Le mot de la semaine
| À l’école, le masculinisme résiste à la prévention qui monte
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Lors d’une séance en 5e, une élève a pris la parole pour expliquer
qu’il était difficile de parler des violences, puisqu’elle voyait en
chaque adulte un agresseur potentiel : le chauffeur de bus,
l’enseignant, le médecin, le policier. J’ai demandé si d’autres élèves
ressentaient la même chose, et la grande majorité des mains se sont
levées. » Marie Simon, enseignante, a publié un texte dans le Club de Mediapart après avoir témoigné pour cet article
sur la difficile mise en place de l’éducation à la vie affective,
relationnelle et sexuelle (Evars) dans les écoles. Malgré l’adoption
d’un programme officiel en 2025, victoire d’une mobilisation de
plusieurs décennies, cet enseignement repose encore sur le bon vouloir
individuel des personnels de l’éducation. Imprimer dans les
jeunes esprits les mécanismes de la discrimination, leur apprendre à
détricoter les stéréotypes de genre, comprendre les contours de leur
intimité et les frontières du consentement : l’Evars pourrait être le
nerf de la guerre contre les violences sexuelles.
Mais
désemparée face à un groupe d’élèves imprégnés de culture raciste et
masculiniste, Marie Simon témoigne de son esseulement, et raconte
comment, identifiée comme sensible à ces sujets (« madame égalité femme-homme »), des comportements menaçants l’ont amenée à demander la protection fonctionnelle.
Outre l’histoire de Marie, paradigmatique des manques et hypocrisies
institutionnelles, les enseignant·es doivent échafauder des subterfuges
pour contourner les parents réfractaires, bidouiller ProNote pour éviter
les absentéismes volontaires, faire oeuvre pédagogie préventive. En
l’absence de volontarisme politique, l’éducation à la vie affective et
sexuelle demande des trésors d’inventivité et de motivation. ll manque
du temps, de l’argent, des dispositifs pour contrecarrer les campagnes
de désinformation des collectifs d’extrême droite qui, de loin en loin,
instillent des doutes et créent des méfiances infondées. Mais pour la sociologue Yaëlle Amsellem-Mainguy, en contraste avec l’époque des ABCD de l’égalité,
malgré des protestations sonores, la prise en compte des violences a
imperceptiblement progressé à l’école. Grâce à la mobilisation des
féministes, de profs avant-gardistes et du Planning familial aujourd’hui
mis au ban de l’école, un consensus solide s’est malgré tout construit
autour de l’Evars, et le corps enseignant est peuplé d’enseignant·es qui
savent combien ces séances sont essentielles à la construction d’une
culture collective d’égalité. Et surtout, les enfants parlent,
davantage qu’autrefois - c’est même ce qui pousse certains
établissements, submergé·es ou en sous-effectif, à freiner les séances
d’Evars. Mais en laissant seul·es les plus investi·es sur le sujet, la « neutralité complice » de l’institution, comme l’écrit Marie Simon, ajoute de la violence à la violence. Or, « si cette élève de 5e pense que tous les adultes sont des agresseurs potentiels », ajoute-t-elle, «
alors la question n’est pas seulement de protéger les enfants. Elle est
de savoir dans quelles conditions cette protection peut redevenir
crédible. » |
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