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mardi 18 novembre 2014

Comment je suis devenu zadiste à Sivens

Fred, ancien boulanger : 

"Comment je suis devenu zadiste 

à Sivens"


Ancien militaire puis boulanger à Toulouse, Fred, 35 ans, est devenu zadiste à Notre-Dame-des-Landes puis à Sivens, où le combat contre le barrage lui paraît «le plus louable qui soit».
C'est lui qui le dit : «Je ressemble à un flic.» Coupe militaire et blouson noir, Fred ne colle en rien à l'image chevelue qu'on se fait des zadistes. Comme quoi, il faut se méfier des clichés. Et pourtant cela fait huit mois que ce Brestois de 36 ans a intégré la «zone à défendre» (Zad) du Testet à Lisle-sur-Tarn. Le combat contre le barrage de Sivens ? «C'est le plus louable qui soit», considère le zadiste. Il ne l'a pas toujours été. Dans une autre vie, Fred fut boulanger, puis militaire (dont il a gardé la coiffure sans un cheveu qui dépasse), puis à nouveau boulanger à Toulouse. Sa prise de conscience qu'un autre monde est possible, avec le passage à un mode de vie plus pauvre, est venue «en tenant une soupe populaire à Toulouse. Le soir, je retrouvais mon appartement avec ma télé à 2000€. Je me suis dit que je n'étais pas en accord avec les gens qui sont dehors. J'ai voulu être plus utile, tout en étant plus libre. J'ai commencé par faire une marche de 800 km, en 2012. J'ai passé six mois à Madrid avec les indignados. J'ai compris qu'en étant unis, on est plus forts. Puis j'ai tenu pendant six mois une soupe populaire avec un pote à Paris.»

«Sans cesse expulsé»

Franchissant un nouveau cap, le jeune Breton a rejoint les occupants qui luttent contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes à Nantes, où il est resté six mois avant d'embrayer sur Sivens. Fred a découvert la vie à la fois «très difficile» et exaltante des Zad. «Tu es réveillé à 5 heures du matin par les flics. Sans cesse expulsé, on te détruit tout ce que tu as construit et il faut recommencer. Sans compter les poursuites judiciaires. À Nantes, j'ai été jugé pour violence avec arme et rébellion. Je n'avais que l'appareil de photo, qui ne me quitte jamais. Devant le juge, j'ai demandé : où est l'arme ? J'ai quand même pris deux mois de prison avec sursis. Parmi les zadistes, tu en as 90 % qui sont là pour construire et 10 % pour en découdre. En général, ce sont les moins violents qui se font prendre. Ceux qui font le coup de main se retirent plus vite, car ils ont anticipé. Zadiste, c'est très fatigant au quotidien. Certains ne tiennent pas et sont obligés de partir se reposer avant de revenir. En regard de ça, tu as une fraternité extraordinaire. Tous ceux qui viennent pour la première fois aiment aussitôt et veulent rester. C'est une société sans chef et qui fonctionne quand même. Il y a des petits conflits, comme partout, mais ça se gère. Autogestion et respect, ce sont les maîtres mots. Les zadistes se regroupent par affinités, il y a plein de courants : hippies, carnivores, végans, ceux qui ne veulent rien utiliser qui provienne d'un animal, etc. Moi, je ne suis ni végétarien, ni écolo. Je me considère seulement comme citoyen. Pour moi, la citoyenneté, ce n'est pas seulement voter tous les cinq ans… C'est tous les jours. Fier de ce que je fais, je pense au monde que nous allons laisser à nos enfants. Dans trente ou quarante ans, le pétrole se raréfiera. Il y aura de plus en plus de conflits, pour la nourriture, pour les ressources. Nous travaillons à une transition douce», d'abord en préservant les terres.

«Présence légitime»

Si l'occupation est illégale, Fred réplique qu'à ses yeux, «tout ce qui se fait ici à Sivens est illégal, la moitié du déboisement sans compter le conflit d'intérêts avec la triple casquette d'André Cabot (conseil général du Tarn, CAGG et agence de l'eau Adour-Garonne). C'est ce qui rend notre présence légitime. Dès que ces points seront réglés, on s'en ira. Nous ne sommes pas là pour chercher un toit.»

«Toujours plus de Zad»

Pour lui, le phénomène zadiste n'en est qu'à ses débuts : «Les politiques ont peur de nous, et ils ont raison, car on les remet en cause dans leur pratique du pouvoir. Il y aura de plus en plus de Zad. C'est une contagion. Des Grecs, des Espagnols, des Portugais, viennent nous voir pour faire des Zad chez eux. Pour arrêter le mouvement, il faudrait que les politiques cessent de penser à court terme, et pour eux-mêmes. Si c'était le cas, les Zad disparaîtraient, d'un claquement de doigts…»

«Auto média»

«Dans la Zad, vous avez des talents multiples. Certains bâtissent, font des fours à bois, des toilettes sèches. Moi, je ne sais rien faire, à part du pain et tenir un appareil de photos.»Alors, Fred s'est proclamé «auto média». Le zadiste filme tout et réalise des vidéos «pour tenir les copains qui sont ailleurs au courant de ce qui se passe à Sivens». Il publie ses films sur You Tube, sous le nom de Fred Mercure Zad du Testet, suivi de la date. Un de ses reportages a été vu 25 000 fois.

lundi 17 novembre 2014

La Transition Energétique à la Française

Tribune : Où va la transition énergétique à la française ?

Pas question pour les « élites » françaises de renoncer à l’énergie nucléaire ni à la centralisation.

Alors que le débat sur le budget 2015 à l’Assemblée nationale met en évidence la pauvreté des moyens prévus pour la transition énergétique, il est utile de rappeler l’engrenage des partis pris et des renoncements qui expliquent comment le concept initial s’est progressivement vidé de son sens. Né en Allemagne au début des années 1980, il désignait le passage du système énergétique actuel presque exclusivement basé sur les ressources non renouvelables (uranium, charbon, pétrole, gaz naturel) vers un système basé sur des ressources renouvelables : une évolution radicale, d’une politique orientée par l’offre d’énergie à une politique déterminée par la demande, d’une gestion hyper centralisée à une gestion décentralisée des systèmes énergétiques. C’est sur ces bases que l’Allemagne s’engage au tournant du siècle, sous les quolibets encore émis aujourd’hui par des « élites » autosatisfaites de notre pays. Mais quand le concept surgit en France, près de trente ans plus tard dans le rapport Énergie 2050  [1], à la fin 2011, il a déjà perdu une jambe. La transition énergétique à la française n’en conserve que l’objectif de la réduction de la part des énergies productrices de CO2. Pas question un instant de renoncer à l’énergie nucléaire ni à la centralisation. D’ailleurs, les auteurs du rapport, malgré le choc créé par l’accident de Fukushima six mois plus tôt, consacrent l’essentiel de leur travail à la place du nucléaire pour l’avenir.

Dans ce contexte, l’annonce par François Hollande d’un retour à 50 % de la part du nucléaire dans la production d’électricité en 2025 et la fermeture de la plus vieille centrale nucléaire française, celle de Fessenheim, avant la fin 2017, peut apparaître comme une vraie rupture. Europe Écologie-Les Verts y voit une première faille dans la doctrine nationale, le lobby nucléaire s’époumone à prévoir le retour à la bougie, le chômage de masse. Pourtant, le Président se garde de préciser si la production d’électricité nucléaire devra décroître conjointement, ce qui permettra plus tard tous les reniements utiles… La question nucléaire provisoirement encadrée, le débat national de transition énergétique se lance-t-il plus sereinement ? Non, il faudra user pas moins de trois ministres de l’Écologie tant les divers lobbies sont à la manœuvre pour casser toute initiative « dangereuse », et toute idée un tant soit peu novatrice. Émerge cependant, au forceps, la centralité des économies d’énergie (difficile d’y couper) : il faudra diviser par deux la consommation d’ici à 2050. Ségolène Royal, à la manœuvre, défend-elle une ambition forte ? Dominent surtout l’influence des lobbies et la volonté très démagogique de la ministre de bannir toute connotation « punitive » de son action. Plus un mot d’une fiscalité écologique, qui devrait doper l’économie française en se substituant à la taxation de l’emploi tout en incitant entreprises et ménages à la sobriété. Plus rien dans les transports, même pas l’écotaxe poids lourd héritée de la grand-messe précédente du Grenelle de l’environnement, à l’exception d’une promotion insensée et ruineuse du véhicule électrique, supposé résoudre les problèmes de bruit, la pollution locale et les émissions de gaz à effet de serre des transports. Et justifier le maintien du nucléaire au niveau élevé qu’impose le lobby nucléaire. Pour faire bonne mesure, l’idée d’autoroutes gratuites le week-end : sans doute une mesure d’économie d’énergie dans les transports…

Mais les 50 % de nucléaire, un progrès quand même ? Regardons de plus près, car il y a des chausse-trappes. Car la loi, noir sur blanc, se contente de fixer le plafond de puissance nucléaire installée à 63 gigawatts (GW), sa valeur actuelle. Un tel parc pourrait effectivement ne contribuer « qu’à » la moitié du total de la production d’électricité nationale, si cette dernière venait à exploser – et alors, il faudrait faire tourner beaucoup de centrales à fossiles pour couvrir l’autre moitié. Très improbable. Plus raisonnable, au regard des tendances actuelles : la production globale va stagner, voire baisser sous l’effet des mesures de réduction de la consommation. Ira-t-on alors faire tourner nos 63 GW de centrales les deux tiers du temps pour que leur contribution ne dépasse pas 50 % du total ? Aberration économique, car le coût de production du kilowattheure (kWh) dérape très vite dès que les réacteurs ne marchent plus plein pot. Donc, sans l’engagement d’en fermer une vingtaine à l’horizon 2025, la promesse de François Hollande a toutes les chances de finir aux oubliettes, sous d’excellents prétextes économiques. Illustration immédiate offerte par la ministre de l’Écologie, qui a publiquement remis en cause la fermeture de Fessenheim (avant la fin 2017) en raison des investissements de sûreté qu’y a récemment réalisés EDF…

Voilà donc que se dessine le profil de la transition à la française, une « fransition » qui s’éloigne inexorablement d’objectifs initiaux de haut niveau pour rejoindre la liste des avatars du « développement durable », dévolus à la fameuse « croissance verte », une notion invoquée cinq fois en quinze lignes dans le préambule de la loi. Une « fransition » qui ne se donne pas les moyens financiers indispensables à la réhabilitation thermique des logements, qu’attendent en particulier des précaires énergétiques, une « fransition » qui préfère subventionner grassement les voitures électriques de citadins fortunés plutôt que de démultiplier l’offre de transports en commun. Une « fransition » qui laisse proliférer les systèmes centralisés de production d’électricité verte (parcs éoliens, centrales solaires) que trustent les multinationales, au risque de saborder la formidable opportunité d’un engagement massif des citoyens pour le développement de ces énergies sur leur territoire. Bien difficile de croire un instant que nous avons sous les yeux le grand projet du quinquennat… 

Nota Bene : 


Benjamin Dessus, ingénieur et économiste, est président de l’association d’experts indépendants en énergie Global Chance. Il vient de publier Déchiffrer l’énergie (Belin), excellente somme sur le sujet (voir Politis.fr).

Photo : CITIZENSIDE/FRANCK CALAMAI/AFP

dimanche 16 novembre 2014

Café Repaire du Conflent Jeudi 20 Novembre 2014 à l'Hostal Rich Prades 18h30

Coucou tout le monde, 

pour ce Repaire du Conflent de Novembre, deux choses à noter : 

on passe à l'heure d'hiver 18h30 

et ce sera à l'Hostal Rich à Prades avec Bernard Pecheur 

un des auteurs du livre "La lampe hors de l'horloge".



vendredi 14 novembre 2014

Au Testet : Qui sont les zadistes ?

Au Testet, zadistes ou pas, « Voici pourquoi nous sommes là »

ISABELLE RIMBERT (REPORTERRE)
jeudi 13 novembre 2014


Le 25 octobre au Testet, Rémi Fraisse n’avait pas encore été tué par l’Etat. Parmi les milliers de personnes venues participer à ce qui s’annonçait comme un joyeux week-end de résistance contre le barrage de Sivens, voici huit rencontres : huit personnes venues exprimer leur soutien et apporter leur pierre à l’édifice de la lutte. Tout comme l’avait fait Rémi Fraisse.

Olivier, 38 ans : « Je préconise la lutte arborée »
« J’ai commencé à ressentir une forme criante d’injustice au moment de la conférence de Rio en 1992, avec le constat de la déforestation galopante. Ça m’a donné envie de reconquérir la Terre, de la replanter. Je me suis installé sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes en mars 2011, car cela ressemblait à un lieu sur lequel il était possible de faire germer la vie, et qu’elle y prolifère. Avec l’idée d’arriver à avoir un impact positif sur l’environnement.
Dans le monde, il existe de nombreuses luttes contre la déforestation, et je pense qu’il est de notre devoir de s’interposer face aux puissances de destruction. Pour moi, le sens de la lutte au Testet, mais aussi sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes, c’est d’arriver à sauver ce qui peut encore l’être. Vivre sur place et être sur le terrain, c’est une des façons de résister, parmi plein d’autres possibles.
Ici au Testet, je suis venu avec ces costumes d’arbres, créés il y a un an pour contrer la construction du barreau routier à Notre-Dame-Des-Landes. C’est un costume protecteur et symbolique, fait pour résister à la violence des CRS. Il est temps que chacun ouvre les yeux sur cette société dont la raison d’être est de faire du profit sur tout ce qui existe, le vivant en général et l’humanité en particulier.
Avec d’autres, je cherche les moyens d’arrêter ce processus, en faisant marcher notre intelligence collective. Au Testet, la violence d’Etat est encore montée d’un cran pour protéger des intérêts privés. Tant qu’on est dociles, ils continueront. Je préconise la lutte arborée !
Et même si je me considère comme quelqu’un de plutôt pacifiste, ça ne m’empêche pas de combattre physiquement sur le terrain, en trouvant des moyens créatifs de lutter. On ne se laissera pas abattre ! »

Solène 33 ans : « Quotidiennement, les copains se faisaient défoncer par les Gendarmes Mobiles »
« J’ai entendu parler de la lutte du Testet il y a un an, et j’ai commencé à venir fin août : je pensais rester deux jours, je suis restée une semaine. Pour construire des cabanes, aider, apporter mon soutien. J’en suis repartie avec les larmes aux yeux, car je savais que quotidiennement, les copains se faisaient défoncer par les Gendarmes Mobiles (GM) sur place.
Je suis revenue pour la manif du 25 octobre sur la zone. Et le choc a été rude : je n’ai pu que constater la désolation du lieu. Cette forêt de Sivens est pourtant un endroit magique. Je suis venue défendre ce qu’il en reste, et aider les opposants qui, après des mois de lutte, sont tous très éprouvés. Ici, j’ai été touchée par la solidarité dont les gens font preuve : il y a beaucoup de respect, de bienveillance et d’écoute.
Connaissant les enjeux qu’il y a derrière, on ne peut que réagir. On fait face à des intérêts économiques et politiques qui sont en train de bousiller la planète comme si les ressources étaient inépuisables. Notre société génère énormément de gaspillage et de surconsommation. Il faut se rendre à l’évidence : c’est un modèle qui n’est plus valable.
Ayant été sensibilisée très jeune à la protection de l’environnement et au respect du vivant, cette injustice m’insupporte. De même que la violence d’Etat et le déni de droit dont il fait preuve. Ce qui se passe ici est totalement anti-démocratique : ce sont de petits arrangements entre gens haut placés, qui entendent faire de l’argent au détriment de la nature. »

Kitoo, 55 ans : « Comme j’aime tricoter, j’ai décider de fabriquer des cagoules et des bonnets pour les gens sur place »
« J’habite dans l’Hérault près de Pézenas. J’avais entendu parler du projet de barrage via Internet, et je suis venue début septembre. En arrivant, j’ai compris combien cette lutte est juste et légitime. J’ai vu cette portion de forêt ratiboisée, et le courage des zadistes sur place : cela m’a donné envie de m’investir à mon tour.
Depuis septembre, je reviens tous les week-ends. Je me suis demandée de quelle manière je pouvais être utile, et comme j’aime tricoter j’ai décidé de fabriquer des cagoules et des bonnets pour les gens sur place. J’ai lancé un appel sur le web afin de recueillir de la laine, et j’en ai reçu de partout, comme ces pelotes venues des Pays-Bas, filées et teintées à la main. Pour moi, symboliquement, c’est fort : c’est autre chose que d’envoyer de l’argent.
Ce que j’ai trouvé ici, c’est avant tout un concentré d’humanité, de conscience et de solidarité. Tout cela fait écho à mes convictions : je me revendique anarchiste depuis mes dix-sept ans. Et dans cette lutte, je retrouve les valeurs anarchistes : le respect de la liberté et du vivant, l’entraide, l’autogestion, le côté anti-autoritaire, ainsi qu’une réflexion constante sur ce qui nous concerne, qui tranche avec l’endoctrinement politique aveugle.
Beaucoup pensent que l’anarchisme, c’est la violence et le chaos alors que c’est juste l’inverse ! C’est, pour moi, un moyen d’arriver à l’harmonie. Quand on arrêtera d’élire des gens qui pensent à notre place, la société se portera mieux.
Je croise de nombreuses personnes qui se sentent nourris, grandis et équilibrés par la lutte et par cette vie de partage. Et je reste persuadée que le changement doit venir de l’action de chacun. »

Adeline, 32 ans : « Si mon action permet à vingt personnes d’ouvrir les yeux, c’est déjà ça »
« J’habite Gaillac. Cette forêt, je viens m’y promener depuis mes douze ans. Dans les environs, peu de gens sont au courant de ce projet de barrage. C’est en voyant des tags « non au barrage » que j’ai pris le temps de me renseigner, fin août. Depuis, je viens avec mes deux enfants, dès que possible, pour apporter mon soutien.
J’ai fait des actions devant le Conseil Général d’Albi : des chorégraphies avec d’autres filles. C’est une façon d’interpeller les gens : ils s’arrêtent et on peut alors leur faire passer des messages. Je suis aussi active sur Internet, c’est un autre bon moyen de diffuser des idées. Mais c’est un boulot énorme, car il y a beaucoup de désinformation, alors il faut systématiquement vérifier avant de diffuser.
Je me suis donné pour mission d’essayer d’ouvrir la lutte aux gens du coin. Car curieusement, on trouve beaucoup plus de personnes de l’extérieur dans ce combat. J’aimerais que les gens s’interrogent, s’intéressent et s’informent au-delà de ce qui est diffusé dans les médias dominants. Si mon action permet à vingt personnes d’ouvrir les yeux, ce sera déjà ça.
Il est capital de faire tomber les poncifs et les contre vérités du genre : « Les opposants sont une bande de hippies, ou de gens violents, etc. »
Ici, il y a toutes sortes de personnes : certains travaillent et posent des jours de congé pour être présents, il y a des étudiants, des chômeurs… Sur place ou ailleurs, il y a mille façons de s’investir et de prêter main forte. Car ici sur la Zad, c’est très isolé. Grâce aux pique-niques, à l’occupation du conseil général et des manifestations dans les lycées, la lutte s’est un peu désenclavée. Et ce n’est qu’un début ! »

Camille, 42 ans : « L’occupation reste le seul rempart contre la destruction des écosystèmes »
« Après avoir vécu à Notre-Dame-des-Landes, je suis à la Zad du Testet depuis un an. Je lutte contre les projets qui attaquent nos cadres de vie. Les recours judiciaires à notre disposition s’avèrent inefficaces. Dans des cas de force majeure comme aujourd’hui, l’occupation reste le seul rempart contre la destruction des écosystèmes.
Considérant les atteintes graves à la biodiversité, les multiples projets inutiles et imposés ainsi que la faillite du système concernant la préservation du vivant, beaucoup ici s’estiment en état de légitime défense pour la survie des générations. Comment peut-on rester sans rien faire face à un système sourd à toute requête et face aux violences policières ?
De plus, ici on est en plein conflit d’intérêts : la société qui a fait les études préalables est aussi maître d’ouvrage du projet, avec des appuis politiques derrière. C’est un système nuisible qui s’auto-alimente, j’appelle cela de l’économie endogène capitaliste.
Ici, on essaie de construire autre chose : un système résilient et respectueux de l’environnement qui profite à tous et pas à quelques-uns, et sa mise en pratique. Tout cela est possible grâce aux rencontres et à la convergence qui se crée petit à petit entre les différentes luttes qui ont les mêmes fondements. »

Yves, 65 ans : « C’est le combat entre le bien commun et des intérêts privés »
« Je suis retraité de l’Education nationale. Et aussi faucheur volontaire. Je me devais d’être présent ici, car on partage la même lutte. C’est un combat entre le bien commun et des intérêts privés. Ici, on se bat pour un modèle d’agriculture respectueux de l’environnement : assez de cette agriculture intensive destructrice !
Je pense que ceux qui acceptent l’inondation de cette zone humide pour un barrage inutile, ce ne sont pas des paysans, ce sont des financiers ! Et je ne vois pas ce qui les empêcherait d’accepter par la suite la plantation de maïs OGM, c’est strictement dans la même logique.
Je suis persuadé que cette mobilisation peut avoir un impact fort sur la suite du projet. Comme beaucoup, je suis sur place pour la première fois, mais avec l’idée que chacun ici pourra semer sa graine de prise de conscience auprès d’autres personnes.
Il est maintenant impératif que la mobilisation populaire s’intensifie, et que l’on parle de ces aménagements du territoire en dehors des milieux militants. Car au-delà de la question du barrage, il s’agit d’un choix de société, et cela concerne tout le monde. »

Henry, retraité : « L’imbrication entre élus et entrepreneurs fait froid dans le dos »
« Originaire du Sud Ouest, j’ai été chercheur en zoologie au Muséum d’Histoire Naturelle à Paris, avant de m’installer en tant qu’agriculteur. C’est là que j’ai été amené à m’occuper de questions d’eau et j’ai publié en 2007 un livre dont le titre est L’eau, un enjeu pour demain.
Le Sud Ouest est l’endroit où il y a le plus de barrages, pas moins de soixante-trois. Les promoteurs sont impliqués dans la culture du maïs et les politiques suivent docilement. L’imbrication entre élus et entrepreneurs fait froid dans le dos : certains élus sont aussi administrateurs dans les sociétés qui construisent les barrages. Et pas grand-chose n’est fait dans la légalité, comme ici dans le Tarn.
Moi, j’appelle ça une mafia, ni plus ni moins. Les chambres d’agricultures sont aux mains de syndicats productivistes, avec des liens étroits entre technologies d’agriculture intensives et intérêts financiers des constructeurs de barrage, ce que tout le monde a l’air de trouver normal.
Depuis une dizaine d’années, il y a un programme de construction de ces barrages. Et si Sivens passe, il y en aura une quinzaine d’autres. On est en train de foutre en l’air les hydro-systèmes, par la faute de gens incompétents.
Mais il y a moyen d’arrêter le processus. On est aujourd’hui à un tournant, un peu comme à Notre-Dame-des-Landes. Si ce rassemblement donne à réfléchir sur les vraies questions de fond, les choses peuvent changer. »

Laurent, 43 ans : « Nous refusons l’industrialisation de notre métier »
« Je suis éleveur dans le mont de Lacaune, dans le Tarn. Nous avons organisé une transhumance pour arriver ici sur la ZAD du Testet, avec l’idée d’envisager une réoccupation sur du long terme. Nous avons marché deux jours et demi, soit soixante kilomètres. Certains venaient du nord, d’autres du sud du département et on se retrouve ici avec cent-vingt brebis. En tant qu’éleveurs, nous sommes de plus en plus confrontés à l’industrialisation de notre métier.
La politique productiviste nous étrangle : pour développer le capital, il faut faire consommer les gens, et donc baisser les prix de l’alimentation. Il y a des subventions compensatrices, et pour obliger les agriculteurs à respecter des directives technocratiques, on conditionne les aides à des cahiers des charges. Par exemple, on nous oblige à mettre une puce électronique sous la peau des brebis.
Mais nous refusons l’industrialisation de notre métier. Ici, au Testet, on refuse l’industrialisation d’un paysage par des technocrates qui ne sont concernés en rien par ce qui se passe ici. Ecrasés par cette société industrielle, on doit s’entraider pour se défendre. Se défendre contre cette société dont le but n’est que de faire du profit au détriment du vivant.
Nous assistons à une perte d’autonomie dans nos professions agricoles, à une perte de sens dans notre quotidien aussi. C’est ce qui nous accable, et ce contre quoi on est décidés à se battre. »

Source et photos : Isabelle Rimbert pour Reporterre

Ce reportage a été réalisé par une journaliste professionnelle et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :
 

jeudi 13 novembre 2014

Finançons le nouveau film de Jean-Paul et Béatrice Jaud : "Libres !"

"Libres !", le nouveau film de 


Jean-Paul et Béatrice Jaud


Publié Le 6 Novembre 2014 à 16h03

"Libres !", c'est le nom du nouveau film du réalisateur et de la productrice engagés Jean-Paul et Béatrice Jaud qui oeuvrent depuis des années pour le développement d'une société plus juste et plus respectueuse de l'environnement. Une campagne de crowdfounding a été lancée pour que le film puisse être diffusé dans les salles de cinéma en 2015.

Nos enfants seront-ils libres d'être heureux ?


Après les films "Nos enfants nous accuseront" (2008),"Severn, la voix de nos enfants" (2010) ou encore "Tous cobayes?" (2012), Jean-Paul Jaud (réalisateur) et sa femme Béatrice (productrice) lancent leur nouveau film "Libres !" en 2015. Un film bouleversant, drôle et inspirant qui raconte le parcours initiatique d'enfants de France, du Japon et du Danemark dans le monde des énergies renouvelables.

Grâce à des adultes soucieux de leur construire un futur durable, ces enfants vont partager de merveilleuses expériences éducatives, musicales et poétiques, et découvriront que leur liberté est intimement liée à la transition énergétique. Car derrière leurs rires et leur insouciance se dressent d'inquiétants réacteurs nucléaires...

En France, Joseph et ses amis passent leurs vacances dans une ferme bio pour suivre un stage "Musique et Nature". Ces enfants ignorent qu'à quelques kilomètres de là, 4 des 58 réacteurs nucléaires français risquent de réduire à néant leur liberté.

Au Japon, Hiroto et Nagomi vivent à 20 km de la centrale nucléaire de Fukushima - Daiichi, loin de leur pays natal. Avec une infinie tristesse, ils regrettent ces étés passés avec leurs amis en toute liberté, dans cette nature devenue aujourd'hui hostile. Il reste à ces enfants exilés le ciel azur, la musique et la poésie pour survivre à la folie d'adultes qui ont hypothéqué leur avenir.

Quand au Danemark, sur l'île de Samsø, Emannuel, Niklas, Noah, Sofus et Victoria vivent insouciants et libres. " L'île de l'énergie " est pour eux un espace sacré, où ils pourront s'épanouir en toute sécurité, au coeur d'une nature généreuse, préservée grâce aux énergies renouvelables, confiants pour leur futur quotidien.

Dans le film "Libres !", on découvre ainsi à quel point la transition énergétique est fondamentale pour l'avenir de l'humanité.

"Notre société confisque trop souvent à nos enfants leur liberté. Trois mois après la catastrophe de Fukushima, j'ai ressenti véritablement ce que représentait cette perte de liberté en filmant, pour une séquence de mon film "Tous cobayes ?", une cour d'école vidée de ses élèves, un paysage irradié, le crime intergénérationnel ultime" explique Jean-paul Jaud qui souhaite avec ce nouveau film montrer que nous sommes libres de faire le choix d'une transition énergétique sobre et proche des citoyens, tournée vers les énergies renouvelables.

Le film "Libres!" a été élu " Coup de coeur 2014 " de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme.

Un appel aux citoyens pour soutenir un film engagé

Pour financer la distribution du film, une campagne de crowdfounding (financement participatif) a été lancée sur internet : jefinance.libres-lefilm.com. Chaque contributeur peut participer avec le montant de son choix (à partir de 5 euros) et recevra en échange de sa contribution un DVD ou une affiche du film ou verra encore apparaître son nom au générique.

Jean-Paul Jaud explique : "Depuis 2008, nous avons produit 3 documentaires d'envergure pour le cinéma. Ces films, nous les avons toujours produits pour qu'ils soient les outils dont vous avez besoin, comme nous, pour changer les choses. Ces films citoyens sont les vôtres, vous le savez. C'est la raison pour laquelle nous passons pour la première fois par ce mode de financement citoyen. Plus les années passent et plus le défi à relever s'avère complexe. Plusieurs partenaires se sont déjà engagés. Nous n'avons pas encore tous les fonds nécessaires pour assurer ces dernières étapes. Or, le temps presse face aux enjeux climatiques. Tous nos rêves de société juste et respectueuse s'envoleront si nous ne développons pas avant tout l'énergie verte. Elle est intimement liée à notre liberté. C'est donc maintenant que nous avons besoin de vous tous ! Plus nous serons nombreux à financer ce film, plus nous partagerons un mouvement qui le portera, le diffusera et en fera un message incontournable. Plus personne ne pourra dire qu'il n'y a pas de solutions pour sortir du nucléaire !"

Le cinéma a un rôle fondamental à jouer pour l'avenir des générations futures. Les films environnementaux générent des débats essentiels, intenses, et constructifs alors même que le réchauffement climatique et les énergies renouvelables sont au coeur de tous les débats politiques actuels.

Si vous souhaitez aider au développement du cinéma environnemental et aidez à la production et la distribution du film "Libres", rendez-vous sur le site jefinance.libres-lefilm.com

L'Objectif est fixé à 200 000 euros en dons. D'ici Dimanche 30 novembre, dans un délai très court, s'il n'y a pas un enthousiasme fort pour cet appel, le film ne sera pas malheureusement pas distribué par J+B Séquences, la société de Jean-Paul et Béatrice Jaud.

Stella Giani