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Les mobilisations agricoles menées par la Coordination rurale sont une aubaine pour l’extrême droite. Les groupuscules radicaux s’y invitent, voire organisent conjointement des actions. Le tout, sans que le syndicat ne s’y oppose vraiment.
Vous lisez la troisième enquête réalisée en partenariat avec StreetPress sur la Coordination rurale.
Vous pouvez lire la première enquête ici :
https://www.blogger.com/u/1/blog/post/edit/4631025384372552186/8280394862915472355?hl=fr
Pour lire la deuxième c'est ici :
https://lemurparle.blogspot.com/2026/02/violence-racisme-climatoscepticisme-ces.html
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« Les blindés dans les cités, pas chez nos fermiers », annonçait la banderole du groupuscule identitaire Patria Albiges déployée le 13 décembre 2025 lors d’une manifestation agricole dans le village du Séquestre, dans le Tarn. Les militants d’extrême droite avaient ce jour-là rejoint la Coordination rurale (CR) locale qui bloquait la rocade à l’entrée d’Albi pour protester contre l’abattage de vaches ordonné par l’État afin d’endiguer la dermatose nodulaire contagieuse. Les nervis ont aussitôt publié sur les réseaux sociaux des vidéos de cette « action avec les agriculteurs ». Quelques jours plus tard, le nouveau secrétaire général du syndicat, François Walraet, assurait pourtant — et peut-être un peu vite — au Canard enchaîné que « la Coordination rurale n’est absolument pas noyautée par l’extrême droite ».
Cet hiver, l’extrême droite radicale s’est invitée aux mobilisations du deuxième syndicat agricole. Le 15 novembre 2025, les nationalistes de Novelum Carcassonne étaient présents durant les manifestations à Béziers aux côtés des viticulteurs de la CR de l’Hérault. Mi-décembre 2025, plusieurs groupuscules ont mené des actions simultanées : les nervis de Patria Albiges à Séquestre, le Bloc montpelliérain devant le poste de la CRS 56, les nationalistes d’Aurora en Lorraine, ceux de Valyor Chambéry à un rassemblement du syndicat agricole.
Tandis que l’Action française de Lyon, Audace Lyon, Allobroges
Bourgoin et les Bayards se sont rendus à une opération escargot
organisée par la CR iséroise qui distribuait des bonnets jaunes. Plus récemment, le 8 janvier, à Paris,
les militantes identitaires du collectif Némésis ont accueilli les
tracteurs du syndicat à grand renfort de sourires, de pancartes de
soutien et de viennoiseries.
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Ces faits d’armes sont systématiquement relayés sur les réseaux sociaux de l’extrême droite radicale. Les actions sont parfois présentées comme organisées conjointement avec les CR concernées. Sur Instagram, le groupuscule identitaire Aurora mentionne le syndicat sur son opération de collage tandis que les membres de Némésis posent bras dessus bras dessous avec le médiatique Pierre-Guillaume Mercadal, de la CR du Tarn-et-Garonne, ancien secrétaire général du syndicat pour l’Occitanie.
Le mouvement de contestation des agriculteurs, où la CR est souvent à la manœuvre, représente pour l’extrême droite groupusculaire une aubaine et un support médiatique idéal à ses discours.
Aux yeux de l’Action française (AF), par exemple, les éleveurs sont ceux qui « façonnent nos campagnes, nos villages, nos paysages, nos traditions et notre identité », explique le mouvement royaliste dans un communiqué publié en décembre 2025. Toute la mouvance fait des paysans les représentants du « pays réel » contre un « pays légal » qui trahirait la France — en résumé, les élites politiques. Une rhétorique entendue dans les manifestations agricoles début 2024 — que les militants d’extrême droite avaient déjà infiltrées — ou lors des Gilets jaunes, où les groupuscules s’étaient fait violemment expulser des manifestations par les antifascistes.
« Une collaboration entre les agriculteurs et l’Action française »
L’AF est d’ailleurs « en lien étroit » avec les agriculteurs, assure à Reporterre et à StreetPress son porte-parole Antoine Grosjean, plutôt disert sur le sujet. Sans pour autant se revendiquer de l’Action française, leurs membres paysans participeraient fréquemment aux mobilisations. Quand c’est le cas, « nous sommes extrêmement bien reçus », dit-il. La banderole déployée par la CR de la Drôme sur la tour Eiffel ce 8 janvier, avec pour message « pas de pays sans paysans », serait issue d’une « collaboration entre les agriculteurs et l’Action française ».
À la mobilisation du 8 janvier 2026 à Paris, de nombreux drapeaux royalistes et des croix de Lorraine, symbole du gaullisme, étaient visibles. © Mathieu Génon / ReporterreLe secrétaire général de l’Action française, Olivier Giot, a même tourné une vidéo ce 13 janvier sur le blocage de la M7 au sud de Lyon pour appeler les membres de l’AF à rejoindre les actions. Avec un succès à nuancer. Patrick Legras, président de la CR des Hauts-de-France, dit avoir été sollicité à plusieurs reprises par l’Action française pour des interviews, mais souligne avoir toujours refusé : « Je ne leur ai jamais répondu, je ne partage pas leurs façons de voir les choses. »
Un an plus tôt, le 4 décembre 2024, l’Action française de Lyon interviewait le président de la CR du Rhône, Serge Genevay, dans le cadre du blocage de la plateforme Lidl de Saint-Quentin-Fallavier. Savait-il à qui il avait affaire ? Ni la CR du Rhône ni celle de la Drôme n’ont donné suite à nos sollicitations.
Les identitaires profitent également des manifestations agricoles pour renforcer leurs rangs. Le 22 décembre 2025 à Tours, les néofascistes des Tours et des Lys ont installé sur la place publique un stand de « soutien aux agriculteurs » à côté d’un simulacre de pendaison d’un épouvantail grimé en paysan — un type d’action récurrent pour la Coordination rurale. Sur la table, des flyers floqués du logo du groupuscule et pas un seul agriculteur sous le barnum.
Sur Instagram, l’initiative filmée a été saluée entre autres par le mouvement Chouan, fondé notamment par Jean-Eudes Gannat, ancien porte-parole de l’Alvarium, groupuscule angevin dissous. Les membres de Patria Albiges y voient une « très bonne idée ». À Carcassonne, Novelum a carrément utilisé des vidéos tournées lors des blocages de la CR — en floutant les visages tout de même — pour son clip promotionnel.
L’extrême droite radicale se sent-elle libre de faire son beurre sur le dos de la CR en raison des liens historiques du syndicat avec la droite dure ? Née en 1991 d’une scission avec la FNSEA, le syndicat majoritaire et productiviste, la CR d’abord transpartisane s’est peu à peu radicalisée dans les années 2000, comme l’explique StreetPress. Bernard Lannes, patron de la CR de 2010 à 2022, regrettait en 2024 que le « syndicat [était] en train de perdre sa spécificité apartisane et apolitique », disait-il au Monde.
« L’extrême droite y voit une porte ouverte »
C’est particulièrement vrai dans le Sud-Ouest où l’ex-président de la section du Lot-et-Garonne — la CR 47 est connue pour ses actions choc —, Serge Bousquet-Cassagne ne cache pas son affection pour le RN. Non loin, la CR du Gard était dirigée jusqu’en 2015 par Richard Roudier, le fondateur du groupuscule identitaire la Ligue du Midi, qui est toujours bien implantée dans la branche locale, comme nous l’avons révélé. « L’extrême droite y voit une porte ouverte », déplore la membre syndicale de la CR du Tarn, avant d’ajouter : « Ce n’est pas notre combat, on ne veut pas y être associés. »
Pas si simple. Si les groupuscules d’extrême droite radicale claironnent haut et fort leur soutien aux agriculteurs sur les réseaux sociaux, il n’en va pas de même sur le terrain. Entre les tracteurs et les bottes de paille, ils se font discrets. À Séquestre dans le Tarn, comme à La Tour-du-Pin dans l’Isère, aucun n’a revendiqué son appartenance à la fachosphère locale, difficile pour les agriculteurs de savoir précisément à qui ils ont affaire. « Ils ne nous ont pas dit qui ils étaient, raconte la membre de la CR du Tarn. Ils sont venus faire des photos et ils sont repartis. » Le coprésident de la CR de l’Isère, Thierry Boiron, se souvient de jeunes hommes qui se sont présentés comme « des étudiants lyonnais ».
La membre tarnaise dit effacer systématiquement les messages et les commentaires de ces groupuscules reçus sur les réseaux sociaux du syndicat. « S’ils reviennent à nos manifs, on les dégagera, assure-t-elle. Ça me dégoûte. »
De son côté, Thierry Boiron enjoint ses membres à ne pas donner de bonnets jaunes aux non-adhérents. « Il y a des gens non-agriculteurs et non-syndiqués qui prennent les bonnets et s’incrustent », s’indigne-t-il et ajoute : « Moi, derrière, je suis convoqué à la gendarmerie et je dois nettoyer leurs dégâts. »
La CR de l’Hérault ne se sent pas concernée par le problème. Son secrétaire général, Arnaud Poitrine, estime que les actions de sa section parlent d’elles-mêmes. « Nous faisons des manifestations conjointement avec la Confédération paysanne [syndicat agricole classé à gauche], des conférences de presse avec des députés écolos, nous sommes plusieurs à être en bio », énumère-t-il. Et de rappeler que chaque section est indépendante.
C’est l’argument de l’instance nationale du syndicat qui renvoie la balle aux CR départementales. À elles de redresser la barre en communiquant sur l’absence de liens avec les mouvements d’extrême droite locaux. « Nous n’avons pas de remontée au niveau national. Ces groupuscules ne sont ni conviés ni souhaités. C’est à chacun de s’autogérer. » Pourtant, ce 8 janvier, dans la capitale, aucun communiqué de la branche nationale du syndicat n’est venu condamner la proximité évidente entre certains agriculteurs de la CR et les identitaires de Némésis. Un oubli, sans doute.
Contactés par Reporterre et StreetPress, Alice Cordier de Némésis et les différents groupuscules d’extrême droite radicale cités n’ont pas répondu à nos sollicitations. Quant au Bloc montpelliérain, ils se sont simplement fendus d’un émoji « mort de rire ».
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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ?
Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer.
En Californie, les loutres de mer,
autrefois presque exterminées pour leur fourrure sur la côte
californienne, jouent un rôle clé dans la régénération des forêts de
varech (kelp), écosystèmes marins importants comme puits de carbone. Leur présence permet de contrôler les populations de oursins qui détruisent ces forêts, et des programmes de protection cherchent à renforcer leur population (ORF Science).
Au Mexique, l’ONG Humane
World for Animals a signé en janvier 2026 un accord avec l’agence
fédérale PROFEPA pour soutenir la stratégie nationale de lutte contre le
trafic d’espèces sauvages. Le partenariat prévoit sensibilisation du
public, formation des autorités et coopération internationale pour renforcer l’application des lois (Humane World for Animals).
À Édimbourg, le Parlement écossais a voté l’installation obligatoire de briques à cavité (« swift bricks ») dans toutes les nouvelles habitations afin de favoriser la nidification des martinets, dont la population a chuté de 60 % depuis 1995. La mesure, soutenue par le gouvernement écossais, contraste avec l’Angleterre où leur usage n’est pas juridiquement contraignant (The Guardian).
Dans la baie de Kesennuma (préfecture de Miyagi), Shigeatsu Hatakeyama a lancé dans les années 1980 un vaste programme de reforestation pour restaurer l’apport en nutriments essentiels aux huîtres, après des marées rouges liées à la déforestation et aux pollutions. Son initiative « Mori wa Umi no Koibito » a permis de régénérer l’écosystème et de relancer la production ostréicole (La Relève et la Peste).
Eau de Paris a aidé 123 agriculteurs à réduire de 77 % les pesticides autour des captages, évitant 55 tonnes de substances depuis 2020.
Financé à 80 % par l’Agence de l’eau, le programme prouve qu’une
protection stricte de l’eau potable est possible sans pénaliser les
exploitants. (La Relève et la Peste)
À Saint-Chamas et dans d’autres sites naturels des Bouches-du-Rhône, des
personnes condamnées à des travaux d’intérêt général participent à des
chantiers écologiques encadrés par le Conservatoire d’espaces naturels
Paca. Cette alternative à la prison pour des infractions mineures vise à favoriser la réinsertion sociale tout en contribuant à la protection de la biodiversité (Reporterre).
Lors du spectacle de la mi-temps du Super Bowl à Santa Clara, le chanteur portoricain Bad Bunny a célébré la culture latino-américaine en chantant presque exclusivement en espagnol,
une première dans l’histoire de la NFL, avec une apparition surprise de
Lady Gaga. Sans discours politique frontal, l’artiste a néanmoins
irrité Donald Trump, qui a dénoncé sur Truth Social un « affront à la grandeur de l’Amérique » ( Ouest-France ).
Un traitement expérimental à
base d’hémoglobine de ver marin, capable de transporter jusqu’à 40 fois
plus d’oxygène que celle de l’humain, montre des résultats prometteurs
pour régénérer la peau des grands brûlés. Déjà utilisé
notamment pour des victimes de l’incendie de Crans-Montana, ce gel
pourrait révolutionner la cicatrisation, sous réserve d’essais cliniques
supplémentaires ( France Info ).
La population sauvage de loups gris mexicains a augmenté de 24
% en 2019, passant de 131 à 163 individus en Arizona et au
Nouveau-Mexique, selon un recensement du U.S. Fish and Wildlife Service. Malgré cette progression encourageante, les défenseurs de la biodiversité alertent sur les risques de consanguinité et demandent la reprise des réintroductions de meutes familiales pour renforcer la diversité génétique (World Animal News).
À Paris, des boulangeries vendent désormais le pain de la veille à prix réduit dans le cadre de l’opération « Demain est déjà antigaspillage », une initiative qui lutte contre le gaspillage alimentaire tout en rendant le pain plus accessible. (We demain)