusqu’à la mangrove défendant le littoral du Parc national de Lorenz, pourtant inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. Il s’agit de la plus vaste aire protégée d’Asie du Sud-Est : 2,35 millions d’hectares abritent une biodiversité endémique exceptionnelle (123 espèces de mammifères enregistrées, soit 80 % de la faune mammalienne de la NGO).

Les Papous tentent de survivre à la périphérie des villes

Les premières victimes de ces atteintes à l’environnement sont les sept communautés papoues voisines. Et tout particulièrement les ethnies Amumgme et Kamoros (deux des 250 groupes ethnolinguistiques que compte la NGO). Expropriés, déplacés sur des terres impaludées et ingrates, pauvres en ressources vivrières (le palmier sagoutier, base alimentaire des Papous des basses terres, est remplacé par l’industrie exportatrice du palmier à huile), les Papous tentent de survivre à la périphérie de ces villes qui se dressent sans eux. Ces terres qui ne sont plus les leurs sont colonisées par des dizaines de milliers de familles venant de Java ou d’ailleurs, migrants spontanés ou sponsorisés par le gouvernement central. Car le pouvoir est soucieux de fournir aux industries locales minières, sylvicoles, agricoles (huile de palme, élevage) une main-d’œuvre abondante et docile. Et de surcroît apte à acculturer, « indonésianiser », la population mélanésienne minoritaire sur ses propres terres [4] et qui refuse toujours de disparaître dans ce vaste creuset austronésien de 280 millions d’habitants.

 

Des migrants indonésiens pour la Papouasie.

 

Marginalisés, clochardisés, discriminés quand ils ne sont pas emprisonnés ou assassinés par les militaires et policiers qui assurent la sécurité du site minier [5] les Papous tentent tant bien que mal de survivre dans cet environnement chaotique et populeux : 200.000 migrants indonésiens vivent autour du site de Grasberg là où un millier de Papous vivait dans les années 1950. L’alcoolisme, la prostitution et le sida — avec un taux de prévalence (2,4 %) six fois plus élevé que dans le reste de l’archipel — ravagent les communautés autochtones. Certains Papous tentent de se faire embaucher par cette compagnie qui « mange leur mère » et « fait tourner le lait dans ses veines ». Mais si le travail abonde, les employés ne sont pas forcément papous. La concurrence est rude et l’embauche discriminante. 40 % des 7.000 employés directs de PTFI sont Papous. Un pourcentage encore plus faible pour les 24.000 collaborateurs externes.

Grasberg à son tour arasé, Freeport Indonesia remue à présent ses entrailles estimées autour de 1,8 million de tonnes de minerais. De quoi assurer, à raison de 150.000 tonnes excavées par jour, l’activité minière pour au moins trente ans. Le contrat minier expirant en 2021 a d’ailleurs été prolongé jusqu’en 2041. Au terme d’âpres négociations et moyennant le versement de 3,85 milliards de dollars (3,2 milliards d’euros) à la maison mère américaine, le gouvernement indonésien est devenu l’actionnaire majoritaire de la filiale indonésienne PTFI. La presse indonésienne a acclamé ce retour de souveraineté nationale en matière de ressources naturelles. Le transfert technologique et les moyens financiers suivront t-ils ? 15,1 milliards de dollars seront progressivement injectés pour exploiter à 1.200 mètres de profondeur ce gisement qui nécessitera plus de mille kilomètres de galeries. Une peccadille, selon les dirigeants de PTFI, au regard des 150 milliards de dollars que promettent ces nouvelles réserves.

« Tant que Freeport exploitera nos richesses, comment imaginer l’avenir de la NGO ? »

Si le gouvernement indonésien s’en réjouit, la grande majorité des Papous s’en désolent. « Tant que Freeport exploitera nos richesses, comment imaginer l’avenir de la NGO ? L’indépendance du peuple papou ne pourra advenir que si elle se produit sur les plans économique, politique, social et culturel », résume Jeffrey Bomanak, responsable de l’Organisation pour une Papouasie libre (OPM). Or, Freeport est l’un des premiers contributeurs fiscaux de l’Indonésie. Beaucoup redoutent aussi que la catastrophe écologique ne s’aggrave et avec elle une fois encore le sort des Papous. L’environnement n’est pas une préoccupation majeure au sein des hautes sphères politiques indonésiennes et l’on voit mal comment les actionnaires de la filiale PTFI débourseraient près de quatorze milliards de dollars pour remettre en état le site que la maison mère américaine a détruit. Chacun plaide son irresponsabilité. Quant à la rentabilité de la mine, elle n’a jamais été un gage de générosité pour la majorité de ses ouvriers. En 2011, ils s’étaient battus pour augmenter leur salaire horaire, le plus faible du monde minier (1,50 dollar de l’heure, soit 1,3 euro). Aujourd’hui, ils luttent pour garder leur emploi à peine plus valorisé malgré les conditions de travail éprouvantes, plus dangereuses encore en ces temps pandémiques. Qui s’en soucie ?

 

Hautes terres centrales.

Le nouveau président américain Joe Biden vient de demander au directeur de Freeport, Richard Adkerson, d’optimiser sa production de cuivre pour répondre à la transition écologique voulue par la nouvelle administration. Les voitures électriques utilisent en effet quatre fois plus de cuivre que les voitures à essence. L’or a lui aussi le vent en poupe comme toujours en temps de crise. Paradoxe d’une valeur refuge pourtant adossée à tout ce qui sape l’avenir de notre humanité.

________________________

Notes

[1] La Papouasie-Nouvelle-Guinée a obtenu son indépendance en 1975.

[2] L’Accord de New-York du 15 août 1962 dicté par les Américains entendait mettre un terme au conflit opposant l’ancienne puissance coloniale des Pays-Bas à son ancien colonisé : l’Indonésie.

[3] On estime entre 300.000 et 500.000 le nombre de victimes papoues engendré par le colonialisme indonésien depuis 1963.

[4] Dans les années 1960, on recensait 800.000 Papous de part et d’autre de la frontière qui coupe en deux l’île de Nouvelle-Guinée. Cinquante ans plus tard, on compte 7,5 millions d’habitants en Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) contre moins de deux millions en Papouasie occidentale.

[5] Et tout autant son insécurité pour garantir, et à la hausse, leur renouvellement contractuel.

_______________________

Précisions

Source : Philippe Pataud Célérier pour Reporterre

Carte : © Gaëlle Sutton/Reporterre

Photos :
. Chapô et photos de Papous : © Philippe Pataud Célérier /Reporterre
. La mine de Grasberg vue de l’espace (prise de la Station spatiale internationale), en 2005. /SkyTruth Galleries / Flickr

 

Source : https://reporterre.net/Mines-d-or-en-Nouvelle-Guinee-les-Papous-sacrifies-leurs-montagnes-eventrees?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_hebdo