Quant
au projet de parking, il a suscité une mobilisation citoyenne sans
précédent. Depuis un an, le collectif Bancs publics (référence qui
n’aura pas échappé aux brassenssophiles) a lancé une pétition qui a
déjà recueilli près de 16 000 signatures2. Et les arguments ne manquent
pas.
Pour
commencer, le kiosque fait partie des édifices à conserver, selon la
réglementation des « zones de protection du patrimoine architectural,
urbain et paysager ». Idem pour les tilleuls, qui ont été qualifiés d’« arbres remarquables et alignements d’arbres à préserver » par l’agence régionale de la biodiversité. Sur ce plan, le Code de l’environnement est formel (article L. 350–3) : « Le fait […] de modifier radicalement l’aspect d’un ou de plusieurs arbres d’une allée ou d’un alignement d’arbres est interdit. »
À
en croire la municipalité, il n’y aurait pas lieu de s’affoler, car les
arbres, jure-t-elle, seront replantés à l’identique après travaux. Du
pipeau, pour les opposants au parking. Les actuels tilleuls sont en
pleine terre. Or, une fois le parking terminé, ils seront replantés dans
des pots souterrains, entre la chaussée et les toits des bagnoles.
Selon le collectif Bancs publics, on se fout de la gueule des Sétois : « Aucun arbre de haute tige ne saurait se développer dans un pot, quelle que soit la dimension du pot. C’est un énorme leurre. »
À cela s’ajoute un très gros problème de flotte. Actuellement, il y a
une nappe phréatique à environ 5 m sous la surface de la place. Aménager
deux niveaux de parking ici imposerait des travaux de pompage
pharaoniques (qui assécheraient surtout les finances de la ville).
En
outre, au plan de l’urbanisme aussi, la construction d’un parking au
centre de Sète est absurde. Il en existe déjà trois en périphérie, qui
ne sont remplis qu’en été. Il suffirait d’agrandir l’un d’eux pour
éviter le saccage du kiosque à musique et des tilleuls. Les touristes
peuvent bien marcher quelques centaines de mètres, ça leur fera digérer
la friture, le pastis et les glaces !
À
l’heure où tout le monde parle de réduire la place de la voiture en
ville, voilà une charmante cité méditerranéenne qui fait exactement
l’inverse, en les attirant dans son cœur historique. Autant d’arguments
qui font aujourd’hui de Sète un haut lieu de la résistance des arbres
contre la bagnole. ●
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire