Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

BLOG EN COURS D'ACTUALISATION...
...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...

vendredi 17 février 2017

Macron et l’environnement : de belles promesses, un lourd passif

Macron et l’environnement : 

de belles promesses, 

un lourd passif

13 février 2017 / par Emilie Massemin (Reporterre)

Croissance « réfléchie », énergies renouvelables, recul du diesel... M. Macron s’est entretenu avec le WWF, annonçant les lignes de son programme sur l’environnement. Mais ce programme respire l’improvisation, alors que, ministre de l’Economie, il multipliait les mesures anti-environnement.

----------------------------------------------------------------------------------------


« Depuis la révolution industrielle, nous sommes en train de surconsommer la planète, mais aussi de la détruire. Or ce qui nous fait, c’est cette planète ; si nous perdons de vue ce qui nous rassemble, ce que nous allons léguer à nos enfants, nous trahissons ce que nous sommes. » Cette envolée lyrique n’est pas sortie de la bouche d’un militant écologiste convaincu, mais de celle d’Emmanuel Macron, leader du mouvement En Marche ! et candidat à l’élection présidentielle. Invité jeudi 9 février par le WWF à dévoiler son programme environnemental, l’ancien ministre de l’Economie a annoncé plusieurs mesures. Serait-il devenu écolo ? Assurément non, et son bilan de ministre de l’Economie ne plaide pas en sa faveur.

Si Emmanuel Macron a reconnu qu’actuellement, « la croissance n’est pas soutenable », il n’est pas question pour lui de renoncer au redressement de la courbe du PIB. Le candidat a dit croire en une croissance « choisie, réfléchie » même si l’on « ne peut pas créer, produire durablement si l’on ne voit pas qu’on surconsomme ».

Qu’il ait plaidé pour une croissance respectueuse de l’environnement semble étonnant au regard de sa « loi sur la croissance et l’activité » d’août 2015. L’ancien ministre de l’Economie, ouvertement néo-libéral, préconisait entre autres l’ouverture des commerces douze dimanches par an (contre cinq auparavant) et la création de zones touristiques internationales où les magasins peuvent ouvrir tous les dimanches et le soir jusqu’à minuit – une étrange manière de lutter contre la « surconsommation ».

Un décret de la loi Macron prévoyait aussi d’accorder des dérogations pour l’affichage publicitaire : panneaux de 50 mètres carrés dans les stades de plus de 15.000 places, panneaux scellés au sol dans les communes de moins de 10.000 habitants (interdits jusque-là), suppression des seuils relatifs à la luminosité et agrandissement des surfaces autorisées. M. Macron a finalement dû renoncer à toutes ces dispositions, sauf celle concernant les stades, sous la pression de la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal.

Energies renouvelables, extractivisme, nucléaire : un programme plein de contradictions

 

Emmanuel Macron a promis au WWF la fermeture des centrales à charbon françaises (au nombre de quatre). Il s’est également engagé à ne plus accorder de permis d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures, oubliant qu’il avait cosigné avec Mme Royal, en septembre 2015, cinq arrêtés accordant trois permis exclusifs de recherches d’hydrocarbures et en prolongeant deux autres. La ministre de l’Ecologie avait alors précisé au quotidien Le Monde que cette décision avait fait l’objet d’un « arbitrage ministériel au niveau de Matignon » car « Bercy voulait donner tous les permis, j’ai obtenu d’en bloquer quatre ».

Par ailleurs, M. Macron a assuré qu’il n’y aurait pas d’exploitation de gaz de schiste pendant son quinquennat... tout en se déclarant favorable à la poursuite de la « recherche théorique » sur les méthodes d’extraction « pour éviter que la recherche ne soit capturée par les groupes industriels mondiaux ».

Il a aussi souhaité « qu’on puisse avancer dans les projets de mines dans le cadre du projet “mines responsables” pour créer de l’emploi sans impact sur la biodiversité, sans rejets d’arsenic ». L’ancien ministre n’a jamais fait mystère de son intérêt pour l’industrie minière. En visite en Guyane en août 2015, il avait jugé que le projet de mine d’or à ciel ouvert Columbus Gold (une fosse de 2,3 kilomètres de de longueur, 800 mètres de largeur et 250 mètres de profondeur en pleine forêt primaire) «  [participait] pleinement au renouveau minier de la France ». Ce qui ne l’empêche pas d’afficher le souhait que « la biodiversité ultramarine soit protégée » et de prévoir d’organiser une grand conférence sur la biodiversité dans les Outre-Mer.

Se disant fidèle à la loi sur la transition énergétique (LTE), M. Macron s’est engagé à réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique à 50 % en 2025 (contre 75 % environ aujourd’hui) et à porter à 32 % en 2030 la part des énergies renouvelables. Pour cela, il a annoncé qu’il publierait « la totalité du calendrier des appels d’offres pour les énergies renouvelables » dès le début de son quinquennat, qu’il garantirait 30 milliards d’euros d’investissements privés dans ce secteur et qu’il simplifierait les procédures d’autorisation pour les installations (éoliennes, méthaniseurs, etc.).

Le candidat s’est par ailleurs engagé à lancer un plan de rénovation énergétique des bâtiments. Objectif, un million de passoires énergétiques rénovées à l’issue de son quinquennat, complété de 300.000 logements supplémentaires par an dont le bilan énergétique est moins mauvais, mais dont les habitants bénéficieraient tout de même de subventions (non chiffrées et non financées par M. Macron).




Il a confirmé la fermeture de la centrale de Fessenheim - une promesse faite en 2012 par M. Hollande, dont M. Macron a été pendant quatre ans le conseiller puis le ministre. Le candidat d’En Marche ! a botté en touche concernant les autres centrales et s’est retranché derrière les futures décisions de l’Autorité de sûreté nucléaire relatives à l’allongement de la durée de vie des réacteurs.

Une position incohérente, car s’il souhaite poursuivre les objectifs de la LTE comme il l’affirme, il n’est pas possible de concilier la baisse de la part du nucléaire dans le mix énergétique, l’augmentation de la part des énergies renouvelables et la baisse de la consommation électrique prévue par cette loi (20 % en 2030 et 50 % en 2050 par rapport à 2012) sans fermer d’autres centrales. Or M. Macron a réaffirmé son attachement à l’industrie nucléaire. L’atome permet, selon lui, « une production d’électricité très peu carbonée » et qui « assure notre souveraineté énergétique même s’il reste des incertitudes sur la production de matières fissiles ».

Ministre de l’Economie, M. Macron avait soutenu à fond l’investissement d’EDF dans les deux EPR anglais d’Hinkley Point (évalués à 23,7 milliards d’euros, dont 16 milliards à charge de l’électricien français), malgré le désastre des chantiers de Flamanville (Manche) et Olkiluoto (Finlande). Il avait également glissé un amendement favorable au projet d’enfouissement des déchets radioactifs Cigéo à Bure (Meuse) dans sa loi – amendement qui a été censuré par le Conseil constitutionnel.

Plus ouvert sur Notre-Dame-des-Landes ? En réalité, Emmanuel Macron a soutenu plusieurs grands projets inutiles et imposés


Alors qu’il avait d’abord déclaré sur France Inter le 1er février que « le peuple s’est exprimé, je suis pour respecter cette décision », Emmanuel Macron s’est montré plus mesuré concernant le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Il a annoncé qu’il tiendrait compte du vote, mais qu’il se donnerait six mois pour évaluer la situation « en termes d’ordre public » sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes - « je ne veux pas de violence » - et qu’il nommerait un rapporteur indépendant chargé d’étudier un projet alternatif d’aménagement de l’aéroport actuel de Nantes-Atlantique. Une façon de botter en touche, puisque ce projet existe déjà et a été étudié officiellement par des experts du ministère de l’Environnement.

L’ancien ministre de l’Economie n’a jamais été vraiment regardant sur les impacts environnementaux des projets qu’il a défendus. Ainsi, malgré son démenti du 16 janvier dernier à Quimper, il avait bien accordé en avril 2015 une concession d’exploitation de quinze ans à la Compagnie armoricaine de navigation pour l’extraction de sable marin dans la baie de Lannion (Côtes-d’Armor). Un chantier désastreux sur le plan écologique, qui détruit la faune marine des fonds et favorise l’érosion des côtes.

Même désinvolture concernant les boues rouges toxiques rejetées dans les Calanques par l’usine Alteo. En visite à Gardanne en janvier 2016 sur le thème du « renouveau industriel » de la France, M. Macron avait rassuré les dirigeants de l’entreprise que « la fermeture de l’usine n’était pas à l’ordre du jour ». Qu’importait l’obligation formulée en 1995 par Corinne Lepage, de cesser tout rejet toxique à partir du 31 décembre 2015. L’ancienne ministre de l’Environnement ne lui en a manifestement pas tenu rigueur, puisqu’elle a récemment rallié sa candidature.

La loi Macron a théorisé ce principe de « l’économie et l’emploi d’abord ». Plusieurs articles avaient pour but « d’accélérer les grands projets pour favoriser le retour à la croissance » en permettant au gouvernement de réformer le droit de l’environnement par ordonnance, y compris l’étude d’impact et la participation de la population par le biais de l’enquête publique. La loi prévoyait aussi, entre autres, de réduire les délais de recours et de rendre impossible la démolition de constructions illégales en-dehors des zones protégées. Sur un site d’information spécialisé dans la chasse, M. Macron déclarait par ailleurs qu’il « ne [saurait] dissocier la chasse des problématiques qu’affrontent bien des activités et bien des secteurs en France, à savoir l’excès de normes et l’inadaptation de celles-ci à la réalité du quotidien ».

Diversifier les transports et s’affranchir du diesel : pas une priorité





Emmanuel Macron n’a pas démenti son indulgence à l’égard du diesel. « Il n’y aura pas de suppression du diesel en 2025 », a-t-il martelé, au motif que cela « sacrifierait les ménages modestes qui vivent en banlieue ». A la place, il a prévu la convergence totale des fiscalités du diesel et de l’essence « en augmentant un peu chaque année la fiscalité du diesel ». Il a également annoncé une prime à la conversion de 1.000 euros (non chiffrée au niveau global, non financée) pour les propriétaires d’un véhicule de catégorie Euro 1, 2 ou 3 qui s’en débarrasseraient au profit d’un véhicule hybride ou non diesel, neuf ou d’occasion. Il s’est également engagé à tenir une concertation avec les industriel en vue de la diversification de la production vers plus de voitures hybrides, électriques ou à hydrogène et à accélérer le déploiement de bornes électriques sur tout le territoire.

En visite dans une usine de fabrication de pièces de moteur diesel dans l’Aveyron en août 2016, l’ancien ministre de l’économie s’était agacé contre les mesures anti-pollution de la maire de Paris Anne Hidalgo qui « n’est pas ministre de l’Industrie » et avait estimé « qu’il ne faut pas faire la chasse au diesel ». En janvier 2016, alors que Renault venait d’être perquisitionné par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), il était monté au créneau pour soutenir le constructeur français dont la situation n’était selon lui « en aucun cas comparable » à celle de Volkswagen, qui avait truqué le système anti-pollution de ses moteurs.

La loi Macron a également libéralisé le transport par autocar, une mesure vivement contestée par les militants écologistes. Enfin, il a été l’artisan d’un accord très favorable aux sociétés autoroutières, signé en avril 2015. Celles-ci se sont engagées à financer 3,2 milliards d’euros de travaux en échange de l’allongement des concessions qu’elles réclamaient – un arrangement à rebours de toutes les recommandations parlementaires, de l’Autorité de la concurrence et de la Cour des comptes. Quand le militant écologiste Raymond Avrillier lui a demandé les nouveaux contrats de concession, M. Macron a refusé de les lui fournir. Le bras de fer s’est prolongé jusqu’au tribunal administratif de Paris, qui a enjoint le ministre de l’Economie de communiquer les fameux contrats, selon nos confrères de Mediapart.

L’agriculture n’intéresse pas beaucoup M. Macron

 

Emmanuel Macron s’est montré peu disert sur l’agriculture. Il a annoncé une enveloppe de 5 milliards d’euros pour aider les agriculteurs à « monter en gamme », sans préciser comment il la financerait et sans prévoir de soutien particulier pour l’agriculture biologique. Il a également promis 200 millions d’euros pour récompenser les services environnementaux rendus par les agriculteurs, sans donner plus de détails sur ce qu’il entendait par service environnemental. S’il a confirmé l’interdiction des OGM, il a néanmoins plaidé pour la poursuite de la recherche scientifique dans ce domaine - même bizarrerie que dans le cas du gaz de schiste. S’il a plaidé pour une « réintroduction harmonieuse et précautionneuse » de l’ours dans les Pyrénées et pour une certaine tolérance à l’égard du loup, il a tenu à préciser que les agriculteurs devaient « pouvoir réagir » en cas d’attaque – autrement dit, tirer.

Côté consommateurs, le candidat d’En Marche a annoncé un Grenelle de l’alimentation dès son arrivée au pouvoir ainsi qu’un objectif de 50 % de « produits bio, écologiques ou issus de circuits courts » dans la restauration collective – par « écologique », comprendre « labels et certifications moins lourds et contraignants que le bio », sans plus de précision. S’il a déclaré aimer « la formidable viande française » et continuer à en manger, M. Macron s’est toutefois montré soucieux du bien-être animal. « J’ai rencontré un éleveur finistérien qui avait installé des capteurs sur ses vaches pour mesurer leur bien-être », s’est-il enthousiasmé, avant de promettre l’interdiction de la vente d’oeufs en batterie en grandes surfaces à partir de 2025. Il s’est également engagé à la modernisation des abattoirs en s’excusant une nouvelle fois au passage pour les « propos maladroits » qu’il avait tenus à l’endroit des ouvriers – en 2014, il avait qualifié « d’illettrées » les ouvrières de l’abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau (Finistère).

Au total, le programme sur l’environnement du candidat parait désordonné et imprécis, et laisse le sentiment d’une improvisation. Un confrère, qui a tenté pendant des semaines d’obtenir une déclaration de Macron concernant le respect des droits humains dans l’approvisionnement des multinationales, n’a jamais obtenu de réponse – sa chargée de communication a fini par lui raccrocher au nez. « Certes, Emmanuel Macron n’est pas un écologiste (…) mais c’est un homme qui sait évoluer », a plaidé Corinne Lepage pour justifier son ralliement. Il en faudra davantage pour convaincre les électeurs préoccupés par la protection de l’environnement.



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Pour Emmanuel Macron, « le nucléaire est un choix résolument moderne »

Source : Emilie Massemin pour Reporterre
Images :
. dessin de © Tommy Dessine/Reporterre
. WWF : capture d’écran du compte twitter d’Emmanuel Macron
. péage autoroutier : © Laurent Mignaux/Terra


Source : https://reporterre.net/Macron-et-l-environnement-de-belles-promesses-un-lourd-passif

jeudi 16 février 2017

Brulls : PLUi - REUNION PUBLIQUE le 20 février 2017 à PRADES

On a reçu ça :

Bonjour,

l'annonce pour la REUNION PUBLIQUE le 20 février 2017 à PRADES (18h30 salle LOUSA) vient de paraître.

Le Collectif CEBTA lance un appel à tous pour aller y manifester notre intérêt et nos exigences pour la défense des terres agricoles dans le cadre du PLAN LOCAL D'URBANISME INTERCOMMUNAL (PLUi).

Si l'annonce précise que cette réunion publique "intéresse spécifiquement la population pradéenne", nous rappelons :

- que les enjeux du PLUi pour l'ensemble des communes sont soumis à la position centrale et principale de Prades dans le dispositif
- que l'avenir des terres des BRULLS à Prades dépendra de la mobilisation jusqu'à la fin de l'élaboration du PLUi et que cela concerne tout le Conflent

De Prades et d'ailleurs, allons-y encore nombreux.

L'assemblée de notre Communauté de Communes qui votera le PADD (Plan d'Aménagement et de Développement Durable), texte fondateur des orientations du PLUi se tiendra le VENDREDI 3 MARS à 18h30 (lieu non encore connu).

D'ici au 3 mars chaque commune devra valider par un vote en Conseil municipal le PADD. Merci de vous renseigner, et de communiquer au CEBTA les dates de ces conseils municipaux (et réunions d'informations communales) dans votre commune.




mardi 14 février 2017

Ce soir mardi 14 février - Le Client - au Lido à Prades


 

Mardi  14 février à 20h45 au lido


Les Ciné-Rencontres vous proposent 


Le client 

 
du cinéaste iranien  


Asghar Farhadi

 

Synopsis

 

Ranaa et Emad, un couple de la bourgeoisie de Téhéran, partagent leur temps entre leurs métier et leur passion pour le théâtre, où ils sont en train de répéter «Mort d'un commis voyageur» d'Arthur Miller. Une nuit, alors que l'immeuble dans lequel ils vivent s'effondre, ils sont obligé de quitter précipitemment le bâtiment. En attendant d'être relogés, ils sont hébergés dans l'appartement d'un de leurs amis de la troupe de théâtre. Mais un soir, alors qu'elle est seule, Ranaa est agressée par un homme, qui prend rapidement la fuite. Emad, traumatisé par l'événement, décide d'enquêter sur l'affaire. Il a bientôt un suspect en vue...

 

https://www.youtube.com/watch?v=luB26jv2gXc&feature=youtu.be

 

 

lundi 13 février 2017

Tarnac : «Nos "terroristes" c’est des gentils !»


Tarnac : « Nos "terroristes" 

 c’est des gentils ! »



 Par Guillaume Gendron, Envoyé spécial à Tarnac (Corrèze) —



Le «groupe de Tarnac» et ses soutiens, au balcon du Magasin général du village corrézien, le 2 février. Photo Thierry Laporte pour Libération



Fin janvier, la justice a requalifié l’affaire des sabotages de lignes TGV et enterré les fantasmes d’un foyer insurrectionnel caché en Corrèze. Huit ans après la polémique, les villageois défendent largement ceux qu’ils appellent juste «les jeunes», notamment pour leur action locale.


 Un mercredi matin, on s’est pointé à Tarnac, ses 307 habitants, son église, son affaire et son désormais célèbre Magasin général. La route bordée de conifères est aussi noueuse que déserte. La brume se lève, le décor s’irise : vaches orange et herbe fluorescente sous le givre. A l’entrée du village, une affiche de Jean-Luc Mélenchon. Voilà pour la carte postale. En pleine fièvre présidentielle sous état d’urgence, que reste-t-il de cette commune corrézienne passée à la postérité le 11 novembre 2008, à l’occasion d’une descente de police à grands frais sur une dizaine d’activistes d’«ultra gauche», soupçonnés d’avoir saboté des caténaires de lignes TGV et de fomenter une insurrection nationale ? D’abord, le souvenir d’un fiasco politico-judiciaire interminable, un château de cartes procédural définitivement balayé par la Cour de cassation, qui a écarté une fois pour toutes les oripeaux terroristes de l’instruction le mois dernier (lire Libération du 11 janvier ). Ensuite, le fantasme d’un havre anarcho-autonome, peuplé de néopaysans lettrés, dans les terres rouges du plateau de Millevaches.


Chope de bière


Au village, le «groupe de Tarnac» est simplement désigné par «les jeunes». Qu’on soit de leur côté ou pas. Et tant pis si la plupart flirtent désormais avec la quarantaine. Autre spécificité d’une bourgade dont les arbres abritaient les caméras de la DCRI et l’épicerie était truffée de micros : rares sont ceux qui consentent à décliner leur identité, quelles que soient leurs affinités avec lesdits jeunes. Sébastien, ouvrier d’un hameau voisin : «Ici, il y a deux opinions, soit ils font vivre le pays, soit ils ont mis la pagaille.» A deux pas de l’église, un villageois bougon. A l’entendre, les jeunes ont tué la vie du bled depuis qu’ils y «font la loi» : « Ils ont la clé de l’épicerie et ouvrent quand ils veulent, pour les copains. Tant pis pour nous, les gens de Tarnac, on doit attendre…» Sans emploi, il s’accroche aux vieilles rumeurs : «Ils ont bien fait quelque chose ! Tout le monde sait qu’ils ont du fric, c’est pas le genre à avoir des fiches de paie…»

L’épicerie-bar-cantine, dixit l’enseigne, est pourtant ouverte. Devant la porte, Benjamin Rosoux, l’un des inculpés aujourd’hui conseiller municipal et tenancier de l’épicerie, charge sa camionnette avant sa tournée. A l’intérieur du Magasin général, «quatre vieilles dames qui n’ont pas perdu les pédales» (pas de prénom, «ça sème la zizanie») prennent le café sous une tête de sanglier empaillée, affublée de lunettes de soleil siglés PCF. «On ne s’est jamais arrêté de venir. On n’a jamais cru à cette histoire !» dit une septuagénaire. Sa voisine coupe : «Si nos jeunes, c’est des terroristes, alors c’est quoi ceux que vous avez à Paris ? Nos "terroristes", c’est des gentils !» Constat unanime : ils auraient sauvé le village. Grâce à eux, l’école est encore ouverte (les bouilles souriantes de leurs dix enfants s’affichent sur les calendriers aux murs) et depuis cet été, un couple de Dordogne a ouvert une boulangerie. «Avant eux [avant 2004, date de l’achat d’une ferme à l’écart du village, ndlr], personne ne voulait reprendre l’épicerie, raconte la doyenne. Le souci, c’est que certains ne comprendront jamais leur mode de vie…» Sa voisine coupe : «Une poignée de gens ! Tous de droite.» En 2014, aux élections municipales, la liste de gauche qui incluait deux inculpés l’a emporté contre le rassemblement «antirévolutionnaires» réuni sous le parapluie de «la défense des intérêts communaux». L’affaire divise toujours, mais après tout, «la rénovation de l’église aussi», selon une ancienne.

Derrière le bar, Christophe (1) observe sa clientèle : «Le MG, c’est l’interface avec le village.» Comprendre, pas juste «le QG de la bande à Coupat» décrit par médias et police. Sur une table, les prospectus témoignent de la synthèse militanto-régionaliste locale : brochures pour une conférence «faire face à l’état d’urgence» et cours de «danse trad»… Aux murs, l’affiche pour le Planning familial côtoie celle du club de rugby, les photographies de républicains espagnols celle du communiste Georges Guingouin, enfant du pays et «préfet du maquis». Christophe n’avait pas été «raflé» en 2008, il était à un rassemblement antimilitariste à quelques kilomètres. Il assure que, passé la sidération, l’affaire a créé un mouvement de solidarité ancrant les activistes dans la tradition régionale : «Il n’y a pas que nous. Dans le coin, ça bouge.» Parmi les nouveaux combats du collectif, toujours sis dans la ferme du Goutailloux : les réfugiés. Si la chope de bière sur laquelle est écrit au feutre «caisse de soutien affaire Tarnac» prend la poussière, une grande tirelire trône à l’entrée. On y collecte des dons pour rénover «la maison aux volets rouges» et y loger les déboutés par les trois centres d’accueil de demandeurs d’asile des départements limitrophes. Un jeune réfugié passe avec une cagette - «Personne ici n’est un employé, c’est juste une histoire d’amitié», dit Christophe.

A Tarnac depuis trois décennies, Rose-Marie Bourneil, la maire étiquetée Front de gauche, tient la caisse de l’épicerie. Elle assure que la plupart de ses administrés se sont fait à la mue du bourg assoupi en «village dynamique». «Les vieux demandaient : "de quoi vivent-ils, qui sont-ils ?" Puis ils ont appris à les connaître. Après, il y a aura toujours une minorité adepte du "pas de fumée sans feu"…» Pour Sophie Moissenet, 53 ans, employée de la Maison communale, Tarnac, «c’est pas OK Corral, c’est un bled normal avec des trucs décalés, comme l’été, le festival des chants révolutionnaires. Sympa quoi.»

« L’imaginaire et la réalité »


A midi, la cantine est comble, une trentaine de personnes s’attablent. Boulettes de bœuf et pommes de terre. Les enfants sortis de l’école courent au milieu des piliers de bar. Soit André, garde-chasse dégarni, et trois ex-franciliens : Didier, retraité de la RATP, Serge (1), peintre fraîchement installé au village, et Seb, banlieusard de la Seine-Saint-Denis au RSA, à Tarnac depuis onze ans. «Depuis cette histoire, les flics hésitent à traîner dans le coin. Du coup, c’est un des seuls bars de France où tu peux cloper…» Derrière le comptoir, Louise (1) a pris le relais et sert les verres de rouge, entre deux coups de Stabilo sur son livre. «C’est pas des rigolos, hein !» dit Seb. Il y a aussi un cinéaste québécois de passage, une Brésilienne, des Belges, des Allemands… «Des copains, des soutiens, des curieux aussi, énumère Christophe. L’ironie, c’est que le plantage de cette opération qui visait à tuer une manière d’exister politiquement n’a fait que faciliter les rencontres. Donc non, on n’est pas calmés.» D’autant que les activistes ont ajouté quelques épisodes à leur légende, comme cette perquisition qu’ils ont fait capoter en 2015, forçant les enquêteurs franco-allemands à rebrousser chemin. Certes, il y a eu «un décalage entre l’imaginaire qui a été plaqué sur nous et la réalité. Mais le côté pèlerinage s’est tassé. Aujourd’hui, ceux qui nous rejoignent viennent pour un truc vrai», assure Erwan (1), 37 ans, qui, comme d’autres, alterne temps partiel à l’épicerie et agriculture au Goutailloux.


Derrière le bar, on aperçoit un planning des tâches. Selon lui, une quarantaine de personnes se relaient sur les différents «ateliers», du jardin vivrier au bar, de la scierie à l’élevage. Certains sont là pour quelques semaines, d’autres n’ont pas bougé depuis dix ans, et puis il y a ceux qui font l’aller-retour avec Notre-Dame-des-Landes. Erwan précise qu’ils sont un collectif et non une communauté, loin du cliché «tous sous la yourte aux ordres du gourou». Personne n’évoque Julien Coupat, le soi-disant tout-puissant leader du Comité invisible et auteur présumé de l’Insurrection qui vient, pamphlet sur lequel l’instruction s’est lourdement appuyée. A la question «vit-il toujours ici ?» une vague réponse : «Il est dans le coin.» A 15 heures, le Magasin général ferme. On prend le café dans une ferme au bout d’une piste rocailleuse, à vingt minutes du village. Autour de la table, Benjamin Rosoux et Thierry Letellier, «néorural depuis 82», maire de La Villedieu et porte-parole du comité de soutien. «L’affaire a été une épreuve pour les premiers concernés, mais un coup de boost pour ce territoire, résume-t-il. Des dizaines de personnes se sont installées, ça a structuré le mouvement. On est redevable à Mme Alliot-Marie, on devrait faire sa campagne !»

« Cohésion sociale »


Bien que las du barouf médiatique, Rosoux regrette presque la déqualification terroriste du dossier. «On nous dit : "Alors, heureux ?" Bah non, parce que ça dépolitise tout maintenant que l’instruction s’est effondrée. On voulait les assises, le bouquet final…» L’occasion de faire le procès de l’antiterrorisme («un mode de gouvernement par embastillage de ceux qui refusent le mode de vie dominant») et de l’état d’urgence, «continuation d’un lent processus dont Tarnac n’est qu’un épisode, l’histoire d’une cohésion sociale contrainte à un modèle qui ne fait rêver personne». Pour les deux militants, la présidentielle est un «feuilleton télé» qui les concerne peu. Rosoux ironise sur le spectre idéologique «contrasté» de Tarnac («On n’a jamais eu la prétention d’être une zone 0% de connards»), dont le château appartient à Yves de Kerdrel, patron du très droitier hebdo Valeurs actuelles : «Il a marié sa fille au village avec sa clique cet été. Mais bon, il a dit à la radio qu’il nous trouvait sympathiques…» La moitié du noyau dur des «dix de Tarnac» vivrait encore sur le «Plateau insoumis». L’idéal de la Commune est toujours là, les débats occupent encore pas mal de soirées. Tarnac n’a jamais été un nid à terroristes ni un paradis perdu, «des pratiques politiques plus qu’un vague projet», corrige Benjamin Rosoux. A la lisière du village, les maisons se font plus modernes, pas mal de résidences secondaires avec des toits en ardoise et des seniors peu sensibles à l’utopie. On mentionne «les jeunes» à un homme qui bine son terrain : «Rien à foutre, le monde peut s’effondrer demain, je m’en fous», répète-t-il. Chacun sa manière de cultiver son jardin.

(1) Les prénoms ont été modifiés.

Guillaume Gendron Envoyé spécial à Tarnac (Corrèze)


Source : http://www.liberation.fr/france/2017/02/08/tarnac-nos-terroristes-c-est-des-gentils_1547244?xtor=EPR-450206&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot