CRITIQUE TELERAMA :
A
20 ans et des poussières, ils quittent tous les deux, sans se
connaître, la Birmanie et sa misère pour émigrer clandestinement en
Thaïlande, paradis fantasmé de prospérité. La jeune fille a suivi des
études jusqu'au lycée. Le garçon, non. Ils se rencontrent sur la route, à
l'une des nombreuses étapes forcées du parcours de clandestin entre les
montagnes et la ville. Et déjà, le déséquilibre de leur relation
amoureuse se profile : il est prêt à tout pour l'aider et la protéger.
Elle se laisse faire froidement. Le cinéaste Midi Z connaît bien son
sujet : il a quitté la Birmanie de son enfance pour Taïwan. Ses frère et
soeur ont tenté leur chance à Bangkok. Une somme de détails terribles
sur le quotidien des travailleurs sans papiers émaille le récit, des
arrière-cuisines de restaurant aux usines frontalières, pareilles à des
prisons insalubres.
Le
réalisme n'est pourtant qu'un aspect de ce beau film, calme et
maîtrisé, discrètement romanesque et ouvertement tragique. Il s'agit,
avant tout, de l'imbrication fatale entre le destin commun des
clandestins et une histoire d'amour particulière.
Les
épreuves endurées par la fille comme par le garçon disent la nécessité
vitale d'une croyance à laquelle s'accrocher. Pour elle, c'est le rêve
de devenir un jour thaïlandaise. Pour lui, c'est le couple qu'ils
pourraient former ensemble, et rien d'autre... Ce malentendu, le
cinéaste parvient à l'inscrire en germe dans presque chaque image où
figure le couple. Comme dans les ténèbres de l'usine textile où ils se
disputent à propos de leur avenir, au milieu du film : tout un barrage
de filaments les sépare déjà.
— Louis Guichard
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