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samedi 11 août 2012

Dévaliser les supermarchés et partager la nourriture

ZORRO – Des Espagnols dévalisent des supermarchés pour distribuer de la nourriture




Que se serait-il passé si Robin des bois avait fait ses courses au supermarché ?
Les étals bien garnis de ces temples de la consommation ont en tout cas donné des idées à une centaine de membres du Syndicat andalou des travailleurs (SAT).
Les militants sont allés mardi 8 août se servir dans les rayons de deux supermarchés sans passer par la caisse.
L'objectif : redistribuer leur vingtaine de chariots remplis de produits alimentaires à des ONG locales. Un moyen de protester contre la vie chère et les inégalités sociales, alors que l'Andalousie est une des régions d'Espagne les plus touchée par la crise, avec 33,92 % de sa population au chômage.  "Est-ce du vol ? Un acte symbolique ? Une atrocité ? Un fait violent ?" s'interrogeait mardi 8 août El Pais, en relatant la scène.

"Le moment est arrivé de mener des actions qui frisent l’illégalité, parce qu’il y a des gens pour qui tout va mal, et nous ne pouvons pas rester les bras croisés", a commenté un syndicaliste. Mais pas question pour autant de faire les choses dans le désordre. "La consigne était claire. L'objectif était de ne pas saccager. Prendre seulement des produits de première nécessité. Ni chocolats, ni yaourts,  ni desserts, mais du sucre, de l'huile, des légumes, du lait" explique ainsi le sécrétaire général du SAT, Diego Cañamero.

Et le scénario ne s'est pas déroulé de la même manière dans les deux supermarchés visés. Dans le premier, des affrontements entre les militants et la police ont eu lieu, tandis que le second supermarché a finalement accepté de lui-même d'offrir une dizaine de chariots remplis de provisions, pour une valeur de 1 000 euros.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=3nEm2WztO6I



Mais ce qui provoque le plus de débats dans les médias espagnols, c'est la présence d'élus parmi les militants.
José Manuel Sanchez Gordillo, député régional du parti de gauche Izquierda Unida, a en effet dirigé les opérations armé d'un mégaphone.
Un journaliste de la radio ABC a ainsi fait la morale à l'élu :  "J'espère que c'est la dernière fois que j'interroge un élu qui vole dans les supermarchés". "C'est un acte répréhensible à 100 % !" a-t-il insisté.
José Manuel Sanchez Gordillo n'a pas manqué de répartie."C'est cette crise qui est un vaste vol !" a-t-il lancé, à grand renfort de chiffres et de statistiques.

Un acte "intolérable" pour le ministre de l’intérieur, Jorge Fernandez Diaz, qui a lancé un mandat d’arrêt contre les militants. "Nous sommes tous conscients que ça va mal pour les gens, mais la fin ne justifie pas les moyens. Ce serait la loi de la jungle" a-t-il justifié. Un constat partagé par le président socialiste de la Junte d’Andalousie, José Antonio Grinan, "C’est une atrocité d’attaquer un supermarché quand on est député."

"Prendre de la nourriture et la donner aux familles en grande difficulté, si cela c’est du vol, alors oui je suis coupable" a répliqué le militant Francisco Molero, 23 ans. Après avoir passé une nuit au commissariat de Séville avec un autre militant, il a été remis en liberté hier mais sera poursuivi pour vol et action sous la contrainte. L'élu José Manuel Sanchez pourrait aussi être entendu par un juge. "Si je finis en prison parce que j’ai pointé du doigt les effets de la crise, ce sera un honneur pour moi" a-t-il réagi.

D'après El Mundo, la police a également été dépêchée dans une exploitation agricole du ministère de la défense occupée depuis plus de deux semaines par ces mêmes militants pour réclamer une meilleure répartition des terres dans cette région où se perpétue la tradition des grands propriétaires. L'évacuation s'est faite "sans le moindre incident" note le quotidien.

Elle refuse la Légion d'Honneur

Une chercheuse contre le crime industriel

mercredi 8 août 2012 par Pièces et main d’œuvre 

« La reconnaissance que j’appelle de mes vœux serait de voir la justice française condamner les crimes industriels à la mesure de leurs conséquences, pour qu’enfin la prévention devienne réalité ».

C’est en ces termes qu’Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l’Inserm, spécialiste de la « santé au travail », a refusé le 31 juillet 2012 la légion d’honneur proposée par la ministre Duflot.

Le parti industriel et les tenants de la réindustrialisation française, les sections CGT d’Arkema, de Peugeot et du volailler Doux n’ont pas réagi.

Nous profitons de ce geste de décence minimal – quoique exceptionnel – de la part d’une chercheuse en santé publique pour rappeler cette évidence : l’emploi tue, mais c’est en son nom que toutes les forces « progressistes », écolo-techniciennes, syndicalistes, « de gauche » réclament le « redressement productif » du pays.
Quitte à se couvrir parfois d’une opportune conversion à la décroissance, sans jamais s’attaquer au tabou de l’emploi ni à la course à l’innovation – c’est-à-dire à la destruction de nos vies - que celui-ci exige.(1)
Or chacun sait, grâce à Michel Destot, le maire PS-CEA de Grenoble que « à travers [l’innovation] apparaît le développement des activités économiques qui génère lui-même des emplois pour l’ensemble de nos concitoyens. Il y a là une véritable mine d’or, prenons-en conscience. » (2)

Depuis trente ans, Annie Thébaud-Mony documente ce que nous avons résumé par la formule « Nos emplois valent plus que nos vies ».
En 2007, elle écrit : « Le chômage, perçu comme principal problème social, a tendance à masquer les atteintes à la santé liées au travail. (…) En France, le travail tue, blesse et rend malade, à raison de deux morts par jour dus à des accidents, de huit morts par jour dus à l’amiante, de deux millions et demi de salariés exposés quotidiennement à des cocktails cancérigènes, de millions d’hommes et de femmes constamment poussés aux limites de ce qu’un être humain peut supporter, moralement et physiquement. » (3)

Surprise : cette critique de l’emploi paraît dans le Monde diplomatique, aujourd’hui porte-parole de la gauche du parti industriel - qu’on se rappelle son récent appel en faveur des nanotechnologies, des biotechnologies et des technologies convergentes, au nom d’une « nouvelle révolution productive ». (4)

Depuis trente ans, syndicalistes, associatifs citoyens et foules de gauche n’ont pas plus tiré de leçons que depuis un siècle, et continuent à réclamer plus d’encadrement du risque et de normes de protection des salariés. Or la notion même de risque professionnel, rappelle l’historien Jean-Baptiste Fressoz, fait partie de ces dispositifs conçus par l’industrie pour rationaliser son activité, pour incorporer et soumettre les ouvriers à sa comptabilité.

« Il ne faut donc pas penser le risque professionnel comme un dispositif de régulation d’un monde auparavant libéral, mais bien au contraire, comme la solution promue par les industriels et les assureurs à la crise d’une régulation préalable beaucoup plus contraignante (…). En reconnaissant que les accidents étaient intrinsèques à la société technologique, la doctrine du risque permettait à la fois de libéraliser les formes techniques et de gouverner de manière plus efficace. (…) Plutôt que la naissance de "l’Etat-providence", le risque professionnel désigne une nouvelle forme de laisser-faire, plus efficace, car faisant l’économie de la morale ». (5)

Bref, la notion de norme sous-entend un quota de pertes autorisé, avec calcul de leur coût.

Cette économie a fait l’affaire des industriels aussi bien que des syndicats, qui, en « courtiers de l’assujettissement à l’économie » (6), n’ont cessé de marchander l’encadrement des nuisances, dans leur alliance avec l’industrie pour la défense d’un modèle de production toujours plus meurtrier.

« Dans les années 1970, ce sont finalement l’analyse coût/bénéfice (on tolère un risque en fonction de l’intérêt économique des substances) et la définition de seuils qui s’imposèrent dans les instances de régulation. Les nouvelles normes internationales telles que « doses journalières admissibles » pour les aliments ou « concentration maximale autorisée » pour l’air opéraient un travestissement subtil : étant donné l’inexistence d’effet de seuil, elles consacraient de fait l’acceptation, pour des raisons économiques, d’un taux de cancer acceptable. » (7)

Qui a accepté ? Les salariés des usines polluantes, les habitants et les élus des « territoires » bénéficiaires des retombées de ces « mines d’or », une population résignée devant le progrès-qu’on-n’arrête-pas et les impératifs de la compétition économique.

Prenez Tarente, en Italie.
Quand l’Ilva, énorme aciérie, s’y installe en 1960, seuls les obscurantistes adeptes du retour à la bougie regrettent le remplacement des moutons par les hauts-fourneaux.
Même le Pape bénit ce complexe industriel qui fournit 40 000 emplois aux locaux.  

« C’était notre fleuron, évoque le maire actuel Ippazio Stefàno, mais, peu à peu, nous avons subi les désagréments de la grande industrie, l’augmentation des tumeurs et, ces dernières années, nous avons également constaté la croissance des maladies cardio-vasculaires, même chez des adultes de 45-50 ans. » (8)

Surmortalité supérieure de 10 à 15 % à la moyenne nationale, malformations, maladies respiratoires, interdiction de consommer la viande locale et pour les enfants de jouer dehors : la dioxine règne à Tarente, et il aura fallu 52 ans de crime industriel pour que la justice mette sous séquestre une partie de l’usine, le 26 juillet 2012.

Nos emplois valent plus que nos vies.

Annie Thébaud-Mony : « Au terme de trente ans d’activité, il me faut constater que les conditions de travail ne cessent de se dégrader, que la prise de conscience du désastre sanitaire de l’amiante n’a pas conduit à une stratégie de lutte contre l’épidémie des cancers professionnels et environnementaux ».

Nous perdons depuis trente ans, faute de nommer les maux qui nous affligent.

Ceux qui ne font que leur boulot font un sale boulot, et les crimes industriels sont aussi commis par ceux-là.

On ne se lamentera pas sur la fermeture de PSA et du groupe Doux.

Brisons les machines à produire le cancer.


Lire aussi : Le cancer de l’industrie – Syndicalisme et chimiothérapie, Pièces et main d’œuvre, mai 2012


NOTES

- 1 Cf Sous le soleil de l’innovation, rien que du nouveau !, Pièces et main d’œuvre, mai 2012
http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=378

- 2 In L’espace alpin et la modernité, bilan et perspectives au tournant du siècle, sous la direction de Daniel J. Grange, PUG 2002

- 3 Le travail, lieu de violence et de mort, Le Monde diplomatique, juillet 2007

- 4 Industrie, le socle de la puissance, Le Monde diplomatique, mars 2012

- 5 Jean-Baptiste Fressoz, L’Apocalypse joyeuse, une histoire du risque technologique (le Seuil, 2012)

- 6 Encyclopédie des Nuisances, Adresse à tous ceux qui ne veulent pas gérer les nuisances mais les supprimer, 1990

- 7 Jean-Baptiste Fressoz, op. cité

- 8 La Libre Belgique, 4/08/12


http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=382

samedi 4 août 2012

Thème du prochain CaféRepaire du Conflent

Le thème du prochain CaféRepaire du Conflent sera :

"Le Mexique : 


Une offensive sans précédent ; où en sont les résistances ?
Rencontre avec un témoin de passage : Georges Lapierre"

Bienvenue à tous ce jeudi 16 août 2012, 19h30, au bar du Canigou, Villefranche de Conflent.


Bonjour,
J'ajoute au message ci-dessus que Georges Lapierre est l'auteur d'un remarquable petit livre intitulé "La voie du Jaguar", (L'Insomniaque Editeur, 2008) dans lequel il mène une conversation passionnante avec quelques représentants du mouvement social dans l'Etat de Oaxaca au Mexique. 
Il pointe notamment le rôle de la communication dans ce mouvement, l'opposition au concept de "développement", la construction de l'autonomie à partir de valeurs communes de reconnaissance de l'autre et de réciprocité, etc ...
SE

vendredi 3 août 2012

Le purin de cochon au service des énergies renouvelables, une utopie ?

Nous avons reçu ça

 
hola !

connaissez-vous La Chaîne Parlementaire ?
elle est composée de deux canaux qui alternent à l'antenne
-LCP Assemblée nationale  www.lcp.fr
-Public Sénat www.publicsenat.fr

bien que leurs sites internet ne soient pas très bien tenus à jour, leur programmes à l'antenne sont souvent des plus intéressants et ce ne sont certes pas les séances de réflexion des commissions qui le sont le moins … à entendre la qualité de certains débats, on se demande comment les décisions qui en résultent sont si souvent indigentes …

j'ai vu par exemple ce matin même (alors que mes articulations me clouent à la maison)
 

... une émission qui ferait rêver plus d'un écolo :
 
la communauté de communes du Méné à Saint-Gouéno en Bretagne 
à décidé de parvenir à l'autonomie énergétique en 2025
 
et s'emploie très activement à y parvenir tout en développant ses activités économiques
 
 
http://www.publicsenat.fr/vod/les-pieds-sur-terre/la-bretagne/jacky-aignel,dominique-rocaboy/70485

Merci à Marcel pour son envoi