Mais
de quoi se plaignent au juste ces vils « preneurs d’otages » ? En
premier lieu et sans surprise, de leur traitement qui, comme celui
d’autres agents de la fonction publique, est loin d’être mirobolant,
même agrémenté de quelques primes. Vient ensuite un gros besoin de
reconnaissance. Une notion floue dans laquelle s’agrègent un
environnement de travail pas terrible, des horaires de nuit, le boulot
les jours fériés, des clients irascibles, injurieux ou violents
physiquement… Les négociations engagées avec la direction de la SNCF ont
permis des avancées sociales saluées par certains syndicats (Unsa
Ferroviaire, CFDT Cheminots), mais insuffisantes pour d’autres (Sud
Rail, CGT Cheminots). Ces deux derniers avaient d’ailleurs le cul entre
deux voies. Ils maintenaient un préavis de grève (qui rendait possible
le mouvement), mais n’appelaient pas officiellement à l’action
collective ! D’où des explications alambiquées de divers responsables
syndicaux pour tenter de justifier cet inconfortable grand écart. Et si
faire grève durant cette période est « inacceptable » pour
certains leaders syndicaux – Laurent Berger, de la CFDT –, c’est
carrément sacrilège pour les éditorialistes et les politiques, où c’est
l’affolement total. À la veille du conflit du 23 au 26 décembre, Olivier
Véran, porte-parole du gouvernement, demandait purement et simplement
aux grévistes de « renoncer » à faire grève. Et Bruno Le Maire,
le ministre de l’Économie, faisait le fier-à-bras en demandant à la
direction de la SNCF de trouver « une solution dans les prochaines heures, je dis bien dans les prochaines heures ». Tandis
que le patron de la SNCF faisait déjà une croix sur le petit Jésus et
la dinde, et tentait vaille que vaille de sauver le jour de l’An. Bref,
panique à bord de trains restés à quai.
C’est
que ce mouvement parti de la base est du genre atypique : construit en
collectif, lancé sur Facebook, il déborde les syndicats par son côté
jusqu’au-boutiste. Une bronca qui ose la comparaison avec les « gilets
jaunes » ? Pas vraiment puisque, contrairement au mouvement de 2018, le
collectif de contrôleurs demande quand même le soutien des syndicats et
entend « travailler » avec eux. Les organisations syndicales,
elles, ont un peu de mal avec la temporalité de cette grève qui rend
très impopulaire ce mouvement social en privant 200 000 personnes de
fêtes en famille. Construit hors des structures syndicales,
s’affranchissant des codes implicites des mouvements sociaux – on
discute, on menace, on temporise à certaines périodes et on espère une
reprise du mouvement plus tard –, le collectif national ASCT a rassemblé
sur les réseaux sociaux quelque 3 500 contrôleurs sur 10 000 environ,
soit un peu plus d’un tiers des effectifs. Pas si mal pour une
mobilisation que la direction de la SNCF dit ne pas avoir vue venir et
qui peut, à terme, inquiéter les centrales syndicales dans leurs
traditionnels modes d’action : à savoir des journées de grève à
répétition et à efficacité limitée. Un train-train dont les salariés
sont las. ●
Natacha Devanda
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