Par Sarah Benhaïda, journaliste au pôle politique de Mediapart
Chaque jour, des gens prennent le temps de taper des messages
d’insulte, de réaliser des photomontages racistes ou de laisser des
commentaires xénophobes, islamophobes ou négrophobes pour les insulter :
pour les candidats et candidates racisées aux municipales des 15 et 22
mars, cette élection est celle de la déferlante raciste. Une vague bien
plus grande encore qu’aux élections précédentes, disent celles et ceux
qui se sont déjà soumis au suffrage.
Dans un pays où la
représentation nationale se lève pour une minute de silence en hommage à
un militant d’extrême droite, où des néofascistes peuvent défiler aux cris de «sale bougnoule» et «sale race de merde»
sous les saluts nazis, la parole raciste – si elle en avait besoin –
s’est libérée. Les débats des municipales l’ont encore montré. On ne
compte plus le nombre de digues qui ont sauté quand citer Maurras (Aurore Bergé) ou Pétain (Martine Vassal) n’est désormais plus tabou, mais revendiqué et répété.
Les candidats et candidates que Mediapart a rencontré·es s’accrochent. Mais combien d’autres ont jeté l’éponge? Combien d’autres continuent à se dire que la fonction d’élu·e, ce n’est pas pour eux ou pour elles?
Des partis, comme Les Écologistes, se sont dotés de charte appelant à
plus de diversité. Mais ces textes non coercitifs sont généralement
ignorés dès le lendemain de leur adoption. Des associations lancent
aussi des appels à des villes antiracistes ou des listes représentatives. Mais là aussi, nulle contrainte pour imposer cette nouvelle parité.
Pourtant, la question est démocratique et urgente car, affirme
Nassurdine Haidari, président du Conseil représentatif des associations
noires (Cran), «toute
une génération ne veut plus aller voter parce qu’elle se dit que ça ne
sert à rien de voter pour des gens qui ne lui ressemblent pas et qui ne
vivent pas ce qu’elle vit». Et de prévenir : «Cette désertion des urnes, par ricochet, ça arrange les affaires du Rassemblement national.»
Le parti lepéniste et sa pratique du pouvoir, les habitant·es racisé·es
de Perpignan (Pyrénées-Orientales) sont probablement celles et ceux qui
en témoignent le mieux. Dans la vidéo de mes collègues Bérénice Gabriel
et Khedidja Zerouali, ils et elles racontent les «provocations au quotidien»
du maire Louis Aliot, entre nostalgie de la colonisation française en
Algérie, brutalité urbanistique et campagnes islamophobes. Une
piqûre de rappel salutaire à l’approche de municipales pour lesquelles
Jordan Bardella et Bruno Retailleau, toute honte bue, appellent à faire «barrage» et à dérouler le «cordon sanitaire» autour de La France insoumise.
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